WINAND : Hide’N’Seek 2 (Bye Bye Belgium) (2016, Artothèque, Lg)

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WINAND Frédéric, Hide’N’Seek 2 (Bye bye Belgium)

(photographie numérique sur Plexiglas, 42 x 60 cm, 2016)

Frédéric WINAND est né le 15 février 1990 à  Liège, où il réside actuellement. Il obtient une licence d’arts plastiques et visuels à l’Ecole Supérieure des Arts Saint-Luc où il présente, pour clôturer ses trois années d’études, Utopitev, une balade photographique au travers de la nuit. Depuis lors, il poursuit ses recherches sur la nuit et le noir, les interactions entre les humains et les corps célestes, le vide et le plein, le plein de vide, le temps et la distance, les années-lumière, les jeux et les mots, les jeux de mots, et la solitude des étoiles. (F. Winand)

La photo est floue. A tel point que le spectateur doit l’observer un certain temps avant de discerner un personnage, vêtu d’une chemise orange. Le texte : “een land valt uiteen in twee kampen. het ene streeft naar onhafankelijkheid. misschien is dit geen fictie.” vient alors nous éclairer. Il s’agit d’une référence à l’émission Bye bye Belgium émission spéciale de la RTBF diffusée le 13 décembre 2006. Il s’agissait d’un faux documentaire. Alors que les téléspectateurs viennent de regarder le Journal télévisé, une édition spéciale diffusée en direct interrompt la programmation. Le présentateur du journal télévisé, François de Brigode, annonce la déclaration unilatérale d’indépendance de la Flandre…

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement à l’Artothèque de la Province de Liège ? N’attendez plus, foncez au 3ème étage du B3, le centre de ressources et de créativité situé place des Arts à B-4000 Liège…

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Frédéric Winand ; cidj.com | remerciements à Bénédicte Dochain, Frédéric Paques et Pascale Bastin

MASSART : Very Fast Trip. Prostitution (2013, Artothèque, Lg)

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MASSART Michaël, Very Fast Trip. Prostitution

(photographie, 40 x 60 cm, 2013)

Photographe belge né à Namur et domicilié à Habay-la-Neuve. C’est en 2008, suite à une blessure au genou, que Michaël MASSART renonce au sport et se tourne vers la photographie. Autodidacte et “touche à tout”, il se concentre sur ses deux domaines de prédilection : les portraits et les photos de paysages (notamment en pose longue). Transmettre une émotion, surprendre, construire et mettre en scène l’image de façon originale font partie de ce qu’il recherche à travers ses travaux.

Cette photographie fait partie de la série “Very Fast Trip”, que l’artiste présente ainsi : “c’est une fable contemporaine sur l’obsolescence programmée, la surconsommation. Ce que notre société porte aux nues aujourd’hui est jeté à la poubelle le lendemain. Grandeur et décadence : les meilleures ennemies du monde. Autour de ce sujet et avec une certaine dose d’humour, j’ai tenté de retracer le parcours d’un objet de consommation en lui donnant vie sous les traits (du moins partiellement) d’un homme.[…] Je vous propose donc de partager les aventures de notre “héros” de la surconsommation depuis son “déballage” jusqu’à sa mort… son recyclage, en passant par ses moments de gloire, d’impression d’être le roi du monde, d’excès, de lendemains difficiles, de nostalgie, de remises en question et de lutte pour tenter de survivre dans ce monde bien ingrat vis-à-vis de ses “stars” déchues…”

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SYMUL : Sous-bois (2013, Artothèque, Lg)

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SYMUL Jean-Jacques, Sous-bois

(photographie, 60 x 40 cm, 2013)

Né en 1952, formé à l’ICADI (Liège) et à l’Académie des Beaux-Arts de Liège, Jean-Jacques SYMUL enseigne la photographie dans cette école de 1976 à 2013. Il présente de nombreuses expositions autant personnelles que collectives, publie dans des revues d’art. Son travail est axé sur le quotidien, non pas pour sa valeur anecdotique, mais transcendé par son regard de photographe.

Jean-Jacques Symul
© wattitude.be

Comme le dit Pierre-Yves Rollin (secteur arts plastiques, Province du Hainaut), “les photographies de Jean-Jacques Symul s’inscrivent dans une tradition littéraire, picturale et même cinématographique qui associe le paysage naturel à une visualisation des états d’âme”. Que signifient ce feuillu émergent d’une forêt de conifères ou cette clairière verdoyante tranchant dans un sous-bois désolé ? Au-delà de l’évident intérêt plastique des photographies, le spectateur est convié à élaborer une interprétation personnelle, intime…

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MARRE : Nu féminin (s.d., Artothèque, Lg)

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MARRE Matthieu, Nu féminin

(photographie, 25 x 20 cm, s.d.)

Matthieu MARRE est photographe. Il a suivi un cursus universitaire en ethnologie et en anthropologie. Il s’intéresse à l’intime où il espère déceler une sincérité des choses. Il attend de la photographie un regard décalé des évidences qui nous sont données. C’est un regard amoureux empreint d’une distance. En 2015, il publie L’oublié aux éditions Yellow Now (Liège). En 2016, il intègre le studio Hans Lucas.

Cette photographie est tirée d’une série intimiste. Matthieu Marre y montre des images du quotidien. “C’est une photo de la mère de ma fille. A l’époque de la photo, cette dernière n’avait que quelques mois et était encore allaitée.” (M. Marre) “Il semble y avoir peu à dire des photographies de Matthieu Marre, qu’elles ne disent elles-mêmes mieux que les mots. Ainsi en va-t-il de certaines images, de certains univers dont la grâce sans prétention peut vous toucher à la manière d’un petit coup de foudre ou d’une révélation, et susciter en vous un désir de contemplation, d’observation voire de recueillement timide et silencieux, ample toutefois dans sa respiration. …)”(d’après YELLOWNOW.BE)

Pour en savoir plus…

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FAYARD : Sébastien Fayard va escalader un glacier (2014, Artothèque, Lg)

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FAYARD Sébastien, Sébastien Fayard va escalader un glacier
(photographie, 18 x 25 cm, 2014)

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fayardseb
Sébastien Fayard © lesoir.be

Sébastien FAYARD est un comédien et performeur français vivant à Bruxelles. Il a étudié le secrétariat, la comptabilité, le cinéma, la musique, la photographie et le théâtre. Il collabore avec différents metteurs en scène, chorégraphes et artistes plasticiens dont la compagnie System Failure avec qui il se produit régulièrement sur scène. Depuis quelques années, il mène différentes recherches photographiques et vidéographiques et poursuit la série  “Sébastien Fayard fait des trucs.” En parallèle, il décline ce projet en petits films dans une série appelée “Sébastien Fayard filme des navets” et sillonne les festivals de courts-métrages européens. (d’après SEBASTIENFAYARDFAITDESTRUCS.COM)

Sébastien Fayard livre ici une série en cours, inédite, de clichés qui détournent, c’est le cas de le dire, des clichés. Le procédé est simple mais inusable : prendre les choses au pied de la lettre, exploiter les ambiguïtés et les doubles sens des phrases toutes faites, des métaphores éculées, des formules journalistiques, des poncifs en vogue. Faisant ses trucs, il en défait pas mal d’autres – des attentes, des snobismes, des poses et des postures, des idées reçues, des présupposés logiques. Pour bien comprendre il faut se méprendre, et accepter surtout un paradoxal et étroit entrelacs entre stupidité et lucidité. (d’après YELLOWNOW.BE)

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LECOUTURIER : Sans titre (2014, Artothèque, Lg)

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LECOUTURIER Jacky, Sans titre
(photographie, 41 x 41 cm, 2014)

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lecouturier
Jacky Lecouturier © lesoir.be

Après des études de photographie à l’Ecole supérieure de l’Image “Le 75”, Jacky LECOUTURIER (né en 1948) devient lui-même professeur dans cette école dès 1972, année durant laquelle il réalise sa première exposition personnelle. Lors de ses pérégrinations en France, en Italie ou en Corse, Jacky Lecouturier a capté ces instants où nos sens sont soudainement mis en alerte par le cadre naturel d’un paysage. (d’après OUT.BE)

Cette image appartient à une série de photographies prises en Corse. Elles ont été exposées à la galerie Détour à Namur et à la galerie Quai 4 à Liège. Le journaliste Alain Delaunois évoque cette série en ces termes : “Les images de Jacky Lecouturier, en petits polaroïds retrouvés ou en tirages récents, n’idéalisent pas la nature, mais la restituent dans ce qu’elle a parfois de spectral. Ainsi, lorsque la lune, pleine, grosse, ronde, apparaît par une grande nuit bleue, on pourrait craindre qu’elle n’annonce l’instant fatal, l’accident final. Et pourtant, nous pourrions également parier sur la lumière argentine de l’astre lunaire, et sur ce qu’elle peut amener d’heureux, d’harmonieux et de propice au repos, dans la conjonction de la fraîcheur et de la tranquillité nocturne.”

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ALECHINE : Tateïnexa (2014, Artothèque, Lg)

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ALECHINE Ivan, Tateïnexa
(photographie argentique, 50×40 cm, 2014)

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Ivan Alechine (né en 1952), à la fois poète et photographe, est l’auteur d’une œuvre marquée par le voyage, tantôt ancrée dans le vrai, à la manière d’un reportage, tantôt détachée du monde comme une sorte de ready-made poétique. Fils du peintre Pierre Alechinsky, Ivan Alechine passe son enfance à côtoyer les derniers peintres et poètes surréalistes et les membres du groupe Cobra […]. A l’âge de dix-huit ans, il participe à une mission d’ethnomusicologie en plein cœur du pays Mongo, en République démocratique du Congo. […] Au seuil des années 90, ce sera la découverte décisive du Mexique où il résidera longuement, à plusieurs reprises, auprès des Indiens Huichols. “La première fois que je suis allé à Tuxpan de Bolaños, c’était en 1995. Puis beaucoup entre 2011 et 2016. J’y retourne à la fin de cette année (2017). J’ai assisté à quasiment toutes les cérémonies importantes et je dois posséder quelques milliers de photographies digitales / numériques en couleur.”

La photo de Tatéïnexa  a aussi été prise en 2012 à Tuxpan de Bolaños.  En octobre, la cérémonie Tatéïnexa se déroule pendant deux jours et deux nuits. Il s’agit la fête du jeune maïs, des courges et des enfants de moins de cinq ans. Le chaman qui préside à la cérémonie chante une partie de l’histoire de son peuple. Il bénit les enfants, le maïs et les courges de chaque famille. C’est une fête très importante et très ancienne qui raconte l’origine de leur histoire, de leur pensée. Elle est aussi appelée la fête du tambour. Le chaman et ses assistants frappent en continu un tambour pendant la cérémonie.

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VAN MALLEGHEM : Sans titre (s.d., Artothèque, Lg)

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VAN MALLEGHEM Sébastien, Sans titre
(technique mixte, 38 x 24 cm, s.d.)

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Sébastien Van Malleghem © babelio.com

Né en 1986, Sébastien VAN MALLEGHEM est un photographe indépendant, né en Belgique en 1986. Axé sur des projets de longue haleine, il a suivi pendant quatre ans le quotidien nocturne des policiers et poursuivra son reportage sur la justice dans les prisons belges durant plus de trois ans. Il terminera sa trilogie à propos de la Justice en travaillant sur le monde criminel. En parallèle, Sébastien photographie la Scandinavie entre 2013 et 2016, un travail qui va aboutir sur la publication d’un livre en 2017. (d’après 24H01.BE)

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Sébastien Van Malleghem ; babelio.com | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

Cette image fait partie de la série Nordic Noir, prise entre 2012 et 2016 en Scandinavie. Le livre issu de cette série est paru en septembre 2017 aux éditions André Frère. Dans cette série, “sa veine documentaire cède le pas à une dimension plus poétique et introspective. Épris des terres scandinaves depuis une résidence en Norvège, Sébastien Van Malleghem a poussé depuis lors ses pérégrinations du Danemark à l’Islande, en passant par la Finlande et la Suède. Nordic Noir est le récit visuel de ce périple contrasté. Avec ses paysages à couper le souffle et hors du temps, ses scènes de vie ou portraits acides, la série tient davantage de la constellation que du chemin linéaire. Dans l’éclatement des émotions qui la composent, le photographe saisit la juste mesure entre le sublime et le banal, le grandiose et l’intime.”

(d’après ANDREFREREDITIONS.COM)

D’autres œuvres sont disponibles à l’Artothèque Chiroux…

HOUCMANT : Anne-Elisabeth (série Interversions) (1996, Artothèque, Lg)

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HOUCMANT Pierre, Anne-Elisabeth
(série “Interversions”)
(technique mixte, 50 x 40 cm, 1996)

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Pierre Houcmant © Dominique Houcmant "Goldo"

Pierre HOUCMANT (1953-2019) s’inscrit à 19 ans à l’Institut Supérieur des Beaux-arts Saint-Luc de Liège, où il suit les cours du photographe Hubert Grooteclaes jusqu’en 1974. La photographie commerciale ne le séduit guère. Seule la photographie créative l’attire. Occupé par une série qu’il a nommée “Interversions”, il expose beaucoup à l’étranger. Toutefois, la fréquentation de plasticiens influencés par Marcel Duchamp fait basculer ses intérêts vers des réalisations où le concept prime sur l’émotion. Au début des années 1990, il s’intéresse à l’image du corps qu’il fragmente. Parallèlement, il réalise une série de portraits d’écrivains.

Cette photographie fait partie de la série “Interversions”. Elle présente des portraits de femmes fragmentés, reliés à des éléments plastiques. La poésie de la composition laisse au regardeur le soin d’imaginer une narration ou la rêverie de la contemplation. C’est un tirage argentique sur papier baryté.

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Pierre Houcmant ; Dominique Houcmant “Goldo” | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

NIELSEN, Eva (née en 1983)

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“Le fait de parler des lieux, c’est parler de l’humain” explique Eva NIELSEN (née en 1983). L’artiste franco-danoise brouille depuis plusieurs années les repères du paysage et de la peinture. Depuis 2010, elle met en scène des lieux à la fois familiers et étranges : une zone périurbaine désertée, une ferme abandonnée… Architectures de béton, stores, mobiliers urbains, tramés par la sérigraphie, structurent le territoire de la nature, comme celui de la toile. Malgré leur architecture marquée par la modernité, ces lieux semblent n’appartenir à aucun espace-temps déterminé. Eva Nielsen donne là une forme possible aux espaces anonymes, aux “non-lieux”, dont Marc Augé a souligné dans sa recherche d’une “anthropologie de la surmodernité” combien ils sont aujourd’hui les lieux de passage obligés d’un paysage mondialisé. Semblant être de nulle part, sans présence humaine, les paysages dépeints par Eva Nielsen pourraient être cet entourage immédiat que nous ne voyons plus. S’attachant à représenter une utopie moderne abandonnée, ses peintures résonnent comme un futur dans le passé, un retour de demain sur le présent.

Cette “surmodernité” est aussi celle de la peinture aujourd’hui. Eva Nielsen explore les frontières entre photographie et peinture, entre peinture et impression mécanique, un enjeu qu’elle sait être devenu une quête au long cours de l’histoire de l’art depuis Andy Warhol et Gerhard Richter. Les tableaux sont réalisés à partir de photographies, documentés par des marches et des explorations, aussi bien européennes qu’américaines. Pour accentuer le contraste entre le noir et blanc de l’impression photographique et cette tonalité sourde et lumineuse héritée du paysage scandinave, Eva Nielsen travaille chaque œuvre en deux temps, celui de la sérigraphie et celui des aquarelles, des encres, des acryliques. Elle fait, cependant, de la sérigraphie un usage unique, à rebours de ses capacités de reproduction. Elle n’en conserve que l’effet esthétique de la trame mécanique, tout comme elle a parfois expérimenté l’imprimante pour ses dessins préparatoires.

Peindre aujourd’hui pose la question du temps long dans une époque de l’instantané et du tout-image. Tout voir, est-ce ne rien voir ? À ses paysages architecturés, l’artiste a ajouté récemment la maladie du “voir”. Sa dernière série Lucite (2015-…) tient son nom d’une allergie à la lumière. L’horizon de ses peintures s’est ostensiblement voilé. Le statut du regardeur est redoublé : nous sommes en position de voyeur, à la fois du tableau, et de la maison de l’autre, que l’on tente d’apercevoir à travers le treillage qui recouvre la surface de la toile. Le voilage rejoint également un motif emblématique de l’histoire de l’art, le pli, théorisée par Gilles Deleuze, thème baroque par excellence, mais devenu ici le pli d’un grillage bon marché.

d’après AWAREWOMENARTISTS.COM


Eva Nielsen “Dondal II” (detail) © Eva Nielsen
Les sublimes mondes en trompe-l’œil d’Eva Nielsen

Au moyen de la sérigraphie, Eva Nielsen trompe l’œil avec des effets qui subliment la nature et le bâti. Ce panorama zéro semblait contenir des ruines à l’envers”, note Robert Smithson à propos de Passaic, ville sans histoire du New Jersey dont les monuments ordinaires (ponts, parkings ou bacs à sable) lui inspirent en 1967 un texte fondateur sur le chaos des cités à l’épreuve du temps. Eva Nielsen l’a lu et approuvé, tout comme Manhattan Transfer de Dos Passos. Élevée dans le 91, elle qui transite entre Paris et Yerres connaît par cœur ces zones intermédiaires peuplées d’architectures précaires.

Des perspectives de non-lieux

Ses odyssées suburbaines” forment par sédimentation des spectrogéographies”. Autrement dit, des perspectives furtives de non-lieux. Sa méthode vandale” varie et si, à l’origine, la sérigraphie masquée par des bandes de ruban adhésif précédait la peinture, l’inverse est devenu vrai. Personnelle ou d’emprunt, l’image source imprimée à même la toile, sur des chutes d’organza ou de cuir, est maculée d’huile, d’acrylique, d’aquarelle ou d’encre de Chine.Si bien que le regard ne sait plus où se poser, fouillant la surface et le fond en quête d’indices, perdant sur tous les plans, faute de mise au point.

Eva Nielsen ne lui facilite pas la tâche. Ses effets de textures ajoutent des filtres, sortes de vitres embuées ou de moustiquaires à trous qui, tels des souvenirs-écrans, cachent plus qu’ils ne montrent la scène : un paysage désolé hanté par des machines du futur déjà hors d’usage, des cabanes sinistres ou, depuis peu, des humains.Ses mondes hallucinés portent des noms savants, tels Thalweg, Zoled ou Polhodie…

Insolare est à l’avenant. Mené avec la commissaire Marianne Derrien dans le cadre du programme BMW Art Makers (programme qui permet aux artistes et curateurs de montrer et produire une création expérimentale à travers le prisme de l’image contemporaine), ce projet tâte le terrain hostile” des marais de Camargue. Ce site naturel où la vie stagne et grouille se mue en collages humides pleins de sel, de coups de soleil. Désireuse de montrer une réalité tant rurale qu’industrielle”, les créations de l’artiste offre une visibilité sur la qualité vitale” des marais de Camargue.

d’après CONNAISSANCEDESARTS.COM


[INFOS QUALITÉ] statut : validé | mode d’édition : partage, décommercalisation et correction par wallonica | commanditaire : wallonica.org | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : image en tête de l’article : “Insolare II” (recadrée) © Eva Nielsen | visiter le site d’Eva Nielsen


Plus d’arts visuels en Wallonie et à Bruxelles…

PLONK & REPLONK : Les bains lacrymaux de Baden-Blumen (2014, Artothèque, Lg)

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PLONK & REPLONK, Les bains lacrymaux de Baden-Blumen
(photographie argentique, 50 x 40 cm, 2014)

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Jacques Froidevaux, Hubert Froidevaux et Miguel-Angel Morales composent le collectif PLONK & REPLONK fondé en 1995 dans le Jura suisse. Dès 1997, le trio détourne des cartes postales Belle Epoque… Fait peu connu, leur collection de gâteaux est l’une des plus importantes du Vieux-Continent. L’ajout d’une touche absurde, notamment dans leurs légendes, confère aux œuvres une portée critique et humoristique.

Leurs fameux photomontages d’inspiration rétro ont contaminé les formats les plus divers: livres, affiches, cartes postales, autocollants, cimaises, animations, théâtre. Parmi leurs influences, on peut citer Erik Satie, Alphonse Allais, Glen Baxter, Gary Larson ou Pierre Dac. Fait peu connu, leur collection de gâteaux est l’une des plus importantes du Vieux-Continent. Pur produit d’un Arc jurassien en lévitation, Plonk & Replonk étonne donc son monde par l’amour irraisonné que ses membres vouent à ce plan d’eau notoire qu’est le lac Léman. Cette passion apparaissait dans toute sa démesure en 2008 déjà dans l’exposition qu’ils lui consacrèrent sans retenue au Musée du Léman, à Nyon. Aux dernières nouvelles, Plonk & Replonk s’apprêtent à commercialiser le Léman sous la forme d’une eau minérale gazeuse naturelle aux miraculeuses vertus diurétiques et conditionnée en pratiques jéroboams de cinq litres. (d’après PLONKREPLONK.CH)

Plonk & Replonk est déjà bien présent dans wallonica.org :

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Plonk & Replonk | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

LOTIN : Guadalajara, Mexico (2009, Artothèque, Lg)

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LOTIN Baudoin, Guadalajara, Mexico
(photographie, 12 x 21 cm, 2009)

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Photographe indépendant depuis 1974 et réalisateur de documentaires, Baudoin LOTIN (né en 1953) vit et travaille à Maizeret (Andenne). Il expose ses photographies (Belgique, Canada, Espagne, Les rencontres d’Arles en France, Mexique). Il participe à des missions photographiques (comme Tbilissi 3 en Géorgie). Il poursuit un travail sur le Mexique publié aux Presses Universitaires de Namur Mexique : Photographies (1985) et El silencio de la Palabras : Petites histoires mexicaines(2003). Lauréat d’une bourse du Ministère de la Communauté Française de Belgique et d’une Bourse des amis de l’Unesco (Louvain-la-Neuve), du Prix national Photographie ouverte (Charleroi), Baudoin Lotin a également participé à la création de galeries et d’ateliers pour la photographie (1981 -2012).

Cette photographie, que l’on pourrait croire en noir et blanc, est en couleur. Saisissant un contraste de lumière entre la pénombre d’un intérieur et la lumière provenant de l’extérieur, le photographe donne au dispositif du rideau devant la fenêtre un aspect sculptural. L’image évoque un moment vide auquel on ne sait quel sens donner, et l’imagination peut l’étirer jusqu’à un rideau de théâtre… une fenêtre sur le monde, une ouverture vers le connu ou l’inconnu.

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CARNETS DE L’OEIL n°04 : Perdre du temps pour en retrouver

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Ce matin, je n’ai pas le moral. Je suis stressé. Un dossier administratif en attente depuis des semaines m’obnubile. “Mais quand vont-ils enfin se décider à me répondre ?” me dis-je en me retournant dans mon lit. Les injonctions m’envahissent. “Je dois bosser, répondre au mail d’untel, payer le gaz…” Et au fond de moi je sens que toutes ces tâches ne seront pas pour aujourd’hui. La veille je me suis démené derrière mon ordinateur pour avancer dans la rédaction de mon livre. Aujourd’hui, j’ai besoin d’ancrage… je dois perdre mon temps pour en gagner.

Je finis d’avaler ma tasse de café, j’enfile une tenue adéquate, attrape mon appareil photo et saute dans ma voiture. Passé le nécessaire moment de pollution véhiculaire, je me retrouve le long de l’Ourthe dans un petit plan d’eau à l’écart du cours d’eau principal.

La nature m’accueille. Une libellule sur le chemin me salue et prend la pose au soleil. Quelques mètres plus loin, un héron semble me dire “ah… on t’attendait”. Je me faufile parmi les herbes touffues et me love dans un recoin discret, le long de l’eau. A peine arrivé, j’aperçois un castor se faufiler dans un fourré… Vraiment la matinée s’annonce sous les meilleurs auspices.

© Benoit Naveau

Soudain, un voyant s’allume sur mon appareil photo. C’est la batterie qui menace de me laisser tomber. Mais quand ? Dans dix, cinquante clichés ? Je décide de fonctionner à l’économie. Je ne déclencherai que lorsque ça en vaudra vraiment la peine.

Les minutes passent et mon stress se dégonfle comme un ballon de baudruche. J’entends le bruit du vent, les chants des oiseaux. Pas encore de martin-pêcheur à l’horizon mais il ne saurait tarder… Ah je l’aperçois d’un peu loin. Oui il est bien là, posé sur une branche… Il s’en va… Une heure passe. Je continue ma méditation, ma contemplation.

Une autre heure. J’hésite à plier bagage mais je sens qu’aujourd’hui j’aurai droit à un cadeau si je me montre patient. J’ai là, juste en face de moi, une branche qui rendrait envieux n’importe quel être vivant se sentant un tant soit peu martin-pêcheur. Je suis certain qu’il finira par s’y poser. Je le sens, là entre mon cœur et mes tripes.

© Benoit Naveau

Le récit serait moins beau s’il ne s’y était pas posé. Il s’y pose une première fois brièvement… Première série de photographies… Maudite feuille dans le champ.

Je me sens veinard et en verve… je prends mon téléphone et commence à rédiger la chronique que vous lisez en cet instant. Deuxième arrêt au même endroit…. Merci la nature… Une troisième et une quatrième visite. C’est un festival de martins-pêcheurs… Ma batterie tient miraculeusement. Je suis comblé. Et dans le même temps. Je vous ai écrit ces quelques lignes.

Vraiment, aujourd’hui il fallait que je perde du temps…

Benoît NAVEAU


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Plus de vie en Wallonie-Bruxelles…

CARNETS DE L’OEIL n°03 : Prendre rendez-vous

Temps de lecture : 3 minutes >

La pratique de la photographie animalière prend de multiples formes et méthodes. Parmi celles-ci, deux techniques principales sortent du lot. Soit le photographe part en balade pour découvrir ce que la nature a à lui offrir. C’est la billebaude. Soit il s’assied, se camoufle plus ou moins sommairement et attend. C’est l’affût.

Dans le cas de la billebaude, qu’importe l’endroit exact pourvu que le photographe parcoure une région propice. Il erre au gré de son envie et de son instinct. Pour un affût, la nécessité de passer plusieurs heures au même endroit pousse au contraire à anticiper au maximum. Heure d’arrivée, chemin d’accès, période de l’année, localisation et même angle de prise de vue, rien n’est laissé au hasard. Le photographe prend réellement rendez-vous avec la nature mais il ne sait jamais vraiment si elle va lui poser un lapin ou pas. Les grands photographes ne jurent que par cette technique de l’affût. Plus respectueuse de la nature, elle permet de prendre des clichés sans même que l’animal ne se doute de votre présence alors que la billebaude causera invariablement des rencontres inattendues qui se concluront par la fuite du sujet.

Ce matin-là, je pars en mode “affût”. Ça ne m’arrive pas souvent car il s’agit d’une sorte de quitte ou double cruel. On investit davantage d’énergie dans la préparation et dans l’attente ce qui peut amplifier proportionnellement la déception lorsque l’on revient bredouille. Je pars donc me poster pour tenter de photographier un martin-pêcheur. Cette petite flèche bleue a la vue particulièrement aiguisée et, s’il est capable de repérer un poisson à une grande distance, il ne manquera pas de vous repérer si vous êtes en mouvement. Le seul moyen de tirer son portrait est donc d’identifier une belle branche stationnant à quelques dizaines de centimètre de l’eau, de se planter à distance respectable et d’attendre qu’il vienne s’y poser. Bien sûr, choisir une heure matinale et un lieu propice augmentent fortement les chances de rencontre.

Je choisis pour cela un bel endroit à la biodiversité remarquable, les marais au pied du château de Colonster… Un espace de nature magique où les castors ont radicalement changé faune et flore en quelques années.

Je me couche sous les herbes, me recouvre d’un filet de camouflage. Et, Enfer ! le martin est déjà là. Mais trop près… à deux mètres de moi juste derrière de hautes herbes. Je tente de ne pas faire de mouvement brusque tout en orientant imperceptiblement mon objectif vers lui. Les herbes me gênent pour faire la mise au point. Une photo floue, une autre… Il me surprend, il s’envole. C’est fini.

S’écoule ensuite une très longue heure… je suis immobile, attentif aux mouvements dans mon champs de vision. J’ai l’espoir qu’il revienne pêcher dans les environs et en attendant, je passe mon temps en prenant quelques portraits de poules d’eau. Ah, il se pose… Un peu loin cette fois mais il ne m’a pas vu. Le bal de la pêche commence. J’observe pour la première fois de ma vie un martin-pêcheur à l’œuvre. Spectacle fascinant d’efficacité et de patience.

Le martin était finalement bien là au rendez-vous, je l’y retrouvai ensuite à plusieurs reprises mais le perdis de vue l’hiver venu.

Cher martin-pêcheur, vivement notre prochaine séance d’affût : toi attendant patiemment qu’un poisson passe à ta portée et moi que tu viennes te poser à proximité.

Benoît NAVEAU

© Benoît Naveau

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CADET : Sans titre (1974, Artothèque, Lg)

Temps de lecture : 2 minutes >

CADET Christian, Sans titre
(photographie argentique, 40 x 50 cm, 1974)

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Enseignant du secondaire et assistant à l’ULG (agrégé de chimie), Christian CADET  (1946-1988) développe une pratique autodidacte de la photographie et fréquente le club photo de Trooz et d’Angleur (enseigne la photographie par la suite).

Prise en 1974 en Ardèche, le photographe séjournait dans un petit village de la région. L’appareil utilisé est un Rolleiflex (négatif 4×4).

L’image résonne avec les images des années 70 et témoigne d’une liberté, d’un rapport au corps et d’une pratique de la culture qui ont évolué depuis. Si l’utilisation du noir et blanc concorde avec l’époque, elle résulte également d’un choix, et permet à l’artiste de travailler l’ombre et la lumière dans l’image pour rendre des tons de noirs dans l’image.

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Christian Cadet | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

GOFFIN : Sans titre (2013, Artothèque, Lg)

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GOFFIN François, Sans titre
(photographie, 40 x 40 cm, 2013)

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François Goffin © contretype.org

François GOFFIN est né en 1979, dans le Condroz. Il fait des études de photographie au 75 à Bruxelles, “mais ça démarre surtout après”, avec sa première exposition à la galerie Contretype à Bruxelles. Il expose la même année notamment au Centre culturel de Marchin et à la Biennale de la Photo d’architecture à La Cambre. En 2007, il prend part à l’exposition Et le bonheur ! (Biennale de photographie en Condroz) et expose au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris et au Museu de Arte Brasileira de Sao Paolo (Brésil) dans le cadre de l’exposition CO2 – Bruxelles à l’infini initiée par Contretype. En 2008, il remporte avec la série Réminiscence le Prix Médiatine 2008 et expose la série Les choses simples au Centre culturel de Namur. En 2009 paraît sa première monographie aux Editions Yellow Now. (d’après CONTRETYPE.ORG)

“L’air de rien, François Goffin fait ses images ; ou pour être plus précis, on peut dire qu’il les recueille sur le chemin d’une vie qui est la sienne. Mais ces choses vues, ces endroits, ces visages, regardent aussi les autres. […] Pour lui, ce sont les événements les plus normaux en apparence qui sont les plus étranges. Les plus sidérants, même. Dans ce travail, pas d’invention, de reconstitution, mais une attention nerveuse et joyeuse à ce qui est. Une image peut-être en effet regardée comme un seul vers de poésie, ou une petite phrase glanée au hasard d’un livre. Un seul regard pour de multiples résonnances spirituelles.” (d’après VINALMONT.BE)

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © François Goffin ; contretype.org | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

CARNETS DE L’OEIL n°02 : Reconnaître la beauté dans un océan de banalité

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Ce matin, le paysage liégeois s’est paré d’une fine couche de neige. Le soleil pointe son nez parmi les nuages. La météo est idéale pour une petite balade photographique.

J’attrape mon appareil photo et prends le chemin des coteaux de la Citadelle de Liège. Petit coin de nature aux beautés insoupçonnées, il accueille quantités d’oiseaux peu avares de leurs beautés mais pour la plupart des promeneurs, complètement invisibles. Beaucoup avancent d’un pas rapide, promenant leurs chiens. D’autres prennent soin de leurs corps lors d’un jogging matinal. Et d’autres encore se baladent en famille se demandant des nouvelles les uns des autres. Ils entendent bien pépier de ci de là mais sans se retourner. Sans se demander d’où provient ce chant mélodieux.

C’est normal, l’endroit est archi-connu et fait partie de notre routine quotidienne. Pourquoi encore se retourner ? C’est lors de nos vacances que nous nous asseyons pour admirer la vue, pas au détour d’un simple parc à deux pas de chez nous. Et pourtant, cet endroit si quotidien est chargé de beautés à la portée de chacun, mais mésestimées.

J’arrive au cœur des bois et ralentis le pas. Je m’adosse contre un tronc d’arbre et prends le temps de repérer l’origine des bruits qui m’entourent. Par-là, des mésanges se poursuivent dans les taillis, par ici des corneilles s’en prennent à une buse. Ah, j’aperçois un écureuil qui grignote une noix. Je tente de trouver un angle satisfaisant pour le prendre en photo. Je lutte avec mon autofocus qui semble prendre un malin plaisir à faire le point sur la moindre branchette entre moi et le petit mammifère. Trop tard, l’écureuil a fichu le camp. Belle rencontre mais qui n’aura pas de témoin.

Je reprends ma route et avance à pas de loup dans une petite sente moins fréquentée. Les pépiements redoublent d’intensité. Lorsque je repère une sittelle torchepot. Elle se pose et se balade nonchalamment sur un vieil arbre mort recouvert d’une fine pellicule de neige. Le soleil, la neige, un fond dégagé, pas de branchette énervante entre elle et moi. La photo est prise, l’oiseau s’envole. Ce jour-là, ce fut aussi de belles photos de rouges-gorges et de geais. Rien d’exceptionnel, je n’avais croisé ni un loup ni un tetra lyre… mais vraiment, la beauté était bien présente dans cet océan de banalité.

Benoît NAVEAU

IRSN : Sittelle (Sitta europaea, planche 11)

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CARNETS DE L’OEIL n°01 : Les rencontres inattendues

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La plupart des rencontres sont le fruit d’un pur hasard. Vous étiez venu tenter de photographier un oiseau quand se présente devant vous un tout autre type de bestiole. Ces rencontres me procurent la plupart du temps un grand choc émotionnel. Je n’étais pas préparé à rencontrer ce renard, presque en pleine journée, dans un endroit connu pour être le paradis des oiseaux (quoiqu’il doive y trouver son compte lui aussi).

Ce matin-là, je pars à la rencontre du gorge-bleue un petit migrateur qu’on ne rencontre qu’à la saison des amours, dans certaines réserves naturelles. Grandes étendues d’eau et joncs à profusion sont requis. Je me lève donc à l’aube, m’équipe de mon attirail de photographe : pantalon imperméable me permettant de m’asseoir par terre sans être trempé, veste de camouflage, appareil photo équipé de son téléobjectif. Je monte dans la voiture et parcours la petite demi-heure qui me sépare d’un endroit tout à fait étonnant : les bassins de décantation d’Hollogne-Sur-Geer. Ces anciens bassins servent à la purification de l’eau issue d’une râperie de betterave et offrent à une faune avicole bigarrée, bruyante et nombreuse, un espace de jeu de toute beauté. L’endroit est bien connu des photographes et nous nous retrouvons souvent une petite dizaine à écumer les lieux.

Arrivé sur place, je me positionne près des roseaux espérant voir mon Graal bleu apparaître. Une heure, puis deux ; je pars ensuite observer les bassins, tentant de récupérer mon coup par une photographie moins exceptionnelle de quelques canards. Quelques dizaines de clichés relativement ordinaires plus tard, je fais demi-tour et reprends le chemin de la voiture. Soudain, j’écarquille les yeux, quelle est cette forme qui bouge près des anciens tuyaux de circulation d’eau ? Un renard ? Mais il est déjà 10h du matin ! Comment est-ce possible ? En fait, ces questions je me les suis posées après. Je ne sais quel réflexe me fait tendre mon appareil et appuyer sur la détente tout en priant pour que la mise au point se fasse correctement. J’ai eu le temps de prendre sept clichés en six secondes, les données EXIF de mes photos faisant foi, avant que le renard ne disparaisse au détour du chemin. Six secondes, trois respirations, sept photographies et cinq pensées au moins (“abaisse toi pour ne pas lui faire peur“, “fais la mise au point sur ses yeux“, “est-ce que les iso ne sont pas trop élevés ?“, “ne tremble pas“, “refais la mise au point pour être sûr…”). Le renard est parti. Mes mains tremblent. J’ai une montée d’adrénaline. C’est la première fois que je prends la photographie d’un renard, enfin plutôt d’une renarde, en face-à-face. Je vérifie la qualité du cliché. Même si ce n’est pas ma meilleure photo, elle me plait, justement parce qu’il s’agissait d’une rencontre inattendue.

Et pourtant ? Était-ce si inattendu que cela ? N’est-ce pas justement cette surprise que le photographe espère vivre ? Attendre l’inattendu. Je me suis levé tôt, j’ai réservé du temps dans ma semaine, j’ai préparé mon matériel et je suis resté attentif à mon environnement jusqu’au dernier instant. C’est finalement cet état d’esprit qui me plaît. Le plaisir de se laisser surprendre. Une leçon de photographe et probablement une leçon de vie.

Benoît NAVEAU


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GRIGNET : Sans titre (2004, Artothèque, Lg)

Temps de lecture : 2 minutes >

GRIGNET Brigitte, Sans titre
(photographie, 36 x 36 cm, 2004)

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Brigitte GRIGNET (née en 1968) se tourne vers la photographie en 1998. Elle étudie alors avec Joan Liftin et Mary Ellen Mark à l’International Center of Photography à New York, où elle a vécu pendant 15 ans. En 2011, elle a été récompensée par une bourse de la Aaron Siskind Foundation aux Etats-Unis, pour le projet sur lequel elle a travaillé pendant 7 ans dans le sud du Chili, La Cruz del Sur, dans lequel elle s’attache à enregistrer un mode de vie amené à disparaître, avec ses structures sociales et ses traditions culturelles séculaires. Entre autres prix internationaux, elle est la lauréate d’une Magnum Emergency Fund Grant (2016) pour son projet Welcome, qui documente la réalité des mineurs non accompagnés en Belgique.

Brigitte Grignet raconte les histoires de personnes ordinaires et leur volonté indomptable de survivre des situations difficiles, leur quête continuelle afin de construire et vivre une vie digne et pleine de grâce. Ici, une charrette est immobilisée dans un gué. La scène se passe au Chili.

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Brigitte Grignet | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

FIS : 100 % naturel (s.d., Artothèque, Lg)

Temps de lecture : 2 minutes >

FIS Nadine, QR Code
(sérigraphie, 40 x 50 cm, s.d.)

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Nadine Fis © be.linkedin.com

Nadine FIS a étudié à l’Académie de Verviers. Elle a reçu le prix de la Ville de Verviers en 2006 pour la sculpture.

Cette œuvre s’inscrit dans une série de sérigraphies dont QR Code (autre œuvre de l’artothèque) fait partie. L’artiste explore ici la peau comme potentielle surface d’impression. Elle interroge la valeur non marchande du corps. La phrase “Wash with similar colors” (“Laver avec des couleurs similaires“) inscrite sur le bras du modèle, la typographie utilisée, et le sens des signes font référence aux étiquettes de nos vêtements. Se dessine une certaine ambiguïté entre le calme de l’image et la violence évoquée par certaines actions proposées par les instructions.

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Nadine Fis ; be.linkedin.com | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

Butors et triples buses : biodiversité inspirante en Wallonie-Bruxelles

Temps de lecture : 2 minutes >

Il était une fois un œil qui vivait avec un seul objectif : capturer la vie sans l’arrêter. Lors vint un jour où…” Quel régal vivifiant qu’il ne s’agisse pas ici d’un conte de fée (n’en déplaise au bon Henri Gougaud) mais bien d’une belle histoire : l’ami Benoît Naveau est cet œil aussi précis que généreux et le télé-objectif qu’il promène dans nos bois & buissons lui permet une capture douce de la vie comme elle s’offre, sans violence aucune.

Pourquoi ressent-on autant l’exaltation que le respect quand on est face aux Sittelles torchepot, aux Mésanges bleues (cfr. en-tête) ou aux Grimpereaux des jardins que Benoit nous partage sans réserve sur les réseaux sociaux et, désormais, dans wallonica.org également ? Peut-être ressent-on avec lui cet instant unique -qui ne sera pas le suivant- où il doit appuyer sur le déclencheur pour figer un avatar de la Grande Mère, cette nature biodiverse où nous vivons quelquefois comme des aveugles. Au moins, Benoît est-il borgne en ce pays de cécité, et les longs affûts qu’il impose à son œil unique inspirent le respect dû aux courageux qui prennent le temps de regarder, aux poètes dont le surplus d’humanité nous permet d’entrevoir plus que les faits divers.

Les “CARNETS DE L’ŒIL” formeront -dans wallonica.org– une série d’articles où nous avons choisi de tenter une expérience qui se veut originale. Chaque article naîtra d’un cliché de Benoît et sera un florilège des savoirs inspiré par celui-ci : poèmes, haikus (haikai ?), documentation scientifique, extraits et citations, topo du site, liens vers les sites et blogs de nos confrères qui ont également publiés sur le sujet de la photo, planches scannées du Fonds Primo de notre DOCUMENTA et, naturellement, vos contributions pertinentes… en veux-tu, en voilà. Cette page en sera la table des matières et chacun des articles offrira des hyperliens vers 11 autres articles de la série. Alors, avec nous, cliquez curieux !

Patrick Thonart


[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : rédaction et iconographie | auteur : Patrick Thonart | crédits illustrations : en-tête, © Benoît Naveau.


[en construction] Bio-diversons en Wallonie-Bruxelles…

CHARLIER : Novissima verba (2000, Artothèque, Lg)

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CHARLIER Jacques, Novissima verba
(impression offset, n.c., 2000)

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Jacques Charlier © Jasmine Van Hevel

Dès le début de sa carrière, Jacques CHARLIER s’inscrit dans les grands mouvements des années 1960, dont le Pop Art. Avec Marcel Broodthaers, il fréquente les galeries belges les plus en vue, imprégnées d’art minimal et conceptuel. Dès 1975, Charlier continue sa carrière seul.  Il interroge et remet en question  avec humour le système de l’art. Il s’approprie tous les médias : la peinture, la photographie, l’écriture, la BD, la chanson, l’installation. Il se met en scène en personnage flamboyant et joue avec les codes de la publicité et des médias. (d’après MAC-S.BE)

Jacques Charlier reprend la composition d’une œuvre très célèbre de Félicien Rops : Pornocratès. L’œuvre de Rops présente une femme quasi nue, les yeux bandés, tenant en laisse un cochon, qui semble la guider d’un pas conquérant. L’interprétation de Charlier à libéré le cochon et c’est la femme qui en a repris la pose victorieuse, laissant libre cours à maintes interprétations… La photographie a été réalisée par Laurence Charlier.

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Jacques Charlier ; Jasmine Van Hevel | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

LEDURE : Sans titre (2013, Artothèque, Lg)

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LEDURE Elodie, Sans titre
(série “Apnée”)
(photographie, n.c., 2013)

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Elodie Ledure © Babelio

Photographe liégeoise née en 1985, Elodie LEDURE conjugue dans son travail personnel une forte attirance pour les beautés incongrues du paysage et l’expression d’un sentiment singulier face aux volumes, au bâti, à l’environnement construit. […] Elle a résidé en Suisse et en République tchèque, tâté de la photographie de plateau et de la presse d’actualité. Exposée régulièrement en Belgique, en France (Festival Circulations), aux Pays-­Bas, elle signait en 2014 avec Apnée“, chez Yellow Now, son premier livre personnel, peu de temps après avoir achevé une imposante mission sur l’architecture à Liège (éd. Mardaga). (CONTRETYPE.ORG)

“Sous ses dehors francs, le travail d’Élodie Ledure est un labyrinthe. Il faut se donner le temps de la réflexion et tenter de trouver, dans une intuition somnambule, la clé des doutes, leur résolution paisible, le grand dehors au bout des tunnels. […] Une façon de se déceler intimement, de se rencontrer soi dans la contemplation du monde externe, dans toute la fascinante opacité de ses apparences, de ses énigmes de surface, dans l’illusion de sa profondeur – mais toujours orientée par l’appel de l’air libre.” (Emmanuel d’Autreppe)

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Elodie Ledure ; Babelio | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

POHORYLLE, Gerda dite Gerda TARO (1910-1937)

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Son travail a longtemps été éclipsé par celui de son célèbre compagnon : Robert Capa. Militante antifasciste et photographe de guerre, Gerda TARO a couvert la guerre civile espagnole. Morte jeune, elle a sombré dans l’oubli, avant que son travail ne soit redécouvert en 2007.

Longtemps son travail est resté inconnu. Née le 1er août 1910, en Allemagne, Gerda Pohorylle fuit son pays quand Hitler arrive au pouvoir. Arrivée en France, elle rencontre, en 1934, le photographe hongrois Endre Ernő Friedmann, dont elle devient la compagne. Avec lui, elle se met à la photographie, mais leurs photos se vendent mal. Elle invente alors son personnage : Endre Ernő Friedmann devient ainsi Robert Capa, le photographe américain, plus chic et plus mondain que son alter ego. Elle choisit pour elle même le pseudonyme de Gerda Taro.

Une militante antifasciste

Ensemble, les deux compagnons couvrent la guerre civile espagnole aux côtés des troupes républicaines. Robert Capa y prend la photo qui lui vaut sa renommée, intitulée Mort d’un Soldat républicain.

Militante antifasciste, Gerda Taro peine à se faire un nom et reste dans l’ombre de son compagnon. En 1936, elle part couvrir, seule, le bombardement de Valence.

Le 25 juillet 1937, alors que Robert Capa est rentré en France, Gerda Taro meurt écrasée, par accident, par un char républicain. Son enterrement, le 1er août 1937 en France réuni plusieurs milliers de personnes, dont Pablo Neruda et Louis Aragon, qui prononcent son éloge funèbre.

“Ce qui est pire que la mort c’est la disparition”

En 1938, Robert Capa publie un livre en sa mémoire, qui réunit des clichés qu’ils ont réalisés ensemble, sans toutefois qu’il soit fait mention de leur véritable auteur, comme le rappelait François Maspero, auteur de l’ouvrage L’Ombre d’une photographe, Gerda Taro, en 2006 dans l’émission Du Jour au lendemain :

Gerda Taro, c’est pire qu’un effacement. […] Ce qui est pire que la mort c’est la disparition. Or effectivement, à un moment Gerda Taro a disparu de la mémoire. On a beaucoup accusé Capa, qui était son compagnon, et qui tout de suite après la mort de Gerda Taro a publié un livre d’hommage qui s’appelle “Death in making”, La Mort en action, et ce livre est signé Robert Capa et en sous-titre “Photos de Robert Capa et Gerda Taro”. Ensuite il y a toute une série de photos et personne ne sait lesquelles sont de Taro et lesquelles de Capa. Mais tous les versos des tirages qui sont déposés dans les agences de photo, particulièrement chez Magnum, portent la mention Gerda Taro et cette mention est soit rayée, soit superposée pour être remplacée par “Copyright Robert Capa, Magnum”.”

Il faut attendre 2007 pour que le travail de Gerda Taro soit redécouvert : dans une valise retrouvée à Mexico, 4500 négatifs de la Guerre d’Espagne sont retrouvés. Ils sont de Gerda Taro, Robert Capa et David Seymour, et permettent de reconsidérer le travail réalisé par la photographe de guerre, la première à avoir trouvé la mort lors d’un conflit.
d’après RADIOFRANCE.FR

Nous sommes en mai 1937, à Valence, qui vient d’être bombardée. Gerda Taro y photographie à la fois la ville et les gens. Cette photo-là est prise à l’extérieur de la morgue de Valence, collée à l’hôpital. Des gens attendent de savoir ce qu’il est advenu de leurs proches.

C’est le regard de cette femme qui me touche. Elle regarde Gerda Taro, elle nous regarde nous aussi. Dans ce regard, on sent la dureté de la guerre qu’elle subit. Comme si elle nous permettait de nous plonger dans ces journées terribles et de comprendre ce qu’est la guerre quand on ne la vit pas. La guerre, c’est aussi l’attente, l’inquiétude.

Ce cliché provient des négatifs que l’on a retrouvés dans les années 90 dans “la valise mexicaine”, dans laquelle étaient soigneusement archivés des milliers de négatifs pris pendant la guerre d’Espagne par Capa, Taro et Chim [le pseudo de David Seymour, ndlr].

En regardant le déroulement des négatifs sur lesquels figure ce cliché, on comprend comment Taro travaille : elle passe devant cette grille, prend plusieurs photos avec son Leica, et à un moment donné, elle passe en vertical pour prendre cette photo. Elle cherchait le bon cliché et elle en est contente. Elle passe ensuite à autre chose.

Cette photo montre l’évolution professionnelle de Gerda Taro. Elle est un peu plus aguerrie, et c’est un reportage qu’elle fait seule, sans Robert Capa. Cette photo est choisie pour faire la une du magazine Regards, dans un reportage qui sera crédité sous son nom. Elle est aussi publiée dans le journal Ce soir, le quotidien communiste fondé en 1937 par Aragon. La photo y est intitulée Le martyre de Valence.

lire l’article complet sur TELERAMA.FR


[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation, correction et décommercialisation par wallonica.org | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : image en tête de l’article : Gerda Taro © Robert Capa ; © Gerda Taro


Plus d’arts des médias en Wallonie et à Bruxelles…

COUPRA, Ivan dit VANO (1947-2018)

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Né en 1947, Ivan Coupra grandit à Sinnamary. Il se forme à la photographie à l’École Louis Lumière, à Paris. À son retour au pays, il prend le nom de Vano.

En 1976, Vano ouvre un studio à Cayenne. Il y voit défiler tous les habitants du département qui viennent se faire tirer le portrait. Il se déplace pour photographier les mariages et les communions. Alliant l’œil photographique qui capte un regard à un véritable doigté d’artisan qui peaufine ses tirages lors du développement, la collection de portraits de Vano est exceptionnelle et intense.

En 1989, Vano ferme son studio à Cayenne et devient le photographe officiel du Conseil régional. Il suivra son cousin Élie Castor lors de tous ses déplacements sur le territoire et dans l’Hexagone. Le photographe découvre la Guyane des communes isolées, accessibles uniquement en pirogue. La création de dispensaires dans ces villages éloignés le marque fortement. En arpentant ainsi le territoire, Vano devient également le témoin d’une Guyane en pleine métamorphose.

Vano abandonne la photo avec l’arrivée du numérique. Il quitte ce monde en juin 2018. Plus de 13 000 négatifs reflètent sa prolifique carrière et constituent un patrimoine précieux pour la Guyane.

d’après LA1ERE.FRANCETVINFO.FR


S’il a passé sa vie à mettre les autres en lumière, Vano, lui, préfère rester dans l’ombre. Car Ivan Coupra de son vrai nom est un grand timide qui ne se montre plus guère et déteste (faire) parler de lui. “On m’a demandé d’apparaître à la télévision, souffle-t-il au moment de nous recevoir chez lui, dans le quartier de la Madeleine à Cayenne. Mais ça, jamais ! Je me suis toujours caché derrière un appareil photo. Je faisais ce que je voulais de mes modèles. Je me sentais fort…

Avant notre entretien, il prévient aussi Muriel Guaveïa, la co-directrice des Rencontres photographiques de Guyane : “Jeudi (lors du vernissage, ndlr), je ne ferai pas de discours. Sinon, je ne viendrai pas. Mes photos parlent pour moi.” Tout est dit ? Pas vraiment. Car lorsqu’il se sent en confiance, Vano devient bavard. Intarissable même.

Né à Cayenne en 1947, le jeune Ivan est un artiste né. “On ne devient pas photographe, confie-t-il. On naît photographe. C’est un don je crois.” Le jeune homme refuse de reprendre la bijouterie de son père mais, devant l’insistance de son oncle, part suivre des études d’optique dans le Jura. Quand il revient en Guyane, il est embauché chez le seul opticien de Cayenne, Robez Masson. “Je montais les verres dans l’arrière-boutique, se souvient-il. Et puis un jour, on m’a demandé si je voulais faire les photos d’identité.”

Le déclic est immédiat. Car depuis qu’il a vu le film Z, avec Yves Montand, Vano a un rêve secret. “Il utilisait un Nikon à moteur et je me suis dit qu’un jour, j’en aurai un aussi. J’adorais ce bruit clac clac clac clac” (il tente de reproduire le son émis par le moteur). Le photographe restera d’ailleurs toujours fidèle à cette marque d’appareil.

Portraitiste, le Cayennais immortalise la société guyanaise dans ce qu’elle a de vrai, de simple, de beau. Quand son cousin Elie Castor accède à la présidence du conseil général, Ivan en devient le photographe officiel. Et se rend régulièrement à l’Assemblée nationale ou accompagne François Mitterrand au sommet de Rio. Personne n’échappe alors à son objectif. Dans ses rêves les plus fous, Vano est toujours photographe. Mais aujourd’hui, ses anciens appareils sont exposés chez lui, comme dans un musée (une collection impressionnante comprenant même un appareil en bois datant du XIXe siècle). On y trouve aussi ses portraits fétiches et une vitrine abritant de vieux films ainsi que sa carte de presse. “J’ai arrêté, dit-il. Je déteste le numérique, c’est trop facile. Avant, la photographie était une véritable science. Mais je ne regrette rien, j’ai eu beaucoup de chance. “

d’après FRANCEGUYANE.FR


[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation, correction et décommercialisation par wallonica.org | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Vano 


Plus d’arts des médias…


VANGOR : La Louve aux pieds bleus (2014, Artothèque, Lg)

Temps de lecture : 2 minutes >

VANGOR Sofie, La Louve aux pieds bleus  

(technique mixte, 59 x 26 cm, 2014)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

© Sofie Vangor

Sofie VANGOR est née en 1981. Sa mère était collagiste, peintre et graveur. Son père était également plasticien et, influence de leur duo artistique oblige, “entré en gravure”, lui aussi. Ses œuvres, il les imprimait en pressant son corps contre des annuaires téléphoniques. Pour Sofie, cette technique plutôt atypique ressemble étrangement à une première immersion dans cet esprit “corps à œuvre” qui va, par la suite, devenir le fil rouge de son parcours artistique. Dès 14 ans, elle étudie la peinture, la gravure et l’image imprimée à l’Académie des Beaux-Arts de Liège. Membre du collectif La Poupée d’Encre, elle est aussi enseignante et assistante en gravure à l’Académie des Beaux-Arts de Liège. Ce statut, elle en parle comme d’une respiration au milieu d’un travail autobiographique intense et percutant. (d’après WAWMAGAZINE.BE)

En octobre 2012, Sofie Vangor donne naissance à deux jumeaux prématurés. D’un jour à l’autre, Sofie Vangor plonge dans un univers inconnu, loin de son travail de plasticienne. Cette fois, il s’agit de mener une bataille pour la survie de ses enfants. Et si cette lutte pour la vie ne lui laisse ni le temps, ni l’énergie de créer, l’artiste va tout de même remplir des carnets, sorte de traces écrites de ces 90 jours entre parenthèses, 90 jours de “peau à peau” avec ses enfants. Cette expérience a finalement donné naissance à une exposition qui mêle les peintures, gravures, broderies et vidéos de l’artiste et les installations d’autres femmes : 90 jours, une nouvelle vie. Cet autoportrait de l’artiste porte un masque de louve, qui évoque l’instinct maternel, dans son aspect le plus sauvage. (d’après WAWMAGAZINE.BE

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Sofie Vangor | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

JAUNATRE : Manu (2011, Artothèque, Lg)

Temps de lecture : 2 minutes >

JAUNATRE Ludovic, Manu
(photographie, 70 X 57 cm, 2011)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Ludovic Jaunatre © letelegramme.fr

Né à Nantes en 1974, Ludovic JAUNATRE a été diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles en 2013. Il a notamment exposé à la galerie Satellite à Liège en 2014. Ludovic Jaunatre mène ses recherches plastiques à travers diverses actions où la photographie tient une place centrale mais se décline sous forme d’expositions évidemment, mais aussi de livre auto-édités, de diaporamas ou encore dans le cadre de Wilderness, un projet collectif, mené à l’occasion de la “nofound photo fair”, à Paris. (d’après GALERIESATELLITE.WORDPRESS.COM)

Ludovic Jaunatre semble poursuivre une quête qui l’amène, série après série, à tenter de s’approcher des relations entre la nature humaine et la nature tout court. Le portrait et le paysage sont omniprésents dans son travail, toujours se répondant dans la continuité d’une énigme silencieuse et d’une parenté étrange. La simplicité du portrait de Manu (fond blanc, peau blanche, crinière de cheveux roux, frontalité), loin de l’appauvrir, renforce encore la force plastique de cette photographie. (d’après GALERIESATELLITE.WORDPRESS.COM)

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ROUBAUD, Alix Cléo (1952-1983)

Temps de lecture : 12 minutes >

Alix Cléo ROUBAUD est née à Mexico en 1952. Fille d’un diplomate et d’une peintre, elle a voyagé toute son enfance avant d’étudier la psychologie, la littérature, l’architecture et la philosophie à Ottawa, puis à Aix-en-Provence. Elle pratique la photographie en amateur, de façon occasionnelle avant de progressivement se diriger, vers une vraie recherche esthétique.

Sa carrière photographique est très brève, l’essentiel de sa production est concentré sur quatre années, les dernières de sa vie, de 1979 à 1983, puisque, souffrant depuis son plus jeune âge de problèmes respiratoires, elle meurt à 31 ans d’une embolie pulmonaire.

600 tirages, souvent uniques

Elle a laissé 600 tirages argentiques que son mari, le poète Jacques Roubaud, à donnés à de grandes institutions, dont la BnF mais aussi la Maison européenne de la photographie, le Musée national d’art moderne, la Bibliothèque municipale de Lyon et le Musée des beaux-arts de Montréal.

Pour Alix Cléo Roubaud, l’important ce sont les tirages : dès qu’elle a obtenu le résultat souhaité, c’est-à-dire celui qui est en adéquation avec l’émotion ressentie, elle détruit les négatifs. Avec ces tirages, qu’elle fait elle-même, elle veut ranimer une sensation, un souvenir. “La destruction du négatif sera un garde-fou contre la tentation d’approcher à nouveau le souvenir du monde que la photographie enferme“, écrit-elle.

Des souvenirs qui s’effacent dans le blanc du papier

Ces épreuves uniques, donc rares, c’est elle qui les a faites. Dans la chambre noire, elle se livre à une multitude d’expérimentations, utilisant plusieurs négatifs en surimpression, dédoublant un même personnage (souvent elle-même), dessinant des traits avec un faisceau lumineux. Les contours de l’image s’estompent parfois progressivement dans le blanc, pour marquer l’effacement du souvenir, comme dans ces photos d’enfance qu’elle a rephotographiées pour les retravailler. Ailleurs, c’est dans l’obscurité que les figures s’enfoncent.

Faire sentir que ce n’est pas le réel

En 1980, Jean Eustache tourne Les photos d’Alix, où elle parle de son travail au fils du réalisateur. Dans le court-métrage qui décale subrepticement les commentaires des images, Alix Cléo Roubaud explique qu’elle fait des contretypes “pour avoir une photographie plus photographique, plus éloignée de la réalité, pour bien faire sentir que c’est une photographie et pas le réel.

Le champ de ses explorations photographiques, c’est essentiellement l’intime, souvent la chambre, dernière chambre d’adolescente chez ses parents, ou les chambres d’hôtel où elle capte son reflet et celui de son mari dans une glace. Celui-ci, elle nous le montre sur la même image, allongé à lire et assis en reflet juste à côté, créant un climat étrange. Dans ces chambres, elle nous fait voir sa vie amoureuse, sans excès d’impudeur.

Correction de perspective dans ma chambre © Alix Cléo Roubaud
Une vie en sursis

L’autoportrait, souvent nu, est un des thèmes récurrents de son œuvre. Son corps est malade : depuis petite elle souffre d’asthme aigu et se sent menacée par l’obscurité et la mort. Elle crée sa série 15 minutes la nuit au rythme de la respiration allongée avec l’appareil photo sur sa poitrine souffrante. Elle y saisit des cyprès en vitesse lente, l’obturateur fixé à 15 minutes, en impliquant tout son corps dans la prise de vue. Dans sa série Si quelque chose noir elle imagine sa mort : dans une pièce dépouillée, elle se tient nue, se dédouble, s’allonge au sol, se revoit petite fille… La série, conçue comme un haiku, est accompagnée d’un texte aussi important que les images.

La photographie indissociable de l’écriture

Car l’écriture est une part importante de la création d’Alix Cléo Roubaud, elle est indissociable de sa pratique photographique. Pendant des années, elle a écrit son journal, dont une partie a été publiée par son mari après sa mort (Journal 1979-1983) où elle parle de la photographie. Et des textes accompagnent souvent ses images ou en font même partie, manuscrits ou tapés à la machine, photographiés et intégrés en surimpression.

Ses photos ont peu été montrées de son vivant et après sa mort, même si elle a participé à une importante exposition à Créteil en 1982 et si la série Si quelque chose noir était à Arles en 1983 […].

d’après FRANCETVINFO.FR


Quinze minutes la nuit au rythme de la respiration © Alix Cléo Roubaud

Tiré épreuve des cyprès de St-Felix. Prise la nuit avec ouverture de 01-15 minutes. Légère oscillation de bas en haut de l’appareil due sans doute à ma respiration.

(Journal, Alix Cléo Roubaud, le 20 novembre 1980)


Ce sont les mots employés par Alix Cléo Roubaud au sujet de sa photographie 15 minutes la nuit au rythme de la respiration. Ce cliché où nous peinons à discerner le paysage en raison de son flou résulte de la respiration de l’artiste. Elle se serait allongée nue face à ces cyprès, laissant l’appareil ouvert plusieurs minutes en le posant sur sa poitrine. Véritable “autoportrait par le souffle” d’après Héléne Giannecchini, ce cliché nous invite à entrer dans l’intimité de l’artiste en nous dévoilant, d’une manière assez inédite, son corps malade. Depuis son plus jeune âge elle souffre d’asthme aigu, des problèmes de santé qui la condamnait à mourir précocement, elle s’éteindra à l’âge de ses 31 ans suite à une embolie pulmonaire. Bien plus qu’une simple photographie d’un paysage flou, “ce saisissant paysage bougé réunit le vécu de la photographe (Alix Cléo Roubaud allongée par terre face à une haie de cyprès) et ses réflexions conceptuelles”. Le travail d’Alix Cléo Roubaud est marqué par des réflexions liées à sa pratique photographique mais aussi par des réflexions sur le temps, le corps et la mort, thèmes abordés tout au long de son œuvre. 

L’artiste est une grande lectrice de Benjamin et cela se ressent au sein même de sa pratique photographique. Pour reprendre les termes de Benjamin dans l’œuvre à l’époque de sa reproductibilité technique, les clichés de l’artiste possèdent une aura importante étant donné qu’ils sont uniques. Le tirage de son positif une fois réalisé, elle détruit le négatif, ne laissant ainsi qu’une seule version du positif. Elle prend et développe ses clichés un peu à la manière qu’avaient les impressionnistes de peindre leurs tableaux : en teintant la réalité de sa vision. C’est donc par et à travers la photographie que l’artiste nous transmet et nous partage ses émotions et ses réflexions. D’abord à travers le corps, et plus particulièrement le sien, qui prendra une place importante dans son travail. Elle se mettra en scène, souvent nue, dans plusieurs de ses séries d’autoportraits.

Cela n’est pas sans rappeler le travail d’une autre jeune femme photographe morte précocement elle aussi : Francesca Woodman, pratiquant elle aussi l’autoportrait de nu. Tout comme Roubaud, Francesca Woodman menait également des réflexions sur la technique photographique et l’écrit. Son corps pouvait apparaître comme un spectre au milieu d’espace en décrépitude. À travers leurs corps les deux artistes, marquées par un destin tragique, nous font part de leur féminité, de leur sensualité et parfois même de leur érotisme, mais aussi de quelque chose de plus sombre : la maladie (que ce soit l’asthme d’Alix Cléo Roubaud ou bien la dépression de Francesca Woodman). Un peu à la manière dont le corps pouvait être considéré pendant la Grèce Antique, le corps peut être ici considéré comme une idole : on ne voit pas seulement son corps nu, son corps fait appel à quelque chose qui le dépasse et nous pousse à nous interroger sur le temps et la mort. Que son corps paraisse tantôt fantomatique car translucide, tantôt dupliqué ou qu’il soit suggéré par les traces du mouvement qu’il laisse comme pour le cliché 15 minutes la nuit au rythme de la respiration, il sera intégré de manière atypique.

Habituellement, excepté pour les autoportraits, le corps cherche à s’effacer. On essaie d’éviter l’impact que peut avoir le corps du photographe dans la prise de vue, or ici c’est tout le contraire, c’est même son corps évoqué par le souffle qui est le sujet premier dans la série 15 minutes la nuit au rythme de la respiration. Michaux faisait remarquer qu’il ne suffisait pas d’enlever ses habits pour faire du nu mais que le nu était “une technique de l’âme”. Ce qui compte alors dans ses photographies de nus ce n’est peut-être pas tant ce que l’on peut voir que ce que cela évoque en excès : son âme, son intimité, ses réflexions.

Ce n’est pas une coïncidence d’utiliser le médium qu’est la photographie car ce dernier possède un lien privilégié en ce qui concerne les réflexions sur le temps et la mort. La photographie “c’est l’endroit où la « culture » rencontre la « nature » (mort, temps, sacré, sexe), mettant au jour des expériences auxquelles toutes les cultures se confrontent sous des guises diverses”. La photographie d’Alix Cléo Roubaud est témoin du temps qui passe, en laissant l’appareil ouvert elle réussit à obtenir des clichés emplis de mouvements. Cette question du temps qui passe et qui s’écoule fait forcément appel à une réflexion sur la mort. Roland Barthes et André Bazin développent une pensée du présentisme. D’abord avec André Bazin considérant d’une part que la photographie est objective car ne fait pas intervenir l’homme et, d’autre part, que c’est une représentation absolument ressemblante au réel. Avec la photographie ce n’est plus la main humaine qui va peindre la réalité, mais c’est la réalité elle-même qui va s’imprimer sur la pellicule. André Bazin parlera d’un “transfert de réalité de la chose sur sa reproduction” qu’on ne peut trouver ni dans la peinture, ni dans la sculpture et faisant ainsi la spécificité de la photographie. Puis avec le “ça a été” développé par Roland Barthes attestant du fait que si une chose est présente sur la photo c’est qu’elle a bien existé et qu’au moment de la prise était présente. 

Autoportrait © Alix Cléo Roubaud

En ayant bien ces conceptions en tête nous allons questionner le rapport qu’a la photographie notamment avec la question de la mort. Dans La Photographie au service du surréalisme,Rosalind Krauss disait :

Car la photographie est une empreinte, une décalcomanie du réel. C’est une trace – obtenue par un procédé photochimique – liée aux objets concrets auxquels elle se rapporte par un rapport de causalité parallèle à celui qui existe pour une empreinte digitale, une trace de pas, ou les ronds humides que des verres froids laissent sur une table. La photographie est donc génétiquement différente de la peinture, de la sculpture ou du dessin. Dans l’arbre généalogique des représentations, elle se situe du côté des empreintes de  mains, des masques mortuaires, du suaire de Turin, ou des traces des mouettes sur le sable des plages.

Rosalind Krauss, Photography in the Service of Surrealism

Les analogies ici développées, et plus particulièrement celle du masque mortuaire, montrent bien le rapport étroit qu’entretient la photographie avec la mort. Par ailleurs, le travail d’Alix Cléo Roubaud puise, entre autre, son inspiration dans la poésie médiévale japonaise : le Rakki Taï. Le Rakki Taï  est un genre poétique s’évertuant à dompter ses démons et la mort. Elle écrira dans son Journal à ce sujet : 

« style du double » dans la poésie médiévale japonaise art visant à dompter ses démons, ruser avec la mort

« oeuvre de l’ombre »

devait montrer la « doublure des choses (…) à la fois l’instant qui précède ou qui succède à la photo, qu’on ne voit pas ; elle est donc l’image de notre mort. Ces choses pourraient ne pas être là, après tout : mais moi non plus, et avec moi, disparaître le monde – telle est la folie de la photographie »

Alix Cléo Roubaud, Journal

Si on s’attarde encore un peu sur André Bazin, la photographie serait un moyen de combattre la mort par le procédé photographique lui-même. La photographie aurait ce pouvoir d’arracher au temps quelque chose de la présence des êtres. On chercherait  à fixer artificiellement les apparences charnelles de l’être, d’où le développement du “complexe de la momie” chez André Bazin puisque “fixer artificiellement les apparences charnelles de l’être, c’est l’arracher au fleuve de la durée : l’arrimer à la vie”. La photographie serait quelque part la création d’une effigie permettant de garder en vie l’être présenté en photo. Cela Roubaud l’a bien compris, elle sait qu’elle va mourir.

je vais mourir.
Tu vas me perdre, mon amour.
Je n’ai aimé que toi.
Je mérite la mort. Je mérite la mort, stupide, inutile, amoureuse.
Tu me verras morte Jacques Roubaud.
On viendra te chercher.Tu identifieras mon cadavre.
Tu ne sais rien de Dieu.
prépare-toi à ma mort.
tu m’aimes pour les raisons de la vie
sottement tu oublies les raisons de la mort.

Alix Cléo Roubaud, Journal

Ce rapport qu’a la photographie avec son référent est cependant à nuancer. Les théories de Barthes et Bazin posent en axiome la photographie comme garante d’une représentation juste du réel, d’un prélèvement de ce dernier. De ce point de vue, la photographie est une trace du réel et possède un rapport indiciel au sens où on l’entend dans la sémiotique de Peirce. Les signes indiciels sont des “traces sensibles d’un phénomène, une expression directe de la chose manifestée. L’indice est prélevé sur la chose elle-même. L’indice existe du seul fait qu’une trace a été produite par un événement”, typiquement il n’y a pas de fumée sans feu, la fumée atteste de la présence du feu. Appliqué à la photographie cela revient à dire que ce qui est sur l’image “a été”. Mais cette théorie pose un problème : cette relation indicielle qu’a la photographie avec son référent ne peut être comprise comme telle que lorsque cette relation laisse la place à un interprétant qui “peut se rapporter à l’objet non pas directement mais par l’image obtenue de lui par enregistrement. Mais s’en tenir à cela, c’est s’en tenir à un point de vue strictement objectif.”

C’est ici que se pose le problème, la personne regardant la photographie peut évacuer cette relation indicielle et considérer l’image pour elle-même sans la faire fonctionner comme indice : “ll est parfaitement possible que quelqu’un qui regarde des images photographiques se moque de les faire fonctionner comme des indices, se contentant de les considérer comme des images, c’est-à-dire des icônes. On peut en effet regarder des images photographiques en suspendant toute considération relative à l’existence de son objet, pour ne considérer que son image. C’est ce que tout un chacun fait du reste avec la plupart des images photographiques qui ont pour fonction de communiquer ou d’illustrer.” Et même si la personne regardant cette image s’évertue à faire fonctionner cette relation indicielle, l’objet auquel se réfère l’image ne peut pas être atteint en tant que tel mais seulement par le biais de son image : “rien ne garantit que ce qu’on identifie dans l’image corresponde réellement à ce qui a été photographié. La photographie n’atteste pas mes propres identifications, mais seulement que quelque chose a été photographié. Or si absolument rien ne permet d’assurer la coïncidence entre ce que je tiens pour l’objet de la photographie et son référent réel, la relation indicielle est non seulement incertaine du point de vue cognitif, mais elle est plus radicalement une relation qui vise un objet qu’elle n’atteint jamais, du moins tel qu’elle le devrait : directement comme l’objet réel qui a réellement affecté la surface sensible d’un appareil photo.” 

Autrement dit c’est par la personne qui regarde une image que l’une ou l’autre des relations vont être activées. La perception d’une dimension indicielle n’est pas posée par la nature de la photographie même, elle nécessite une contextualisation en dehors de l’image elle-même. La photographie n’est donc jamais purement et strictement indicielle, pour lui donner un sens il faut la contextualiser : cette “preuve ou empreinte ne sont pas des objet autonomes : elles ne deviennent des traces qu’en vertu d’un rapport sémiotique établi par l’enquête, qui reconstitue la corrélation effacée par la disparition de la cause.” La définition ontologique de l’image, défendue par Bazin et Barthes, est ici abandonnée au profit d’une définition plus contextuelle voire psychologique. 

Si quelque chose noir © Alix Cléo Roubaud

Pour en revenir à l’œuvre d’Alix Cléo Roubaud, les écrits ajoutés à ses clichés permettent une contextualisation de ses images et leur donnent davantage de sens. On oscille entre ce rapport indiciel, car oui, Alix Cléo Roubaud a bien été (en atteste les écrits d’elle et de son mari, Jacques Roubaud), mais le caractère fictionnel s’ajoute et embellit le réel, notamment dans la mise en scène de ses clichés où son corps se fait double, translucide et où il prend toute sa portée en rapport avec ses écrits et la connaissance de son vécu. Car à travers ses œuvres elle défie la mort qui l’attend.

Comme nous l’avons remarqué plus haut, le nu photographique dans la démarche d’Alix Cléo Roubaud n’est pas anodin, la mise en scène de sa propre mort dans certains de ses clichés est aussi une autre manière de combattre la mort, de la contrôler, de se l’approprier : “la mort, évoquée et vécue à travers l’image, est soustraite au régime arbitraire de la nature pour être soumise à l’ordre humain.” “Dans la mesure où elle est représentée”, rappelait Fornari, “elle n’obéit plus aux lois de la nature mais aux désirs des hommes.” A ce juste titre, Roland Barthes écrivait dans sa chambre claire que la photographie est “un futur antérieur dont la mort est l’enjeu”. En plus de combattre la mort et l’angoisse que cela peut générer chez l’artiste, ses clichés vont devenir, à la manière du mythe de Dibutades, l’ombre qui restera d’elle pour consoler son mari. En plus du médium photographique suggérant un rapport avec la mort, cette dernière est évoquée de manière poétique dans toute son œuvre : tantôt apparaissant comme une ombre, tantôt comme un spectre de lumière. Paradoxalement nous pouvons dire que ses clichés sont pleins de vie. En effet, le mouvement est omniprésent dans ses œuvres, or quel était le meilleur moyen à l’époque des photographies post mortem d’attester qui était vivant sur une photo ? Le mouvement. Le mouvement atteste de la vie, il anime le corps.

Quoi qu’il en soit, l’oeuvre d’Alix Cléo Roubaud, que ce soit à travers son oeuvre photographique ou ses écrits, nous permet de rentrer dans l’intimité de l’artiste et de saisir les enjeux et les réflexions philosophiques qu’une telle pratique peut susciter. La photographie comme médium semble ici avoir une importance cruciale concernant les questionnements autours du temps, du corps et de la mort, ce que beaucoup de spécialistes de la photographie tenteront d’éclaircir. Alix Cléo Roubaud nous apporte sa propre conception de ces thématiques en mettant son art au service de ses réflexions.

d’après VOIRETPENSER.HYPOTHESES.ORG


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Plus d’arts des médias…

Il y a 100 ans, la retouche des portraits avant Photoshop

Temps de lecture : 4 minutes >

Vous pensiez que la retouche des portraits est liée à l’arrivée de Photoshop ? Détrompez-vous ! L’art d’embellir les photos de portrait existe depuis les débuts de la photographie, comme en témoigne un manuel d’apprentissage, publié il y a plus d’un siècle.

L’embellissement des portraits bien avant l’arrivée de l’informatique

Publié en 1909 par l’American School of Art and Photographie, la Bibliothèque complète d’apprentissage autodidacte de la photographie compte un total de 10 volumes à destination des apprentis photographes. L’ouvrage aborde de manière concrète tous les volets de la photographie de l’époque, tant pour la technique photographique que pour l’étude des sujets.

Ainsi, le 10ème et dernier ouvrage de cette collection s’attarde sur la retouche des négatifs. En quelques 43 chapitres, il aborde les différentes techniques utiles pour supprimer les imperfections et embellir les photographies de portrait en retouchant les contours du visage, les lèvres, le nez et les sourcils, etc.

La retouche des portraits : une demande bien réelle

L’introduction de l’ouvrage s’avère intéressante, car elle explique comment les évolutions techniques de la photographie ont engendré une demande de retouche des portraits. “En livrant votre travail à vos clients, vous ne leur remettez pas les négatifs, mais un tirage réalisé à partir de ces négatifs.”

Dans les premiers temps de la photographie, lorsqu’étaient utilisées les plaques au collodion humide, les tirages étaient réalisés directement à partir des négatifs, sans aucune altération, puisque les plaques humides offraient un rendu plus doux que celui obtenu avec les plaques sèches. Les imperfections étaient moins visibles, et à cette époque le grand public était satisfait de la restitution de leur image.

Avec l’avènement des plaques sèches, en revanche, les défauts présents sur les visages sont beaucoup plus visibles sur le négatif. Ainsi est née une demande pour des lignes plus douces et un retrait des imperfections les plus évidentes. Dans un premier temps, ces derniers étaient retirés, au moyen de pinceaux et de couleurs, de chaque tirage.

Mais plus le nombre d’imperfections est élevé, plus le travail de retouche sur chaque tirage devenait important. Aussi, le photographe se devait de trouver un moyen d’appliquer ces corrections directement sur le négatif, afin que chaque tirage effectué à partir de ce négatif soit déjà débarrassé de ses imperfections. Ces recherches ont donc mené à la retouche des négatifs.

© phototrend.fr
Retoucher les portraits : jusqu’à quel point ?

L’auteur de l’ouvrage en profite également pour interroger la quantité de retouche nécessaire pour un portrait. Plus de 100 ans avant l’arrivée des “filtres beauté” incontournables sur les réseaux sociaux, la question se posait déjà pour la retouche des négatifs.

Voici un extrait de l’ouvrage sur la question de la quantité de retouche à effectuer : “Bien que peu de photographes soient d’accord sur la quantité exacte de retouche requise, tous s’accordent à dire qu’une certaine quantité est absolument indispensable pour que le négatif soit en parfait état pour le tirage.

Certains prétendent que seule une infime quantité de mine à plomb doit être appliquée à la plaque pour enlever les défauts les plus apparents. À l’opposé, certains recouvrent littéralement le négatif de mine à plomb, en retouchant sans aucun égard pour le modelé, sans même tenter de conserver la ressemblance avec l’individu. Leur but est donc d’idéaliser le sujet.

Bien qu’une utilisation judicieuse de la mine de plomb et de l’eau-forte permette cela, le caractère et l’expression du visage sont perdus à cause de la retouche excessive. Ainsi, comme dans toute autre branche de la photographie, la retouche doit être appliquée avec discernement, et le photographe doit tendre vers un équilibre entre ces deux extrêmes”.

Enfin, rappelons que l’embellissement des portraits est loin d’être l’apanage de la photographie. Bien avant l’invention des premiers procédés photographiques, les peintres classiques avaient une certaine tendance à embellir le visage de leurs sujets – et d’autant plus lorsqu’il s’agissait d’une commande.

Cependant, il paraît évident que la puissance des outils de retouche dont nous disposons aujourd’hui accentue encore davantage ce phénomène – ce qui n’est pas sans conséquence pour la santé mentale de nombreuses personnes… [d’après PHOTOTREND.FR]


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FIS : QR Code (s.d., Artothèque, Lg)

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FIS Nadine, QR Code
(sérigraphie, 40 x 50 cm, s.d.)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Nadine Fis © be.linkedin.com

Nadine FIS a étudié à l’Académie de Verviers. Elle a reçu le prix de la Ville de Verviers en 2006 pour la sculpture.

Cette sérigraphie s’inscrit dans une série plus large dont 100 % naturel (œuvre présente dans l’artothèque) fait également partie. Un “QR code” est un type de codes-barres lisibles par les GSM via l’appareil photo, donnant accès à des informations. L’artiste explore ici la peau comme potentielle surface d’impression et d’accès à l’être et ses secrets. L’œuvre suggère un tatouage comme expression de soi. Mais se pose également la question du corps-objet cette marque sur la peau qui annule l’espace privé et l’intimité.

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Nadine Fis ; be.linkedin.com | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques

KATAYAMA, Mari (née en 1987)

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Présentée à la Biennale de Venise de 2019, Mari KATAYAMA compte déjà quelques adeptes qui ont à cœur de la faire découvrir au public. Mordu de son travail, le directeur de la MEP, Simon Baker, songe à l’exposer à Paris depuis sa prise de fonction en 2018. Plusieurs fois décalé en raison de la crise sanitaire, le projet se concrétise enfin [en 2021]. Avec Home again, on suit le parcours à la fois singulier et évolutif de Mari Katayama à travers des photographies datées de 2009 à 2019. Ce parcours restitue un cheminement personnel : celui qu’il a fallu à la photographe pour apprivoiser son corps “hors norme”. Dans toute la résistance qu’il lui oppose, ce dernier va lui offrir un médium puissamment expressif.

Mais avant d’embarquer dans ce monde étrange, petit détour biographique. Née en 1987 à Saitama, au Japon, Mari Katayama est encore enfant quand elle est confrontée à un dilemme qui influera sur le reste de son existence. Atteinte d’une maladie rare qui bloque la croissance de la partie inférieure de ses jambes et de sa main gauche, elle doit choisir d’être amputée si elle ne veut pas passer toute sa vie en chaise roulante. Elle accepte. Loin de l’enfermer dans un destin tracé d’avance, cette décision fera d’elle l’artiste qu’elle est aujourd’hui. Délestée de ces membres qui refusaient de grandir, Mari Katayama fait l’acquisition de prothèses qui lui offrent une plus grande liberté de mouvement. Problème : les vêtements proposés dans les magasins ne sont pas adaptés à ce nouveau corps armé de jambes artificielles. C’est alors que sa grand-mère décide de lui enseigner la couture, persuadée qu’une fois qu’elle aura fabriqué ses propres ailes elle pourra prendre son envol. Mais le monde de l’enfance n’est pas tendre… Joliment rhabillée, les autres n’en oublient pas moins sa main “pince-de-crabe” et ses prothèses qu’ils dévisagent avec insistance et moquent. Mari Katayama continue de coudre et de broder, imaginant toujours plus de subterfuges pour cesser d’être vue comme un monstre. Aux vêtements, elle ajoute des perles, des coquillages, des sequins et par-dessus tout laisse parler sa personnalité, à la fois pleine de fantaisie et réflexive, qui ne tarde pas à muer les préjugés en fascination à son égard. La création-refuge devient alors plus importante que tout et la conduit à dépasser ses inhibitions initiales.

La première fois que Mari Katayama montre son travail, c’est sur Myspace. Adolescente, elle commence à se déguiser et se met en scène pour des photos qu’elle publie sur le réseau social. Elle a toujours été très consciente de l’image que les autres ont de son corps”, explique Laurie Hurwitz, commissaire de l’exposition. De fait, l’artiste a très tôt perçu le malaise que son enveloppe corporelle inspire. Longtemps, son souhait a été de le cacher. Jusqu’à ce qu’elle apprenne à en jouer. Son blog marque le point de basculement, exposant son image en public en affirmant sa différence. Peu à peu, elle capte l’attention pour finalement l’amener parfaitement où elle veut. Médium essentiel de sa nouvelle activité sur Myspace, la photographie lui offre le moyen d’explorer sa morphologie sous différents angles, de la (re)connaître et de la faire sienne sur un mode ludique. En plus d’être une technique abordable, elle lui permet de guider les regards et de leur faire expérimenter des perspectives inhabituelles.

De ses plus anciennes photos exposées à la MEP, comme White Legs #001 (2009) où elle pose en lingerie, se dégage une sensualité qui n’exclut ni sentiment d’étrangeté ni second degré. Gagnant en maîtrise, passée par la Tokyo University of the Arts, elle fabrique seule des décors de plus en plus élaborés. Mari Katayama s’invente un monde fantasmé dans lequel elle évolue avec une confiance accrue tout en évitant le genre du journal intime. Certains de ses autoportraits évoquent parfois une comédienne dans sa loge avant la montée en scène. Peut-être est-ce là la posture paradoxale qui lui a servi de modèle et donné la force d’affronter un monde hostile. Se placer intentionnellement au centre pour incarner différents rôles et dérober sa vraie identité aux jugements.

© Mari Katayama.

Parmi ses procédés propres, la jeune artiste habille ses jambes et leur donne des formes changeantes. Quand elle n’enfile pas des collants bourrés de tissu, elle imprime des tatouages sur la surface de ses prothèses ou les pare de bijoux. A ceux qui considèrent son corps comme diminué, elle en dévoile les infinies capacités. Chaque nouveau costume opère une mutation par-delà les limites de la morphologie humaine : en sirène, en pieuvre aux tentacules faites de bras de marionnettes… Mari Katayama propose de voir en son handicap non pas un manque mais un signe de distinction positif, une indétermination qui permet d’imaginer une multitude d’identités et de récits. En tricotant des pièces pour ses membres amputés, elle s’offre un nombre illimité de vies. Comme les Moires – ces divinités grecques aveugles qui, en tricotant, décidaient du destin des mortels, de leur vie et de leur mort –, elle donne à la couture une dimension métaphysique. Par-delà le corps octroyé par la nature, les transformations successives de la jeune femme font penser qu’il existe de nombreuses possibilités d’auto-détermination, que l’on peut développer un rapport libre et créatif à son identité. Une démarche en adéquation totale avec le médium photographique qui extrait des images du réel pour en produire des visions à soi. Considérée sous l’objectif de Mari Katayama, l’amputation devient une expérience existentielle “désassignante”. Elle libère du carcan d’avoir un corps et une identité figés.

Si chaque autoportrait semble reformuler ce geste d’émancipation, Home again montre aussi que Mari Katayama a longtemps cantonné son univers artistique à des espaces intérieurs domestiques rassurants (chambre, cuisine, alcôve…), entourée d’une accumulation d’objets personnels, de bocaux de perles, de pièces brodées avec sa grand-mère. Donnant naissance à sa fille en 2017, la maternité lui ouvre un nouveau monde qui se traduit manifestement à l’image. A partir de ce moment, la photographe sort de son cocon et se déplace dans différents paysages. Sur l’île de Naoshima, dans la préfecture de Gunma où elle vit… Près des mines de cuivre d’Ashio, elle prend des clichés d’espaces naturels satellisés par des marques d’industrie et de pollution dont elle tire la série Somewhere in the world I’ve visited (2019-2020). A ce sujet, la photographe dit voir une similitude entre le regard que l’on pose sur son corps et sur ces paysages, perçus eux aussi comme abîmés. En les observant, elle se reconnaît en eux et s’applique à en faire ressortir la puissance. Le nom donné à l’exposition, Home again, peut s’entendre comme une parole de soulagement de l’artiste qui, découvrant un environnement extérieur pas si éloigné d’elle, se dirait : Ici aussi c’est chez moi, j’y ai ma place”.

Plus récemment, Mari Katayama a produit une série plus abstraite qui achève le parcours à travers les différentes périodes de sa jeune carrière. Dans In the Water, ses membres saisis en gros plan sont décontextualisés et deviennent l’unique sujet porté à l’image. Le déguisement tombe : la peau est nue, seulement saupoudrée de paillettes et baignée dans de l’eau. On distingue de légères rougeurs épidermiques. La photographe expliquera qu’elle sortait d’une séance de laser et que les paillettes étaient justement là pour les maquiller, pour faire joli”. La commissaire de l’exposition développe : Mari Katayama a une approche très simple de son travail, ce qui n’empêche pas ce dernier d’être ouvert à de multiples interprétations.” Ces derniers clichés en tête, on ressort de la MEP avec le sentiment que tout ce temps Mari Katayama n’a cessé de franchir des étapes vers l’acceptation de soi. Elle nous convainc depuis ses débuts de la beauté et de la force de son corps qui ne correspond pas aux standards – de la beauté et de la force de ce corps qui est comme libéré du poids uniformisant des regards.

d’après ARTSHEBDOMEDIA.COM


[INFOS QUALITE] statut : actualisé | source : artshebdomedia.com | mode d’édition : compilation, correction, iconographie | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : image en tête de l’article : Mari Katayama, “You’re Mine #001”, 2014. © Mari Katayama | Pour en savoir plus : visitez le site officiel de Mari Katayama.


Plus d’arts des médias…

MURIU, Thandiwe

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Grâce à ses clichés flamboyants, la jeune photographe kényane célèbre la beauté des Africaines. C’est l’un des nouveaux talents les plus prometteurs du continent.

A​​​​​​​udacieuse et animée d’une volonté effrénée, Thandiwe Muriu colore, sublime et bouscule les codes de la photographie en Afrique en réinterprétant l’art du portrait. Conquise par ses photos hautes en couleur de femmes noires, à la veine psychédélique et aux lignes graphiques, la 193 Gallery de Paris l’a invitée à participer à l’exposition “Colors of Africa” en octobre dernier [2020]. Forte du succès retentissant de Camo (2015), une série aux tonalités vives qui magnifiait la beauté des Kényanes au naturel, la jeune artiste présente cet été “Dans les yeux de Thandiwe“, sa première exposition solo en France.

Au fil d’une galerie de portraits originaux, des modèles pétries de dignité et drapées de tissus chatoyants font écho à la gloire passée des reines africaines. Une exposition détonante qui confirme son talent. “J’ai toujours été fascinée par la couleur et l’esthétique africaine”, confie-t-elle. Amoureuse du 8e art depuis l’âge de 14 ans, Thandiwe grandit à Nairobi au sein d’une famille d’artistes, avec une sœur styliste et une autre pianiste virtuose. Après l’obtention de son diplôme de commerce, la jeune femme, marquée par les couvertures du magazine Vogue, s’essaye au portrait en photographiant l’une de ses sœurs. Ses premières œuvres coïncident avec l’essor des réseaux sociaux : ses portraits féminins originaux y rencontrent un vif succès, ce qui l’amène à signer son premier contrat pour une campagne internationale à l’âge de 23 ans. Dans ce milieu encore très masculin, elle collabore dès lors avec Mutua Matheka, Osborne Macharia ou encore Emmanuel Jambo.

En rupture avec les codes esthétiques occidentaux des magazines, elle est déterminée à mettre en lumière la beauté naturelle de ses concitoyennes – des femmes actives et entreprenantes, comme elle. “Les jeunes filles peuvent se refléter dans mes modèles”, précise-t-elle. Ses compositions révèlent une esthétique propre à la beauté de ces femmes noires – des corps trop absents des unes des magazines féminins, mais qu’elle juge indispensables pour le lectorat du continent africain et de la diaspora. Ses photographies pop, qui subliment la peau noire et les coiffures afro ou tressées, concrétisent sa démarche. Une célébration culturelle proche de l’esprit de la série du photographe malien Youssouf Sogodogo, Crossroads: A Homecoming, sur les cheveux afro nattés. Elle aime également montrer dans ses œuvres l’art de la récupération tel qu’il est pratiqué en Afrique, en détournant les objets du quotidien en accessoires de mode : une passoire devient un chapeau et un moule à gâteaux se transforme en lunettes !

Sensible à la question de la relève, l’artiste souhaite inspirer les nouvelles générations. Telle une passeuse d’art, elle organise régulièrement des ateliers de photographie pour les jeunes filles, en allant à leur rencontre dans des établissements scolaires. Pour cette militante, la photographie est un outil qui permet d’incarner un modèle de réussite et donc de faire des émules aux quatre coins de l’Afrique. En attendant, à 31 ans, elle est déjà en passe de devenir la nouvelle star de la photo au Kenya. En septembre prochain [2021], elle participera aux foires artistiques Photo London et Photo Basel. [d’après AFRIQUEMAGAZINE.COM]


© bbc.com / Thandiwe Muriu

La photographe Thandiwe Muriu veut que ses modèles se fondent dans la masse et se distinguent en même temps.

Les images de sa série Camo – abréviation de camouflage – créent une illusion d’optique où la personne photographiée disparaît presque sans qu’il soit possible de l’ignorer.

Le travail ludique de la jeune Kényane a l’aspect d’un magazine de haute couture sur papier glacé, mais il a aussi une signification plus profonde.

“J’adore la photographie de mode, je pourrais en faire toute la journée, mais j’ai réalisé qu’il fallait que la photographie de mode soit le reflet de ce que je suis et de mes origines”, explique-t-elle à la BBC. “C’est ainsi qu’est née la série Camo“.

Les tissus funky, les coiffures élaborées et les lunettes improvisées sont une célébration attrayante et pleine d’esprit de la culture de la trentenaire. Mais il y a aussi une critique.

Muriu explique que la série est “un peu une réflexion personnelle sur la façon dont j’ai senti que je pouvais disparaître dans l’arrière-plan de ma culture. Et mon expérience en tant que photographe commerciale féminine m’a fait réaliser que très rapidement – à cause du contexte culturel – je peux être écartée et disparaître.”

Elle est autodidacte et a étudié, selon ses propres termes, à “l’université de YouTube”, mais c’est son père qui lui a donné l’inspiration initiale. Élevant une famille de quatre filles et aucun fils, il tenait à s’opposer aux idées reçues sur le patriarcat, explique Muriu.

Il leur a enseigné des compétences pratiques, comme changer un pneu de voiture, faire un barbecue et, surtout, utiliser une caméra. Et lorsqu’il s’est agi de choisir une carrière, elle a été encouragée à suivre sa passion pour la photographie. Pour elle, c’était le “mélange parfait de la science et de l’art”.

Inspirée par les images qu’elle a vues dans la collection du magazine Vogue de sa sœur, Muriu s’est lancée dans la photographie commerciale, un domaine dominé par les hommes au Kenya.

“Je suis petite, j’ai l’air très jeune et, souvent, les gens me rejetaient. J’arrivais sur le plateau et les gens parlaient à mon assistant, qui était un homme, en pensant qu’il était le photographe plutôt que moi.” [d’après BBC.COM]


[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : compilation par wallonica | commanditaire : wallonica.org | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © bbc.com ; francetvinfo.fr ; Thandiwe Muriu


Plus d’arts visuels…

LOTIN : San Miguel de Allende, Mexico (2009, Artothèque, Lg)

Temps de lecture : 2 minutes >

LOTIN Baudoin, San Miguel de Allende, Mexico
(photographie, 12 x 21 cm, 2009)

Et pourquoi pas emprunter cette oeuvre gratuitement
à l’Artothèque Chiroux de la Province de Liège ?

Photographe indépendant depuis 1974 et réalisateur de documentaires, Baudoin LOTIN (né en 1953) vit et travaille à Maizeret (Andenne). Il expose ses photographies (Belgique, Canada, Espagne, Les rencontres d’Arles en France, Mexique). Il participe à des missions photographiques (comme “Tbilissi 3“ en Géorgie). Il poursuit un travail sur le Mexique publié aux Presses Universitaires de Namur Mexique : Photographies (1985) et El silencio de la Palabras : Petites histoires mexicaines(2003). Lauréat d’une bourse du Ministère de la Communauté Française de Belgique et d’une Bourse des amis de l’Unesco (Louvain-la-Neuve), du Prix national Photographie ouverte (Charleroi), Baudoin Lotin a également participé à la création de galeries et d’ateliers pour la photographie (1981 -2012).

Saisissant un contraste de lumière, entre la pénombre d’un intérieur et la lumière provenant de l’extérieur, le photographe place la fenêtre au centre de la composition, et divise l’espace de la fenêtre en deux (paysage dans la partie basse et le ciel clair en haut). Si cette dernière attire le regard par ses couleurs et sa lumière, on voit un travail subtil des formes des objets et matières présentes dans la pièce. L’image n’est pas sans faire au thème de la fenêtre dans les tableaux anciens. 

[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation (droits cédés) et mise à jour par wallonica.org  | source : Artothèque Chiroux | commanditaire : Province de Liège – Culture | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © baudoinlotin.be | remerciements à Bénédicte Dochain et Frédéric Paques