DEGEY, Emile (1920-2021)

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Alors que la Commission Historique et Culturelle de Cointe, Sclessin, Fragnée et du Bois d’Avroy (CHiCC en abrégé) s’apprêtait à fêter son 35e anniversaire, disparaissait son premier président, M. Emile DEGEY, à l’âge de 101 ans  (Sclessin, 6 juin 1920 – Liège, 19 septembre 2021). En guise d’hommage, nous vous proposons de retrouver ci-dessous le texte écrit par l’actuelle présidente, Claire Pirlet, à l’occasion de son centenaire, ainsi que la liste des publications d’Emile Degeÿ disponibles sur wallonica.org

Qui est Emile Degeÿ ?

Le 23 septembre 1986, naissait la Commission Historique de Cointe avec Emile DEGEY pour président. Or, le 6 juin 2020, Monsieur Degey a eu 100 ans et la Commission Historique et Culturelle de Cointe, devenue la CHiCC en septembre 2019, lui souhaite un bon anniversaire.

D’abord instituteur puis directeur de l’école Saint-Louis à Sclessin, Emile Degey a profondément marqué certains de ses élèves et de ses collègues. Ainsi, Gilda Valeriani, une de ses anciennes élèves qui alimente aujourd’hui la page Facebook Sclessin d’hier et d’aujourd’hui, parle de lui en ces termes, dans un texte qu’elle a écrit à l’occasion de son anniversaire : “Il fut notre instituteur et ensuite notre directeur, il est aussi notre passeur de mémoire grâce à toutes les recherches historiques qu’il a accomplies tout au long de sa vie. Il est, pour ma part, une source d’inspiration.”

Qu’a-t-il fait pour que la CHiCC lui rende hommage aujourd’hui ?

Outre le fait qu’il a été le premier président de la Commission Historique de Cointe, il faut rappeler pourquoi ses amis lui ont demandé d’assumer cette fonction. Pour ce faire, sans aucune prétention à l’exhaustivité, nous retiendrons ici quelques éléments parmi tant d’autres qui rappellent le “passeur de mémoire” rigoureux et “l’inspirateur” actif, stimulant et bienveillant qu’a été Monsieur DEGEY.

Passeur de mémoire :

En mars 1979, Emile Degey publie un mémoire de 38 pages agrafées, tapé à la machine et illustré de nombreux croquis, intitulé “Il était une fois… Sclessin !” dont l’écriture claire et précise fait revivre Sclessin : sa terre, ses eaux, son château, la vie sclessinoise, la cité industrielle. C’est le premier essai général approfondi consacré à ce quartier ; il reste une source importante aujourd’hui pour Gilda Valeriani qui continue son œuvre via Facebook et aussi pour quiconque veut aborder ce sujet.

Inspirateur actif et stimulant :

En 1997, Olivier HAMAL, alors président de la Commission Historique devenue entre-temps Commission Historique ET Culturelle, écrivait ceci dans sa préface de l’album “Images de notre passé”:

“A l’occasion de son dixième anniversaire, la Commission Historique et Culturelle, en ce début de l’année 1997, a décidé d’éditer ce bel album de cartes postales et de photographies anciennes des quartiers à parcourir comme une promenade, partant du Bois d’Avroy et conduisant par Cointe et Sclessin jusqu’à Fragnée. Certaines de ces “Images de notre passé” ont déjà été présentées dans différentes expositions. Cependant, pour assurer la plus large diffusion possible de cette documentation remarquable, il a paru intéressant (…) de procéder à sa publication.
Je terminerai en adressant mes plus vifs remerciements à Messieurs Emile Degey et Pol Schurgers pour tout le travail qu’ils ont accompli afin de permettre la réalisation et la sortie de presse de cet album.” 

Inspirateur stimulant et bienveillant

Si Emile Degey, auteur de nombreuses brochures publiées dans la série “Altitude 125” sous l’égide de la Commission, fut une source d’inspiration pour ses élèves, il l’a été aussi pour Pol SCHURGERS, auteur en 2006 du remarquable “Cointe au fil du temps…” (ouvrage malheureusement épuisé aujourd’hui) qui le cite abondamment dans sa bibliographie et introduit sa publication par ces mots :

“J’ai rassemblé ici et complété les informations de toutes sources fiables. De très nombreux extraits proviennent des ouvrages publiés par notre Commission Historique et Culturelle de Cointe, Sclessin, Fragnée et du Bois d’Avroy. Plusieurs de ces ouvrages ont été écrits par Monsieur Emile DEGEY. Je le remercie ici très chaleureusement de m’avoir communiqué un grand nombre de documents et épaulé amicalement dans mes recherches.”

Passeur de mémoire rigoureux :

En 2006 encore, la journaliste Lily PORTUGAELS , informée par Olivier HAMAL alors président de la Commission historique et culturelle dont Emile Degey était devenu président d’honneur, écrira dans un article sur Lambert Lombard pour “La Libre Belgique” ( dans “La Gazette de Liège”) :

“Grâce aux recherches de M. Emile Degey, président d’honneur de cette commission, il semble bien que l’on puisse localiser avec certitude la maison que le prince Erard de la Marck avait offerte à Lambert Lombard qui était son peintre attitré. (…) Emile Degey a retrouvé, aux archives de l’Etat, à Liège, l’acte de vente par lequel Jean-Théodore de Bavière, le 16 août 1762, cédait “en emphytéose et à toujours au dit conseiller Henri Lambert de Groutars, pour lui et ses successeurs, notre maison, prairies, terres, biens et vignobles de la Chèvre d’or”.

On savait que la maison devait être flanquée d’une tour hexagonale. Du coup, quatre possibilités d’habitations pouvaient correspondre à la maison du prince offerte à Lambert Lombard : la Thorette, l’ancienne maison de campagne d’une abbesse, la maison Spineux et le vide-bouteille de la rue Côte d’Or. Ce n’est aucune des quatre, affirme Emile Degey qui le démontre grâce à une carte des vignobles du prince dressée par l’arpenteur C.F. Dervaux et datée du 9 août 1762. On y voyait une seule habitation sans nom que M. Degey a fini par identifier comme étant bien la maison, sous-les-vignes, qui fut celle de Lambert Lombard d’abord, du conseiller Groutars ensuite. On relèvera à ce sujet que la limite entre Sclessin et Tilleur passait entre les deux cheminées de la maison !”

A découvrir tous ces travaux, à lire tous ces remerciements, la nouvelle présidente que je suis depuis un an, après la présidence de Jean-Marie DURLET lequel a prêté sa plume et organisé les conférences de la Commission Historique et Culturelle pendant tant d’années, moi qui n’ai pas pu rencontrer Monsieur DEGEY à cause du confinement dans la maison de repos où il réside aujourd’hui, je pense spontanément aux belles paroles de Jean-Jacques Goldman :

“C’était un professeur, un simple professeur
Qui pensait que savoir était un grand trésor
Que tous les moins que rien n’avaient pour s’en sortir
Que l’école et le droit qu’a chacun de s’instruire

Il y mettait du temps, du talent et du cœur
Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures
Et loin des beaux discours, des grandes théories
À sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui …

Qu’il changeait la vie… !”

Merci, Monsieur Degey, d’avoir accepté, avec une bande d’amis, d’inaugurer la Commission Historique de Cointe, Fragnée, Sclessin et Bois d’Avroy ! Merci d’avoir stimulé autour de vous le goût de la culture et de la vie intellectuelle qui permet d’enjamber avec respect les siècles dont on connaît mieux les espoirs et les efforts !

Si, en septembre 2019, la Commission Historique et Culturelle est devenue la CHiCC par facilité,- un acronyme un peu kitsch sans doute, mais notre époque aime les sons qui claquent et qui se retiennent facilement – soyez assuré que l’équipe d’aujourd’hui n’oublie pas ses racines et ce que nous devons à tous ceux qui nous ont précédés. Nous nous emploierons à faire de notre mieux pour continuer à faire vivre ce que vous avez semé et qui existe depuis 34 ans déjà, même s’il nous faut aussi nous adapter à notre époque ludique et technologique et déployer nos ailes sur les réseaux sociaux (page Facebook) et sur les sites internet (wallonica.org) (…).

Claire PIRLET

Mes remerciements à Corinne Collard, fille d’Albert Collard, grâce à laquelle j’ai pu lire “Il était une fois… Sclessin !” et “Cointe au fil du temps” aujourd’hui épuisés, à Olivier Hamal, à Alexandrine Lebire, à Gilbert Lox, à Agnès Mabon et à Philippe Vienne qui, chacun à leur manière, m’ont permis de découvrir la personnalité d’Emile Degey et son importance pour la Commission Historique et Culturelle de Cointe.”

Les publications d’Emile DEGEY disponibles sur wallonica.org :


[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : compilation par wallonica | commanditaire : wallonica.org | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © cointe.org


Plus de CHiCC ?

ARTICLE MILLIEME : 1.000 articles publiés sur wallonica.org… et ça continue

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Oyez. Oyez. Avis aux citoyens francophones de Wallonie et du Bruxelles : cet article est le millième article publié dans wallonica.org ! D’aucuns vous promettaient du sang et de la sueur mais c’est notre sang et notre sueur qui permettent à l’équipe wallonica de vous promettre aujourd’hui : de la lumière, des initiatives, de la joie et, dès que possible, l’article numéro 2.000 ! Yapluka.

1.000 et plus…

Avis aux amateurs de quantités : avec 1.000 articles publiés, on n’a pas épuisé le décompte des objets qui garnissent notre bibliothèque virtuelle. 1.000 contenus disponibles pour vous, en ligne, gratuitement, cela implique une multitude d’autres choses en coulisses, soit qu’elles attendent patiemment leur tour, soit qu’elles participent de la construction de ces contenus que nous traitons chaque jour :

    • 1.003 brouillons qui attendent de faire le grand saut dans la lumière des pages publiées de wallonica.org ou… de disparaître à jamais dans le silence de la corbeille, parce leur actualité ou leur intérêt est devenu obsolète à nos yeux ;
    • 2.541 médias (images, vidéos, enregistrements…), aux côtés des événements, des articles de la base de connaissances interne et des pages du site  (153 autres objets) ;
    • à quoi s’ajoutent les contenus des trois autres côtés du Carré Wallonica, encore jeunes il est vrai : 200 objets (ressources à télécharger, articles, pages, médias…) dans documenta.wallonica.org ; 192 dans la boutique.wallonica.org et, pour la rawète, les 150 objets du topoguide.wallonica.org.

En veux-tu, en voilà ! Si nous comptons bien, l’initiative wallonica.org affiche plus de 5.000 objets au compteur aujourd’hui et le nombre augmente tous les jours, grâce à notre veille et grâce à vos propositions !

Martine fait une photo de famille

© Zibiline Rouillon

Avis aux amateurs de belles histoires : avant sa renaissance en 2012, la petite wallonica.org avait déjà un historique commencé sous les meilleurs auspices. Dès 1998, tonton Jacques Dufresne lançait l’encyclopédie de l’Agora au Québec. Il s’agissait d’une des premières encyclopédies gratuites en ligne. Malgré la mode du web 2.0 et les quelques belles réussites qu’elle a suscitées (ex. wikipedia), la volonté de garder le contrôle de la qualité et de l’édition des contenus publiés est demeurée la marque de fabrique de l’Agora comme, plus tard, de wallonica.org.

En 2000, Patrick Thonart a fait le lien avec nos contrées en développant un portail walloniebruxelles.org dans le giron de l’Agora. L’initiative a alors été partagée avec le Québec jusqu’en 2012, date à laquelle nos amis de North-Hatley ont lancé une nouvelle version d’agora.qc.ca exclusivement québécoise. Nous avons alors créé un nouvel avatar encyclopédique dédié à la Wallonie et à Bruxelles, sur une plateforme Open Source : wallonica.org était née.

Depuis 2012, notre blog encyclopédique a grandi et s’est épanoui, au point de se voir adjoindre 3 petits frères (sœurs ?) : un centre de ressources téléchargeables (documenta), un recueil des mille-et-un lieux remarquables de nos régions (topoguide) et une boutique culturelle (boutique). Un plus trois font quatre : le Carré Wallonica était né.

Tintin au Pays des Serviettes

GOOSSENS, L’homme à la valise © Fluide Glacial

Avis aux amateurs de feuilletons à rebondissements : la carrière de l’initiative wallonica.org n’a jamais été un long fleuve tranquille (l’image elle-même devient indécente après les inondations de l’été 2021). Notre travail a connu  des rebondissements à rendre jaloux un kangourou qui aurait avalé un stock de balles magiques…

Commencée comme une collaboration Wallonie-Québec entre citoyens engagés, l’édition de wallonica a été ensuite l’activité principale de LEODICA (une SPRL de droit belge), pendant quelques années : un partenariat public-privé qui a mal tourné, au détriment de la PME wallonne. Redevenue une initiative sans statut, wallonica a fait les joies d’après-journée de quelques volontaires qui se voulaient éclairés. Quelques discrets soutiens publics ont ensuite permis de migrer vers une nouvelle plateforme informatique. Rien qui puisse assurer la pérennité du blog, qui reste un “hobby” éclairé.

Ces dernières années, quelques tours de vis légaux ont préparé un meilleur avenir pour notre travail : la marque wallonica a été déposée et l’asbl wallonica a été fondée, ce qui permet différentes choses :

      1. percevoir des dons (si vous voyez ce que je veux dire…) et des cotisations de membres ;
      2. demander une reconnaissance d’initiative d’intérêt public, ce qui permet à des donateurs de déduire fiscalement leurs soutiens ;
      3. demander des subsides accordés à des initiatives d’éducation permanente

Un dossier de présentation (dossier de presse) est désormais prêt à être envoyé à tous les ministres et responsables publics qui ont survécu à la pandémie, de même qu’aux entreprises ou mécènes potentiels. Quelques belles heures d’attente dans des couloirs administratifs en perspective. Nos plus belles cravates sont prêtes. D’autant plus qu’il faudra maintenant compter avec notre nouveau BM (Bénévole Masqué) : Philippe Vienne !

Et vous, qu’en pensez-vous ?


Savoir plus…

THEATRE NATIONAL : Pelléas et Mélisande (saison 1976-1977)

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Le Théâtre National de Belgique (direction : Jacques Huisman) présente PELLEAS ET MELISANDE, un rêve de Maurice Maeterlinck, dans une mise en scène de Henri Ronse. Les décors, les costumes et les lumières sont de Beni Montresor ; la musique d’Arnold Schoenberg (décor musical de Yvan Dailly, avec la collaboration technique de Willy Paques ; régie de Michel Dailly.).

© Collection privée

C’était la saison 1976-1977, ma mère était costumière au Théâtre du Gymnase liégeois qui accueillait alors la troupe bruxelloise du TNB pour mon premier Pelléas (et mon premier Schoenberg après La nuit transfigurée).
J’en ai gardé le programme, celui-là et les suivants. Etais-je déjà conscient que, bien des années plus tard, il servirait une de nos missions, chez wallonica.org : exhumer et pérenniser des publications qui ont vécu un temps puis, hélas, sont passées aux oubliettes, malgré leur intérêt réel.
La technique au service de l’homme : nous avons scanné et “océrisé” (effectué la reconnaissance de caractères) le programme de l’époque et nous vous le livrons ici en texte intégral (révisé et corrigé), comme à l’accoutumée sans publicités. Le fichier PDF résultant de cette dématérialisation est disponible dans notre DOCUMENTA…

Patrick THONART

Le metteur en scène : Henri RONSE

Il est né à Bruxelles, le 10 mai 1946. Après des études de Lettres et de Philosophie à l’Université Libre de Bruxelles, il s’en va à Paris, où il donne des articles à plusieurs journaux et revues (N.R.F., Lettres Françaises, etc.). Secrétaire de rédaction de la revue L’Arc, il en dirige plusieurs des numéros spéciaux (Joyce, Georges Bataille). En 1966-67, il fait ses premiers essais de mise en scène au Théâtre-Poème, à Bruxelles.

Henri RONSE (1946-2010)

En septembre 1971 , il fonde, à Paris, le Théâtre Oblique. Il y met en scène : Strindberg, Beckett, Maeterlinck, Artaud, Kafka, Jodelle (Cléopâtre captive), Yeats, Raymond Roussel, Butor, Schoenberg… Le Théâtre Oblique – installé définitivement, en 1974, au Cyrano-Théâtre – devient un important lieu d’échanges : théâtre, cinéma d’avant-garde, concerts, expositions… Des tournées à l’étranger lui donnent une stature internationale.

Au Théâtre de l’Odéon, Henri Ronse a présenté la Rodogune de Corneille (1975) et La Sonate des Spectres (1976) de Strindberg, avec un extraordinaire succès. Il prévoit également la mise en scène de Lulu de Wedekind à New York, et une tournée du Théâtre Oblique aux U.S.A.

Henri Ronse parle de Pelléas et Mélisande

    • TNB : Pelléas et Mélisande, c’est d’abord un opéra. L’Opéra de Debussy ?
    • HENRI RONSE : Non, un opéra qui se trouve dans l’œuvre de Maeterlinck ; une virtualité d’opéra, si vous préférez. Pour la musique de scène, de préférence à Debussy – à une chanson près – j’ai fait appel au poème symphonique de Schoenberg. Schoenberg a parfaitement compris le génie de la pièce. Un génie germanique qui l’apparente aux poèmes musicaux de Wagner. Cette histoire de passion et de mort est dans la ligne de Tristan et Isolde. Oui, en soi, Pelléas et Mélisande est un opéra. Tout tourne autour des rapports de la pièce et de cet opéra englouti qu’elle porte en elle.
    • Et le sujet de cet opéra ?
    • Un rêve. Un rêve qu’a fait Maeterlinck vers 1890. Il a vingt-huit ans. Il écrit, il rêve sa pièce, dans la solitude de sa maison de campagne d’Oostacker, le long du canal de Terneuzen. Plus tard, mûri, il reniera cette œuvre avec toutes celles de sa jeunesse : ces shakespitreries, dira-t-il. Peut-être parce qu’il en a peur, parce qu’elles le dénoncent trop. C’est dans Maeterlinck lui-même qu’il faut trouver la vérité de Pelléas et Mélisande.
    • Et qui est-ce, Maeterlinck ?
    • Un être complexe. Déséquilibré jusqu’à friser par moments la folie. Le poète des Serres chaudes et le champion de boxe. D’un côté l’athlète flamand, fier de ses pectoraux et de ses doubles muscles ; mais derrière cette façade, un homme inquiet, qui a peur, qui se cache. Toute sa vie, il se cachera dans des châteaux de plus en plus vastes. Le château de Pelléas et Mélisande, isolé au milieu d’un pays que ravage la famine, est une préfiguration de cet immense château d’Orlamonde, où l’écrivain finira sa vie, terré, éloigné de toutes les agitations du monde.
    • De quoi a peur Maeterlinck ?
    • De la souffrance, de la mort (il est hanté par la mort). Et surtout, de la violence qui est en lui. Maeterlinck, c’est Pelléas, c’est le poète des Serres Chaudes. Et c’est aussi cette brute de Golaud, le chasseur effréné, couvert du sang des bêtes. Georgette Leblanc, sa compagne, raconte qu’un jour, dans leur maison de Paris, importuné par les miaulements d’une de ses chattes dans le jardin, il va à la fenêtre et l’abat d’un coup de pistolet entre les deux yeux. Il a la hantise des armes à feu. Où qu’il soit, il se promène, autour de sa demeure et tire contre les ombres. A Orlamonde, au soir de sa vie, il reste assis dans une pièce du château, une mitraillette sur les genoux ; il attend les voleurs. Dans Pelléas pour traduire cette hantise, j’ai remplacé toutes les armes blanches par des armes à feu.
    • Maeterlinck, c’est aussi Arkel ?
    • Le jeune Maeterlinck aspire à être Arkel. Il sera Arkel, plus tard, dans Orlamonde. Remarquez qu’ici, dans ce château, où se déchaînent des passions terribles, au milieu d’une province où les pauvres gens meurent de faim , le long des routes, Arkel ne fait rien. Il ne gère rien, ne remédie à rien, n’empêche rien. Il laisse faire ; il regarde avec un étrange fatalisme, mêlé d’une immense pitié. Peut-être sait-il que le château est condamné, ce château se décomposant au milieu des marécages, bâti au-dessus de la pestilence des grottes.
    • Un peu la Maison Usher ?
    • L’âme des personnages aussi se décompose. Quand Golaud entraîne Pelléas dans les souterrains suintant l’eau croupie, se penche avec lui sur le gouffre, tous deux se penchent en même temps sur ce qu’il y a de plus profond, de plus caché en eux-mêmes : les désirs troubles, inavoués ; la complicité sournoise dans le désir de la même femme.
    • Venons-en à cette femme, Mélisande.
    • Elle est l’amour ; elle est la mort. Je crois qu’elle a aimé Golaud. Mais elle aime encore plus Pelléas, non seulement parce qu’il est la jeunesse mais parce que cet amour est frappé d’interdit. Elle est de ces femmes que personne n’arrive à posséder ; qui rêvent de se faire tuer au moment du plaisir, ou plutôt en ce moment de plaisir suprême qui se situe juste avant le plaisir. Elle me fait penser à Salomé (celle de Gustave Moreau), à Judith (celle de Cranach), ces femmes qui se promènent avec une tête coupée et sanglante. Au moment de son dernier rendez-vous avec Pelléas, une scène d’un érotisme violent, où tous les interdits sautent, elle ne fait rien pour se cacher, bien au contraire : “Laissez-moi dans la clarté… Je veux qu’on me voie…“. Obscurément, elle souhaite que Golaud survienne. Et tue.
    • Nous sommes loin de la pure, de l’innocente Mélisande de la tradition.
    • Nous sommes dans un rêve de Maeterlinck. Un rêve mêlé certes de réminiscences de Shakespeare : Pelléas c’est un peu Hamlet ; Mélisande, Ophélie ; Golaud, Othello ; Arkel, Lear après la folie ou Prospéro. Un rêve shakespearien 1890. Un homme de cette fin de siècle rêve de Shakespeare, et de notre impuissance à habiter les grandes figures de Shakespeare. En même temps, il se penche sur lui-même, se découvre avec épouvante. Se découvre enfermé dans une prison mentale, qui prend la forme de murs épais entourant un château gothique. Mais ces murs reposent sur des gouffres…
    • Dans la décoration, cela se traduit par quoi ?
    • Je viens de vous le dire : 1890… un rêve… un anachronisme voulu entre des costumes fin XIXe siècle et les murs d’un château gothique… des murs qui sont aussi ceux d’une prison… ou les parois crâniennes d’un homme parti à la recherche de lui-même… Et puis, ne l’oublions pas, c’est un opéra.
    • Je sais ce que vous allez me demander : qu’est-ce que c’est, un opéra ? Je vous répondrai par une citation de Meyerhold, qui mit en scène La Mort de Tintagiles de Maeterlinck : “Vous n’aimez pas l’opéra ? Tout simplement, vous manquez d’imagination pour vous représenter ce que peut-être un opéra.”

Le décorateur : Beni MONTRESOR

Natif de Vérone (mais c’est près de Venise, précise-t-il), Beni Montresor, italien vivant à New York, étudie la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Venise et la décoration au Centre Expérimental Cinématographique de Rome. Il débute parallèlement à la radio comme auteur de pièces et adaptateur de contes de fées, collabore au cinéma avec Rossellini, de Sica et Fellini.

Pour Puccini, Menotti, Berlioz, Rossini, Mozart et Debussy, ses décors sont bientôt accueillis par les Opéras les plus prestigieux : le Metropolitan de New York, la Scala de Milan, le Covent Garden de Londres, la Fenice de Venise. Il travaille aussi à Broadway pour le Royal Ballet, le New York City Ballet. La Comédie Française l’engage en 1976. Sélectionné au Festival de Cannes, en 1971, pour la Semaine de la Critique, Pilgrimage, sorte de pèlerinage initiatique est le premier long métrage qu’il écrit. Pour la sortie à Paris de La Messe Dorée, son deuxième film, Claude Mauriac, du Figaro, a écrit: “Beni Montresor est un visionnaire et un poète“. La Messe Dorée va bientôt sortir en Belgique.


Les noces de la vallisnère

© MNHN

Henri Ronse a demandé que soient reproduites ici les lignes que Maeterlinck a consacrées à une plante aquatique : la vallisnère. On y trouve une conception à la fois héroïque et tragique de l’amour. La fleur femelle et la fleur mâle de la vallisnère sont des amants très maeterlinckiens :

La Vallisnère est une herbe insignifiante, une herbe qui n’a rien de la grâce étrange du nénuphar ou de certaines chevelures sous-marines. Mais on dirait que la nature a pris plaisir à mettre en elle une belle idée. Toute l’existence de la petite plante se passe au fond de l’eau, dans une sorte de demi sommeil jusqu’à l’heure nuptiale où elle aspire à une vie nouvelle. Alors la fleur femelle déroule lentement la longue spirale de son pédoncule, monte, émerge, vient planer et s’épanouir à la surface de l’étang. D’une souche voisine, les fleurs mâles qui l’entrevoient à travers l’eau ensoleillée s’élèvent à leur tour pleines d’espoir vers celles qui se balancent, les attendent, les appellent dans un monde magique. Mais arrivées à mi-chemin, elles se sentent brusquement retenues; leur tige, source même de leur vie, est trop courte et elles n’atteindront jamais le séjour de lumière, le seul où se puisse accomplir l’union des étamines et du pistil. Est-il dans la nature inadvertance ou épreuve plus cruelle ? Imaginez le drame de ce désir, l’inaccessible que l’on touche, la fatalité transparente, l’impossible sans obstacle visible. Il serait insoluble comme notre propre drame sur cette terre. Les mâles avaient-ils le pressentiment de leur défection ? Toujours est-il qu’ils ont renfermé dans leur cœur une bulle d’air, comme on renferme dans son âme une pensée de délivrance inespérée. On dirait qu’ils hésitent un instant. Puis, d’un effort magnifique, le plus surnaturel que je sache, dans les fastes des insectes et des fleurs, pour s’élever jusqu’au bonheur, ils rompent délibérément le lien qui les attache à l’existence. Ils s’arrachent à leur pédoncule, et d’un incomparable élan, parmi les perles d’allégresse, leurs pétales viennent crever la surface des eaux. Blessés à mort, mais radieux et libres, ils flottent un moment aux côtés de leurs insoucieuses fiancées. L’union s’accomplit, après quoi , les sacrifiés s’en vont périr à la dérive, tandis que l’épouse déjà mère clôt sa corolle où vit leur dernier souffle, enroule sa spirale et redescend dans les profondeurs pour y mûrir le fruit du baiser héroïque.


Quelques peintres symbolistes belges aux environs de 1890

Fernand KHNOPFF : Près de la mer
Emile FABRY : Les gestes et des visages
Jean DELVILLE : Tristan et Yseult

Les œuvres musicales que vous entendrez au cours du spectacle

Avec la sécheresse d’un communiqué militaire, l’affiche et la fiche  technique de notre programme annoncent : musique de Schoenberg.

C’est loin d’être inexact, si l’on songe que c’est le poème symphonique que Schoenberg écrivit entre 1902 et 1903, d’après l’œuvre de Maeterlinck, et sur les conseils de Richard Strauss, qui sert de support musical à notre spectacle. Nous avons choisi la version du Philharmonique de Berlin, dirigé par Herbert von Karajan (Deutsche Gramophon).

Par ailleurs, en prélude à l’entracte, nous vous faisons entendre la Nuit transfigurée (Verklärte Nacht), autre œuvre de jeunesse de Schoenberg, écrite en 1901, d’après un poème de Richard Dehmel. Primitivement conçue pour sextuor à cordes, l’œuvre fut transposée pour orchestre à cordes, en 1917, par l’auteur. C’est cette façon que nous avons choisie (à regret d’ailleurs, mais la version sextuor est actuellement introuvable sur le marché du disque) : l’English Chamber Orchestra est dirigé par Daniel Barenboïm (HMV).

Toutefois, d’autres œuvres musicales viennent incidemment souligner la pièce de Maeterlinck. A tout seigneur tout honneur, Debussy sera présent, non seulement au début de la deuxième partie, avec la Cantilène des cheveux ; et un peu plus loin encore avec son troisième nocturne, Sirènes ; mais surtout, cette cantilène dont nous venons de parler servira de leitmotiv aux deux protagonistes féminins, Mélisande et Geneviève, tout au long de la pièce.

C’est à la Suite pour violoncelle seul de B. Britten que nous avons emprunté certains soli de cello. Si vous avez l’oreille extrêmement fine, vous percevrez peut-être un chœur du Vaisseau fantôme de Wagner.

Vous entendrez encore un lied de Schumann (tiré de L’Amour et la vie d’une femme) chanté par Kathleen Ferrier, et un court extrait de Folksongs de Luciano Berio, chanté par Cathy Berberian. Une valse de J. Strauss (Les Feuilles du matin) éclairera certains passages de l’œuvre, qui s’achèvera soutenue par la voix de Maria Callas chantant Casta Diva, extrait de la Norma de Bellini .

Yvan Dailly

M. Jacques MAIREL, critique musical du « Soir », venu voir la première de notre « PELLEAS ET MELISANDE » à Spa, soulignait, dans son article la place que tient Schoenberg dans l’accompagnement musical du spectacle. Il terminait par ces mots :

Avec quelques brefs fragments de Debussy, la chanson de Mélisande qui devient comme un leitmotiv accompagnant la marche somnambulique de Geneviève et les jeux d’Yniold ; un violoncelliste qui enchaine ses improvisations à Schoenberg, comme s’il accompagnait quelque récitatif. Et pour finir, sur le tableau figé de ceux qui entourent Mélisande morte, plane le grand air superbe de la Norma de Bellini Casta Diva, ultime trait qui nous distancie de l’œuvre, nous rappelle qu’il ne s’agissait que d’un rêve, projection des fantasmes de Maeterlinck… et d ‘un opéra. Ainsi Ronse utilise-t-il la musique à tous les niveaux de l’expression : pour nous dire la vérité qui se cache derrière les mots, pour nous suggérer, à ses références au premier et au deuxième degré, que nous sommes dans le domaine de l’artifice et de l ‘art, et finalement de la poésie.


Quelques traits pour une image de Maurice MAETERLINCK

Prélude à l’après-midi d’un jeune bourgeois flamand

Ce matin là, en sa maison de campagne d’Oostacker, non loin de Gand, à deux pas du Canal de Terneuzen, M. Maurice prenait son petit déjeuner. M. Maurice était un grand et vigoureux gaillard qui, dans quelques jours allait fêter ses vingt-huit ans. Son papa, riche propriétaire, vivait fort largement grâce aux redevances que lui versaient ses fermiers. Aussi, M. Maurice, jeune avocat, ne devait pas compter sur la générosité de ses rares clients pour lui fournir l’excellent beurre des Flandres que présentement il étalait sur ses tartines.

Un curieux garçon, ce Maurice. On le disait poète. Et en effet, il avait déjà publié – à compte d’auteur, bien entendu, ou plutôt à compte de parents d’auteur – deux plaquettes : Serres Chaudes, recueil de poèmes abscons, auxquels personne ne comprenait rien ; et La Princesse Maleine, un drame en cinq actes, auquel on comprenait moins encore. Il faut bien, n’est-ce-pas, que jeunesse se passe !

De La Princesse Maleine, on avait tiré 30, puis 155 exemplaires. Il s’en était vendu cinq. Quelques exemplaires avaient été envoyés, à tout hasard, aux critiques de Bruxelles et de Paris. Et même l’un d’eux, un jeune inconnu nommé Emile Verhaeren, en avait dit beaucoup de bien.

Donc, M. Maurice mangeait ses tartines. On peut même supposer qu’il les trempait dans sa grande jatte de café. Quand la servante entra. Elle apportait Le Figaro qui venait d’arriver de Paris. M. Maurice jeta un regard sur la première page. Ses yeux s’écarquillèrent. Il lut. Plus il lisait, plus ses yeux s’écarquillaient.

Un article retentissant

En cette première page du Figaro du dimanche 24 août 1890, il y avait, sur deux colonnes, un article d’Octave Mirbeau : Mirbeau, le romancier et dramaturge célèbre, l’homme qui faisait la pluie et le beau temps dans la critique parisienne. Le titre de l’article : Maurice Maeterlinck. Et voici ce qu’on y lisait :

Je ne sais rien de M. Maurice Maeterlinck. Je ne sais d’où il est et comment il est. S’il est vieux ou jeune, riche ou pauvre, je ne le sais. Je sais seulement qu’aucun homme n’est plus inconnu que lui et je sais aussi qu’il a fait un chef-d’œuvre un admirable et pur et éternel chef-d’œuvre qui suffit à immortaliser un nom et à faire bénir ce nom par tous les affamés comme les artistes honnêtes et tourmentés, parfois aux heures d’enthousiasme, ont rêvé d’en écrire un, et comme ils n’en ont écrit aucun jusqu’ici. Enfin, M. Maurice Maeterlinck nous a donné l’œuvre la plus géniale de ce temps et la plus extraordinaire, et la plus naïve aussi, comparable et (oserais-je le dire ?) supérieure en beauté à ce qu’il y a de plus beau dans Shakespeare. Cette œuvre s’appelle La Princesse Maleine.

A Paris, dans les salles de rédaction, dans les cafés, dans les salons, dans les rues, il n’allait bientôt plus être question que de Maurice Maeterlinck : cet être surgi du néant, que personne ne connaissait, dont personne n’avait lu une ligne. L’Angleterre, l’Amérique, l’Allemagne, les pays scandinaves allaient se passionner à leur tour. Le Manchester Guardian publierait un article : A New Shakespeare.

Pour le moment, le jeune Maurice Maeterlinck, devant sa tartine inachevée, était à la fois ivre de fierté et frappé d’épouvante : comment allait-il faire, après de tels éloges, pour ne pas décevoir ses lecteurs, pour ne pas sombrer dans le ridicule ? Quant aux bourgeois de Gand, attablés ce soir-là dans leurs brasseries, ils se frappèrent les cuisses et se tordirent d’un énorme rire. M. Maeterlinck père devait avoir payé la forte somme à ce plumitif de Paris pour qu’il balançât aussi impudemment l’encensoir sous le nez de son
rejeton.

Origines et enfance du poète

Les Maeterlinck sont une fort ancienne famille. En l’an 1395, la Flandre fut frappée par la famine. Le bailli de Renaix organisa sévèrement le rationnement. Tous les matins, il faisait distribuer à chaque habitant les quelques mesures de blé auxquelles il avait droit. Si bien que personne, ni riche, ni pauvre, ne mourut de faim dans la ville.  L’excellent bailli fut désormais appelé Maeterlinck, ce qui veut dire le mesureur. Il fut armé chevalier et reçut un écu orné de trois petites louches et tenu par une licorne.

Les descendants de cet homme équitable prospérèrent, si bien que le père de notre écrivain, Polydore Maeterlinck, se trouvait propriétaire de vastes domaines, d’une belle maison à Gand, boulevard Frère-Orban, et de cette demeure campagnarde où l’aile de la gloire vint effleurer le jeune Maurice. Polydore employait ses nombreux loisirs à cultiver les fruits – il créa une pêche Maeterlinck et un raisin Polydore très appréciés – et à élever les abeilles, ce dont son fils devait plus tard se souvenir.

Maurice-Polydore-Marie-Bernard Maeterlinck, naquit à Gand, le 29 août 1862. Son éducation – comme c’était alors le cas dans la bourgeoisie flamande – fut purement française. Il connaissait pourtant très bien le néerlandais et devait plus tard plaider en cette langue. A douze ans, il entra au Collège Ste-Barbe, où l’avaient précédé Emile Verhaeren et Georges Rodenbach ; où il allait se trouver dans la même classe que d’autres futurs poètes, Charles Van Lerberghe et Grégoire Le Roy. Il fut un élève parfaitement médiocre. De ses six années de collège, il a dit qu’elles avaient été les moments les plus désagréables de mon existence.

Pourtant, l’enseignement ne devait pas être mauvais en cette pépinière de poètes ; mais il était entièrement axé sur la religion et, ainsi que l’a dit Van Lerberghe, la religion était une religion de mort. Pareille formation ne devait pas manquer d’étendre son ombre sur le garçonnet Maeterlinck, sur l’homme Maeterlinck.

L’obsession de la chasteté et de la pureté idéale, la terreur du péché, de l’enfer et de ses flammes, ont marqué son imagination d’enfant. “On ne devrait pas avoir le droit, dira-t-il à Georgette Leblanc, de déformer ainsi de futurs hommes.” L’inquiétude s’est installée dans son coeur, une fêlure intime dont il rend ses maîtres responsables.

Très tôt, notre potache se mit à écrire des vers. En cachette, bien sûr ; la poésie était très mal vue, tant à Ste-Barbe que dans le milieu familial. Enfin, en 1881, vint la libération. Maurice, sans trop se fatiguer, suivit les cours de la Faculté de Droit. Et surtout, il se mit à lire avec boulimie, à écrire. Il envoya ses premiers vers à de petites revues. Il se passionna pour le mystique flamand Ruysbroeck. Enfin, en décembre 1885, avec l’ami Le Roy, et sous prétexte d’aller étudier les secrets de l’éloquence judiciaire, ce fut le premier voyage à Paris.

Dans une brasserie de Montmartre

Auguste de Villiers de l’Isle-Adam © Mary Evans

Maurice se garda bien de mettre les pieds au Palais, mais fréquenta assidument les brasseries à poètes. Un soir, à Montmartre, son aîné, Georges Rodenbach le présenta à Villiers de l’Isle-Adam :

Un petit homme barbichu, blafard, tenaillé par la plus effroyable misère, et qui vivait uniquement, magnifiquement, pour son art. D’une voix blanche, cotonneuse, étouffée et déjà pareille à une voix d’outre-tombe, il nous «parlait» ses œuvres qui allaient naître. Visiblement, il essayait sur nous ses fantastiques imaginations…
Nous avons écouté certaines tirades inédites d’Axel, outre des fragments d’œuvres qui ne furent jamais écrites et qui ne vivent plus que dans notre mémoire. Il me souvient notamment d’une «Crucifixion» parodiée par des singes dont l’atroce et grandiose ironie nous faisait frissonner d’horreur. Tout cela crépitait comme des étincelles aux pointes des paratonnerres.
Ces mystères étaient célébrés à voix basse comme une messe secrète, dans un coin d’ombre d’une brasserie empestée de pipes et de relents de bière et de choucroute, dans le vacarme des conversations crapuleuses ou de l’ignoble rire des filles chatouillées, parmi les fracas des commandes de tête de veau à l’huile ou de pieds de porc, des bocks el des plats entrechoqués et de la mangeaille gloutonnement mastiquée.
Nous avions l’impression d’être les officiants ou les complices de je ne sais quelle cérémonie pieusement sacrilège, dans l’envers d’un ciel qui nous était tout à coup révélé.
A la fermeture de la brasserie, nous reconduisions Villiers à son domicile incertain, puis chacun rentrait chez soi ; les uns abasourdis, les autres à leur insu mûris ou régénérés, au contact du génie, comme s’ ils avaient vécu avec un géant d’un autre monde.
La Princesse Maleine, Mélisande et les fantômes qui suivirent attendaient l’atmosphère que Villiers avait créée en moi pour y naître et respirer enfin.

En cette brasserie enfumée de vapeurs de choucroute, le poète Maurice Maeterlinck était né.

Un as de la boxe et du vélo

Regardons-le, ce poète, avec les yeux de ceux qui l’ont vu dans sa jeunesse, dans son âge mûr. Et commençons par nous étonner de son aspect physique. Le jeune Maeterlinck vu par Georges Rodenbach d’abord :

…imberbe, les cheveux courts, le front proéminent, les yeux clairs, nets, regardant droit, la figure durement modelée – tout un ensemble indiquant la volonté, la décision, l’entêtement, une vraie tête de flamand…

Jules Renard , après l’avoir rencontré à Paris, nous le dessine ainsi dans son Journal : “Un ouvrier belge qui s’est acheté un chapeau trop petit et des culottes trop larges.” Ou encore: “Maeterlinck se balance avec son air de charpentier arrivé et satisfait.” Ce gaillard au masque de dogue, bâti en armoire à glace, se glorifie de ses “biceps gros comme des œufs de paonne” et de ses “pectoraux en bourrelets de muscles” qu’il fait tâter à la ronde, “plus fier que s’il avait écrit un chef-d’œuvre ou accompli un acte héroïque.

En 1901, il triomphe dans un championnat de poids et haltères. Il est le premier écrivain boxeur de la littérature française.

Maeterlinck, lentement, ajuste ses gants, se met en garde, de trois quarts, la tête légèrement baissée, les épaules en avant, le bras droit allongé : évidemment il va opposer son poids. Il voit clairement, bloque et donne le coup droit avec le minimum de déplacement.

A vélo, il file tel un dard, laissant loin derrière lui son amie Georgette Leblanc, le souffle perdu, épuisée, effondrée au creux d’un fossé. Plus tard, il se passionnera pour la moto et, fou de vitesse, sèmera la terreur sur les routes.

Il a une perpétuelle fringale de boisson et de nourriture – la carbonade flamande est son plat favori – une fringale de femmes aussi, et elles ne lui sont pas cruelles. A ceux qui l’approchent, il donne une impression de solidité, de sérénité indestructible. Avec cela, organisé en diable : ne supportant pas qu’on arrive cinq minutes en retard au repas. Suprêmement habile à tirer le maximum de ses droits d’auteur. Combien l’homme est différent de l’œuvre ! Si du moins l’on se contente de juger l’homme d’après son aspect extérieur.

Ce qui se cachait derrière l’athlète flamand

Roger Bodart, poète lui aussi, parle ainsi de l’apparent désaccord entre l’individu Maeterlinck et le poète Maeterlinck :

Cet homme qui goûtait mieux que nul autre les plaisirs de la table et du lit, qui ne s’est pas lassé de regarder le visible et de le dire, comme on s’est trompé en ne voyant en lui qu’un être épais, enfoncé comme un Dieu Terme, à mi-corps, dans la terre ! Certes, il goûtait tout. Mais les plaisirs qu’il prenait ne le concernaient pas. Il mangeait, buvait, caressait, mais il était ailleurs. C’est pourquoi il parlait si peu. En fait, sous l’enveloppe du robuste gaillard fier de ses muscles, il y a un être écorché, divisé, d’une sensibilité qui touche à la névrose. Georgette Leblanc, qui fut sa compagne pendant plus de vingt ans, nous le décrit ainsi au début de leur liaison : “… l’image même du trouble. Malgré sa carrure et ses fortes mains de mécanicien, ses traits m’apparaissaient comme à travers une eau qui tremble… Comment ce gaillard solide sur ses fortes jambes pouvait-il être si mal assuré ?”

Elle dit aussi qu’il fallait éloigner de lui certaines personnes : le seul son de leur voix le faisait s’évanouir. Comme l’exaspère jusqu’à l’égarement furieux le miaulement d’une chatte en folie, auquel il met fin d’un coup de pistolet entre les deux yeux de la bête. Il a peur : “… toutes les variétés de l’appréhension, celle des gens et des mols, celle du malheur qui peut venir et du coup qui peut surprendre. Il ne dormira jamais sans plusieurs armes à côté de son lit, revolver à portée de la main, couteau corse grand ouvert et fusil chargé.

Plus tard, dans la solitude d’Orlamonde, il attendra on ne sait quel ennemi, une mitraillette sur les genoux. Partout il cherche un refuge où être à l’abri de ses semblables. C’est d’abord la chère maison d’Oostacker ou le grenier de la maison familiale, rue Frère-Orban. Mais les bons bourgeois de Gand ne ratent pas une occasion de railler lourdement ce poète, ce bourgeois qui a mal tourné. Alors, dès qu’il en a les moyens, il s’enfuit vers la France. Il y habitera des demeures de plus en plus somptueuses, de plus en plus vastes : le château de Médan ; l’abbaye de Sainte-Wandrille en Normandie ; enfin le féérique palais d’Orlamonde, sur les hauteurs de Nice – qui sont autant de forteresses.

Ecoutons encore Roger Bodart : “Cet homme célèbre a toujours fui le monde. S’il a vécu dans des palais, c’était vraisemblablement moins par goût du faste que pour pouvoir préserver autour de lui de grandes étendues de solitude et de silence. Nul n’a parlé du silence mieux que lui.

Les vertus du silence

Cet homme qui se cache, qui se tait, sera le poète de l’invisible, le poète du silence. Dès sa première jeunesse, il est ce grand taiseux contemplatif dont parle Camille Lemonnier, un être qui refuse de se livrer. Louis Piérard rapporte cette anecdote : “Le romancier flamand Cyriel Buysse m’a raconté qu’adolescents, ils se rencontrèrent au patinage au cours d’un rude hiver. Ensemble, ils firent de grandes randonnées sur les canaux gelés, vers Bruges et la Hollande proche : Buysse, tout de suite, se fit connaître. Ce n’est qu’au bout de quelques jours que Maeterlinck donna son nom. « Pourquoi avoir tant tardé ? » lui demanda son compagnon. « Je ne savais pas, fit Maeterlinck, que nous deviendrions des amis».

Pourquoi dire son nom ? Pourquoi parler ? La vérité des êtres est bien au- delà des paroles. Ecoutons maintenant Maeterlinck lui-même :

Il ne faut pas croire que la parole serve jamais aux communications véritables entre les êtres… Dès que nous avons vraiment quelque chose à nous dire, nous sommes obligés de nous taire… Dès que nous parlons, quelque chose nous prévient que des portes divines se ferment quelque part… Les paroles passent entre les hommes, mais le silence, s’il a eu un moment l’occasion d’être actif, ne s’efface jamais et la vie véritable, et la seule qui laisse des traces, n’est faite que de silence.

Le regard non plus n’apporte rien d’essentiel :

On se trompe toujours lorsqu’on ne ferme pas les yeux – dit Arkel – … Nous ne voyons jamais que l’envers de nos destinées.

Maeterlinck, homme mal connu, même par ses amis, est bien placé pour savoir que ce qu’on voit, ce qu’on entend d’un être ne nous apprend pas grand chose sur sa réalité profonde. Son théâtre est celui du silence. Un théâtre où, derrière des gestes, des mots apparemment banaux, se devine une vérité mystérieuse. “Le dialogue ressemble à l’iceberg dont la part cachée est la plus grande et parfois la plus redoutable” (Georges SION).

Un théâtre où, dans ses personnages, l’auteur ne cesse de se chercher. “Préoccupé toujours du monde des ténèbres qu’il porte en lui et qu’il s’est attaché à sonder, Maeterlinck, ce poète de l’invisible, demeure toujours penché sur lui-même.” (Marcel LECOMTE).

« Un théâtre pour marionnettes »

Un théâtre de la pitié. Une pitié impuissante, désarmée. “Si j’étais Dieu, j’aurais pitié du cœur des hommes.” Voilà ce que dit Arkel, un peu avant la catastrophe : le meurtre de Pelléas, la mort de Mélisande, le désespoir de Golaud. Cette catastrophe, le vieillard ne fait rien pour l’empêcher. Que pourrait-il faire ? Il sait trop bien que le destin des hommes est incompréhensible, et les mène inexorablement vers la souffrance et la mort.

Quand, en 1918, Maeterlinck rassembla ses premières pièces, il les caractérisa ainsi dans une préface :

On y a foi à d’énormes puissances, invisibles et fatales, dont nul ne sait les intentions, mais que l’esprit du drame suppose malveillantes, attentives à toutes nos actions, hostiles au sourire, à la vie, à la paix, au bonheur. Des destinées innocentes, mais involontairement ennemies, s’y nouent et s’y dénouent pour la ruine de tous, sous les regards attristés des plus sages, qui prévoient l’avenir mais ne peuvent rien changer aux jeux cruels et inflexibles que l’amour et la mort promènent parmi les vivants. Et l’amour et la mort et les autres puissances y exercent une sorte d’injustice sournoise, dont les peines – car cette injustice ne récompense pas – ne sont peut-être que des caprices du destin.

Le théâtre de sa jeunesse – de La Princesse Maleine à la Mort de Tintagiles, de Pelléas et Mélisande aux Aveugles et à Intérieur – l’auteur l’appelle un théâtre pour marionnettes. Pourquoi ? Parce que ses personnages, si humains, si émouvants soient-ils, ne sont rien de plus que des pantins mus par les fils du destin. Ils sont pareils à ces Aveugles dont le guide, un vieux prêtre, vient de mourir subitement et qui, perdus dans une nuit glaciale, sont condamnés, l’un après l’autre, à mourir de froid. Pareils à cette famille d’Intérieur dont la fille vient de  mourir noyée ; on ramène le cadavre ; mais eux ne savent encore rien de leur malheur, par la fenêtre on les voit vaquer paisiblement aux occupations de la soirée, ignorant la fatalité qui pèse sur leurs têtes.

Deux amants immortels.

Tel est ce théâtre du désespoir, écrit par un jeune homme désespéré. Est-ce là tout l’enseignement qu’il peut nous apporter ? Non, il y a plus en lui. Voyez Pelléas et Mélisande. De cette histoire atroce est né un prodige. Que Pierre Brisson décrivait ainsi : “On doit ici à Maeterlinck une des créations les plus rares du monde. On lui doit un couple. La pièce peut disparaître un jour, Pelléas et Mélisande, joints l’un à l’autre, ont toutes les chances de traverser les âges.” Et Pierre-Aimé Touchard : “Avec « Tristan et Yseult », je ne crois pas qu’il existe de plus beau chant d’amour dans la littérature de langue française.” D’où vient ce miracle ? D’ une opération de magie qui fait découvrir la beauté au cœur même de la cruauté du monde. Au coeur de son absurdité. “Le poète, nous dit Jean-Marie Andrieu, doutant de l’immortalité de l’âme, crée des âmes, il peuple d’âmes les mondes qu’il détruit. La beauté du cérémonial fait oublier le sens de la cérémonie. La mort elle-même s’efface devant l’éclat de la jeunesse et l’ardeur de l’amour. C’est le privilège de l’artiste, lorsqu’au fond de lui-même, il refuse une réalité, d’y substituer une autre qui devient non seulement la sienne, mais la nôtre. Et s’il nous fait dire en face de l’horreur : « Non, cela n’est pas possible » , nous transformons, grâce à lui, un signe d’étonnement en une constatation. « Cela » cette horreur est devenue impossible en effet . Il n’est pas possible que Golaud ait tué Pelléas. Et Mélisande n’est pas morte.

Après « Pelléas… »

Quelques quatre années après avoir écrit Pelléas et Mélisande, Maeterlinck rencontra la cantatrice et comédienne Georgette Leblanc – la sœur du créateur d’Arsène Lupin – qui fut sa compagne pendant vingt ans. Cette femme débordante d’activité, de projets et d’extravagances, le monstre sacré 1900 en toute sa splendeur, eut du moins le mérite de comprendre ce grand gaillard torturé, de lui apporter un nouvel équilibre. Elle le sortit des marais du désespoir, du nihilisme et lui enseigna les vertus de l’action.

De longues conversations entre les deux amants sortit La Sagesse et la Destinée (1898) où on lit :

Au fond, si l’on avait le courage de n’écouter que la voix la plus simple, la plus probe, la plus pressante de sa conscience, le seul devoir indubitable serait de soulager autour de soi, dans un cercle aussi étendu que possible, le plus de souffrance que l’on pourrait.

La pitié impuissante du vieil Arkel devient fraternité agissante. C’est dans ce sens qu’au début de l’année 1914, Maeterlinck va consacrer une petite  fortune à venir en aide aux mineurs en grève du Borinage.

Car il est devenu riche et il le sera de plus en plus. Georgette Leblanc est, pour lui, un merveilleux service de relations publiques. Elle joue et fait jouer ses pièces, lui en fait écrire d’autres : Sœur Béatrice, Monna Vana, L’Oiseau Bleu… Elle l’aiguille vers les essais d’une philosophie, que certains trouveront simpliste, mais qui apporte à des centaines de milliers de lecteurs un souffle de sérénité et d’espoir. C’est Georgette encore qui pousse Maurice à entreprendre les fameuses études sur les insectes – très appréciées par ce connaisseur qu’est Jean Rostand – : La Vie des Abeilles, La Vie des Termites, La Vie des Fourmis. C’est elle aussi qui provoque l’épique bagarre entre Maeterlinck et Debussy, à propos de Pelléas et Mélisande, et dont nous parlons plus loin. Mais on peut lui pardonner ce pittoresque esclandre, pour tout le bien qu’elle fit, par ailleurs, à son ami.

Maeterlinck par Franz Masereel

Ils se séparèrent. Maeterlinck épousa la charmante Renée Dahon. Le roi Albert fit de lui un Comte Maeterlinck. En 1911 , il avait reçu le Prix Nobel. Ses livres étaient traduits dans toutes les langues et se vendaient par millions d’exemplaires. Il acheta Orlamonde, que l’on dirait le rêve de pierre d’un roi dément. Et s’y terra.

Un entracte : le départ aux Etats-Unis, pour fuir les Nazis qu’il détestait. Puis aussitôt que possible, le retour à Orlamonde, où le Comte Maurice Maeterlinck mourut le 6 mai 1949, à l ‘âge de quatre-vingt-six ans. Le 24 avril 1976, un article de Carlo Bronne, paru dans Le Soir, nous alertait : “Que vont devenir les cendres du poète ? Elles reposaient où il a vécu. Orlamonde serait sur le point d’être aménagé en casino, ce qu’il devait être à l’origine. L’urne funéraire ne peut voisiner avec les tables de jeu, les frigos et les machines à sous. Verhaeren a son tombeau au bord de l’Escaut ; Maeterlinck doit réintégrer la terre qu’il aimait.


Histoire d’une pièce et d’une partition : Pelléas et Mélisande

Maeterlinck trouve un metteur en scène. En cette décennie 1890, le phare du théâtre vivant en France était Antoine. On demanda à Antoine : « Pourquoi ne montez-vous pas une pièce de ce jeune Maeterlinck dont on parle tant ? Il répondit : « Ce n’est pas du tout pour moi ».

En quoi il avait raison. Antoine, c’est le naturalisme, le réalisme, la tranche de vie ; les vrais quartiers de bœuf en scène, si l’on est censé se trouver dans une boucherie ; de vraies poules picorant et caquetant, si l’on est dans une cour de ferme. Exactement le contraire de ce que tentait le poète gantois. Il fallait, pour jouer les pièces de Maeterlinck, un metteur en scène, un animateur tout neuf. Maeterlinck le trouva : il s’appelait Aurélien Lugné-Poe, venait à peine de passer la trentaine et, avec quelques jeunes enthousiastes avait fondé une nouvelle compagnie, le Théâtre d’Art. Cette troupe, il voulait la mettre au service de la poésie. Maeterlinck était son homme.

Maeterlinck vint donc à Paris. Généreusement, Lugné-Poe et son amie Suzanne Després lui offrirent leur lit, tandis qu’ils se contentaient d’un matelas par terre, dans le couloir. Ah ! Lugné-Poe devait s’en souvenir de cette nuit-là ! “Il était costaud, le grand flamand ! Soudain son lit craqua, cassa et dans un fracas, le sommier s’écroula sur le sol. Maeterlinck se rendormit cependant de sa belle âme, tandis que nous restâmes plus d’un an sans lit.” Une grande amitié venait de naître.

Pelléas… sera-t-il créé sans décors ?

On commença avec L’intruse, un acte tout en demi-teintes, en silences, où, sans presque qu’on s’en aperçoive, la Mort pénètre dans une maison et vient y chercher sa proie. Cette courte pièce avait été admise, un peu comme bouche-trou, dans une soirée composée d’autres œuvres. “On nous avait placé à la fin – dit Lugné-Poe – , pour que, si le programme était trop long, on pût nous balancer.” Le spectacle n’était pas trop long, heureusement. Et, ô surprise ! “L’intruse, commencée devant l’apathie du public, réveilla cette salle assoupie, fut un triomphe et, le lendemain, tout Paris parlait de cet étonnant et tragique flamand sur lequel coururent des histoires fantastiques.”

Après L’intruse vinrent Les Aveugles, encore un acte. Enfin, de sa solitude d’Oostacker, Maeterlinck apporta une œuvre nouvelle et assez longue pour être jouée seule, Pelléas et Mélisande.

Hélas! au Théâtre d’Art, Lugné-Poe n’était pas seul maître à bord. Il dépendait d’un Comité de Direction qui émit ce jugement : “Pièce incompréhensible. Par exemple, sans décors !” Pas un sou donc pour les décors. Pourtant il en fallait des décors ! Maeterlinck venait d’arriver de Gand, lui-même fort démuni : ses parents commençaient sans doute à trouver que leur jeune poète leur coûtait fort cher. En vain, Lugné-Poe courut-il tout Paris pour obtenir un subside. Ce fut son excellent papa qui sauva la situation. Cet homme admirable consentit un prêt de 200 F (à peu près 20.000 de nos francs). Tout était sauvé ! “J’entends encore Maeterlinck me dire : Quel bon type que ton père !”

Où les cheveux de Maeterlinck poussent prodigieusement

La première fut donnée le 17 mai 1893, dans la salle des Bouffes-Parisiens. En matinée, car le soir, on jouait un vaudeville, Madame Suzette. Octave Mirbeau – toujours lui ! – avait battu Je rappel dans L’Echo de Paris : “Une belle et hautaine manifestation d’art dramatique, d’art simple et profond aura lieu dans quelques jours.” La salle avait ses îlots de partisans fougueux : des peintres, des écrivains, Georges Clemenceau et Léon Blum et un jeune compositeur fort effacé, un nommé Claude Debussy. Quelques noyaux d’adversaires farouches aussi, avec comme centre de ralliement la bedaine de M. Francisque Sarcey, ennemi déclaré de tout ce qui n’était pas bien français, zélateur de la pièce bien faite à la Scribe ou à la Victorien Sardou. La journée allait être rude.

Pendant cette matinée sensationnelle, Maeterlinck alla tourner trois ou quatre fois dans les rues avoisinant le Palais Royal. Ses cheveux, il nous le dit ensuite, avaient démesurément poussé pendant la matinée. C’était un phénomène assez curieux, chaque fois que Maeterlinck, énervé par une représentation, venait à Paris, ses cheveux croissaient en quelques heures au point qu’il devait ensuite passer chez un coiffeur…

Le rideau se leva. Notons les deux principaux éléments de la distribution : Mélisande, Mlle Meuris et Pelléas, Mlle Marie Aubry (curieuse époque où les rôles de jeunes premiers – que ce fût Pelléas, Lorenzaccio, Hamlet ou l’Aiglon – étaient tenus par des comédiennes !).

Succès à Paris, à Bruxelles, à Liège…

Ce fut un grand succès. Une sensation véritable, note Antoine, qui pourtant n’avait guère de tendresse pour la nouvelle école. Un délire ! dira Mallarmé. Bien sûr, Francisque Sarcey, dans sa chronique du Temps, ne pouvait que ronchonner : “On sort de ces ténèbres parfaitement abruti, comme si l’on avait une calotte de plomb sur la tête. Ah ! j’ai revu l’air libre avec volupté ! Si l’on m’y repince à entendre une pièce de Maeterlinck ! On commence à nous ennuyer terriblement avec ces exhibitions dithyrambiques de génies belges, norvégiens ou suédois, quand nous avons chez nous tant de gens de talent que l’on affecte de mépriser ou de blaguer.

N’empêche, la pièce était lancée. Le 5 juin, Lugné-Poe venait la présenter au Théâtre du Parc, à Bruxelles. Ecoutons le témoignage de l’ami Van  Leerberghe : “Toute la légion était là pour défendre l’œuvre de Maeterlinck contre l’éternel ennemi, le bourgeois, qui lui aussi était venu en grand cortège. La victoire pour nous a été facile…

Puis la tournée se prolongea : à Liège, en Hollande, au Danemark , en Norvège, à Londres. Sans compter un retour en force à Paris. Des traductions furent jouées en Allemagne, en Angleterre, en Amérique. Puis vint le triomphe du Maeterlinck essayiste, avec Le Trésor des Humbles et La Sagesse et la Destinée. On reprit Pelléas et Mélisande, dans le monde entier. Quand arriva à cette pièce à succès la plus étonnante, la plus imprévue des mésaventures…

Maurice somnole, tandis que Georgette s’exalte

En août 1893, trois mois a près la première de Pelléas, Maeterlinck reçut de son ami , le poète et romancier Henri de Régnier cette lettre : “Mon ami Claude Debussy, qui est un musicien du plus fin et du plus ingénieux talent, a commencé sur Pelléas et Mélisande des musiques charmantes qui en enguirlandent le texte délicieusement, tout en le respectant scrupuleusement. Il voudrait, avant de pousser plus avant ce travail qui est considérable, avoir l’autorisation de le poursuivre.

Fort curieusement, Maeterlinck , dont la langue est la plus musicale qui soit, n’entendait rien à la musique. L’affaire lui parut de piètre importance. On lui envoya quelques papiers, qu’il signa sans les lire. Puis il se hâta de penser à autre chose. Sur ce, il fit la connaissance de Georgette Leblanc. Il l’aima avec une passion fougueuse et partagée, non exempte de tempêtes cependant. Il alla l’applaudir à tout rompre, quand elle chanta le rôle de Carmen à l’Opéra-Comique. Enfin, chassé par les clabauderies des bourgeois gantois, il vint s’installer avec elle, dans une très confortable maison, rue Raynouard, à Passy.

C’est là qu’un jour de la fin de 1901, vint sonner Claude Debussy, sa partition
sous le bras. Maurice et Georgette s’assirent. Debussy se mit au piano – un piano droit, placé contre le mur, ce qui fort heureusement l’empêchait de voir ses auditeurs – et se mit à jouer. Pour l’infortuné Maeterlinck, cette dégoulinade de sons n’avait aucune signification. Il s’agita, s’assoupit, se réveilla, alluma sa pipe, attendit que ce fût fini.

Les sentiments de Georgette étaient différents : “…quand le prélude de la mort de Mélisande arriva, je ressentis cette émotion spéciale, unique, que nous éprouvons en présence des chefs-d’œuvre : notre vie semble se détacher de nous, quelque chose s’arrête… nous sommes suspendus dans un monde inconnu où nos expressions n’ont plus de sens.” Sa décision était prise : elle serait la Mélisande de Maeterlinck et de Debussy.

Epouvantable fureur d’un Gantois

En effet, tout sembla s’arranger pour satisfaire ce désir. Georgette alla, trois ou quatre fois, répéter chez Debussy, qui semblait ravi. Déjà la pièce était inscrite à l’affiche de l’Opéra-Comique. Quand, un matin, Maeterlinck lut dans son journal cette nouvelle stupéfiante : “MM. Claude Debussy et Albert Carré, directeur de ]’Opéra-Comique, avaient confié le rôle de Mélisande à une jeune cantatrice américaine, Mlle Mary Garden.”

La colère du terrible Gantois fut effroyable. Déjà il avait empoigné sa plus lourde canne et rugissait : “Je m’en vais donner quelques coups de bâton à Debussy pour lui apprendre à vivre !” Georgette, échevelée, s’accrocha à lui ; il se dégagea ; et comme elle lui barrait le chemin de la porte, il sauta par la fenêtre (on était heureusement au rez-de-chaussée). Il entra chez le compositeur comme une trombe, le gourdin brandi. Le voyant si formidable, le pauvre Debussy se pâma dans un fauteuil. La jeune et charmante Mme Debussy, éperdue, se rua sur son mari , un flacon de sels à la main. Que pouvait faire Maeterlinck devant une scène aussi touchante ? Il tourna les talons.

Cependant il ne décolérait pas. Et d’autant plus que les papiers qu’il avait signés – il s’en apercevait seulement maintenant – le privaient de tout droit de regard sur la distribution . Il parlait de provoquer tout le monde en duel. Enfin il mit la main à la plume et écrivit au Figaro une lettre, où l’on trouvait ces paroles vengeresses :

Cette représentation aura lieu malgré moi, car MM. Carré et Debussy ont méconnu les plus légitimes de mes droits… En un mot, le « Pelléas » en question est une pièce qui m’est devenue étrangère, presque ennemie ; et dépouillé de tout contrôle sur mon œuvre, j’en suis réduit à souhaiter que sa chute soit prompte et retentissante.

Une salle houleuse autant que partagée

Mary Garden dans le rôle de Mélisande

Si l’on compare aujourd’hui des photos de la juvénile et frêle Mary Garden, et d’une Georgette Leblanc aimablement rebondie, on comprend assez le choix de Debussy et de Carré. Et d’autant plus que la voix de Mary Garden était exquise et tout à fait dans le ton qu’il fallait. Mais notre Maeterlinck, aveuglé par l’amour, sourd à toute musique, était bien en peine de comprendre cela. Du moins avait-il le mérite maintenant de se retirer de la bataille.

Une bataille qui ne faisait que commencer. A trente-neuf ans, Debussy était encore quasi-inconnu. La plupart des pontifes de la musique française considéraient ses œuvres non seulement comme révolutionnaires, mais encore parfaitement inaudibles. Son caractère ombrageux, sa susceptibilité maladive n’avaient guère arrangé les choses. Seul l’appréciait un milieu très  limité d’écrivains et de poètes – Mallarmé, Pierre Louys, Paul-Jean Toulet, André Gide, Paul Valéry… – ainsi  qu’une poignée de jeunes enthousiastes. Tous étaient là, le 28 avril 1902, jour de la générale – y compris les inévitables Léon Blum et Clemenceau -. Mais aussi une foule de mondains et de snobs, avides de voir manger le dompteur, et bien décidés à ne pas donner le dernier coup de dent. “L’hostilité des autres nous poissait les mains“, dira Paul Valéry.

André Messager était au pupitre. Il leva sa baguette. Le prélude et le premier acte furent écoutés dans le silence. “Ce fut le coup de foudre – dit le poète Fernand Gregh –. Dès les premières mesures, j’eus la révélation, et, si je puis dire, l’éblouissement de cette musique absolument nouvelle, à la fois sensible et intelligente, aiguë et tendre, originale et harmonieuse, divine. Je bus comme un homme altéré les beaux accords du début, sourds, profonds, troublés d’infini, l’admirable thème de Mélisande si nostalgique dans son tendre balancement, le grand cri de Golaud devant la femme : « Oh ! vous êtes belle ! » , le sanglot chuchoté de la petite fille peureuse : « Ne me touchez pas ou je me jette à l’eau », que Mary Garden chantait, avec ce rien d’accent anglais qui lui donnait vraiment l’air d’un « oiseau qui n’est pas d’ici ».

Les amis de Debussy comme ceux de Maeterlinck, infidèles aux consignes  données par l’écrivain – d’ailleurs la plupart du temps, c’étaient les mêmes : Octave Mirbeau en tête, comme il se doit – pouvaient croire la partie gagnée. Ils ne perdaient rien pour attendre.

Le charivari se déchaîne

Dès le deuxième acte, les cris d’oiseau, les réflexions incongrues s’élèvent de la salle. Pendant la scène du souterrain, un petit malin s’écrie : « Y a donc pas le gaz ? Fallait prendre une lampe pigeon ! » La scène des cheveux est saluée par cette réplique spirituelle: « Son petit beau-frère va la distraire, quand il aura fini de faire le coiffeur ! » Et quand Mélisande, après avoir été brutalisée par Golaud , soupire : « Je ne suis pas heureuse ! », on lui répond du parterre : « Hé, viens avec moi, c’est moins brutal ! »

Les Debussystes ne manquent pas de passer énergiquement à la contre-offensive. Ils applaudissent à s’en rompre les paumes, acclament, et par contre, conspuent les opposants. L’un de ceux-ci est bien puni de sa goujaterie : un étui à lorgnette, lancé d’une main sûre, vient lui fendre l’arête du nez; on l’emporte, tout sanglant. A une dame qui , à côté de lui, ricane: « Musique de jean-foutre ! », le poète Robert de Montesquiou réplique superbement: « Madame, je voudrais que jean-foutre eût un féminin pour vous répondre ! »

Au dernier baisser de rideau, c’est le pandémonium : ovations délirantes et huées, coups de sifflet stridents et hourras. Aux gens bien intentionnés qui viennent le sommer, « au nom de l’opéra français», d’interrompre les représentations, Albert Carré répond : « Mais je n’y songe pas. Nous recommençons après-demain, et nous continuerons aux dates prévues. »

Les « Pelléastres »

Les représentations suivantes furent mieux accueillies. Grâce surtout à une garde fidèle de jeunes qui se faisaient un devoir de venir, chaque soir, susciter l’enthousiasme. Marie-Jeanne Viel cite cette lettre d’un de ces vibrants Pelléastres à un autre : “Mon cher ami, il m’est impossible de pelléer ce soir ; mais je délègue mon ami P.L. qui hurlera au nom de la collectivité. Croyez-moi votre sincère frère en Debussy.”

Pourtant, ces héroïques soldats étaient bien mal récompensés par leur idole. Trop méfiant et trop peu sociable pour entrer en contact avec cette généreuse phalange – où Ravel allait, par contre, recruter ses meilleurs amis – , Debussy ne connut jamais ces étudiants, ces peintres, ces poètes, ces employés, ces artisans, ces élèves du Conservatoire, qui se battaient pour lui avec tant de flamme. Qui se battaient pour Debussy, mais aussi pour Maeterlinck, car les deux hommes étaient l’objet d’une identique ferveur, d’une conjointe admiration. La gloire du compositeur débordait amplement
sur l’écrivain, cet écrivain si furieux et qui avait voué l’œuvre commune au désastre.

« …une œuvre dramatique qui aurait pu se passer de musique… »

En quoi, il n’avait peut-être pas tout à fait tort. Certes, on ne peut que se rallier à l’avis d’Herman Closson, qui voit dans le Pelléas de Debussy : “… un des sommets de la musique contemporaine… une œuvre profondément inspirée… On y cherche en vain l’indice d’un vieillissement, d’une prochaine désagrégation.” Ce qui n’empêche pas de partager aussi l’opinion de Pierre-Aimé Touchard : “La façon dont Maeterlinck a été dépossédé par Debussy de son chef-d’œuvre représente un cas unique dans la littérature dramatique… On ne joue plus Pelléas sans l’accompagnement de sa partition musicale, et il semblerait à beaucoup sacrilège de vouloir le sacrifier. Or, s’il est une œuvre dramatique qui aurait pu se passer de musique, c’est bien celle-là, dont la prose est par elle-même une des plus exaltantes musiques qu’ait pu créer la langue d’un écrivain.

C’est bien l’avis du Théâtre National qui, pour la deuxième fois en sa carrière, vous présente, non pas l’opéra, mais cette pièce qui, en elle-même, est un opéra.

Luc ANDRÉ


Quelques Pelléas… sans Debussy

Contrairement à ce qu’assure Pierre-Aimé Touchard, Pelléas et Mélisande a été maintes fois repris sans la musique de Debussy. Et particulièrement en Belgique. Nous devons à l’excellent homme de théâtre qu’est Adrien Mayer, ce recensement des dernières reprises de la pièce, dans notre pays.

      • Palais des Beaux-Arts (avril 1935) : Renée Maeterlinck (Mélisande) ; Jean-Pierre Aumont (Pelléas) ; René Alexandre (Golaud) ; Paul Gerbault (Arkel).
      • Théâtre des Galeries (novembre 1936): Renée Maeterlinck (M.) ; Charles Gontier (P .); Max Péral (A.); mise en scène de Max Péral.
      • Palais des Beaux-Arts (décembre 1942): Marthe Dugard (M.); Raymond Gérôme (P.); Maurice Auzat (A.) ; mise en scène d’André Bernier.
      • Théâtre National (1949) : Jacqueline Huisman (M.); Yvan Dominique (P.) ; Marcel Berteau (G.) ; Maurice Auzat (A.) ; mise en scène de Jacques Huisman.
      • Compagnie des Galeries au château de Beersel (été 1956): Marcelle Dambremont (M.) ; Jean-Claude Weibel (P.) ; André Gevrey (G .) ; mise en scène de Marcelle Dambremont.
      • Signalons enfin que Pelléas et Mélisande a fait l’objet d’une excellente émission de la Télévision belge, en décembre 1974. Lucien Binot avait fait de la pièce une très fidèle adaptation, réalisée par Joseph Benedek. Décors : Serge Creuz. Distribution : Sophie Barjac (M.) ; Philippe Morand (P.) ; Pierre Bianco (G.); Henri Bilien (A.).

Les illustrations originales du programme, la distribution de la pièce, les notes de bas de page et les notes bibliographiques sont disponibles dans la DOCUMENTA.

 


Plus de scène…

CONGO : Eléments de Kiswahili véhiculaire à l’usage des militaires de la base de Kamina (env. 1952)

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“Kamina, 24 août 1960 (A.F.P.) – LES ÉVÉNEMENTS DE L’EX-CONGO BELGE. Nos troupes ne pourront évacuer Kamina avant plusieurs semaines déclare le colonel belge, commandant de la base

Recevant la presse, le colonel d’aviation Remy van Lierde, commandant la base militaire belge de Kamina, a déclaré mardi : “Je ne partirai pas d’ici avant d’être certain que : (1) Je ne laisserai pas les Européens en danger et que l’O.N.U. sera capable d’assurer leur protection grâce à un nombre suffisant de troupes  et (2) L’O.N.U. sera capable de reprendre les installations en main.” Le colonel répondait à une question concernant le délai de huit jours laissé par M. Hammarskjœld pour l’évacuation de la base.

Je ne vois guère la possibilité de partir avant plusieurs semaines, a-t-il ajouté. Lors même que l’O.N.U. trouverait les techniciens nécessaires, il faut des mois pour apprendre à diriger nos travailleurs indigènes qui appartiennent à des tribus bien différentes. En plus de cela, a-t-il poursuivi, ce que j’ai vu du travail de l’O.N.U. me parait un peu désordonné. Mardi dernier est arrivé à Kamina sans prévenir, un bataillon marocain de l’O.N.U., qui se trompait d’aéroport. Sept cents Éthiopiens sont là depuis huit jours, mais ils n’ont pas bougé : quant aux deux cents Irlandais, je n’ai pas encore rencontré leur colonel. Nos rapports ne sont pas mauvais, mais on ne saurait dire que nous fraternisons déjà.

La base militaire belge de Kamina qui doit passer sous le contrôle de l’O.N.U. a été construite pour résister à une attaque atomique. L’aérodrome peut être utilisé par des bombardiers lourds d’un rayon d’action de 8 000 kilomètres. Avec son équipement, elle a coûté 7 milliards de francs belges. La base contient encore 2.000 militaires belges et 600 techniciens. Elle occupe 15.000 employés civils africains.

Kamina est non seulement la plus importante des bases congolaises, mais elle est aussi, potentiellement, une base Internationale. Elle possède deux pistes permettant en même temps les décollages et les atterrissages d’escadrilles. Leurs caractéristiques sont celles des aérodromes de l’O.T.A.N. La base est équipée d’un puissant armement antiaérien. Les bâtiments militaires sont en béton et dispersés afin de mieux résister à une attaque atomique. Sur le terrain de manœuvres de l’armée peuvent s’effectuer des tirs réels de canons Vickers de 20 millimètres et de mitrailleuses Thomson…” [d’aprèsLEMONDE.FR]

© Collection privée

Manifestement, l’investissement avait été moindre en termes de formations données aux militaires belges, pour faciliter la coopération avec les “travailleurs indigènes” évoqués par van Lierde ; en témoigne le syllabus authentique (collection privée) publié dans la documenta : “Eléments de Kiswahili véhiculaire, à l’usage des militaires de la base de Kamina (non-daté avec, en couverture, un dessin daté de 1952).

L’avant-propos du syllabus ne manque pas d’intérêt pour qui désire s’imprégner des mentalités en cours à l’époque. Nous le transcrivons tel quel :

Vous trouverez dans la brochure élaborée par le Commandant de la Base de Kamina, à l’intention de ceux appelés à s’y rendre, le conseil d’apprendre avant le départ, des rudiments de Kiswahili.
Ce conseil est dicté par l’expérience, et les éléments de Kiswahili rassemblés ci-après permettront de le suivre, à ceux qui voudront bien faire le petit effort indispensable. Ceux-là, affirme le Commandant de la Base, ne le regretteront pas. Il est permis de le croire et voici en deux mots les avantages et les satisfactions les plus immédiats que vous retirerez des connaissances préalablement acquises dans ce domaine.
Transplanté en quelques heures, sans préparation, de votre pays, au centre de l’Afrique, dans un milieu totalement nouveau et inconnu, le dépaysement des premiers jours presque inévitable, que vous éprouverez, sera sans aucun doute atténué dans la mesure où vous pourrez prendre directement contact avec les noirs qui vous entourent.
Vis-à-vis de ceux-ci, la connaissance même sommaire du Kiswahili vous fera perdre d’emblée à leurs yeux votre qualité de “bleu” ; vous y gagnerez en prestige, et c’est avec les noirs une chose qu’il ne faut pas dédaigner…


Vous voulez vous mettre au Kiswahili ? Ouvrez le fichier PDF de ce syllabus dans la documenta et jugez par vous-même des procédés pédagogiques utilisés à l’époque, des mises en situation évoquées à l’attention des militaires en service à Kamina et des mentalités en cours pendant ces années de décolonisation. A comparer avec le travail de l’excellent David van Reybrouck dans Congo, Une histoire (Actes Sud, 2012)


Discuter encore…

CARTES POSTALES : satire dans tous les coins !

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La mode date des années 1980 et les cartes postales promotionnelles trônant sur les comptoirs de nos commerces wallons-bruxellois ou dans des présentoirs filaires/en carton ont d’abord été purement publicitaires. Les intentions commerciales ont ensuite été étendues à la promotion au sens large, voire à l’information d’intérêt public. La créativité y est souvent visuellement débridée mais d’autres éditeurs y pratiquent ouvertement la satire, un art qui n’a pas toujours la cote en nos temps puritains…

Plusieurs exemples -qui, pour certains, n’auraient plus le droit d’être publiés aujourd’hui, par le simple jeu de la ‘cancélisation‘ puritaine actuelle- sont disponibles dans une collection de notre documenta… Une librairie liégeoise avait en son temps lancé une campagne promotionnelle satirique en faveur des libraires indépendants : “Soutenir les libraires indépendants, c’est soutenir les éditeurs indépendants.” Les cartes postales représentaient des célébrités de l’époque, brandissant un livre dont le titre évoquait ironiquement leur réputation. Un texte était mis en évidence : “Nous finirons bien par trouver le livre qui vous convient.” Osé, trop osé ? A vous d’en débattre…

MARECHAL : L’explosion du pont du Val-Benoît et du vieux pont d’Ougrée (CHiCC, 1994)

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Une journée radieuse

“Les vacances scolaires et les congés payés touchent à leur fin et ne seront bientôt plus qu’un souvenir… Il a fait chaud, voire étouffant, toute cette journée du jeudi 31 août 1939. Vers la fin de l’après-midi, les roulements lointains du tonnerre se font entendre puis se rapprochent insensiblement de la vallée et de la ville.

Les terrasses des cafés aux abords des Guillemins sont pleines lorsque commencent à tomber les premières grosses gouttes qui s’écrasent sur le pavé brûlant, annonciatrices de l’averse qui menace. Dans la Salle des Pas Perdus de la gare, des femmes en toilettes légères, des hommes coiffés d’un chapeau de paille, lisent distraitement au passage, les grands titres des quotidiens qui évoquent l’imminence de la seconde guerre mondiale en Europe.

“Encore une fausse alerte de plus ! Depuis les mois qu’on en parle de cette guerre qui ne nous concerne pas !”

Déjà, les premiers pêcheurs à la ligne avec leur lourd et encombrant attirail débouchent des quais pour gagner le refuge de la place devant lequel stationnent les trams blancs n°1 et n°4 qui les ramèneront chez eux, après une journée de détente sur les rives de l’Ourthe ou de l’Amblève. Sur le quai de la gare, un coup de sifflet strident et prolongé retentit. Le chef de gare, au képi amarante, vient de libérer l’express international de Liège-Luxembourg. Il est 18 heures 39 très précises.

Lentement, lourdement, avec force jets de vapeur et projections d’escarbilles, le convoi s’arrache à regret aux quais sur lesquels quelques mouchoirs s’agitent… Deux minutes à peine se sont écoulées que déjà, le train ralentit puis stoppe devant le signal “carré d’arrêt”, situé à peine à trente mètres du quai de Rome. Dehors, le ciel s’est obscurci et la pluie tombe drue.

Durant trois minutes et trente secondes, l’arrêt se prolonge avant que le feu vert autorise le convoi à reprendre sa progression vers la première travée qui surplombe le quai. Il vient à peine de parcourir cinquante mètres qu’il aperçoit déjà la locomotive “haut-le-pied” qui vient de la gare de triage de Kinkempois et va entrer en gare…

L’explosion

Il est exactement 18 heures 45 lorsqu’une formidable déflagration ébranle et secoue dans leurs fondements les quartiers de Fragnée et de Renory, jonchant les trottoirs de carreaux cassés et de gravats. Les deux ponts métalliques parallèles du chemin de fer qui enjambaient la Meuse viennent de voler en éclats. Les fils électriques des deux rives sont complètement arrachés et d’énormes blocs de béton sont retombés dans toutes les directions.

Les maisons des rues de Namur, d’Angleur (rue aujourd’hui disparue), du Vieux Mayeur, du quai de Rome, de l’avenue de l’Exposition (avenue Emile Digneffe) et de l’avenue des Tilleuls sur la rive gauche, ainsi que celles d’Angleur et de Renory, rues de la Rampe, Vapart, du Centenaire, Boileau, Romaine, etc. sont ravagées et fortement endommagées. Les habitants, eux, n’ont vu ni flammes, ni fumée mais ils ont perçu une âcre odeur de poudre.

Très rapidement, toutes les rues convergeant vers la place de Fragnée (place du Général Leman) sont barrées par un cordon de policiers, de soldats et de gendarmes, tandis que les pompiers s’affairent sur les lieux du sinistre. Aux premières nouvelles, le bruit court qu’en raison des événements actuels, le nouveau pont a été miné dans ses quatre piles et que la foudre s’est abattue sur l’un des fils reliant le contact aux mines. De fait, par suite de la violence de l’explosion, les quatre piles ont bien volé en éclats et la charpente métallique des ponts jumeaux s’est effondrée dans le fleuve.

Les deux locomotives se trouvaient à ce moment précis au-dessus du quai de Rome. Un des deux machinistes et un des chauffeurs ont été tués sur le coup. Quant au chauffeur de la seconde locomotive, il n’est que grièvement blessé. Il est évident que d’autres victimes ont également trouvé la mort dans pareille catastrophe ! On sait en effet que depuis la mobilisation de 1938, le pont est gardé militairement par un détachement du 3ème Génie. Certains de ces soldats ont été, eux aussi, tués sur le coup. Tel est le premier bilan qui, malheureusement, s’avère provisoire.

Car au moment de l’effondrement du pont et de ses charpentes, une voiture
militaire roulait sur le quai de Rome. Or, elle est restée coincée sous l’amas des charpentes avec ses occupants. D’autres victimes ont dû être surprises par l’effondrement du mur du quai où l’on suppose que plusieurs passants s’étaient abrités de la pluie. Quant aux voyageurs de l’international, il semblerait qu’il n’y ait que des blessés parmi eux.

Les pompiers qui opèrent sur les lieux sont placés sous les ordres du commandant Delhaes et du lieutenant Laurent, que vinrent rejoindre peu après le Général circonscriptionnaire de Krahe accompagné du Colonel Lambert ainsi que l’Échevin Auguste Buisseret, le Commissaire en Chef Strauven et d’autres autorités. Un détachement militaire a été désigné pour aider au sauvetage des victimes tandis que les forces de l’ordre éloignent et tiennent à distance respectueuse les nombreux curieux. A mesure qu’on les découvre, les blessés sont acheminés vers les hôpitaux de la ville.

L’état des lieux

Le train express a sa locomotive versée sur le flanc gauche et repose sur la charpente, cheminée encastrée entre deux longerons du pont. La machine “haut-le-pied” est complètement renversée sur le flanc gauche et, à 22 heures, continuait à cracher de la vapeur.

Le récit du chef de convoi

A 18 heures 39, l’international quitte la gare des Guillemins vers Gouvy, avec, outre la locomotive, quatre wagons métalliques. Dans le premier wagon se trouvent à ce moment vingt-huit voyageurs tandis que le chef de convoi est dans le fourgon en tête de train, immédiatement derrière le tender. Deux minutes après son départ, le train est stoppé à 30 mètres du quai de Rome et y stationne pendant 3 minutes et demie avant de reprendre sa progression vers le pont.

Au moment précis où le signal vient de libérer la voie et que le convoi a parcouru une cinquantaine de mètres environ, la déflagration se produit. La locomotive et le tender au charbon disparaissent dans le vide tandis que le fourgon reste suspendu entre piles et rails, entraînant avec lui le premier wagon et disloquant le train au milieu de jets de vapeur et de nuages de poussières.

Le chef de convoi parvient à se dégager par ses propres moyens mais tous les environs sont jonchés de débris, de poutrelles, de blocs de béton et de pierres de taille, tandis que les voies et leurs rails sont tordus. Se précipitant alors vers la voiture suspendue, il constate que les voyageurs y gisent pêle-mêle parmi les débris de bois et de fer.

Les soldats tués

Quatre sentinelles avaient pris faction des deux côtés du pont. Toutes furent projetées dans le vide, mais l’une seulement a été blessée au pied. Par contre, les quatre soldats qui se reposaient au corps de garde ont été tués et ensevelis sous les décombres. De la camionnette qui passait sous le pont, seul un sergent a été tué sur le coup. Quant aux soldats relevés blessés, ils ont été hospitalisés à l’hôpital militaire de Saint Laurent.

La descente du Parquet

Le Parquet, représenté par le juge d’instruction Dumoulin, accompagné des substituts Delange et Guyaux, assistés du greffier Mezen est descendu sur les lieux à 20 heures, accompagné de l’Auditeur Militaire et rejoint par le Procureur Général M. Destexhe. Dès 21 heures 30, un barrage infranchissable était mis en place par l’armée à l’entrée des rues d’Angleur, de Namur et du quai de Rome, à hauteur de l’avenue des Tilleuls.

Les secours

Un personnel nombreux d’ambulanciers et de sauveteurs, venus de la permanence de la rue Darchis puis de l’Exposition de l’Eau à Coronmeuse, rallia rapidement les lieux sinistrés tandis que des secouristes venus de Huy et de Visé rejoignaient leurs collègues sur place assurant, avec le concours de l’armée, le transport des blessés vers les hôpitaux et visitant les maisons endommagées.

Premier bilan officiel

Civils tués :

  • Vandermissen Pierre, de Sclessin, passait sur la rive droite,
  • Dawans Jules, de Cointe, pêchait sous le pont,
  • Debras Joseph, de Jupille, chauffeur de l’express,
  • Woters Albert, de Saint-Trond,
  • Crespin François, d’Angleur, machiniste de la loco “haut-le-pied”,
  • Berthelier Anthony, docteur en médecine de Seraing, passait sous le pont en voiture.

Soldats tués :

  • Thomsin Edmond, de Liège,
  • Corvers Victor, de Herstal,
  • Knapen Julien, de Wandre,
  • Hendrick Joseph, de Dolhain,
  • Vanderelst René, de Bruxelles.

Trois civils sont en outre portés disparus.

De nombreux blessés légers ont pu regagner leur domicile et quarante-sept, plus ou moins sérieusement atteints demeurent hospitalisés, dont aucun ne paraît en danger de mort. Ils ont été répartis en majeure partie entre l’hôpital des Anglais et le sanatorium de Sainte Rosalie.

Les répercussions en ville

La déflagration ayant endommagé les installations de la centrale électrique de Rivage-en-Pot, le quartier sud de la ville – depuis la rue du Pont d’Avroy jusque et y compris Fragnée – a été plongé dans la plus complète obscurité. Seuls les tramways circulent normalement, tandis que, dans les cafés et restaurants, on s’éclaire à l’aide de bougies ou de lampes à pétrole.

Le lendemain

Les premiers journaux de ce vendredi 1er septembre ont éclipsé de leur première page le récit détaillé de la tragédie locale pour faire place au titre-phare qui relègue tous les autres au second plan de l’actualité : “LES HOSTILITÉS ONT COMMENCE CE MATIN SUR TOUTE LA FRONTIÈRE POLONO-ALLEMANDE.” Et ce ne sera qu’en pages intérieures que nous retrouverons les informations qui nous concernent plus directement et plus intimement.

Le train Liège-Luxembourg sur le pont du Val-Benoît © chokier.com
Le réseau ferroviaire

Un service de voyageurs Verviers-Liège-Longdoz a été mis en place et fonctionne régulièrement. Les lignes de l’Ourthe et de l’Amblève ont vu reporter leur terminus à la gare d’Angleur. La tête de ligne de Herve se situe à Chênée.  Un service d’autobus Liège-Angleur-Chênée et retour assure le transbordement des voyageurs en provenance ou à destination de Liège-Guillemins. Les trains internationaux Bruxelles-Cologne sont détournés vers Angleur.

La navigation fluviale

En Meuse, le trafic est évidemment interrompu, les transbordements et détournements y étant impossibles. Seule solution envisagée : créer une passe pour bateaux. Si en temps normal l’enlèvement de parties de ponts écroulés aurait pris une quinzaine de jours, nous ne sommes plus – hélas ! – en temps ordinaire : les hommes sont sous les drapeaux et les moyens matériels font défaut. Néanmoins, toutes les mesures seront prises pour un commencement des travaux de déblaiement dans les plus brefs délais.

Les dégâts matériels

A Fragnée, à Renory, à Angleur, c’est un spectacle de ruines et de désolation. Dans les rues, ce ne sont qu’amas de vitres cassées, de volets brisés ou arrachés, de blocs de pierre ou de béton, de gravats qui jonchent le sol, d’arbres coupés ou entaillés, de portes, de fenêtres, de tuiles arrachées. Dans le parc de l’Université, rue du Val-Benoit (actuellement rue Ernest Solvay) jusqu’à Sclessin, pelouses et jardins sont saccagés et chaque demeure a subi des dommages plus ou moins importants. Par ordre de police, le nettoyage ainsi que le déblaiement s’opèrent rapidement tandis que les maisons présentant des risques pour les passants sont barricadées.

Qu’en pensent les Liégeois ?

Les bruits les plus stupéfiants et les plus alarmistes courent parmi la population, dont le plus fréquent est qu’il s’agit d’un acte de sabotage imputable à la 5ème Colonne pro-nazie et prélude à une invasion de notre territoire déclaré neutre par le Roi. Ces rumeurs sont telles qu’un appel est lancé au public pour qu’il fasse preuve de sang-froid et que prenne fin la ruée des automobilistes vers les pompes à essence -pareil affolement risquant fort, dans l’état actuel de nervosité- de tourner à la panique. Réflexion faite cependant, comment expliquer qu’au même moment et à quelques kilomètres à peine en amont, la foudre se soit abattue sur deux ponts ? Ce sera toutefois le titre des journaux de ce 2 septembre qui cristallisera l’attention de nos concitoyens : “LA DÉCLARATION DE GUERRE ANGLO-FRANÇAISE A L’ALLEMAGNE EST ATTENDUE POUR CE SAMEDI APRES-MIDI.

Les jours qui suivirent

Le lundi 4 septembre parait le premier communiqué militaire français : “LES OPÉRATIONS ONT COMMENCE : PARIS, CALME – LONDRES, ALERTE PENDANT LA PREMIÈRE NUIT DE GUERRE.” En outre, dans tous les quotidiens liégeois, parait un appel du Bourgmestre Xavier Neujean à ses concitoyens, qui tient à préciser ce qui suit : “La situation internationale plonge les Liégeois dans l’inquiétude, la catastrophe du Val-Benoit endeuille la Cité. Néanmoins, comme en septembre 1938, la population donne l’exemple du sang-froid et de la confiance. Qu’elle garde avec fermeté cette louable attitude. Elle doit, au surplus, être convaincue :
1°- que si les événements l’exigeaient, l’armée belge est prête et qu’elle accomplira intégralement son devoir,
2°.- que, de son côté, l’autorité civile veille et prend les mesures propres à garantir la sécurité et le ravitaillement de chacun.
Le calme et l’ordre s’imposent. Ne nous laissons pas envahir par des agitations déprimantes.”

Les marques de sympathie

La ville reçoit les visites des Ministres responsables, du Bourgmestre de Bruxelles, Adolphe Max, et des condoléances affluent de toutes les régions d’Europe. La Reine Elisabeth se rend sur les lieux – dès le lendemain soir du drame – interrogeant les habitants, s’informant de leurs impressions et prodiguant des mots de consolation et de réconfort, après s’être rendue au chevet des blessés dans les différents hôpitaux de la région.

L’évolution de la situation

La Régie du Gaz informe la population que seuls, les quartiers de Rivage-en-Pot et de Garde-Dieu seront encore dépourvus temporairement de gaz. Le menuisier de la rue du Vieux Mayeur, Mr Léon Boverie qui avait été hospitalisé à Saint Laurent vient de succomber à ses blessures.

La réparation des dommages

Elles sont environ 200 familles à avoir subi des dommages matériels dus à l’explosion du pont, mais par surcroît occasionné de sérieux dégâts à bien des immeubles, dans un rayon de plusieurs centaines de mètres. Les assureurs alertés, ont pris contact entre eux et, en attendant le résultat de leurs concertations, des policiers s’enquièrent à domicile, des dommages occasionnés et leurs rapports sont concentrés dans les commissariats concernés. Tout semble indiquer que ce sera à l’un de nos Ministères qu’incomberont les frais de reconstruction ou de reconstitution de mobilier.

La marche des événements
    • 5 septembre 1939 : le déblaiement du pont commence, effectué par des civils. Les pompiers ont fourni le matériel adéquat.
    • 6 septembre 1939 : un cadavre est retiré des décombres entre les deux culées de l’ancien pont de pierre du Val-Benoit. Il s’agit du disparu Mr Joseph Lemme, de la rue de Kinkempois à Fragnée (aujourd’hui rue Auguste Buisseret).
    • 7 septembre 1939 : le corps d’un second disparu, Mr Beaudouin, de Sclessin, est retrouvé sous la culée de l’ancien pont où il s’était probablement réfugié.
    • 11 septembre 1939 : inauguration de la ligne Kinkempois – Fexhe. Venant de Bruxelles, est arrivée à Bierset, une automotrice rouge, dont le but était d’effectuer le voyage inaugural de la nouvelle ligne reliant Fexhe-le-Haut-Clocher à Kinkempois. On savait déjà que – depuis des années – cette voie était appelée à doubler le trafic des marchandises entre les points cités, pour dégorger le passage de ces trains sur la voie internationale Ostende-Herbesthal.

A bord de l’automotrice avaient pris place le Ministre des Transports Marck, MM. Parien, Président du Comité Permanent de la SNCB, Rulot, Directeur Général, Lemaire, Directeur des Voies, entourés de nombreuses autres personnalités. Vinrent les rejoindre à Kinkempois, MM. de Spirlet et de Wasseige, des Chemins de Fer du Nord Belge. C’est à 20 km/heure que s’est effectuée cette première reconnaissance du parcours.

Dès le début du mois, des équipes d’ouvriers et d’ingénieurs évaluées à 2.000 hommes ont entamé le travail de mise en service de cette ligne, afin de rétablir – après l’explosion du pont du Val-Benoit – une liaison par fer entre les rives droite et gauche de la Meuse. Ce travail – commencé le samedi 2 septembre 1939 – donnait la certitude que dès le jeudi 14 au soir, on pourrait envisager le passage des trains. Et effectivement, dès le vendredi matin, une voie complètement terminée permit le passage des convois de marchandises. Il n’y avait pas moins de 25 km de rails à mettre en place, à calibrer, à ajuster sur billes, etc., ce qui constituait un gros oeuvre dont on imagine difficilement l’ampleur et les difficultés.

Il n’en reste pas moins vrai que la seconde voie sera achevée dimanche soir, ce qui permettra le trafic des voyageurs, dès lundi prochain. La longueur totale de la nouvelle voie est d’environ 12 km. Son point de départ se situera à Voroux-Goreux où -dès à présent- vont commencer les travaux de construction de cette gare appelée à remplacer celle d’Ans. Le terminus se trouvant à Kinkempois, autre centre de formation, le trafic des marchandises -de et vers l’Est- reçoit de la sorte une solution dont les projets étaient établis depuis longtemps. Dès l’inspection des voies accomplies, les personnalités reprirent aussitôt la direction de Bruxelles, visiblement satisfaites.

    • 20 septembre 1939 : le passage des bateaux sous le pont du Val-Benoit est rouvert dès l’après-midi.
    • 26 septembre 1939 : les travaux de déblaiement imposent un arrêt de 3 jours à la navigation pour permettre de couper les poutrelles affaissées dans le fleuve.
    • 29 septembre 1939 : Mr Auguste Buisseret, échevin libéral de Liège, est intervenu auprès du Directeur Général de la SNCB pour examiner la situation de la gare des Guillemins et des commerces avoisinants. Celui-ci a déclaré que la nouvelle ligne de Fexhe serait affectée uniquement au trafic des marchandises et qu’un pont en bois allait être reconstruit pour faire passer les trains-express au Val-Benoit. Sauf crues anormales, il devrait être achevé fin décembre.
    • 6 octobre 1939 : les restes de Mr Joseph Dawance, de l’avenue de l’Observatoire, ont été retirés à hauteur de la rue d’Angleur, au quai de Rome.
    • 27 et 28 novembre 1939 : la crue, due aux pluies torrentielles sur la région a interrompu momentanément le trafic fluvial.
    • 6 décembre 1939 : la crue finie, la navigation a repris sur la Meuse.
      – 6 février 1940 : situation sans gravité pour la Meuse où la navigation avait été interrompue depuis le 10 janvier.
    • 15 février 1940 : le Sénateur Auguste Buisseret, échevin de Liège, interpelle le Ministre des Communications sur les lenteurs de reconstruction du pont du Val-Benoit. Le Ministre Delfosse annonce que les travaux de déblaiement sont terminés et que la construction du pont provisoire commencera dans quelques jours. Son délai sera de trois mois.
En conclusion

Le rédacteur du journal “La Meuse” de l’époque concluait sa relation des faits par cette phrase prémonitoire : “En voyant les ravages causés par l’explosion d’un pont miné et suite à des circonstances fortuites, on se demande ce qu’il resterait de la ville si – par nécessité militaire – tous les ponts devaient sauter !”

Il ne croyait pas si bien dire puisque le 11 mai suivant – au lendemain de l’invasion de notre pays – le Génie belge cette fois, faisait sauter tous les ponts -sauf deux sur le Canal Albert- qui s’avéraient vitaux pour la défense d’Eben-Emael, fort réputé le plus inexpugnable de l’Europe d’alors ! Et le pont du Val-Benoit, à peine reconstruit, sauta allègrement une seconde fois, ce jour-là.

Ajoutons – pour la petite histoire – que la Deutsche Reichbahn mit moins de temps à le reconstruire que nos compatriotes et que -quatre ans plus tard- malgré leurs raids diurnes successifs à haute altitude et leur “carpet bombing” les Forteresses volantes de l’U.S. Air Force ne parvinrent jamais à le couper définitivement, ni complètement y interrompre le trafic !

Le vieux pont d’Ougrée © chokier.com
Et ce 31 août, au vieux pont d’Ougrée ?

Remontons voulez-vous, le temps et revenons-en à ce jeudi radieux de 1939, mais à quelques kilomètres à peine en amont du pont du Val-Benoit dont il vient d’être longuement question.

Suivant de quelques secondes à peine la première déflagration, une seconde -tout aussi violente- ébranlait à nouveau la vallée, se répercutant d’échos en échos et prolongeant sinistrement la première. A son tour, le vieux pont d’Ougrée venait de se volatiliser ! Et les causes en étaient identiques : la foudre avait fondu sur les cordons reliés aux charges de dynamite des piles qui se déchiquetaient tandis que le tablier s’effondrait et que le plancher se consumait, parsemant le fleuve de leurs débris.

Là aussi, l’explosion lança à plusieurs centaines de mètres, tant sur la rive gauche que sur la rive droite et dans les rues avoisinantes, des pierres de tous calibres. Ce fut une véritable grêle qui s’abattit dans les carreaux des habitations qui volèrent en éclats ou cédèrent au déplacement d’air. Ici encore, l’affolement fut indescriptible !

L’armée, qui montait la garde au pont, et la police accoururent aussitôt pour interdire toute circulation, d’autant plus qu’une nourrice de gaz avait été défoncée et que l’on pouvait craindre à tout instant une autre explosion. Seuls le sang-froid et le réflexe des autorités permirent d’alerter à temps les services compétents qui coupèrent immédiatement l’arrivée de gaz.

Et les sentinelles ?

Sur la rive droite, le soldat Pierre Laurent, de Seraing, fut précipité à l’eau avec sa guérite. Comme il savait nager, il parvint tant bien que mal à se frayer un passage parmi les débris flottants et à regagner la rive où il fut secouru. Sur la rive gauche, le soldat Georges Boulanger, de Saint-Gilles, subit le même sort mais ne fut pas retrouvé.

“Au repos des bateliers”

Quai Vercourt, à la terrasse couverte du café de ce nom, avaient pris place quelques consommateurs. L’un d’eux, Mr Frédéric Ordignon, d’origine italienne, habitant rue de Tilleur, est tué sur le coup : tête et membres déchiquetés. Une jeune femme de 22 ans, Eva Martin , épouse Tihon, de Seraing, a la tête enlevée en partie. A l’intérieur, le patron, Mr Bertho et sa serveuse sont légèrement blessés par des pierres et des bris de verre. Un passant est également blessé, mais sans gravité.

A l’hôpital d’Ougrée-Marihaye

Presque toutes les victimes du pont d’Ougrée ont été transférées à cet hôpital tout proche où le personnel s’empresse à leur chevet. Elles sont au nombre de vingt-trois. Outre les blessés, on relève un mort : Mme Gustave Baes, batelière, dont le chaland est amarré au port de Renory et qui a succombé à une fracture du crâne provoquée par une pierre projetée par le souffle.

Les disparus

Le lendemain, vendredi 1er septembre, dès 8 heures, on apprend qu’une jeune fille de 18 ans accompagnée d’une fillette de 5 ans ont été vues aux abords du pont et n’ont pas encore réintégré leur domicile sérésien. Il s’agit de Mlle Yvonne Lejeune et sa nièce, la petite Lacroix, que le vieux père recherche. A également disparu, Mr Alphonse Meul, époux Jamar, rue de la Préfecture à Sclessin. Cet homme a quitté la veille son domicile vers 17 heures pour se rendre à la pharmacie, près de la gare d’Ougrée et, comme il devait attendre ses médicaments, a préféré se diriger malgré l’averse, vers le vieux pont.

Spectacle de désolation

Du vieil ouvrage d’art que l’on envisageait de démolir, il ne reste que les piles, fortement écornées et les deux extrémités pavées. Du tablier en bois, il ne subsiste rien. Un témoin oculaire -l’industriel bien connu, Mr Boinem, qui se trouvait rue Joseph Wauters, à l’entrée de son garage- se compare à un artiste de music-hall autour duquel des poignards viennent se ficher avec violence de part et d’autre, tant les projectiles les plus divers le frôlèrent, l’épargnant par miracle.

Quai Louva, un mur en béton de la nouvelle salle de spectacle est éventré. Au café Taskin, ce ne sont que débris de verre, murs troués et lézardés par des projections de pierres. Au sol, une flaque de sang achève de sécher car le patron a été blessé. Deux verres de bière à demi-pleins entourent une casquette. Ils ont été étonnamment épargnés par le déplacement d’air. Sous le pont, depuis le matin, un pêcheur attendait ses prises. Il s’est retrouvé indemne après l’explosion ! Dans la rue J. Wauters, deux pierres sont tombées sur le lit dans lequel deux enfants reposaient. Ils n’ont pas une égratignure !

Les recherches ont pris fin

Les courageux sauveteurs qui, depuis jeudi soir, ont pratiqué sans relâche des sondages dans le fleuve afin de retirer de celui-ci ses proies viennent de voir leurs recherches aboutir, hélas !

Dimanche 3 septembre, vers 9 heures, le corps de Mr A. Meul a été repêché à une centaine de mètres en amont du nouveau pont d’Ougrée. Le corps et le visage couverts de blessures étaient méconnaissables. Quelques instants plus tard – au même endroit – ils harponnaient le corps de Mlle Y. Lejeune. Tandis que ces deux dépouilles étaient acheminées vers la morgue, d’autres sauveteurs repéraient deux autres corps, coincés entre des groupes de chalands amarrés à la rive gauche. Il s’agissait de la sentinelle Georges Boulanger, affreusement mutilé, et de la petite Lacroix.

Il reste le fleuve

Dès le vendredi de la catastrophe, les Ponts et Chaussées ont entamé les travaux de désencombrement du lit du fleuve, en vue d’y établir des passes accessibles aux bateaux qui desservent les usines du bassin industriel. Le sondage préalable, le harponnage des fractions de pont, l’amarrage de celles-ci constituent une série d’opérations excessivement délicates. De plus, le fleuve effectuant une courbe à hauteur de l’ancien pont, rend la navigation plus difficile encore et oppose une sérieuse résistance au pilotage. Cette situation nécessite un gabaritage de la profondeur des passes dont la hauteur doit être d’au moins 2 mètres nonante.

Et le pont ?

Il est peu probable qu’en raison du nouveau pont érigé non loin de l’ancien, on reconstruise ce dernier. Si passage il devait encore y avoir, il ne serait plus utilisé que par les piétons et afin de permettre aux services du gaz et de l’électricité de tirer parti de ces raccordements. Mais ceci est une autre histoire et seul l’avenir incertain et lointain nous l’apprendra…

René MARECHAL

  • image en tête de l’article : Le pont du Val-Benoît © chokier.com

Brochure éditée par “ALTITUDE 125”, la Commission Historique et Culturelle de Cointe, Sclessin, Fragnée et du Bois d’ Avroy.


 

LITTRÉ : Petit recueil de mots curieux extraits du Grand Littré

Temps de lecture : 8 minutes >

“Certains aiment herboriser dans la campagne pour découvrir quelque secrète fleur des champs. D’autres préfèrent chiner dans les brocantes à la recherche de l’objet insolite. C’est à un plaisir semblable que nous convie le Littré : découvrir au détour d’une page un de ces mots étranges qui aiguisent notre appétit de savoir et font surgir en nous des mondes oubliés ou imaginaires. L’attirance vers un mot rare ou de consonance curieuse laisse rarement insatisfait le lecteur qui s’offre quelques instants de flânerie dans les allées, si rectilignes en apparence, tracées par les colonnes solennelles du Littré. Chaque mot insolite, glané au fil des pages,  parfois savant, parfois trivial , est un retour aux sources de la langue, un enrichissement du vocabulaire qui ne sont pas l’apanage des seuls cruciverbistes ou des agrégés de lettres, mais le régal subtil de l’Honnête Homme. Explorer à travers le Littré les trésors de la langue française est un plaisir jamais épuisé. L’esprit de curiosité y trouve sa récompense, la passion des beaux textes sa délectation, la fidélité à la rigueur ses certitudes. Pratiquer le Littré, c’est se sentir fier de parler français.” [BRITANNICA.COM]


En 1995, l’Encyclopaedia Britannica a publié cet in-octavo d’une douzaine de pages (Class. Dewey : 840.091) que nous avions conservé dans nos collections privées. Le voici dématérialisé (mis en ligne), disponible dans notre documenta et organisé alphabétiquement, dans cette page, pour votre seul plaisir et votre curiosité : cliquez sur une des initiales ci-dessous pour afficher les mots correspondants…

A | B | C | D | E | F | G | H | I | JL|
M | N | O | P | R | S | T | V

A comme azor !
    • acenseur s.m.
      Terme d’anciennes coutumes. Celui qui a pris une chose à cens, un péage notamment, et qui en perçoit le denier au nom du seigneur péager.
    • asse s. m.
      Dans l’Aunis, nom d’un outil de tonnelier.
    • atourneuse s. f.
      Femme qui faisait métier de coiffer, de parer, de louer des pierreries.
    • audien, ienne s. m et f.
      Hérétiques qui prétendaient que Dieu avait des formes humaines ; et que les ténèbres, le feu et l’eau n’avaient point de commencement.
    • azor s. m.
      Nom fréquemment donné aux petits chiens, d’après l’amant d’Angélique dans l’Orlando furieux de l’Arioste.
B comme baisailler !
    • baisailler v. n.
      Donner des baisers, faire des visites, avec un sens de l’ennui.
    • barricot s. m.
      Petite barrique.
    • bigotelle ou bigotère s. m.
      Anciennement pièce d’étoffe ou de cuir dont on se servait pour tenir la moustache relevée.
    • bonbec s. f.
      Sobriquet par lequel le peuple désigne une femme bavarde. C’est une bonbec. On dit aussi, dans le même sens et familièrement, Marie bonbec.
    • brusquembille s. f.
      Jeu de cartes qui peut se jouer à deux, trois, quatre ou cinq personnes. A ce jeu, nom des as ou des dix. L’as est la brusquembille supérieure.
    • brutifier v. a.
      Abrutir. Il ne s’écrit point, et ne se dit que dans le langage le plus familier.
C comme canceller !
    • canceller v. a.
      Terme de jurisprudence qui a vieilli. Annuler une écriture en la croisant par des traits de plume, ou en y donnant un coup de canif.
    • carnabot s. m.
      Nom, dans les Ardennes, d’un éteignoir de grande taille, muni d’un long manche, pour le service des églises.
    • chape-chuter v. n.
      Faire un léger bruit.
    • charnon s. m.
      Petit cylindre creux qui fait partie de la charnière d’une boîte.
    • chicheté s. f.
      Epargne basse et sordide.
    • chiénaille s. f.
      Canaille.
    • cligne-musette s. f.
      Jeu d’enfants où plusieurs se cachent, tandis qu’un seul cherche. Jouer à cligne-musette.
    • comtiser v. a.
      Donner le titre de comte.
    • condemnade s. f.
      Ancien jeu de cartes à trois personnes.
    • condouloir (se) v. réfl.
      Employé seulement à l’infinitif. Se condouloir avec quelqu’un, lui témoigner qu’on prend part à sa douleur.
    • conquêt s. m.
      Tout ce qu’on acquiert par son industrie, et qui ne vient pas de succession. Acquêt fait durant la communauté des époux.
    • constupration s. f.
      Viol.
    • courte-botte s. m.
      Tout homme de petite taille. Mot du langage populaire.
    • couvet s. m.
      Petit pot de cuivre ou de terre qui sert de chaufferette aux marchandes se tenant en plein air.
    • croquignole s. f.
      1. Sorte de pâtisserie sèche et très dure. Manger des croquignoles.
      2. Chiquenaude donnée sur la tête ou sur le nez.
    • culbutable adj.
      Qui peut être culbuté, renversé. Ce ministère est aisément culbutable.
D comme débardeur !
    • débardeur s. m.
      Ouvrier qui débarde. Se dit au carnaval, d’un costume semblable à celui des débardeurs de bois, et à celui qui porte ce costume.
E comme échantil !
    • échantil s. m.
      Mot qui s’est dit autrefois pour étalon de mesure.
    • écharseté s .f.
      Terme de monnaie. Défaut d’une pièce qui n’est pas du titre ordonné.
    • écrivassier s. m.
      Terme de mépris. Mauvais auteur qui écrit beaucoup.
    • embarbotter (s’) v. réfl.
      Ne pas pouvoir sortir des phrases qu’on a commencées.
    • emberlucoquer (s’) v. réfl.
      Terme familier. S’entêter d’une idée, s’attacher aveuglément à une opinion.
    • énaser v.a.
      Écraser le nez. “Tout à coup je viens m’énaser contre un hangar”  (Chateaubriand, Mémoires d’Outre-Tombe).
    • en-tout-cas s. m.
      Espèce de parapluie qui est plus petit que la forme ordinaire des parapluies et un peu plus grand qu’une ombrelle, et qui sert à abriter de la pluie et du soleil.
    • esseau s.m.
      1. Nom, dans le département d’Eure-et-Loir, des prises d’eau sur les rivières.
      2. Sorte de mesure pour le fumier, usitée dans les environs de Paris.
    • étrangleur s. m.
      (2°) Nom d’une secte religieuse russe, dont les adhérents croient qu’on n’entre au paradis qu’après une mort violente.
F comme florimane !
    • florimane s. m.
      Amateur qui a la manie des fleurs.
    • frigousse s. f.
      Terme populaire. Bon repas, bonne chère. Faire la frigousse.
G comme galoubet !
    • galoubet s. m.
      Petit instrument à vent qui n’a que trois trous et qu’on joue de la main  gauche, tandis que la droite frappe la mesure sur un tambourin.
    • goupillon s.m.
      Boire le goupillon était dans le XVIIe siècle une sorte de punition infligée aux buveurs, et qui paraît avoir consisté à leur faire boire jusqu’à la dernière goutte de la bouteille en accompagnant cette opération de quelque violence.
    • grimpion, onne s. m. et f.
      Terme genevois énergique qui désigne une personne cherchant à se hisser dans une sphère de la société plus haute que celle où les circonstances l’ont placée.
    • guilée s. f.
      Giboulée, pluie soudaine.
© nouvelobs.fr
H comme heurte !
    • heurte s.f.
      L’amas pyramidal des matières, souvent très considérable, qui se forme au droit des chutes, dans les fosses d’aisances.
    • hève s.f.
      Nom, en basse Normandie, de rochers creusés en dessous et où les pêcheurs poursuivent les crabes.
    • hippomane s. f.
      Suivant les anciens, fluide muqueux qui découle de la vulve des cavales en chaleur, et qui excite l’ardeur des chevaux.
    • hipponacte a.m.
      Vers hipponacte, espèce de vers ïambique trimètre dont le dernier pied, au lieu d’être un ïambe, est un spondée. Se dit d’un vers ïambique auquel on ajoute un antibacchique, c’est-à-dire une brève et deux longues.
    • hodographie s. f.
      Description des rues, des routes.
    • hoquette s .f.
      Ciseau de sculpteur.
    • hortillon s. m.
      Nom qu’on donnait autrefois aux maraîchers.
I comme idémiste !
    • idémiste adj.
      On appelait docteurs idémistes ceux qui, dans les assemblées, se contentaient d’opiner du bonnet et de dire idem, sans apporter de raison.
    • intercourse s. f.
      L’ensemble des communications commerciales entre deux pays.
J comme jouette !
    • jouette s. f.
      Terme de chasse. Trou que le lapin fait en se jouant et qui est moins profond que le terrier.
L comme loquèle !
    • loquèle s. f.
      Facilité à parler d’une façon commune. Il a de la loquèle.
M comme mande !
    • mande s. f.
      Panier d’osier à deux petites anses, très fin, pour transporter la terre à pipe.
    • marsouinage s.m.
      Oscillations longitudinales, régulières et de basse fréquence d’un aéronef en vol. Dans le cas d’un hydravion, tangage spontané provoqué par son instabilité pendant l’hydroplanage.
    • ménehould (sauce à la sainte-) s. f.
      Terme de cuisine. Sauce faite avec du beurre, de la farine, du lait, du  persil, des ciboules, du laurier, des champignons et quelques échalotes. Pieds de mouton, pieds de cochon à la Sainte-Ménehould.
    • mirette s .f.
      Outil de maçon servant à rejointoyer.
    • morbidesse s. f.
      Terme de peinture et de sculpture. Mollesse et délicatesse des chairs dans une figure. Dans le langage général, souplesse dans les attitudes, la démarche, les manières, mêlées d’une sorte de mollesse aimable.
N comme nourrain !
    • nourrain s. m.
      Le petit poisson qu’on met dans un étang pour le peupler.
O comme oncirostres !
    • oncirostres s. m. pl.
      Terme de zoologie. Les oiseaux à bec crochu.
    • opineur s. m.
      Celui qui opine.
P comme patronnet !
    • patronnet s. m.
      Nom qu’on donne à Paris aux petits garçons pâtissiers.
    • pet-en-l’air s. m.
      Robe de chambre qui ne descend que jusqu’au bas des reins, et qui est en étoffe légère.
    • prédiseur s. m.
      Celui qui prédit.
    • procérité s. f.
      Haute taille du corps.
    • promenette s. f.
      Petit appareil roulant, à hauteur d’appui pour les jeunes enfants, qui, placés à l’intérieur, le font avancer par leurs mouvements, sans courir le risque de tomber.
R comme rabiau !
    • rabiau s. m.
      Terme de marine. Ce qui reste de vin ou d’eau de vie dans le vase qui a servi pour faire la distribution à une escouade.
    • railure s. m.
      Petite rainure de chaque côté du trou d’une aiguille.
    • résistible adj.
      A qui, à quoi on peut résister.
    • roger-bontemps s. m.
      Personne qui vit sans aucune espèce de souci.
S comme serein !
    • serein s. m.
      Humidité fine, pénétrante, généralement peu abondante, qui tombe après le coucher du soleil, ordinairement pendant la saison chaude et sans qu’il y ait des nuages au ciel.
    • serfouette s. f.
      Terme de Jardinage. Outil de fer à deux branches ou à dents renversées, dont on se sert pour donner un léger labour aux plantes potagères.
    • sifflade s. f.
      Concert de sifflets.
    • signeur s. m.
      Celui qui donne sa signature.
    • soupette s. f.
      Petite tranche de pain. Je n’ai mis dans mon bouillon que quelques soupettes.
    • soyer s. m.
      Verre de champagne glacé, qu’on hume avec un tuyau de paille. Soyers, punch, etc. servis au buffet du bal de l’Opéra.
T comme tartouillade !
    • tartouillade s. f.
      En langage d’atelier, peinture d’une exécution très lâchée, et dans laquelle la composition et le dessin sont complètement sacrifiés à la couleur.
    • tâte-au-pot s. m.
      Homme qui se mêle des affaires de ménage.
    • tâte-poule s. m.
      Terme populaire. Sobriquet que l’on donne à un homme qui s’occupe de soins domestiques, de choses trop minutieuses.
    • tranche-montagne s. m.
      Terme familier. Fanfaron qui fait grand bruit de son courage et de ses exploits prétendus.
    • tritrille s. m.
      Jeu de cartes auquel prennent part trois personnes ; il se joue avec trente cartes seulement.
V comme vétillerie !
    • vétillerie s. f.
      Chicane, raisonnement oiseux.

Chacune des définitions listées ci-dessus est également disponible sur une version en ligne du Littré, en texte intégral, assortie de l’intéressante Préface d’Emile LITTRE en personne. Régal authentique, comme le précise l’Avertissement au lecteur (à l’internaute, en fait) : “Il s’agit d’un dictionnaire ancien, paru à la fin du XIXe siècle. Ses vedettes comme ses définitions s’appliquent à une langue française qui a beaucoup évolué en près de 150 ans. Certains passages portent l’empreinte de cette époque et doivent se lire dans ce contexte historique. Le sport était alors un néologisme, et le cafard semblait religieux ; la science collectionnait les planètes téléscopiques, doutait de l’avenir du tout nouveau téléphone et inventait le délicat stasimètre. Le mot race n’avait pas le même sens qu’aujourd’hui. En ce temps déjà lointain on s’emberlucoquait, barguignait, faisait la bobe, se guédait, blézimardait, morguait, pour enfin s’acagnarder avec bonheur. À la différence d’ouvrages purement explicatifs, ce dictionnaire est très littéraire, truffé de citations de toutes sortes et de toutes époques, et agrémenté de conseils d’utilisation, ou de réprimandes aux auteurs célèbres qui prennent des libertés avec la langue française. Le rapport d’Émile Littré aux mots est souvent très affectueux, allant jusqu’à défendre des barbarismes pour que la poésie ancienne n’en soit pas gâtée. Le Littré peut se feuilleter avec délices pendant des journées entières, car (extrait du Roman de la Rose, XIIIe)…”

Qui ce qu’il aime plus regarde,
Plus alume son cuer et l’arde.


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C’est le moment ! C’est l’instant ! Nous voulons passer à la vitesse supérieure, remplir plus pleinement encore notre mission d’éducation permanente et vous offrir une palette plus large de contenus issus de Wallonie, de Bruxelles et d’ailleurs. Pour ce faire, nous passons en mode projet.

wallonica.org va lancer en son sein un centre de ressources picturales et documentaires (libres de droits ou propriété de notre réseau de contributeurs) à une adresse bientôt universellement célèbre : documenta.wallonica.org !

Mais, mon bon monsieur, pourquoi cette soudaine agitation ?

Parce que le hasard fait bien les choses. Manifestement féru de sérendipité (et, depuis peu, du clic curieux alla wallonica), un internaute hennuyer a découvert notre blog encyclo et nous a rapidement contactés. Je résume : “Au fil des années, j’ai stocké des milliers et des milliers d’images (± 300.000), réalisés des clichés (c’était mon métier), des dessins et des aquarelles, scanné des gravures libres de droits et dématérialisé des centaines de livres aujourd’hui hors édition. Je me fais vieux et je ne voudrais pas voir disparaître ce patrimoine virtuel (± 2 To !). On en parle ?

© Dupuis
Pérenniser, structurer et partager : notre métier !

Les sept missions que nous nous sommes choisies pour l’initiative wallonica.org sont bien connues : animation, édition, mutualisation, travail de mémoire, promotion, distribution et éducation permanente.

Jusqu’ici, nous avons édité, semaine après semaine, des articles de blog catégorisés selon une logique unique, propre à wallonica.org. Nous venons de passer la barre des 777 publications ! Nulle part ailleurs, vous ne retrouverez un classement des savoirs fondés sur notre interrogation de base : “Que fait un individu humain quand il va vers l’autre et vers le monde ?”

C’est ainsi que les articles de votre blog encyclopédique préféré sont présentés selon sept catégories originales qui regroupent, par exemple, les ACTIONS de ceux et celles qui, simplement, exercent leur puissance d’être humain, les DISCOURS élaborés par les uns pour modéliser le monde aux yeux des autres, les DISPOSITIFS développés par les techniciens pour être utiles à l’homme confronté à la matière ou les ARTEFACTS par lesquels les plus créatifs d’entre nous s’efforcent de partager leur image du monde…

Parallèlement, le kiosque propose des contenus volontairement alléchants pour drainer les internautes vers les articles, selon la même classification. C’est vrai pour, à titre d’exemples, les publications de la revue de presse, les événements du calendrier ou pour les cartes blanches de la tribune.

Nos incontournables sont marqués des mêmes métadonnées de catégorie. Dès lors, si vous vous plongez dans les œuvres sélectionnées de la page Savoir-contempler, vous pourrez cliquer sur des titres d’articles de la catégorie Artefacts > Arts visuels. Souvenez-vous, les incontournables regroupent nos coups de cœur (citations marquantes, tableaux sidérants, livres à lire, films à voir, extraits musicaux fondateurs…) et vous permettent de vous régaler puis… de continuer à cliquer curieux dans le même domaine.

Accueillir et publier un fonds documentaire ou pictural aussi massif que celui de notre internaute non seulement rentre dans nos missions mais, de plus, wallonica.org est certainement le lieu idoine pour ce projet. Reste que… il faut qu’on en parle d’abord et qu’on donne un nom à ce fonds : par discrétion envers l’initiateur de ce tsunami encyclopédique et en hommage, nous parlerons désormais du Fonds Primo, puisqu’il sera le premier.

“Oui, parlons-en ! On commence par où ? Des réserves ?”

Des réserves ? Oui ou, plutôt, non : un enthousiasme et un vertige. Enthousiasme devant l’opportunité de créer un vrai centre de ressources, une bibliothèque virtuelle, une médiathèque dans le nuage. A ce jour, tous nos articles de blog sont du pur fait-main : pas question de partager une toile, une opinion ou une initiative sans éditer une page complète, compiler différentes sources, citer les auteurs, trouver les illustrations et commenter le sujet pour générer le débat. Jusque-là, nous avons fait un travail de journalisme encyclopédique. Un vrai bonheur militant qui nous habite depuis de longues années… avec la frustration de ne pas proposer -en parallèle- un centre de ressources à part entière, de ne pas offrir une bibliothèque d’ouvrages et d’images structurée qui, en nombre d’objets documentaires, dépasserait largement notre capacité rédactionnelle.

Vertige devant la quantité de documents et d’images que nous pourrions partager dans nos pages. Imaginez, au-delà du fonds que notre désormais contributeur nous propose, tous les autres corpus qui dorment dans des placards à souris, sur des disques durs oubliés ou dans les tiroirs d’initiatives généreuses… qui ont autre chose à faire au quotidien que ranger et publier leurs archives. Je me souviens encore d’un dossier qui attend peut-être encore, quelque part dans les couloirs d’un ministère : la FGTB de Liège avait conservé la totalité des films tournés pendant les mouvements sociaux d’après-guerre, des centaines de cassettes VHS qui pourrissaient dans un grenier. Où sont-ils aujourd’hui ? L’Institut d’histoire ouvrière, économique et sociale (IHOES) a-t-il pu intégrer ce corpus qui en intéresse plus d’un ? Notre éditeur Philippe VIENNE est un photographe chevronné et a conservé les clichés de dizaines de photos prises pendant des concerts organisés en Wallonie et à Bruxelles. Pourquoi ne pas vous les proposer en ligne ? Alors, vous pensez bien, quand un lecteur débarque avec des milliers d’images à partager avec vous…

© Dupuis
Diderot & wallonica : même combat !

L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, c’est comme Ma cabane au Canada : elle n’est rien sans ses planches. Il en ira de même pour votre blog encyclo préféré : si nous continuons à pratiquer notre beau métier de journalistes encyclo en éditant des articles de blog bien sentis, classés dans wallonica.org, nous allons nous lancer dans le métier parallèle de documentalistes encyclo et vous proposer des ressources digitales (images, ouvrages, médias divers), classés selon les mêmes nomenclatures originales dans documenta.wallonica.org ! On vous offre ainsi le beurre, l’argent du beurre et le sourire de notre équipe…

En résumé, le projet wallonica, c’est l’articulation entre

    1. un kiosque de services (revue de presse, tribune, agenda…) ;
    2. une sélection d’articles incontournables en tête de gondole ;
    3. le blog encyclo, au cœur de notre travail journalistique ;
    4. un nouveau centre de ressources multimédia virtuel ;
    5. des dispositifs de promotion non-intrusifs (infolettre, réseaux sociaux, portfolios d’images…).

Yapluka ! Nos autres métiers nous permettent de lancer ce projet renouvelé avec confiance. Reste que c’est du boulot et que des ressources complémentaires sont nécessaires. Nous devons faire les bons choix techniques (Open Source intégral : wallonica.org est un blog wordpress.org ; omeka.org pourrait supporter documenta.wallonica.org ; notre hébergeur infomaniak.com pourrait accueillir les fichiers avant traitement), développer l’architecture, planifier les migrations et… faire l’indexation des nouveaux contenus.

Alors, on a pensé à vous solliciter -oui, vous– et nous avons trois questions :

    1. CONTENUS. Avez-vous connaissance de corpus de médias (images, sons, ouvrages, films…) qui trouveraient gracieusement leur place dans notre centre de ressources et pouvez-vous nous mettre en contact avec leur propriétaire ?
    2. RESSOURCES. Vous sentez-vous la fibre d’un généreux donateur ou d’une mécène éclairée et voulez-vous soutenir notre projet ?
    3. TRAVAIL. Êtes-vous spécialiste WP, PHP-MySQL, PMB ou Omeka et pouvez-vous généreusement nous conseiller ? Avez-vous l’âme bénédictine et voulez-vous nous rejoindre comme bénévole pour indexer en ligne les différents corpus que nous allons traiter ?

Dans tous les cas (également pour nous envoyer un petit mot de soutien), nous attendons de vos nouvelles, via notre formulaire de contact. Merci déjà !

L’équipe wallonica.org


D’autres initiatives ?

HOUBRECHTS : Home, sweet home…
Les villas de Spa (2020)

Temps de lecture : 8 minutes >
“Le Neubois” (1901) © David Houbrechts
La gestation d’un nouveau genre d’habitation : la villa (1855-1890)

“(…) dans tous les temps, l’homme a recherché, pour édifier l’habitation de plaisance (la villa), un lieu sain et élevé, accidenté et pittoresque, où, à l’ombre des grands bois, il pût entendre le murmure de la source et oublier et les tracas du trafic et les soucis de la vie publique”  (Léon de Vesly, L’architecture pittoresque du 19e siècle, 1877)

“Après la funeste Révolution française qui avait chassé la clientèle aristocratique , et le terrible incendie de 1817 qui avait ravagé le centre de la ville, Spa offrait un aspect assez désolant à l’aube du 19e siècle. En quelques décennies pourtant, sous l’impulsion de quelques Spadois et notamment du créatif bourgmestre Jules Servais, la cité prend un nouveau départ en s’orientant vers le thermalisme et la villégiature.

Dans leur allure générale, les premières villas s’apparentent aux bâtiments existants dans le centre de la ville et en particulier aux abords de l’avenue Reine Astrid. Au cours d’une première phase qui s’étend du milieu du 19e siècle jusqu’aux environs de 1890, les architectes se contentent en effet de reprendre le bâti des hôtels, meublés et châteaux tout en les singularisant par une décoration teintée d’éclectisme ou de détails empruntés à diverses constructions étrangères, en particulier les chalets.

Quelques villas s’inspirent ainsi des petits châteaux et des grandes demeures qui fleurirent dans la principauté de Liège au 18e siècle. En témoignent des villas telles que La Roseraie (1875), la Villa Clémentine (avant 1882, démolie), la Villa Bollette (1887) et la Villa Madeleine (1890) par exemple. Ces maisons recourent au même canevas : un volume unique carré ou rectangulaire souvent flanqué d ‘une tour carrée, le tout élevé en brique et recourant à la pierre de taille en certains points précis (encadrements de fenêtres, chaînages d’angle, cheminées, larmiers). L’ordonnance générale est symétrique mais, à la différence de leurs modèles qui privilégiaient les principes néo-classiques, ces villas affectionnent d’emblée le style éclectique.

Dans la seconde moitié du 19e siècle, cette esthétique à la fois internationale et ancrée dans le passé rencontre un énorme succès en Belgique. Les architectes y revisitent le passé avec une certaine fantaisie en mélangeant des détails de styles différents et en les intégrant dans une forme générale d’allure contemporaine . À Spa, un certain nombre de propriétaires se font construire des demeures bourgeoises dans cet esprit, tandis que d’autres se contentent d’adapter les façades de bâtiments plus anciens, jugées désuètes, en les recouvrant d’enduits. Cette manière de souscrire “à petit prix” à l’air du temps rencontre un grand succès à Spa, où les investissements privés importants sont encore difficiles.

“Ma Jacquy” (1907) © Spa, Musée de la Ville d’Eaux

L’évolution de l’allure du centre de la ville induite par la vogue de l’éclectisme témoigne d’une mutation sans précédent. Jusque-là, en effet, la maison spadoise était ancrée dans son terroir : qu ‘il s’agisse de colombages ou de maçonneries, l’architecture avait une apparence régionale, “mosane”. Avec l’éclectisme, Spa renonce à cette identité séculaire et choisit de s’aligner sur un certain “goût belge”, éclectique, qui est la variante nationale d ‘un style international.

Le même processus est perceptible dans les villas spadoises, à ceci près que la mode de l’éclectisme y est tempérée par des habitudes régionales puis supplantée par une variante : le régionalisme. Cet autre mouvement artistique international se distingue de l’éclectisme par sa référence clairement revendiquée à une esthétique régionale, volontiers populaire, plutôt qu’aux grands styles classiques. Toutefois, en s’inspirant de modèles parfois fort éloignés, le régionalisme délocalise en quelque sorte une esthétique vernaculaire, ancrée dans un terroir, en la recréant avec une certaine distanciation, voire une fantaisie pleinement assumée.

C’est ainsi qu’à Spa, dès le milieu du 19e siècle, apparaissent des villas évoquant les “chalets suisses “. Le Chalet Quisisana (1855), le Chalet du Parc (1863) ou le Chalet Marguerite (1869) sont parmi les premiers exemples de cette tendance à la fois rustique et pittoresque qui se rencontre en France au même moment. Certes la référence est encore discrète : ce sont plutôt des détails, tels que les toitures débordantes ou l’ornementation en bois, qui évoquent l’architecture des montagnes alors que le reste du bâtiment n’y ressemble que de très loin… ou pas du tout.

Si l’influence des chalets de haute montagne est parfois à peine perceptible, comme pour le Chalet des Bruyères (1873), elle se fait plus évidente dans la Villa d’Hoctaisart (1871) , le Chalet des Hirondelles (1882) , le Chalet de Préfayhai (1883) ou encore la villa située avenue Marie-Henriette 3 (1886). Ces bâtiments ne se contentent plus d’évoquer leurs modèles par une vague décoration exotique, mais bien par leur allure générale. Dans certains cas l’ancrage local, un autre marqueur du régionalisme , s’affirme dans le choix de matériaux tels que les moellons qui évoquent la construction rurale ardennaise.

“La Hastienne” (1909) © David Houbrechts

Dans un premier temps tributaire des manières de construire du passé, l’architecture de villégiature spadoise s’individualise peu à peu en recourant à des volumes et des aménagements inédits, à une ornementation plus ou moins développée et à des couleurs variées. Si la Villa des Glaïeuls (1873) évoque encore la maison bourgeoise éclectique, la Villa Saint-Hubert (1882), Santa Maria (1882) et la Villa des Lauriers (1884) se distinguent déjà par une alternance de briques de couleurs différentes pour souligner les chaînages et les encadrements de fenêtres et de portes.

De son côté, la villa Les Ormes (1873) montre un certain changement à la fois dans la volumétrie (un volume sur pignon accolé à une tour de plan carré), dans la décoration (avec l’apparition des faux colombages) et dans les éléments rapportés : des balcons en bois évoquant les chalets, un auvent précédant l’entrée, une serre. Il est cependant possible qu’une partie de ces éléments soient postérieurs au programme initial. Légèrement plus récentes, la Villa Hortense (1882) , la Villa Madona (1882) et Mount Vernon (1883) sont les premiers exemples aboutis d’une forme promise à un bel avenir, le plan en forme de “L” : une aile principale augmentée d’une petite aile en retour.

Parmi les nouveautés appréciées des architectes, notons l’apparition du bow-window. Sorte de loggia à trois côtés vitrés, le bow-window est une fenêtre en saillie, une “fenêtre combinée de telle sorte qu’elle forme un avant-corps sur la façade”. C’est un “moyen pratique pour augmenter à la fois la surface et la clarté d’une pièce”, précise-t-on dans la littérature spécialisée, pour bénéficier d’une vue panoramique sur le jardin et pour enrichir la composition de la façade. Si l’on ajoute un prix “fort accessible”, on comprend le succès de cet “accessoire” qui devint presque incontournable dans l’architecture de villégiature.

À côté de ces tendances générales , on trouve aussi un certain nombre d’ “unica”, des exemples uniques qui témoignent du goût croissant pour la variété et la singularité : le propriétaire veut se distinguer par une maison différente , et qui lui ressemble. Ainsi les façades à rue de la villa Bel Respiro(1881) et de sa jumelle Vista Hermosa (1876) étaient-elles recouvertes de mosaïques, exemples uniques à Spa. Sorte de “show-room” avant la lettre, la villa Vista Hermosa fut dessinée par l’ingénieur Michel Body, frère de l’historien Albin Body, qui tenta de relancer la production de poteries et céramiques artistiques à Spa. Bel Respiro, sa voisine, appartenait à son frère, Octave Body. Ces deux villas témoignent du goût naissant pour une ornementation foisonnante , colorée et variée, alors que les volumes restent encore très classiques.

Maison à Sart-lez-Spa (1926), collection privée © David Houbrechts

Parmi les exemples atypiques, citons encore Byron Castle (vers 1880), curieuse union d ‘un château et d ‘une maison à colombages , la Villa Reussens (1875-1899) et le Château des Genêts (1876), qui puisent tous deux leur inspiration dans le Moyen Âge , et la Villa Spalemont (1882) , étrange et rarissime exemple de construction “néo-gothico-renaissance”. Outre les volumes et leur agencement, les baies à croisées et la maçonnerie associant lits de briques de couleur claire et de couleur naturelle évoquent clairement des modèles liégeois du début du 16e siècle. La période “gothico-renaissance” restera longtemps une source d’inspiration importante des architectes, comme nous le verrons plus loin.

Les toitures, à l’image des volumes, restent très classiques dans leur disposition, à deux pans en bâtière ou à la Mansard. Ici encore la référence au Moyen Âge est perceptible, par exemple dans les épis de faîtage en plomb ou en zinc qui rencontrent un franc succès à côté de quelques exemples de couronnements en ferronnerie de style éclectique (La Roseraie, Villa Spalemont), ou encore dans le recours aux lucarnes pour assurer l’éclairage et la ventilation des combles, à côté de petites ouvertures.

Le matériau privilégié est l’ardoise, autre référence régionale, plutôt que la tuile ou le zinc qui sont malgré tout attestés (Villa d’Hoctaisart, Villa de la Chapelle). Deux types principaux de couverture se dégagent : les ardoises de petites dimensions disposées en lits horizontaux et celles de grandes dimensions posées sur pointe.

D’une manière générale, ces bâtisses aux volumes souvent conventionnels et rehaussés d’une décoration discrète semblent peu impressionnantes face aux exemples de la Belle Époque. Pourtant une large part de ce qui fera plus tard le succès des villas est déjà perceptible, à des degrés divers. L’importance de la décoration, l’influence de l’architecture vernaculaire, le goût du Moyen Âge et du 18e siècle, les éléments rapportés tels que bow-windows, balcons et logettes, et la volonté de personnaliser la villa selon les goûts du propriétaire sont autant de signes annonciateurs du programme qui va s’imposer au tournant du 20e siècle.” [extrait de l’ouvrage de David HOUBRECHTS sur les villas de Spa]

Voici un ouvrage qui devrait faire l’unanimité : d’une lecture facile, abondamment illustré – et d’illustrations de qualité, la plupart de l’auteur – il est accessible à tous. Bien documenté, précis sans être rébarbatif, il intéressera également les spécialistes amateurs d’architecture, d’art ou d’histoire en général. Et, bien sûr, les amoureux de Spa. Au terme de la lecture, une seule petite frustration : on aimerait avoir la localisation de ces villas. Mais c’est la preuve que notre intérêt est éveillé et que l’on en souhaite davantage. A quand une suite, sur la période de l’entre-deux-guerres par exemple ?

Philippe Vienne

ISBN 9782390101666

“Depuis longtemps réputée pour ses sources aux vertus curatives, Spa devient au 19e siècle un lieu de villégiature prisé : on y vient désormais autant pour se divertir, se détendre et se ressourcer que pour se soigner. Devant tant d’atouts, nombreux sont les étrangers qui choisissent alors de s’y faire construire une villa. En quelques décennies, les abords de la ville se couvrent de maisons de plaisance variées et pittoresques : châteaux, cottages, bungalows, manoirs et autres chalets remodèlent un paysage encore largement vierge.

Au fil des cinq chapitres de cet ouvrage, le lecteur découvrira ces villas par le biais d’un séjour fictionnel pendant la Belle époque. Outre les dimensions techniques et artistiques, ce sont en réalité l’histoire et les coutumes d’une époque que nous racontent les villas spadoises au moment où la Belgique est au faîte de sa puissance industrielle. La très riche iconographie éclaire de manière significative ce patrimoine encore largement méconnu. “[EDPLG.BE]


Plus d’architecture…

BLANCHARD Pascal et al. : Sexe, race & colonie | La domination des corps du XVe siècle à nos jours (2018)

Temps de lecture : 5 minutes >
ISBN 978-2-348-03600-2

“Reposant sur plus de mille peintures, illustrations, photographies et objets répartis sur six siècles d’histoire au creuset de tous les empires coloniaux, depuis les conquistadors, en passant par les systèmes esclavagistes, notamment aux États-Unis, et jusqu’aux décolonisations, ce livre s’attache à une histoire complexe et taboue. Une histoire dont les traces sont toujours visibles de nos jours, dans les enjeux post-coloniaux, les questions migratoires ou le métissage des identités.
C’est le récit d’une fascination et d’une violence multiforme. C’est aussi la révélation de l’incroyable production d’images qui ont fabriqué le regard exotique et les fantasmes de l’Occident. Projet inédit tant par son ambition éditoriale, que par sa volonté de rassembler les meilleurs spécialistes internationaux, l’objectif de Sexe, race & colonies est de dresser un panorama complet de ce passé oublié et ignoré, en suivant pas à pas ce long récit de la domination des corps.” (source : association de libraires INITIALES.ORG)

BLANCHARD Pascal et al., Sexe, race et colonies : la domination des corps du XVe siècle à nous jours (Paris, La Découverte, 2018)

Montrer. Voila l’ambition de cet ouvrage, de cette somme iconographique vertigineuse autant que méconnue, ou mal vue. Car on a tous en tête des représentations érotisées de corps indigènes. Elles sont furtives, elles font partie de l’imaginaire historique colonial. Mais mesure-t-on véritablement ce qu’elles portent, ce qu’elles signifient, la violence qu’elles légitiment toutes, à des niveaux différents certes, mais qui toutes cultivent l’idée originelle du colon qui voudrait que le corps du colonisé soit “naturellement offert”, pour citer les auteurs de ce livre colossal et indispensable. N’est-ce pas ainsi que nombre d’intellectuels européens ont envisagé le sulfureux érotisme oriental ? Ou comment la vahiné polynésienne a constitué jusqu’à récemment un modèle de beauté féminine ?

Ainsi, encore aujourd’hui, il fallait montrer. Pour tous ceux qui pourraient douter du fait que la domination des empires sur les peuples conquis s’est exercée premièrement à un niveau sexuel. Pas de manière secondaire ou marginale, mais massivement et prioritairement à un niveau sexuel. Si depuis sa sortie, cet ouvrage a essuyé critiques et doutes, c’est bien parce que la frontière est ténue entre la monstration et l’exhibition, surtout quand on parle de sexe. Est-ce que les auteurs sont parvenus ici à faire oeuvre de mémoire sans verser dans l’exhibitionnisme? C’est notre opinion. Et c’est notamment l’ampleur du travail et la qualité de l’appareil critique qui font toute la différence.

Car ce livre est énorme, il a la forme de son ambition, et retrace en quatre grandes parties, Fascinations (1420-1830), Dominations (1830-192o), Décolonisations (1920-1970), Métissages (depuis 1970), l’évolution, si tant est qu’il y en ait eu-une, de la représentation des peuples des colonies par les colons. Certaines images sont dures, insoutenables certes, mais leur publication est indispensable. Comment en effet penser aujourd’hui un phénomène de prise de conscience comme #MeToo et oublier que des systèmes de domination, réelle et symbolique, ont des racines solidement ancrées dans nos imaginaires ?

Grégoire Courtois (Libraire Obliques à Auxerre, FR)


Le cas Gauguin ?

Dans un film sur Gauguin, le réalisateur Edouard Deluc passe sous silence la nature des relations sexuelles de l’artiste à Tahiti. Et révèle la difficulté des Français à penser la violence dans leurs anciennes colonies.

L’image est si sauvagement excitante. Une Tahitienne danse seins nus, lascive, devant un grand feu, tandis que résonne le chant envoûtant de la tribu. Cette femme aux formes pleines, c’est Tehura. Dans son film Gauguin – Voyage de Tahiti, le réalisateur Edouard Deluc nous raconte comment elle a hypnotisé le peintre français et inspiré quelques-unes de ses plus belles toiles. On les voit tous deux enlacés sur un cheval, jouant sur une plage, et fatalement faisant l’amour à la lumière des bougies.

Ce film pourrait être un biopic convenu de plus consacré aux maîtres de la peinture, mais des ellipses opportunes dans le scénario en font une œuvre au mieux incroyablement maladroite, au pire parfaitement abjecte. Car, ce que cette histoire ne dit à aucun moment c’est que Tehura (qui s’appelait aussi Teha’amana) avait seulement 13 ans lorsque Gauguin (alors âgé de 43 ans) la prit pour « épouse » en 1891.

GAUGUIN Paul, Manao Tupapau (1892)

Et malgré ce que pourrait laisser croire le biopic, elle ne fut pas la seule à partager la vie de l’artiste dans l’île : il y eut aussi la jeune prostituée métisse Titi, ainsi que Pau’ura et Vaeoho (toutes deux 14 ans). Enfin, dernier « oubli », le maître était atteint de syphilis, maladie sexuelle potentiellement mortelle, qu’il distribua généreusement à Tahiti. Dans le film, Gauguin se voit seulement diagnostiquer un méchant diabète… on en pleurerait de rire si ce n’était aussi grave…”

Lire la suite de l’article de Léo PAJON, La pédophilie est moins grave sous les topiques, sur JEUNEAFRIQUE.COM (21 septembre 2017)


Le cas Malko Linge, dit SAS ?
ISBN 2842672968

«Bicuzi Kihubo avait la cervelle d’une antilope, mais une allure de star. Ses grands yeux marron illuminaient un visage doux, encadré par les tresses traditionnelles, ses seins moulés par un tee-shirt orange pointaient comme de lourds obus ; quand à sa chute de reins, elle aurait transformé le plus saint des prélats en sodomite polymorphe… Ses hanches étroites et ses longues jambes achevaient de faire de Bicuzi une bombe sexuelle à pattes.» Les connaisseurs auront sûrement reconnu dans ce portrait d’Africaine torride, le style particulier de Gérard de Villiers, passé maître du roman d’espionnage à forte connotation érotique à travers la série des SAS. Les scènes de sexe, tout autant que la vraisemblance d’intrigues construites à partir d’infos recueillies sur le terrain, expliquent le succès et la fortune de l’auteur, mort en 2013 après avoir vendu plus de 150 millions de livres.

Romans de gare machistes qui confinent les personnages féminins à des objets sexuels culbutés dans tous les sens par Son Altesse Sérénissime le prince Malko Linge, héros de la série ? Peut-être. Mais à relire les descriptions de certaines de ces ‘bombes sexuelles sur pattes’, pin-up systématiquement moulées dans une ‘microjupe’, difficile de ne pas y voir une illustration de la permanence des clichés qui s’attachent singulièrement aux femmes noires et qu’on retrouve dans l’immense somme consacrée à la Domination des corps du XVe siècle à nos jours publiée jeudi sous la direction de l’historien Pascal Blanchard. L’ouvrage Sexe, race et colonies ne se limite certes pas aux femmes noires et dresse un panorama exhaustif de l’image du corps de l’Autre, de l’Afrique coloniale (Maghreb inclus) jusqu’à l’Asie et au monde amérindien.”

Lire la suite de l’article de Maria MALAGARDIS, Les femmes noires comme incarnation forcée du corps de l’Autre, sur LIBERATION.FR (21 septembre 2018)…


Lire encore…

 

HENCEVAL Emile et al. : Dictionnaire du jazz à Bruxelles et en Wallonie (1991)

Temps de lecture : 2 minutes >
ISBN 978-2870094686

HENCEVAL Emile et al., Dictionnaire du jazz à Bruxelles et en Wallonie (Liège, Mardaga, 1991) avec des contributions de e.a. Jean-Pol SCHROEDER : “Réalisé par quelques-uns de nos spécialistes les plus qualifiés, ce Dictionnaire s’ouvre sur un chapitre historique, dû à Robert Pernet et Jean-Paul Schroeder, qui constitue une somme passionnante de recherches et de talent. Quant au Dictionnaire proprement dit, on y trouvera près de 300 notices de musiciens ou d’animateurs (écrivains, journalistes, producteurs), la plupart encore en activité, les autres disparus en laissant une trace marquante. Les textes ont été établis sur base de questionnaires adressés aux intéressés, travail complété par des recherches historiques. Lorsque cela se justifie, la notice se termine par une discographie sélective. Un sort particulier, sous la forme de récits narratifs plus détaillés, a été naturellement réservé à nos ” grands ” jazzmen, tels René Thomas, Bobby Jaspar, et parmi les musiciens en activité : Toots Thielemans, Jacques Pelzer, Philip Catherine, Steve Houben, etc. Le Dictionnaire du Jazz à Bruxelles et en Wallonie, travail de grande envergure, a été mené à terme par le Conseil de la Musique de la Communauté française de Belgique, un organisme dont les initiatives s’inscrivent plus volontiers dans une filiation traditionnelle, plus savante. Illustré par une quarantaine de photos, ce Dictionnaire, le premier du genre dans notre Communauté, représente une contribution concrète à l’un des objectifs que s’est assignés le Conseil de la Musique : oeuvrer au rayonnement de la vie musicale à travers toutes les musiques.”


[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : partage | source : SCHROEDER Jean-Pol, Dictionnaire du jazz à Bruxelles et en Wallonie (Conseil de la musique de la Communauté française de Belgique, Pierre Mardaga, 1991) | commanditaire : Jean-Pol Schroeder | contributeur : Patrick Thonartcrédits illustrations : N.A. | remerciements à : Jean-Pol Schroeder qui nous a cédé les droits sur les articles écrits par lui dans ce livre.


Consulter plus encore…

QUAGHEBEUR : Anthologie de la littérature française de Belgique (RACINE, 2006)

Temps de lecture : < 1 minute >
QUAGHEBEUR Marc, Anthologie de la littérature française de Belgique (RACINE, 2006)

“Parcourir, à travers soixante textes, les deux derniers siècles de la production littéraire francophone en Belgique, tel est le défi que se fixe ce volume. Il plonge le lecteur dans l’extraordinaire prolifération d’une littérature qui ne cesse d’osciller entre réel et surréel tant le rapport à l’Histoire, à la langue, à la forme et au mythe se joue sans cesse en décalages subtils, patents ou cachés, avec les modèles français.

Réparti en cinq grandes étapes chronologiques, ce livre va de Moke, dont le premier roman, Le Gueux de mer, date de 1827, à Amélie Nothomb en passant par De Coster, Maeterlinck, Thiry, Dotremont, Mertens, Lamarche, Louvet… Il donne en outre aux lecteurs des indications sur la production en langue romane dans nos contrées jusqu’à la fin du XVIIIe siècle et comporte des notices sur chacun des soixante auteurs retenus.”

Feuilleter l’anthologie de Marc QUAGHEBEUR
(2-87386-466-8)

D’autres incontournables du savoir-lire :

MARLIERE : Anthologie de l’humour belge (JOURDAN, 2012)

Temps de lecture : < 1 minute >
MARLIERE Bernard, Anthologie de l’humour belge (JOURDAN, 2012)

Du Prince de ligne à Philippe Geluck

Existe-t-il une spécificité dans la manière d’appréhender l’humour chez les quatre millions de francophones que compte la Belgique ?

La réponse est positive. De Tyl Ulenspiegel au Chat de Philippe Geluck, de Beulemans à Toine Culot, des Surréalistes à Benoît Poelvoorde, le comique belge se nourrit d’un cocktail riche en autodérision, en absurde et en déraison, épicé parfois d’accents savoureux et de tournures insolites.
Ce recueil propose les textes les plus significatifs, anciens et récents, des Belges qui font rire.

Bernard Marlière a enseigné le français, de l’Afrique centrale à la Sibérie, privilégiant l’accès à la littérature de Belgique. Directeur de l’Os à Moelle, le café-théâtre mythique niché sous la maison natale de Jacques Brel, il a présenté sur sa scène le gratin des humoristes de son pays, et leur a déjà consacré deux recueils.

C’est donc en parfaite connaissance de cause qu’il a opéré la sélection des textes d’humour de cette anthologie.”

Découvrir une bien bonne dans le recueil de Bernard MARLIERE
(ISBN : 978-2-87466-244-7)

D’autres incontournables du savoir-lire :

CORDIER et al : Littérature prolétarienne en Wallonie (PLEIN CHANT, Voix d’en bas, 1985)

Temps de lecture : < 1 minute >
CORDIER Jacques et al., Littérature prolétarienne en Wallonie (PLEIN CHANT, Voix d’en bas, 1985)

“La première partie de ce livre présente l’histoire d’un mouvement littéraire dans la Wallonie des années 1920. Elle est due à Jacques Cordier (et à Vital Broutout pour l’évocation du Musée du Soir qui devait clore cette histoire dans les années 60).

La seconde partie recueille les récits de deux travailleurs du fond de la mine: Hector Clara met en scène le sort des chevaux autrefois sacrifiés à la production charbonnière ; Charles Nisolle, dont c’est ici sans doute toute l’œuvre, se révèle un écrivain incisif et violent, proche parfois du meilleur Malva…”

Lire le poing levé le recueil de Jacques CORDIER
(ISBN 978-2-85452-069-9)

D’autres incontournables du savoir-lire :

WOUTERS : Panorama de la poésie française de Belgique (JACQUES ANTOINE, 1976)

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WOUTERS L, Panorama de la poésie française de Belgique (JACQUES ANTOINE, 1976)

Liliane WOUTERS (1930-2016) : poète, dramaturge, auteur d’anthologies et traductrice. Institutrice de 1949 à 1980. Membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises, de l’ Académie royale de langue et de littérature néerlandaises, et de l’Académie européenne de poésie. Elle décède en 2016.

Découvrir le panorama littéraire de Liliane WOUTERS (épuisé)

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CAO et al. : Anthologie du Lied (BUCHET/CHASTEL, 2010)

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CAO H et al, Anthologie du Lied (BUCHET/CHASTEL, 2010)

“Au cœur du romantisme germanique, le lied incarne ses obsessions et ses passions, ses errances et ses illuminations. Miniature où se réalise l’intime fusion de la poésie et de la musique, il condense un destin en quelques instants, l’univers en un éclat. De Mozart à Berg, le présent ouvrage rassemble, dans leur version originale et pour la première fois dans une traduction française unifiée, un grand nombre de ces poèmes mis en musique. Nous retrouvons ainsi les vers qui ont inspiré les lieder les plus importants du répertoire, mais également des pièces admirables bien que moins connues. L’ensemble forme un corpus de près de sept cents poèmes, qui reflète la très grande richesse du genre. Il est augmenté d’un glossaire explicitant les termes clés de l’univers poétique du lied, de notices sur ses principaux interprètes et d’une discographie sélective.”

Lire l’anthologie d’Hélène CAO
(ISBN 978-2-283-02374-7)

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VAN REYBROUCK : Congo, une histoire (ACTES SUD, 2012)

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Le livre du Congo, un essai total écrit comme un roman (Prix Médicis Essai 2012 ; Prix du Meilleur Livre Étranger – Essai 2012). De la préhistoire aux premiers chasseurs d’esclaves, du voyage de Stanley missionné par Léopold II à la décolonisation, de l’arrivée de Mobutu puis de Kabila à l’implantation industrielle d’une importante communauté chinoise, ce livre retrace, analyse, conte et raconte 90.000 ans d’histoire : l’Histoire d’un immense pays africain au destin violenté…

Dans la presse :
      • Attention, phénomène ! Congo n’est pas simplement un essai rigoureux, dense et très documenté. Congo se lit vraiment comme un roman, un grand roman.” (Lire)
      • Un mélange de multiples (et passionnantes) tranches de vies privées, d’historiographie, de reportage, de littérature et même de poésie. (…) C’est le Voyage au Congo de Gide transposé dans la modernité, relu par Lévi-Strauss, annoté par Fernand Braudel et remixé par Studs Terkel, Howard Zinn ou n’importe quel tenant de l’histoire orale ! (…) Un roman vrai et bouillonnant qui s’offre aussi comme un étonnant miroir de nous même et des complexités Nord-Sud.” (Le Monde des livres)
      • Un ovni éditorial qui mêle habilement les approches historiques, journalistiques, et littéraire. Un de ces rares ouvrages que l’on ne parvient pas à reposer une fois qu’on l’a ouvert…” (Jeune Afrique)
      • David van Reybrouck signe un libre de référence extrêmement riche, un hymne jubilatoire à la vitalité et à l’extraordinaire volontarisme de cette nation en mouvement. Un essai écrit comme un roman, best seller dans sa langue d’origine, et qui a valu à son auteur le prestigieux prix Ako 2010. Ce livre est l’histoire, fidèle, rigoureuse, éminemment documentée et absolument romanesque d’un pays.” (Afrique Education)
      • D’une écriture captivante, d’une composition savante et bourré d’observations saisissantes. Van Reybrouck se moque des querelles d’historiens qui agitent son pays. Il a voulu prendre ses lecteurs au collet, et a parfaitement réussi.” (Humo)
      • Fusion de documents, de témoignages inédits et de récits, cette fresque gargantuesque se dévore comme un roman.” (Géo)
      • Congo fait partie des rares ouvrages de non-fiction historique qui allient histoires vécues et analyse de ces histoires en transmettant avec virtuosité données pures et vue d’ensemble.” (Der Spiegel)
      • Une lecture essentielle qui éclaire l’histoire de cet immense pays et des relations belgo-congolaises, mais plus largement aussi celles des pays européens avec le reste du monde ou la mondialisation. Immanquable.” (Imagine demain le monde)

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THYS (dir.) : Le cinéma belge (FLAMMARION, Ludion, La Cinémathèque royale de Belgique, 1999)

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THYS M., Le cinéma belge (FLAMMARION, Ludion, La Cinémathèque royale de Belgique, 1999)
  • Recherche et coordination de Marianne THYS
  • Textes de René MICHELEMS, Michel APERS, Jacqueline AUBENAS, Geneviève AUBERT, Guido CONVENTS, Francine DUBREUCQ, Dirk DUFOUR, Peter FRANS, Paul GEENS, André JOASSIN, Luc JORIS, Sabine LENK, Anne-Françoise LESUISSE, Serge MEURANT, Rik STALLAERTS, Marianne THYS
  • Traductions de René ANEMA, Peter BARY, Ludo BETTENS, Ailica CAMM, Philippe DELVOSALLE, Sam DESMET, Jean-Paul DORCHAIN, Eric DUMONT, Annick EVRARD, Bruno LECOMTE, Philippe NEYT, Christophe STEFANSKI, Ann SWALEF, Tommy THIELEMANS, Patrick THONART, Marianne THYS, Dick TOMASOVIC, Catherine WARNANT, Rolland WESTREICH, Chris WRIGHT
  • Préfaces de André DELVAUX et de Marianne THYS

Consulter le livre publié sous la direction de Marianne THYS (90-5544-234-8)

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CAZENAVE : Encyclopédie des symboles (LE LIVRE DE POCHE, La Pochothèque, 1996)

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CAZENAVE M, Encyclopédie des symboles (LE LIVRE DE POCHE, La Pochothèque, 1996)

“Figures extraordinaires, images mystérieuses, constructions fantasmagoriques, fantasmes, mais aussi éléments directement issus de la réalité : les symboles fascinent, déroutent et peuvent parfois donner l’impression de participer d’un monde énigmatique, proche de l’irrationnel. En fait, ils sont l’un des matériaux premiers de la conscience et relèvent autant du rêve que d’un vaste fonds culturel. De là l’importance qu’il y a, aujourd’hui, d’en fournir un relevé encyclopédique aussi riche et aussi complet que possible : pour découvrir l’arrière scène des mots les plus communs et des cultures, qui parfois semblent les plus familières.
Ainsi le blanc, symbole de virginité en Occident, était signe de mort chez les Aztèques et reste de nos jours encore signe de deuil ou de vieillesse en Chine. L’arbre, quant à lui, représente la création dans la plupart des cultures. Comme l’échelle, marque de la communication entre les hommes et Dieu chez les chrétiens, devient celle de la connaissance dans un rite écossais de la franc-maçonnerie …

Par une iconographie abondante, des centaines d’articles synthétiques et précis, des milliers de termes expliqués, cet ouvrage devrait aiguiser la curiosité du lecteur et l’inciter à réfléchir sur cet inépuisable ensemble de figures qui constituent et nourrissent l’univers symbolique…”

Lire le livre publié sous la direction de Michel CAZENAVE
(ISBN-13: 978-2253130246)

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MOZZANI : Le livre des superstitions (ROBERT LAFFONT, Bouquins, 1995)

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MOZZANI : Le livre des superstitions (ROBERT LAFFONT, Bouquins, 1995)

“De la signification d’abracadabra aux vertus protectrices de l’élixir de zircon : des éclaircissements étonnants et divertissants sur nos croyances et nos superstitions, et sur le pouvoir magique des mots.

Entre la religion et la science s’étend le vaste domaine des superstitions. Le déclin de la première leur profite ; les progrès de la seconde ne les fait pas reculer. L’obscur et le merveilleux conservent leur prestige : la vogue de l’astrologie, l’attrait des sectes, la croyance à l’existence d’extra-terrestres nous le rappellent tous les jours. C’est comme si les hommes ne voulaient se résigner au désenchantement d’un monde dont ils se disent pourtant les maîtres.

D’où la traque des signes, des présages, des sortilèges susceptibles de nous renseigner sur l’envers du décor, de nous annoncer l’avenir, de nous préserver du mal. Ce livre, le plus complet à ce jour, fournit, à travers des centaines d’articles, un panorama suggestif des superstitions non seulement françaises et européennes ; il plonge également dans les mondes américains, africains, asiatiques. On y trouvera de nombreuses citations d’ouvrages anciens et modernes consacrés aux superstitions, ainsi que d’innombrables références à la poésie, à la littérature et au théâtre…”

Lire le livre d’Eloïse MOZZANI (ISBN : 2-221-06830-0)

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Classification Décimale Universelle

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Paul OTLET (1868-1944) -avec Henri La Fontaine- est le père de la classification décimale universelle (CDU, 1905) ; Paul Otlet fut aussi un pionnier par ses travaux en matière de bibliographie. Il créa ainsi l’Office international de bibliographie pour la mise en place d’un répertoire bibliographique universel (RBU), rassemblant tous les ouvrages publiés dans le monde. Le Palais Mondial ou Mundaneum qu’il édifia à Bruxelles n’a pas survécu. Un musée, le Mundaneum actuel, lui est consacré à Mons (Belgique).

Découvrir les oeuvres de Paul Otlet…

Classe 0 – Sciences et connaissance. Organisation. Informatique. Information. Documentation. Bibliothéconomie. Institutions. Publications

00 – Prolégomènes. Fondements de la connaissance et de la culture
01 – Bibliographie(s). Catalogues
02 – Bibliothéconomie
030 – Ouvrages généraux de référence (en tant que sujet)
04 – Informatique
050 – Publications en série, périodiques, revues (en tant que sujet)
06 – Organisations en général
070 – Journaux. Presse
08 – Polygraphies. Œuvres collectives
09 – Manuscrits. Livres rares et précieux

Classe 1 – Philosophie et psychologie

101 – Nature et rôle de la philosophie
11 – Métaphysique
122-129 – Métaphysique spéciale
13 – Philosophie de l’esprit. Métaphysique de la vie spirituelle
14 – Systèmes et approches philosophiques
159.9 – Psychologie
16 – Logique. Épistémologie. Théorie de la connaissance. Méthodologie de la logique
17 – Philosophie morale. Éthique. Philosophie pratique

Classe 2 – Religion. Théologie

2-1/-9 – Indices auxiliaires spéciaux à la classe religion
21 – Religions préhistoriques et primitives
22 – Religions originaires d’Extrême-Orient
23 – Religions originaire du sous-continent indien. Hindouisme au sens large
24 – Bouddhisme
25 – Religions de l’Antiquité. Religions et cultes mineurs
26 – Judaïsme
27 – Christianisme. Église et dénominations chrétiennes
28 – Islam
29 – Mouvements spirituels modernes

Classe 3 – Sciences sociales. Statistique. Économie. Commerce. Droit. Gouvernement. Affaires militaires. Assistance sociale. Assurances. Éducation. Folklore

303 – Méthode des sciences sociales
304 – Questions sociales. Pratique sociale. Pratique culturelle. Mode de vie
305 – Études de genre sexuel (gender studies)
308 – Sociographie. Études descriptives de la société (qualitatives et quantitatives)
311 – Science statistique. Théorie et méthode de la statistique
314-316 – Société
32 – Politique. Science politique
33 – Économie. Science économique
34 – Droit. Jurisprudence. Législation
35 – Administration publique. Gouvernement. Affaires militaires
36 – Assistance sociale. Prévoyance sociale. Protection des besoins vitaux matériels et mentaux
37 – Enseignement. Éducation. Formation. Loisirs
39 – Ethnologie. Ethnographie. Coutumes. Manières. Usages. Traditions. Mode de vie. Folklore

Classe 4 – inoccupée
Cette classe était autrefois consacrée à la linguistique qui a été transférée dans la classe 8 durant les années 1960.
Classe 5 – Mathématiques, Sciences exactes et naturelles

502-504 – Science environnementales. Conservation des ressources naturelles. Menaces environnementales et protection de l’environnement
51 – Mathématiques
52 – Astronomie. Astrophysique. Recherche spatiale. Géodésie
53 – Physique
54 – Chimie. Minéralogie. Cristallographie
55 – Science de la Terre. Géologie
56 – Paléontologie. Fossiles
57 – Biologie. Sciences biologiques en général
58 – Botanique
59 – Zoologie

Classe 6 – Sciences appliquées. Médecine. Technologie

60 – Biotechnologie
61 – Sciences médicales
62 – Ingénierie. Technologie en général
63 – Agriculture, sciences et techniques relatives à l’agriculture. Sylviculture. Exploitation agricole. Exploitation de la faune et de la flore sauvage
64 – Économie domestique. Sciences ménagères
65 – Industries du transport et de la communication. Comptabilité. Gestion d’entreprise. Relations publiques.
66 – Technologie de la chimie. Industries chimiques et apparentées
67 – Industries, commerces et artisanats divers
68 – Industries, artisanats et commerces de produits finis ou assemblés
69 – Industrie de la construction. Matériaux. Méthodes et procédés

Classe 7 – Arts. Divertissements. Sports

7.01/.09 – Divisions spéciales pour la théorie, les techniques, les périodes, les styles, la présentation dans l’art
71 – Aménagement du territoire. Urbanisme. Architecture paysagère. Paysages, parcs, jardins
72 – Architecture
73 – Arts plastiques
74 – Dessin. Dessins artistique. Design. Arts appliqués et métiers d’art
75 – Peinture
76 – Arts graphiques. Gravures
77 – Photographie et procédés connexes
78 – Musique
79 – Divertissement. Distractions. Jeux. Sports

Classe 8 – Langue. Linguistique. Littérature

80 – Questions générales concernant la linguistique et la littérature. Philologie
81 – Linguistique et langues
82 – Littérature

Classe 9 – Géographie. Biographie. Histoire

902-908 – Archéologie. Préhistoire. Vestiges culturels. Études d’une zone
91 – Géographie. Exploration de la Terre et de pays particuliers. Géographie régionale
929 – Biographies et études apparentées
93-94 – Histoire


Plus de dispositifs…

FERRE Jean : Dictionnaire des symboles maçonniques (1997)

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ISBN 2268025446

“La Franc-maçonnerie est un univers de symboles. Depuis son entrée dans le cabinet de réflexion jusqu’à son accès à la chambre du milieu, le parcours de l’initié en est semé. Voilà qui intrigue le profane et plonge parfois le maçon lui-même dans une profonde perplexité. Pour aider le lecteur à se repérer parmi les symboles maçonniques, Jean FERRE s’attache à faire ressortir la diversité des interprétations, sans toutefois privilégier une école aux dépens d’une autre, et prend appui sur les textes fondateurs (anciens devoirs, manuscrits, rituels) pour retrouver les racines du symbole, sa progression historique, sa richesse. Il étudie chaque outil, précise le rôle des officiers et détaille les divers rites en vigueur. Le Dictionnaire des symboles maçonniques (Paris, Editions du Rocher, première édition en 1997, réédité en 2003), remarquable synthèse sur le monde maçonnique, est à la fois un outil de travail pour le franc-maçon soucieux d’approfondir le sens de sa démarche et un instrument de réflexion pour le profane désireux de pénétrer un monde imprégné de secret.” (Editions du Rocher)

L’auteur, Jean Ferré, avertit le lecteur au début de l’ouvrage : “Ce travail est une recherche, un effort de synthèse, qui vise à apporter des éclaircissements aux Maçons curieux, désireux d’apprendre. Cependant, nous avons décidé de ne pas jouer le jeu des polémistes qui sévissent au sein des différentes Obédiences. Nous avons essayé de travailler au-delà de tout dogmatisme afin de ne froisser aucune susceptibilité. Le présent ouvrage a pour but essentiel de faciliter le travail des Maçons que la Maçonnerie intéresse. Ils y trouveront matière à recherche, à approfondissement. Plutôt que de renvoyer sans cesse le lecteur d’un chapitre à l’autre, nous avons préféré, quand cela n’alourdissait pas trop le texte, re-citer les extraits déjà cités dans un autre article. Dans le même esprit, nous avons daté la source du texte, à chaque citation, afin de bien marquer la « progression historique » et ne pas obliger le lecteur à rechercher systématiquement la date de parution ou d’édition. Parfois, le symbolisme général a été quelque peu négligé, au profit des textes de référence : les Anciens Devoirs, les manuscrits, les divulgations, les rituels. Ainsi le lecteur peut-il mieux se rendre compte des évolutions, des transformations de l’Ordre, des apports et des disparitions d’éléments symboliques survenus au cours de I’histoire. Bien évidemment, en rédigeant ce dictionnaire, nous n’avons pas eu l’ambition d’écrire une oeuvre totale et définitive. Cet ouvrage n’est qu’une approche de la Maçonnerie. Il est destiné à “ouvrir des portes”, à indiquer des directions de recherche à des profanes qui veulent comprendre ce qu’est la Franc-Maçonnerie, à des Maçons qui veulent progresser dans l’Art Royal.

Quelques extraits dans wallonica.org [en construction] :


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