Maastricht et la Principauté de Liège (CHiCC, 2015)

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Reportons-nous vers l’an 50 avant J.C. Les Romains ont conquis la Gaule malgré la résistance des Gaulois. Ils voyageaient en suivant les voies déjà tracées par les Celtes, qu’ils ont améliorées pour faciliter les déplacements des troupes et du charroi. Une ville prit de l’importance à cette époque : Bavay (Bavacum), ce qui est attesté par la présence des ruines d’un vaste forum. Sept voies importantes partaient de cette ville, ce qui a été matérialisé plus tard en élevant une colonne sur la grand-place.

A la fin du VIe siècle, ce réseau de voies a été repris par la reine des Francs, Brunehaut, qui voulait restaurer les voies de communication. Une de ces voies nous intéresse particulièrement : elle reliait Bavay à Cologne. Elle traversait la Hesbaye par Waremme, passait à Tongres pour aller traverser la Meuse à Maastricht : Mosae trajectum. A Maastricht, la chaussée arrivait par l’actuelle Tongerseweg et Tongersestraat pour rejoindre le pont. Un premier pont avait été construit par les Romains à cet endroit. On en a retrouvé des traces sous la forme de pieux de bois. Des restes de thermes romains ont été retrouvés près de la Stokstraat, à l’endroit appelé “op de thermen”.

La religion chrétienne s’est rapidement enracinée dans la région. Vers 380, l’évêque Servais a déplacé le siège épiscopal de Tongres à Maastricht. Au Moyen Age, son tombeau devient un lieu de pèlerinage. Au VIe siècle, Monulphe fait construire l’église Saint-Servais pour y placer les restes de son prédécesseur. La légende de Saint-Hubert rapporte que le seigneur Hubert négligeait ses devoirs religieux. Parti chasser un vendredi saint, il vit un cerf portant une croix lumineuse. Hubert, saisi d’effroi, se jeta à terre et humblement, il interrogea la vision : “Seigneur ! Que faut-il que je fasse ?” La voix reprit : “Va donc auprès de Lambert, mon évêque, à Maastricht. Convertis-toi. Fais pénitence de tes péchés, ainsi qu’il te sera enseigné. Voilà ce à quoi tu dois te résoudre pour n’être point damné dans l’éternité. Je te fais confiance, afin que mon Église, en ces régions sauvages, soit par toi grandement fortifiée.”

Buste-reliquaire de saint Lambert © tresordeliege.be

Vers l’an 700, assassinat de Saint Lambert à Liège. Lors d’un banquet, Lambert avait refusé de bénir la coupe d’Alpaïde, concubine de Pépin de Herstal et mère de Charles Martel. Son frère Odon a assassiné l’évêque pour venger l’honneur de sa sœur. Hubert devenu évêque ramena à Liège, vers 720, les reliques de Saint Lambert et le siège de l’évêché y fut déplacé mais Maastricht resta la résidence favorite des évêques. Elle détenait les reliques de Saint-Servais, premier évêque des “Tongres” (IVe siècle) mais elle était trop accessible aux Normands, Liège pouvait mieux se protéger sur le Publémont.

De 736 à 814, Charlemagne règne sur toute la région. Une première cathédrale est construite à Liège. En 881, Maastricht fut mise à sac par les Vikings. Fureur normande également à Liège qui est incendiée. En 980, sous le règne de l’évêque Notger (972-1008), le diocèse devient tellement important qu’on peut le qualifier de Principauté. Notger est le véritable fondateur de la Principauté épiscopale de Liège. “Tu dois Notger au Christ et le reste à Notger”. Il décèdera le 10 avril 1008 et aurait été enterré à l’église Saint-Jean à Liège mais on ne retrouve plus la trace de sa sépulture.

Sous son règne, l’enseignement et la culture connaitront un développement sans précédent. Il est l’initiateur d’un nouveau système politique qui se répandra en Europe aux XIe et XIIe siècles : l’Église impériale. L’évêque, qui avait déjà le pouvoir spirituel (“religieux “), possède à partir de ce moment le pouvoir temporel (“politique”). Notger devient ainsi prince-évêque. Il exerce un pouvoir sur les territoires qui ne relèvent pas de l’Église. Cet État indépendant va exister pendant plus de 800 ans au sein du Saint-Empire romain germanique, jusqu’à la Révolution liégeoise.

Les XIe et XIIe  siècles ont été une période de grande prospérité, notamment sous le chapitre de Saint Servais. Vers l’an 1000 ont commencé, à Maastricht, des campagnes de construction massives. Cette activité de construction a entraîné une période d’expansion culturelle dans et autour de Maastricht. L’art mosan atteint un niveau élevé et les peintres et sculpteurs de Maastricht étaient actifs dans de nombreuses régions du Saint-Empire romain germanique. De ce moment date la construction de l’église Notre-Dame avec sa façade fortifiée.

Eglise Saint-Jean © Philippe Vienne

L’église Saint-Jean, avec son clocher rouge, est devenue protestante en 1634. A Saint-Servais, il faut voir la châsse et le buste. Cette basilique est la plus grande. Bien sûr, au cours des siècles, elle a subi beaucoup de transformations et d’améliorations. En 1204, Maastricht est sous l’autorité conjuguée du prince-évêque de Liège et du duc de Brabant. Confirmation d’une première charte de 908. Maastricht devient alors un condominium, une ville sous double autorité. En 1229, la ville, bien qu’elle n’aie pas eu les droits de cité en tant que telle, est autorisée, par le duc Henri Ier de Brabant, à construire des remparts.

Le moulin banal du prince-évêque, où les habitants faisaient faire leur farine, fut repris par les brasseurs en 1442 pour y moudre leur malt. En 1281, un nouveau pont est construit pour remplacer celui qui s’était effondré auparavant. Vers 1375, une seconde muraille est construite. L’économie de la ville est, à l’époque, tournée vers la tannerie. Maastricht était, au Moyen Âge, un important centre religieux et de pèlerinage. Dès le XIIIe  siècle, de nombreux monastères se sont établis dans la ville.

Vers 1400, Maastricht est sous contrôle du Brabant, et fait donc partie des possessions du duc de Bourgogne. Charles le Téméraire, et plus tard Charles Quint et Philippe II d’Espagne, séjournèrent à plusieurs reprises dans la ville et logèrent dans l’Hôtel du gouvernement espagnol. Les fenêtres sont ornées de blasons, notamment celui de Charles Quint. En 1468, sac de Liège par Charles le Téméraire, avec l’aide des Maastrichtois que cela arrange de détruire notre pont.

Au XVIe  siècle, Maastricht, avec ses 15 à 20 000 habitants, était une des plus grandes villes des Pays-Bas. Le développement culturel de la ville fut modeste vers 1500. Le manque de liberté religieuse est pesant. En 1535, 15 anabaptistes, considérés comme hérétiques, sont brûlés sur un bûcher sur la place du Vrijthof. Lors du beeldenstorm (la “crise iconoclaste“) de 1566, les icônes et le mobilier  des églises et chapelles de Maastricht ont en partie été détruits.

En 1567, Maastricht tombe aux mains de Guillaume le Taciturne et des calvinistes opposés à Philippe II. En 1579, l’armée espagnole, commandée par Alexandre Farnese, duc de Parme, assiégea la ville et la reprit le 1er juillet de cette année, après quoi la “re-catholisation” de la ville commença. En 1632, Frédéric-Henri d’Orange-Nassau a conquis la ville après l’avoir assiégée 74 jours. Maastricht s’intègre aux Provinces-Unies protestantes. Le condominium entre le duc de Brabant et Liège fut rétabli. Les conditions de la paix étaient de donner aux protestants et catholiques les mêmes droits afin que les deux aient la liberté religieuse. De cette époque date l’hôtel de ville (1659-1665), autour duquel se tient le marché.

Hôtel de Ville, sur le Markt © Philippe Vienne

En 1673, la Principauté permet à la France d’attaquer de flanc les Pays-Bas (guerre de Hollande contre Guillaume III d’Orange). Maximilien-Henri de Bavière (1650-1688) s’allie à Louis XIV. La ville est prise par Vauban et reste sous domination française jusqu’en 1678. D’Artagnan est tué en défendant le duc de Malborough, ancêtre de Churchill. Suite à ces événements, les fortifications sont renforcées, notamment par la construction du Fort Saint-Pierre qui domine la ville, à peu près à l’emplacement où les Français avaient placé leurs canons.

Au XVIIe  siècle, Maastricht était une petite ville provinciale tranquille. Dans la seconde moitié du XVIIe  siècle, une légère reprise de la vie culturelle eut lieu. De belles maisons du XVIIe et du XVIIIe sont visibles dans le quartier de la Stokstraat et de la Plankstraat. De 1747 à 1748, la ville passa une nouvelle fois brièvement sous domination française après la bataille de Lauffeld. Durant ces périodes, les protestants habitant Maastricht perdirent les droits qui les rendaient égaux aux autres chrétiens.

Le 4 novembre 1794, le commandant français Jean Baptiste Kléber prend Maastricht qui est dès lors annexée par la République française. De 1795 à 1814, elle est le chef-lieu du département français de la Meuse-Inférieure (Liège, c’est le département de l’Ourthe). Tous les habitants deviennent citoyens français. L’héritage de la période française n’est pas considéré comme positif : les églises, les monastères et chapitres sont dissous, les stocks de biens précieux sont vendus ou détruits, les bibliothèques, archives et trésors pillés. Enfin, les anciennes institutions s’occupant des malades, des pauvres et des personnes âgées sont supprimées.

Le 1er  août 1814, Maastricht devient la nouvelle capitale de la province du Limbourg, intégré au Royaume des Pays-Bas en 1815. En 1826, le Zuid-Willemsvaart, un canal, fut ouvert à la circulation. Lors de la Révolution belge de 1830, la garnison en poste à Maastricht, commandée par Bernardus Johannes Cornelis Dibbets, demeura loyale au roi Guillaume Ier .

En août 1831, la Hollande attaque la Belgique. Le 19 avril 1839, Traité des XXIV articles : la ville et la partie orientale du Limbourg ont été intégrées de façon permanente aux Pays-Bas. Traité 
entre la France, l’Autriche, la Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie, d’une part, et les Pays-Bas de l’autre part, relatif à la séparation 
de la Belgique d’avec les Pays-Bas conclu et signé à Londres le 19 avril 1839.

Entre 1845 et 1850, le canal de Maastricht à Liège fut creusé. La première ligne de chemin de fer, liant Maastricht à Aix-la-Chapelle, fut ouverte en 1853. En 1861, Liège est reliée par la Compagnie du Chemin de Fer de Liège à Maastricht. Ce n’est qu’en 1865 que Maastricht fut connecté au réseau ferroviaire néerlandais. En 1899, rachat de la compagnie par l’Etat belge.

Bonnefanten Museum © Philippe Vienne

En 1834 déjà, Petrus Regout commença à fabriquer du verre et du cristal sur Boschstraat, usine qui fut bientôt suivie par une usine de poterie. Avec le développement des usines, Maastricht devint une importante ville industrielle. Depuis la fusion en 1958 avec “Société Céramique” l’entreprise s’est appelée N.V. Sphinx-Céramique. Après une restructuration, la production a été déplacée vers la Suède en 2010, l’usine de Maastricht étant trop petite pour une production profitable. Dans le quartier Céramique, le Bonnefanten Museum est un ancien bâtiment industriel transformé par l’architecte italien Aldo Rossi. A Maastricht, beaucoup de rues sont appelées “lunet“. Une lunette est un petit ouvrage de fortification extérieur.

Le but premier de l’université du Limbourg, qui a été fondée à Maastricht en 1976, était de relancer l’économie régionale après la fermeture des mines. Elle s’appelle Université de Maastricht (UM) depuis 1996. La collaboration entre les provinces néerlandaise, allemande et belge, qui a commencé en 1976 également, reçoit un statut légal en 1991 (Euregio). La collaboration porte essentiellement sur les universités, les écoles supérieures et le monde de l’entreprise. En 1992, les représentants de 12 pays européens signent, le 7 février, le Traité de Maastricht qui prévoit, entre autres, l’adoption de l’euro.

Robert VIENNE

  • image en tête de l’article : vue de Maastricht © Philippe Vienne

La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte de Robert VIENNE a fait l’objet d’une conférence organisée en 2015 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne

 

Plus de CHiCC ?

RAXHON, Philippe (né en 1965)

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Né à Ougrée en 1965, Philippe RAXHON est docteur en histoire, professeur ordinaire à l’Université de Liège et chercheur qualifié honoraire du Fonds National de la Recherche scientifique (FNRS). Il dirige l’Unité d’histoire contemporaine de l’Université de Liège.

Il fut président du Conseil de la transmission de la mémoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles entre 2009 et 2019. L’historien s’est interrogé sur les processus mémoriels, sur les relations entre l’histoire et la mémoire, sur la présence du passé dans les sociétés, dès sa thèse de doctorat, dont l’ouvrage qui en est issu, La Mémoire de la Révolution française en Belgique (Bruxelles : Labor, 1996), préfacé par l’historien français Michel Vovelle, a reçu plusieurs prix, notamment de l’Académie royale de Belgique et de l’Académie française.

Il a publié une quinzaine de livres historiques comme auteur, coauteur, ou directeur éditorial, ainsi que deux recueils de poèmes et un roman épistolaire en 1989, Les Lettres mosanes, d’abord décliné en épisodes radiophoniques sur la RTBF.

Il enseigne notamment la critique historique, l’histoire des conceptions et des méthodes de l’histoire, et l’histoire contemporaine. On lui doit de nombreuses publications sur les relations entre l’histoire et la mémoire, sur des thèmes divers, de la Révolution française à la Shoah, en passant par Liège et la Wallonie, soit près de 150 articles de revues historiques et d’actes de colloques.

Il a participé à de multiples rencontres et colloques internationaux, et a développé des liens en particulier avec l’Amérique latine, dont il a enseigné l’histoire à l’Université de Liège. Il a été et est également membre d’une série d’institutions scientifiques au niveau national et international.

Il fut l’un des quatre experts de la commission d’enquête parlementaire “Lumumba“, une expérience dont il a tiré un livre : Le débat Lumumba. Histoire d’une expertise (Bruxelles : Espace de Libertés, 2002).

Il est aussi le concepteur historiographique du premier parcours de l’exposition permanente des Territoires de la Mémoire (Liège), et l’auteur du Catalogue des Territoires de la Mémoire (Bruxelles : Crédit communal, 1999).

Il fut également membre de la commission scientifique du Comité “Mémoire et Démocratie” du Parlement wallon, et du comité d’accompagnement scientifique pour la rénovation du site de Waterloo (Mémorial).

Il est le coauteur, en tant que scénariste et dialoguiste, des docu-fictions pour la télévision Fragonard ou la passion de l’anatomie réalisé en 2011 par Jacques Donjean et Olivier Horn, et de Les Trois Serments réalisé en 2014 par Jacques Donjean.

Conférencier, accompagnateur de voyages mémoriels, conseiller historique pour des manuels scolaires, des expositions et autres manifestations, membre de jury de prix, chroniqueur dans la presse, présent régulièrement dans les médias, il conçoit son activité d’historien dans l’espace public comme un complément indispensable à l’exercice de la citoyenneté.

Ses derniers livres sont :

  • Centenaire sanglant. La bataille de Waterloo dans la Première Guerre mondiale (Bruxelles : Editions Luc Pire, 2015) ;
  • Mémoire et Prospective. Université de Liège (1817-2017), en collaboration avec Veronica Granata, (Liège : Presses Universitaires de Liège, 2017) ;
  • La Source S (Paris : Librinova, 2018) ; La Source S a été éditée sous le titre Le Complot des Philosophes par City Editions en 2020 et est parue en édition de poche en avril 2021 ;
  • La Solution Thalassa (Paris : Librinova, 2019) ; La Solution Thalassa est parue en avril 2021 chez City Editions ;
  • Le Secret Descendance (Paris : Librinova, 2020) ; Le Secret Descendance est la suite du Complot des Philosophes et de La Solution Thalassa, les trois volumes constituent la trilogie de la mémoire mettant en scène Laura Zante et François Lapierre, des historiens confrontés à des sources qui imposent des défis à leur esprit critique.

Il écrit désormais des thrillers pour donner du plaisir à réfléchir, des romans à ne pas lire si vous êtes satisfait de vos certitudes…


S’engager encore…

RAXHON : Quand le croire est aussi fort que le voir, publier “Mein Kampf” reste dangereux (2021)

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Quelle fut l’importance de Mein Kampf dans l’avènement du IIIe Reich et son  cortège d’horreurs ? Ce livre est-il toujours dangereux, telle une vieille grenade déterrée ? William Bourton [LESOIR.BE] a interrogé Philippe RAXHON, professeur d’histoire et de critique historique à l’Université de Liège.

Comment est né Mein Kampf et comment a-t-il été reçu à sa sortie ?

Hitler l’a rédigé en prison, en 1924-1925. À l’époque, d’un point de vue politique, il n’est encore pratiquement rien. Quand on ne connaît pas la suite de l’histoire, ce n’est qu’un récit halluciné. C’est un ouvrage qui n’est pas bien écrit, une suite de pulsions expressives où l’auteur déverse une série de critiques et de dénonciations, où il s’en prend particulièrement aux Juifs, mais également aux Anglais et aux Français. Lors de sa publication, peu d’observateurs soulèvent sa dimension prophétique. Mais au fur et à mesure que l’ascension politique d’Hitler gagne en popularité, forcément, on associe ce personnage à son livre. Et lorsqu’il accède au pouvoir (en 1933), ça devient un ouvrage officiel. À partir de ce moment-là, en Allemagne, il devient impossible d’échapper à Mein Kampf. C’est alors que sa postérité va prendre un autre sens.

Tous les crimes du régime nazi sont-ils annoncés dans Mein Kampf ?

Il y a effectivement une dimension programmatique, même si ce n’est pas non plus une prophétie : il ne donne pas la date de la création d’Auschwitz… Mais au fond, il est conçu comment, cet ouvrage ? Il ne vient pas de nulle part. Il rassemble tous les délires antisémites qui pouvaient exister depuis le dernier tiers du XIXe siècle, teintés d’un racisme biologique.

C’est l’idée qu’une nation, c’est comme un être vivant, qui est destiné à croître ou à périr s’il n’y a pas de croissance, qui peut être agressé de l’extérieur ou de l’intérieur par des virus : les Juifs et d’autres minorités. L’antisémitisme est par ailleurs très virulent au début du XXe siècle, avec l’affaire Dreyfus en France, les pogroms en Russie, le Protocole des Sages de Sion, etc. Hitler est nourri de cela. Il identifie donc tous les maux de l’Allemagne à la fois à “l’engeance juive éternelle” mais aussi à toute une série de trahisons conditionnées par la Première Guerre mondiale et le Traité de Versailles. Et il fait une synthèse des préjugés qui existent déjà en y ajoutant un regard qu’il porte sur le présent, alors que l’Allemagne est dans une misère noire, malgré l’allègement des dettes de guerre.

Au début des années 30, Hitler se persuade qu’il avait raison lorsqu’il écrivait Mein Kampf. Et lorsqu’il prend le pouvoir, il va mettre en pratique les lignes de force qui sont dans son ]ivre.

Cet ouvrage peut-il encore inspirer certains extrémistes aujourd’hui ?
Philippe RAXHON

Ce qui est fascinant, c’est que le mensonge a une saveur plus forte que la vérité… Il n’y a donc aucun moment où ce genre de texte devient dérisoire. Et singulièrement de nos jours, où l’irrationnel est en train de faire une poussée en force, où les analyses scientifiques et ]es principes de base de la conviction critique sont remis en question.

Dans une époque comme la nôtre, où il n’y a plus de hiérarchisation des discours, où le croire est aussi fort que le voir, oui, un texte comme Mein Kampf reste dangereux.

Dans ces conditions, le remettre en lumière, même lesté d’un appareil critique implacable, n’est-il pas risqué ?

Non. C’est faire le constat que Mein Kampf est là, qu’il a encore une très longue vie devant lui, et c’est faire le pari d’opposer des résistances. Et aujourd’hui, l’arc de résistance, c’est de convoquer l’historiographie, la science historique, l’apparat critique, pour dire: “OK, lisez-le, mais voici ce que la discipline historienne vous propose comme interprétation, en toute sincérité et en toute crédibilité scientifique.


Débattons encore, il en restera toujours quelque chose…

DEGEY : Petite histoire de Cointe (CHiCC, 1989)

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Pendant 500.000 ans, et jusqu’à l’aube de notre ère, la Meuse va patiemment creuser son lit et, petit à petit, former et modeler cet éperon, ce plateau, qui,un beau jour, s’appellera Quinte, puis… Cointe.

Sur l’origine de ce toponyme, personne ne peut être bien affirmatif : “La forme COINTE est moderne. Depuis le XIVe s. jusqu’au XIXe s. ce nom était orthographié QUIENT ou QIENT, puis QUIENTE, et enfin QUOINTE. Divers dictionnaires de langue romane donnent QUINTE, comme synonyme de banlieue… Encore faudrait-il s’assurer que QUIENTE n’est pas une expression altérée. Au surplus, anciennement, on connaissait la Grande Quinte et la Petite Quinte…” (Théodore GOBERT “Rues de Liège” t.IV, p.285).

Quel est l’aspect de Cointe, il y a 2.000 ans ? La vaste forêt d’Avroy couvre totalement l’éperon, tandis que, dans la vallée, les marais d’Avroy s’étendent jusqu’aux confins de Tilleur, Sclessin ou “Sclacyns” n’étant alors qu’une vaste plaine marécageuse.

Une voie, un chemin – selon E. DETHIER dans “2.000 ans de vie en Hesbaye” – venant d’ATUATUCA TUNGRORUM, passant par le “Batch dès Macrales”, Fooz, Awans, Grâce-Berleur, Saint-Nicolas, Saint-Gilles et Cointe, gagne la Meuse en amont de Liège. C’est la “Vôye des Romînnes”. A Cointe – près de l’actuel G.B. – cette voie se divisait en deux branches : l’actuel CHERA, d’une part, qui continuait vers le Val-Benoît et, d’autre part, le TCHINROWE qui descendait sur Sclessin où il aboutissait à un gué, en amont de l’île aux Corbeaux (Standard), pour gagner le Condroz par Fammelette…

Il faut savoir qu’avant les travaux d’amélioration du cours de la Meuse – au milieu du siècle passé – notre fleuve avait une profondeur moyenne de 80 centimètres, ce qui en permettait le franchissement par de nombreux gués. Le Chera aboutissait à un gué en face de Kinkempois. Après l’avoir franchi, il se dirigeait vers l’Ardenne. Des découvertes confirment l’ancienneté de notre Tchinrowe et du Chera : dans les boues du fleuve, en face de Kinkempois, on a retrouvé une hache de l’âge du bronze, genre de trouvailles fréquentes à d’anciens gués.

Notons encore qu’à Angleur, dans le prolongement de ce gué, existe – quelle coïncidence – la “rue Romaine” ! Nous savons aussi que les Romains, quand ils envahirent nos régions, utilisèrent les chemins existants, qu’ils améliorèrent ensuite. Nous pouvons donc supposer qu’après avoir été foulés par les pieds des Gaulois, notre Tchinrowe le fut également par ceux des légionnaires romains. D’ailleurs, lors des travaux de démergement, rue de Trazegnies (ancien Tchinrowe) on a pu reconnaître les traces d’un chemin sur rondins, comme les Romains en établissaient dans les régions marécageuses, telle la “Via Mansuerisca”, à la Baraque Michel.

Quelle pourrait être l’origine de la dénomination de nos plus vieux chemins? Selon François DUMONT (“Origine et évolution d’Ougrée-Sclessin”, p.10), dans le toponyme TCHINROWE, on s’accorde à trouver un terme gaulois : “Camino” signifiant chemin, et “Rowe” désignant un gué. Tchinrowe désignait donc un chemin menant à un gué. Quant à CHERA… “Tchèra” était une dénomination donnée jadis – surtout hors des cités – à des chemins assez larges pour livrer passage à des véhicules tractés. En wallon, nous avons encore “tchèrî” qui signifie charrier.

Au Moyen-Age, trois juridictions se partageront Cointe :
1.- La Libre Baronnie d ‘Avroy (Bois-l’Evêque);
2.- La Seigneurie de Fragnée, – ces deux juridictions dépendant du Chapitre de Saint-Lambert, donc de la Principauté de Liége;
3.- L’Avouerie, puis Seigneurie d’Ougrée-Sclessin, dépendant de la Principauté de Stavelot -Malmedy, et gouvernée par un “Avoué”.

Les gens de robe ne pouvant porter l’épée, ils déléguaient leurs pouvoirs de justice et de défense à des gentilshommes appelés Voués ou Avoués. A Sclessin-Cointe, cette charge héréditaire fut confiée aux de BERLOZ, ce qui résulta du mariage de Gérard de BERLOZ avec la fille de Henri de VELROUX, voué de Sclessin au milieu du XIIIe s. Dix-sept de BERLOZ ou de BERLO vont se succéder à la tête de l’Avouerie de Sclessin, qui deviendra bientôt une Seigneurie, acquise en 1400 par Jean de BRUS, moyennant une rente annuelle de 47 muids d’épeautre (environ 115 hectolitres).

Le plus illustre des de BERLO fut Gérard – plusieurs fois Bourgmestre de Liège au XVe s., et qui porta l’étendard de Saint-Lambert à la bataille de Brusthem en 1467. Le dernier Comte de BERLO fut Marie-Léopold-Joseph de BERLO de SUYS. Il fut exclu de l’Etat Noble en 1791, par le Prince-Evêque de HOENSBROECX, pour s’être associé aux mouvements patriotiques de la Révolution liégeoise.

Que reste-t-il de ce lignage qui nous administra durant cinq siècles? Une partie du Château et la pierre tombale d’Arnold de BERLO, mort en 1538 et de son épouse, qui se trouve aujourd’hui dans la galerie, près de la Cité Administrative. Quant aux autre de BERLO, hormis ceux qui furent inhumés à Berloz près de Waremme, voici ce que nous apprend Renaud STRIVAY, dans “Les Horizons Mauves” :

“En 1911, on trouva dans les ruines de la chapelle du Château de Sclessin, un caveau où gisaient les ossements de 13 cadavres (Comtes de BERLO, Comtesse de MERODE, de CORTEMBACH, etc.). Ces restes furent conduits, sans cérémonie aucune, au cimetière d’Ougrée, non sans qu’un ouvrier – cédant à la sotte manie des terrassiers – eut fracassé de son pic, quelques-unes des têtes !…”

Une autre institution qui eut, depuis 1224 jusqu’en 1797 – soit pendant plus de cinq siècles – une influence considérable sur Cointe, Fragnée et Sclessin, fut sans conteste l’Abbaye Cistercienne du Val-Benoît. Si les bâtiments et une partie des terres se trouvaient à Fragnée, une importante partie des biens s’étendait dans la plaine sclessinoise, jusqu’à la “haie du Château”. Ses vignobles escaladaient les coteaux vers Cointe et ses bois couvraient une large partie du Plateau. Ils s’appelaient “Bois des Dames du Val-Benoît” – “Bois de Flivaz” ou encore “Bois-Chaînoit”.

Cette abbaye connut bien des vicissitudes au cours des siècles !… Incendies, inondations, guerres, pillages, procès;… avec les Cointois qui voulaient garder leurs droits “d’aisemenches”, c’est-à-dire passage, glandage, ramassage du bois mort, etc. Soit encore avec les de BERLOZ ou le Chapitre de Saint-Lambert, au sujet des droits de houillerie ou de propriété…

La houillerie ! Voilà une activité qui va transformer l’aspect de l’éperon cointois. Déjà en 1315, le Chapitre Cathédral octroie une concession de deux veinettes de houilles et charbons, sur Fragnée. En 1319, il est déjà question des “eaux d’arènes” qui descendent du Bois d’Avroy. En 1349, mention est faite de la houillère de “Hongherie” “deseur les vignes de Sclachiens” dans les bois de l’abbaye… Fin du XVIIIe, s., on relève une quarantaine de “burs”, tant au Bois d’Avroy, au Bois de Flivaz (Chera et avenue de Gerlache) qu’au
Pelé-Mont (basilique et Monument Interallié).

C’est à partir du milieu du XIXe s., avec l’industrialisation, que l’exploitation systématique du sous-sol se fera d’une manière intensive, grâce aux quatre sièges des Charbonnages du Bois d’Avroy (rue Bois d’Avroy), du Val-Benoît (aujourd’hui I.N.I.E.X), le Grand Bac (aujourd’hui Ferblatil) et le Perron, face au Standard, et où est exploité l’ancien terril des quatre sièges, avec ses six millions de tonnes !… Un petit chemin de fer reliait ces quatre sièges.

Petit à petit, la vieille forêt d’Avroy, déjà sillonnée par de nombreux chemins menant aux burs, va céder la place à l’agriculture – surtout à partir de la fin du XVIe siècle. On défriche et on distille le charbon de bois “en Cokea” (sur le Batty). Les débuts du développement agricole de “Quinte” n’iront pas sans peines, comme en témoigne ce texte :

“En 1601, le Chapitre de Saint-Lambert, rend à titre d’accense perpétuelle, les Communes et Sartages d’Avroit. Ces biens domaniaux furent répartis entre 30 ou 40 familles. Chacune devait faire de son lot de terrain – boisé ou non – une terre arable… Le sol de la région restant revêche à toute culture, pour l’améliorer, les cultivateurs durent y consacrer leurs peines et leur argent, sans rien ou presque rien tirer d’abord.”

En 1603, ils signalèrent cette situation par lettre “aux Vénérables Seigneurs de la Cathédrale” : ” Les remontrants ont employé toute leur substance pour rendre un pays très incultivable, en agriculture ; il convient encore employer grands frais pour le parachever, et il n ‘est pas raison que le pauvre homme perde tous ses moyens, peines et travaux, pour améliorer les biens de son maître.” Heureusement, leurs Seigneuries se montrèrent compréhensives !…” (Th. GOBERT, “Les Rues de Liège”)

En 1826, comme nous l’indique une carte du cadastre , la presque totalité du Plateau est livrée aux cultures, prairies, vergers, cotillages et houblonnières.
Au sud, sur les versants bien exposés, les vignobles, couronnés par les vestiges du Bois de Flivaz étalent leurs pourpres. Jadis, la culture du houblon était importante dans le Pays de Liège. Les fruits de cette cannabinacée étaient exportés jusqu’en Bavière !

En 1810, on dénombrait dans notre Département, 594 brasseries pour le commerce et 215 pour l’usage particulier de leurs propriétaires. Elles fournirent, cette année-là, 530.112 hectolitres ! Dans ces chiffres n’intervient pas la “production clandestine” ! Le houblon – la vigne du nord – comme l’écrivait ROUVEROY, “la vigne du Nord, étalant sa beauté, entourant son appui de sa tige flexible, s’élance dans les airs avec légèreté…”

Georges FOSTER écrivait, en 1790 : “Le long des rives de la Meuse, nous apercevions – à perte de vue – des pyramides de perches à houblon. La culture de cette plante, donne aux Liégeois, l’occasion de s’en servir pour relever le goût de leur excellente bière, qui est ici, comme on sait, un des articles d’exportation les plus renommés…” Notre bière était même exportée aux Indes !

Tout un folklore entourait la culture du houblon. En septembre – à la Saint-Lambert – le dernier jour de la récolte, le cultivateur régale son troupeau de “plok’trèsses”… S’il est content, quelques bouteilles de genièvre couronnent “li cafè èt l’dorèye”  ! Et, quand le fermier n’est pas trop avare, la fête se termine par un “cramignon” de “plok’teûs” et de plok’trèsses”. C’était la fête du coq, qui avait lieu sur le champ même où la récolte avait été opérée.

La rouille, qui sévit dans les houblonnières à partir de 1883, contribua – pour une large part – à la disparition de cette culture chez nous. Voici comment un fonctionnaire français, rendait hommage – en 1804 – à notre boisson populaire : “La bière de Liége passe pour la plus salubre et la mieux faite de toutes celles qu’on fabrique dans les Départements réunis. Elle est, en effet, d’une bonne qualité, brune et brassée ordinairement avec l’épeautre. Elle a été longtemps l’objet d’un immense commerce. Il s’en faisait, autrefois, des envois considérables dans les colonies hollandaises.”(GAILLARD,“Quelques souvenirs du Pays de Liège”)

Quant à la vigne, la plus ancienne mention écrite de sa présence sur nos coteaux, date de 1092 ! Il s’agit d’une charte par laquelle RICHER – Chanoine de Saint-Denis à Liège – reçoit de RODOLPHE, Abbé de Malmedy, une partie inculte de la Villa de Sclacyns, pour y planter une vigne. Le sol de nos coteaux – exposés au midi – composé de schiste, était particulièrement propice à cette culture. En effet, le schiste conserve la chaleur accumulée le jour, pour la restituer la nuit. Et, de plus, ces versants jouissaient d’un double ensoleillement, par la réverbération des rayons solaires sur la surface du fleuve.

Que reste-t-il de ce bon temps des vignobles ? Derrière l’ I.N.I.E.X. – dans la propriété VERMERE – on peut encore voir les ruines d’un vide-bouteilles, détruit lors d’un bombardement de 1944 ! A l’étage supérieur, une grande terrasse permettait aux amateurs de bons vins, de se réunir nombreux, pour des beuveries dont nos anciens étaient si friands, qu’on appelait : ” Les après-midi de Bourgogne “, nous dit Armand BAAR. Et il ajoute “les conséquences de l’acidité de certains de nos vins pouvaient se lire au-dessus d’un petit édicule bien spécial, construit à quelques pas de là :

aCC ID:rr et LibVIt e.e.e
Ventris MiseratVs onVstI
aptVM CaCanDo nobILe strVXIt opVs.

Ce qui peut se traduire comme suit : “En l’an 1777, il arriva et fut jugé convenable que, par compassion aux embarras des entrailles, on construisit ce remarquable édifice, commode pour les besoins.” (Chronogramme donnant deux fois : 1777)”

Mais alors… Quelle était la qualité de nos vins ? A leur sujet déjà, les Français racontaient des histoires “belges” :

  • Il y avait le vin des trois frères. Quand le premier buvait, les deux autres devaient le soutenir pour ne pas qu’il s’effondre !
  • Le vin de la chaussette ! Quand une chaussette est trouée, il suffit de la plonger dans ce vin pour que le trou se referme aussitôt !
  • Le vin tourneur ! Il faut tourner sur soi-mêe en le buvant, sinon on risque d’être transpercé !
    Comme on ne caricature que les grands – que “l’on ne prête qu’aux riches”, il faut croire qu’ils n’étaient pas si mauvais que ça, nos vins !

D’ailleurs, en voici la confirmation: un certain CHARDON – en 1783 – représentant de commerce à la Maison BUREAU et Cie, à Dijon, écrivait : “Ce qui nous nuit encore beaucoup en Allemagne, ce sont les vins liégeois ! On préfère leurs vins – qu’on qualifie de Bourgogne – comme les nôtres…”

Quant à Georges FOSTER, il écrivait encore, en 1790 :
“Les vignobles qui entourent la ville ne sont pas – il est vrai – connus au dehors. Qui a jamais entendu nommer le vin de Liége ? Seulement, on se procure ici, à très bon compte, le bourgogne et le champagne, et les mauvaises langues disent que la cause de ce bas prix n’est pas le transport du vin par la Meuse, mais le talent des Liégeois à fabriquer des crûs français en n’employant que le jus de leurs raisins.”

Il y eut enfin “Le Petit Bourgogne”, ce restaurant des frères et soeurs RENARD, qui accueillit la bourgeoisie liégeoise, tout au long du XIXe siècle en “Côte d’Or” d’abord, face à l’actuelle Cité Piercot – ensuite au Château du Beaumont, plus proche du Val-Benoît. On pouvait y déguster : “La Truite court-bouillonnée dans le vin local”, “La Friture de Meuse”, “Les Jets de Houblon, sauce-crème”, servis dans de grands plats, couronnés d’oeufs pochés et surtout, “Les Coquets”, élevés dans les vignobles, rôtis, bardés de deux fines tranches de lard gras, emmaillottés de feuilles de vigne… Ils étaient accompagnés de “Petits Pois à la Liégeoise”, récoltés dans nos cotillages et additionnés de crème teintée aux fines herbes. Le dessert ? En saison “Les Fraises de Saint-Lambert au sucre” !…

Alors, dans la seconde moitié du siècle passé, puis à la “Belle Epoque”, le petit village de Cointe s’est agrandi, développé, pour devenir ce “Village dans la Ville ” que nous connaissons aujourd’hui. Ce fut d’abord l’implantation de diverses institutions, comme le Couvent du Sacré-Coeur, à Bois-l’Evêque, l’Asile de la Vieille-Montagne, qui a fait place à l’Hôpital psychiatrique du Petit-Bourgogne, le Pensionnat des Filles de la Croix, sur le Batty, et l’Institut d’Astrophysique. Aidèrent surtout au développement : la création du Parc Privé, de la Plaine des Sports et du Parc Public, ainsi que l’aménagement des avenues d’accès, telles les avenues de l’Observatoire et C. de Gerlache ainsi que la création d ‘une ligne de tramway. Mais, tout cela est une autre histoire, que nous espérons vous conter bientôt…

Emile DEGEY

  • illustration en tête de l’article : Vue de Cointe depuis le mémorial interallié ©Philippe Vienne

Brochure éditée par “ALTITUDE 125”, la Commission Historique et Culturelle de Cointe, Sclessin, Fragnée et du Bois d’ Avroy.


Archéologie : à la Réunion, une prison pour enfants de l’époque coloniale révèle son histoire

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Pour la première fois en France, un “bagne d’enfants” fait l’objet d’une étude archéologique approfondie. Les fouilles menées par l’INRAP sur l’ancienne colonie pénitentiaire de l’îlet à Guillaume, à la Réunion, mettent en lumière l’organisation (habitat, ateliers, lieux de culte, etc.) et la chronologie du site.

Construite en 1864 par les missionnaires de la congrégation du Saint-Esprit, cette colonie pénitentiaire de mineurs, établie sur l’îlet à Guillaume, à la Réunion, a accueilli plus de 3.000 enfants en 15 ans. Ils étaient placés sous la garde très stricte des frères spiritains, qui les faisaient notamment travailler à la construction de bâtiments, pour les “redresser” suite à une condamnation par la justice des enfants. Ce pénitentiaire, placé sur le plateau de 5 hectares d’une falaise isolée surplombant la rivière Saint-Denis, a été très peu étudié par les chercheurs. L’INRAP, avec le soutien du département, entreprend donc de le documenter depuis octobre 2020 en croisant archives et études archéologiques.

(Re)dresser les enfants

En 1850, une loi sur l’emprisonnement des enfants crée le statut des colonies pénitentiaires agricoles, comme celle de l’îlet à Guillaume. Elle impose une discipline très dure aux enfants qui y sont envoyés et préconise leur mise au travail dans les champs ou dans les industries avoisinantes. Dans Surveiller et punir (1975), Michel Foucault les considère comme des “cloîtres” ou des “prisons”. La colonie de l’îlet à Guillaume ne fait pas exception.

En effet, durant les quinze années de son existence, les missionnaires n’ont pas ménagé les enfants, les faisant travailler aux champs, à la forge, à la scierie ou dans la basse-cour. Les conditions de vie des petits bagnards seront malheureusement rarement dénoncées. En outre, les enfants ont probablement contribué à la construction de nombreux bâtiments du site (terrasses, forge et chapelle provisoire) comme le laisse supposer la présence de pierres taillées de petites dimensions. Ils auraient également réalisé les dallages de la voirie principale.

Pour prévenir les évasions, le site n’était pourvu d’aucun mur d’enceinte ni d’aucune barricade. Son implantation dans une forêt isolée et hostile suffisait à décourager les plus téméraires. Une case, celle du frère Alexandre, était située au seul point de sortie pour s’assurer qu’aucun détenu ne prenne la fuite.

Vestiges de la communauté pénitentiaire © INRAP
Des fouilles inédites

Les recherches menées sur la colonie de l’îlet à Guillaume se situent au croisement du travail d’archives et des fouilles archéologiques. Le premier, assuré par Véronique Blanchard, permet une revue exhaustive de toute la documentation existante sur le pénitencier. De leurs côtés, des archéologues, topographes et archéobotanistes, sous la houlette de Thierry Cornec, analysent le lieu en profondeur. Ils ont d’abord entrepris de comprendre l’ordre dans lequel ont été construits les bâtiments et par qui. Les fouilles ont mis en lumière l’organisation de la colonie, la fonction des bâtiments mais aussi les méthodes d’approvisionnement en eau grâce à la mise au jour d’un système de canalisations.

Ces observations ont été rendues possibles par des modélisations au Lidar (détection laser). Cette technologie de sonde a permis de reconstituer numériquement l’ensemble du site en 3D. Des prélèvements du sol vont enfin permettre de savoir quel genre d’agriculture pratiquait la colonie grâce à des analyses archéobotaniques.

Entre sa fermeture en 1879 et les années 1950, le lieu avait été complètement délaissé par les autorités. Si un plan du site a bien été réalisé en 1999, une documentation approfondie était nécessaire pour comprendre le rôle et le fonctionnement de ce lieu qui a mis au travail forcé plusieurs milliers d’enfants.” [lire l’article sur  CONNAISSANCEDESARTS.COM]

  • Lire aussi sur GEO.FR
  • Illustration de l’article : Section des routes. Frère Isaac (1868) © Congrégation du Saint-Esprit via connaissancedesarts.com

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation par wallonica.org  | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © connaissancedesarts.com ; INRAP


Plus de presse…

A Liège, pauvre homme en sa maison est roi !

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Datée de 1315, la charte de Kortenberg est plus tardive que celle d’Albert de Cuyck

En 1196, le prince-évêque de Liège, Albert de Cuyck, aurait accordé une charte aux bourgeois de la cité épiscopale. L’original de la charte ne nous est pas parvenu et les dispositions contenues dans le document ne sont connues que sous la forme d’un texte de vingt-six articles inséré dans un diplôme du roi de Germanie, Philippe II de Souabe, daté du 3 juin 1208. Plusieurs historiens ont remis en cause la véracité de la charte de 1196 et du diplôme de 1208. Selon eux, ces deux documents n’auraient existé que pour accréditer l’ancienneté des privilèges de Liège et forcer la main à l’empereur pour mettre ces privilèges par écrit, ce que Henri VII fit le 9 avril 1230. La date de 1196 est aussi discutée, celles de 1198 et 1200 étant parfois avancées. [CONNAITRELAWALLONIE.WALLONIE.BE]

Ni le maïeur, ni les échevins de Liège ne peuvent entrer dans une maison située dans la circonscription de la banlieue, sans le consentement du maître, soit pour y appréhender un voleur ou reprendre un objet volé, soit pour y faire une visite domiciliaire, spifinium.

En 1196, Albert de Cuyck dota ainsi ses sujets liégeois d’importants privilèges (cette charte précède de 19 ans la Magna Carta anglaise !), dont l’inviolabilité du domicile, que l’on résuma dans le proverbe : A Liège, pauvre homme en sa maison est roi.

Drôle d’époque que la nôtre : certaines visites domiciliaires désormais légales indiquent-elles qu’une autre direction est prise, en termes de démocratie ? A ce sujet, lire la carte blanche d’Henri Bartholomeeusen (23 janvier 2018).


D’autres contrats…

Le sauvetage des vestiges de la Place Saint-Lambert à Liège (CHiCC, 2018)

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Fouilles de la place Saint-Lambert © Lily Portugaels

“Archéologues et historiens furent plongés au cœur d’un véritable combat, en juin 1977, en faveur des fouilles entreprises pour sauvegarder les vestiges de l’histoire de Liège. Jamais alors je n’aurais imaginé devoir m’allonger entre la lame d’un bulldozer et un sarcophage carolingien afin d’éviter son arasement. Tous les niveaux de pouvoir – communal, régional, national – étaient contre ces défenseurs du passé mais, soutenus par la presse et par la population, ils purent enfin faire changer d’avis les politiciens versatiles au vu de l’importance des découvertes.

En effet, ces fouilles, au départ, n’avaient reçu aucune autorisation. Avec l’architecte Claude Strebelle, un caisson souterrain fut conçu où ces vestiges seraient enfin sauvegardés. Le premier juin 1977, sans autorisation officielle donc, Mlle Danthine, Mme Gheury, le professeur Stiennon, M. Otte et une fidèle équipe entamèrent le bitume. Des prédécesseurs avaient découvert, en 1907, les restes d’un habitat rubané (néolithique, VIe millénaire) sous des fondations romaines. En fait, ce site constitue les témoins du passé de Liège car des traces d’ occupation datent de circa 5.350 ans avant notre ère.

Il semble que des nomades aient occupés les lieux et, voyageant puisque nomades, se soient réinstallés en l’endroit avant de devenir sédentaires. Un immense bâtiment romain y fut construit par la suite, en terrasses, afin de contrer la faible pente de la Place. Cette villa romaine pose un problème car, en général, ce genre d’importante construction romaine se situait sur une hauteur entourée de terres arables, ce qui n’est pas le cas de lieu. La réutilisation de la villa à l’époque mérovingienne est également attestée (transformations et agrandissements, Ve siècle).

V. Tahon, Ruines de la cathédrale Saint-Lambert © Musée Curtius

Par après, des maisons furent bâties au nord de la villa tout en respectant son orientation topographique, une cuve baptismale fut installée dans un bâtiment cruciforme greffé sur la villa romaine sur son flanc nord (église mérovingienne). De la céramique et des petits objets, monnaie, fragment de calice, pince à épiler sacerdotale, placent l’ensemble des ces bâtiments mérovingiens entre les VI e et VIIe siècles. Après l’assassinat de l’évêque Lambert, vers 705, toutes ces constructions furent détruites, la villa arasée et le baptistère comblé. Le successeur de Lambert, l’évêque Hubert, y fit construire une vaste église dédicatoire en l’honneur de son prédécesseur. Les raids normands auraient incendié cette construction et la cathédrale, dite de Notger (XIe siècle), détruisit tous les vestiges antérieurs. Ce magnifique édifice fut saccagé à la fin du XVIIIe et ses ruines arasées en 1820.

Il semble que la sacralité d’un lieu, étalée sur des périodes différentes, l’ait emporté sur la logique architecturale et que ce lieu, sauvé in extremis, soit le cœur historique de notre ville. Une fois de plus, mais cette fois avec un certain succès, il a fallu défendre les témoins de notre passé contre les prédateurs. En effet, tous les bâtiments encadrant la place en surface furent rasés : le Gymnase, le joli théâtre à l’italienne, le Tivoli, la rue Sainte-Ursule et toutes ces maisons du XVIIe et du XVIIIe restées intactes jusqu’en 1980. Liège, que d’erreurs n’a-t-on pas commises en ton nom et au nom d’une prétendue “modernité” !”

d’après Marcel OTTE

En 2000, le chœur de la cathédrale saint-Lambert avait été reconstitué pendant quelques semaines… © Claude Warzée

 

La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte de Marcel OTTE a fait l’objet d’une conférence organisée par la CHiCC en avril 2018 : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne

Plus de CHiCC…

CHiCC – Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE)

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La CHiCC, de son nom complet Commission Historique et Culturelle de Cointe, Sclessin, Fragnée et du Bois d’Avroy, a été créée le 23 septembre 1986.

Sous l’impulsion de son premier président, Emile DEGEY, elle a publié plusieurs brochures (aujourd’hui malheureusement épuisées) consacrées à l’histoire du quartier. Parmi celles-ci, une “Petite histoire de Cointe”“Nos rues et lieux-dits”“La Houillerie à Cointe, Fragnée, Sclessin”… 

© Philippe Vienne

A côté de cela, elle organise un cycle de conférences mensuelles qui sont régulièrement publiées dans nos pages. Et, depuis la saison 2020-2021, une série de concerts également. Les activités de la CHiCC se déroulent habituellement en la Chapelle Saint-Maur.

La CHiCC est partenaire de wallonica.org depuis 2020 et nous partageons en nos pages les différentes publications de l’asbl. L’édition dans la wallonica d’un ouvrage d’Emile DEGEY sur les rues de Cointe a été l’impulsion pour nous, qui a permis de développer notre topoguide… La CHiCC et wallonica.org mutualisent également leur visibilité sur les réseaux sociaux, comme le montre l’illustration ci-dessous : le texte d’une conférence de la CHiCC publié dans la wallonica puis relayé sur la page FaceBook de l’association a touché 1.485 personnes en plus !


Plus de CHiCC dans nos pages ?

STASSEN : La mémoire des arbres – Arbres remarquables de Wallonie (2013)

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La Mémoire des arbres
EAN 9782873868505 (épuisé)

Se reconnecter à la Nature est indispensable et la Wallonie a le privilège de disposer de vastes espaces boisés à explorer. Ce livre de 2013, illustré de magnifiques photos, est une invitation à prendre le temps d’admirer des  arbres remarquables de nos contrées. Les histoires liées à ces derniers sont souvent étonnantes à découvrir.

Benjamin STASSEN, artiste photographe d’Ellemelle (BE) est né en 1959. Il commente la philosophie qui guide son travail depuis de nombreuses années [source : site de la Fête des Arbres à Esneux, BE, en 2005] :

« Les arbres constituent un patrimoine paysager, historique et écologique de toute première importance », affirme Benjamin Stassen. « On me dit souvent que je ne m’intéresse qu’aux arbres, mais à travers les arbres on peut toucher à tous les segments de l’histoire, de la vie contemporaine et même de l’avenir. J’ai une passion particulière pour les arbres parce que je suis un nomade, qu’il faut que je bouge et que je m’aventure… J’ai ce côté imaginatif, je suis un promeneur qui veut, non seulement préserver ce qui est, mais aussi ajouter de la vie… Je veux encourager la plantation d’arbres, de haies, même si c’est beaucoup de boulot dans nos parcs et dans nos jardins. »
Heureusement, cette perte de repères dont pâtit notre environnement naturel est relativement récente. Globalement, le Wallon s’est détourné de ce qui est proche de lui, de ce qui est immédiat, de ce qui est tangible.
« On vit, de plus en plus », regrette Benjamin Stassen, « dans une société qui privilégie le virtuel, le lointain, l’immatériel… Bref, l’imaginaire, mais dans ce qu’il a de plus creux, de plus impersonnel et de plus ‘marchandisé’. C’est une tendance qui me dérange profondément. Ce qui me touche, c’est de rencontrer quelqu’un, dans un village, qui peut, si je lui pose la question, me raconter une anecdote à propos de tel ou tel endroit que je recherche. Cela devient rarissime. Les villages se vident des populations anciennement établies ; elles sont remplacées par un essaimage urbain, à l’encontre duquel je n’ai d’ailleurs aucun grief particulier à formuler, si ce n’est qu’il accentue une désappropriation de ce qui est pourtant proche de nous et qui nous appartient, toutes choses que nous avons la responsabilité de protéger, de préserver et de transmettre. »

Pourquoi pas découvrir son livre à l’ombre d’un arbre ?


Une brève biographie accompagnée d’une bibliographie de Benjamin STASSEN est documentée par le Service du Livre Luxembourgeois (province du Luxembourg belge) : “Benjamin Stassen se consacre la connaissance et la protection des arbres exceptionnels de Wallonie depuis près de 20 ans. Fondateur de l’asbl Le Marronnier en 1989, il écrit et photographie en autodidacte, une passion pour les mots et l’image qui lui a valu l’appui de la Fondation belge de la Vocation et de la Fondation Spes.


Dernières nouvelles du Monde…

Henry CARTON DE WIART : La cité ardente (1904)

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La cité ardente - Henry Carton de Wiart - Rex
Le livre de Henry CARTON DE WIART, La cité ardente, initialement publié en 1904, est réédité (récupéré ?) par les Editions REX de Louvain, dans la “Collection Nationale” en 1932, du vivant de l’auteur (collection privée)

Liège est Cité ardente depuis 1905, date à laquelle Albert I, alors toujours prince, utilise la formule dans son discours d’inauguration de l’Exposition internationale. L’expression était apparue dans le roman historique du comte Henry CARTON DE WIART (1869-1951), paru l’année précédente chez Georges Crès & Cie (Paris, 1904). L’auteur, par ailleurs homme politique belge, y raconte le sac et l’incendie de la ville, en 1468, par les troupes bourguignonnes de Charles le Téméraire :

Pour s’approprier la principauté de Liège, le duc de Bourgogne Philippe le Bon, en 1455, impose son neveu Louis de Bourbon comme prince-évêque.

Quand Philippe le Bon meurt, c’est son fils Charles le Téméraire qui lui succède. Les Liégeois tentent alors de se révolter, mais leurs milices, en octobre 1467, sont vaincues à Brusthem (Hesbaye) par l’armée du nouveau duc.

Les troupes bourguignonnes progressent vers Liège pour mâter définitivement la rébellion. Gui de Brimeu, seigneur d’Humbercourt, lieutenant du duc de Bourgogne, prend ses quartiers à l’abbaye de Saint-Laurent. Charles le Téméraire lui-même y loge cinq jours. Des négociations avec des notables liégeois évitent l’affrontement : le duc reçoit les clés de la ville.

A la suite de cette « Paix de Saint-Laurent », le pays de Liège devient un État vassal du duc de Bourgogne ; le prince-évêque, son simple représentant. Toutes les libertés sont abolies, et le perron, symbole de ces libertés, est transféré à Bruges !

En 1468, les revanchards liégeois se révoltent à nouveau, profitant que Charles le Téméraire est en guerre contre la France de Louis XI. Le duc entre dans « une rage qui confine à la folie ». Le 27 octobre, son armée est aux portes de Liège.

Dans la nuit du 29 octobre 1468, alors que la ville est assiégée par les troupes de Charles le Téméraire, présent en personne et accompagné par Louis XI, un groupe de personnes qu’on appellera “les 600 Franchimontois” prêtent main forte aux insurgés liégeois, et tentent de se faire maîtres du campement situé sur les hauteurs de la ville. Repérés, et sans l’effet de surprise escompté, leur petit nombre face aux troupes bourguignonnes et aux archers écossais de Louis XI leur impose une terrible défaite. Le lendemain, 30 octobre 1468, Charles le Téméraire et Louis XI entrent dans la ville, qui est mise à sac et incendiée. Un incendie qui va durer sept semaines, raconte la légende, mais qui épargnera les édifices religieux ! En 1477, Charles le Téméraire trouve la mort devant Nancy, et le perron revient à Liège après 10 ans d’exil…


Il était membre de L’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, qui lui consacre une fiche biographique :

Issu d’une famille noble hennuyère, Henry Carton de Wiart naît à Bruxelles le 31 janvier 1869. Ses quatre frères feront, comme lui, des carrières hors normes. Après des études secondaires au Collège Saint-Michel, il étudie le droit à l’Université de Bruxelles puis parachève ses études à Paris où, sensible aux prestiges d’une certaine bohème, il entre en contact avec les milieux littéraires. Il y fréquente Léon Bloy, avec lequel il entretiendra une correspondance, Maurice Barrès, Verlaine…De retour en Belgique, après un détour par l’Université de Bonn, il s’inscrit au barreau et devient stagiaire chez Edmond Picard. Bon orateur, il est une des figures en vue du milieu juridique de la capitale. Il n’abandonnera jamais cette carrière d’avocat à laquelle il continuera de se consacrer parallèlement à ses activités politiques…” [lire la suite sur ARLLFB.BE]

Par ailleurs, une petite histoire de la ville de Liège est évoquée par un amateur d’histoire sur CWARZEE.NET.


Liège encore ?

Origine du poisson d’avril : 1er avril et facéties

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Le Poisson d’avril, tout le monde le sait, n’est autre chose qu’une attrape, un piège innocent (et bienséant, cela va sans dire) que l’on tend à quelque personne amie, parente ou familière, le premier jour du mois d’avril. Donner un poisson d’avril à quelqu’un, c’est lui faire faire une démarche inutile, lui annoncer une nouvelle qu’on invente, l’envoyer au-devant de quelqu’un qui ne vient pas, en un mot, se divertir un peu à ses dépens, et éprouver sa patience.

Une première origine est donnée par des ouvrages tels que l’Origine des proverbes, le Dictionnaire de Trévoux au mot Avril, ou encore le Spectateur anglais : l’expression ‘poisson d’avril’ serait, selon ces sources, liée à la corruption de la passion de Jésus-Christ qui arriva le 3 avril : Jésus étant renvoyé d’un tribunal à l’autre, et contraint de faire diverses courses par manière d’insulte et de dérision, on aurait pris de là la froide coutume de faire courir et de renvoyer, d’un endroit à l’autre, ceux dont on voulait se moquer. En effet, dans les premiers temps du christianisme, le clergé, afin de graver plus puissamment dans l’esprit des populations le sentiment et le souvenir des mystères de la religion catholique, eut recours à des représentations scéniques. Lors des grandes fêtes de l’année, le peuple venait écouter pieusement ces pièces religieuses, qui n’étaient pour lui qu’un commentaire vivant de l’évangile du jour. Rien de profane ne se mêlait alors à ces jeux, et ce ne fut que plus tard, au XIIIe siècle, que des éléments de cette nature vinrent s’ajouter à ces cérémonies religieuses et en modifier à la longue le caractère sacré. Dans les premiers jours d’avril avaient lieu ces représentations de la Passion, et l’assistance écoutant avec terreur, voyait le Christ, raillé et renvoyé de Caïphe à Pilate et de Pilate à Caïphe. Plus tard, l’habitude rendit la terreur moins grande, et quelques railleurs impies, en revenant le soir de l’église, s’amusèrent à répéter la scène du matin aux dépens de leurs amis ou de leurs voisins. De là, l’origine avancée de ce jeu du premier avril, et le nom de passion passant de bouche en bouche et n’étant plus guère compris, devenant le mot poisson.

Une deuxième origine fut proposée : le mois d’avril étant peu favorable à la pêche, plus d’un gourmand se serait vu, à cette époque, privé d’un plat délicat sur lequel son palais avait compté. Mais cette explication, pour suffisante qu’elle soit à justifier l’expression Manger du poisson d’avril, semble n’avoir aucun rapport avec les facéties du 1er avril.

On donne également une troisième origine, beaucoup plus récente, de cette expression : un prince de Lorraine que Louis XIII faisait garder à vue dans le château de Nancy, aurait trompé ses gardes et se serait sauvé en traversant la rivière de Meurthe, le premier jour d’avril. Certes le duc Nicolas François, frère de Charles IV, duc de Lorraine, quitta son évêché de Toul et le chapeau de cardinal par politique d’État, avant d’épouser à Lunéville, au mois de mars 1635, la princesse Claude, sa cousine germaine, fille de Henri II. Puis, s’étant retiré à Nancy et ayant eu vent qu’on voulait le conduire à la cour de France, il trompa ses gardes. Mais en réalité, le prince ne passa point la rivière de Meurthe à la nage, et sortit par une des portes de la ville, déguisé en paysan, portant une hotte pleine de fumier, de même que la princesse. Il aurait simplement délibérément choisi la date du 1er avril pour s’échapper et tromper les Français. Une jeune paysanne des environs de Nancy, qui fournissait journellement du laitage à la cour, reconnut la princesse malgré son déguisement et, l’ayant dit à quelques soldats de la garde, ceux-ci se figurèrent que cette fille voulait leur donner à tous le poisson d’avril, en les faisant courir mal à propos ; ce qui donna au prince et à la princesse le temps de gagner leurs chevaux pour se réfugier à Bruxelles, auprès du cardinal Infant. Cette évasion fit dire au peuple que le roi avait donné à garder un poisson d’avril, mais l’usage était connu au XIVe siècle, à en juger par les manuscrits du pasteur Paul Ferry relatifs à l’histoire de Metz et dans lesquels il cite déjà l’expression.

Une quatrième opinion fait remonter l’origine de la coutume au changement opéré sous Charles IX, quand l’année, qui jusqu’alors avait commencé le jour de Pâques, dut s’ouvrir le 1er janvier. Les étrennes du premier de l’an furent donc offertes trois mois plus tôt, et il ne resta dès lors pour l’ancien premier jour de l’an que des félicitations pures et simples, auxquelles les mauvais plaisants ajoutèrent des cadeaux ridicules ou des messages trompeurs…”

Lire la suite de l’article sur  FRANCE-PITTORESQUE.COM (31 mars 2017)


Pour s’amuser encore…

Top 13 des expressions cochonnes d’autrefois à réhabiliter (de toute urgence)

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“Aujourd’hui quand vous ramenez votre plan cul à la maison, vous dites à vos amis que vous avez baisé/niqué ou fait du sexe toute la nuit. C’est sympa, mais c’est tout de même pas bien évolué d’un point de vue vocabulaire. Faites-nous confiance, vous avez beaucoup à apprendre de vos ancêtres.

Départir sa grâce

Une expression que l’on doit à François Villon et qui voulait dire un truc du genre faire sa petite affaire. Avouez que c’est tout de même très chic.

Faire la bête à deux dos

Là pour le coup, c’est du côté de l’ami Rabelais qu’il faut se tourner. Rabelais qui est d’ailleurs apparemment très porté sur la chose puisqu’on lui doit pas mal d’expressions cochonnes toutes plus imagées les unes que les autres.

Jouer à cricon-criquette

On ne sait pas qui l’a inventée, mais c’est clairement l’expression la plus mignonne qui soit pour dire “baiser”. Bon après il n’est pas impossible que ça refroidisse clairement votre date Tinder si vous lui proposez d’aller jouer à cricon-criquette dans les toilettes du bar.

Fourrageur

A priori basé sur le verbe fourrer, le très classieux “fourrageur” désigne un monsieur qui aime mettre son zizi dans des dames (ou d’autres messieurs d’ailleurs). Vous pourrez par exemple pendant votre prochaine soirée entre amis dire du bachelor que c’est “un sacré fourrageur”.

Pousser la botte florentine

Alors là on ne parle pas de la petite porte de devant, mais de la petite porte de derrière si vous voyez ce que je veux dire (clin d’œil appuyé). Autrefois pousser la botte florentine voulait donc dire s’offrir une petite session sodomie au coin du feu.

Etre de l’abbaye de Longchamp

Nous n’avons pas tout compris au pourquoi du comment, mais sachez qu’au XVIe siècle à Paris on disait d’un homme qu’il était de l’abbaye de Longchamp quand il était obsédé par le cul.

Faire petite chapelle

Un terme un peu fourre-tout que l’on utilisait jadis à la place de strip-tease, mais aussi pour désigner les gros exhibitionnistes de service. Deux choses qui n’ont pas grand-chose à voir nous sommes d’accord, mais que voulez-vous la langue française est mystérieuse !

Marquer midi

Egalement appelé par certains membres de la rédaction dont je ne citerai pas le nom ici “zizi bâton”. Si vous ne voyez pas de quoi on parle, je suis au regret de vous annoncer que l’on ne peut rien faire pour vous.

Jouer à la fossette

Au XVIIIe XIXe siècle, ça voulait dire forniquer. En toute simplicité.

S’endormir sur le rôti

Vous vous voyez cette fois où il vous est arrivé ce truc qui soit-disant ne vous arrive jamais et que vous n’avez pas pu finir votre petite affaire ? Eh bien vous vous êtes endormis sur le rôti.

Défriser le petit buisson

Si vous lisez ça en bouffant nous sommes confus, mais “défriser le buisson” vient du fait que les poils pubiens de madame sont tout durs quand ils sont enduits de sperme. Sur ce, on vous souhaite une belle fin de journée.

Avoir les pieds en bouquet de violette

Une expression toute choupette et printanière pour désigner l’orgasme. Pour votre gouverne, ça viendrait du fait que quand on jouit, nos doigts de pieds se détendent et s’écartent. Comme un bouquet de violettes. Voilà.

Chaud de la pince

Encore une façon de dire chaud lapin que l’on affectionne tout particulièrement. Si vous préférez, vous pouvez également utiliser “soudrillard”. Inutile de nous remercier, c’est cadeau.

Un peu plus mignonnes que nos expressions actuelles non ?”

Lire la suite de l’article d’Emma sur TOPITO.COM (14 février 2017)


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