ROSI : Le pub d’Enfield Road (2020)

ISBN 978-2-87449-763-6 © Les Impressions nouvelles

“Dans Le pub d’Enfield Road, un professeur de lycée accompagne ses élèves et quelques collègues en excursion à Londres. Comme on peut s’y attendre, il profite de l’occasion pour prendre quelques moments de liberté dans l’espoir de retrouver l’atmosphère d’un autre voyage à Londres, fait il y a près de quarante ans à une époque dont les rêves ne se sont pas réalisés. Rongé de doutes mais doté d’une franchise exemplaire, le personnage traverse Londres qu’il observe avec perspicacité et mélancolie. Peu à peu affleurent des correspondances étranges qui donnent au récit une tonalité presque onirique.” [d’après LESIMPRESSIONSNOUVELLES.COM]

Rossano ROSI livre un extrait du roman sur son blog personnel [ROSSANOROSI.ORG]

Il poussa de ses doigts gelés la porte vermoulue du pub et observa, dans la lumière grise du soir, la jolie enseigne : « The Swan & Hoop ». Elle donnait enfin à Enfield Road ce petit air anglais de toujours, né à l’époque où fut tracée la voie romaine enfouie sous l’artère contemporaine, un petit air bien anglais, chaud comme un morceau de tweed ou un verre de sherry, un petit air façonné par l’histoire — que lui déniaient aujourd’hui les illuminations trop cosmopolites ponctuant cette avenue antique de l’extrême nord de Londres. Certes, c’est tout enrobées de bouffées de cardamome ou de cannelle que ces illuminations étaient venues se poser en ces lieux depuis les quatre coins de l’« Empire », d’un « Empire » bien oublié… bien oublié au fond d’un buffet… — et dont il n’aurait subsisté, seules traces de l’existence de ce gros gâteau disparu, que ces exotiques miettes électriques ! Raymond Raymont s’emberlificotait dans sa métaphore et, tout en ayant l’impression d’avoir retrouvé un peu de l’Angleterre de Virginia Woolf ou d’Agatha Christie, il entra dans le pub d’Enfield Road.

L’enseigne, fraîchement repeinte, oscillant presque gaiement au gré du vent glacé, était là, dans cet ensemble décrépit, ce qui semblait de plus neuf.

L’immeuble au rez-de-chaussée duquel se trouvait le pub était une espèce de cube trapu, à la façade et aux corniches si lasses qu’un passant innocent (et bien sûr je suis une passante innocente) aurait pu se dire que toute l’authentique beauté, tout l’authentique style, ce style indéfinissable qui fait qu’un bon pub ne peut que ressembler à un bon pub, n’avait été préservé, comme la jeunesse d’un vieillard est préservée dans ses yeux, que dans cette enseigne soignée, faussement antique, purement anglaise, naïvement attachante.

Raymond Raymont repoussa non sans effort la porte de la taverne, dont les gonds semblaient être en phase terminale, et il fit quelques pas à l’intérieur ; il ne s’était pas rendu compte qu’il avait failli, par ce geste brusque, me heurter le nez. Or il ne soupçonna même pas ma présence, tout à son examen de ce pub de grande banlieue, tout à cette satanée odeur de Chanel qui était venue se lover jusqu’au fond de ses narines au moment où il sortait de la National Gallery, cet après-midi : il en avait soudain humé les atomes en croisant le chemin d’une — crut-il — inconnue (mais était-ce vraiment une inconnue ?), lesquels atomes, en lui fouettant les narines en même temps que la chevelure de cette inconnue lui fouettait les épaules, avaient proustement activé en lui le levier de la pompe à souvenirs (qui donc était cette inconnue ?), avant que, d’un nouveau geste brusque de la main (une espèce de geste de chef d’orchestre), il dissipe en l’air (mais non… ce n’était après tout qu’une inconnue… ce ne pouvait être qu’une inconnue…) ces vains fantômes. Alors qu’il avait toujours eu une mémoire infaillible, voilà qu’il avait l’impression — était-ce l’âge ? — que lui échappaient de plus en plus de détails : ce genre de détails, tels un prénom ou une date, qui donnent tout leur sel aux images du passé…

Raymond Raymont refit encore son geste brusque de la main ; il examinait le pub avec minutie.

Les murs, pisseux, lépreux, étaient ornés de gravures, pisseuses, lépreuses, dont un buveur innocent (et bien sûr je suis une buveuse innocente) eût pu croire qu’elles imitaient non sans talent l’ambiance des toiles de John Constable, dont on trouvait d’ailleurs un autre écho dans les jolies décorations de ces menus objets en faïence qu’une grosse main délicate avait pris la peine, un jour, de poser entre les bouteilles d’alcool et les verres à bière.

Entre ces gravures très anglaises, il y avait, la plupart peu anglaises (quoi¬que leurs faces brutales et couturées ne leur eussent pas refusé de figurer parmi le petit peuple d’un roman de Charles Dickens), des photographies de footballeurs de Tottenham, dont les noms, aussi exotiques que les illuminations d’Enfield Road, ornaient en menus caractères les bords inférieurs de ces portraits. Le stade des Spurs ne se situait qu’à une poignée de lieues du pub, vers l’est, suffisamment proche pour que les habitants du coin s’en déclarassent des supporters naturels, des fans du premier cercle. Les fanions du club étaient d’ailleurs visibles, çà et là, derrière le comptoir, où s’alignaient, aussi étincelants que les pompes à bière ou à cidre, des dizaines de verres. Le plancher était recouvert de tapis orientaux, ou supposés tels, dont n’étaient plus identifiables que la trame et des franges aussi poisseuses que des cheveux sur le crâne d’un cadavre exhumé de sa terre grasse. Les banquettes, crevées, laissaient apparaître leur rembourrage jaunâtre ; les chaises étaient écaillées et parfois bancales, à l’instar des tables.

Or malgré cet aspect misérable, ou plutôt du fait même de cet aspect misérable, Raymond Raymont ne put s’empêcher de s’écrier, au moment où il posait son mackintosh sur l’une de ces pauvres banquettes (à quelques pouces de mon propre mackintosh) et qu’il se dirigeait d’un pas décidé vers le bar afin d’y commander une pinte (une pinte semblable à celle que bien sûr j’étais déjà en train de savourer, de la mousse plein les dents), il ne put donc s’empêcher de s’écrier intérieurement, tout en soupesant dans sa poche le bon volume de Fielding qui y reposait :

« Me voici enfin à Londres ! »

Car c’était la première fois, depuis son arrivée le matin même dans la capitale britannique, qu’il avait le sentiment d’être en mesure de prononcer, fût-ce en pensée, cette simple phrase :

« Me voici enfin à Londres ! »

— en veillant à donner leur sens le plus fort aux deux derniers mots de l’énoncé. Car aucun des quartiers irréels traversés jusqu’ici ne lui avait donné cette impression, l’impression donc « d’être à Londres », si ce n’est au prix d’une sorte d’artifice, d’une sorte de mensonge. Pourtant Raymond Raymont n’était pas soudain devenu dément : il n’ignorait pas qu’il était bel et bien à Londres.

Ce qu’il avait eu sous les yeux au cours de cette très longue journée aurait pu faire l’objet de belles photographies (aussi belles que celles que j’avais eu la magnifique idée de prendre en profitant à merveille, du haut de Greenwich, un pied dans chaque hémisphère, des qualités brumeuses de cette étrange lumière bleue sur le fond de laquelle se découpait finement, minuscule à côté de l’amplitude du panorama emplissant le cadre, le profil de mon sujet), de très jolies cartes postales, de splendides affiches de voyagistes. C’était Saint-Paul… c’était Big Ben… c’était l’Embankment… c’était Piccadilly Circus… c’était Trafalgar Square… En somme… c’était… c’était Londres ! Il était à Londres ! Il y était ! Cela ne faisait pas l’ombre d’un doute.

Mais le Londres qu’il avait vu jusqu’à présent n’était pas Londres ; c’était un Londres dépourvu de vie, où les seuls gens du peuple qu’il croisait étaient des clochards, des banlieusards en navette ou des demeurés égarés. Et quant aux quartiers qu’il avait traversés après la Cité, après Islington, en remontant vers le nord jusqu’à venir buter presque contre l’Orbital, quoiqu’ils fussent indéniablement populaires et bienheureusement dénués de toute valeur touristique, aucun de ces quartiers n’avait correspondu, du fait de cet exotisme tapageur, à sa représentation si romanesque, si compassée, du Londres de ses pensées — du Londres qui dans son cœur n’avait pas bougé du moindre pouce depuis quarante ans.

Or voici qu’ici, dans un pub minable d’Enfield Road, au cœur d’un quartier loqueteux qui avait tout du no man’s land grisâtre, il avait pour la première fois ressenti cette pure vibration dans le corps : elle lui faisait dire que des gens vivaient ici qu’il aurait pu croiser dans le roman de Henry Fielding qu’il transportait en poche, à côté de sa pipe en bruyère, ou dans une des chansons des Smiths dont ses oreilles s’étaient nourries pendant ce long voyage.

Raymond Raymont bâilla mais oublia aussitôt sa fatigue. Il avait posé devant lui une vieille lettre décachetée et un téléphone tout aussi démodé que cette dernière.

Ah oui… il ne l’avait pas encore lue, malgré la légère curiosité qu’elle avait éveillée en lui et qui lui chatouillait les doigts, comme des picotements auxquels on a vite fait de s’habituer et que l’on oublie vite…

Raymond Raymont n’était pas un être rongé de curiosité ; il avait appris à attendre et mettait un point d’honneur, certes compassé, à être dépourvu de toute hâte. Il tapota un petit rythme de rock sur la lettre. Un message apparut soudain sur l’écran étroit du Nokia, silencieux, Raymond Raymont détestait les bips :

« Et alors ? !

— Et alors ? Et alors… » se dit-il…


“Après de sages humanités très humanistes, quelque part dans le faubourg Saint-Léonard, Rossano ROSI (né en 1962) mène de non moins sages études de lettres à l’Université de Liège, qui lui ont permis de croiser de belles figures en chaire, tels Jean-Marie Klinkenberg ou Jacques Dubois.

Peu après, il fonde avec quelques amis la revue littéraire écritures, qui vivra dix ans et publiera tout au long des années 1990 des auteurs comme Guillaume Dustan, Michel Houellebecq, Christine Angot… — et beaucoup d’autres.

Puis, il s’en ira vivre à Bruxelles, où, avec un plaisir qui s’accentue dangereusement au fur et à mesure qu’approche le terme de cette carrière, il enseigne le français mais aussi les langues anciennes, réapprises entre-temps à l’Université de Louvain. À côté de ce rude métier, il écrit des romans et des poèmes, qu’il publie depuis 1994, parfois avec lenteur, toujours avec obstination. Le trait d’union reliant ces deux facettes professionnelles, c’est la littérature, pour laquelle son enthousiasme croît de jour en jour. Un enthousiasme auquel sa rencontre avec les Impressions Nouvelles, voici dix ans, a donné la chance de se concrétiser par la publication de quatre romans et d’un recueil de poèmes.” [d’après LESIMPRESSIONSNOUVELLES.COM]


Plus de littérature…

GOOSSENS : Errance 13 (2012, Artothèque, Lg)

GOOSSENS Véronique, Errance 13
(technique mixte, 45 x 35 cm, 2012)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

©veroniquegoossens.be

Née en 1956, Véronique GOOSSENS est diplômée en Arts Plastiques (illustration, BD) de l’Institut Saint-Luc à Bruxelles. Diverses formations à Etterbeek, Ixelles et Boitsfort (sections dessin, gravure), au CAD (section publicité), au Kromatic (section connaissance des couleurs) et dans divers ateliers de peinture à Bruxelles. Depuis 1980, son parcours est pluriel : elle illustre de dessins, de BD et de peintures des histoires, articles, affiches, dépliants, présentoirs, couvertures de livres, panneaux didactiques, carnets de voyages, jeu multimédia. (d’après ARTOTHEQUE.BE)

“L’œuvre gravée que je présente ici fait partie d’une série appelée Errance. Cette démarche se nourrit de vides délibérés, de libres doutes, de réponses abruptes, imprévues. Les individus, les couples, les entités, les singularités y émergent, comme d’une marée noire, du chaos où ils ont été conçus. Malgré eux, ils narrent une histoire que l’on ne devine qu’à moitié, celle de toutes les intimités.” (d’après VERONIQUEGOOSSENS.BE)

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © veroniquegoossens.be | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

CLEEREN : Nuage (2018, Artothèque, Lg)

CLEEREN Michel, Nuage
(série “Patience”)
(photographie, 40 x 56 cm, 2018)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Photographe depuis 1980, Michel CLEEREN (né en 1958) mène en parallèle sa recherche personnelle, une profession d’enseignant à l’I.A.T.A. à Namur et une activité de photographe de plateau pour le cinéma (exemple Les convoyeurs attendent de Benoît Mariage encore avec Benoît Poelvoorde – sélection Cannes 2000). Il expose ses photographies en Belgique, mais aussi à Shenyang (Chine), en France et en Angleterre.

Tirée de la série de photographies intitulée Patience”, cette image figurative invite à la contemplation et la rêverie. Son poids poétique résulte non seulement du thème du ciel, mais également de la manière de jouer avec les épaisseurs de l’image. Les grains, les flous emmènent l’image vers la peinture, l’étrangeté et le souvenir (cette coloration du tirage monochrome d’un oxyde transporté par le vent et la pluie, incruste, dans l’intervalle, des sédiments ambiants et l’altération du tirage donne une substance et une pesanteur que seul le temps peut faire)…

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Michel Cleeren | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

VAN MALLEGHEM : Sans titre (s.d., Artothèque, Lg)

VAN MALLEGHEM Sébastien, Sans titre
(technique mixte, 38 x 24 cm, s.d.)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Sébastien Van Malleghem © babelio.com

Né en 1986, Sébastien VAN MALLEGHEM est un photographe indépendant, né en Belgique en 1986. Axé sur des projets de longue haleine, il a suivi pendant quatre ans le quotidien nocturne des policiers et poursuivra son reportage sur la justice dans les prisons belges durant plus de trois ans. Il terminera sa trilogie à propos de la Justice en travaillant sur le monde criminel. En parallèle, Sébastien photographie la Scandinavie entre 2013 et 2016, un travail qui va aboutir sur la publication d’un livre en 2017. (d’après 24H01.BE)

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Sébastien Van Malleghem ; babelio.com | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

Après la police, le second champ d’investigation de Sébastien Van Malleghem a été les prisons. “Ce travail témoigne d’un reportage autofinancé depuis 2011 au sein d’une dizaine d’établissements pénitentiaires, dans le prolongement d’une étude de plusieurs années consacrée à la Police belge et à son travail de terrain. Prisons a pour but d’ouvrir le regard sur les détenus; de mettre la lumière sur les carences d’un système judiciaire et carcéral obsolète et pourtant inscrit, encore aujourd’hui, dans le pays qui m’a enseigné les idéaux de justice et d’humanité.” (Van Malleghem) Le résultat est un travail épuré où la folie des uns et la détresse des autres transpirent avec une puissance qui se passe d’artifices. Ses images respirent le malaise. (d’après 6MOIS.FR).

D’autres œuvres sont disponibles à l’Artothèque Chiroux…

DESMURGET : La fabrique du crétin digital (Seuil, 2019)

Enfants et écrans, attention à “l’orgie numérique”

Face à la situation inédite du confinement lié à la lutte contre le COVID-19, Michel DESMURGET, directeur de recherche à l’Inserm (Institut National français de la Santé Et de la Recherche Médicale) et auteur de La fabrique du crétin digital (Paris : Seuil, 2019) estime qu’il est nécessaire de distinguer les écrans récréatifs de ceux utilisés pour la pédagogie [d’après ESTREPUBLICAIN.FR] :

A partir du moment où les enfants ne peuvent pas aller à l’école, l’apprentissage numérique est une béquille qui est mieux que rien. En ce qui concerne les écrans récréatifs (jeux vidéos, télévision, réseaux sociaux…), on a une explosion du temps passé sur ces écrans là au détriment d’autres activités beaucoup plus nourrissantes pour le cerveau. Les enfants sont aussi soumis à un bombardement sensoriel pour lequel le cerveau n’est pas fait et qui affecte la concentration. Cette période d’orgie d’écrans récréatifs, et d’écrans en général, risque de poser des problèmes pour la sortie” du confinement.


“S.M. Votre livre est un cri de colère. Contre quoi ?

Michel Desmurget : Ma colère vient du décalage entre ce qu’on dit aux parents et la réalité. Il y a une telle distorsion entre ce que l’on sait et ce qui est traduit dans les médias. Il se passe actuellement ce qui s’est passé avec le tabac, l’amiante, le changement climatique… C’est la première génération dont le QI va être inférieur à la précédente. Avec la surconsommation d’écrans, vous touchez au langage, au sommeil, à l’activité physique… tout ce qui est essentiel au développement. Vous allez toucher à tout ce que l’évolution a mis des millions d’années à façonner. Notre cerveau est un bon vieux cerveau. C’est encore un cerveau de vieux con… même chez les enfants ! Il n’est pas fait pour qu’on le bombarde sensoriellement, qu’on lui prenne du temps de sommeil, d’interactions…

S.M. Qu’est-ce que vous espérez avec ce livre ?

M.D. Que les parents soient honnêtement informés. Ils aiment leurs enfants. Si on leur dit « ça, c’est positif », ils le font. Je me fous qu’il y ait une législation comme à Taïwan où vous êtes verbalisés si votre enfant de 2 ans joue avec une tablette car ils considèrent cela comme de la maltraitance développementale. Dans son rapport, remis en juin au ministère de la Culture, la psychanalyste Sophie Marinopoulos parle de « malnutrition culturelle ». Ce concept me parle. Il faut qu’on nourrisse nos gamins comme il faut, qu’on arrête de faire passer l’intérêt économique avant l’intérêt des enfants.

S.M. Qu’est-ce qui vous a le plus choqué à la lecture de toutes ces études ?

M.D. C’est la masse d’études convergentes, quels que soient les méthodes et les usages retenus. Il est toujours mal vu de parler de certitudes en sciences, mais quand même… On sait ce dont l’enfant a besoin et ce qu’on lui propose aujourd’hui, ce n’est pas ce dont il a besoin.” [d’après LEPROGRES.FR mais sans publicité]


La multiplication des écrans engendre une décérébration à grande échelle.

“C’est ce qu’affirme le chercheur en neurosciences Michel Desmurget dans un entretien au Monde, […] à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage La Fabrique du crétin digital. Ce chercheur a aussi alerté dans de nombreux autres médias sur les risques de l’exposition des enfants aux écrans. Dans une interview, il s’inquiétait ainsi pour « la première génération dont le QI sera inférieur à la précédente ». Il expliquait que « plus les enfants regardent d’écrans, plus le QI diminue ». Ces formules-chocs résumées et alarmantes se propagent massivement auprès des parents, des enseignants et des générations exposées aux écrans, suscitant de nombreuses interrogations. Le point pour y voir plus clair dans un domaine où il existe beaucoup d’études mais où la science a bien du mal à trancher.

C’est le point de départ de certaines recherches concernant nos changements environnementaux (éducation, nutrition, pollutions diffuses, écrans, etc.) : on constaterait une baisse des capacités cognitives des dernières générations, plus précisément depuis le milieu des années 1990. « Depuis 2000, c’est la première fois que le QI commence à descendre », affirme ainsi Michel Desmurget. Mais ce point de départ est-il acquis ?

Pendant longtemps, dans les pays industrialisés, on a cru que le QI moyen ne ferait qu’augmenter, avec l’amélioration de la scolarisation, du niveau d’études, des conditions sanitaires… L’accroissement régulier du résultat moyen à des tests de QI avait même un nom : l’effet Flynn, en référence au chercheur néo-zélandais James Flynn à l’origine de ce calcul.

Cet effet se serait inversé dans les années 1990, selon plusieurs études faisant référence, menées en Finlande et en Norvège. En France, une étude montre une baisse de 3,8 points entre 1999 et 2009, mais elle est méthodologiquement peu robuste car basée sur un échantillon, trop restreint, de 79 personnes. A l’inverse, la Norvège et la Finlande sont les deux seuls pays disposant de données solides sur les capacités cognitives de leur population, grâce à des évaluations chez les jeunes appelés faisant leur service militaire.

En Norvège, le QI moyen des conscrits a ainsi augmenté régulièrement entre les années 1980 et 1990 (les tests sont menés par les cohortes nées entre 1962 et 1975), passant de 99,5 à 102,3 ; ensuite, le score a, au contraire, décru d’année en année pour arriver à 99,7 dans les années 2000 (cohorte née en 1991). En Finlande, même évolution, dévoilée par une autre méthode, le peruskoe (test de base), créé par l’armée, qui montre une hausse des résultats des jeunes soldats pendant dix ans, puis une baisse pendant les dix années suivantes (en 1988, le score moyen est de 22,27 points ; en 1997, il est de 23,92 ; en 2009, il descend à 22,52).

Ces résultats ne sont toutefois pas confirmés à l’échelle mondiale : il y a des signes de baisse de QI dans des pays occidentaux développés, mais on ne saurait généraliser à tous les pays ni exclure que ce soit un plateau qui a été atteint.

Le QI, une mesure incomplète des capacités cognitives

Élaboré au début du siècle, le QI est à l’origine une notion créée pour dépister les enfants en difficulté. On compare les résultats d’un enfant aux tests avec les résultats moyens de sa classe d’âge et, c’est pour cela qu’on parle de quotient, on met ensuite cette mesure en rapport avec son âge réel et on le multiplie par 100.

Peut-on mesurer les capacités cognitives avec un seul chiffre ? Des critiques se sont élevées concernant cette mesure. Ainsi, résumait Jacques Lautrey, du laboratoire Cognition et développement à l’université René-Descartes, le QI « entretient une conception de l’intelligence totalement dépassée sur le plan scientifique ». Décrivant une intelligence multidimensionnelle, le monde de la recherche s’accorde désormais pour dire que le QI est une mesure pertinente mais incomplète.

« Etant donné que la principale caractéristique actuelle de l’environnement est d’être en constante mutation, ne doit-on pas considérer (…) que nous devenons plutôt intelligents autrement comme si l’environnement faisait le tri des aspects de l’intelligence qui lui sont utiles ? », s’interrogent ainsi les chercheurs Serge LarivéeCarole Sénéchal et Pierre Audy. Par exemple, à la question « qu’ont en commun les chiens et les lapins », les citoyens du début du XXe siècle auraient fourni, une réponse concrète (« on utilise les chiens pour attraper les lapins »), alors que la réponse actuelle pour obtenir le maximum de points relève d’un raisonnement abstrait : « les deux sont des mammifères ». Autre difficulté : les données sur lesquelles on s’appuie portent sur les capacités cognitives des adultes d’aujourd’hui. Or, les inquiétudes se concentrent surtout sur les générations futures, générations pour lesquelles, par définition, nous ne connaissons pas encore les résultats. Impossible donc d’avoir une certitude absolue sur l’évolution des capacités cognitives. Mais il reste possible de s’interroger sur ce qui pourrait altérer le QI.

Quels facteurs explicatifs possibles ?

Parmi les chercheurs tentant d’expliquer une baisse de l’intelligence humaine, la controverse est vive et hautement sensible. Certains privilégient des explications biologiques : ils avancent l’existence d’un effet dit « dysgénique », qui voudrait que les familles les moins intelligentes procréent davantage et fassent baisser le niveau. Certains de ces chercheurs pointent les effets de l’immigration : selon un article faisant la synthèse de la littérature existante et un autre article analysant les données de treize pays, les ­migrants et leurs enfants, en moyenne moins éduqués, feraient diminuer la moyenne des performances. Mais cette piste est très polémique en raison de l’instrumentalisation qui peut être faite de tels résultats.

Affiche mexicaine de lutte contre la délinquance juvénile

L’étude norvégienne qui compare notamment les performances ­au sein de fratries va à l’encontre de ces explications. « Cette fois, toute différence [d’une génération par rapport à une autre] ­traduit un effet strictement environnemental, puisque les parents sont identiques », explique James Flynn, le chercheur à l’origine du concept étudié dans ces travaux.

Pendant la phase croissante du QI moyen des Norvégiens testés, l’indice « intrafamilial » a augmenté de 0,18 point par an (pour une hausse de 0,20 pour l’ensemble). A l’inverse, à partir de la génération 1975, le retournement de l’effet Flynn dans l’ensemble de la cohorte (baisse de 0,33 point) s’illustrerait par une baisse de 0,34 point par an à ­l’intérieur des familles. Les résultats des fratries évoluent de façon cohérente avec ceux de l’ensemble de la cohorte. On peut donc évacuer l’hypothèse d’une évolution liée à la personne (génétique) ou à la famille (éducation) et penser que les causes de ces évolutions sont plutôt environnementales.

Ainsi, certains métaux lourds (plomb, mercure, etc.) ou perturbateurs endocriniens (pesticides, retardateurs de flamme, etc.) pourraient altérer la construction cérébrale, assurent certains chercheurs. Plusieurs cohortes mère-enfant ont, par exemple, été suivies ces dernières années et précisent que les enfants les plus exposés in utero à des pesticides organophosphorés, des retardateurs de flamme (comme des PBDE ou des PCB), présentent des QI plus faibles que les moins exposés, toutes choses égales par ailleurs.

Mais parmi ces facteurs « environnementaux », au sens large, figurent aussi les évolutions de mode de vie, et en particulier l’exposition massive aux écrans – télévisions, ordinateurs, téléphones… Pour Michel Desmurget, c’est même la cause principale. Est-ce le temps passé devant les écrans qui diminue les capacités cognitives ? Est-ce que les enfants ayant des capacités cognitives plus limitées que les autres sont plus attirés par les écrans ? Existe-t-il d’autres facteurs non mesurés ?

Une étude récente a tenté de démêler corrélation et causalité grâce à un système d’analyse statistique incluant des effets aléatoires ; cinq chercheurs canadiens ont ainsi analysé des données provenant d’une cohorte de 2.441 enfants et montré un lien réel, mais ténu, entre exposition aux écrans et développement cognitif : ainsi, pour un enfant de 2 ans, davantage de temps passé devant les écrans provoquerait, lors du passage du test américain Ages and Stages Questionnaire (ASQ), une baisse du coefficient de variation de 0,08 point à 3 ans ; de même, une baisse de 0,06 point de ce coefficient standardisé serait observée entre 3 et 5 ans.

Comme le remarque le pédiatre Max Davie, interrogé par le Guardian sur cette étude, s’il existe un lien entre exposition aux écrans et capacités cognitives, ce lien reste moins fort que d’autres facteurs, comme le fait de lire à son enfant ou la qualité de son sommeil, facteurs mesurés pendant l’étude. En revanche, ne sont pris en compte ni l’activité de l’enfant ni son accompagnement éventuel devant les écrans.

« Ce qui est sûr, c’est que les écrans sont un facteur de risque de sédentarité ; pour le reste, on ne sait pas trop… En épidémiologie, il faut beaucoup de temps et d’efforts pour prouver la réalité d’un facteur de risque d’effet potentiellement faible. Or, nous ne sommes pas dans une situation où nous pouvons conclure… d’autant que les tests, normés, n’évoluent pas alors que les cohortes, elles, évoluent », estime le professeur Bruno Falissard, directeur du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations de l’Inserm.

Les écrans sont-ils en cause, ou leur usage actuel ?

Contacté par Les Décodeurs, Michel Desmurget tient à préciser que ce ne sont pas les écrans eux-mêmes qui sont en cause, mais leur usage.

Force est de constater que l’usage récréatif qui en est fait aujourd’hui par les jeunes est débilitant. La question n’est pas de les supprimer – professionnellement je les utilise moi-même largement – mais de limiter drastiquement ces consommations débilitantes.

Michel Desmurget

De son côté, M. Falissard craint que les écrans ne soient surtout un révélateur d’inégalités préexistantes entre les enfants de différents milieux socioculturels. « L’interaction est primordiale pour le développement de l’enfant, juge le pédopsychiatre et biostatisticien. La tablette ne doit pas être une solution pour que les parents puissent se détendre sans s’occuper de leur progéniture. L’ennui peut être fécond mais pas la sous-stimulation. »

« Les jeunes issus de milieux socio-économiques défavorisés bénéficient de moins de curiosité et de moins d’accompagnement de leurs parents, et leur utilisation des outils numériques s’en ressent », souligne aussi le rapport des trois Académies de médecine, des sciences et des technologies. D’où la nécessité, lorsqu’il s’agit d’édicter des recommandations par rapport à l’exposition aux écrans, de distinguer les activités (programmes conçus pour les enfants ou pas, éducatifs ou récréatifs, etc.), le temps passé et le contexte (enfants seuls ou accompagnés).

Séverine Erhel, maître de conférences en psychologie cognitive et ergonomie à l’université Rennes-II, recommande aussi « de former les parents et les enseignants au numérique pour qu’ils soient vigilants sur les collectes de données, sur les mécanismes de captation de l’attention… L’idée est de transmettre une vraie culture du numérique aux enfants. » Une idée que soutient le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (Clemi), qui a édité un guide à cet effet : pas d’écrans avant 3 ans, limités et accompagnés à partir de cet âge. Une recommandation désormais inscrite sur le carnet de santé de l’enfant.” [d’après LEMONDE.FR]


“La consommation du numérique sous toutes ses formes – smartphones, tablettes, télévision, etc. – par les nouvelles générations est astronomique. Dès 2 ans, les enfants des pays occidentaux cumulent chaque jour presque 3 heures d’écran. Entre 8 et 12 ans, ils passent à près de 4 h 45. Entre 13 et 18 ans, ils frôlent les 6 h 45. En cumuls annuels, ces usages représentent autour de 1.000 heures pour un élève de maternelle (soit davantage que le volume horaire d’une année scolaire), 1.700 heures pour un écolier de cours moyen (2 années scolaires) et 2.400 heures pour un lycéen du secondaire (2,5 années scolaires).

EAN 9782021423310

Contrairement à certaines idées reçues, cette profusion d’écrans est loin d’améliorer les aptitudes de nos enfants. Bien au contraire, elle a de lourdes conséquences : sur la santé (obésité, développement cardio-vasculaire, espérance de vie réduite…), sur le comportement (agressivité, dépression, conduites à risques…) et sur les capacités intellectuelles (langage, concentration, mémorisation…). Autant d’atteintes qui affectent fortement la réussite scolaire des jeunes.

Ce que nous faisons subir à nos enfants est inexcusable. Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, une telle expérience de décérébration n’avait été conduite à aussi grande échelle

Michel Desmurget

Ce livre, première synthèse des études scientifiques internationales sur les effets réels des écrans, est celui d’un homme en colère. La conclusion est sans appel : attention écrans, poisons lents !” [SEUIL.COM]


Plus de dispositifs à maîtiser ?

CORNIL : La Roche aux faucons (2007, Artothèque, Lg)

CORNIL Olivier, La Roche aux faucons
(photographie, 60 x 60 cm, 2007)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Olivier Cornil © oliviercornil.be

Olivier CORNIL est né en 1976 à Charleroi. Après sa formation à l’École supérieure des arts de l’image “Le 75”, à Bruxelles, il est devenu le photographe attitré du groupe de rock Girls in Hawaii, partant avec eux en tournée mondiale et réalisant des pochettes d’albums, des films de concerts… Il a d’abord entrepris des séries à la fois documentaires et un peu autobiographiques sur la région frontalière belge et son enfance à Charleroi, avant d’appliquer à des voyages plus lointains (la Chine, la Patagonie, le nord de l’Europe…) son écriture personnelle, faite d’images et de textes, faite de douceur, d’intelligence, de subtilité, d’une subtile attention au détail dans le réel qui l’entoure et au passage du temps.(d’après YELLOWNOW.BE)

Cette photographie fait partie d’une série réalisée pour le groupe Girls in Hawaii. “Pour la pochette de “Plan Your Escape”, j’ai proposé à chacun des Girls in Hawaii de choisir un lieu et de venir s’y promener avec moi une journée. Nous avons été à Bruxelles, Anvers, Fond d’Oxhe, Ostende, La Gileppe et La Louvière. J’ai adoré ces moments. Se sont ajoutées à la sélection des images que j’aimais, d’un peu partout. Certaines d’entre elles se sont retrouvées sur la pochette… “ (OLIVIERCORNIL.BE) La Roche-aux-faucons est un lieu-dit situé à une dizaine de kilomètres au sud de Liège. C’est une falaise dominant un méandre de l’Ourthe.

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Olivier Cornil | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

DE SOUZENELLE : L’écologie extérieure est inséparable de l’écologie intérieure

Annick de Souzenelle en 2019 © reporterre.net

La crise écologique est intrinsèquement liée à la transgression des lois ontologiques“, assure la théologienne Annick de Souzenelle. “Sans travail spirituel, pour retrouver et harmoniser racines terrestres et racines célestes de l’humain, il serait impossible de la stopper.

“Vous étudiez la Bible depuis plus de cinquante ans. Quel est le sens de ce travail ?

Annick de Souzenelle — Ce qui résume tout, c’est que j’ai un jour mis le nez dans la Bible hébraïque, et j’y ai lu toute autre chose que ce que disaient les traductions habituelles. Elles sont très culpabilisantes et je sentais que ce n’était pas juste. J’ai été émerveillée par la Bible hébraïque : je me suis consacrée à écrire ce que je découvrais — des découvertes qui libèrent du poids de la culpabilisation qui a abîmé tant de générations… À partir de là, j’ai réécrit une traduction des premiers chapitres de la Bible [la Genèse], de l’histoire de l’Adam que nous sommes, Adam représentant non pas l’homme par rapport à la femme, mais l’être humain, et de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Un voile est en train de se lever sur les écritures, et cela se passe aussi avec le sanskrit, le chinois, d’autres personnes y travaillent… Il se passe quelque chose à l’heure actuelle, il faut aller plus loin dans la compréhension de l’humain, de l’Adam…

Les traductions les plus courantes de la Genèse décrivent la domination de la Terre et des espèces animales par l’Homme, et une supériorité de l’homme sur la femme… Avec votre exégèse, que peut-on entendre ?

À partir du déchiffrement symbolique de l’hébreu, on peut entendre ceci : lorsque l’Adam [l’être humain] est créé, il est différencié de son intériorité, que nous appelons aujourd’hui l’inconscient, et cet inconscient est appelé Ishah, en hébreu. Nous avons fait de Ishah la femme biologique d’Adam, qui, lui, serait l’homme biologique. Dans ma lecture, il s’agit du « féminin intérieur » à tout être humain, qui n’a rien à voir avec la femme biologique. Il s’agit de l’être humain qui découvre l’autre côté [et non la côte] de lui-même, sa part inconsciente, qui est un potentiel infini d’énergies appelées « énergies animales ». Elles sont en chacun de nous. On en retrouve le symbole au Moyen-Âge, dans les représentations sculpturales : le lion de la vanité, de l’autoritarisme, la vipère de la médisance, toutes ces caractéristiques animales extrêmement intéressantes qui renvoient à des parties de nous, que nous avons à transformer. La Bible ne parle pas du tout des animaux extérieurs, biologiques, que nous avons à aimer, à protéger. Elle parle de cette richesse d’énergie fantastique à l’intérieur de l’Homme qui, lorsqu’elle n’est pas travaillée, est plus forte que lui, et lui fait faire toutes les bêtises possibles. Ce n’est alors plus lui qui décide, qui « gouverne » en lui-même.

Il est extrêmement important de bien comprendre que cet Adam que nous sommes a en lui un potentiel qui est appelé « féminin » — que l’on va retrouver dans le mythe de la boîte de Pandore chez les Grecs et dans d’autres cultures — et que ce potentiel est d’une très grande richesse à condition que nous le connaissions, que ce ne soit plus lui qui soit le maître, mais que chaque animal soit nommé et transformé.

Dans la Bible, tous les éléments, les règnes végétaux et minéraux sont très présents. Quelle est dans votre lecture la relation entre l’Homme et le cosmos ? Est-ce que cela décrit aussi le « cosmos intérieur » de l’Homme ?

L’extérieur est aussi l’expression de ce qui est à l’intérieur de l’Homme. Le monde animal, le monde végétal et le monde minéral sont trois étapes des mondes angéliques qui sont à l’extérieur comme à l’intérieur de nous. L’intérieur et l’extérieur sont les deux pôles d’une même réalité. Il y a dans la Bible un très beau mythe où Jacob, en songe, a la vision d’une échelle sur laquelle les anges montent et descendent. L’échelle est véritablement le parcours que nous avons à faire dans notre vie présente, de ce que nous sommes au départ vers ce que nous devrions devenir. Nous avons à traverser les mondes angéliques, c’est-à-dire à les intégrer. Mais tout d’abord, à nous verticaliser.

Ce chemin « vertical », qu’implique-t-il dans notre rapport au monde ?

C’est tout simple : cultiver ce cosmos extérieur. Ce que nous faisons à l’extérieur a sa répercussion à l’intérieur, et vice versa, donc il est extrêmement important de cultiver ensemble le monde animal extérieur et le monde animal intérieur, et de la même manière en ce qui concerne les mondes végétaux et minéraux.

C’est-à-dire d’en prendre soin, de les faire grandir, de les enrichir ?

Oui, nous en sommes totalement responsables. La façon dont nous traitons ce monde à l’intérieur de nous va se répercuter à l’extérieur. Or, à l’intérieur de nous, nous sommes en train de tout fausser, nous n’obéissons plus aux lois qui fondent la Création. Je ne parle pas des lois morales, civiques, religieuses. Je parle des lois qui fondent le monde, que je compare au mur de soutènement d’une maison. On peut abattre toutes les cloisons d’une maison, mais pas le mur de soutènement. À l’heure actuelle, c’est ce que nous faisons. Nous transgressons les lois ontologiques [du grec ontos = être]. Elles aussi sont dites dans la Bible et on n’a pas su les lire. Nous détruisons ce monde à l’intérieur de nous comme nous sommes en train de détruire la planète. Il est difficile d’entrer dans le détail de ces lois ici, mais j’ai essayé d’exprimer cette idée dans mon livre L’Égypte intérieure ou les dix plaies de l’âme. Avant que les Hébreux quittent leur esclavage en Égypte pour partir à la recherche de la Terre promise, une série de plaies s’est abattue sur l’Égypte. Chacune de ces plaies renvoie à une loi ontologique transgressée.

Les plaies d’Égypte font penser aux catastrophes naturelles que l’on vit aujourd’hui !

Oui, à l’heure actuelle, la Terre tremble. Cela fait quelques années que les choses tremblent de partout. Nous sommes dans les plaies d’Égypte. Nous allons faire une très belle Pâque [la fête, dans la liturgie juive, commémorant la sortie d’Égypte], une mutation importante va se jouer. Mais, actuellement, nous sommes dans les plaies d’Égypte, et on ne sait pas les lire. Nous vivons une période de chaos, prénatal, je l’espère.

Est-ce dû au fait que l’Homme ne fait plus le travail intérieur ?

Oui, exactement. Mais depuis quelque temps, ce n’est pas seulement qu’il ne fait pas le travail intérieur. C’est qu’il fait un travail contraire aux lois de la Création. On est dans le contraire de ces lois ontologiques, alors le monde tremble.

Vous-mêmes, dans votre vie, avez-vous vu les choses s’empirer ?

J’ai pratiquement parcouru le siècle ! Je me souviens très bien du monde de mon enfance, des années 1920. C’était un monde figé, totalement incarcéré dans un moralisme religieux bête et insupportable. Il n’était pas question d’en sortir, et ceux qui le faisaient étaient mis au ban de la société. Je me suis très vite sentie marginalisée. Puis la guerre est venue casser tout ça. Tout a changé après la guerre. Les jeunes des années 1960 ont envoyé promener la société d’avant, avec le fameux « Il est interdit d’interdire » qui résume tout, seulement ça allait trop loin. Le « sans limite » est aussi destructeur que les limites trop étroites.

La crise écologique est beaucoup reliée à l’absence de limite au niveau de la production, de la consommation, de l’utilisation de nos ressources. Comment cela s’est-il développé après la guerre ?

L’humanité inconsciente est dans le réactionnel. Elle était complètement brimée d’un côté. En s’échappant de cette contention, elle a explosé. Elle ne sait pas trouver la juste attitude. On va à l’extrême, parce qu’on ignore les lois qui structurent. Nous avons l’habitude d’associer le mot « loi  » à l’idée de contrainte, mais les lois ontologiques, au contraire, libèrent.

Les bouleversements environnementaux n’existaient pas durant votre enfance ?

On n’en parlait pas. Chacun avait son lopin de terre. Dans les années 1970, 1980, on a commencé à en parler. Au moment même où j’ai commencé mon travail intense.

Quel est selon vous le cœur de la problématique écologique ?

Une perte totale du monde céleste, du monde divin. L’Homme est comme un arbre. Il prend ses racines dans la terre, et ses racines dans l’air, la lumière. Il a des racines terrestres et des racines célestes. L’Homme ne peut pas faire l’économie de ces deux pôles. Jusqu’à récemment, il a vécu ses racines terrestres dans des catégories de force, car il ne connaissait que la « lutte contre » quelque ennemi que ce soit (intempéries, animaux, autres humains…). Il ne sait que « lutter contre » car il est dans une logique binaire. À partir de la fin de la dernière guerre, à partir des années 1950 et 1960 en particulier, il y a eu un renversement de la vapeur. On a envoyé promener le monde religieux, qui n’apportait que des obligations, des « tu dois », des menaces de punition de la part du ciel, c’était un Dieu insupportable. Nietzsche a parlé de la mort de Dieu. Merci, que ce dieu-là meure ! Mais on n’a pas été plus loin dans la recherche. Aujourd’hui, ce qu’il se passe, c’est qu’il y a un mouvement fondamental, une lame de fond qui est en train de saisir l’humanité, le cosmos tout entier, pour que l’humanité se retourne, dans une mutation qui va avoir lieu, qui ne peut plus ne pas avoir lieu, pour qu’elle retrouve ses vraies racines divines, qui sont là.

Comme si la crise avait un sens au niveau du chemin de l’Homme ?

C’est LE sens de l’Homme. Toute l’écologie est très importante, mais elle ne peut se faire que s’il y a une écologie intérieure de l’Homme. C’est le passage de l’Homme animal à l’Homme qui se retourne vers ses racines divines. Cela ne veut pas dire que ses racines terrestres disparaissent, mais qu’il retrouve ses racines célestes.

Ne peut-il pas y avoir une écologie sans spiritualité ?

Il s’agit désormais de « lutter avec ». Je suis très respectueuse des actions qui sont faites dans le sens de l’équilibre écologique, et je pense qu’il faut les faire mais c’est une goutte d’eau dans une mer immense. Un raz-de-marée va se produire, des eaux d’en haut [le monde divin] peut-être, ou des eaux d’en bas, peut-être les deux en même temps !

Je respecte beaucoup les efforts actuellement déployés, mais ils sont très minimes par rapport à ce qui se joue. S’il n’y a pas en même temps que cette lame de fond un travail spirituel, cela ne suffira pas. J’espère que ce n’est pas trop difficile à entendre quand je parle ainsi, mais il me faut le dire. On ne peut pas séparer l’intérieur de l’extérieur.

Comment voir le corps dans cette perspective ?

Le corps de l’Homme est inséparable du corps du cosmos. Ce sont les deux pôles d’une même réalité. Nous ne connaissons de notre corps que ce qui est étudié en médecine, en faculté. Mais notre corps physique n’est que l’expression qu’un corps divin, profond, ontologique, et c’est celui-ci qui est malade. Lorsque l’on veut traiter un malade, la médecine officielle ne traite que l’extérieur, le côté concret. Elle est en train en ce moment d’éradiquer l’homéopathie, qui travaille au contraire sur la cause profonde, car quand un organe est malade, c’est qu’il y a un court-circuit dans la cause profonde, dans l’organe ontologique de l’Homme, dont l’organe que nous connaissons n’est que l’expression. Si l’on ne va pas toucher à ce très subtil, il n’est pas suffisant de travailler sur la seule dimension extérieure.

Il arrive que des personnes racontent leur traversée de la maladie comme une initiation. Toute épreuve peut être la source d’une évolution énorme. L’épreuve n’est pas la même chose que la souffrance.

Cela peut-il qualifier ce que la Terre vit actuellement ?

Nous l’avons rendue malade, oui. Nous avons détourné les cours d’eau, trafiqué des éléments naturels. On trafique la Terre comme si elle était une chose. On n’a plus aucune conscience qu’elle est ce corps divin de l’Homme. Le traitement qu’on fait aux arbres, à toute la culture, est diabolique dans le sens que cela « sépare ».

La surconsommation matérielle, le capitalisme, sont-ils l’expression d’une conscience qui s’est « séparée » ?

Tout à fait. Toute idéologie qui n’est pas reliée au verbe fondateur devient la peste. C’est la cinquième plaie d’Égypte. Toutes nos idéologies politiques, philosophiques, financières ne réfèrent absolument pas au verbe divin, si bien qu’elles sont vouées à l’échec. Soljenitsyne l’avait bien vu, en disant qu’il quittait une folie (l’URSS) pour en trouver une autre aux États-Unis. Tout cela doit disparaître. Tous nos politiciens sont perdus à l’heure actuelle, qu’ils soient de droite, de gauche, du milieu, de tout ce que l’on veut… Ils mettent une rustine ici, une rustine là, ils ne peuvent pas résoudre les problèmes. Parce que l’Homme a déclenché des problèmes qui ne seront solubles que par un retournement radical de son être vers les valeurs divines.

Les religions elles-mêmes, telles qu’elles sont aujourd’hui, sont vouées à une profonde mutation. Ce qui va émerger de tout cela est une conscience totalement nouvelle, d’un divin qui sera intimement lié à l’humain, qui ne viendra pas d’une volonté d’ailleurs, mais d’une présence intérieure.

Puisque selon vous le cosmos extérieur représente le cosmos intérieur, l’endroit du chemin écologique peut-il devenir un chemin spirituel ?

On ne peut pas entrer dans l’intelligence du cosmos extérieur sans entrer dans l’intelligence du cosmos intérieur. Ce n’est non plus la seule voie. Je peux aussi dire le contraire : ça peut être quelqu’un qui découvre son cosmos intérieur, et par conséquent qui va se consacrer au cosmos extérieur. On ne peut pas vivre quelque chose d’intense intérieurement sans se trouver relié au monde extérieur… Quand je suis dans mon jardin, je vois les arbres, les plantes, les oiseaux, comme des anges, qui sont là, vivants, qui respirent avec moi, qui m’appellent… Combien de fois le chant des oiseaux est mon chant…

Des personnes qui se disent athées mais qui sont très reliées au monde, sont-elles aussi sur un chemin spirituel ?

Oui, nombreux sont ceux qui se disent athées parce qu’ils rejettent le dieu des églises… mais ressentent cette unité avec la nature. Le grand sujet aujourd’hui est de sortir de l’esclavage au collectif très inconscient, pour entrer, chacun et chacune, dans sa personne, dans l’expérience personnelle. On est à cet endroit de chavirement total de l’humanité.

Nous vivons une très grande épreuve, la peur règne, mais cela peut être, pour ceux qui le comprennent, un chemin initiatique magnifique.

Nous sommes dans un moment unique de l’humanité, extrêmement important, le passage de l’Homme animal à l’Homme qui se souvient de ses racines divines. Il y a un grand espoir.

L’espoir, donc, ne se situe pas seulement dans l’espoir que la crise s’arrête, mais dans l’espoir que l’Homme change à travers cette crise ?

Exactement. C’est une mutation de l’humanité. Aujourd’hui on a terriblement peur de la mort, on veut reculer la mort. Or, il faut accepter la mort, elle est une mutation. J’ai une grande confiance. C’est impressionnant, mais on n’a pas à avoir peur. La peur est un animal qui nous dévore. De cette énergie animale, nous avons à faire de l’amour.”

Lire l’article original de Juliette KEMPF sur REPORTERRE.NET (article du 26 juillet 2019)


Après des études de mathématiques, Annick de SOUZENELLE, née en 1922, a été infirmière anesthésiste, puis psychothérapeute. Elle s’est convertie au christianisme orthodoxe et a étudié la théologie et l’hébreu. Elle poursuit depuis une trentaine d’années un chemin spirituel d’essence judéo-chrétienne, ouvert aux autres traditions. Elle a créé en 2016 l’association Arigah pour assurer la transmission de son travail et animer l’Institut d’anthropologie spirituelle.

 


Plus de symboles…

BUXTON : Sans titre (2016, Artothèque, Lg)

BUXTON Annabelle, Sans titre
(impression numérique, 30 x 40 cm, 2016)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Annabelle Buxton © lespetitsplatons.com

“Née en 1986 à Basingstoke, j’apprends à tailler mes crayons à l’Ecole Estienne et vide mes pots d’encre à l’Ecole supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg (HEAR). Passionnée d’images, inspirée par la peinture flamande, Buster Brown, les lanternes magiques et la couleur des chamallows, j’imagine des histoires farfelues et poétiques à la lisière entre illustration et images séquentielles. Je travaille régulièrement pour la presse (XXI), les revues de bande-dessinées (Nobrow, Nyctalope) la publicité (crème Simon) et l’édition jeunesse. Après mon premier album “Le Tigre blanc” paru aux éditions Magnani, j’ai travaillé pour les éditions des Petits Platons (“Le rhinocéros de Wittgenstein”) et Actes Sud Junior (livre-tapis les jouets, Archicube, La Pointeuse Botanique…)”
(d’après ANNABELLEBUXTON.COM)

Cette image fait partie du premier port-folio édité par Ding Dong Paper (collectif d’éditeurs liégeois constitué de François Godin et Damien Aresta). Elle illustre bien l’univers d’Annabelle Buxton et “ses personnages loufoques, animaux mutants et autres cabanes sur pilotis.”

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Annabelle Buxton ; lespetitsplatons.com | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

Quelques vidéos fascinantes d’artistes à l’œuvre…

Picasso et Clouzot sur le tournage du “Mystère Picasso” (1955-6)

Il y avait déjà le fascinant “Mystère Picasso” d’Henri-Georges CLOUZOT : “Au printemps 1955, Picasso appelle Clouzot pour lui parler de stylos feutres fabriqués aux États-Unis et qu’il vient de recevoir. Ces stylos ont la particularité d’avoir une encre capable de transpercer tout un bloc de pages, et a fortiori une toile. Le déclic s’opère, le procédé est trouvé : filmer la toile à l’envers et ainsi “assister à l’œuvre de création”. Ainsi Clouzot filme Picasso en train de peindre sans qu’on ne puisse le voir derrière la toile. Une sorte de Work in progress inédit.” [FRANCETVINFO.FR]

Le Mystère Picasso ne se borne pas à être un long métrage, là où l’on n’osait pas s’aventurer au-delà de 50 minutes, c’est l’unique développement de quelques-unes de ces minutes par élimination de tout élément biographique descriptif et didactique. Ainsi, Clouzot a rejeté l’atout que tout le monde aurait gardé : la variété. C’est qu’à ses yeux seule la création constituait l’élément spectaculaire authentique, c’est-à-dire cinématographique.

André BAZIN

Hypnotique Gerhard Richter

“Une image vaut 1 000 mots… Surtout lorsque l’image montre Gerhard RICHTER à l’œuvre dans son atelier ! L’artiste allemand, connu pour ses œuvres hyperréalistes, s’attèle ici à une imposante composition abstraite. Sur la toile, aidé d’un racloir, il étale la couleur et lisse la matière, inlassablement. Filmé simplement en plan fixe, le peintre semble même ne pas remarquer la présence de la caméra ! Une expérience hautement méditative et presque hypnotique, rythmée par les amples gestes de l’artiste concentré et imperturbable.

Paul McCarthy, un clown-artiste

Perruque blonde vissée sur la tête, faux nez, gants de Mickey et pinceau démesuré… Difficile de reconnaître ici le facétieux Paul McCARTHY qui singe, pendant près d’une heure, toute une galerie de personnages archétypaux du monde de l’art ! Une performance hilarante, dans laquelle il endosse tantôt le rôle de l’artiste fauché, qui réclame désespérément de l’argent à son galeriste, ou encore celui du peintre qui, transcendé par son œuvre, invoque l’esprit de Willem de Kooning et de Vincent Van Gogh. Il n’épargne rien ni personne, pas même ses contemporains, à l’image de Marina Abramović dont il parodie la célèbre performance Rhythm 10 (1973). Irrésistible et jubilatoire !

Louise Bourgeois confidentielle

Brooklyn, 1993. Louise BOURGEOIS représente les États-Unis à la biennale de Venise et ouvre les portes de son atelier à Bernard Marcadé, avant que ses œuvres  (des « cellules ») ne rejoignent la Sérénissime. « La vie m’a placée dans un rôle de professeur », lui explique-t-elle, et quelle professeure ! Pendant près d’une heure, on boit les paroles de l’artiste qui évoque tour à tour ses œuvres, sa vie, ses petits enfants… « Le changement n’existe pas. La chose est immuable », nous dit Bourgeois. Hautement inspirant !

Jackson Pollock repeint le ciel

Une large toile étalée au sol, des pinceaux (optionnels), et bien sûr des pots de peinture : la leçon peut commencer ! Dans le jardin de sa résidence à Long Island, Jackson POLLOCK, alors âgé de 39 ans, est filmé par la caméra du photographe allemand Hans Namuth. Clope au bec, l’inventeur du dripping jette la peinture sur la toile, expliquant en voix-off : « Je préfère exprimer mes sentiment que de les représenter ». Un autre plan, quelques minutes plus tard, le montre peignant une vitre transparente en contre-plongée. Et c’est comme si le ciel se parait de ses couleurs !

Arman fait les poubelles

La rue est un atelier à ciel ouvert pour ARMAN. Et pour cause, l’artiste roi de l’accumulation trouve la matière première de son art… dans les poubelles ! De la paille, de vieux journaux… Dans ces images de 1961, Arman glane dans le quartier des Halles à Paris toutes sortes de déchets. « Les moyens traditionnels sont sclérosés », affirme cet ancien étudiant des Beaux-Arts au parcours exemplaire, qui appréhende les objets comme des « faits sociologiques, des faits réels », témoins d’une société et de son époque.

Face-à-face avec César

Connu surtout pour ses fameuses compressions, CESAR a, à la fin de sa carrière, réalisé de troublants visages en PVC, comme figés dans une sorte de coulée de lave plastique, une matière que l’artiste brosse, ponce, gratte dans son atelier avec son assistant. Ce plastique, qui fascine tant le nouveau réaliste, lui permet de détruire, remettre en question le portrait – y compris le sien, qu’il réalise à l’aide… de pain ! « Il suffit que je me trouve en présence d’un matériau pour que je le palpe, que je le renifle » explique César, qui qualifie sa pratique de jeu. Le plastique, comme l’organique, c’est fantastique !”

Lire l’article original -avec pubs- d’Inès BOITTIAUX sur BEAUXARTS.COM (9 mai 2020)


Plus de beaux-arts…

BELGEONNE : Insolente force
(2010, Artothèque, Lg)

BELGEONNE Gabriel, Insolente force
(eau-forte, n.c., 2010)

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Gabriel Belgeonne © laprovince.be

Formé à l’Académie de Mons, Gabriel BELGEONNE (né en 1935) y est professeur à partir de 1976, puis professeur à l’E.N.S.A.V. La Cambre où il enseigne la gravure aux côtés de Jean-Pierre Point (sérigraphie). Belgeonne a reçu de nombreux prix et a même représenté la Belgique, en 1989, lors de la Biennale de Sao Paulo. Aujourd’hui à la retraite de l’enseignement, il continue à graver assidûment et à faire la promotion d’autres graveurs, notamment avec l’association Tandem, créée en 1971 (d’après ESTAMPE.FR).

Cette estampe est l’une des deux eaux-fortes de Gabriel Belgeonne que possède l’Artothèque. Elle illustre cette réflexion sur l’artiste :  “Rester fidèle à un idéal de pureté picturale et de simplicité ne signifie nullement un renoncement à la richesse des sensations et des matières employées. Mais c’est l’humilité de l’artiste à l’égard de la forme qui est importante et caractéristique. La couleur tenue sans cesse dans une gamme de simplicité acquiert alors une sorte de saveur métaphysique “ (d’après CENTREDELAGRAVURE.BE)

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Gabriel Belgeonne ; laprovince.be | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

BALLARATI : Enjoy Ecuador Quito (2014, Artothèque, Lg)

BALLARATI Cédric, Enjoy Ecuador Quito
(photographie, 40 x 60 cm, 2014)

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Cédric Ballarati © helium3.be

Cédric BALLARATI est né en 1980. Il vit à Maastricht, aux Pays-Bas. Il explore différents champs artistiques – l’architecture, la photographie et l’écriture – qui se font écho l’un à l’autre et parfois se fondent dans son travail.

Cédric Ballarati définit son travail en ces termes : “Au travers des couleurs vives, c’est une ode à la richesse de la vie. Ici et là-bas, le quotidien en fête, le mouvement et les échanges. Car quoi qu’il en soit, nous ne sommes qu’en transit, alors autant voyager joyeusement…” Le procédé photographique consiste à utiliser un temps de pose long pour suggérer l’idée de mouvement par le flou. Le contraste très fort et la saturation des couleurs augmentent encore l’impression d’énergie qui se dégage de cette image.

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Cédric Ballarati ; helium3.be | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

Quelques visions pour un avenir liégeois radieux (CHiCC, 2019)

Vue de Liège © Philippe Vienne

Où en est l’idée de faire de Liège une métropole régionale ?

“Etre une métropole, c’est remplir une mission, exercer une fonction, répondre à des besoins multiples, pour une et même plusieurs régions ; c’est aussi refuser de se laisser porter par une décision extérieure, c’est choisir son destin, consentir aux efforts financiers nécessaires. N’est pas une métropole qui veut, mais il faut aussi vouloir l’être.”

C’est ainsi que, dès 1964, à l’époque du colloque “Liège en l’an 2000”, Olivier Guichard, délégué général à l’aménagement du territoire de la République française définissait la métropole. La France, au 1er janvier 2018, en comptera dix-neuf dont dix-sept de droit commun (Bordeaux, Brest, Dijon, Grenoble, Lille, Metz, Montpellier, Nancy, Nantes, Nice, Orléans, Rennes, Rouen, Saint-Étienne, Strasbourg, Toulouse et Tours) et deux à statut particulier (Aix-Marseille et Paris).

Mon projet, hier et aujourd’hui

Le projet présenté au cours du colloque “Liège en l’an 2000” avait été ratifié par l’ensemble des membres de l’association avant d’être exposé à l’important public présent. Il comportait un plan global de circulation tirant parti du réseau ferré qui irrigue la ville et sa région en y superposant différentes voies et systèmes nouveaux pour assurer la mobilité des habitants et des usagers. Routes et autoroutes, métros lourd et léger, téléphériques, trottoirs roulants, rues réservées aux piétons permettaient à quiconque, par dessus les voies ferrées, tous les déplacements sans contrainte.

Le projet repensait complètement les réseaux de transport en commun (T.E.C.). Les circuits empruntés par ces derniers étaient tous conçus en boucle plutôt qu’en ligne. Il est bien connu que tous les circuits établis selon une boucle fonctionnent partout de manière optimale. Il suffit de songer à la Circle Line à Londres, à la Maranouchi Line à Tokyo et tout simplement au tram 4 à Liège pour en être convaincu. Jamais à ma connaissance, aucun spécialiste n’a tenté de dresser une carte des TEC dans une ville en se basant sur cette idée qui pourtant, si elle était appliquée et généralisée, faciliterait grandement la circulation dans la ville et dans son agglomération.

Projet Safège Liège © safege.org

Des systèmes nouveaux de transports en commun utilisaient, selon les distances à desservir, deux types de boucles : des grandes et des petites. Pour les grandes boucles, un métro suspendu appelé Safège, mis au point par la firme française éponyme, et pour les petites des cabines de la taille d’une 2CV Citroën à 4 places assises circulant sur le sol ou sur des rails surélevés, ces engins nouveaux se déplaceraient à la demande de manière automatique comme il en est des ascenseurs. Lorsque les pentes étaient fortes et particulièrement longues, des téléphériques comme il en existe dans les stations de sport d’hiver, étaient proposés.

Un usage différent de l’automobile était préconisé : interdites d’accès dans la ville, les voitures devaient être rangées dans de vastes parcs à étages à l’endroit des gares et au périmètre des centres denses. De là, les automobilistes empruntaient des navettes ou des TEC pour rejoindre leur destination.

Il faut rappeler qu’avant la Seconde Guerre, les rues dans les villes servaient principalement et presqu’exclusivement à la circulation. Le stationnement y était toléré, mais il n’était pas admis qu’un habitant de la rue puisse laisser sa voiture en permanence devant chez lui et s’arroger le droit d’occuper la voirie comme cela est devenu le cas aujourd’hui. Ce droit, moyennant une redevance annuelle, a progressivement été reconnu et s’est généralisé à la ville entière. Lorsque les maisons familiales ont été remplacées, durant les années 60, par des bâtiments à appartements, les artères quelles qu’elles fussent se sont révélées insuffisantes pour garer les voitures et des emplacements ont été prévus pour elles au détriment des espaces verts.

Des mesures auraient du être prises à cette époque pour contraindre les propriétaires de véhicules à justifier de garages sous leur “building” : les rues sont faites pour circuler et non pour être encombrées ou obstruées, sinon la circulation devient très difficile et même impossible. Ceci devient le cas pour beaucoup de rues et il est étonnant que les pompiers n’exigent pas le retour à la situation antérieure, comme ils exigent la fermeture des bâtiments quand ceux-ci ne satisfont plus aux nouvelles normes. En effet, le stationnement des voitures tout au long, et même de chaque côté des rues, est de plus en plus admis ; l’espace pour circuler se trouve alors réduit à 2m50 et il interdit certaines manœuvres aux grands véhicules ou aux bus.
Faut-il rappeler que de telles règles existent, notamment au Japon, où le stationnement dans les rues est strictement interdit ?

Quant aux surfaces importantes des différentes gare existant encore à l’époque, elles étaient couvertes par de vastes dalles étagées qui supportaient des logements nouveaux et des équipements publics mal répartis dans la ville. Ces derniers donnaient naissance à des activités nouvelles dans les quartiers environnants.

C’est ainsi qu’au-dessus des Guillemins, des logements et un ensemble de locaux pour le Ministère des Finances étaient prévus, facilitant ainsi des relations directes entre les fonctionnaires locaux et leurs homologues bruxellois.

Lire plus dans les actes du colloque “La Fabrique des Métropoles”
(Liège, 2017)

Jean ENGLEBERT


La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte de Jean ENGLEBERT a fait l’objet d’une conférence organisée par la CHiCC en janvier 2019 : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne

Plus de CHiCC ?

L’axe du 3e millénaire à Liège (CHiCC, 2019)

Panorama vers la gare, la tour des finances et la Boverie, depuis Cointe © Philippe Vienne

Depuis le début du 3ème millénaire, l’axe Guillemins-Boverie jusqu’aux quais de la Dérivation connaît un profond renouvellement. Des architectures résolument modernes y sont développées. Appel est fait à des architectes de renom qui s’y distingueront aux côtés de bureaux d’ingénierie de réputation internationale. Cette promenade nous emmènera le long de ce nouvel axe contemporain.

Tout d’abord, la gare des Guillemins. La nouvelle construction est rendue nécessaire par la volonté d’accueillir les trains à grande vitesse dans la cité mosane et par la vétusté de l’ancienne gare. C’est l’architecte Santiago Calatrava Valls qui est retenu pour réaliser ce qui deviendra la gare blanche, la cathédrale de verre. Relevant de l’architecture organique, la construction se caractérise par la ligne courbe. Calatrava la voit comme “la belle endormie au pied de la colline”.

65.000 m3 de béton, 10 000 tonnes d’acier et 3 ha de verre seront nécessaires à la construction. Cette prouesse d’ingénieurs se réalisera sans interruption du trafic ferroviaire. Les 39 arcs de 160 m seront placés par-dessus les voies, à l’aide de vérins, au cours de poussages successifs. Le pont haubané d’accès, à l’arrière de la gare, représente lui aussi un défi pour les ingénieurs : son tablier est courbe et en déclivité.

La gare et l’esplanade © Philippe Vienne

Il s’agit d’une gare, mais avant tout d’un signe architectural. Calatrava la voit comme le signe de l’ouverture de Liège sur son avenir. La belle endormie ne demande qu’à se réveiller. Gare sans façade, les nouveaux Guillemins sont tout en transparence. Depuis Cointe, nous pouvons aisément la traverser et aboutir à la nouvelle esplanade dessinée par le bureau Dethier. Cette place triangulaire avec ses bassins, ses jets d’eau, ses bambous et autres plantations, est aussi le lieu de passage des bus et bientôt du tram.

La tour des finances depuis le parc de la Boverie © Philippe Vienne

Second bâtiment d’importance : la tour des finances. Sur notre trajet vers cette plus haute tour de Wallonie, évoquons le futur Paradis Express, un nouvel éco-quartier avec toitures verdurisées, avec bâtiments de hauteurs dégradées, depuis la tour jusqu’à la gare pour évoquer les collines environnant Liège. La Design Station Wallonia, vitrine de la promotion du design en Wallonie, se veut un signe architectural fort dans le quartier avec son porte-à-faux au-dessus de la voirie.

La tour des finances – ou tour Paradis – domine le paysage avec ses 28 étages et ses 136 m de hauteur. Faite de béton et de verre, sa forme évoque un bateau descendant la Meuse. Elle est l’œuvre du bureau d’architecte Jaspers-Eyers. S’y regroupent plus de 1.000 fonctionnaires.

“La Belle Liégeoise” et la Tour cybernétique © Philippe Vienne

En nous dirigeant vers le parc de la Boverie, se dessine devant nous le nouveau boulevard urbain. S’étendant du pont de Fragnée jusqu’à l’Évêché, il rend les quais de Meuse aux Liégeois en ralentissant la circulation, par l’aménagement de nouveaux espaces verts et d’une promenade pour la circulation douce le long du fleuve.

La passerelle La Belle Liégeoise a été inaugurée le 5 mai 2016. Cette “belle Liégeoise” désigne Anne Josèphe Terwoigne de Méricourt. Originaire de chez nous, elle s’est distinguée pendant la Révolution française par sa lutte pour les droits démocratiques et les droits des femmes. Deux cents ans après sa mort, les autorités liégeoises ont voulu rendre hommage à une femme qui s’est battue pour la liberté.

La passerelle, réalisée par le bureau Greisch, est constituée d’une structure d’acier sur laquelle est posée un plancher de bois. Elle est d’une longueur de 294 m dont 163 au-dessus du fleuve. Deux descentes conduisent vers le parc dont l’une est particulièrement destinée aux usagers à mobilité réduite.

Tour cybernétique de Nicolas Schöffer © Philippe Vienne

Jetons au passage un regard à la tour de Schöffer, un chef d’œuvre de l’art cybernétique. Réalisée en 1961, classée au patrimoine exceptionnel de Wallonie en 2009, elle a été restaurée, par le bureau Greisch également, qui la dote des technologies les plus modernes. La tour s’anime à nouveau depuis 2016 de mouvements, de sons aléatoires et de lumières.

Le musée de la Boverie, lui aussi, a connu une rénovation qui lui donne une nouvelle vie. Conçu en 1905 pour l’Exposition universelle, le Palais des Beaux-Arts sera un des seuls bâtiments qui lui survivront. Œuvre des architectes Hasse et Soubre, il relève de l’éclectisme et s’inspire du Petit Trianon. Sa rénovation est décidée en 2013 en vue d’en refaire le musée des Beaux-Arts de Liège, en collaboration avec le Louvre.

La Boverie © visitezliege.be

La travail est confié à l’architecte Rudy Ricciotti, connu pour son travail particulier du béton et son souci d’inscrire son œuvre dans le cadre qui lui est propre. C’est ainsi que peu sera modifié à l’extérieur du bâtiment historique dont le sol sera creusé afin d’y dégager un espace pour les collections permanentes. Une grande salle vitrée de 1200 m2 sera construite à l’est du bâtiment, là où se trouvait un mur aveugle. Cette salle est soutenue par 21 colonnes de béton travaillées comme des arbres, des arbres du parc que les hautes fenêtres peuvent refléter. Au sud est ajouté un plan d’eau, miroir à la fois du bâtiment et de la verdure environnante.

De l’autre côté de la Dérivation, se détachent les arcs de couleur rouge de la Médiacité. Construit sur les friches de l’Espérance-Longdoz, cet ensemble architectural avait pour but de rendre une nouvelle vie à un quartier précédemment voué à l’activité industrielle, ce que rappelle la Maison de l’Industrie et de la Métallurgie toute voisine. Ce projet, né au début des années 2000 comme un complexe de cinémas, mettra un certain temps à voir sa réalisation. Et c’est largement modifié qu’il verra le jour, associant à cet endroit une galerie commerciale, une patinoire et les nouvelles installations de la RTBF.

Médiacité © Philippe Vienne

Chargé du projet de la Médiacité, le bureau Jaspers et Eyers fera appel à un architecte de réputation internationale, Ron Arad, pour donner à la construction sa touche de modernité. C’est lui qui concevra le passage de 360 m qui serpente à travers la galerie, terminé par les arcs de couleur rouge, qui en fait l’originalité. La couverture de cette voie est faite d’une structure métallique de poutres entrecroisées recouvertes d’un matériau léger, isolant et transparent.

La patinoire voisine est accessible par l’intérieur de la galerie. De dimensions olympiques, il s’agit de la plus grande patinoire de Wallonie. De l’extérieur, elle fait penser à une baleine, car elle est couverte de milliers d’écailles d’aluminium dont le rôle est de donner la brillance, mais surtout d’assurer l’isolation notamment acoustique.

Tout à côté s’érige Médiarives, le nouveau site de la RTBF. Ce bâtiment a été voulu tout en sobriété et en transparence, comme se veut le service public. Il comprend bureaux et studios, dont le plus grand studio de Wallonie (500 places) où l’on enregistre entre autres l’émission “The Voice”.

Nous avons ainsi parcouru cet axe du 3e millénaire, où les réalisations les plus modernes s’inscrivent dans un paysage urbain riche de son passé centenaire et où les voies de circulation automobile s’interrompent pour laisser place à des espaces verts et à des promenades piétonnières.

Brigitte HALMES


La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte de Brigitte HALMES a fait l’objet d’une conférence organisée en avril 2019 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne

Plus de CHiCC ?

PINELLI : Heinz von Furlow 1929
Porquerolles (2014, Artothèque, Lg)

PINELLI Joe G., Heinz von Furlow 1929 Porquerolles (2014)
[dessin aux bâtons d’huile ; 40 x 50 cm]

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Joe G. Pinelli © PLG

Joe G. (Giusto) PINELLI (né en 1960) est un illustrateur, dessinateur et scénariste de bande dessinée.  Il arrive à Liège à la fin des années 1970, pour y suivre le cours de bande dessinée de Jacques Charlier à l’Académie Royale des Beaux-Arts. Lorsqu’il commence à réaliser ses premières bandes dessinées, il décide de se raconter, de mettre en image son quotidien. De nombreux extraits de ces récits autobiographiques, sont publiés dans des fanzines, tant en Belgique qu’en France ou encore aux Pays-Bas. Son graphisme libéré et tendu en fait l’un des auteurs importants de la Bande dessinée indépendante.

Ce dessin aux bâtons d’huile fait partie de l’œuvre du du peintre fictif Hans Von Furlow, créé par Joe G. Pinelli et évoqué notamment dans son album Féroces Tropiques (Dupuis, sur scénario de Thierry Bellefroid). A travers la biographie d’un autre peintre fictif, celle de Kurt Hix, Pinelli évoque en filigrane la première guerre mondiale et plus tard, dans une série de fanzines, la montée du nazisme…

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © PLG | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

ISBN : 2-9505628-2-5

Que cigares – unicamente puros (volume 3/3, PLG, 1993, épuisé)
“Même rage de témoigner dans l’urgence (que Cassavetes), avec cette suprême élégance qui consiste à ne jamais faire de tri en fonction des critères de convenances et de bonnes manières.”

Evariste Blanchet

TEICHER, Yves (né en 1962)

© Tous droits réservés

Yves TEICHER est né à Liège, le 21 mars 1962. Il débute ses études musicales à l’âge de 7 ans au Conservatoire Royal de Liège. En 1976, il obtient un premier prix de solfège. En 1978-79, un premier prix de violon. Il poursuit par le diplôme supérieur et obtient un premier prix de musique de chambre en 1981. De 1981 à 1983, il suit les cours privés d’Ivry Gitlis.

Après une période de remise en question, de retraite et de réflexion sur la pédagogie violonistique, de lecture des œuvres de Nietzsche, Rimbaud…, il rejoint le monde et la musique de la rue à Bruxelles, Paris et dans le sud de la France. Il rencontre Chorda Trio, retrouve à travers eux l’amour et l’ambiance du jazz de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli et ses souvenirs d’enfance quand il jouait dès l’âge de 9 ans, un peu partout en Province de Liège, avec son frère, le guitariste Stéphane Martini

La folie douce de la musique tsigane, la virtuosité ébouriffante du soliste classique, l’imagination débordante du jazzman, l’expérience de la route et du voyage, une passion immodérée pour toutes les musiques et un cœur gros comme ça ! Yves Teicher, c’est tout cela à la fois et bien plus encore : une invitation à naviguer par-delà les étiquettes et à balayer, d’un coup d’archet, les frontières absurdes qui réduisent notre plaisir à une mosaïque schizoïde.

J.P. Schroeder (2002)

– La suite sur son site officiel : YVESTEICHER.NET


avec Ivry Gitlis…

Que dire d’autre que ce que raconte si bien Jean-Claude LEROY, dans son article (ici, sans pub) : “Yves Teicher, violoniste mongol, ou l’art de rendre heureux” (MEDIAPART.FR, article du 9 novembre 2012, avec extraits musicaux en ligne) ?

Si je devais définir le Style, je dirais que c’est une manière d’être insaisissable, et que c’en est aussi une d’être présent au monde. Le Style me déporte vers une sorte d’inhumanité qui peut m’irradier, en même temps qu’il m’installe dans une humanité dont il a besoin, ne serait-ce que parce qu’il ne se forge jamais mieux contre elle qu’en elle. Le Style est ce comportement humain qui transfigure l’horreur ensevelie en valeur de contemplation. Tout Style est Style d’alchimie.

Marcel Moreau, La Pensée mongole (1972)

“Un soir, selon son rêve de Mongolie et d’oubli de soi, Yves Teicher a composé une mélodie mongole. D’où mon idée facile de rendre mongol le temps d’un titre ce baladin sans frontières ayant grandi à Liège dans l’aura d’un père professeur de français d’origine roumaine, épris de musique romantique, de pataphysique et de révolution, près d’une mère d’origine italienne amie des peintres, poètes, musiciens, autant de bohèmes talentueux parmi lesquels Bobby Jaspar et René Thomas, deux grands noms de l’histoire du jazz européen. Élève violoniste docile évoluant sous le joug d’une diablerie fantasque retenue, il se réveille adolescent révolté, rencontre Ivry Gitlis dont il suit les cours, travaille solitairement, nourri d’une sauvage volonté de trouver la voie. Une voie d’essence poétique, Rimbaud étant son maître autant que Parker, qu’il trouvera peu à peu, au débouché d’une virtuosité délivrée par le sentiment.
En 1986, il rencontre des musiciens adeptes du swing et du répertoire manouche, le groupe Chorda-Trio, fait route avec eux et enflamme bientôt les salles de concert de l’ouest de la France et d’ailleurs. Sa fougue, son feeling inné font mouche. Le public est embarqué à chaque fois, notamment par les musiques de Django Reinhardt redevenues depuis à la mode et par les longues improvisations du soliste fou, lançant son violon dans des délires joyeusement acrobatique.

En 1993, Bruno Montsaingon l’entend et aussitôt l’engage, sous la direction du chef d’orchestre Gennady Rozhdestvensky, il sera soliste à l’occasion de la création mondiale de la première symphonie de Schnittke, à Rotterdam, événement retransmis à la TV nationale hollandaise.

Bientôt il fera équipe avec le contrebassiste américain Bob Drewly, un transfuge du hard rock californien passé par le free-jazz, qui a accompagné dans sa jeunesse le poète beat Bob Kaufman, a travaillé aussi bien avec Pierre Boulez qu’avec Mal Waldron ou Sony Murray. À eux deux ils inscriront quelques bien belles pages d’improvisations sans calcul et sans trop de traces, juste pour la magie de l’instant volé à la monotonie. Ayant assisté, médusé, à leur concert, lors du festival de Liège de 1994, un critique des plus blasés, Guy Thys, « surpris d’être tant surpris. Surpris, enfin surpris… » signera un éloge dithyrambique de ces énergumènes innocents dans le magazine Jazz in time. Quelques enregistrements, pour la plupart disparus, témoigneraient de ce duo miracle. Ce serait toujours ça ! Car pour ce qui est de gagner sa vie c’est une autre histoire. À un nomadisme formidable Yves Teicher oppose un réalisme par trop aléatoire. Tout avance cahin-caha au gré du pittoresque et du tempérament. Pas de stratégie, de relations intéressées, mais des rencontres intempestives, parfois étonnantes, souvent riches d’humanité, davantage en tout cas que d’espèces sonnantes et trébuchantes.

Yves Teicher, c’est aussi une voix, une gueule, un corps, et il interprète avec beaucoup d’expression des textes de Rimbaud dans des spectacles composites où se mêlent théâtre et musique. Le producteur de cinéma Alexandre Salkind assiste à un de ces spectacles, s’emballe pour les talents d’acteur du musicien, veut le faire tourner dans un rôle de violoniste et le reçoit à plusieurs reprises sur son yacht basé dans le port de Cannes. Cependant, suite au Christophe Colomb qu’il a produit, emberlificoté dans un procès avec Marlon Brando et Ridley Scott, il sombre dans une dépression où s’enfouissent tous ses projets. L’artiste liégeois en fera les frais.

L’épisode Schnittke et l’épisode Salkind marqueront la fin de possibles illusions. Il est sûr désormais que l’art et la carrière sont deux bêtes fort distinctes qui ne concourent pas toujours de front. Outre des rendez-vous prestigieux mais sans lendemain, Yves Teicher joue volontiers dans la rue, déroulant des sonates de Bach, des airs de Dutilleux ou de Sibelius et, ma foi, la caisse du violon posé à côté se remplit gentiment.

Le poète André Laude se prend d’amitié pour lui, Yves participe à des soirées parisiennes où Laude dit ses textes avec gravité. Quand le poète meurt, en 1995, Yves joue à son enterrement en compagnie de Steve Lacy. Steve Lacy, amateur de poésie, lui aussi, et avec qui Yves Teicher entretiendra de bons rapports, « le seul musicien de ce niveau avec qui cela a été possible. »

Alors qu’il fait à nouveau la manche place des Vosges, à Paris, le producteur Marc Krafchik tombe en arrêt devant lui. Il l’engage bientôt. Un disque grand public chez RCA-BMG est enregistré, comprenant des compositions et des reprises de standards de variété. La presse et les radios réagissent favorablement, toutefois un spectacle de lancement complètement loupé condamne le disque et la tournée en vue. Yves Teicher expérimente ainsi les fausses bonnes idées racoleuses d’un agent mal ajusté. Un gâchis.

En 1996, au Festival de Montreux, il joue en solo en première partie du concert Martial Solal-Didier Lockwood. Mille personnes dans la salle, enthousiastes. Solal et Lockwood n’ont pas un mot d’appréciation, sauf quand Solal voit de près l’instrument rudimentaire sur lequel Yves vient de jouer, et comment il est sonorisé, avec un simple micro-cravate. Interloqué, il demande : « C’est avec ça que vous obtenez un tel son ! » Lockwood, toujours équipé d’un attirail complexe, reste d’autant plus froid à l’égard de son collègue violoniste…

Du producteur Krafchik, notre facétieux violoniste avait obtenu en échange d’un disque commercial un autre enregistrement, plus personnel. C’est ainsi qu’avec le batteur Olivier Robin et le bassiste Sal la Roca, il enregistre un disque consacré à Charlie Parker, le maître de toujours. Douze plages aussi peu aguicheuses que possible, d’un son de cordes raclées à outrance, comme arraché à la gorge. Un manifeste musical à la fois austère et jubilatoire, où il semble revenir à une ère d’avant les studios high-tech et la pommade à oreille, à un temps de jazz spontané sorti du cru de l’âme. Ce joyau attendra de longues années avant d’être édité par Intégral Jazz France, mais il sortira enfin en 2005. Je gage que des mélomanes des temps futurs l’écouteront comme on écoute aujourd’hui les Suites pour violon de Jean-Sébastien Bach, avec le même sentiment de vie déclinée en ressource infinie.

Entre des enregistrements solo restés inédits où il donne sa musique la plus personnelle, et des concerts donnés avec son frère, le guitariste Stéphane Martini, spécialiste des musiques latines et afro-cubaines, Yves prépare un spectacle consacré à un autre de ses maîtres : Charles Trenet. Accompagné du pianiste Léon Humblet, il chante et joue avec force des airs peu connus du fou chantant, dispensant à nouveau joie et frissons. Il y a quelques mois il était l’invité surprise d’un festival Georges Brassens, à Vaison-la-Romaine, où il a quelque peu subjugué le public. Un des organisateurs publiera peu après un témoignage bouleversé de cette soirée unique.

J’en témoigne ici. J’ai vu maintes fois Yves Teicher sur scène, dans les cadres les plus divers, parfois fatigué ou malheureux mais toujours généreux à l’extrême et donnant à son public ce quelque chose qui s’appelle le bonheur.

Il n’y peut rien de tant pouvoir ainsi conférer à son art une telle violence émotionnelle, c’est son style, il se donne et aime donner, à se tordre de bonheur gagné sur les souffrances et le prix qu’il a fallu payer. Ce n’est pas un hasard si, en décembre 2011, alors qu’il jouait aux côtés de Biréli Lagrène, le public de Moscou lui a réservé un accueil si fraternel. Il a sûrement perçu en lui un cœur pur travaillé par de complexes interrogations, et la grande littérature russe, justement, nous a offert de tels personnages, mais Yves Teicher est parmi nous, fort de sa Mongolie intérieure, grande ouverte sur le monde profus et la solitude exaltée. Alors, rendons-lui l’hommage qu’on doit aux grands vivants, et disons-lui merci.”


More Jazz…

MYNCKE : Man’s story (2012, Artothèque, Lg)

MYNCKE Charles, Man’s story
(impression numérique, 50 x 40 cm, 2012)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Charles Myncke © be.linkedin.com

Charles MYNCKE est un jeune artiste belge issu d’Arts², l’école supérieure des arts de Mons. Il touche à plusieurs techniques artistiques : peinture, sculpture, installations, interventions de street art et impressions digitales. Il se distingue par une esthétique accessible, une thématique large, et une patte indéniable. Son travail se base en général sur un sujet concret et en travestit l’image, le code esthétique et le contexte afin d’ouvrir un miroir à deux sens sur une époque, une idée ou un thème. (d’après LESMUSEESDELIEGE.BE)

Cette impression laser est issue de la série “Cover Myself”, présentée notamment à la Biennale de la Gravure de Liège en 2015. Ici, Charles Myncke puise son inspiration dans les affiches des films américains de série B ou des couvertures de magazines d’aventures d’après-guerre. Elles en reprennent les compositions, les clichés et les slogans. Avec beaucoup d’humour, il reprend les codes de ces visuels rétro pour mieux les détourner : on retrouve dans chacune de ses images l’artiste lui-même, dans des autoportraits en pirate, aventurier, gangster ou témoin de scènes de crime, entouré de soldats, de bandits, d’indigènes de contrées lointaines, de robots futuristes et de femmes sexy caricaturales… Les images ainsi mises en scène, ces univers vintage et décalés donnent à voir le regard enjoué de l’artiste sur cette période, à moins justement que ces pastiches ne soient là que pour en suggérer l’actualité (d’après LESMUSEESDELIEGE.BE)

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Charles Myncke ; be.linkedin.com | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

LARDOT : Dame au smartphone (2017, Artothèque, Lg)

LARDOT Didier, Dame au smartphone
(photographie, 44 x 60 cm, 2017)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Didier Lardot (né en 1957) est originaire de Bomal et vit à Aisne (Durbuy). Décrivant son appareil photographique comme “la prolongation de ses yeux”, le photographe parcours l’Europe en quête de témoignages et réalise des séries de portraits de rue ou de paysages durant ses voyages ou en Belgique, où il vit.

La pratique de la photographie se rapproche de celle du documentaire, figeant des instants de vie. Didier Lardot se concentre sur des détails, des portraits, des objets qui pourtant, portent en eux une histoire, et racontent quelque chose d’une vie, de l’Histoire, d’une universalité faite de joies et de souffrances.

Ce portrait a été réalisé en Bosnie, en octobre 2017, durant un court séjour à Sarajevo. Le photographe y lie des connaissances et déambule dans la ville à la recherche de portraits. Le titre précise un détail de l’image qui évoque la rencontre d’une certaine modernité qui s’entrecroise avec un passé à la mémoire douloureuse (guerre des Balkans de 1991 à 2001). Le regard de la dame et l’ensemble de la scène, à part le téléphone portable, semblent intemporels, figés dans le temps. Il explique que dans cette ville où persistent des “bâtiments criblés de balles, témoignages de massacres et récits de survivants”, il remarque cette “dame au smartphone” qui semble perdue dans ses pensées. Une lumière rasante, la fumée de cigarette, le sac sur les genoux donnent à la scène une ambiance de profonde tristesse.

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Didier Lardot | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

TILLMANS, Wolfgang (né en 1968)

© Wolfgang Tillmanns – lecho.be

Wolfgang TILLMANS se fait connaître dès le début des années 1990 comme le photographe d’une jeunesse libertaire issue de la génération post-punk et qui se reconnaît dans la musique techno. 

“À l’occasion des raves et des rassemblements gays, il saisit, dans des tirages jet d’encre de grand format, souvent non encadrés, la vulnérabilité des corps et les poses informelles de ses amis, des modèles suivis pendant de nombreuses années au cœur de leur intimité. Sensible à la photographie comme un art social, en lien direct avec le réel, Tillmans revendique une empathie avec ses sujets et un art qui atteint à l’essentiel par l’attention portée à une époque.

Ce faisant, il revisite les genres traditionnels : portraits, natures mortes, paysages. Wolfgang Tillmans n’a cessé de s’interroger sur la technique photographique. En témoignent ses images agrandies et recadrées à l’aide d’un photocopieur ou ses photographies abstraites réalisées dans la chambre noire, sans caméra, à l’aide d’un seul faisceau lumineux. Depuis 1992, il conçoit lui-même la présentation de ses expositions. Créant des constellations de photographies suspendues, collées au mur, présentées sur table sans hiérarchie prédéfinie, il utilise l’espace comme un laboratoire où le collectif des images fait écho à la communauté humaine. Il vit et travaille à Londres et Berlin.” [en savoir plus sur FONDATIONLOUISVUITTON.FR]

Wolfgang Tillmans à la Tate Gallery © apollo-magazine.com

“Wolfgang Tillmans est un artiste mondialement reconnu et parmi les plus influents de sa génération, qui a repoussé les limites de la photographie et de la création d’image. À travers une grande richesse technique et la variété des sujets, c’est avant tout la notion de visibilité qui parcourt son œuvre. À l’heure de la saturation totale des images, l’artiste soulève des questions essentielles : qu’est-ce qui est rendu visible et qu’est-ce qui reste caché ? Comment créer des images porteuses de sens ? À partir de quand un phénomène devient-il perceptible ? Quel est le lien entre ce que nous percevons et ce que nous connaissons ? Quel est l’impact des nouvelles technologies sur notre manière de voir le monde ?

Ces interrogations sont révélatrices de la portée politique de son travail. Depuis ses premières œuvres qui témoignent des nouveaux paradigmes sociaux et culturels poussés par une génération marquée par la crise du SIDA et la chute du Mur, Tillmans a toujours fait preuve d’une conscience politique aiguë. Depuis plusieurs années, son engagement dépasse la pratique artistique et se manifeste dans un véritable activisme social en faveur de la démocratie et des droits des minorités, à travers sa fondation Between Bridges et les différentes campagnes pro-européennes dont il est à l’origine.” [d’après WIELS.ORG]
En savoir plus sur le site de Wolfgang Tillmans…


[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation par wallonica.org  | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : Wolfgang Tillmans ; lecho.be ; apollo-magazine.com


Plus d’arts des médias…

MARRE : Homme sous l’eau (s.d., Artothèque, Lg)

MARRE Matthieu, Homme sous l’eau
(photographie, 20 x 25 cm, s.d.)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Matthieu MARRE est photographe. Il a suivi un cursus universitaire en ethnologie et en anthropologie. Il s’intéresse à l’intime où il espère déceler une sincérité des choses. Il attend de la photographie un regard décalé des évidences qui nous sont données. C’est un regard amoureux empreint d’une distance. En 2015, il publie L’oublié” aux éditions Yellow Now (Liège). En 2016, il intègre le studio Hans Lucas.

Cette photographie est tirée d’une série intimiste. Matthieu Marre y montre des images du quotidien. “C’est une photo de mon père. Cette photo me plaît car il a une posture bien à lui sur cette image. Je l’apprécie également car on dirait un homme en lévitation” (M. Marre). “Il semble y avoir peu à dire des photographies de Matthieu Marre, qu’elles ne disent elles-mêmes mieux que les mots. Ainsi en va-t-il de certaines images, de certains univers dont la grâce sans prétention peut vous toucher à la manière d’un petit coup de foudre ou d’une révélation, et susciter en vous un désir de contemplation, d’observation voire de recueillement timide et silencieux, ample toutefois dans sa respiration.” (d’après YELLOWNOW.BE)

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Matthieu Marre | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

NORAC, Carl (né en 1960) : “Poète National” belge en 2020

Els MOORS et Carl NORAC : poètes nationaux…

Pour ce quatrième mandat, le projet Poète National a choisi d’élire un francophone pour prendre la relève d’Els Moors. À partir du Gedichtendag 2020, le Montois Carl NORAC sera donc le nouvel ambassadeur de la poésie belge, au-delà des frontières linguistiques du pays. Il héritera ainsi du titre honorifique de Poète National, déjà porté par Charles Ducal, Laurence Vielle et Els Moors.

Dès janvier 2020, et pendant deux ans, la mission de Carl Norac sera d’écrire des poèmes inspirés par notre pays, son histoire et son actualité, de rencontrer le public et les écoles mais aussi et surtout de mieux faire connaitre la poésie belge à travers le pays et même au-delà de nos frontières. Il sera, dès le 23 avril, l’ambassadeur officiel d’Els Moors, jusqu’à la fin de son mandat, et sera associé à certains de ses projets. Els soutiendra, quant à elle, son successeur du côté néerlandophone du pays, en 2020-2021.

Né à Mons en 1960, Carl Norac est un poète belge qui vit de sa plume, depuis plus de vingt ans. Installé en France dans le Loiret en 1998, il revient vivre en Belgique en 2019, du côté d’Ostende.

Ce que Carl Norac en pense…

Je suis heureux d’apprendre que l’on m’a choisi pour être le prochain Poète National. C’est une annonce qui intervient avec une valeur symbolique et affective pour moi, le mois même où, après plus de vingt années de vie et d’écritures en France, je reviens habiter en Belgique, à Ostende. L’importance n’est pas le titre, mais ce qu’on peut espérer en faire avec conviction, humilité et je suis impressionné par l’action et les poèmes de Charles Ducal, Laurence Vielle, Els Moors, ainsi que par l’ensemble des partenaires qui font que ce projet est aujourd’hui une réalité en mouvement. Le fait d’arpenter depuis si longtemps théâtres, festivals, aussi écoles, prisons, bibliothèques et divers lieux de vie pour parler de poésie m’a toujours fait penser que cet art, plus que jamais, est là pour bousculer les consciences, pour faire parler l’ailleurs et l’ici d’une même voix. Depuis que j’écris, je n’ai jamais accepté cette frontière invisible qui fait que les artistes des différentes communautés linguistiques de mon pays se connaissent si peu. Beaucoup d’initiatives existent aujourd’hui. En particulier, l’action profonde et enthousiaste qu’a engagées l’ensemble des maisons littéraires pour Poète National / Dichter des Vaderlands est fondamentale et je donnerai toute mon énergie pour les aider sur leurs chemins. Au début des années 90, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas « toute la Flandre » et j’ai commencé par visiter celle-ci ville par ville, paysage par paysage. Invité à des festivals par Poëziecentrum puis plusieurs années dans le cadre de Saint-Amour, j’ai pu lire mes poèmes un peu partout, connaître Herman de Coninck, Leonard Nolens, Stefan Hertmans et développer une correspondance puis de nombreuses rencontres, dont certaines à Mons, avec Hugo Claus qui est avec Henri Michaux le poète qui m’a le plus influencé. Je suis parti aussi à la rencontre d’artistes, Carll Cneut, Ingrid Godon, Gerda Dendooven, avec le bonheur par nos livres communs de mieux les faire connaître en Belgique francophone et en France. J’ai eu énormément de chance pour un poète « de l’autre côté » d’être traduit par Ernst Van Altena, Bart Moeyaert, Edward Van de Vendel, Michaël de Cock pour les Editions Poëziecentrum, Querido, Lannoo, De eenhoorn. Si je me permets de donner ces éléments, c’est seulement pour signifier à quel point cette idée maîtresse du projet Poète National d’aider à mieux se connaître entre poètes des trois langues nationales est primordiale à mes yeux. Un des premiers projets que je soumettrai à ce propos sera un tour de Belgique d’un mois par les canaux, en péniche, où monteront, de semaine en semaine, des poètes des différentes communautés, sachant qu’aller les un(e)s vers les autres demande du temps, avec cette volupté de la lenteur qu’offre la navigation sur les canaux ou les fleuves (un thème important dans la poésie belge toute entière, et qu’a révélé encore récemment et magnifiquement Els Moors dans un film-poème). Faire se croiser aussi la plus jeune génération de poètes, celle qui est en mouvement, qui veut changer nos codes, nos conforts d’écriture, nos habitudes. Etant un poète qui écrit aussi très souvent pour les enfants, j’espère pouvoir atteindre cette ambition de motiver un très nombre d’écoles des trois régions autour des mêmes projets. Je dis souvent aux enfants autant qu’aux adultes que nous vivons dans un monde qui nécessite une urgence poétique au même titre qu’une urgence écologique ou humaniste. Les enfants et les adolescents que je rencontre aiment la poésie et y voient souvent, plus que de belles images, une façon de changer le monde. Il ne faut pas uniquement sourire de ces propos si optimistes, mais les prendre au sérieux. Ce qui s’est passé récemment en Belgique pour le climat en est une preuve tangible. La poésie échappe toujours à ce qui veut la contraindre ou la définir par des normes établies. Un adolescent nommé Rimbaud écrivait qu’elle sera toujours « en avant ». Une anthologie originale destinée à la jeunesse verra le jour, où les collaborations seront croisées, afin que les poétesses et poètes de chaque communauté soient illustrés par l’imaginaire d’un(e) artiste de l’autre région. Dans le cadre de Mons 2015, j’avais pu écrire sur ce que les gens dans la rue vous confient de ce qu’ils sont sur le point d’oublier. J’irai demander aux passant(e)s un peu partout en Belgique quel est leur premier poème écrit, lu, appris, aimé, détesté, ou presque oublié. Comme une invitation à reprendre le chemin d’un livre, ou de quelques lignes qui puissent les accompagner, vers une poésie alors tout à fait contemporaine. La poésie est souvent brève : en sa collection d’instants, elle peut se glisser partout, dans les transports en commun ou être chuchotée à l’oreille dans les rues par des comédiens. Et bien sûr, ce qui est essentiel, publiée dans la presse, pour donner un autre regard sur l’actualité. Je suis émerveillé par le travail accompli et je veux aussi continuer ce qu’ont entrepris les trois autres poètes. Tant de pistes à suivre, à inventer, ainsi cette envie absolue qui me guide toujours de confronter la poésie aux autres arts, en particulier pour ma part à la musique et à la danse, ce poème visible. En ces temps troublés où la mémoire de l’histoire semble vaciller, la poésie demeure cette matière mouvante, parfois fuyante, mais persistante, une de celles qui tente d’empêcher que la nuit pénètre trop dans le cœur des hommes. Lorsque Laurence Vielle était Poétesse Nationale et qu’elle cherchait le centre poétique de la Belgique, je lui avais conseillé par exemple de prendre une chaise et d’aller s’asseoir sur la plage d’Ostende. C’est bien là que je vais de ce pas, et ce sera comme le début d’une nouvelle invitation au voyage

Carl Norac

Pour en savoir plus : POETENATIONAL.BE


Carl NORAC © BELGA

Né à Mons en 1960, le poète belge Carl Norac est le fils d’un écrivain et d’une comédienne, Pierre et Irène Coran. D’abord professeur de français, bibliothécaire vagabond, journaliste, professeur d’histoire littéraire au Conservatoire Royal de Mons, il vit de sa plume, depuis plus de vingt ans. Il vit en France dans le Loiret, à Olivet, près d’Orléans depuis 1998. Dès l’été 2019, il reviendra en Belgique et vivra à Ostende, au bord de la Mer du nord. Depuis décembre 2017, l’école de la ville de Neuville-aux-Bois dans le Loiret en France porte son nom.

Livres

Poète (aux Editions de la Différence et à l’Escampette), il a publié aussi une dizaine de recueils et de carnets de voyage. En 1993, Dimanche aux Hespérides donne au poète une première reconnaissance en France.

Sa seconde passion, le voyage, lui fait parcourir le monde. Le voyeur libre, Le carnet de Montréal évoquent ces lieux, ces rencontres. La candeur (La Différence, 1996), réhabilite le candide dans sa pureté, sa résistance face au monde. Éloge de la patience (1999) essaie de révéler la volupté de la lenteur.

Grâce à Hugo Claus, il arpente alors les scènes plusieurs années en Belgique et aux Pays-Bas pour lire ses textes en compagnie de ce grand poète. Une anthologie de ses poèmes paraît en Flandre (Handen in het vuur, traduction d’Ernst van Altena, Poëziecentrum, 1998), en Espagne, en Roumanie (et fin 2019 aux Etats-Unis, avec une traduction de Norman Shapiro chez Black Widow Press).

Il a publié ensuite d’autres recueils de poèmes en prose: Le carnet bleuMétropolitaines (L’escampette), des portraits de femmes dans le métro de Paris, Sonates pour un homme seul, un livre à résonance intime, qui reçut le Prix Charles Plisnier et, en 2013 Une valse pour Billie, un recueil inspiré par Billie Holiday et d’autres artistes.

En 2005, Carl Norac est choisi parmi les sept écrivains européens de l’opération Lire en fête à Paris, accompagné de Jean Echenoz, Claudio Magris, Enrique Vila-Matas, Antonio Lobo Antunes et Milan Kundera dans le projet Lire l’Europe. Pendant un mois, des extraits de ses textes sont exposés aussi dans toutes les rames des métros parisiens. En 2011, il représente son pays pour le projet européen Transpoésie : ses poèmes sont exposés alors dans les couloirs du métro de Bruxelles.

Ses recueils ont été primés trois fois en Belgique par l’Académie Royale de langue et de littérature françaises (dont le Grand Prix Albert Mockel 2019, qui récompense un poète tous les cinq ans ). En 2009, il a également reçu pour son œuvre poétique le Grand Prix de la Société des gens de Lettres à Paris. En 2015, il fut l’artiste complice pour la littérature de Mons 2015, sa ville natale capitale culturelle de l’Europe. En 2018, avec trois célèbres écrivains français, il est invité à lire sur la scène de la Comédie française à Paris.

Littérature jeunesse

Carl Norac est aussi l’auteur de plus de 80 livres de contes ou de poésies pour enfants, traduits à ce jour dans le monde en 47 langues,  édités essentiellement à l’Ecole des Loisirs (collection Pastel). Certains de ses livres, comme Les mots doux (I love you so much) ont eu du succès dans le monde entier (N°1 des ventes aux Etats-Unis à sa sortie en février 1996).  De nombreux livres sont traduits aussi en néerlandais aux Editions De Eenhorn, Lannoo ou Querido par Bart Moyaert, Michael de Cock ou Edward van de Vendel.  Son enfance au milieu de la forêt d’Erbisoeul, en Hainaut, sera une source inépuisable : le goût du voyage et « l’amitié des arbres ». Son écriture pour enfants aborde trois domaines : récits de voyage, écrits où l’affectivité et l’humour sont toujours présents et des poèmes où l’auteur développe son goût du nonsense, inspiré d’un de ses poètes préférés, Edward Lear.

Pour ses livres pour enfants, l’auteur aura la chance de travailler avec les plus grands illustrateurs : Kitty Crowther, Rébecca Dautremer, Louis Joos, Christian Voltz et plusieurs grands illustrateurs flamands comme Carll Cneut, Gerda Dendooven et Ingrid Godon. En 2011, il publie avec le québécois Stéphane Poulin, chez l’éditeur Sarbacane Au pays de la mémoire blanche, un roman graphique et poétique qui a demandé cinq ans de travail, traduit à ce jour en cinq langues.  Depuis 2004, il publie aussi à Londres des livres qu’il écrit en anglais (Editions Macmillan). En 2017 paraît chez Actes Sud un nouveau recueil : Poèmes pour mieux rêver ensemble, illustré par Géraldine Alibeu.

On peut trouver des livres de Carl Norac traduits dans les langues suivantes : anglais, américain, allemand, néerlandais, italien, espagnol, catalan, basque, gaëlique, portugais, grec, danois, suédois, finnois, croate, géorgien, roumain, slovène, estonien, bulgare, russe, albanais, chinois classique, chinois simplifié, japonais, coréen, thaïlandais, vietnamien, hindi, bengali, urdu, tamoul, penjâbi, urdu, tagalog, gujarati, arabe, farsi, turc, kurde, twi, yoruba, shona, somali, papiamentu.

Pour en savoir plus : POETENATIONAL.BE


Une des missions du Poète National est d’écrire, durant son mandat, douze poèmes liés à l’actualité ou l’histoire du pays. En cette période de crise sanitaire [mars 2020], il a pris à bras le corps ce sujet qui nous touche tous : le coronavirus. Traité avec douceur, caractère et une pointe d’humour, Carl Norac nous offre ainsi quelques mots de poésie qui apaisent les angoisses de ces jours difficiles…[POETENATIONAL.BE]

UN ESPOIR VIRULENT

J’ai attrapé la poésie.
Je crois que j’ai serré la main
à une phrase qui s’éloignait déjà
ou à une inconnue qui avait une étoile dans la poche.
J’ai dû embrasser les lèvres d’un hasard
qui ne s’était jamais retourné vers moi.
J’ai attrapé la poésie, cet espoir virulent.

Voilà un moment que ce clair symptôme de jeter
les instants devant soi était devenu une chanson.
Ne plus être confiné dans un langage étudié,
s’emparer du mot libre, exister, résister
et prendre garde à ceux qui parlent d’un pays mort
alors que ce pays aujourd’hui nous regarde.

À présent, on m’interroge, c’était écrit :
« Votre langue maternelle ? »  Le souffle.
« Votre permis de séjour ? »  La parole.
« Vous avez chopé ça où ? »  Derrière votre miroir.
« C’est quoi alors votre dessein, étranger ? »
Que les mots soient au monde,
même quand le monde se tait.

J’ai attrapé la poésie.
Avec, sous les doigts, une légère fièvre,
je crève d’envie de vous la refiler,
comme ça, du bout des lèvres.

Carl NORAC (2020)


En bonus, un poème de Carl Norac offert par la RATP française et dit par Sandrine Bonnaire, alors marraine de la 22ème édition du Printemps des Poètes…


Plus de littérature ?

VIENNE : Le chien (2020)

© Philippe Vienne

Paul ne sait par où commencer. Nous non plus, cela ne nous aide pas. Ce n’est pas qu’il ait à affronter quantité de tâches en retard, non, Paul est organisé, ordonné, méthodique – rien ne traîne qui ne le devrait. Il s’agit d’une lettre, une simple lettre qu’il doit écrire parce qu’un e-mail, en ces circonstances, lui paraît fort peu approprié. Donc Paul doit écrire cette lettre à un ami qui vient de perdre sa femme. Or Paul ne perd jamais rien, et certainement pas une femme que, pour sa part, il n’a jamais eue.

On le voit, Paul ne peut parler d’expérience. Ce problème pourrait aisément être résolu par l’emploi de modèles que l’on trouve sur internet. Mais, aux supposées qualités de Paul précédemment énoncées, s’en ajoute une autre : il est perfectionniste. D’autant que, vu l’ancienneté de leur relation, cet ami se souvient peut-être que Paul, jadis, publia quelque recueil de poèmes – à compte d’auteur, certes, mais quand même. Il ne comprendrait pas que Paul ne puisse trouver les mots justes pour partager son chagrin, alléger sa peine, même si en vérité, Paul ne ressent rien d’autre que de la contrariété.

Alors Paul est dehors, il marche, marche encore, parce que c’est ce qu’il fait habituellement quand il est dans une impasse. Où il se trouve précisément actuellement, non seulement au sens figuré mais également au sens propre : il existe dans son quartier une venelle cyniquement baptisée “impasse de l’Avenir”, qui n’en est pas tout à fait une d’ailleurs, pour les piétons du moins, car dans l’amas de buissons qui la clôt et l’assombrit, quelques escaliers permettent de rejoindre, en contrebas, la rue de l’Enfer. Paul admire toujours le sens de l’humour particulier, ou la fulgurante clairvoyance, de la commission de toponymie qui, de l’impasse de l’Avenir, vous fait descendre en Enfer.

Dans l’impasse donc, où néanmoins il passe régulièrement, depuis quelques mois l’accueille un chien. Paul n’aime pas les chiens. Il a toujours préféré les chats. Notamment parce qu’ils n’aboient pas. Cela lui semble une raison valable et suffisante. Mais, en fait, vu son gabarit, ce petit chien est presqu’un chat. Paul ne sait pas trop ce que c’est, il ne s’y connaît pas en marques de chien. Il sait très bien que l’on ne dit pas “marque” mais “race”, Paul n’est pas stupide, non, il est même universitaire, mais il ne comprend pas vraiment pourquoi “race” est devenu un terme tabou en parlant d’humains et pas d’animaux. Bref, nous dirons qu’il s’agit sans doute d’un chihuahua. A poil long, pour la similitude avec le chat. Autrement, il s’agirait plutôt d’un rat.

Mais aujourd’hui, le chien n’est pas là. Paul s’en étonne, il en serait presque contrarié – une fois encore. On l’a compris, Paul n’aime pas le changement. Ni que les choses ne soient pas à leur place. Le sucre sur la même étagère que le sel. Ou Patrick Sébastien à une émission littéraire. Paul marche cependant, respire, à défaut d’une inspiration qui se fait attendre, il voudrait s’acquitter vite et bien de cette tâche qui trouble sa sérénité, elle deviendrait presque son obsession si ne s’y ajoutait, étrangement, l’absence du chien.

Rentré chez lui, Paul relit, dans l’espoir de trouver les siens, les mots des autres. Romanciers, poètes, pages qu’il feuillette, phrases qu’il égrène en même temps que les souvenirs qu’elles évoquent. La lettre sera donc écrite ce soir, il y glissera “notre existence se trouve entre deux éternités”, emprunté à Platon, parce que la phrase lui semble belle et de circonstance, même s’il a de sérieux doutes quant à ce qui peut précéder ou suivre ladite existence. Il n’empêche, ayant pour lui le sentiment du devoir accompli, Paul s’endort apaisé.

Ne parlons pas de la fastidieuse journée de travail du lendemain. Elle est suffisamment pénible pour Paul, qui ne voit aucun intérêt à la tâche ni à la partager avec nous. Non, nous retrouvons Paul, rentrant chez lui, empruntant pour ce faire la fameuse impasse de l’Avenir. La fin de journée est radieuse, c’est une maigre consolation. Cette douceur vespérale incite les habitants à sortir de chez eux. Des enfants, par exemple, jouent au ballon dans la rue. Mais nulle part, Paul n’aperçoit le chien. Pas même sur le seuil de ce qu’il pense être sa maison, où une femme achève de laver ses carreaux. Evidemment, il pourrait poser la question qui le taraude. Mais, on s’en doute, Paul parle peu aux gens. Surtout s’il ne les connaît pas. Pas assez pour savoir de quoi leur parler, du moins. Et d’ailleurs quel intérêt y aurait-il en ce cas.

Cette fois cependant, Paul tient un sujet de conversation, oserait-on dire qu’il est préoccupé au point de rompre à la fois la distance et le silence. Bonjour, dit-il, excusez ma curiosité mais le chien, je ne l’ai plus vu, je me demandais. Oh, répond la femme, les yeux aussitôt humides, il est mort. Empoisonné. Empoisonné, répète bêtement Paul. Oui, c’est ce que le vétérinaire a dit. Nous avons porté plainte, évidemment, mais vous imaginez bien que la police a autre chose à faire. Enfin, c’est ce qu’ils prétendent. Si je tenais le fils de pute qui a fait ça. Excusez-moi, se reprend la femme, je deviens grossière mais. Je comprends, dit Paul, qui ne comprend pas vraiment. Cependant, il n’aime pas ça, que le chien ne soit plus là – jamais.

Paul est rentré. Le dîner est terminé, la table débarrassée, évidemment. Et Paul se surprend à encore songer au chien. Ce n’est pas qu’il s’y était attaché – et quand bien même, il ne le reconnaîtrait pas, on le connaît suffisamment à présent. Il est à tout le moins contrarié. Que quelqu’un perturbe ainsi l’ordre des choses. Et qu’un crime reste impuni. Cela le révolte même. Mais la révolte de Paul ne s’exprime pas. Il n’y aura pas de mots, pas de cris, pas de geste d’énervement. C’est une révolte purement intellectuelle, Paul garde son sang-froid. Toujours.

On sait Paul poète à ses heures, mais on ignore encore qu’il est grand amateur de romans policiers, particulièrement nordiques. Il a lu tout Mankell, Indriðason, Nesbø, avec une préférence pour ce dernier. Il ne ressemble pourtant en rien à son héros, non, Paul serait plutôt l’anti-Harry Hole. Néanmoins, ces lectures exercent sur lui, tout à coup, davantage d’ascendant qu’il ne l’aurait supposé et, certainement, qu’il ne l’aurait voulu. Paul détesterait être qualifié d’influençable. Pourtant, l’envie de mener lui-même l’enquête dans le quartier le tenaille.

C’est à deux heures du matin que Paul se réveille. D’aucuns vous diront qu’il est tout sauf impulsif, qu’en lui les idées doivent prendre le temps de décanter. Peut-être. Toujours est-il qu’il est là, dans son lit, un œil rivé sur les chiffres rouges du réveil, l’autre fermé, non qu’il sommeille encore mais sa vision est meilleure s’il cligne d’un œil. Et, contre toute attente, Paul se relève, se rhabille – chaudement, les nuits sont encore fraîches – et sort. Paul est dans la rue, marche, Paul est dans l’impasse, où n’est plus le chien. Mais

Un homme s’y trouve, qui dépose des boulettes de viande. Bonsoir, dit Paul. Bonsoir, répond l’inconnu. Il ne semble pas embarrassé. Vous nourrissez les animaux du voisinage, demande Paul. Non, pas vraiment, répond l’homme, avec dans la voix toute l’ironie que l’on peut deviner sur son visage. Je vois, feint Paul, moi non plus je n’aime pas trop les chiens. Les chiens, les chats, les renards, répond l’autre. Ils déchirent les poubelles, salopent mon trottoir, mon allée, mes parterres avec leurs merdes et tout. Oui, dit Paul, je comprends. Le soir, il n’y a jamais personne au fond de l’impasse, poursuit l’assassin, il fait si noir en plus. En effet, explique Paul, c’est pour ça que je sors toujours avec ma lampe torche. Qu’il brandit à présent, comme un trophée. Ou une arme. Ah ! fait l’autre. Enfin, plutôt aaaah, quand Paul lui assène un coup, violent, sur la tempe. L’homme tombe, il saigne même un peu dirait-on. On en serait certain si Paul allumait la lampe mais, prudent, il s’en abstiendra. Car ce qui est certain, c’est que l’homme est mort. Comme un chien, pense Paul, avec la même ironie que l’autre tout à l’heure.

Philippe VIENNE


[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : rédaction | source : inédit | commanditaire : wallonica | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Philippe Vienne


Plus de littérature…

HAREM : Plans reconstitués (2003, Artothèque, Lg)

HAREM Habib, Plans reconstitués
(gravure – techniques mixtes, n.c., 2003)

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à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Habib Harem © cultureplus.be

Né à Agadir le 23 janvier 1953, Habib HAREM fait ses études d’arts plastiques à l’Institut Saint-Luc à Saint-Gilles. Il est professeur d’arts plastiques à l’Institut Sainte Marie à Saint-Gilles et à l’Institut du Sacré-Coeur de Nivelles. Plusieurs expositions personnelles de gravure et de peinture luis sont consacrées en Belgique (Bruxelles, Liège, Nivelles) et il particpe à de très nombreuses expositions de gravure internationales (Liège, Sarcelles, Rijeka, Zagreb, Cadaquès, Ljubljana, Cracovie, Yamanashi…) (d’après CENTREDELAGRAVURE.BE)

“Depuis plus de trente ans, Habib Harem explore fasciné le moment de l’émergence, il donne à toucher la première lumière, il grave le temps et prospecte l’espace, il invente des rythmes et des lignes, il couche des plages de pâleur, des champs veloutés de suie, de grands nappés silencieux. Prince acharné de la matière, il s’y enfonce avec tous ses sens au point qu’il voudrait effacer l’idée même du papier : que le papier soit pour sa seule impression, que l’artiste n’existe que pour l’unique empreinte de son art. ” (d’après CULTUREPLUS.BE).

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VIENNE : Appart avec vue sur rond-point (2018)

© Céline Coibion

“À louer : appart avec vue sur rond-point”, disait l’annonce. J’ai trouvé ça bizarre comme argument de vente. Généralement, on valorise son bien en vantant une vue sur le parc ou le fleuve, la mer le cas échéant. Mais un lieu de passage, de trafic incessant, où les véhicules auraient même tendance à ralentir, faire geindre leurs freins voire donner du klaxon ? Vue sur rond-point, cela m’a intrigué, oui. Et quand ma curiosité est éveillée, j’ai besoin de savoir. Finalement, l’idée n’était peut-être pas si mauvaise. Toujours est-il que j’ai pris rendez-vous pour le visiter, cet appartement.

Plutôt sympa et lumineux, contrairement au gars de l’agence, qui ne savait qu’arborer un sourire commercial de circonstance et débiter un argumentaire standardisé. “Mais pourquoi insister sur le rond-point ?”, demandai-je. Aucune idée, bien sûr, c’était le propriétaire qui y tenait particulièrement, lui semblait-il. Et, en effet, de la terrasse, plutôt exiguë par ailleurs, je pouvais apercevoir le premier rond-point. Car en fait de ronds-points, il y en avait trois, en enfilade, alternant courbes et lignes droites, de manière assez esthétique, comme une sorte de Kandinsky bitumineux.

Puis, par quelque jeu de miroirs, tandis que coulissait la porte-fenêtre, j’ai aperçu dans l’appartement de droite celle qui serait probablement ma voisine. Fort peu vêtue, m’a-t-il semblé, et s’agissant de courbes, celles-là ont achevé de me convaincre. Ma vie, jusqu’alors d’une trajectoire rectiligne (premier de classe, études brillantes, situation stable), était arrivée à un tournant lorsque, quelques semaines auparavant, j’avais perdu mon emploi, délocalisé quelque part du côté de la Valachie. Alors un roundabout, à condition de ne point y tourner en rond, pourquoi pas ?

J’ai emménagé. Je ne dirais pas dans l’indifférence générale, mais presque. Quelques voisins m’ont bien lancé un regard, certains m’ont vaguement salué, mais ce n’est pas allé au-delà. Je n’ai pas revu la pulpeuse voisine, pas avant longtemps du moins. Le temps que je m’installe et prenne mes habitudes… observe celles des autres aussi, qui dès le matin se précipitaient tous dans le rond-point, comme si par lui leurs voitures étaient aimantées, et disparaissaient jusqu’au soir quand, sortant de cet utérus circulaire, ils renaissaient à ma vie.

Ma vie, que je meublais aussi difficilement que l’appartement, peu habitué que j’étais à l’inactivité. Je savais que je devais agir, réagir, “rebondir” disaient mes parents. Cette expression m’amusait, je m’imaginais sautant du balcon sur quelque gros ballon qui m’aurait porté jusqu’au rond-point, là où j’aurais disparu après le premier virage. En attendant, je décidai de descendre à la cave l’une ou l’autre caisse jamais ouverte. C’est ainsi qu’au sortir de l’ascenseur, je rencontrai Mike.

Mike était à l’image de son prénom : gentiment beauf, causant et fraternel comme il se doit. “Alors, le rond-point, tu apprécies ?”, me demanda-t-il. Je ne comprenais pas très bien sa question. Voulait-il parler de la résidence qui, à ma connaissance, n’avait pas de nom ?

“Oui, c’est sympa ici, ai-je répondu.

― Ouais, c’est cool”, fit-il d’un air entendu souligné d’un clin d’œil.

Je le gratifiai d’un sourire.

“Je ne t’ai jamais croisé pourtant, insista-t-il.

― C’est que, pour l’instant, je ne travaille plus alors je reste beaucoup à l’appart.

― Tu devrais sortir plus souvent”, dit-il, goguenard, avant de rappeler l’ascenseur.

Ses remarques avaient éveillé ma curiosité au sujet des ronds-points. Le lendemain matin, je pris ma voiture, qui s’intercala péniblement dans le trafic. Puis je traversai le premier, le deuxième, le troisième rond-point sans rien remarquer de notable, je refis le chemin en sens inverse, puis une fois encore et rentrai finalement à l’appartement sans avoir saisi à quoi Mike pouvait faire allusion. Le jour suivant, je décidai de le suivre. Mike conduisait une de ces horribles choses massives dont le modèle commence par un X ou un Q, ce n’était pas vraiment une surprise. Ce qui l’était davantage, c’est qu’il roulait lentement. Une fois entré dans le premier rond-point, il se tint à l’intérieur et, alors que je m’attendais à le voir sortir, il en fit le tour complet. Je le suivais, de plus en plus perplexe. C’est à la fin du second tour que cela se produisit…

© Céline Coibion

Je n’ai toujours pas compris. Nous étions dans le rond-point. Je veux dire, vraiment. À l’intérieur, comme s’il s’était dilaté, ouvert, nous avions pénétré un autre lieu, un autre monde, une autre dimension. Je suivais Mike, je ne savais pas où nous allions, les paysages défilaient, je les trouvais étrangement familiers : il me semblait avoir reconnu le torrent d’une montagne slovène et là je voyais apparaître la campagne toscane. Comme Mike s’arrêtait sur le bord de la route, je l’imitai et allai à sa rencontre.

“C’est quoi ça, qu’est-ce qui nous arrive ? demandai-je.

― Bienvenue dans le monde des ronds-points, dit-il narquois.

― Mais comment est-ce possible ? Ce village sur un promontoire, là, par exemple, je le connais.

― Quel village ? répondit Mike. Pour moi, c’est une plage des Caraïbes.

― Attends, tu veux dire que…

― Nous voyons tous des lieux différents, oui, poursuivit-il. En fonction de nos souvenirs, nos envies. À chacun sa réalité.”

Mike a continué à me guider. Les ronds-points avaient développé leur propre système de réseaux, les connectant entre eux. En surface, en apparence, ceux-ci comportaient deux bandes : ils menaient, comme la plupart d’entre nous, une double vie. La première était réservée aux pressés qui ne faisaient que passer dans leur existence, tandis que la seconde n’était accessible qu’à ceux qui prenaient le temps d’appréhender une autre dimension. Le rond-point, c’était notre vie cachée, un monde où nous étions autres, ou bien nous-mêmes précisément, et ce secret, jalousement gardé, partagé par quelques initiés, était à la fois terrifiant, enivrant et terriblement addictif, j’en avais le pressentiment.

En rentrant à l’appartement à la nuit tombée, j’aperçus, derrière des tentures mal tirées, ma voisine dans sa semi-nudité, son ventre rond et sa poitrine, un peu lourde certes, mais que la façon qu’elle avait de se tenir cambrée rendait néanmoins arrogante. Je me couchai, définitivement troublé par ces découvertes successives. La nuit serait courte et agitée, je le savais. Et surtout, je subodorais que le lendemain, je retournerais dans les ronds-points. Le lendemain, et les jours suivants… J’y retrouvai tant de souvenirs d’enfance, de voyages, de lieux associés à de belles histoires, d’amour pour la plupart, que j’y passai de plus en plus de temps, jusqu’à en oublier ma recherche d’un nouvel emploi.

Un jour (ou un soir), à hauteur du troisième rond-point, j’aperçus la voisine, dont le prénom m’était encore inconnu et qui, pour sa part, en dehors de ses furtives apparitions-exhibitions, m’ignorait toujours superbement. Elle quittait sa voiture pour monter dans celle d’un homme qui l’attendait. Je décidai de les suivre. La route serpentait, ça tombait bien, il leur serait difficile de me semer. Ils s’arrêtèrent bientôt en bordure d’un champ. Mais peut-être était-ce, pour eux, en pleine forêt ou en bord de mer. Je les vis clairement s’enlacer. Je sortis de ma voiture et m’approchai discrètement de leur véhicule. Je n’avais aucune raison de faire ça, je pense que j’étais juste un peu jaloux, frustré certainement. Et peut-être aussi que je voulais mater un peu plus les courbes de ma voisine, ce en quoi je fus servi lorsque, entièrement dénudée, je la vis chevaucher son partenaire. Je quittai précipitamment le rond-point.

De retour à la résidence, je sonnai chez Mike, qui m’ouvrit aussitôt.

“Mike, si les paysages sont issus de nos souvenirs ou de nos fantasmes, en va-t-il de même du comportement de ceux que nous croisons ? demandai-je, sans même prendre la peine de m’excuser du dérangement.

― Va savoir, répondit-il, pourquoi tu te poses tant de questions ? Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez toi, Pierre ? ironisa-t-il.

― C’est que, je dis, tout à l’heure j’ai vu notre voisine et que, enfin.

― Ah, Cassandre, fit-il, tu l’as vue dans le troisième rond-point ?

― Oui, répondis-je, comment sais-tu ?

― Disons, répondit-il, que cette zone est plus propice à ce genre de choses. Allez, détends-toi, oublie un peu le rond-point, tu veux qu’on se fasse un rail ? “

Je dormis mal cette nuit-là encore.

Je suis retourné dans les ronds-points. Souvent. Tous les jours, en fait. Et longtemps. De plus en plus. Jusqu’à y vivre, pour ainsi dire. Alors, ce matin, je suis parti. Je suis passé dans le troisième rond-point et j’ai embarqué Cassandre avant de reprendre la route. Peut-être que je la débarquerai quelque part, si elle insiste. Un jour. Peut-être que nous ferons un bout de chemin ensemble. Et je me demande à quoi ressembleront les paysages issus de nos rêves et souvenirs communs. Mon proprio va certainement publier une annonce. “À louer appart avec vue sur rond-point” … Moi, j’ai atteint le point de non-retour.

Philippe VIENNE


La peinture illustrant cette nouvelle a été réalisée live par Céline Coibion, durant la lecture publique de ce texte, à l’Aquilone, le 23 juin 2017

Le texte a été édité dans le “Guide du rond-point” (Editions de la Province de Liège, Liège, 2018)


[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : rédaction | source : inédit | commanditaire : wallonica | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Céline Coibion ; Philippe Vienne  | remerciements à Céline Coibion, Olivier Patris


Plus de littérature…

HEKTAD (né en 1970)

© Philippe Vienne

Ne pensez pas à l’argent. Faites-le par amour. Quoi que vous fassiez, faites-le parce que vous aimez ça.

Né en 1970 dans le Bronx, Hektad est un pionnier du graffiti new-yorkais. Dès 1982, il se mesure à des “vétérans” du style en pratiquant son art en rue et aussi sur les moyens de transport (trains, camions…). Son pseudo est la contraction de son nom de grapheur (HEK) et de celui de son crew dans le Bronx (TAD pour “Toys Ain’t Down”). Après 12 ans de passion et de création, devenu père, Hektad s’octroie un break pour se recentrer sur sa famille, sa principale source d’inspiration.

© Hans Von Rittern

C’est son ami Banksy qui le pousse à effectuer son retour. Hektad place alors un piano tagué au bord de l’East River, sous le pont de Brooklyn, qui ne passe pas inaperçu. L’œuvre attire l’attention des New-Yorkais, pourtant plutôt blasés, et des touristes. Tout le monde veut en savoir plus sur l’homme qui a transformé un piano en une pièce artistique. Hektad est vite sollicité par des galeries d’art et différents artistes de la Big Apple qui souhaitent collaborer avec lui.

Aujourd’hui, Hektad continue à exprimer par le graphe, et sur différents supports, son message d’amour.

Philippe VIENNE

© wtgallery.com

En savoir plus…


En avoir plein la vue…

GILET : Wald (2007, Artothèque, Lg)

GILET Martina, Wald
(xylogravure, 60 x 50 cm, 2007)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Martina GILET est née à Bonn en 1963. Elle effectue des études d’ingénieur en tannerie en Allemagne, est diplômée en 1985. Elle s’installe à Pepinster en Belgique en 1996, puis suit les cours de peinture et de gravure à l’Académie des Beaux-Arts de Verviers, dont elle est diplômée en 2010. Aujourd’hui elle travaille principalement la gravure, mais aussi la peinture, les photos et les pastels (d’après CULTUREPLUS.BE).

Cette gravure sur bois aux teintes vertes et blanches rappelle la peinture impressionniste, autant par son thème que par sa tendance à la picturalité. Le spectateur distingue les formes représentées, identifie les motifs floraux et végétaux, mais goûte également à la matérialité de la couleur. L’artiste travaille sur les superpositions des plages de couleurs qui se révèlent par transparence.

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Martina Gilet ; cultureplus.be | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

GOFFIN : Sans titre (2013, Artothèque, Lg)

GOFFIN François, Sans titre
(photographie, 40 x 40 cm, 2013)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

François Goffin © contretype.org

François GOFFIN est né en 1979, dans le Condroz. Il fait des études de photographie au 75 à Bruxelles, “mais ça démarre surtout après”, avec sa première exposition à la galerie Contretype à Bruxelles. Il expose la même année notamment au Centre culturel de Marchin et à la Biennale de la Photo d’architecture à La Cambre. En 2007, il prend part à l’exposition Et le bonheur !” (Biennale de photographie en Condroz) et expose au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris et au Museu de Arte Brasileira de Sao Paolo (Brésil) dans le cadre de l’exposition CO2 – Bruxelles à l’infini initiée par Contretype. En 2008, il remporte avec la série “Réminiscence” le Prix Médiatine 2008 et expose la série Les choses simples au Centre culturel de Namur. En 2009 paraît sa première monographie aux Editions Yellow Now. (d’après CONTRETYPE.ORG)

“L’air de rien, François Goffin fait ses images ; ou pour être plus précis, on peut dire qu’il les recueille sur le chemin d’une vie qui est la sienne. Mais ces choses vues, ces endroits, ces visages, regardent aussi les autres. […] Pour lui, ce sont les événements les plus normaux en apparence qui sont les plus étranges. Les plus sidérants, même. Dans ce travail, pas d’invention, de reconstitution, mais une attention nerveuse et joyeuse à ce qui est. Une image peut-être en effet regardée comme un seul vers de poésie, ou une petite phrase glanée au hasard d’un livre. Un seul regard pour de multiples résonnances spirituelles.” (d’après VINALMONT.BE)

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © François Goffin ; contretype.org | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

Coronavirus : 100 questions à Peter Piot, virologue

© R.Demoulin Bernard

En mars de cette année, le belge Peter PIOT, l’un des plus célèbres virologues au monde, répondait aux questions du directeur de la Fondation Tedmed, une organisation caritative qui se consacre aux “idées qui valent la peine d’être diffusées” dans les domaines de la santé et de la médecine. […] Ce Brabançon de 71 ans est notamment connu pour avoir découvert le virus Ebola en 1976, avoir été directeur du programme Onusida de 1995 à 2008 et pour diriger aujourd’hui l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres.

En plus d’un entretien filmé, Peter Piot a répondu par écrit à 100 questions. Il y explique ce qu’est précisément le nouveau coronavirus, la facilité avec laquelle il se propage, l’efficacité des masques, l’importance de ralentir la propagation de la maladie, les traitements actuellement étudiés…


1. Commençons par l’essentiel. Qu’est-ce qu’un virus ?
Un virus est une toute petite particule d’ARN ou d’ADN, protégée par une enveloppe protéique extérieure.

2. Quelle est la fréquence des virus ?
Les virus sont partout. Il est étonnant de réaliser que si on les additionne tous, tous les virus du monde pèsent plus lourd que toute la matière vivante du monde – y compris toutes les plantes, tous les animaux et toutes les bactéries. 10 % du génome humain est dérivé de l’ADN des virus. La Terre est vraiment une “planète à virus” !

3. Pourquoi est-il si difficile d’arrêter la propagation d’un virus ?
Parce que les particules virales sont incroyablement petites, des milliards peuvent flotter sur de minuscules gouttelettes dans l’air à partir d’une seule toux.

4. Quelle est la taille exacte d’un virus ?
Minuscule. Même avec un microscope ordinaire, on ne peut pas voir un virus. 100 millions de particules virales du nouveau coronavirus peuvent tenir sur une tête d’épingle. C’est dire à quel point elles sont minuscules.

5. Que font les particules virales ?
Les particules virales tentent de s’insérer dans les cellules vivantes afin de se multiplier, d’infecter d’autres cellules et d’autres hôtes.

6. Pourquoi les virus tentent-ils de pénétrer dans les cellules vivantes ?
C’est la façon dont les virus se “reproduisent”. Les virus agissent comme des parasites. Ils prennent le contrôle des cellules vivantes afin de forcer chaque cellule à fabriquer d’autres virus. Lorsqu’une cellule est ainsi prise en otage, le virus envoie des centaines ou des milliers de copies de lui-même. Il en résulte souvent la mort de la cellule qui a été infectée.

7. Que signifie être infecté par le nouveau coronavirus, que les scientifiques ont appelé “SRAS-CoV2” ?
Cela signifie que le SRAS-CoV2 a commencé à se reproduire dans votre corps.

8. Quelle est la différence entre le SRAS-CoV2 et le COVID-19 ?
Le SRAS-CoV2 est le virus ; COVID-19 est la maladie que ce virus propage.

9. Est-il facile pour un virus de pénétrer dans une cellule vivante ?
Cela dépend en premier lieu du fait que la cellule possède le bon récepteur pour le virus en question, tout comme une clé a besoin d’un trou de serrure spécifique pour fonctionner. La plupart des virus sont bloqués par notre système immunitaire ou parce que nous n’avons pas les bons récepteurs pour que le virus puisse entrer dans la cellule. Ainsi, 99% d’entre eux sont inoffensifs pour l’homme.

10. Combien de types de virus existent, et combien d’entre eux sont nocifs pour l’homme ?
Sur les millions de types de virus, seules quelques centaines sont connues pour être nocives pour l’homme. De nouveaux virus apparaissent sans cesse. La plupart sont inoffensifs.

11. En moyenne, combien de particules du virus faut-il pour vous infecter ?
Nous ne savons pas encore vraiment pour le SRAS-CoV2. Il en faut généralement très peu.

12. A quoi cela ressemble-t-il ?
Le SRAS-CoV2 ressemble à un minuscule brin de spaghetti, enroulé en boule et emballé dans une coquille faite de protéines. La coquille a des pointes qui dépassent et font ressembler la coquille à la couronne du soleil. Les virus de cette famille ont tous un aspect similaire ; ils ressemblent tous à une couronne.

© Reporters

13. Combien de coronavirus différents affectent l’homme ?
Il y a 7 coronavirus qui ont une transmission d’homme à homme. 4 génèrent un léger rhume. Mais 3 d’entre eux peuvent être mortels, y compris les virus qui causent le SRAS et le MERS, et maintenant le nouveau coronavirus, le SRAS-CoV2.

14. Pourquoi l’appelle-t-on le “nouveau” coronavirus ?
Nouveau signifie simplement qu’il est nouveau pour l’homme, ce qui signifie que ce virus spécifique est un de ceux que nous n’avons jamais vus auparavant. Notre système immunitaire évolue depuis deux millions d’années. Mais comme notre corps n’a jamais vu ce virus auparavant, l’homme n’a pas eu la possibilité de développer une immunité. Ce manque d’immunité, combiné à la capacité du virus à se propager facilement et à sa létalité relative, est la raison pour laquelle l’arrivée du SRAS-CoV2 est si inquiétante.

15. Quelle est la fréquence d’apparition d’un nouveau virus dont nous devons nous préoccuper ?
C’est rare… mais ça arrive. Citons par exemple les virus qui provoquent des maladies comme le VIH, le SRAS, le MERS et quelques autres. Cela se reproduira. L’émergence d’un nouveau virus est un très gros problème… s’il peut facilement se propager parmi les gens et s’il est nocif.

16. Avec quelle facilité le nouveau virus se propage-t-il ?
Le SRAS-CoV2 se propage assez facilement d’une personne à l’autre, par la toux et le toucher. C’est un virus “transmis par voie respiratoire”.

17. Le virus se propage-t-il d’une autre manière ?
Des rapports récents indiquent qu’il peut également se propager par contamination fécale et urinaire, mais cela doit être confirmé.

18. En quoi ce nouveau virus est-il différent des coronavirus connus précédemment qui propagent le SRAS ou le MERS ?
Le SRAS-CoV2 est différent à 4 égards essentiels :
Premièrement, de nombreuses personnes infectées ne présentent aucun symptôme pendant des jours, de sorte qu’elles peuvent infecter d’autres personnes sans le savoir, et nous ne savons pas qui isoler. C’est très inquiétant car le SRAS-CoV2 est très infectieux.
Deuxièmement, dans 80 % des cas, le COVID-19 est une maladie bénigne qui ressemble à un petit rhume ou à une petite toux, de sorte que nous ne nous isolons pas et que nous infectons les autres.
Troisièmement, les symptômes sont facilement confondus avec ceux de la grippe, si bien que de nombreuses personnes pensent qu’elles ont la grippe et n’envisagent pas d’autres possibilités.
Quatrièmement, et c’est peut-être le plus important, le virus se transmet très facilement d’homme à homme car, dans les premiers stades, il se concentre dans la partie supérieure de la gorge. La gorge est pleine de particules virales, de sorte que lorsque nous toussons ou éternuons, des milliards de ces particules peuvent être expulsées et transmises à une autre personne.

19. Il se disait que le virus provoquait une pneumonie. Comment la gorge est-elle impliquée ?
La maladie commence souvent dans la gorge (c’est pourquoi les tests font souvent un prélèvement dans la gorge), puis, à mesure qu’elle progresse, elle descend vers les poumons et devient une infection des voies respiratoires inférieures.

20. Que signifie le mot “asymptomatique” ?
Cela signifie simplement qu’il n’y a pas de symptômes.

21. Vous voulez dire qu’une personne peut être infectée par le nouveau virus sans jamais présenter de symptômes ?
Malheureusement, oui. De nombreuses personnes infectées ne présentent aucun symptôme pendant les premiers jours, puis une légère toux ou une faible fièvre apparaît. C’est le contraire du SRAS, où vous avez eu des symptômes clairs pendant quelques jours mais n’étiez contagieux que lorsque vous étiez malade.

22. Si vous ne présentez aucun symptôme, pouvez-vous quand même infecter d’autres personnes ?
Malheureusement, oui. Et cela rend beaucoup plus difficile le ralentissement de la propagation.

23. Quelle est la probabilité que les scientifiques développent un vaccin pour empêcher les gens d’être infectés ?
C’est raisonnablement probable, mais il n’y a aucune garantie que nous aurons même un vaccin. L’échec est possible. Par exemple, nous cherchons un vaccin contre le VIH depuis 35 ans et nous n’en avons toujours pas. Je suis optimiste quant à la mise au point d’un vaccin contre le SRAS-CoV2, mais nous devrons procéder à des tests approfondis d’efficacité et de sécurité, ce qui demande beaucoup de temps et de personnel.

24. En supposant qu’un vaccin contre le coronavirus soit possible et qu’il soit découvert assez rapidement, combien de temps faudra-t-il avant de disposer d’un vaccin que nous pourrons commencer à injecter à des millions de personnes ?
Nous aurons des “candidats” vaccins dans un mois ou deux. Mais en raison de la nécessité de procéder à des tests approfondis pour prouver qu’il protège et est sûr, il faudra au moins un an avant de disposer d’un vaccin que nous pourrons injecter à des personnes et qui sera approuvé par une grande agence de réglementation. En fait, 18 à 24 mois sont plus probables lorsque nous passerons à des millions de doses, ce qui est optimiste.

25. Pourquoi faut-il tant de temps pour mettre au point un vaccin s’il s’agit d’une urgence ?
Ce n’est pas nécessairement la découverte d’un vaccin qui prend autant de temps, mais les essais de vaccins. Une fois qu’un vaccin “candidat” existe en laboratoire, une série d’essais cliniques est nécessaire, d’abord sur des animaux, puis sur des groupes de personnes de plus en plus nombreux.

26. Avons-nous déjà fait des progrès ?
La bonne nouvelle est que quelques semaines seulement après la découverte et l’isolement du SRAS-CoV2, qui a eu lieu au début de janvier 2020, le développement du vaccin a commencé immédiatement. Des fonds ont été alloués par de nombreux gouvernements et de nombreuses entreprises et scientifiques du monde entier y travaillent avec une grande urgence.

27. Les scientifiques de ces pays coopèrent-ils ou sont-ils en concurrence les uns avec les autres ?
Un peu des deux, et ce n’est pas une mauvaise chose. Mais la coopération internationale a généralement été bonne. C’est encourageant.

28. Ne pouvons-nous pas développer un vaccin plus rapidement ?
Malheureusement, il n’y a pas de raccourcis. Le système immunitaire du corps humain est complexe et imprévisible. Des mutations virales peuvent se produire. Les enfants sont différents des adultes. Les femmes peuvent réagir différemment des hommes. Nous devons nous assurer que tout vaccin est sûr à 100 % pour tous ceux qui le reçoivent. Pour ce faire, nous devons tester les médicaments et les vaccins à différentes doses sur un large éventail de volontaires humains en bonne santé dans des conditions soigneusement mesurées.

29. Dans quelle mesure le nouveau virus est-il mortel ?
La plupart des scientifiques pensent qu’il tue 1 à 2 % de toutes les personnes infectées. L’OMS rapporte actuellement un chiffre plus élevé de plus de 3 %, mais cette estimation devrait baisser à mesure qu’ils trouveront comment compter les nombreux cas non déclarés ou bénins. La mortalité est nettement plus élevée chez les personnes âgées et celles qui souffrent de maladies sous-jacentes.

30. Le taux de mortalité moyen est-il le chiffre sur lequel il faut se concentrer ?
Pas vraiment. On peut se noyer dans une “moyenne” de 8 cm d’eau. Une meilleure façon de comprendre les risques consiste à reconnaître qu’elle peut être mortelle pour certains groupes de personnes et beaucoup moins pour d’autres – avec des conséquences très diverses.

31. Quels sont donc les chiffres et les points de contrôle sur lesquels il faut se concentrer ?
80% du temps, c’est une maladie bénigne, mais dans 20% des cas, elle devient plus grave, les pires cas faisant état d’une forte fièvre ou d’un essoufflement. Par conséquent, certaines personnes doivent être hospitalisées, et d’autres auront besoin de soins intensifs pour survivre pendant quelques jours critiques lorsque leurs poumons sont fortement infectés.

32. Quels sont les groupes de personnes les plus menacés ?
Tout d’abord, les personnes âgées comme moi : j’ai 71 ans. Plus on est âgé, plus le risque est élevé. Sont également plus à risque les personnes souffrant de maladies sous-jacentes telles que le diabète, les maladies pulmonaires obstructives chroniques et les maladies pulmonaires ou encore les maladies cardiovasculaires ou les déficiences immunitaires.

33. Quel est le degré de danger auquel ces groupes à haut risque sont confrontés ?
Leur taux de mortalité peut atteindre 10 %, voire 15 %. Et votre risque augmente lorsque vous avez plus de problèmes de santé. Les données scientifiques sur tout cela sont régulièrement mises à jour sur le web.

34. Votre risque augmente donc considérablement si vous souffrez d’autres maladies, comme le diabète. Pourquoi ?
Parce que votre système immunitaire réagit mal à tout virus infectieux, mais particulièrement à celui-ci.

35. Il semble que, de manière générale, les enfants et les jeunes ne soient que faiblement, voire pas du tout, touchés. Est-ce vrai ?
C’est ce qu’il semble, mais comme pour tant d’autres questions sur COVID-19, cela doit être confirmé.

36. Si c’est vrai, pourquoi le SRAS-CoV2 affecterait-il beaucoup plus les personnes âgées, mais pas les jeunes et les enfants ?
En fait, nous ne le savons pas. Il va falloir un certain temps avant de le découvrir .

37. Autre chose d’inhabituel ?
Vous pouvez infecter d’autres personnes même si vous êtes totalement asymptomatique et que vous vous sentez bien. C’est inhabituel, mais cela peut aussi arriver dans le cas d’une infection par le VIH.

38. On entend souvent parler de COVID-19 par rapport à la grippe saisonnière. Quelle est la bonne façon d’encadrer cette comparaison ? Par exemple, la grippe saisonnière et le coronavirus sont-ils aussi dangereux l’un que l’autre ?
La grippe saisonnière infecte généralement jusqu’à 30 millions de personnes par an aux États-Unis, et moins d’un dixième de 1 % du groupe infecté en mourra – mais c’est quand même un chiffre important. Dans le monde, au cours d’une année moyenne, 300 000 personnes au total meurent de la grippe saisonnière. Mais, en moyenne, le nouveau coronavirus est 10 à 20 fois plus mortel et, contrairement à la grippe, nous ne pouvons pas nous protéger par la vaccination.

39. Le nouveau virus se propage-t-il aussi facilement que la grippe ?
Le nouveau virus semble se propager aussi facilement que la grippe.

40. Pour poursuivre la comparaison entre la grippe et le COVID-19, qu’en est-il des causes ? La grippe est-elle également causée par un virus ?
Oui, la grippe est également causée par un virus. La grippe est causée par le virus de la grippe. Mais le virus de la grippe et le coronavirus sont très différents. Un vaccin antigrippal ne vous aide pas avec le nouveau coronavirus, mais il réduit considérablement votre risque de grippe. Le rhume, pour lequel il n’existe ni vaccin ni remède, est souvent causé par un autre type de virus minuscule appelé rhinovirus, et parfois par un autre coronavirus.

41. Comment l’infection progresse-t-elle lorsque le nouveau coronavirus s’installe dans votre corps ?
Cela commence généralement par une toux. Puis une faible fièvre. Puis la faible fièvre se transforme en forte fièvre et vous êtes essoufflé.

42. À quel moment de bons soins médicaux font-ils la différence entre la vie et la mort ?
C’est généralement lorsque la fièvre est très élevée et que vos poumons sont endommagés, de sorte que vous êtes essoufflé ou que vous avez besoin d’aide pour respirer.

43. En quoi le nouveau virus est-il différent d’une maladie telle que la rougeole, les oreillons ou la varicelle ?
Le SRAS-CoV2 est actuellement beaucoup moins infectieux et dangereux, mais il y a encore beaucoup de choses que nous ignorons. Les autres maladies sont bien connues.

44. Si le nouveau coronavirus est moins dangereux que les autres virus, pourquoi beaucoup de gens en ont-ils si peur ?
Parce que les nouvelles choses qui peuvent nous tuer ou nous rendre malades nous rendent très nerveux. Mais une connaissance précise est l’antidote à la peur, alors ici aux États-Unis, je vous invite à prêter attention au site CDC.gov. Dans d’autres pays, rendez-vous sur le site de votre ministère national de la santé ou sur celui de l’OMS.

45. À quelle fréquence faut-il consulter les sites web du CDC ou de l’OMS, ou le site web de son ministère national de la santé ?
Nous mettons continuellement à jour nos connaissances à mesure que nous en apprenons davantage sur le nouveau virus, c’est pourquoi ces sites devraient être consultés fréquemment.

46. L’humanité a-t-elle déjà complètement éliminé un virus ?
Oui, la variole, qui tuait des millions de personnes. Et nous y sommes presque pour la polio grâce à la Fondation Gates et à de nombreux gouvernements dans le monde comme celui des États-Unis.

47. Comment le nouveau virus se retrouve-t-il dans de nouveaux endroits du monde ?
Par la route, l’air et la mer. De nos jours, les virus voyagent en avion. Certains passagers peuvent être porteurs du SRAS-CoV2.

48. Ainsi, chaque aéroport international est un tapis de bienvenue pour le nouveau virus ?
La réalité est que le SRAS-CoV2 est déjà bien présent dans la plupart des pays, y compris aux États-Unis, et loin de tout grand aéroport international.

49. Depuis le début de l’épidémie en Chine, les visiteurs de ce pays représentent-ils le plus grand danger d’importation de coronavirus aux États-Unis ?
Depuis l’apparition du nouveau virus en Chine en 2019, 20 millions de personnes sont venues aux États-Unis en provenance de pays du monde entier. Les États-Unis ont arrêté la plupart des vols directs en provenance de Chine il y a quatre semaines, mais ils n’ont pas empêché l’entrée du virus. Aujourd’hui, les cas de COVID-19 en Chine sont souvent importés d’autres pays, car l’épidémie en Chine semble être en déclin pour le moment.

50. En d’autres termes, les grands aéroports sont tout ce dont vous avez besoin pour garantir que n’importe quel pays aura le virus partout en moins de 3 mois.
Oui. Je crois qu’en Amérique, on dit : “Le cheval a quitté l’écurie.” Ce n’est pas une raison pour arrêter complètement tout voyage.

51. Pourquoi un pays comme le Japon pourrait-il fermer ses écoles ?
D’autres pays comme l’Italie et la France font de même. C’est parce que les scientifiques ne savent pas dans quelle mesure la propagation est accélérée par les enfants qui sont porteurs. Le Japon fait de gros efforts pour ralentir la propagation. Les enfants transmettent généralement les virus rapidement, car ils ne se lavent pas les mains ou n’ont pas une bonne hygiène personnelle. Ils jouent un rôle important dans la propagation de la grippe, c’est pourquoi de nombreux pays ont fermé les écoles dans les zones touchées.

52. Si on est infecté, y a-t-il des médicaments qu’on peut prendre pour rendre le virus moins grave, ou pour le faire disparaître complètement ?
Aucun médicament n’a encore prouvé son efficacité en tant que traitement ou ce que les médecins appellent une “thérapie”. Un grand nombre de médicaments différents sont actuellement testés dans le cadre d’essais cliniques, et nous espérons que cela changera bientôt pour le mieux.

53. Quelle est la probabilité que nous trouvions de nouveaux médicaments thérapeutiques, et dans quel délai ?
Je suis convaincu que, dans quelques mois, il est très probable que nous trouverons des utilisations “non indiquées sur l’étiquette” des médicaments actuels qui aident à traiter une personne infectée. En d’autres termes, nous aurons une nouvelle utilisation pour les médicaments existants qui ont été utilisés à l’origine contre d’autres infections virales comme le VIH. Mais il faudra du temps et beaucoup de tests réels pour s’en assurer. De nouveaux médicaments thérapeutiques sont actuellement testés dans le cadre d’essais cliniques, notamment en Chine, mais aussi ailleurs. Cela semble prometteur.

54. Qu’en est-il des antibiotiques ? Tout le monde s’en sert toujours en cas de crise.
Il s’agit d’un nouveau virus, pas d’une bactérie. Les antibiotiques agissent contre les bactéries mais pas contre les virus. Ils peuvent être utiles à l’hôpital en cas d’infections secondaires d’origine bactérienne, mais les antibiotiques n’ont aucun effet sur le nouveau virus lui-même.

55. Qu’en est-il de toutes sortes de nouveaux remèdes, thérapies et traitements dont j’ai entendu parler sur Internet ?
Il va y avoir une infinité de fausses affirmations. Ce n’est qu’en lisant sur de nombreux sites web fiables que l’on peut être sûr qu’il s’agit d’une véritable science. Mais la plupart de ce que vous entendrez sera du vent, alors soyez très prudent et ne répandez pas de rumeurs non confirmées.

56. Et les masques ? Ces masques chirurgicaux bleus ou un masque N95 sont-ils utiles ?
Les masques ont une valeur très limitée, sauf dans certaines circonstances spécifiques. Par exemple, selon le type de masque N95, un peu moins de 50% des particules virales entrantes seront filtrées, mais elles peuvent réduire la propagation des gouttelettes en suspension dans l’air.

© AFP

57. Quels sont les avantages des masques lorsqu’ils sont utilisés correctement et qui devrait porter un masque ?
Les meilleurs masques, soigneusement ajustés et portés correctement, ralentissent la propagation des personnes malades qui toussent. Autrement dit, le masque ne sert pas à vous protéger des autres personnes, mais à protéger les autres personnes contre vous. C’est une courtoisie envers les autres de porter un masque lorsque vous avez ce que vous pensez être un rhume et que vous commencez à tousser. Les masques ont un avantage supplémentaire : ils réduisent la probabilité que vous touchiez votre bouche, et donc que le virus se propage dans votre corps si vous avez le virus sur les mains. Les masques présentent des avantages pour le personnel de santé. Si vous travaillez dans un établissement de santé ou dans le domaine des soins aux personnes âgées, le port du masque est obligatoire.

58. Y a-t-il quelque chose qu’on puisse faire pour éviter d’être infecté lors d’une pandémie mondiale ?
Se laver les mains fréquemment, ne pas se toucher le visage, tousser et éternuer dans le coude ou dans un mouchoir en papier, ne pas se serrer la main ou s’embrasser, tout cela réduit le risque. Si vous êtes malade, restez chez vous et consultez un médecin par téléphone pour savoir quoi faire ensuite, et portez un masque lorsque vous voyez d’autres personnes.

59. Que signifie “atténuation” ? On entend souvent les scientifiques utiliser ce mot.
L’atténuation signifie ralentir la propagation du virus et tenter de limiter ses effets sur les services de santé publique, la vie publique et l’économie. Tant qu’il n’y aura pas de vaccin, ce que nous pouvons faire, c’est le ralentir. C’est vraiment important.

60. Quels autres moyens pouvons-nous utiliser pour ralentir la propagation du virus ?
Une bonne hygiène et la simple courtoisie peuvent ralentir la propagation. En outre, des mesures de “distanciation sociale” – comme travailler à domicile, ne pas prendre l’avion, fermer les écoles et interdire les grands rassemblements – contribueront à ralentir la propagation du SRAS-CoV2.

61. Les différents virus se propagent-ils plus facilement que les autres ?
Oui. La rougeole est le pire. Vous pouvez attraper la rougeole en entrant dans une pièce vide qu’une personne infectée a quittée 2 heures plus tôt ! C’est pourquoi nous avons des épidémies de rougeole lorsque les taux de vaccination baissent. C’est une maladie très résistante. Le rhume se propage assez facilement. Le VIH est beaucoup plus difficile à répandre, et pourtant nous avons eu 32 millions de décès.

62. Que faudra-t-il pour arrêter ce virus ?
Personne ne le sait vraiment, mais la Chine a montré qu’il est possible d’arrêter la propagation de manière significative. Un vaccin pourrait être nécessaire pour éliminer complètement le SRAS-CoV2.

63. Combien de temps faudra-t-il pour que le nouveau virus se répande dans une population de la taille des États-Unis ?
Si on le laisse se propager avec des mesures normales de bonne hygiène, le SRAS-CoV2 semble doubler sa population infectée environ chaque semaine. Cela signifie qu’il passera de 50 personnes infectées à 1 million de personnes infectées en 14 semaines environ. C’est la simple arithmétique de la contagion. Bien sûr, nous pouvons faire des choses pour la ralentir.

64. Quelle est l’efficacité d’une bonne hygiène pour ralentir la propagation du coronavirus ? Le nombre de personnes infectées diminue-t-il sensiblement si les gens suivent les directives ?
Les chiffres changent en fonction de la prudence des gens, et même de petits changements sont importants pour éviter de stresser le système de santé plus qu’il n’est absolument nécessaire.

65. Quelques milliers de cas peuvent-ils être cachés parmi notre population ? Comment cela serait-il possible ?
Chaque année, il y a des millions de cas de grippe. Cette année, certains de ces cas sont en fait des COVID-19. En outre, de nombreuses personnes infectées ne présentent aucun symptôme ou des symptômes très légers, de sorte qu’elles se cachent à la vue de tous.

66. Que signifie exactement un test positif ?
Cela signifie qu’un test sensible a détecté que le virus est présent dans les fluides de cette personne.

67. Tout le monde doit-il être testé le plus rapidement possible ?
Le test COVID-19 devrait être beaucoup plus largement disponible car nous ne savons pas encore assez qui est infecté et comment le virus se propage dans la communauté. Nous avons besoin de beaucoup plus de tests pour connaître les données importantes.

68. Pourquoi la Corée du Sud a-t-elle mis en place un système de tests “drive-through” ?
La Corée du Sud a mis en place un système de dépistage au volant parce qu’elle fait tout son possible pour ralentir l’épidémie en trouvant chaque personne infectée aussi vite que possible.

69. Quel est le principal symptôme que les gens devraient rechercher ?
La toux est le premier symptôme.

70. La fièvre est-elle un bon moyen d’identifier les personnes infectées ?
Une forte fièvre peut être préoccupante et mérite d’être soignée. Mais le simple dépistage de la fièvre, dans un aéroport ou à un point de contrôle par exemple, laisse passer beaucoup de personnes infectées.

71. Quel est le pourcentage de personnes testées positives dans les hôpitaux chinois qui sont arrivées sans fièvre ?
Environ 30 % des patients chinois atteints de coronavirus n’avaient pas de fièvre à leur arrivée à l’hôpital.

72. Le nouveau virus est-il susceptible de revenir dans un pays une fois qu’il aura atteint un pic et que le nombre de nouveaux cas aura diminué ?
Il est probable que le SRAS-CoV2 nous demandera le même effort qui a permis d’éliminer la variole et qui a presque éliminé la polio.

73. Cela signifie que le seul moyen de vaincre le nouveau coronavirus à long terme est la vaccination de toute la population mondiale ?
Nous ne le savons vraiment pas. Les mesures basées sur la population peuvent fonctionner, mais un vaccin peut être nécessaire et est probablement viable tant que le virus reste stable et ne subit pas trop de mutations.

74. Le nouveau virus pourrait-il “s’épuiser” comme d’autres virus semblent l’avoir fait ?
Nous ne le savons pas, mais c’est peu probable. Le SRAS-CoV2 est déjà trop bien établi dans le monde entier. Ce n’est plus seulement un problème chinois ; il y a probablement des centaines de milliers de personnes infectées mais pas encore testées – non seulement en Chine mais dans près de 100 autres pays. Le SRAS-CoV2, tout comme le virus de la grippe saisonnière, sera probablement présent parmi nous pendant très longtemps.

75. Le nouveau virus reviendra-t-il par vagues ou par cycles, et si oui, quand ?
Là encore, nous ne le savons pas, mais c’est une question très importante. Probablement, bien qu’à ce stade précoce, rien n’est sûr. La pandémie de grippe de 1918 a fait le tour du monde en trois vagues. Le nouveau virus pourrait avoir une deuxième vague en Chine avec la réouverture des écoles et des usines. Mais tant que nous ne verrons pas ce qui se passera réellement, nous ne savons pas comment SARS-CoV2 se comportera.

© Reporters

76. Si nous avons une ou deux pauses “chanceuses” dans les mois à venir, à quoi ressemble la “chance” ?
Le temps chaud pourrait ralentir la propagation, bien que nous n’ayons pas encore de preuve que ce soit le cas. Singapour, qui compte déjà 120 cas et dispose de l’un des meilleurs programmes de contrôle COVID-19 au monde, se trouve à seulement 110 km de l’équateur – donc, au moins dans ce cas, un climat chaud n’a pas empêché le virus de se propager. Il est possible que le SRAS-CoV2 se transforme progressivement en une forme moins dangereuse, de sorte que moins de personnes en meurent, comme cela s’est déjà produit avec la grippe porcine en 2009. Mais je n’y compterais pas. Trouver rapidement une thérapie médicamenteuse ou un cocktail de médicaments efficaces serait une excellente nouvelle. C’est à peu près tout pour la chance.

77. Les personnes à haut risque pour la COVID-19 ont-elles les mêmes chances de mourir partout ?
Malheureusement, le risque de décès dépend beaucoup de l’endroit où l’on se trouve dans le monde. Si vous avez besoin d’un hôpital moderne bien équipé et que vous vous faites soigner dans un tel établissement, que nous espérons accessible à un grand nombre de personnes, le taux de mortalité sera bien plus faible grâce aux respirateurs de soins intensifs et à la diminution des infections secondaires.

78. Comment puis-je savoir si je vais faire partie du groupe des patients légers ou de celui qui a besoin d’être hospitalisé ?
Vous n’en êtes pas sûr, mais avoir plus de 70 ans ou souffrir d’une maladie chronique augmente le risque de maladie grave, voire de décès. Nous ne pouvons parler qu’en termes de probabilités, car nous n’en savons pas encore assez sur la COVID-19.

79. Doit-on s’inquiéter de la contagion du COVID-19 ? A quel point êtes-vous inquiet ?
Si vous n’êtes pas à haut risque, je ne m’inquiéterais pas trop, mais je ferais tout mon possible pour éviter d’être infecté car tu ne connais pas les résultats individuels. Tout le monde va finir par courir le risque de contracter cette infection dans les prochaines années, tout comme personne n’évite le rhume ou la grippe au fil du temps. Nous devrions donc tous être prêts à rester à la maison dès les premiers signes.

80. Que voulez-vous dire par “tout le monde va courir le risque de contracter le virus” ?
Je veux dire que tous les humains passent du temps avec d’autres humains, donc nous sommes tous connectés – et la biologie est implacable. Cependant, je prendrais des précautions raisonnables et, en même temps, je ne m’inquiéterais pas de façon obsessionnelle. Cela ne m’aide pas.

81. Si tout le monde va attraper le nouveau virus, pourquoi essayer d’éviter de l’attraper ? Si j’attrape le virus immédiatement, je peux en finir avec lui et passer à autre chose.
Nous voulons ralentir l’infection, ce qui signifie ralentir le nombre de nouveaux cas et le nombre total de cas, afin que nos hôpitaux puissent prendre en charge les patients les plus touchés sans être débordés ou refuser les patients atteints d’autres types de maladies qui nécessitent une attention immédiate.

82. Il semble qu’une fois que les gens se sont remis du nouveau virus, ils peuvent encore être contagieux. Est-ce vrai ?
Nous ne le savons pas, bien qu’il semble que cela puisse être le cas pendant un certain temps après la guérison. Nous n’en sommes pas totalement sûrs. D’autres recherches sont nécessaires.

83. Une fois que vous avez contracté le virus, êtes-vous alors immunisé en permanence contre une nouvelle infection, comme la rougeole ou les oreillons ?
Là encore, nous ne connaissons pas encore la réponse à cette importante question.

84. Il est évident qu’une immunité permanente contre la COVID-19 serait importante pour les personnes qui sont passées par un épisode de la maladie. Cette immunité est-elle également importante pour la société dans son ensemble ? Pourquoi ?
Cette question est extrêmement importante pour le développement de vaccins, car les vaccins reposent sur la capacité de notre corps à monter une réponse immunitaire protectrice et sur un virus stable. Et il est évident que le nombre de personnes susceptibles d’être infectées diminuerait progressivement au fil du temps.

85. Le nouveau virus est-il saisonnier, comme la grippe ?
Nous n’avons pas été assez loin pour voir s’il y a une mutation saisonnière vers le SRAS-CoV2, ou comment les milliards de nouvelles particules virales changent lorsqu’elles passent à travers des millions de personnes.

86. Ce virus peut donc muter de lui-même en de nouvelles formes avec de nouveaux symptômes ?
Nous ne savons pas du tout. Si c’est le cas, de nouveaux vaccins pourraient être nécessaires pour empêcher la version mutée du SRAS-CoV2 de se propager.

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87. Si le virus mute naturellement, cela signifie-t-il qu’il pourrait devenir plus mortel, et d’autre part, qu’il pourrait aussi devenir moins mortel ?
Oui, l’un ou l’autre est possible. C’est un nouveau virus, donc nous n’avons aucune idée de ce que les mutations feront.

88. Si le coronavirus devient une menace qui ne disparaît pas, qu’est-ce que cela signifie pour moi et ma famille ?
Cela signifie que nous allons tous apprendre à y faire face et nous assurer que nous adoptons tous des comportements sûrs. Nous devons être particulièrement attentifs aux besoins des membres plus âgés de la famille.

89. Il se dit que le virus peut vivre 9 jours sur un comptoir. Est-ce vrai ?
Il est probable que le SRAS-CoV2 puisse rester viable sur certaines surfaces pendant un certain temps, mais nous ne savons pas pour combien de temps.

90. La plus grande pandémie des temps modernes a été la pandémie de grippe de 1918, juste à la fin de la Première Guerre mondiale. Comment le SRAS-CoV2 se compare-t-il à cette mutation ?
Le CoV2 du SRAS est tout aussi contagieux que la pandémie de grippe de 1918 et semble presque aussi mortel, mais le temps nous le dira. Souvenez-vous qu’en 1918, il n’existait aucun système médical comparable à celui des pays développés et qu’il n’y avait pas d’antibiotiques pour traiter la pneumonie bactérienne, qui était une cause majeure de décès.

91. Y a-t-il une chance que ce soit une fausse alerte géante et que nous nous retournions cet été pour dire “wow, nous avons tous paniqué pour rien” ?
Non. COVID-19 est déjà présent dans de nombreux pays et il est très contagieux. Pratiquement chaque jour, il y a de plus en plus de cas, dans plus de pays. Ce n’est pas un exercice. C’est la réalité.

92. Il est difficile de croire que soudainement un virus vraiment nouveau que l’humanité n’a jamais vu puisse infecter des millions de personnes. Quand est-ce que cela s’est produit pour la dernière fois ?
Le SRAS et le MERS étaient nouveaux – mais ils n’ont pas atteint l’échelle. Le VIH était nouveau dans le monde et a infecté 70 millions de personnes – dont 32 millions sont mortes de la pandémie de VIH.

93. Le VIH touche les pays pauvres bien plus que les pays riches. Cela sera-t-il probablement vrai pour le nouveau virus ?
Oui, absolument. Les pays riches comme les États-Unis vont avoir des taux de mortalité beaucoup plus faibles grâce à une meilleure hydratation, à des équipements respiratoires supplémentaires, à une bonne prise en charge des infections, etc. Il s’agit d’un problème potentiellement énorme pour les pays à faibles ressources qui ont des systèmes de santé médiocres. De nombreux pays d’Afrique seront confrontés à des risques énormes. Lorsqu’il atteindra les pays les plus pauvres en ressources du monde, il est très probable que ce sera catastrophique.

94. On dirait que le fond du problème est que vous n’êtes pas terriblement optimiste.
En général, je suis définitivement optimiste, mais en même temps, il y a beaucoup de raisons d’être très mal à l’aise et nerveux. Je comprends que les gens aient des craintes, surtout s’ils appartiennent à un ou plusieurs des groupes à haut risque. Mais il y a aussi de bonnes nouvelles, car nous constatons déjà des progrès dans la coopération mondiale, notamment dans les domaines de la science et de la médecine. Nous constatons une plus grande transparence entre les gouvernements. Le nombre de cas en Chine est actuellement en rapide diminution, mais cela pourrait changer. Et nous assistons à un développement très rapide de la thérapeutique, par exemple.

95. Vous avez également dit qu’il y a beaucoup de raisons de s’inquiéter. Quels sont vos plus grands soucis concernant le nouveau virus ?
Mal gérée, la propagation du coronavirus peut rapidement surcharger le système de santé de n’importe quel pays et bloquer les personnes qui ont vraiment besoin de toutes sortes d’accès médicaux. Une autre inquiétude est que des réactions excessives et la peur peuvent paralyser l’économie d’un pays, ce qui provoque un autre type de souffrance. Il s’agit donc d’un compromis très difficile.

96. Et à quoi devrions-nous nous préparer psychologiquement ?
Nous devrions être psychologiquement prêts à entendre parler de nombreux “nouveaux” cas signalés dans chaque ville des États-Unis qui commence à faire des tests, ainsi que d’un nombre croissant de décès, en particulier chez les personnes âgées. En réalité, il ne s’agit souvent pas de “nouveaux” cas, mais de cas existants qui sont devenus visibles pour la première fois.

97. Quelles sont les choses qui vous encouragent ?

      1. La biologie moderne évolue à une vitesse fulgurante.
      2. Outre la communauté de la santé publique dans le monde entier, y compris l’Organisation Mondiale de la Santé, les dirigeants gouvernementaux au plus haut niveau se concentrent sur cette menace.
      3. Nous avons isolé le virus en quelques jours et l’avons séquencé rapidement.
      4. Je suis convaincu que nous disposerons bientôt d’un traitement.
      5. Nous allons, espérons-le, disposer d’un vaccin.
      6. Nous sommes vraiment à l’ère de la communication moderne. Cela peut nous aider, à condition que nous démystifions les fausses nouvelles et les nouvelles dangereuses.

98. Dans quelle mesure les États-Unis sont-ils prêts pour cela ?
Les États-Unis ont eu amplement le temps de se préparer à cette pandémie, tout comme d’autres pays à revenu élevé. Nous avons tous bénéficié des quarantaines de masse sans précédent imposées par la Chine, qui ont ralenti la propagation. Les États-Unis traiteront correctement les cas graves dès le début en étant mieux préparés.

99. Qui vous inquiète le plus ?
Ce sont les pays à faibles ressources qui m’inquiètent le plus. Chaque décès est une tragédie. Quand on dit qu’en moyenne, 1 à 2 % des personnes infectées mourront du coronavirus, c’est beaucoup. Après tout, 1 % d’un million, c’est 10 000 personnes, et ce sont les personnes âgées qui m’inquiètent le plus. Mais 98% à 99% des gens ne mourront pas de cela. La grippe saisonnière tue des dizaines de milliers d’Américains chaque année et on ne panique pas – même si nous devrions en fait prendre la grippe beaucoup plus au sérieux et nous assurer que nous sommes tous vaccinés contre elle chaque année. Tout comme nous avons appris à vivre avec la grippe saisonnière, je pense que nous devrons apprendre à mener notre vie normalement, malgré la présence de COVID-19, jusqu’à ce qu’un vaccin efficace soit disponible.

100. Y a-t-il d’autres pandémies dans notre avenir ?
Oui, absolument. Cela fait partie de notre condition humaine et de la vie sur une “planète à virus”. C’est une bataille sans fin. Nous devons améliorer notre préparation. Cela signifie que nous devons nous engager à investir sérieusement dans la préparation à la pandémie et à mettre sur pied une brigade mondiale de pompiers, bien avant que la maison ne prenne feu la prochaine fois.

[Cette interview est disponible en anglais sur le site de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres ; elle a été traduite par Jacques Marlot) : pour lire l’article original sur LALIBRE.BE (2 avril 2020)…]


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THONART : C’est la nuit, c’est le marbre…

STEICHEN Edward, Pastoral Moonlight (1907)

C’est la nuit, c’est le marbre,
L’homme gît près de son arbre,
Un sang poisseux voile ses yeux.
Du passage de la Géante,
Lui reste une plaie béante.
La main du cœur
Est arrachée…

Patrick Thonart


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DURO : Je suis un nuage #5
(s.d., Artothèque, Lg)

DURO Julie-Marie, Je suis un nuage #5
(photographie, 60 x 90 cm, s.d.)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

© juliemarieduro.com

Née en 1984, Julie-Marie DURO vit et travaille entre Luxembourg et Liège. Après des études en philosophie et journalisme à l’Université de Liège et de Nice, ainsi que quelques années passées dans le secteur privé, elle s’est tournée vers la photographie. Son travail est particulièrement influencé par les narrations documentaires subjectives, les récits de famille et problématiques mémorielles. Elle entreprend actuellement une thèse en Arts et sciences de l’art à l’Université de Liège sur l’indétermination de l’expérience mémorielle au travers des narrations photographiques de l’absence.

Cette photographie fait partie d’une série narrative intitulée Looking for my Japanese Family”. L’auteure part à la recherche d’un mystérieux oncle au Japon, fils de son grand-père et d’une jeune Japonaise. “Fouiller la mémoire individuelle et collective, celle de la famille et puis petit à petit, celle des autres… […] “Looking for my Japanese family” est le récit fragmenté de cette enquête où la réalité cède parfois la place à la fiction ; un récit où s’entremêlent mon parcours et les vies que j’imagine pour cette famille japonaise que je ne connaîtrai peut-être jamais.” (Julie-Marie Duro)

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Julie-Marie Duro ; juliemarieduro.com | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

VIENNE : La fête des mères (2020)

Le Mur des Libertés, Liège © Philippe Vienne

A la fenêtre, des bacs de géraniums, rentrés pour l’hiver, oubliés, brunis, desséchés, auprès desquels trône un chat qui le fixe de son regard jaune, définitivement immobile car empaillé.  Il s’en détourne, embrasse sa mère, à la peau tellement parcheminée qu’il lui semble inéluctable qu’elle suive le même processus de dessiccation que les plantes et l’animal. Bonne fête maman, dit-il, lui tendant un bouquet de fleurs, fraîches celles-là, avant d’à son tour embrasser son père qui se tient derrière. Pour le cadeau, il n’avait pas eu trop d’idée, n’avait pas vraiment cherché non plus. Il aurait pu acheter un livre, qu’elle n’aurait pas aimé, invariablement, ou des chocolats, qui auraient été moins bons que ceux de son fournisseur habituel, inévitablement. Finalement, il avait opté pour les fleurs, sa mère aimait les bouquets, pour lesquels elle mettait un quart d’heure à choisir le vase approprié, alors que pour lui, des fleurs coupées étaient comme des macchabées, mais quoi de plus normal, en somme, dans cet univers pre mortem ?

Ils s’assoient au salon. Avec son père il échange quelques banalités, la météo, le foot, la politique, tandis que sa mère prépare le thé qu’accompagne un cake un peu trop sec. Connaissant le rituel, précédant la demande, il fait le résumé des événements qui ont rythmé son existence depuis sa dernière visite, l’expurgeant des sujets trop intimes ou potentiellement conflictuels, ce qui, en définitive, ne fait plus grand’ chose, sa vie n’est déjà pas très exaltante et il aurait plutôt tendance à se laisser vivre. Il ne peut même pas évoquer le roman dont il achève péniblement l’écriture, qu’ils liront sans doute un jour avec une fierté mêlée d’effroi car ils ne pourront pas en parler à leurs amis, à cause des scènes de sexe et des allusions à la drogue aussi, et puis les critiques envers la religion, ou bien alors se dédouaneront-ils en disant oh mais les artistes, vous savez bien, beaucoup d’imagination et toujours excessifs.

Puis il lui faut subir encore la complainte du chat, ce pauvre Caramel, mort à vingt ans, juste là où il se trouve toujours aujourd’hui, on aurait dit qu’il guettait mon retour, d’ailleurs j’en suis sûre, cet animal m’aimait, bien plus que ton père sans doute et puis ces petites bêtes-là ne vous déçoivent jamais, contrairement aux hommes, aux humains en général d’ailleurs, je sais que tu n’aimes pas quand je dis ça mais je n’en ai pas honte, je préfère les animaux aux humains. Il se contentera de soupirer, à peine, ne cherchant aucun secours auprès de son père qui, le regard las, fera de même, ayant depuis longtemps renoncé à la contredire. Ayant depuis longtemps renoncé, tout simplement. C’est donc cela la vie d’un couple vieillissant, se dit-il, au moins je ne connaîtrai jamais cela. Y a-t-il eu de l’amour un jour, il cherche à se souvenir, quand il était enfant, s’il a pu percevoir des gestes d’affection, voire de tendresse, mais tout cela est confus, comme si les images du présent effaçaient celles du passé, comme si jamais ses parents n’avaient été jeunes. 

Sa mère s’interrompt, perturbée par des cris qui, du dehors, viennent violer le silence de ce mausolée, des cris de gosses jouant dans la rue, lui aussi en aurait presqu’oublié que la vie peut-être turbulente. Et sa mère de repartir, évidemment les jeunes de la voisine, là, avec son foulard, et tous ces Arabes qui envahissent le quartier, ne travaillent pas, refusent de s’intégrer, je ne dis pas ça pour Deniz bien sûr, lui il a son commerce, il bosse. Deniz est Turc, maman. Turc, Arabe, c’est pareil, tu vois bien ce que je veux dire. Evidemment qu’il le voit, entendant cette diatribe pour la centième fois au moins, il rappellerait bien à sa mère que son père, à elle, était Polonais mais il sait à quel point c’est inutile, connaissant tous ses contre-arguments et n’ayant plus aucun goût pour la polémique.  Adolescent, ou jeune adulte encore, il serait allé au conflit avec délectation, jetant même de l’huile sur le feu, comme quand il s’affichait avec Karima, par pure provocation. Mais aujourd’hui le vide l’a rattrapé, immense comme le ciel mais, finalement, ouateux et confortable ainsi qu’un enfant imagine qu’un nuage puisse l’être. Son existence est peut-être aussi vide que celle de ses parents, en définitive, mais il ne l’emplit pas de rancœur.

Et puis il pressent qu’inexorablement la conversation, le monologue plutôt, va se recentrer sur sa personne. Tu sais, Mathieu, il serait quand même temps que tu songes à te fixer avec quelqu’un, tu as quarante-quatre ans, sortir avec les copains et papillonner, ça va à vingt ans mais à ton âge. C’est vrai, je désespère d’être grand-mère, c’est pour toi aussi, nous ne serons pas toujours là et alors, tu te retrouveras seul. Que peut-il lui répondre à sa mère,  qu’être seul n’est pas nécessairement un choix mais qu’à la longue, on s’y habitue, on y trouve même du plaisir, comme elle à lire Jean d’Ormesson, que leur modèle de couple n’est pas convaincant, ou bien qu’il ne mène pas la vie légère qu’elle lui prête mais que, là, exaspéré par tant d’acrimonie, il en aurait bien envie, tiens, et peut-être avec davantage d’excès encore, une bonne partouze ou, plus simplement, une pute. Roumaine ou albanaise, forcément.

Mais, glacé par le regard de verre jaune du chat, lassé des querelles stériles, il ne dira rien, évidemment, gardant pour lui ses réflexions qu’il couchera plus tard sur papier, même si, en fait, il les tapera sur les touches de son clavier. A sa mère il dira seulement au revoir, il faut que j’y aille, c’est dimanche et le 71 passe moins souvent. A l’arrêt du bus, il rencontre le jeune voisin de ses parents, salut Khatib, ça fait longtemps, tu as vachement grandi dis donc, tu as quel âge à présent ? Dix ans et ma sœur Khadija dix-sept. Tu sais, Mathieu, ma sœur elle te trouve très beau. Il sourit, ensemble ils montent dans le bus, bondé, se calent entre deux Africaines opulentes et un groupe d’Espagnols. Il lui semble toujours que l’on parle davantage espagnol dans le 71 qu’à Barcelone, il faut dire qu’il est devenu aussi inopportun de parler espagnol à Barcelone que français à Anvers, il n’a toujours pas bien compris, ça le réjouit plutôt ces langues qui se mêlent quand il tend l’oreille pour les identifier. Dis, Mathieu, tu voudrais pas l’épouser ma sœur ? Elle est un peu jeune pour moi, tu ne crois pas, Khatib ? C’est pas grave, ça, Mathieu, ce qui compte c’est l’amour. Tu as raison, Khatib, ce qui compte c’est l’amour, dit-il en sonnant l’arrêt.

Philippe VIENNE


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CHABLE : Oaxaca, Issa Mexique (2012, Artothèque, Lg)

CHABLE Thomas, Oaxaca, Issa Mexique
(photographie, n.c., 2012)

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Thomas Chable © contretype.org

Thomas CHABLE est né en 1962 à Bruxelles. Il étudie la photographie à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts Saint-Luc à Liège. Il voyage ensuite en Asie, en Afrique et en Europe (Mali, Burkina Faso, Tanzanie, Slovénie, Turquie orientale, Palestine,…) et livre plusieurs séries (“Odeurs d’Afrique”, “Expectative bosniaque”, “La ville en éclats” à Istanbul, “Borderline” en Palestine). En 1998, son premier livre “Odeurs d’Afrique/Scent of Africa” est publié (Contretype/La Lettre volée). Un second livre, intitulé “Brûleur” paraît en 2006 (100 Titres/Yellow Now). (d’après CONTRETYPE.ORG)

Cette photo en noir et blanc est issue d’une série réalisée lors d’une résidence à l’Institut de la culture de Veracruz (Mexique) en compagnie des plasticiens liégeois Jean-Pierre Husquinet et André Delalleau et du sculpteur Luc Navet. On y voit, dans une composition frontale, une série de portails en enfilade. Autour de ces portails, les ombres de feuillages dessinent sur un mur clair une composition pointilliste. Une forte lumière émane de l’ultime ouverture au centre de la scène, par ailleurs entièrement baignée dans un brouillard qui estompe les formes. Une atmosphère énigmatique émane de cette scène fortement évocatrice.

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LEDURE : Sans titre (2013, Artothèque, Lg)

LEDURE Elodie, Sans titre
(série “Apnée”)
(photographie, n.c., 2013)

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Elodie Ledure © Babelio

Photographe liégeoise née en 1985, Elodie LEDURE conjugue dans son travail personnel une forte attirance pour les beautés incongrues du paysage et l’expression d’un sentiment singulier face aux volumes, au bâti, à l’environnement construit. […] Elle a résidé en Suisse et en République tchèque, tâté de la photographie de plateau et de la presse d’actualité. Exposée régulièrement en Belgique, en France (Festival Circulations), aux Pays-­Bas, elle signait en 2014 avec Apnée“, chez Yellow Now, son premier livre personnel, peu de temps après avoir achevé une imposante mission sur l’architecture à Liège (éd. Mardaga). (CONTRETYPE.ORG)

“Sous ses dehors francs, le travail d’Élodie Ledure est un labyrinthe. Il faut se donner le temps de la réflexion et tenter de trouver, dans une intuition somnambule, la clé des doutes, leur résolution paisible, le grand dehors au bout des tunnels. […] Une façon de se déceler intimement, de se rencontrer soi dans la contemplation du monde externe, dans toute la fascinante opacité de ses apparences, de ses énigmes de surface, dans l’illusion de sa profondeur – mais toujours orientée par l’appel de l’air libre.” (Emmanuel d’Autreppe)

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Elodie Ledure ; Babelio | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

GRIGNET : Doña Teresa (2006, Artothèque, Lg)

GRIGNET Brigitte, Doña Teresa
(photographie, 50 x 50 cm, 2006)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Brigitte GRIGNET (née en 1968) se tourne vers la photographie en 1998. Elle étudie alors avec Joan Liftin et Mary Ellen Mark à l’International Center of Photography à New York, où elle a vécu pendant 15 ans. En 2011, elle a été récompensée par une bourse de la Aaron Siskind Foundation aux Etats-Unis, pour le projet sur lequel elle a travaillé pendant 7 ans dans le sud du Chili, “La Cruz del Sur,” dans lequel elle s’attache à enregistrer un mode de vie amené à disparaître, avec ses structures sociales et ses traditions culturelles séculaires. Entre autres prix internationaux, elle est la lauréate d’une Magnum Emergency Fund Grant (2016) pour son projet « Welcome », qui documente la réalité des mineurs non accompagnés en Belgique.

Brigitte Grignet raconte les histoires de personnes ordinaires et leur volonté indomptable de survivre des situations difficiles, leur quête continuelle afin de construire et vivre une vie digne. Ici, une dame âgée pose dans son intérieur. La scène se passe au Chili.

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Brigitte Grignet | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques