Une cathédrale médiévale émerge des sables au Soudan

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C’est une découverte archéologique exceptionnelle que viennent de faire des chercheurs polonais sur les bords du Nil.

Fondée au Ve siècle, la capitale du royaume de Dongola (au nord du Soudan) a connu il y a plus de quinze siècles un développement rapide. Placé sur la route reliant la Nubie et l’Égypte, ce micro-État, aussi connu sous le nom de Makurie, tira, semble-t-il, sa prospérité de l’exploitation de mines, mais aussi de la présence d’oasis permettant aux caravanes de faire halte sur son territoire. Son histoire est cependant mal connue. A-t-il été fondé par la tribu nubienne portant le nom de Makkourae  ? C’est ce que laisse entendre le chercheur américain William Y. Adams (1927-2019), qui a publié, en 1977, une recension des manuscrits de l’époque ptoléméenne qui évoquent les débuts de ce royaume. Mais rien n’est moins sûr.

Christianisés par des missionnaires provenant probablement d’Anatolie, au VIe siècle, les monarques de Dongola auraient fait ériger une grande cathédrale à l’époque médiévale. C’est du moins ce qu’avancent les chercheurs de l’université de Varsovie qui ont exhumé, en mai dernier, les fondations d’un vaste bâtiment qu’ils pensent être religieux, sur la rive orientale du Nil. Un palais, un cimetière et des ateliers de poteries avaient déjà été identifiés, en 2018, dans cette région qui fut islamisée après le XIVe siècle. Une église et un monastère avaient aussi été retrouvés sur place lors de précédentes campagnes de fouille.

Des dimensions inhabituelles pour la région

Le bâtiment récemment sorti des sables présente des dimensions inhabituelles dans la région. La forme de ses fondations et la présence de ce qui ressemble à une abside, large de 25 mètres, laissent entendre que cet édifice, orienté à l’est, était un important sanctuaire. D’autant qu’une tombe y a été retrouvée. Elle pourrait être celle d’un des premiers évêques du royaume de Makurie. Cette structure est cinq fois plus imposante que celle qui avait été découverte dans les années 1960 dans la ville de Faras, plus au sud. Où des inscriptions avaient permis de déterminer la présence de la sépulture d’un autre évêque, prénommé Jean, et ayant vécu autour de l’an mille.

Une reconstitution en trois dimensions du bâtiment indique qu’il disposait probablement de trois étages et d’au moins un dôme. “Ce devait être l’édifice le plus imposant de la ville, couvrant à l’époque 200 hectares”, énonce Artur Obłuski, qui dirige les fouilles pour le compte du Centre polonais d’archéologie méditerranéenne de l’université de Varsovie (PCMAUW). Des murs peints datant des Xe et XIe siècles ont été retrouvés. Ils représentent des personnages alignés sur deux rangs. Ces fresques devaient atteindre trois mètres de haut. Elles pourraient être celles d’apôtres. Une équipe du département de conservation et de restauration de l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie, travaillant sous la supervision du professeur Krzysztof Chmielewski, tentera d’en restituer le motif très dégradé.

Les fouilles du site du vieux Dongola doivent se poursuivre jusqu’au début de l’année prochaine. Ce n’est qu’à la fin des travaux d’excavation qu’une date précise de construction de cette cathédrale pourra être avancée. “Il y a probablement d’autres peintures et inscriptions sous nos pieds”, émet Artur Obłuski. Un bâtiment voisin ayant abrité des bains est également exploré par l’équipe polonaise. [d’après LEPOINT.FR]

  • image en tête de l’article : le chantier de fouilles © PCMAUW/Mateusz Rekłajtis

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Pourquoi cette disgrâce du latin dans l’enseignement ?

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Pourquoi le latin, cette langue dans laquelle on forme les élites aux Temps Modernes, va-t-il finir par n’être plus qu’une matière optionnelle, enseignée quelques heures par semaine ? Pourquoi cette disgrâce ? Christophe Bertiau, assistant chargé d’exercices à l’Université libre de Bruxelles, nous explique l’usage du latin à travers les siècles et notamment au 19e siècle.

Première mort du latin au Ve siècle et renaissance

A la fin de l’Empire romain d’Occident, vers la fin du Ve siècle, la culture latine a, dans un premier temps, tendance à se perdre. Toutefois, les missionnaires qui partent dans les îles britanniques vont la conserver et vont maintenir ces traditions vivantes. C’est de là que va partir un mouvement progressif de rénovation de l’enseignement en Europe. On va rétablir des écoles où le latin sera enseigné tel qu’on le faisait vers la fin de l’Empire.

L’idéal pédagogique de cet apprentissage est au service de la foi chrétienne, car l’enseignement vise avant tout à former des religieux, le latin étant une langue très importante pour l’Eglise.

Le règne de Charlemagne à la fin du VIIIe s. et au IXe s. va accélérer ce mouvement. Il réforme l’institution scolaire, il crée l’Ecole Palatine, à Aix La Chapelle, très importante pour les élites de l’époque. Il va aussi promulguer deux textes très importants pour renforcer l’apprentissage du latin à l’école.

Cette langue n’est pourtant déjà plus du tout une langue maternelle à l’époque. Les langues modernes commencent à se développer ou à s’émanciper du latin, dans le cas des langues romanes. Malgré tout, le latin reste parlé, il reste une langue de communication, principalement pour l’Eglise.

L’Humanisme va redécouvrir des manuscrits, mettre l’accent sur l’Antiquité classique et contribuer fortement à rehausser les exigences de l’apprentissage du latin. On est encore dans un enseignement tout à fait religieux, mais il devient compatible avec une époque qui n’est pas chrétienne. Les enseignants dispensent leurs cours en latin, les élèves répondent en latin et travaillent avec des manuels latins.

Déclin du latin à partir du XVIIIe et du XIXe siècle

Au fil du temps, les langues nationales vont prendre le relais du latin dans ses usages pratiques. Les usages du latin diminuent petit à petit, à la faveur d’une réévaluation des langues modernes qui prennent le relais dans de nombreux domaines, y compris scientifiques. Le mouvement va s’accélérer au cours du XVIIIe siècle. Le protestantisme met par ailleurs l’accent sur le vernaculaire pour communiquer avec les fidèles.

Le latin, en subissant une réduction drastique de ses usages comme langue vernaculaire, au profit du français à l’international et au profit des langues nationales au sein même des Etats, meurt ainsi une nouvelle fois.

Il reste toutefois dominant dans l’enseignement au moins jusqu’à la fin du XIXe siècle, mais on assiste à la sécularisation de l’enseignement, à sa centralisation par les pouvoirs politiques, qui cherchent à reprendre la main dans ce domaine. Il est de plus en plus concurrencé par d’autres matières jugées plus en phase avec la société moderne, telles que l’histoire, axé davantage sur un passé plus récent, les sciences naturelles ou les langues modernes.

Le latin est utilisé, entre 1550 et 1750, par la République des Lettres, la Res Publica Litterarum, une communauté de savants qui se servaient de cette langue comme trait d’union et pour transcender les divisions nationales et les conflits politiques. Il est aussi utilisé au niveau diplomatique, pour éviter les tensions entre les peuples. Il est nécessaire pour avoir accès à l’université et pour exercer une position importante dans la société ou dans la fonction publique.

L’Eglise catholique se rend compte que la langue nationale est importante pour s’adresser au plus grand nombre ; le protestantisme l’avait déjà bien compris. Dans la pratique, elle est donc obligée de faire des compromis, c’est ainsi que la Bible est traduite en vernaculaire, dont le français.

“Le XIXe siècle est une période très ambiguë. Il y a sans arrêt des tensions entre des forces plus traditionnelles et des forces de modernisation de la société”, observe Christophe Bertiau.

Pour lui, ce n’est pas nécessairement la sécularisation qui a provoqué le déclin du latin. C’est plutôt l’ascension d’une certaine frange de la bourgeoisie. “On dit souvent que c’est le prestige du français qui, sur le long terme, a détrôné le latin, mais il y a aussi une frange de la société tournée vers des activités commerciales ou industrielles, qui va chercher à utiliser l’école comme un instrument pour acquérir des compétences, pour professionnaliser les jeunes.”

En Belgique

Le latin va bien résister à la fin de l’Ancien Régime, mais des débats agiteront régulièrement la société belge à propos de la langue à utiliser pour certaines applications, comme la pharmacopée par exemple : le latin est, pour les médecins et les pharmaciens, une manière de garder un certain prestige.

Notamment en 1848, à propos de la statue de Godefroid de Bouillon à installer sur la Place Royale de Bruxelles, on s’interrogera sur la langue à utiliser pour les inscriptions sur ses bas-reliefs.

La langue de l’épigraphie avait jusque-là été, de manière assez dominante, le latin. On votera au final pour le latin et l’italien. Aujourd’hui, les inscriptions de la statue sont en français et en néerlandais.

Le latin permet d’unir des gens à l’international, il permet d’éviter des tensions entre langues nationales, mais il ne permet pas nécessairement la bonne compréhension de tout le monde au sein du pays…

Latin ou français ?

En Flandre, au moins depuis le XVIIIe siècle, la bourgeoisie parlait français. C’était sa langue de prédilection et cette francisation s’était encore renforcée sous le régime français. Petit à petit, un mouvement flamand va chercher à revaloriser l’usage du néerlandais et, en même temps, à critiquer l’usage du latin.

Un premier nationalisme, élitaire, va très bien s’accommoder du latin. Mais un autre nationalisme va se développer, qui va chercher à inclure le peuple.

“A partir du moment où on veut intégrer les masses au projet politique, cela devient difficile d’utiliser le latin, puisqu’il n’est pas compris par grand monde. Ecrire en latin peut poser problème pour un projet d’intégration nationale”, souligne Christophe Bertiau.

Le latin est-il égalitaire ?

L’argument de l’égalité de tous les hommes, de la possibilité de sortir de sa condition par le latin, c’est encore un objet de contestation aujourd’hui“, poursuit-il. “Beaucoup de professeurs de latin défendent leur matière en disant qu’il permet une forme de démocratisation, car il permet à des élèves de classes défavorisées également d’avoir accès à cette culture. Malgré tout, il y a de vrais débats autour de cette question et on peut effectivement se demander si une école qui s’adresse à tous peut encore consacrer 10, 12, 14 heures de latin par semaine, qui avaient parfois pour conséquence de torturer les élèves, à l’époque.”

Le latin, on l’apprend, mais ça ne sert à rien dans la vie, lisait-on souvent dans les journaux essentiellement libéraux du XIXe siècle ; on veut un enseignement qui soit adapté à l’industrie, car seule l’industrie forme les grands hommes. Cette critique était contrebalancée par l’argumentation qui voulait qu’on ne devienne des hommes de mérite qu’en apprenant le latin, sinon on pouvait être compétent mais on restait des hommes secondaires. Le latin jouait un rôle symbolique très fort, prestigieux : “Vous étiez considéré comme une personne supérieure. Peut-être que vous n’étiez même plus une personne, vous étiez quelque chose d’autre, un surhomme.”

Christophe Bertiau oppose en fait l’humanisme, qui dispense des savoirs qui n’ont pas une utilité professionnelle immédiate, et le réalisme d’une éducation plus professionnalisante, qui ressemble davantage à notre cursus général aujourd’hui.

Aujourd’hui, l’apprentissage du latin reste toujours très lié à l’origine sociale. “Cela implique-t-il d’abolir le latin ? Cela peut se discuter. Est-ce que le fait d’abolir le latin va abolir les inégalités sociales ? Moi, je ne crois pas”. [d’après RTBF.BE]


Christophe Bertiau

Christophe Bertiau a co-dirigé, avec Dirk Sacré, l’ouvrage collectif Le latin et la littérature néo-latine au XIXe siècle. Pratiques et représentations (Ed. Brepols), et est l’auteur de Le latin entre tradition et modernité. Jean Dominique Fuss (1782-1860) et son époque (Ed. Olms).


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LEMPEREUR : L’arbre dans le patrimoine culturel immatériel (2009)

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Françoise LEMPEREUR est Maître de conférences à l’Université de Liège et titulaire du cours Patrimoines immatériels. Elle a livré ce texte sur nos arbres wallons (disponible avec l’ensemble des notes et références bibliographiques en Open Access, sur le site de l’ULiège), qu’elle résume comme ceci :

La communication s’attache à définir les pratiques culturelles dans laquelle l’arbre s’inscrit : pratiques coutumières du temps et des groupes, pratiques économiques, politiques, alimentaires, techniques, ludiques, expressives, scientifiques et éthiques. Elle tente de définir le statut de l’arbre au sein des sociétés traditionnelles et examine quelles valeurs identitaires, esthétiques, juridiques, symboliques ou pragmatiques sont aujourd’hui liées aux arbres patrimoniaux et comment les collectivités et/ou les institutions peuvent (ou doivent) prendre en charge la protection de ces valeurs et surtout leur transmission…


Introduction

Françoise Lempereur © uliege.be

“Depuis octobre 2003, date où la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, fut proposée par l’Organisation des Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO), l’expression “patrimoine immatériel” –ou son équivalent anglais Intangible Heritage–, est de plus en plus utilisée. On remarquera toutefois que, dans la plupart des textes ou des discours, son acception se limite aux seuls rituels collectifs spectaculaires. Ainsi, il est significatif que les dix-sept chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de la Communauté française Wallonie-Bruxelles soient tous liés à des fêtes publiques, qu’ils s’agissent des acteurs (les échasseurs de Namur, les géants d’Ath, les gildes d’arbalétriers et d’arquebusiers de Visé) ou des événements festifs eux-mêmes (Tour Sainte-Renelde de Saintes, carnavals de Binche et de Malmedy, marches d’Entre-Sambre-et-Meuse).

Le seul chef d’œuvre lié à l’arbre est la fête du Meyboom de Bruxelles, plantation éphémère d’un arbre, le 9 août de chaque année, dans un ancien quartier populaire de la ville. Je reviendrai plus tard sur la plantation de l’arbre de mai, coutume autrefois largement répandue dans nos régions, mais je profite de l’exemple bruxellois pour déplorer le manque de cohérence de nos institutions politiques qui ont arbitrairement séparé la tutelle du patrimoine immobilier, confiée aux Régions, et celle des patrimoines mobilier et immatériel, attribuée aux Communautés. J’ai montré à plusieurs reprises dans des articles consacrés à la sauvegarde du patrimoine immatériel comment cette fracture était inappropriée et même dommageable. Comment pourrait-on dissocier un rituel (patrimoine immatériel) du lieu où il se déroule (patrimoine immobilier ou naturel) et des objets, instruments, masques (patrimoine mobilier) qui sont indispensables à sa réalisation ? Que sont les savoir-faire sans outils, la médecine traditionnelle sans plantes et la plupart des croyances sans représentations de la divinité et sans objets pieux ?

Le rapport entre l’homme et l’arbre que nous essayons d’analyser aujourd’hui reflète lui aussi l’interdépendance du matériel et de l’immatériel, la superposition des représentations, usages, croyances ou expressions. Ainsi, l’arbre remarquable est certes un patrimoine naturel, mais, le plus souvent chez nous, l’homme l’a planté, taillé, soigné ou en a aménagé les abords.

Le tilleul de Villers-devant-Orval orne un carrefour et protège un calvaire © villersdvtorval.canalblog.com

De même, l’arbre est associé aux bâtiments construits par l’homme (patrimoine immobilier), de la simple maison particulière aux édifices les plus prestigieux, et il peut être le support d’un panneau, d’une potale [terme du wallon liégeois qui désigne une petite niche contenant une statue de saint ou de la Vierge. On l’utilise aujourd’hui pour toutes les petites chapelles extérieures], d’une croix…, qui relèvent du patrimoine mobilier. En fait, l’arbre est au centre d’un ensemble de pratiques culturelles très diversifiées, recouvrant pratiquement tout le spectre des pratiques du patrimoine culturel immatériel et en épousant les principaux caractères, à savoir la transmission intergénérationnelle, la perpétuelle évolution et la fragilité devant l’actuelle globalisation de la culture liée à la mondialisation économique.

Les pratiques culturelles relatives aux arbres

Les pratiques culturelles relatives aux arbres ne s’inscrivent pas nécessairement dans les catégories proposées jusqu’ici par les ethnologues car leur transmission est essentiellement orale et gestuelle, alors que les taxinomies ont été créées pour des réalités tangibles, quantifiables ou qualifiables. Même lorsque le patrimoine immatériel est associé à un objet, un bâtiment ou à un site particulier, les supports descriptifs classiques sont impuissants à traduire son intangibilité. Force nous est d’établir de nouvelles classifications qui associent les supports de la tradition et de la transmission, l’appartenance au groupe et le caractère dynamique de l’expression ou du geste émis par le porteur de tradition. Pour simplifier ici, je partirai de la Grille des pratiques culturelles du Québécois Jean Du Berger, qui les répartit en trois catégories : les pratiques culturelles du champ coutumier, celle du champ pragmatique et celles du champs symbolique et expressif.
Le champ coutumier comprend tout d’abord les pratiques liées au temps. Ce n’est pas un hasard si le principal ouvrage du grand spécialiste wallon des arbres qu’est Benjamin Stassen, s’intitule La mémoire des arbres et s’ouvre sur un chapitre consacré à l’Arbre et le temps. L’arbre survit en effet à l’homme et celui-ci lui a fréquemment confié une fonction mémorielle. Qu’on songe aux arbres commémorant une révolution, la naissance d’une institution ou même d’un enfant, l’érection d’une église, d’une école, etc. Qu’on songe aussi aux nombreuses essences vertes qui accompagnent notre calendrier, destinées, au départ, à célébrer le renouveau ou à assurer la fécondité : sapin de Noël (et les plantes qu’il a peu à peu remplacées, telles que lierre, houx, gui, laurier ou palmier sous d’autres cieux), buis de Pâques, et “mais” de printemps. Ceux-ci sont encore, ça et là, offerts aux jeunes filles (Cantons de l’Est), aux notables (Grez-Doiceau, par exemple) ou érigés pour une fête (le Meyboom des Compagnons de Saint-Laurent à Bruxelles) ou une procession.

Des pratiques régulatrices, de types économiques ou juridiques, se sont transmises au cours des siècles. Pierre Koemoth a évoqué ce matin les chênes de justice ou arbres aux plaids, nombreux dans nos régions sous l’Ancien Régime ; à la même époque, on connaissait l’arbre patibulaire et celui, moins tragique, destiné au bornage, à marquer la limite de plusieurs juridictions. Certains droits d’usage étaient également associés à l’exploitation forestière, comme la glandée, droit de faire paître les porcs sous les chênes jusqu’au 30 novembre, ou l’affouage, droit de ramasser le bois mort et d’abattre le mort bois (arbres qui ne portent pas de fruits comestibles par l’homme ou l’animal domestique), toujours d’actualité dans quelques villages wallons. En dehors de notre ère culturelle, est-il besoin de rappeler l’importance de l’arbre à palabres en Afrique de l’Ouest, par exemple ?

Le champ pragmatique comporte les pratiques culturelles liées au corps, à l’alimentation, au vêtement, et les techniques liées au bâti, à l’habitation, aux transports, à l’acquisition de matière premières, à la défense. Pour les illustrer, j’évoquerai rapidement l’utilisation de fruits, de feuilles, de racines et d’écorces mais aussi de sève (de bouleau, par exemple) pour l’alimentation directe, la confection de tisanes ou de cosmétiques, d’éléments de parure, etc. Du bâton, auxiliaire de la marche, aux charpentes, en passant par les traverses de chemin de fer, le charbon de bois nécessaire au premiers hauts-fourneaux et tant d’autres usages décrits ce matin par Robert Dumas, le bois, c’est-à-dire l’arbre, est le socle de notre civilisation. Je ne m’appesantirai pas sur le sujet mais rappellerai que même les pratiques les plus connotées techniquement peuvent avoir un but esthétique ou ludique, donc immatériel.

Le troisième champ, qualifié de symbolique et expressif, est bien évidemment celui qui nous intéressera le plus ici. Il concerne les pratiques expressives, ludiques et sportives, scientifiques et éthiques. Qu’elles soient langagières, narratives ou lyriques, les pratiques expressives sont très nombreuses mais pas toujours identifiées comme telles : qui, se rendant à Aulnois, à Chênée, à Fays ou à Frêne, pense encore au lieu planté d’aulnes, de chênes, de hêtres ou de frênes ? Ces toponymes sont aussi devenus anthroponymes : Delaunay ou Delaunois, Duchêne, Defays ou Dufresne… Dans la même catégorie de pratiques langagières qui n’évoluent plus, on trouve les dictons et proverbes : “C’est au fruit qu’on reconnaît l’arbre” ou “L’ivêr n’èst rin qu’oute qui quand lès nwâres sèpines ont flori” [L’hiver n’est terminé que quand les prunelliers ont fleuri]. Par contre, les pratiques expressives narratives ou lyriques – contes et légendes, mythes, récits, poèmes, chansons – et celles que l’ont peut qualifier d’arts d’interprétation ou spectacles sont celles qui font preuve de la plus grande créativité. D’Ovide à Georges Brassens, du trouvère médiéval anonyme à l’écolier du XXIe siècle, l’arbre n’a cessé d’alimenter l’imaginaire…

© ouillade.eu

Le spectacle, jeu de scène, s’apparente aux pratiques ludiques qui, avec l’arbre, se déclinent en jeux et sports divers. L’accrobranche est une version contemporaine des jeux qui, de tous temps, ont vu des nuées d’enfants grimper aux arbres, s’y balancer ou en sauter de branche en branche. Le tir à l’arc s’est longtemps pratiqué à l’aide d’un arbre ébranché, perche qui peut à l’occasion se muer en mât de cocagne… Quelques troncs de plus et voilà une activité typiquement scoute : le woodcraft, construction de meubles, d’estrades ou de portiques à l’aide de bois et de ficelle… La sculpture sur bois pratiquée comme passe-temps pourrait aussi être rangée dans cette catégorie des pratiques ludiques, même si elle nécessite un savoir-faire très pragmatique. Il peut paraître paradoxal de qualifier des pratiques traditionnelles de scientifiques. Comment pourtant traduire autrement les recettes, les remèdes, voire les divinations que certains, en ayant acquis oralement ou gestuellement le savoir et le savoir-faire, pratiquent dans le but de guérir, de soulager ou de répondre aux interrogations de leur entourage ?

Par contact, par ingestion, par inhalation, l’arbre ou l’une de ses parties se fait alors complice de l’homme. Parfois, il en est la victime : ainsi, une pratique qui tend heureusement à disparaître chez nous, veut que lorsqu’on souffre d’une dent, il faut frotter contre celle-ci un clou neuf, clou que l’on va ensuite ficher dans le tronc d’un arbre connu. Le même traitement vaut pour un furoncle, appelé clou en wallon et en français régional. Le mécanisme de guérison invoqué est le transfert : l’arbre prend le mal qu’on lui a cloué et en débarrasse ainsi le cloueur. Précisons qu’une étude réalisée en 2003 par une équipe de l’université de Liège a montré que sur la soixantaine d’arbres à clous recensés dans les provinces de Liège et de Luxembourg, seuls trois portent des clous récents et pourraient donc encore faire l’objet du rituel de clouage.

Clous fichés dans le tilleul des Floxhes à Anthisnes

Pour l’historien Yves Bastin, “la proximité d’arbres cloués et de chapelles semble due à la superposition de croyances en un point donné plutôt qu’à la récupération par le clergé de coutumes religieuses païennes. Le clouage à des fins médicales n’est pas une pratique chrétienne qui aurait directement succédé à un culte païen.” Nous ne considèrerons donc pas l’arbre à clous comme un arbre sacré relevant des pratiques éthiques, même si, dans nos régions, l’arbre sacré est souvent associé à une chapelle ou à une fontaine guérisseuse. L’arbre sacré est celui qui a été sacralisé par une bénédiction et/ou un objet de dévotion – chez nous, un Christ, une statue de saint ou de Notre-Dame. L’arbre sacré n’est pas, loin s’en faut, une prérogative de la religion chrétienne. Il existe et a existé de tous temps et sur tous les continents. Ainsi, une peinture de la tombe du pharaon Thoutmôsis III, dans la Vallée des Rois, en Egypte, montre le pharaon allaité par un sein que lui tend la déesse de l’arbre sacré, Isis. Cette peinture est datée des environs de 1450 avant Jésus-Christ. De la même époque sans doute date l’épisode du buisson ardent, relaté dans l’Ancien Testament (Livre de l’Exode, III), buisson au pied duquel Moïse reçut la révélation du monothéisme. L’arbre, sacré dans les trois religions du Livre (le judaïsme, le christianisme et l’islam), est identifié comme un buisson pyracantha conservé au pied du Mont Sinaï, dans l’actuel monastère Sainte-Catherine. En Inde, c’est sous un arbre, aujourd’hui sacré, que Bouddha a accédé à la Bodhi, éveil ou connaissance suprême. On pourrait multiplier les exemples.

En Wallonie, mais aussi en France, en Grèce et dans d’autres régions du globe parfois très éloignées, il n’est pas rare de rencontrer des arbres couverts de linges ou de pièces de tissus, parfois de couleurs vives, comme en Mongolie. Dans nos régions, ce sont le plus souvent des ex-voto déposés par les pèlerins venus prier là pour la guérison d’un proche, le retour d’un être cher, la réussite aux examens, la fortune ou le bonheur… Etymologiquement, l’ex-voto est l’objet placé dans un lieu saint en accomplissement d’un vœu ou en remerciement d’une grâce obtenue. Sur l’arbre, il est souvent placé préventivement, au moment de la demande d’aide. Quelques exemples d’arbres couverts d’ex-voto illustreront mon propos. Ainsi, en Normandie, dans le Calvados, le village du Pré d’Auge est connu pour son chêne et sa fontaine Saint-Méen, censés soulager les affections dermatologiques. L’arbre est situé au milieu d’un pré, en contrebas de l’église. Il jouxte une source où les pèlerins viennent tremper un mouchoir. Ils s’en frottent la partie du corps malade puis le déposent sur l’arbre qui abrite, au creux de son tronc, une tête de saint Méen protégée par un grillage.

Un tel arbre support d’ex-voto peut se voir aussi à Stambruges, entité de Beloeil dans le Hainaut. La source qu’il ombrageait a disparu mais le nom même du site Arcompuch’ ou Erconpuch’ (littéralement Arconpuits) est explicite sur son existence ancienne. La chapelle et donc la dévotion locale ne sont pas antérieures au XVIIIe siècle ; pourtant, la renommée de l’arbre (un robinier) est telle qu’on parle aujourd’hui d’Arbre au puits et que les gardiens du lieu sont obligés de débarrasser régulièrement le tronc de ses ex-voto les plus douteux sur le plan de l’hygiène. Aux chapelets, scapulaires, ceintures et vêtements de toute sorte, on préfère de nos jours pansements, mouchoirs, plâtres, emballages de médicaments et même… vignettes de mutuelle.

A Stambruges (Beloeil), le robinier de l’Erconpuch’ et ses ex-voto

Un autre arbre à ex-voto de nos régions est plus sobre : le frêne de la source Saint-Thibaut sur la colline de Montaigu, dominant le village de Marcourt (province de Luxembourg). Alors qu’au début du XXe siècle, l’arbre se dressait majestueusement, il n’en reste aujourd’hui qu’un morceau de tronc achevant de pourrir dans l’herbe humide. Comme autrefois cependant, les pèlerins y déposent de petites croix en brindilles nouées en leur centre.

 

 

Je terminerai ce rapide panorama des pratiques culturelles liées aux arbres en vous invitant à découvrir un arbre riche de sens, le ginkgo d’Hiroshima, au Japon : dans la ville rasée par la bombe, un arbre a reverdi au printemps 1946. Il a survécu aux hommes, aux animaux et même aux constructions humaines…”

Françoise LEMPEREUR


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CREVECOEUR, Jean-Jacques (né en 1962)

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Jean-Jacques CREVECOEUR est un conférencier, formateur en développement personnel, consultant et vidéaste web belge, connu pour son conspirationnisme et son militantisme anti-vaccins. Né en 1962 en Belgique, à Tirlemont, il vit depuis 2004 au Canada et est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages. Sur son site personnel, il se définit lui-même comme un “accoucheur du potentiel humain et catalyseur de changements durables“, Jean-Jacques Crèvecœur est un coach en développement personnel aux idées décriées par la communauté scientifique et aux comportements surveillés en France par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Il s’est illustré par ses prises de position tout à la fois anti-vaccination et complotiste à la faveur de la pandémie de grippe A H1N1 en 2009 puis, de nouveau, lors de la pandémie de Covid-19 en 2020, relayant également la théorie du complot sur les attentats du 11-Septembre, la rumeur selon laquelle Barack Obama n’aurait pas la nationalité américaine, et laissant entendre que les responsables de la secte du Temple Solaire auraient été assassinés par les autorités.” [d’après BABELIO.COM]

Jean-Jacques Crèvecœur est un youtubeur efficace et ses vidéos constituent un excellent corpus didactique pour qui veut étudier les techniques d’influence et de persuasion dans le contexte des réseaux sociaux. Cet influenceur est habile et met en œuvre des techniques verbales, non-verbales et para-verbales dignes des meilleurs formateurs-animateurs. Le problème reste qu’il ne vend pas du shampoing mais des opinions préformatées… et des séminaires payants. A voir avec un recul critique, donc.

La philosophie nous enseigne à douter de ce qui nous paraît évident. La propagande, au contraire, nous enseigne à accepter pour évident ce dont il serait raisonnable de douter.
– Aldous Huxley (1958) –

Autre chose est de visionner ses “Conversations du lundi” (récemment retirées de la plateforme YouTube) et de se pencher sur leur contenu au premier degré. A titre d’exemple, un chef-d’œuvre du genre, à propos d’un complot “qui serait lié” au projet Blue Beam de la NASA américaine, auquel un certain Serge Monast a consacré un ouvrage, que son éditeur présente comme ceci : “La religion du Nouvel Âge est le fondement même de ce Nouveau Gouvernement Mondial, religion sans laquelle la dictature du Nouvel Ordre Mondial est totalement impossible. Le projet Blue Beam comporte quatre étapes différentes, dans le but de mettre en œuvre la religion d’une Nouvelle Ère, avec l’Antéchrist à sa tête : réévaluation de toutes les connaissances archéologiques (tremblements de terre artificiellement, nouvelles prétendues découvertes, etc.) ; un gigantesque “space show” grâce à des hologrammes à optiques tridimensionnels, des sons, des projections laser de multiples images holographiques dans différentes parties du monde (chacune recevant une image correspondant à la foi religieuse prédominante régionale) ; ”communication télépathique électronique bidirectionnelle” pour le contrôle de l’esprit (aidé par la propagande dans la publicité, la télévision, l’éducation moderne et divers types de pressions sociales) ; manifestations surnaturelles par des moyens électroniques (faire croire à l’humanité qu’une invasion ovni est à venir, propager en abondance des ondes à hautes fréquences sur la terre, mettre en place sur chaque individu des puces intégrées). “Même si ma vie est en danger à cause de la diffusion d’informations comme celles-ci, la vôtre l’est encore plus par l’ignorance de ces mêmes informations”, déclare Serge Monast.”

Du lourd“, dirait Josiane, ma voisine qui vend des frites ! Et Jean-Jacques Crèvecœur -qui a bien lu le résumé du livre- en fait ceci :

Et vous, qu’en pensez-vous ?


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“Régulièrement interrogé par le public, le Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN) a consacré sa dernière fiche d’information à une organisation nommée Emergence International Inc. et à son fondateur, le controversé Jean-Jacques Crèvecœur, détenteur d’une chaîne Youtube consacrée à la santé et dont certaines vidéos culminent à plus de 500 000 vues. Emergence International Inc., qui se donne pour but la production et la diffusion de produits et services en rapport avec le bien-être et la santé, fait l’objet de plusieurs controverses en Belgique et à l’étranger. “Nous sommes sollicités pour des demandes d’informations la concernant depuis plusieurs mois, nous avons donc décidé de nous intéresser à son organisation“, explique Kerstine Vanderput, directrice du CIAOSN. En lisant la fiche du CIAOSN, on comprend pourquoi Emergences International Inc. et son président suscitent l’intérêt des organisations de lutte contre les dérives sectaires belges et françaises, mais également canadiennes.” [DHNET.BE]

Le CIAOSN est le centre fédéral belge [attaché au SPF Justice] créé par loi du 2 juin 1998 donnant suite à une des recommandations de l’enquête parlementaire “visant à élaborer une politique en vue de lutter contre les pratique illégales des sectes et le danger qu’elles représentent pour la société et pour les personnes, particulièrement les mineurs d’âges.


L’Etat belge ne reconnaît pas de religions mais des cultes. Les sept cultes  reconnus sont les cultes catholique, protestant, anglican, orthodoxe, israélite et musulman. L’Etat belge reconnaît, avec des effets semblables, la laïcité comme organisation philosophique non confessionnelle. D’autres “religions” actives en Belgique, minoritaires, ne bénéficient pas de cette reconnaissance formelle. Cela ne signifie toutefois pas qu’elles n’ont pas le droit d’exister. Ces religions minoritaires non reconnues bénéficient de la liberté de penser, de croyance et de religion. Seule une étude préalable peut mener à une qualification éventuelle de certains de ces mouvements comme sectaires. La loi du 2 juin 1998 définit les “organisations sectaires nuisibles” comme étant “tout groupement à vocation philosophique ou religieuse, ou se prétendant tel, qui, dans son organisation ou sa pratique, se livre à des activités illégales dommageables, nuit aux individus ou à la société ou porte atteinte à la dignité humaine” (art. 2). Cette définition est une notion intermédiaire entre celle de “secte“, dans sa signification neutre, et celle d'”organisation criminelle“, évidemment nuisible. Le critère fondamental pour pouvoir parler d'”organisations sectaires nuisibles” est l’infraction à la loi ou la violation des droits de l’homme : “Le caractère nuisible d’un groupement sectaire est examiné sur base des principes contenus dans la Constitution, les lois, décrets et ordonnances et les conventions internationales de sauvegarde des droits de l’homme ratifiées par la Belgique” (Ibid., art. 2).


Dans notre charte figure le soutien indéfectible à la liberté absolue de conscience. C’est pourquoi, la phrase de Simone Weil (“Accueillir toutes les opinions, les loger au niveau qui convient et les composer verticalement“) nous invite à parler de Mein Kampf, des intégrismes de tous bords ou de Jean-Jacques Crèvecœur au même titre que de Jacques Dufresne, de laïcité ou d’Umberto Eco. Si notre sympathie individuelle va aux seconds, il nous est important aussi de susciter le débat sur les premiers : c’est sur le secret et les non-dits que se nourrit l’obscurantisme et… l’intolérable.

Si nous parlons donc de Jean-Jacques Crèvecœur sérieusement (en utilisant d’ailleurs plusieurs de ses dispositifs d’influence : référence à des autorités, imagerie, liens vers sites officiels…) et nous veillons à documenter le débat à propos de ses agissements, nous vous offrons aussi le plaisir jubilatoire de sa caricature concoctée par les Snuls : il en va de notre liberté d’expression !

Du coup, pourquoi ne pas appliquer aux vidéos (sérieuses ou parodiques comme celle-ci) le filtre qu’un magazine pour ados propose à ses lecteurs ?

“On parle de 1 O à 15 % de Français qui seraient complotistes. Bref, les complotistes étant nombreux, tu as une forte chance d’en rencontrer. Heureusement, certains indices permettent de repérer un complotiste pour éviter d’entrer dans des discussions qui peuvent vite virer au vinaigre :

      1. On ne peut pas discuter de façon rationnelle avec lui ;
      2. De toute façon si tu n’es pas d’accord avec lui, c’est que tu fais partie du complot ;
      3. Il répond à côté des questions qu’on lui pose, jamais sur le fond ;
      4. Il abuse de formules de type “c’est prouvé”, “la science le dit”, “on a effacé les preuves” et de chiffres farfelus ou qu’il interprète à sa façon ;
      5. Il te dit que c’est à toi de prouver qu’il a tort (ce qui est quasi  impossible) ;
      6. Il est obsédé par la question “à qui profite le crime ?” ;
      7. Il accumule des détails qui pourraient bien être des coïncidences, comme si chacun était une preuve accablante ;
      8. Il fait partie d’une communauté soudée, qu’il cite régulièrement ;
      9. Il est fier de ne pas penser comme tout le monde, affiche même un petit sentiment de supériorité…” [d’après SAVOIRDEVENIR.NET]

  • L’illustration de l’article est extraite du blog l’EXTRACTEUR, site édité par un “collectif informant sur les dangers de certaines pseudo-alternatives en matière de santé, de médecine, d’alimentation. Soutien aux victimes avant tout.

D’autres discours ?

YALLAH : la neutralité n’est ni exclusive ni inclusive, elle est émancipatrice

Temps de lecture : 6 minutes >

Le Collectif Laïcité Yallah a publié une carte blanche dans LESOIR.BE du la neutralité n’est ni exclusive ni inclusive, elle est émancipatrice” et que la complaisance politique envers des intégristes religieux de tous poils (dans leur cas, leurs préoccupations s’adressent aux religieux musulmans) est moins une option sociétale que l’expression d’une “chasse aux votes“. Le débat est ouvert…

Carte blanche

Aujourd’hui, des progressistes font la courte échelle à des communautaristes religieux, soutenant de facto le patriarcat musulman qui n’a rien d’émancipateur. Comment certains politiques ont-ils pu laisser filer le débat sur la neutralité dans une si mauvaise direction ?

La saga judiciaire de l’ordonnance condamnant la STIB est devenue le symbole d’une Belgique confuse, sur le point de renoncer à l’absolu principe de la neutralité de l’Etat sous le fallacieux prétexte : du respect de la diversité. La position du PS, autrefois fer de lance d’une laïcité assumée, a pâli. Que restera-t-il de cette neutralité dépecée au gré des tractations d’arrière-boutique ? Que deviendra l’expression de la diversité réduite au seul voile islamique ? A-t-on pensé aux conséquences sur les autres femmes musulmanes ayant choisi de vivre leurs convictions dans la modération, en conformité avec leur époque ? Ah la diversité, mais laquelle ? Pas celle que nous incarnons, en tout cas, dont l’horizon se confond avec celui de l’émancipation humaine. Toutes et tous égaux en dignité et en droits ! La neutralité de l’État n’est ni plus exclusive ni moins inclusive. Elle se suffit à elle-même et ne peut être envisagée d’une certaine façon pour les uns et d’une autre façon pour les autres. C’est un principe constitutionnel tangible qui s’applique indistinctement à l’ensemble des employés de la fonction publique pour garantir son impartialité.

Un patriarcat renforcé

Alors, n’inversons pas les postures ! Ce n’est tout de même pas la neutralité qui établit une discrimination envers les femmes mais plutôt une interprétation rigoriste de l’islam qui postule que leurs cheveux et leurs corps réveillent la libido des hommes, incapables de se contrôler. Pures et impures, telle est donc la portée du voile islamique qui crée deux catégories de femmes y compris parmi les musulmanes elles-mêmes. Des musulmans dont nous sommes refusent d’être amalgamés à cette vision caricaturale d’un autre âge. C’est cette conception des rapports entre les femmes et les hommes qu’il s’agit de déconstruire et de dépasser en maintenant une frontière étanche entre le sacré et le profane. Pourtant en nommant Ihsane Haouach comme commissaire du gouvernement auprès de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, Sarah Schlitz entretient les pires stéréotypes, flatte la domination masculine et renforce le patriarcat musulman. Cette nomination est révélatrice d’un mal profond, le relativisme culturel, qui ronge une partie de la gauche depuis longtemps.

La courte échelle faite à des communautaristes religieux

Pour tout avouer, nous vivons avec le sentiment d’être des proies, et parfois même des proies faciles, sacrifiées, sur l’autel du communautarisme. Qu’importe, nous continuerons à exercer notre citoyenneté. Nous savons parfaitement ce qu’il en coûte pour une femme de choisir sa propre vie, ici même, dans la capitale européenne. Certaines de nos membres ont subi des mariages forcés à l’âge de 14 ans, la brutalité d’un père ou d’un frère, la violence conjugale, l’omerta de la famille vis-à-vis d’un conjoint violent, des menaces de mort en cas de divorce, le chantage affectif puis le rejet familial. Sur leurs lieux de travail tout comme dans leurs espaces de vie, certains parmi nous sont confrontés à un climat d’intimidation et de harcèlement du simple fait de vivre leur héritage musulman d’une façon paisible ou détaché. Nos enfants ne sont pas épargnés. Surtout lorsque certains de leurs camarades partageant les mêmes origines qu’eux se voient investis d’une mission ô combien importante : chasser les kouffar (mécréants) ! Une simple discussion dans une cour d’école peut tourner au vinaigre. “Ton père ne fait pas la prière, c’est un kafer (mécréant) ? Ta mère ne porte pas le voile : c’est une pute !” Dans certains quartiers de Bruxelles, la force du groupe est tel que sortir la tête nue, porter une jupe au-dessus des genoux, ne pas suivre le rituel du mois de ramadan publiquement sont des actes héroïques. Nous avons surmonté des menaces, des deuils et remporté des victoires. D’abord sur nous-mêmes. Dépassant peur et colère. Aujourd’hui, nous accompagnons des plus jeunes dans leur quête de liberté dont les vies sont ravagées par le communautarisme ethnique et religieux. On serait même étonné par l’ampleur de ces phénomènes tus, sous-estimés et sous-documentés.

Une fuite en avant politique

Comment peut-on envisager, aujourd’hui, que notre destinée collective puisse s’éloigner de ce mouvement de sécularisation de la société et de l’Etat dont les retombées positives, réelles mais certes, insuffisantes, ne cessent de contribuer à améliorer nos vies ? Une telle situation est le résultat, fort complexe, de toutes une longue série de renoncements et d’abandon. C’est l’histoire d’une fuite en avant politique, d’une double trahison, d’une angoisse (panique) électorale à peine dissimulée et d’une certaine tiédeur à incarner la laïcité. Il faudra bien, un jour, entreprendre l’analyse d’une telle dérive aussi vertigineuse. On y découvrira sans trop faire d’efforts qu’à force de flatter les pires égoïsmes, le sens du collectif s’est étiolé. Il n’y a que les intérêts qui comptent. Et ceux de certains partis politiques plus que d’autres. Tout compte fait, la comptabilité des voix est ce qu’il reste quand il ne reste plus rien d’autre à défendre.

Sommes-nous, déjà, soumis à notre insu aux aléas d’une infernale campagne électorale avec Bruxelles en ligne de mire ? Est-ce à dire qu’à l’approche d’une telle échéance, la chasse ouverte au vote musulman dispenserait certaines formations politiques du respect élémentaire envers l’ensemble des électeurs ? D’ailleurs, quel rôle pour un parlement alors que des élus manœuvrent pour court-circuiter ses instances, sans la moindre gêne, confiant ainsi aux tribunaux des responsabilités qui les dépassent et qu’eux-mêmes ont renoncé à assumer ? Dès lors, comment établir un lien de confiance entre le citoyen et l’élu ? Le décrochage serait-il en passe de devenir un moindre mal, un réflexe refuge ? Pourquoi s’étonner de la vertigineuse ascension des extrêmes lorsque des progressistes font la courte échelle à des communautaristes religieux ? Comment s’y retrouver lorsqu’une commissaire à l’égalité entre les femmes et les hommes affiche ostensiblement un parti pris en faveur d’une interprétation rigoriste de l’islam. Le patriarcat musulman n’a rien de glamour, ni de progressiste. Même avec un verni écolo, le patriarcat musulman reste du patriarcat.”

  • L’illustration de l’article montre l’Iranienne Vida Mavahedi, 31 ans, qui brandit son voile devant la foule, le 27 décembre 2017, à Téhéran © Salampix/Abaca

COLLECTIF LAÏCITE YALLAH. “La Belgique, comme bon nombre de pays européens, souffre d’un mal profond, le communautarisme. Qu’il soit ethnique ou religieux, ses répercussions sont largement connues et documentées. Terreau fertile du délitement du lien social, force est de constater que le réflexe du repli identitaire gagne, de plus en plus de terrain, sans que des solutions viables ne soient envisagées. C’est comme si nous n’avions pas encore pris collectivement la mesure de cet enjeu de société. Pourtant l’ensemble du corps social est éprouvé par les dérives communautaristes et le clientélisme de certains partis politiques. Surtout ces dernières années, avec la montée du fondamentalisme musulman, du racisme, de la xénophobie et de l’antisémitisme avec une percée des partis d’extrême droite et une interférence, néfaste et sans cesse grandissante, des États étrangers. Lorsque la communauté nationale n’est vue qu’à travers une juxtaposition de communautés ethniques et religieuses, le citoyen devient l’otage de sa supposée communauté d’appartenance. Comment exercer son libre arbitre? Que reste-t-il, alors, de la citoyenneté, seul moteur d’un vivre ensemble harmonieux? Comment ne pas être sensible à la solitude et à l’isolement de celles et ceux qui choisissent d’exercer leur libre arbitre, de rompre avec la norme imposée par l’assignation identitaire? Créé le 12 novembre 2019 à l’initiative du Centre d’Action Laïque, le Collectif Laïcité Yallah a pour objectifs de :

    • partager la vision de citoyens laïques, croyants et non croyants, ayant un héritage musulman,
    • proposer des mesures pour combattre le communautarisme ethnique et religieux,
    • lancer un large appel à la mobilisation à l’échelle européenne
      et exprimer la solidarité à l’endroit des personnes qui se battent courageusement dans le monde contre les mouvements et les régimes autoritaires ou absolutistes faisant de l’islam une religion d’État.”

Débattons encore autour du vivre-ensemble…

FRANSIS : Les fêtes de la Pentecôte à Cointe à la Belle-Epoque (CHiCC, 1989)

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Les fêtes de la Pentecôte à Cointe à la Belle-Epoque :
  • LE SAMEDI : en fin de matinée, un tir de campes, à l’emplacement de l’actuelle avenue du Mémorial, annonçait l’ouverture des festivités. Une demi-douzaine d’instrumentistes, précédés d’une grosse-caisse, parcouraient alors les avenues et les rues du quartier. C’étaient les “Aubades”.
  • LE DlMANCHE MATIN : c’était la procession, avec tirs de campes au départ et à la rentrée, ainsi qu’aux reposoirs, pendant la bénédiction, et cela généralement à trois reprises sur le parcours. La procession de Cointe parcourait alternativement deux itinéraires :
    • La première année : départ de l’église paroissiale (chapelle provisoire, dédiée à N.D. de Lourdes à l’angle des rues du Chéra et du sentier qui allait devenir l’avenue du Mémorial) puis, par les avenues des Ormes, de la Laiterie, du Hêtre, la procession arrivait et s’arrêtait dans les jardins de l’Asile de la Vieille-Montagne où se trouvait le premier reposoir. Ensuite, par la rue de Cointe (rue Professeur Mahaim), rue du Batty et la place du Batty, elle gagnait les jardins des Filles de la Croix (Chanmurly) où avait lieu une seconde bénédiction. Enfin, elle descendait la rue Mockel, empruntait la rue Mandeville jusqu’au pied de la rue Saint-Maur, où se trouvait le troisième reposoir. Finalement, elle remontait vers la chapelle paroissiale, par la rue Saint-Maur.
    • La seconde année : départ de la chapelle paroissiale, puis parcourait l’avenue de Cointe, la rue du Batty, la rue de l’Asile (rue de Bourgogne) et descendait la rue Aux Pierres pour s’arrêter à un premier reposoir, face à l’actuelle rue du Cellier. La procession descendait alors la rue du Perron jusqu’au cimetière de Sclessin, faisait demi-tour, puis remontait cette rue et, par les rues des Mésanges et des Bruyères, s’arrêtait à un second reposoir, aux environs du Couvent des Dames du Sacré-Coeur. Elle empruntait le boulevard Montefiore puis un parcours sylvestre et un peu chaotique (Chemin du Champ des Oiseaux) elle descendait l’avenue de l’Observatoire pour faire un dernier arrêt au reposoir, près de la remise des tramways. Elle remontait enfin l’avenue, puis, par la rue des Lilas (rue Constantin le Paige), elle regagnait la chapelle.L’ouverture de la Basilique, en 1936, influera sur le passage de la procession dans certaines rues : Moineaux – Hirondelles – du Puits et Chera…
  • LE DIMANCHE APRES-MIDI : un service intensif de tramways – plus tard de trolleybus – amène les Liégeois sur le plateau. Certaines années, un particulier a même organisé , avec sa camionnette, des voyages qui, par le boulevard Kleyer, au départ de St. Gilles, arrivent à l’ école communale de Cointe. Des Guillemins, de Fragnée, de Sclessin, de nombreux piétons montent vers Cointe. La fête foraine se limitant à la place du Batty, celle-ci est rapidement engorgée. Alors, la foule sans cesse grandissante va devoir se caser ! Où ? Aux terrasses des magasins et des cafés, tandis que les pèlerins se succèdent à jet continu à la chapelle Saint-Maur.

On danse “aux cachets” (5 centimes avant 1914 – 10 centimes après la première guerre, puis 25 centimes). Ces bals populaires ont lieu dans la salle DELBEZ, rue des Lilas (Constantin le Paige), dans la salle CHARLIER (aujourd’hui CGER), avenue de l’ Observatoire. Ajoutons-y le café Kursaal, aujourd’hui “Le Kleyer”, dans la salle en planches, à l’emplacement des immeubles n° 4 à 22 , boulevard Kleyer, ainsi qu’au café KINET , près de l’école communale. J’ignore si l’on dansait au café DELANGE, au-dessus de la rue des Muguets (Jonquilles), mais je sais qu’il s ‘y déroulait de fameuses parties de quilles…

Laiterie de Cointe © histoiresdeliege.wordpress.com

Mais, le CLOU de la fête, c ‘est… les bals en plein air ! Ils battent leur plein à l ‘hôtel du Champ des Oiseaux (place du Batty),dont les jardins longent le boulevard Kleyer, à la laiterie LOURTIE (rue Saint-Maur) et, plus tard, à la laiterie du Rossignol dont l’entrée se trouvait à l’emplacement de l’actuel café du Mémorial. Mais le n°1 de ces établissements, c’est celui qui a laissé son nom à notre avenue de la Laiterie. Si la foule y était trop dense, alors quelques musiciens et une partie des danseurs descendaient l’avenue du Petit-Bourgogne, pour aller danser à la laiterie PUREMONT, au milieu du thier. Quant aux amoureux, ils appréciaient particulièrement les nombreux endroits boisés du quartier !…

  • LE LUNDI MATIN : c’est le jour J du pèlerinage à Saint-Maur. Dès l’aube, nous sommes réveillés par le passage des pèlerins. Il s’agit d’arriver tôt, pour ne pas se voir canalisés à 100 mètres en amont ou en aval de la chapelle. Sitôt la messe de 7 heures terminée, nombreux sont les pèlerins qui se ruent vers la laiterie LOURTIE, pour se sustenter avant de participer à la danse “aux Olivettes” (espèce de danse en usage chez les Provençaux après qu’ils ont cueilli les olives, à l’époque de l’olivade – Dict.Quillet).  Dans ce qu’on ne tardera pas, d’ailleurs, à pratiquer dans les autres cafés du plateau.
  • LE LUNDI APRES-MIDI : même scénario que la veille, mais avec plus de monde encore. Certaines années, des bandes venant de Chênée et d’Angleur, prennent place sur les pelouses, près de la plaine des sports. Ils y organisent alors de véritables spectacles entre eux, avec danses, chants, cramignons, farandoles et autres exhibitions. Et la nuit… Nouveau réveil des riverains, mais cette fois, par des groupes de fêtards qui retournent joyeusement et d’un pas plus qu’incertain vers les communes et les quartiers voisins.
Laiterie du parc de Cointe © histoiresdeliege.wordpress.com
APOTHEOSE ET DECADENCE
L’apothéose

A quoi faut-il attribuer l’immense succès des fêtes de la Pentecôte dans notre Cointe d’antan ?

  • D’abord et surtout à la popularité de l’ancestral pèlerinage à Saint-Maur.
  • A la tradition, bien ancrée en notre bon Pays de Liège : on va à Cointe à la Pentecôte.
  • A l’époque, les fêtes paroissiales se déroulaient selon un calendrier bien établi. Ce calendrier commençait par la fête à Cointe et se terminait par la fête des quatre hauteurs, à savoir : Saint-Gilles, Sainte-Walburge, Embourg et une quatrième, dont le nom m’échappe. Cointe était donc la “Primavera”.
  • La jeunesse et les gens du peuple, qui n’ont pas les possibilités actuelles de se déplacer, attendent avec impatience ces réjouissances.
  • Aucun autre quartier de la ville ne pouvait offrir autant d’attraits réunis : la fête foraine, nombreux dancings, autant de laiteries, et le tout dans un cadre de verdure exceptionnel.
La décadence
  • Le vendredi 10 mai 1940, avant-veille de la Pentecôte, les “Stukas” sillonnent notre ciel. Les forains démontent en hâte baraques et manèges et vont se réfugier sous les arbres du boulevard Kleyer.
  • La guerre finie, on constate la disparition de toutes les laiteries. Seules, les salles de danse DELHEZ et CHARLIER survivront, mais pas pour longtemps. C’est un premier coup mortel pour la fête à Cointe.
  • Nous sommes à l’ère de l’automobile ! Les dimanches et jours de fête, et particulièrement pendant le week-end de Pentecôte, les gens partent vers l’Ardenne ou la Côte.
  • La procession, étant donné la diminution constante des participants, finira par ne plus sortir.
  • Banneux et Beauraing attirent les pèlerins, au détriment des lieux de pèlerinage plus anciens, voire plus modestes, tels que Saint-Maur dont la chapelle est de plus en plus vétuste, les Trixhes à Flémalle, le Bouxhay à Bressoux, et bien d’ autres…

Bref : “Autres temps, autres moeurs !

Georges FRANSIS

  • illustration en tête de l’article : “Les villas de Cointe“, carte postale ancienne © delcampe.net

Brochure éditée par “ALTITUDE 125”, la Commission Historique et Culturelle de Cointe, Sclessin, Fragnée et du Bois d’ Avroy.


LEBIRE : la chapelle Saint-Maur (CHiCC)

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“La première question que nous pouvons nous poser est : où est  sise la chapelle Saint-Maur ? La chapelle Saint-Maur est sise rue Saint-Maur 64. Que nous dit Gobert à propos de la rue Saint-Maur ? “Rue Saint Maur, conduit de la rue Mandeville au Plateau de Cointe. Troisième division, ancien quartier du sud”. A l’époque où Gobert a écrit son livre “Les Rues de Liège”, c’est-à-dire vers 1885, voici comment se présentait la rue Saint-Maur : “A envisager le tracé régulier et la belle largeur de dix mètres qu’offre cette voie, son sol pavé et parfaitement nivelé sur une grande partie de son parcours, vainement on tenterait de se rendre compte de l’aspect ancien des lieux”. Gobert nous apprend donc une chose très importante : cet endroit est ancien.

La rue Saint-Maur n’a pas toujours été appelée rue Saint-Maur, mais ruelle Saint-Maur. Cette ruelle se prolongeait jusqu’à la partie de la rue Jonckeu appelée rue Varin. (Ces deux rues existent encore aujourd’hui et portent encore le même nom. Elles sont situées dans le quartier des Guillemins, au pied de la colline de Cointe). Comme le mot “ruelle” l’indique, l’actuelle rue Saint-Maur était alors très étroite et sans pavage. Cette ruelle était mal entretenue et paraissait avoir été creusée suivant le caprice de la nature à travers le vieux “Bois d’Avroy”. (La dénomination “Bois d’Avroy” a été reprise pour désigner le nouveau complexe de constructions établi à Cointe, vers le quartier de Saint-Gilles. C’est le “domaine du Bois d’Avroy”).

En 1842, le Conseil communal adopte un “plan d’alignement” pour une partie de la rue. Ce plan a été approuvé par le Roi dans l’arrêté royal du 9 juillet 1842. Le 14 septembre, l’édilité (c’est-à-dire le service chargé dans les villes de l’entretien des rues, des édifices…) votait un nouveau projet – projet qui allait imposer à la rue une largeur de dix mètres. Cette décision très importante est ratifiée par le Roi, le 14 décembre 1843. Or, pour élargir la rue, il fallait l’accord des propriétaires de la rue. Ceux-ci traînent pour donner leur avis et le plan subit des modifications au Conseil le 16 juin 1882 (c’est-à-dire près de quarante ans après la ratification par le Roi), le 19 mars 1883 et le 29 juin 1885. Les arrêtés royaux d’approbation de ces changements sont du 9 octobre 1882, du 12 juin 1883 et du 23 septembre 1885.

“Autrefois cette rue était très fréquentée”, nous dit Gobert. Nous pouvons nous demander pourquoi cette rue était tellement fréquentée… Comme nous l’avons dit, une chapelle était située dans cette rue. Ne serait-ce pas à cause de cet oratoire que la rue a une telle fréquentation ? Si, Gobert nous le dit : “… la chapelle où les gens allaient adresser leurs prières au Ciel…”

Pourquoi appelle-t-on cette chapelle : chapelle Saint-Maur ? Plus précisément : qui est saint Maur ? Nous voilà devant une question bien embarrassante, car elle nous place devant un dilemme. Saint Maur est-il ce soldat martyr du IVe siècle honoré le 29 janvier dans le calendrier ou le saint Maur, abbé de Glandfeuil en Anjou (France) que plusieurs critiques disent être différent du saint Maur du IVe siècle, disciple de saint Benoît ?

A ce propos, nous nous permettrons une légère “digression”. Si vous consultez le “Dictionnaire d’Hagiographie” de Dom Baudot, livre dont nous donnons la référence complète en fin de travail, il est assez surprenant de voir la quantité de saint Maur différents qui ont probablement existé. Nous citons :

MAUR : VIe s.- Maur, fils d’un sénateur romain nommé Equitius,naquit en 510, fut présenté à 12 ans à saint Benoît de Subacio et devint son cher disciple des premiers jours. Il le suivit au Mont Cassin. D’après une tradition, Maur, envoyé en Gaule par saint Benoît vers 528, y fonda des monastères, notamment à Glandfeuil, sur la Loire. En 581 , il laissa le gouvernement de son abbaye à Bertulfe pour s’occuper uniquement de son salut. Sa mort survint le 15 janvier 584. Le corps fut retrouvé en 845. Par crainte des Normands, on le transféra à Saint-Pierre-des-Fossés et, plus tard, à Saint-Germain-des- Prés.

MAUR : VIIe s.- Maur ou Mort-né (parce que privé de vie en naissant) fut rendu à la vie par l’intercession de la Sainte Vierge. Il exerça le métier de son père, charbonnier, et termina ses jours dans la solitude, près d’Andenne, sa patrie, au comté de Namur. Son corps fut transporté à Huy, dans l’église de Saint Jean-Baptiste, où il est vénéré.

MAUR de Césène : VIIe s.- Maur, membre distingué du clergé de Ravenne, représenta son archevêque au Concile de Rome contre les monothéistes en 645. Il fut ensuite nommé évêque de Césène où il est honoré le 20 janvier. Saint Pierre Damien a écrit sa vie.

MAUR : Papias et Maur étaient deux soldats romains qui avaient été convertis par le pape saint Marcel. Ils furent jetés en prison et frappés avec des fouets plombés jusqu’au moment où ils expirèrent. Ceci arriva vers 330, sous l’empereur Maximien. Ils furent enterrés dans les catacombes : on fit une translation de leurs reliques sous Sergius II et une autre sous Grégoire IX.

MAUR : Raban Maur (Bx) est un évêque. Il est né vers 776 d’une famille noble de Mayence. Il fut d’abord élève puis moine de Fulda. Il alla perfectionner ses études à Tours, sous Alcuin, revint diriger l’école de son abbaye. Elu abbé de Fulda en 882, il devint célèbre en Allemagne, France et Italie. Obligé d’accepter l’archevêché de Mayence, il fit face à ses nouveaux devoirs tout en continuant sa vie d’étude et de pénitence. Il mourut à Winkel le 4 février 856. Il a toujours été invoqué comme un Saint…

MAUR de Libye : IIIe s. – Un martyr de Rome, honoré à Gallipoli en Italie.  Il souffrit sous le règne de Numérien en 283.

MAUR : VIe s. – Un prêtre venu de Césarée à Rome avec son fils Félix et sa nourrice. Il délivra la contrée d’un serpent monstrueux et fut célèbre par ses miracles. Il est honoré à Spolète.

MAUR, Pantaléemon et Sergius : IIe s. – On donne Maur comme natif de Bethléem, envoyé de Rome par saint Pierre à Bisceglia sur l’Adriatique où il fonda un évêché. Emprisonné par ordre de Trajan, il fut confié à Sergius et Pantaléemon, deux gardes du corps, et les convertit. Tous trois furent mis à mort pour la foi. Maur fut décapité.

MAUR : Sous l’empereur Valérien, un édit fut porté en vue d’arrêter les conversions des païens. Le pape Etienne Ier assembla son clergé et l’exhorta à se préparer au martyre. Le prêtre Bon, parlant au nom de tous, répondit qu’ils perdraient volontiers leurs biens et sacrifieraient leur vie. De ce fait, ce prêtre, avec un certain nombre de membres du clergé – dont Maur – furent mis à  mort.

MAUR : IIIe s. – Maur, prêtre de Reims, fit beaucoup de conversions dans la région de Reims . Il souffrit pour la foi, ou sous Valérien vers 260, ou sous Dioclétien, vers 300. Au XVIIe s., on retrouva ses restes près de l’église de Saint-Nicaise à Reims. Cependant, une partie des reliques de saint Maur avait été transférée en 1012 à Florennes (diocèse de Liège).

MAUR : Maur fut évêque de Plaisance durant la première moitié du Ve s. Il mourut en 445 et son corps est vénéré dans l’église Saint-Savin de cette ville.

MAUR : IVe s.- Maur, deuxième évêque de Verdun, devint célèbre à cause des nombreux miracles opérés à son tombeau. Ces miracles eurent lieu surtout au IXe s., quand on fit la solennelle translation des reliques du saint évêque sur la vie duquel on ne possède aucun détail. La fête est au 16 novembre dans le nouveau propre de Verdun.

MAUR : XIe s.- Parmi les religieux que saint Etienne de Hongrie attira dans ses Etats, on compte un nommé Maur, de l’abbaye de Saint-Martin. Ce Maur devint évêque des Cinq Eglises et mourut vers 1070. Le culte qu’on lui rendit de temps immémorial a été confirmé par Pie IX en 1848.

MAUR : VIe-VIIe s.- Maur, évêque de Vérone, vécut probablement au VIe s.

MAUR : IIIe s. – Maur, venu d’Afrique pour visiter les tombeaux des Saints Apôtres, fut arrêté comme chrétien par ordre du préfet de Rome, nommé Célerin, sous l’empereur Numérien, et décapité en l’an 284.

MAUR : Claude, tribun de Rome, Hilarie, son épouse, Jason et Maur, leurs enfants, furent mis à mort pour la foi, sous l’empereur Numérien (en 283). Claude fut précipité dans le Tibre, Jason et Maur furent décapités et Hilarie aussi.

Il existe même des saintes Maure (…). Il semble cependant intéressant de mentionner ici un extrait d’article rédigé par Monsieur Charles Bury, sur la chapelle de Mons (Bombaye) : “La chapelle de Mons est surtout connue par un pélerinage à sainte Maure, patronne des lessiveuses, née à Troyes au IXe s. et qui consacra toute sa vie aux oeuvres de piété. De nombreux miracles se sont produits par l’attouchement d’objets qu’elle avait confectionnés pour le culte. La dévotion envers la bienheureuse Maure attire de nombreux pélerins à Mons. Les ex-votos qui garnissent les murs de la chapelle portent des dénominations assez différentes. Une ancienne inscription sur la poutre du jubé : “In honorem Beatae Matris Dei”, mal interprétée par les fidèles, a modifié l’authentique vocable ainsi que le sujet des invocations. Depuis longtemps, Sainte Maure est sollicitée par les futures mères…”

Selon Gobert, le saint vénéré dans la chapelle de Cointe serait plus sûrement un saint peu connu ou relativement peu connu du pays hutois. On prétend que ce saint avait été mis au monde sans vie – de là son nom de Saint Mort -et dont nous avons dit quelques mots (cfr notes tirées du “Dictionnaire d’Hagiographie”).

Dans “Les Rues de Liège”, nous trouvons quelques précisions sur ce saint : “A Huy, cette vénération envers ce saint Mort ou Maur remonte des temps fort éloignés. En effet, on mentionne un Thierry de Saint Maur au XIIIe siècle. A Mons, au siècle suivant, on mentionne une confrérie de Saint Maur très célèbre. Son culte à Liège est de date relativement récente. L’oratoire placé sous le vocable de Saint Maur ne l’a pas toujours été. Ce sanctuaire, érigé pour la première fois au début du XVe siècle, fut consacré en l’an 1402 par Henri de Nuys, évêque de Sidon, suffragant de l’Elu Jean de Bavière. C’est en l’honneur de “la Sainte Vierge et de l’Apôtre saint Mathieu” et non de saint Maur qu’il avait été élevé. On l’appelait alors la “chapelle de l’ermitage de Fragnée” et ce nom lui est resté jusqu’au XVIe siècle. Les Bollandistes ont tout récemment publié dans leurs Analecta, la pièce la plus ancienne relative au saint Maur du pays hutois. C’est une courte chronique de la fin du XVe s. conservée dans un manuscrit liégeois de Saint-Laurent.

“Nous y voyons qu’en l’an 1466, au temps le plus agité des guerres civiles du règne princier de Louis de Bourbon, le sous-prieur de ce couvent, Gérard de Gingelom, se trouvant à Huy avec son abbé, voulut savoir ce qu’était devenu le saint vénéré dans cette petite ville de Huy, sous le nom de saint Mort. Ce qu’il en apprit et ce qu’il en rapporta lui avait été raconté par les paroissiens auxquels il s’était adressé. D’après eux, ce saint, enfant de braves gens d’Envoz (Autvalle), étant mort-né, fut porté sur l’autel de Notre-Dame-des-Vignes, à Huy, et ressuscité par l’intercession de la Vierge, aurait grandi dans la piété, puis distribué son bien aux pauvres pour embrasser la vie érémitique. Il résidait non loin d’Andenne sans doute, puisqu’il était particulièrement révéré des religieuses du noble chapitre de cette localité. Il fut assassiné dans son ermitage par des bandits. Le char que ces religieuses envoyèrent pour ramener le cadavre ne put bouger de place jusqu’au moment où les chevaux, abandonnés à eux-mêmes, prirent le chemin de l’église hutoise en laquelle le Saint avait reçu son miraculeux baptême. Ce fut là qu’on inhuma ses restes, et la vénération dont ces reliques furent l’objet, comme les grâces obtenues de son intercession, finirent par substituer Saint Maur à Notre Dame et à Saint Jean, dans le patronage de cette église” (Gobert).

Dans son livre “Connaissez-vous Huy ?”, René Furnémont nous parle de l’église Saint-Mort de Huy, en pages 22 et 23. Nous vous livrons cet extrait : “Vers l’an 698, rapporte la légende, un enfant mort-né naquit au foyer d’un pauvre charbonnier des environs d’Andenne. Désolé , le père s’en vint à Huy, à l’église St Jean-l’Evangéliste déposer l’enfant aux pieds de Notre Damme des Vignettes. C’est là que la prière fervente d’un ermite rappela à la vie le bébé à qui les circonstances de sa naissance valurent le nom de “mort”. A l’âge de 18 ans, Mort devint gardien des pourceaux de Sainte Begge. C’est ainsi qu’il mourut dans les bois de Haillot, à l’endroit où s’élève aujourd’hui une modeste chapelle qui fut naguère le but d’un pélérinage des plus suivis. Les pélerins venaient baiser la pierre sur laquelle Mort avait posé la tête pour mourir. Lorsque Mort ferma les yeux pour toujours, les boeufs refusèrent de tirer le chariot qui devait le ramener à Andenne. Ils prirent la direction de Huy et vinrent s’arrêter devant la chapelle où l’enfant avait repris vie. L’ermite vivait toujours ; il venait d’atteindre sa centième année. Ayant accueilli le corps de celui qu’il attendait, il s’endormit à son tour pour l’éternité. Restaurée par les soins de Sainte Begge, la chapelle du miracle fit place, au XIIIe siècle, à l’édifice ogival actuel. Malgré les graves mutilations qui l’ont défiguré, celui-ci a été classé par la Commission royale des Monuments. En 1624, le pape Urbain VIII ayant canonisé le serviteur de la fondatrice d’Andenne, les restes furent placés dans une châsse, sous les yeux du nonce Caraffa et l’église, devenue le but d’un pélerinage très populaire, lui fut désormais dédiée…”

Si nous revenons à ce que Gobert nous disait, nous pouvons constater que la version de cette “histoire” que donne Furnémont correspond à ce qu’avance Gobert. Voyons ce que ce dernier nous livre encore : “A cette légende populaire, dont on ne connaît aucune version antérieure à celle-ci, le chroniqueur de Saint Laurent n’ajoute rien qui indique même l’époque où aurait vécu le Saint. Il nous fait connaître seulement qu’il était surtout invoqué avec succès contre la goutte et les maux de dents. Ce qui ressort du récit du moine de Saint Laurent, c’est que vers la fin de ce XVe siècle, on avait été particulièrement frappé en ce monastère, du culte rendu dans Huy à Saint Maur et des pélérinages dont le tombeau de cet ermite était le but fréquent. N’est-il pas permis d’en conclure que ce fut à la suite de ce pieux engouement de l’abbaye liégeoise pour Saint Maur, qu’on plaça sous le patronage du Saint solitaire, l’oratoire établi au milieu de dépendances du monastère de Saint-Laurent, car la paroisse Sainte-Véronique relevait de cette maison religieuse ?”

Donc, avant la fin du XVIe siècle, l’ermitage était connu sous le nom de chapelle Saint-Maur. ( voir “Conclusions et Capitulaires de Saint-Lambert“, analysées par M.S. Bormans, p.241).

Reparlons un peu de la rue Saint-Maur… La rue qui conduisait à la chapelle avait pour dénomination depuis le XIVe s. au moins “mont Badar”. Elle ne devait pas tarder à être définitivement changée en “ruelle Saint-Maur”. La chapelle de Fragnée conquit assez rapidement une renommée à la suite de son changement de vocable. Cette renommée lui fut maintenue dans les siècles ultérieurs : “Le pélerinage à Saint Maur est un des plus suivis de la ville et des environs.”

A côté de la chapelle, vivait un ermite… L’ermite avait son habitation à côté du sanctuaire et avait peine à vivre. Il remplissait cependant toutes ses obligations d’ermite. Que faisait cet ermite ? Il est bon de savoir qu’il relevait du Chapitre de Saint-Lambert. Ce Chapitre, dès le XVIe s., nommait le titulaire, s’occupait de toutes les choses se rapportant à l ‘ ermitage, mais encore veillait à ce que la conduite du préposé fut régulière. Ainsi, en 1567, le Chapitre ayant appris que l’oratoire était peu ou pas entretenu et que l’ermite exerçait son art de façon mécanique, procéda à une enquête.

Le pieux solitaire avait donc à prendre soin de la chapelle ; il y sonnait l’Angelus, le matin, à midi et le soir. Combien de services – dans les premiers temps surtout – ne dut-il pas rendre aux pauvres passants ? Sa subsistance était assurée le plus souvent par les fidèles. Dès le XVIIe siècle, il donnait l’instruction à la jeunesse des environs qui était alors sans école. Il offrait ses services en de nombreuses autres circonstances. Pour subvenir à ses besoins, la générosité des gens ne suffisait pas, et l’ermite s’adonnait à la culture des champs voisins, appartenant au Chapitre de Saint-Lambert, auquel il payait une redevance. Parfois, s’il mendiait, le produit était destiné à la réfection ou à la reconstruction de la chapelle et à la réparation de sa demeure.

Il ne faut cependant pas croire que les anachorètes de Saint-Maur étaient des religieux. Si, de temps à autre, des prêtres demeurèrent dans cet ermitage, il y eut aussi des ermites qui se marièrent, évidemment après avoir abandonné leur état. Tel fut le cas de Jean Francottay, à la veuve duquel, le 18 février 1633, le Chapitre cathédral acoorda un subside peur avoir reconstruit la chapelle et amélioré l’habitation joignante.

Dans la première moitié du XVIIe s., le Vicaire Général eut à réprimer certains abus commis par quelques ermites en divers endroits : “Usant – disait le prélat – d’habits trop conformes aux ordres religieux, ils vont et tracassent indifféremment, sans ordre ou obédience, mendiant et amassant des aumônes en quantité, comme pour des couvents entiers de religieux ; ils s’entremettent de prêcher la parole de Dieu et d’ouïr les confessions.” Voulant mettre fin à ces irrégularités, le Vicaire Général porta le 12 août 1644, un règlement pour les ermites, qui les déclarait soumis à l’autorité du curé de la paroisse. Ils devaient avoir un costume modeste, complètement distinct de celui des religieux. Ils ne pouvaient mendier qu’avec la permission du chef paroissial et étaient au reste tenus de s’adonner à des travaux manuels destinés à pourvoir à leur existence.

Au commencement du XVIIIe siècle, le Vicaire Général encore, visita tous les ermitages de la Principauté. A la suite de cette inspection, il donna aux ermites une règle et une organisation spéciales. Il les partagea en plusieurs congrégations ayant des supérieurs. Des statuts réglaient les réunions, déterminaient les occupations de chacun et les exercices de piété qu’ils avaient à accomplir journalièrement. Comme nous pouvons le voir, la vie des ermites ne se passait pas dans l’oisiveté ni dans la mendicité. Sans doute recevaient-ils maintes aumônes, mais ils travaillaient, se montraient utiles au public et, à l’occasion, apportaient leurs soins aux malades. L’ermitage était donc un centre de pélerinage, mais il avait un rôle important pour les habitante de Cointe. En effet, l’ermitage facilitait aux fidèles l’observance des devoirs religieux. Durant plusieurs centaines d’années, tous les dimanches et jours de fêtes, on célébrait l’office divin dans la patite chapelle. Bref, celle-ci était une chapelle auxiliaire.

A la fin du XVIIIe siècle, les habitants de Cointe et des environs, firent valoir cet état de fait. Dans quelles circonstances ? A cette époque, la Belgique était sous la tutelle de la France. La République décida l’aliénation de l’oratoire. La loi du 11 Prairial an III (dans le calendrier républicain) avait proclamé prétendûment, la liberté des cultes. Plus tard, l’arrêté des Conseils de la République, en date du 7 Nivôse an VIII (28 décembre 1799), déclara que “les citoyens des communes qui étaient en possession au 1er jour de l’an II, d’édifices originairement destinés à l’exercice d’un culte, continueront à en user librement, sous la surveillance des autorités constituées.”

Se fondant sur ces décisions, les pétitionnaires exposèrent le 21 Pluviôse an VIII (10 février 1800) à l’Administration Centrale du Département de l’Ourthe, que “de temps immémorial, ils ont eu la jouissance· d’une petite chapelle appelée St. Maure dont la destination a été aussi de tous temps de servir à l’exercice du culte catholique. L’éloignement de cette partie de commune ou hameau, du centre de la paroisse dite de Sainte-Véronique, avait nécessité en son temps l’établissement de cette chapelle.” Ils concluaient en demandant que la chapelle fut conservée et que “lesdits habitants soient autorisés à en continuer le libre usage pour l’exercice de leur culte catholique”. L’autorité départementale se laissa fléchir et prit un arrêté surseyant à la vente de la chapelle.

Quand la Révolution française éclata, l’ermitage avait pour titulaire Joseph Briquet. Cet ermite, vieux, épuisé depuis longtemps, ne tarda pas à succomber. Lui succéda un sieur Paul Robert qui, pendant plus de vingt ans, l’avait assisté et avait même habité sa modeste demeure. C’était un étrange ermite que ce Paul Robert. Il montra une telle ardeur à la défense et à l’expansion de la cause révolutionnaire qu’à la restauration du pouvoir princier, le curé de Sainte-Véronique dut l’expulser de l’ermitage où s’installa un prêtre nommé Emotte. Sa mission n’y fut pas longue.

Après la rentrée triomphale des troupes républicaines le 27 juillet 1794, Paul Robert s’adressa à l’autorité révolutionnaire pour être rétabli dans sa place. Vu ses antécédents, par arrêté de l’Administration Centrale en date du 16 Brumaire an III (6 novembre 1794), il fut “autorisé à rentrer dans la jouissance de l’ermitage qu’il a habité pendant 26 ans, comme aussi de la petite pièce de terre adjacente, à la condition de mettre en culture et d’en payer provisoirement la redevance que l’ex-chapitre en tirait ; c’est-à-dire 24 florins annuellement.” (Archives de l’Administration Centrale, reg.117 f°156)

Paul Robert occupait encore l’ermitage en 1811. A ce moment, Napoléon, pour faire face aux nombreux frais de ses expéditions lointaines, s’efforça de se créer de nouvelles ressources par tous les moyens. Ainsi fit-il aliéner à son profit, la plupart des “biens nationaux” qui avaient échappé à la vente sous la République. L’ermitage de Saint-Maur fut du nombre. On l’expertisa le 22 août 1811. Il consistait, d’après l’acte dressé à cette occasion et que nous citons textuellement :

” 1°) En une chapelle et un petit bâtiment nommé l’ermitage de Saint Maur ; ladite chapelle est bâtie en pierre brute et en brique et est couverte en ardoise ; la maison est construite en charpente et en brique et est couverte en ardoise ; ladite maison consiste, au rez de chaussée, en une pièce à feu, et, au-dessous une petite cave, et, au premier, en une pièce également comme le rez de chaussée ; ladite chapelle ainsi que la maison sont bâties sur huit ares et soixante-douze centiares, joignant du nord à la ruelle Bourgogne, du levant à la ruelle Saint Maur, du midi à Antoine Lamotte, du couchant à Joseph de Lange.

2°) Une autre pièce de terre et broussaille, la terre est défrichée, située vis à vis ladite chapelle le chemin entre deux contenant 18 ares et soixante quinze centiares, joignant du midi à la ruelle de Loups, du levant à la veuve Nicolas Marichal, du nord à l’abbé Dossin.”

La vente eut lieu le 14 août 1811 et l’ensemble fut adjugé à MM. Charles Dechamps, Noël Dans et Henri Robert, au prix de 1.500 francs. Il échut plus tard à la famille Beaujean et était – à l’époque où Gobert a écrit son livre – en possession de M. Tart, banquier.

Les aumônes que les pélerins déposaient dans le tronc de la chapelle y sont employées par les propriétaires. Dans un article signé A.S. et tiré d’un journal du 12 février 1967, voici ce que nous avons lu : “…elle (la chapelle) fut vendue avec son mobilier, en 1911, pour 2.000 F. et achetée par M. Delhaize qui en fit don à la fabrique d’église Notre-Dame de Lourdes de Cointe.” Cet article est intitulé “Sur les hauteurs de Cointe ••• Que deviendra la chapelle Saint Maur ?” Dans ce même article, on peut lire que “le conseil de fabrique de l’église paroissiale de Cointe a proposé à la Ville de la reprendre comme monument témoin de notre passé. Cette proposition doit être évidemment ratifiée par le conseil communal. Ce sera probablement chose faite dans les prochaines semaines.”

En effet, renseignements pris auprès du clergé de la paroisse, cette décision a été acceptée par le Conseil. D’ importants travaux de restauration doivent être entrepris. Notons que le toit a été réparé récemment. Actuellement, la chapelle est fermée toute l’année et ce depuis quelque temps déjà. La statue de Saint Maur a été transférée en la crypte de l ‘église du Sacré-Coeur. C’est là que les pélerins peuvent prier et obtenir médailles et images. C’est là aussi que certains vont encore déposer des ex-votos, comme en fait foi l’attestation du sacristain.

Comment se présente l’oratoire ?  Le sanctuaire se compose d’une nef, d’un petit choeur avec autel. “La bâtisse actuelle de l’oratoire a été faite sur l’emplacement d’un plus ancien, dont les soubassements en pierre, vieux de trois à quatre siècles sont très caractéristiques, vus du jardin surtout” nous dit Gobert. Et il continue en disant : “Il avait les mêmes dimensions que la chapelle aujourd’hui existante.”

De quand date cet oratoire ? Il a été réédifié en 1673 et 1674, comme en font foi deux inscriptions, l’une au-dessus de la clef de voûte surplombant la porte et l’autre sur le petit vitrail du choeur. Ce petit vitrail a été placé dans le choeur à la mémoire de Pierre de Rosen, chanoine de la Cathédrale, Archidiacre de Campine, Prévôt de Saint Jean l’Evangéliste et Chancelier du Prince, indique le millésime 1673, comme celui de la restauration, de la réédification plus précisément. En face de ce vitrail, se trouve un autre semblable au premier et dédié à Guillaume Natalis, Abbé de Saint Laurent. L’année 1673 se retrouve au-dessus d’une fenêtre simulée où l’on aperçoit l’inscription: “SINE DEO NIHIL” (Rien n’est possible sans Dieu). Il y a d’autres inscriptions encore, sans intérêt historique et en partie disparues. Ces pierres figurent sur la façade et sont au nombre de trois : “SOLI DEO HONOR ET GLORIA” (Honneur et Gloire pour Dieu) “Ste. MAURE ORA P.N. 69” (Saint Maur, priez pour nous 69) “SINE DEO OM NIHIL” (Sans Dieu, tout est néant).

Ce sanctuaire était très bien entretenu au XIXe siècle. Dans les comptes communaux figurent des subsides pour cet objet et pour subvenir aux besoins de l’ermite, et ce, déjà au XVIlle siècle.

La façade de la chapelle présente donc une porte – dont nous avons déjà parlé – trois fenêtres avec vitraux et une fenêtre, située à hauteur d’homme et fermée par des barreaux ou colonnettes de bois, au nanbre de sept. Elle est sise au nunéro 64 (…). Quand on observe la carte postale éditée par la Maison Lecarme et reproduisant la chapelle devant laquelle posent Monsieur Ubags (qui quêtait les jours où il y avait office) et quelques enfants, on peut voir qu’il y a une statue dans la niche située au-dessus de la porte d’entrée de la chapelle. Or, sur la ph0to prise il y a peu, cette statue n’apparaît plus. Il est fort probable qu’elle aura disparu lors des bombardements de la guerre 1940-45 et n’aura jamais été remplacée. La chapelle possède aussi un charmant clocher ; c’est là que se trouvaient jadis les cloches qui annonçaient aux gens des hameaux environnants, la messe et l’angélus. Ce clocher est surmonté d’une croix de fer. En regardant une carte de la chapelle envoyée à Mme Bury, la chapelle apparaît peinte en jaune et le soubassement dessiné en brun et la statue est encore dans la niche au-dessus de la porte. Dans la chapelle se trouvaient donc la statue de saint Maur, en bois, une statue de saint Roch et une pieta. Elle renfermait aussi une peinture d’une Mater Dolorosa, dûe au pinceau de Nicolas La Fabrique. Le tableau est signé. Je dis que ces objets se trouvaient dans la chapelle, car actuellement ils se trouvent remisés dans une petite pièce de l’église du Sacré-Coeur.

Et le pèlerinage ? Il existe enoore, mais depuis quelque temps, il a lieu le limdi de la. Pentec8te, à la crypte de l’église du Sacré-Coeur. Voici ce qu’en écrivait Gobert : “Ce qui frappe le plus l’attention, c’est le grand nombre d’ex-votos et de béquilles de tous genres, pendus au mur. Ils témoignent de la foi des pélerins et de la vogue dont ce pélerinage continue à jouir. La foule arrive surtout nombreuse le dimanche et le lundi de la Pentecôte (c’est la fête du quartier de Cointe). Ce deuxième jour, une messe solennelle est célébrée à sept heures. Longtemps avant l’heure, la foule ne cesse de s’accroître sur la place voisine. Pour permettre aux assistants nombreux de la suivre, la clochette de la tourelle en annonce les différentes parties par des tintements argentins. Elle n’est mise en branle qu’en cette circonstance. Toute la journée, l’oratoire ne cesse d’être rempli par la foule d’arrivants, qui se répand ensuite dans les restaurants voisins et sur le vaste terrain faisant face à la chapelle. Ce terrain est tout parsemé d’établis et de tables. Les gens du peuple vont là, soit se rassasier de gaufres, de gâteaux et d’autres friandises, soit faire l’emplette de médailles ou de mille petits souvenirs. Des pélerins ne manquent pas non plus d’aller s’approvisionner d’eau à la fontaine St Maur qui longtemps a été tarie par les travaux des houillères voisines. Cette eau, à laquelle ils croient reconnaître des vertus curatives, est recueillie dans des bouteilles et sert principalement à lotionner les parties malades.”

Voilà ce que nous livre Gobert. J’ai recueilli de mon côté, une source orale des années trente. Elle m’a été livrée par Monsieur l’abbé Ch. Chalant. Voici à peu près ce qu’il me disait (Monsieur l’abbé – alors qu’il était encore enf;nt – habitait le quartier de Saint-Gilles, non loin de Cointe. Comme toutes les familles chrétiennes des environs et de Cointe, ses parents venaient en pélerinage à St. Maur) :

“Les pélerins faisaient le pélerinage pour obtenir la guérison d’un membre de la famille, mais surtout des enfants. Les parents qui avaient des enfants sains, faisaient le pélerinage pour demander à saint Maur de préserver leurs enfants contre toutes sortes de maux, et notamment contre les maux de jambes. Aussi – continue Monsieur l’abbé – les adultes avaient-ils coutume de porter les enfants, de leur domicile à la chapelle. Cela était pénible parfois, car l’enfant ne devait point toucher le sol avant d’arriver à l’oratoire. Mais cela n’empêchait pas les parents de se reposer de temps en temps. Lorsque les adultes s’arrêtaient en chemin, ils déposaient les enfants sur les appuis de fenêtres des maisons qui bordaient les rues qui conduisaient à la chapelle. La halte terminée, on reprenait l’enfant sur ses bras et on continuait sa route…” C’était simple, mais encore fallait-il y penser !

La source de Saint-Maur :  Durand Fardel, dans son “Dictionnaire général des eaux minérales et d’hydrologie médicale” mentionne cette source. Elle est sulfureuse. Cette source a été longuement signalée dans l’étude qu’un spécialiste, Monsieur A. Poskin a consacrée en 1888, aux sources minérales de la Belgique et qui a paru au “Bulletin de la Société belge de Géologie, de Paléontologie et d ‘Hydrographie”. Voici ce qu’il dit:

“La source de Saint Maur est visitée chaque jour par un assez bon nombre de malades et le tas considérable de béquilles déposées dans la chapelle témoigne de la croyance aux vertus miraculeuses de cette eau. Elle sort du schiste houiller qui compose la colline, à travers un tuyau en poterie et est reçue dans un réservoir en pierre si mal entretenu, que l’eau ne peut être puisée sans renfermer de grandes quantités de particules organiques… L’écoulement n’était guère qu’un suintement lors de notre visite, le 21 juin 1883, à cause de la sécheresse exceptionnelle de la saison. Les habitants assurent qu’elle ne tarit jamais et qu’elle coule parfois en abondance.”

“Elle accuse une odeur hépatique assez forte et reste neutre au papier de tournesol. La température de l’eau dans le réservoir était de 21,5°, le baromètre accusant une pression de 764 m.”

“La source est aujourd’hui abritée sous un petit bâtiment proche de la chapelle et donne encore de l’eau comme jadis.”, nous dit Gobert.

Cette source est tarie, aujourd’hui. Il n’en subsiste aucune trace. Voici, à ce sujet, un extrait d’article, signé A.S. (“La Libre Belgique” du 12 février 1967) : “Une source proche laissait couler un mince filet d’eau, recueilli par des pélerins. Cette source est tarie depuis longtemps, sans doute dès le début de ce siècle (XXe s.)”

Alexandrine LEBIRE

Bibliographie
  • GOBERT, Th., “Les Rues de Liège, anciennes et modernes”, Liège, 1891-1895
  • BAUDOT, Dom : “Dictionnaire d ‘Hagiographie”, Paris, 1925
  • FURNEMONT, R. : “Connaissez-Vous Huy ?”
  • REM, G. : “Cointe”, article tiré de “La Wallonie”
  • REM, G. : “A Cointe”, article tiré de “La Wallonie” du 15 octobre 1957.
  • A. S. : “Sur les hauteurs de Cointe… Que deviendra la chapelle St.Maur ?  “, article tiré de “La Libre Belgique” du 12 février 1967.
  • BOVERIE, D. : “Cointe”, article paru dans la rubrique “Autour du Perron” dans “La Meuse” du 2 août 1962.
  • BURY, Ch. : “La chapelle de Mons (Bombaye)”, article tiré du “Journal de Visé – Dalhem” du 8 novembre 1953.
  • TARCISIUS : “Le Montmartre liégeois”, article tiré de “L’Appel des Cloches” du 10 juin 1966.

  • Travail d’étude présenté par Alexandrine LEBIRE pour l’obtention du diplôme d’institutrice en juin 1968. Elle écrit : “Qu’il me soit permis de remercier Monsieur Charles BURY, Vice-Président du Vieux-Liège, et Monsieur Jean-Claude FABES qui m’ont apporté leur gracieuse collaboration.

  • Brochure éditée au profit de la restauration de la chapelle par le Comité de quartier de Cointe et la Commission historique en janvier 1991
  • L’article est illustré par une aquarelle de Madeleine Defawes
  • Pour toutes les autres illustrations © Philippe Vienne 

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HORVILLEUR : La laïcité est devenue synonyme d’athéisme. Mais ça ne l’a jamais été…

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Delphine HORVILLEUR en 2020

Le jour où j’ai appris la mort de Samuel Paty, l’assassinat d’un enseignant parce qu’il avait « osé » pour enseigner la liberté d’expression, montrer à ses élèves des caricatures de Mahomet, j’ai posté sur les réseaux sociaux une caricature. J’ai choisi parmi tant d’autres une vieille couverture de Charlie. On y voit trois rouleaux de papier toilette, qui déroulent l’enseignement des trois monothéismes, avec pour titre grossier “Aux chiottes toutes les religions !”. Si la plupart des gens ont compris ce que je cherchais à exprimer par la reproduction de ce dessin de Cabu, la réaction de certains m’a invitée à réfléchir.

Entre les messages d’athées militants qui me congratulaient : “Bravo ! Quel courage pour un rabbin d’admettre enfin la vérité !” et ceux de croyants offusqués qui me disaient : “Eh ben bravo ! Quelle honte pour un rabbin de cracher ainsi sur toutes les religions !“, la confusion était finalement la même : les uns et les autres pensaient que j’étais ce que je postais

Ravis ou choqués, tous avaient lu ce post au premier degré. Aucun d’eux, cinq ans après janvier 2015, ne percevait apparemment la différence entre le message littéral d’une caricature (auquel on peut individuellement adhérer ou pas) et le devoir collectif de lutter pour son absolue légitimité dans l’espace public, quelle que soit notre croyance.

Alors voilà comment, en 2020, nous devons encore le dire : une société libre garantit à chacun la possibilité de penser, de rire, et de poster contre soi. Cela implique d’accepter pour réfléchir de s’offusquer et de se faire violence. Tout débat qui nous élève fait violence à nos idées, précisément pour ne pas faire violence à des hommes. La différence est assez simple. Elle passe par la distance critique et par l’auto-dérision. Et peu importe en quoi on croit, elle dit toujours en substance : “Aux chiottes le premier degré !“.

Delphine Horvilleur sur son site : TENOUA.ORG


Elle est à la fois l’une des rares femmes rabbins de France, une ardente défenseure de la laïcité et une intellectuelle engagée dans le dialogue avec le monde musulman. Entretien avec l’auteure de Comprendre le monde, au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty.

Madame Figaro. – Dans une tribune publiée hier sur votre site Tenou’a, vous défendez, au nom de la liberté d’expression, l’idée de penser contre soi. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Delphine Horvilleur. – Ce post est né après que j’ai publié une caricature de Charlie Hebdo pour réagir à l’assassinat de Samuel Paty. Il s’agit d’une vieille couverture sur laquelle on voit les trois religions (catholique, musulmane et juive, NDLR) inscrites sur du papier toilette déroulé, et titrée «Aux chiottes toutes les religions !». J’ai volontairement choisi cette caricature où il était question d’une critique des trois religions, parce que je crois qu’on est dans un moment où les leaders religieux doivent être capables d’incarner une auto-critique. Et j’ai été très étonnée de voir que beaucoup de gens l’ont pris au premier degré. Quand certains, athées convaincus, m’ont dit «vous avez enfin compris, les religions sont toutes à jeter», d’autres ont été choqués que, en tant que rabbin, j’attaque les religions. Ce qui m’a le plus troublée, c’est de m’apercevoir que beaucoup pensent qu’on est ce que l’on poste ; c’est de voir que beaucoup ne sont pas capables de faire preuve de deuxième degré à un moment où on devrait tous publier ces caricatures, pas pour dire qu’on est d’accord avec leur message littéral, ni d’ailleurs nécessairement avec leur message caché, mais pour dire à quel point on luttera, et on luttera jusqu’au bout, pour qu’elles aient le droit d’exister sur la place publique, et pour qu’elles continuent de raconter quelque chose de notre société et de notre histoire.

Dans votre post, vous affirmez qu’«une société libre passe par la distance critique et par l’autodérision». Cette autodérision et cette prise de distance dont vous parlez, qu’en a-t-on fait ?

Le propre des moments de crise est qu’on les vit comme des citadelles assiégées, sur un mode de défiance. On devient suspicieux à l’égard de tous ceux qui expriment des critiques, jusqu’à devenir nous-mêmes incapables d’autocritique. On voit bien ce qu’il s’est passé vis-à-vis de l’humour ces dernières années. On fait partie d’une génération où l’on pouvait regarder, ados, des sketches qu’on ne pourrait plus voir aujourd’hui. Pas parce qu’on a moins d’humour mais parce qu’on a pris conscience que dans un contexte de crise et de tension identitaires, on peut continuer à rire de tout, mais plus avec tout le monde. Et cela a un impact sur notre capacité de mise à distance des événements.

C’est-à-dire ?

Désormais, on hésite à rire, on ne sait plus de quoi on peut rire, qui va se vexer, qui va être offensé, offusqué. Caroline Fourest est très juste quand elle parle de cette génération offensée, on vit dans un monde dans lequel les gens ne tendent plus l’oreille qu’à l’offense qu’on leur impose, pas à la contradiction. Alors qu’il n’y a rien qui nous fasse plus grandir que d’être contredit, que de penser contre soi. C’est là où le symbole de l’assassinat d’un enseignant de la République est si fort et bouleversant pour tant d’entre nous. On sait au fond de nous que c’est ce que l’école nous promettait qu’elle allait nous apprendre : penser contre nous-même. On arrive enfant avec un bagage, culturel, identitaire, religieux, et l’école nous aide à l’interroger.

Il faudrait donc réapprivoiser, ou réaffirmer, cet esprit critique…

Il faut surtout s’assurer de ne pas y renoncer, et ce dans tous les domaines de nos vies. C’est très difficile à enseigner. À l’école, cela passe avant tout par l’histoire, cette matière qu’enseignait justement Samuel Paty. Rien ne nous apprend mieux la théologie que l’histoire ; on ne peut tout simplement pas comprendre sa religion si on ne comprend pas par quoi et par qui elle a été influencée, et pourquoi elle est le produit des temps et des espaces qu’elle a traversés. Quand on sera capables de raconter nos histoires religieuses à travers les influences qu’elles ont subies, on aura un outil formidable pour lutter contre le fondamentalisme religieux. Parce que ce qui colle à la peau de tous les fondamentalistes quels qu’ils soient, c’est qu’ils sont tous allergiques à l’histoire. Ils sont tous chronophobes, détestent tous l’idée que leur religion a pu évoluer, qu’elle a pu être influencée par d’autres, parce que cela va à l’encontre de leur obsession pour la pureté, la pureté des corps, la pureté des femmes, la pureté des pratiques, la pureté de leur histoire. Si vous commencez à leur expliquer à quel point leur religion est emprunte d’influences extérieures et conditionnée par un contexte, alors vous avez avec vous un outil extrêmement puissant de destruction de leur discours.

Il y a eu les tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012, l’attentat de Charlie Hebdo en janvier 2015, celui du Bataclan en novembre, puis celui du 14 juillet 2016 à Nice, l’assassinat du père Hamel… Et aujourd’hui celui de Samuel Paty. Comme à chaque fois, on assiste à un sursaut d’humanisme. Et aujourd’hui, peut-être, à un tournant dans la prise de conscience ?

J’adorerais pouvoir vous dire oui. Le danger, c’est qu’il y ait une retombée d’émotions. La date de la rentrée scolaire, le 2 novembre prochain, est très critique pour notre société. Parce qu’un peu de temps aura passé, l’émotion sera retombée, et là on verra vraiment ce que l’on fait. Mettre tout sous le tapis et regarder ailleurs peut paraître impensable, et pourtant on sait qu’on l’a déjà fait en plein d’occasions. D’autant qu’on va être rattrapés par d’autres actualités, la question du reconfinement ou pas, le couvre-feu, la psychologie des enfants, la contamination des familles… Il va y avoir d’autres urgences et la vraie question, c’est comment on va être capable de s’astreindre à une forme de discipline d’enseignement qui se joue à l’école, certes, mais aussi dans la façon dont les parents vont parler à leurs enfants le jour de la rentrée, dans la manière qu’on aura tous de ne faire qu’un, et d’admettre qu’il y a des valeurs sur lesquelles on ne transigera pas.

Que faire de cette colère qui traverse la France depuis vendredi ?

La colère, c’est comme la peur. La peur peut susciter ou au contraire inhiber l’action. La colère, c’est pareil, elle peut vous enfermer un peu plus sur vous-même, avec un ressentiment qui débouchera toujours sur de la haine ; ou alors elle peut vous mener à l’action. Il faut que chacun d’entre nous, dans son domaine des possibles, se pose la question de quelle alliance il crée, de ce qu’il décide de faire ou de ne plus faire.

Que penser des réseaux sociaux, cet endroit où l’on est finalement au summum de la liberté d’expression, mais «où la haine s’étale aussi sans filtre» comme le dit Leïla Slimani ?

Sans aucun doute, les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur dans l’appauvrissement de la pensée, en nous invitant continuellement à simplifier nos messages, en ne tolérant plus quoi que ce soit qui serait implicite, en nous permettant de constituer des communautés autour de nous, des gens qui pensent comme nous, qui votent comme nous, qui lisent les mêmes livres, qui ont les mêmes références culturelles… En réalité, on a anéanti, ou on est en phase d’anéantissement, du débat possible entre nos cultures. L’autre problème, c’est que le jeunes s’informent sur les réseaux sociaux. Ils croient que quand c’est sur une chaîne YouTube c’est vrai. Un point crucial à travailler avec l’école, c’est de les faire se questionner sur leurs sources d’information. À une époque, on disait «d’où tu parles, toi ?» Et en fait, le «d’où tu parles», il est génial, parce que c’est exactement la question qu’il faut poser aux jeunes aujourd’hui : d’où tu parles ? D’où détiens-tu l’information qui te permet de dire ce que tu dis ?

Comment expliquer que la jeunesse, si libre au XXIe siècle, puisse tomber dans le panneau du fondamentalisme religieux ?

Refuser la complexité du monde, c’est toujours tentant. Il y a quelque chose de radical dans la simplification du débat, et la radicalité a toujours tenté la jeunesse, et c’est normal. Il y a d’ailleurs une responsabilité très forte des modèles de la jeunesse, les animateurs de télévision, les youtubeurs, les influenceurs, les sportifs… Qui n’apportent pas la subtilité, la complexité, l’humour fin, et, je le redis, l’esprit critique, dont les jeunes ont besoin. Il y a une expression qu’on a beaucoup entendue dans la jeunesse ces dernières années : «tu me manques de respect». C’est intéressant de réfléchir à ça. Qu’est-ce que c’est que de respecter quelqu’un ? C’est savoir le contredire, le plus souvent. Protéger à tout prix quelqu’un d’une autocritique, c’est, au contraire, lui manquer de respect. C’est considérer qu’il est trop infantile, ou sous-développé, pour être capable de faire face à un questionnement, à une interrogation de ses repères.

À travers votre discours, on comprend aussi qu’il y a cet enjeu de croire en la laïcité tout en étant croyant (religieusement)…

Beaucoup de gens ont l’impression qu’on est laïque ou religieux, qu’on est croyant ou pas croyant. C’est comme s’il fallait choisir entre la science et la religion, c’est absurde. Pour moi, la laïcité et l’attachement à une religion cohabitent parfaitement. Je reconnais à la laïcité la bénédiction de me permettre de vivre la religion telle que je la vis. Je me sens profondément attachée à la laïcité parce que pour moi, elle est un cadre qui permet qu’aucune conviction, aucune croyance et aucun dogme ne sature l’espace dans lequel je vis. La laïcité est une garantie d’oxygénation permanente parce qu’il y a toujours un espace autour de moi qui reste vide de ma croyance ou de celle de mon voisin. Pour beaucoup, et on en revient à l’appauvrissement de la pensée et du vocabulaire, la laïcité est devenue synonyme d’athéisme. Mais ça ne l’a jamais été.

Depuis l’attentat, on entend çà et là des gens dire : les hommages c’est bien, maintenant, il faut du courage. «Ça ne peut plus se passer dans le pacifisme», dit Elisabeth Badinter. Quel est votre sentiment sur ce point ?

Il n’est pas question aujourd’hui d’être pacifiste, ou de baisser les bras, ou de trouver un compromis avec des assassins. Il y a un combat à mener, et comme dans tous les combats, y compris dans les combats militaires, il faut penser les alliances. Il n’y aurait rien de pire que de se tromper d’ennemi, et de commencer à se déchirer entre gens qui sont d’accord sur le fond, mais peut-être pas nécessairement sur la forme que doit prendre ce combat. Aujourd’hui, l’enjeu est là, il est dans comment on fait pour trouver des alliances qui soient salutaires, tout en étant conscient, lucide, que oui, nous sommes en guerre.”

Lire l’interview originale (avec force pubs) de Marion GALY-RAMOUNOT sur LEFIGARO.FR (article du 22 octobre 2020)


Plus de laïcité ?

RUSHDIE : Les Versets sataniques (L’IDIOT INTERNATIONAL, livre-journal, 1989)

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RUSHDIE, Salman Les Versets sataniques (L’IDIOT INTERNATIONAL, livre-journal, 1989)
RUSHDIE, Salman, Les Versets sataniques (L’IDIOT INTERNATIONAL, livre-journal, 1989)

Le premier traducteur des Versets est belge: il est l’auteur du texte «pirate».
Un lecteur avait réagi vivement à notre article consacré à la traduction des Versets sataniques parue chez Bourgois, étonné par ces mots: «Puisque manquait jusqu’à présent une traduction française…». Avec sa lettre, un exemplaire du «livre-journal» dans lequel L’Idiot international, l’hebdomadaire de Jean-Edern Hallier, avait publié, en français, le texte intégral du roman de Salman Rushdie…
Ce lecteur était bien placé pour réagir. Janos Molnar de Parno – c’est son nom – est en effet celui que Jean-Edern Hallier appelait, dans son édition des Versets, le «chef d’édition» de cette traduction. D’origine hongroise, Janos Molnar de Parno vit à Huy et est belge depuis qu’il a vingt et un ans. Professeur de philosophie, il trempe davantage maintenant dans les milieux du journalisme et de l’édition, et il a d’ailleurs travaillé, jusqu’à il y a peu, à L’Idiot international.
“Après que Bourgois ait annoncé qu’il ne publierait pas la traduction (NDLR: il était question, plus précisément, de «surseoir» à la publication, sans indication de délai, ce qui pouvait en effet être compris comme un renoncement), j’ai appelé Jean-Edern pour lui dire qu’il y avait quelque chose à faire, que si quelqu’un pouvait l’éditer, c’était lui. Il y a eu, à ce moment, une fantomatique association de quatre éditeurs qui ont annoncé la traduction, mais ils ont renoncé. Pendant que Jean-Edern lançait L’Idiot, j’ai contacté de mon côté l’une ou l’autre personne pour m’assurer qu’on pouvait commencer à traduire. Puis Jean-Edern m’a téléphoné pour me dire: «C’est décidé!»”
Pour se lancer dans une telle aventure, il fallait que Janos Molnar de Parno soit particulièrement motivé…” (LESOIR.BE)

“Copain comme cochon avec Mitterrand, [Jean-Edern Hallier] n’obtient aucun poste en 1981. Le nouveau président de la République devient son ennemi intime. Hallier balance tout dans l’Honneur perdu de François Mitterrand (Mazarine, etc.), mais ne trouve aucun éditeur. Bon prétexte pour réactiver l’Idiot en 1984 avec Philippe Sollers, Jean Baudrillard, Roland Topor… Mais les problèmes de censure reprennent le dessus. Hallier attend un nouveau coup médiatique pour relancer une troisième fois l’Idiot, le 26 avril 1989 : il sort une traduction sauvage des Versets sataniques. Procès du vrai éditeur de Salman Rushdie, pub, scandale, c’est reparti. L’équipe est nouvelle. Critère de recrutement : il faut une plume et des avis qui vomissent le tiède.” (TECHNIKART.COM)

VERSETS SATANIQUES, LA FRANCE RIPOSTE
[Dans les archives de «Libé», il y a 21 ans :] Une semaine après la fatwa de Khomeiny contre Salman Rushdie, «Libération» publie le premier chapitre des «Versets sataniques». Tandis que le monde de l’édition s’organise. Une semaine après la décision de Christian Bourgois de «surseoir» à la publication de la traduction française du roman de Salman Rushdie, initialement prévue pour le début de l’année 1990, la confusion et l’incertitude qui règnent dans le milieu éditorial français vont peut-être se dissiper. Et une solution semble en vue, du côté du groupe de la Cité, qui permet une parution assez prochaine de la version française de The Satanic Verses. (LIBERATION, 23 février 1989)”

Lire la suite de l’article d’Antoine de Gaudemar sur LIBERATION.FR (20 février 2012)

1994WELKENRAEDT-Le-vent-de-la-liberte-Thonart-Article-Rushdie

Difficile de lire le roman (ennuyeux) de Salman RUSHDIE dans sa traduction officielle (et franchouillarde) chez CHRISTIAN BOURGOIS : il n’est plus dans le catalogue de l’éditeur. Notez que le traducteur, dont on comprend le désir d’anonymat, a quand même adopté le pseudonyme d’Alcofribas Nasier soit, dans le désordre : François Rabelais. Il est vrai que Jean-Edern Hallier s’autoproclamait Voltaire dans l’édito du livre-journal et ajoutait “L’imprimerie de la Liberté, c’est nous”. Mais qu’est-ce qu’il fabrique, l’égo…?

D’autres incontournables du savoir-lire :

ROTH : Portnoy et son complexe (GALLIMARD, Folio, 1970)

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ROTH, Philip Portnoy et son complexe (GALLIMARD, Folio, 1970)
[ISBN : 9782070364701]
“Entre les grands idéaux humanitaires qui l’animent et les obsessions inavouables qui le hantent, Alex Portnoy, trente-trois ans, est la proie d’un insoluble conflit. Élevé dans le quartier israélite de Newark, par des parents abusifs, démesurément attachés aux principes de la tradition juive-américaine, ligoté par des tabous et des interdits, submergé de conseils et d’exhortations, il est écrasé par une culpabilité d’autant plus angoissante que la sexualité et ses déviations les plus extrêmes ne cessent de l’obnubiler. Brillant étudiant, puis fonctionnaire en vue, il n’en reste pas moins un «bubala», un bébé, aux yeux de ses parents qui lui reprochent amèrement son indépendance, sa froideur apparente et surtout son refus de fonder un foyer et d’assurer la descendance.

Ce livre, à la fois féroce et désopilant, où la tendresse alterne avec le cynisme, l’humour avec le pathétique, est une mordante satire de l’ignorance, du racisme, des préjugés et de l’intolérance sous toutes ses formes.”

Pour tous ceux qui aiment la viande de veau : un régal…

D’autres incontournables du savoir-lire :

RUSHDIE : Joseph Anton, une autobiographie (PLON, Feux croisés, 2012)

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RUSHDIE S, Joseph Anton, une autobiographie (PLON, Feux croisés, 2012)

“Dans “Joseph Anton, une autobiographie”, l’écrivain britannique Salman Rushdie raconte sa vie clandestine depuis la fatwa lancée contre lui en 1989 par l’ayatollah Khomeyni. Une lecture en résonance tragique avec l’actualité.
Le jeu glaçant des circonstances a voulu que Joseph Anton, une autobiographie (1), les Mémoires de l’écrivain Salman Rushdie, paraissent au moment même où on assiste à une apparente poussée de fièvre islamiste. Quelques jours avant la sortie mondiale de l’ouvrage, jeudi 20 septembre 2012, la condamnation à mort de l’écrivain britannique, prononcée en 1989 par l’ayatollah Khomeyni, s’est vue réactivée et réévaluée de 500 000 dollars, conséquence collatérale absurde de la diffusion sur Internet d’un médiocre petit film islamophobe…”

Lire la suite de l’article de Nathalie CROM sur TELERAMA.FR | Livres (28 septembre 2012)

Lire l’autobiographie (romancée ?) de Salman RUSHDIE
(ISBN 9782259214858)

D’autres incontournables du savoir-lire :

RIFFLET : Les mondes du sacré (MOLS, 2009)

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RIFFLET J, Les mondes du sacré (MOLS, 2009)
Table des matière (944 pages) :
  1. Les religions abrahamiques
    1. Le judaïsme, de la Mésopotamie à Israël
    2. Le christianisme, ses hérésies et ses schismes
    3. L’islam chiite et sunnite
    4. La civilisation judéo-arabe
    5. La dimension laïque occidentale et orientale
    6. Analyse comparée des religions de l’Ouest et de l’Est
  2. Les religions de l’Orient
    1. L’Iran, le mazdéisme et le zoroastrisme
    2. L’Inde et l’Extrême-orient, le védisme, le brahmanisme, l’hindouisme, le bouddhisme, le taoïsme le jaïnisme, le confucianisme
  3. La voie ésotérique, dont la franc-maçonnerie
  4. La laïcité occidentale et la pensée immanente
  5. Les grandes questions de la politique internationale

Lire le livre de Jacques RIFFLET (ISBN-13: 978-2845737570)

D’autres incontournables du savoir-lire :

La Bible n’est pas tombée du ciel !

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Une approche historique, critique et laïque de la Bible. Qui a écrit la Bible, à quelle époque, dans quel contexte ? Une certitude : elle n’a pas été dictée à Moïse… Ecouter l’entretien avec Thomas Römer du Collège de France (FRANCECULTURE.FR, enregistré en décembre 2013)