AUDIARD : textes

Paul Michel AUDIARD, dit Michel Audiard, est un dialoguiste et réalisateur français (1920-1985), père du dialoguiste et réalisateur français Jacques Audiard. Quelques répliques qui marquent :

Faut pas parler aux cons, ça les instruit.

Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.

C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule.

Un gentleman, c’est celui qui est capable de décrire Sophia Loren sans faire de geste.

Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière.

Le jour où on mettra les cons sur orbite, toi t’auras pas fini de tourner.

On n’emmène pas de saucisses quand on va à Francfort.

Dans la vie, ne pas reconnaître son talent, c’est faciliter la réussite des médiocres !

Dans chaque cambrioleur, il y a un préfet de police qui sommeille !

On est gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis.

Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche.

– Attention ! J’ai le glaive vengeur et le bras séculier ! L’aigle va fondre sur la vieille buse !…
– Un peu chouette comme métaphore, non ?
– C’est pas une métaphore, c’est une périphrase.
– Fais pas chier!…
– Ça, c’est une métaphore.


Citons encore…

BIZET : Au fond du temple saint (Les pêcheurs de perle, 1863)

BIZET, Georges, Les pêcheurs de perle (opéra en trois actes sur un livret d’Eugène CORMON et Michel CARRE, créé le 30 septembre 1863 au Théâtre-Lyrique de Paris, FR)
Acte premier. Duo de Nadir (ténor) et Zurga (baryton) :
Au fond du temple saint
Parée de fleurs et d’or,
Une femme apparaît !
Je crois la voir encore !
Une femme apparaît !
Je crois la voir encore !
La foule prosternée
La regarde, étonnée,
Et murmure tous bas :
Voyez, c’est la déesse !
Qui dans l’ombre se dresse
Et vers nous tend les bras !
Son voile se soulève !
Ô vision ! Ô rêve !
La foule est à genoux !
Oui, c’est elle !
C’est la déesse
Plus charmante et plus belle !
Oui, c’est elle !
C’est la déesse
Qui descend parmi nous !
Son voile se soulève et la foule est à genoux !
Mais à travers la foule
Elle s’ouvre un passage !
Son long voile déjà
Nous cache son visage !
Mon regard, hélas !
La cherche en vain !
Elle fuit !
Elle fuit !
Oui, c’est elle ! C’est la déesse !
En ce jour qui vient nous unir,
Et fidèle à ma promesse,
Comme un frère, je veux te chérir !
C’est elle, c’est la déesse
Qui vient en ce jour nous unir !
Oui, partageons le même sort,
Soyons unis jusqu’à la mort !

FERRE : textes

Léo Ferré en 1959 © Hubert Grooteclaes

La mémoire et la mer

(extrait de l’album Amour, Anarchie, Barclay, 1970 ; texte et musique de Léo FERRE, arrangements de Jean-Michel DEFAYE)

La marée, je l’ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur, de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l’arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j’en laisse
Je suis le fantôme de Jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts de sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l’écume
Cette bave des chevaux ras
Au raz des rocs qui se consument
Ô l’ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d’une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu’un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j’allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d’aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen

Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant
Qu’on dirait l’Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s’immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu’on pressent
Quand on pressent l’entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue,
Sur cette mer jamais étale
D’où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l’arc copain où je m’aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l’anathème
Comme l’ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S’en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C’est fini, la mer, c’est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d’infini…
Quand la mer bergère m’appelle…


“De toutes les chansons écrites par Léo FERRE (1916-1993) – et elles sont fort nombreuses – la chanson  La Mémoire et la mer constitue une véritable pièce d’anthologie. […] Un texte que son auteur a lui-même qualifié « d’éminemment personnel et que personne n’aurait dû comprendre » et qui, pourtant, a connu un étonnant succès. Léo découvre le « fantôme de Jersey » lors d’une escapade sur l’île Du Guesclin, où il résida. Le fantôme  de Jersey est un phénomène naturel, une espèce de ligne brumeuse que l’on aperçoit au lointain quand on se trouve sur l’île Du Guesclin, et qui laisse croire à une émanation fantomatique de l’île anglo-normande qu’est Jersey. Léo Ferré y plante donc le décor d’une simple partie de pêche où est capturé un bar, dont les écailles sont rendues brillantes par la magie de l’éclat lunaire…”

Source : J’ai la mémoire qui chante…



Savoir en écouter plus…

rites maçonniques laïques

Dans son Discours de la méthode maçonnique, Pluviaud explique : “Le rite est l’épine dorsale du système mais, pour une bonne perception du phénomène maçonnique dans son ensemble, et dans le paysage français en particulier, il faut l’examiner dans la réalité de sa pratique, c’est-à-dire à travers les différentes sensibilités selon lesquelles il se manifeste.

Dans un chapitre précédent, j’ai expliqué l’existence de différents rites par la réponse que chacun apporte au comment de la différence humaine. Le faisant, j’ai distingué trois types de réponses, la réponse théiste (Dieu), la réponse déiste (un principe) et la réponse laïque (la raison) : ce sont ces trois réponses qui vont déterminer les trois grandes familles de rites…” :

Les rites laïques

“Les rites laïques invoquent la raison comme référence créatrice de l’humain. La raison perçue comme étant ce qui en l’homme le différencie de l’animal et qui est le produit de l’évolution, le fruit du “hasard et de la nécessité“.

Dans cette approche de la maçonnerie aucune référence à une divinité clairement dénommée ou potentiellement suggérée, aucune volonté extraterrestre mettant en oeuvre le projet humain, mais l’homme seul confronté à sa capacité d’évolution, d’accès à la raison.

Pour les rites laïques, la réflexion philosophique se substitue souvent à la spiritualité, trop connotée religieusement. C’est une réflexion de type intellectuel et moral, produit de l’éducation, qui doit conduire l’homme à une prise de conscience de sa qualité d’homme et des devoirs qui y sont attachés, l’émanciper. La notion de citoyenneté, très largement développée, se substitue à celle d’individu ; c’est elle qui va définir le rôle et la place de l’homme dans la cité et non plus dans l’univers. Les principes que ces rites développent et promeuvent sont très largement inspirés de ceux de la république et de la démocratie.

C’est une conception de la maçonnerie avant tout citoyenne. Elle se veut plus directement impliquée dans les problèmes de la cité à qui il appartient de garantir le progrès, tous les progrès, de l’humanité. Transformons la cité, la société, par l’éducation, émancipons les hommes et nous transformerons le monde.

Dans cette vision de la réalisation du projet [maçonnique], le législateur, régulateur de la société va être appelé à jouer un rôle primordial. Or la gestion de la cité est avant tout politique (au sens le plus noble du terme) ce qui va impliquer des prises de position dans ce domaine avec le risque d’une radicalisation et d’affrontements de type partisan et parfois aussi de compromission.

A cause de cela et pour prévenir les risques inhérents à ce choix, elle se doit d’être une maçonnerie d’exigence et d’ambition, qui requiert de ses membres beaucoup de force de caractère et une grande rigueur morale. Cette indispensable conscience morale, il semble que ce soit un système initiatique contraignant qui soit le plus efficace (et sans doute le seul) pour l’acquérir. De la nécessité donc pour une maçonnerie laïque, peut-être plus que pour les autres, parce que beaucoup plus exposée, de veiller à la rigueur initiatique issue de la méthode. Le projet laïc ne trouve sa justification que dans la rigueur de ceux qui le portent. Sinon, la focalisation sur le projet d’amélioration de l’humanité, par le truchement de la cité, risquera de se perdre et de se dévoyer dans les méandres de l’arène politique et surtout d’estomper le progrès moral et spirituel au profit du progrès social, plus concret et plus mesurable, mais plus complexe à réaliser découplé du progrès spirituel et moral.” (op.cit. pp. 110-112)


Plus encore…

rites maçonniques déistes

BLAKE William, The Ancient of Days (1794)

Dans son Discours de la méthode maçonnique, Pluviaud explique : “Le rite est l’épine dorsale du système mais, pour une bonne perception du phénomène maçonnique dans son ensemble, et dans le paysage français en particulier, il faut l’examiner dans la réalité de sa pratique, c’est-à-dire à travers les différentes sensibilités selon lesquelles il se manifeste.

Dans un chapitre précédent, j’ai expliqué l’existence de différents rites par la réponse que chacun apporte au comment de la différence humaine. Le faisant, j’ai distingué trois types de réponses, la réponse théiste (Dieu), la réponse déiste (un principe) et la réponse laïque (la raison) : ce sont ces trois réponses qui vont déterminer les trois grandes familles de rites…” :

Les rites déistes

“La réponse déiste postule l’existence d’un principe créateur, inconnaissable, non révélé, forcément transcendant, laissant à chacun la possibilité d’interpréter ce principe selon sa sensibilité propre. La croyance en un principe suffisamment vague et lointain permet de focaliser dans une sorte de non-réponse toutes les aspirations mystiques et le questionnement premier sur l’origine.

Oui, disent les rites déistes, il y a, à l’origine, quelque chose d’infiniment plus grand que nous, qui nous dépasse, nous en prenons acte en le glorifiant, mais nous n’en connaissons rien et nous n’avons pas les moyens humains de percer ce mystère, évitons toutes spéculations à ce sujet, cantonnons-les à l’intime de chacun. Là s’arrête notre relation avec le “créateur”, à un principe, dont nous ignorons tout de ses intentions, qu’il n’a jamais manifestées, un principe avec lequel nous n’entretenons aucune relation (prière, demande d’intercession ou liturgie) autre que la reconnaissance officielle de son existence et sa glorification. Néanmoins, afin de satisfaire la demande d’esprit inhérente à notre nature, à travers lui nous recherchons et exaltons l’esprit qui est en nous (c’est le postulat initial), nous plaçons ainsi notre démarche sur une orbite résolument spirituelle.”

La maçonnerie déiste se veut adogmatique et, pour bien le marquer, pose la recherche de la vérité comme l’une de ses finalités (l’autre étant le progrès de l’humanité). Par là, elle se positionne clairement hors toutes références à un dieu révélé ou à une religion, tout en prônant comme fondamentale une recherche spirituelle (la vérité) qui est de l’ordre de la transcendance, du dépassement de soi par l’initiation. Cette initiation n’est pas une fin en elle-même, elle est perçue comme un outil qui rend apte celui qui en dispose à la transmission des valeurs qu’il a acquises par cette même initiation. C’est par la transmission des valeurs, donc à travers la capacité de dépassement de l’homme, que les rites déistes entendent réaliser le progrès de l’humanité.

C’est une conception de la maçonnerie fondée sur l’altruisme dans lequel la prise en compte de l’autre se substitue à l’ego. Le progrès qu’elle envisage est avant tout moral et spirituel ; il est prioritaire parce qu’il entraîne et cautionne tous les autres, il n’a de sens que s’il est le progrès commun. Elle transfère à l’homme seul la responsabilité de son destin et de celui de l’humanité. Mais, dans la mesure où elle implique l’initiation, l’acquisition de l’indispensable outil de la transmission, comme préalable, le risque existe de se focaliser sur la seule initiation, sur le seul outil, en le sacralisant. La conséquence étant un glissement vers le marais d’une religiosité un peu molle, sans véritable objet, ni repères, au détriment du projet qui s’estompe pour devenir plus virtuel, une pétition de principe.” (op.cit. pp. 109-110)


Plus encore…

rites maçonniques théistes

Illustration du Rituel manuscrit aquarellé des trois premiers degrés du Rite Écossais Ancien et Accepté (vers 1830)

Dans son Discours de la méthode maçonnique, Pluviaud explique : “Le rite est l’épine dorsale du système mais, pour une bonne perception du phénomène maçonnique dans son ensemble, et dans le paysage français en particulier, il faut l’examiner dans la réalité de sa pratique, c’est-à-dire à travers les différentes sensibilités selon lesquelles il se manifeste.

Dans un chapitre précédent, j’ai expliqué l’existence de différents rites par la réponse que chacun apporte au comment de la différence humaine. Le faisant, j’ai distingué trois types de réponses, la réponse théiste (Dieu), la réponse déiste (un principe) et la réponse laïque (la raison) : ce sont ces trois réponses qui vont déterminer les trois grandes familles de rites…” :

Les rites théistes

“La réponse théiste au comment est l’existence d’un dieu unique révélé, elle s’inscrit dans l’orbite de l’une ou l’autre des trois religions monothéistes et par là même en admet implicitement tout ou partie des dogmes qui les caractérisent.
Dans les rites théistes, la croyance en dieu signifie clairement celle en un au-delà et en une vie future : le salut individuel, même s’il n’est pas énoncé explicitement, n’en est pas moins une des données induites de leur équation.
A partir de là, le projet de progrès moral et spirituel de l’humanité s’inscrit dans une approche particulière ; il doit être perçu comme un moyen de faire le bien et de participer ainsi à son propre “rachat”. Il est considéré comme un facteur de réalisation individuelle. Une réalisation qui devient à cet instant la finalité de la démarche, perçue comme une voie d’accomplissement personnel qui se rajoute, complète, approfondit et conforte une croyance préalable.
Tous les rites théistes ne se reconnaissent pas forcément dans une religion particulière, revendiquée, mais la plupart mettent leurs pas dans ceux du christianisme et la démarche spirituelle qui en découle s’inscrit par nature dans cette mouvance.
C’est une conception de la maçonnerie considérée comme un complément et un enrichissement de la foi, elle se maintient dans la sphère de la religiosité et les principes qui sont mis en avant sont ceux de l’enseignement chrétien, particulièrement dans la relation à l’autre, assimilable en beaucoup de points à de la bienfaisance et de la philanthropie. L’acceptation des dogmes, même s’ils ne sont pas ouvertement mise en avant, peut retirer à la réflexion sa liberté et orienter le sens et la nature de la recherche spirituelle en l’enfermant dans les limites d’une croyance.” (op.cit. pp. 107-108)


Plus encore…

VARGAS : textes

TYTGAT Edgard (1879-1957)

Je me demande qui déraille […]. Eux, ou moi ? J’aime les femmes avec leur visage et leur permission. Eux s’empiffrent de morceaux anonymes qu’ils se payent pour dix balles. Je leur en veux. Je les emmerde.

VARGAS F., Sans feu ni lieu (Paris, Viviane Hamy, 1997)


A lire également : VARGAS : « J’ai croisé l’araignée et elle est restée dans ma tête »


En citer plus ?

LEFEBVRE : Marie-Madeleine dans la grotte (1876)

“Jules Joseph LEFEBVRE (1836-1911) est un peintre académique français, portraitiste et peintre de genre, professeur à l’École des beaux-arts et à l’Académie Julian. Professeur réputé et sympathique, il a de nombreux élèves, dont le peintre paysagiste d’origine écossaise William Hart, des peintres américains tels que Childe Hassam, Frank Benson, Edmund Charles Tarbell et John Noble Barlow, ainsi que le peintre français Georges Rochegrosse, le sculpteur français Paul Landowski, le portraitiste Gustave Brisgand et le peintre belge Fernand Khnopff. Il est connu principalement pour ses nus féminins, genre dans lequel il rivalise avec William Bouguereau.  Son œuvre la plus célèbre est sans doute La Vérité, aujourd’hui au Musée d’Orsay. Il reçoit de nombreuses décorations, dont une médaille de première classe à l’Exposition de Paris de 1878 et la médaille d’honneur en 1886. Il est également Commandeur de la Légion d’Honneur.”

Source : ARTMAGIQUE.BLOGPSOT.COM qui propose d’autres reproductions.

LEFEBVRE J., Marie-Madeleine dans la grotte (1876)

Jules Joseph LEFEBVRE (1834-1912), Marie-Madeleine dans la grotte (huile sur toile, 1876) | Musée de l’Hermitage (RU)

LEFEBVRE J., Chloé (1875)

Jules Joseph LEFEBVRE (1834-1912), Chloé (huile sur toile, 1875) | Young & Jackson Hotel de Melbourne (AU)

LEFEBVRE J., Jeune homme peignant un masque grec (1865)

Jules Joseph LEFEBVRE (1834-1912), Jeune homme peignant un masque grec (huile sur toile, 1865) | Musée des Beaux-Arts de Valenciennes (FR)

Un site en anglais est dédié à son oeuvre : JULES-JOSEPH-LEFEBVRE.ORG


Contempler encore…

Joséphine de BEAUHARNAIS et les loges d’adoption françaises

Marie Josèphe Rose TASCHER de La PAGERIE, dite Joséphine de Beauharnais, est née le  en Martinique et morte le  à Rueil-Malmaison (FR) ; elle est la première épouse de l’Napoléon Ier (de 1796 à 1809). À ce titre, elle était impératrice des Français de 1804 à 1809 et reine d’Italie de 1805 à 1809.

Elle sera initiée en franc-maçonnerie à Strasbourg (FR) et deviendra Grande Maîtresse. L’année de son initiation n’est pas sûre, mais toujours est-il que, en 1804, une fois devenue impératrice, elle va jouer un rôle important dans la reprise de la franc-maçonnerie d’adoption au XIXe siècle. On parlait alors de “franc-maçonnerie d’adoption” lorsqu’on évoquait les loges féminines, autorisées sous la tutelle de loges masculines ; elles étaient principalement constituées de filles, d’épouses et d’amies proches de francs-maçons. On notera que, vers 1780, Cagliostro fondera le Rite Egyptien avec des loges “androgynes”, sous les auspices de la déesse Isis.

En fait, les Constitutions d’Anderson [texte fondateur de la franc-maçonnerie spéculative] ne font aucune place aux femmes. En 1726, quand la franc-maçonnerie arrive en France, la mixité est de mise depuis près d’un siècle dans les salons conduits par des Dames de renom telle Madame de Rambouillet ou Mademoiselle de Scudéry. Aussi un certain nombre de femmes sont-elles associées à un mouvement qui leur permet de mettre en œuvre leurs aspirations à l’égalité aux côtés d’hommes qui partagent avec elles l’espoir d’un monde plus juste. On va donner le nom de loges d’adoption aux premières loges où des femmes sont reçues “Franches-maçonnes”. Ces loges sont créées au côté des loges masculines. Elles sont fréquentées la plupart du temps par des femmes de la haute société : c’est une minorité, instruite et cultivée. Le Grand Orient de France, constitué en obédience, reconnaît les loges d’adoption le 10 juin 1774. Il les place sous son gouvernement, en codifiant leur existence et, en leur donnant un statut, il impose notamment que les loges portent le même nom que la loge masculine aux côtés de laquelle elles fonctionnent. La Révolution puis l’Empire (avec le Code Napoléon) et le XVIIIe siècle, peu favorable aux femmes, viennent cependant perturber ces aspirations. Au début du XXe siècle, en France, parallèlement au développement de la franc-maçonnerie mixte notamment dans le cadre du Droit humain, la Grande Loge de France réactive ses loges d’adoption et, en 1906, leur donne une constitution propre. Le texte prévoit que : “toute loge d’adoption doit être souchée sur l’atelier dont elle porte le titre précédé des mots Loge d’adoption. Dans toute tenue, toutes les officières de la Loge d’adoption sont obligatoirement assistées des Officiers de l’atelier sur lequel elles sont souchées”.
Il faudra attendre la Libération pour que les femmes prennent véritablement leur destin en main en créant l’Union Féminine Maçonnique de France qui deviendra la Grande loge Féminine de France.

Sources : AIME Magali, Femme et franc-maçonne (Paris, Dervy, 2010)BnF, Département des estampes et de la photographie


Plus de franc-maçonnerie ?

NEUVILLE : Le monsieur du métro (1957)

La chanson Le monsieur du métro a été interprétée par Josée Françoise Deneuville alias MARIE-JOSEE NEUVILLE (née en 1938, FR) et apparaît sur l’album Le monsieur du métro (1957). Elle a été interdite de passage à la radio belge… à l’époque. Marie-Josée Neuville avait remporté un concours réservé aux auteurs-compositeurs de chansons qui lui avait permis de passer en supplément de programme à l’Olympia en mars 1956. Elle y chanta quatre chansons dont Le Monsieur du métro : cette chanson, ayant choqué à la fois le public et son directeur artistique, fait que le lendemain la photo de Marie-Josée Neuville a figuré dans tous les journaux et la fit devenir célèbre du jour au lendemain. Elle fait alors la couverture du Paris Match n°363 (samedi 24 mars 1956). On l’entendit alors beaucoup sur les ondes, son succès envahissant les collèges et les lycées.



Le monsieur du métro

Parmi la foule automatique
Dans le métro il me tenait
D’affreux propos pornographiques
Auxquels rien je ne comprenais
En expertise digitale
Une main chercheuse et discrète
Sur ma colonne vertébrale
Tapotait une musiquette

Je savais qu’en cette occurrence
Le mieux était de ne rien dire
Ma mère ayant eu la prudence
En son temps de m’en avertir

Un souffle puissant d’asthmatique
Et malodorant par surcroît
M’obligeait à une gymnastique
Pour m’éloigner du maladroit
À me voir frétiller de la sorte
Une dame en courroux s’écria
“Pour la bagatelle de la porte
Elles sont championnes à cet âge-là”

Je savais qu’en cette occurrence
Le mieux était de ne rien dire
Ma mère ayant eu la prudence
En son temps de m’en avertir

En me retournant sans douceur
Pour insulter le téméraire
Je m’aperçus avec stupeur
Qu’il était presque octogénaire
C’était un barbu abondant
Et le visage débonnaire
Qu’on voit sur les billets d’ cinq cents
Lui ressemblait comme un vieux frère

Je compris qu’en cette occurrence
Le mieux était de ne rien dire
Ma mère ayant eu la prudence
En son temps de m’en avertir

Mais au diable les convenances
Que m’enseignait ma maman
Peut-être qu’en cette circonstance
Elle aurait fait tout autant
J’apostrophai le vieux butor
Avant de franchir la portière
“Souvenez-vous d’Hugo Victor
Relisez L’art d’être grand-père”

(Deneuville, 1956)


LA TOUR : La diseuse de bonne aventure (1630)

LA TOUR : La diseuse de bonne aventure (1630)

Georges de LA TOUR (vers 1593-1652) : La Diseuse de bonne aventure | Metropolitan Museum of Art (New York, US)

LA TOUR : La diseuse de bonne aventure (détail)

Contempler plus encore…

GAUGUIN : Madame la Mort (1890-91)

GAUGUIN Paul (1848-1903) : Madame La Mort (également L’Ange du bizarre, 1890-91) | Musée d’Orsay (conservé au Louvre, Paris, FR)

Plus de contemplation ?

Opéra : caser la voix

Lea Desandre dans le rôle titre d’«Alcione», de Marin Marais, à l’Opéra-Comique (Paris, FR) Photo Vincent Pontet

S’engager dans une carrière lyrique quand on a 20 ans peut surprendre. A l’approche de la fin de saison dans les conservatoires, huit apprentis chanteurs ou solistes confirmés évoquent leurs motivations et leurs parcours, loin des fantasmes.
«Papa, maman, plus tard je veux être chanteur. D’opéra.» Quel parent ne frémit pas dans l’angoisse d’entendre cette phrase, synonyme de plan de carrière bouché, de fortune aléatoire et de vocalises hurlées à travers le logis familial… L’opéra ? Et puis quoi encore ! On rapporte évidemment de belles histoires : celle de la Russe Anna Netrebko, diva du moment qui fait la pluie et le beau temps dans la programmation des grandes maisons et qui fut jadis femme de ménage au Mariinsky. Bon, elle est quand même passée par le conservatoire. Car avant de briller sur les scènes de Toulon ou de Sydney, la quasi-totalité des sopranos, ténors et autre barytons-basses ont hanté écoles de chant, conservatoires, académies…”

Lire la suite de l’article de Guillaume TION sur LIBERATION.FR (15 juin 2017)

Plus de presse…

Le stupéfiant cheminement de la haine antisémite en cent dessins

Avec “Dessins assassins ou la corrosion antisémite en Europe”, le Mémorial de Caen expose, jusqu’au 15 décembre 2017, une centaine de pièces issues de la plus grande collection de propagande nazie du monde.
Lorsqu’il était jeune, Stéphane Grimaldi voulait être historien. Si la vie l’a finalement conduit au droit, il n’a pas oublié comment dérouler une histoire. Passer par les petites pour retracer la grande, tel est selon lui un moyen habile de gagner notre attention. On écouterait ainsi pendant des heures le directeur du Mémorial de Caen, installé dans le fauteuil de son bureau, n’interrompant le flot de ses paroles que pour offrir un café ou décrocher son téléphone. Pour raconter ce qui a présidé à l’expositionDessins assassins, il revient sur sa rencontre avec celui qui en constitue la cheville ouvrière : Arthur Langerman. Aujourd’hui âgé de 74 ans, ce fils de juifs belges déportés à Auschwitz a échappé à la déportation, et détiendrait, selon Grimaldi, la « plus grande collection de propagande nazie au monde » (deux autres sont recensées aux Etats-Unis) : une centaine de pièces ont été choisies pour constituer l’exposition qui se prolongera à Caen jusqu’à la fin de l’année…”

Lire la suite de l’article de Sophie RAHAL sur TELERAMA.FR (11 juin 2017)

Plus de presse…

Terme grec : parrhèsia

Plus…

CHAISSAC, Gaston (1910-1964)

“Loin des cercles parisiens, c’est au travers l’écriture que Chaissac a pu se faire connaître : il comprend très vite et on  lui fait comprendre que ses lettres circulent et se lisent . Pour le stimuler et l’encourager à continuer, ses destinataires lui répondent : 170 correspondants  ont été répertoriés, mais le nombre de personnes qui a reçu des lettres est bien plus considérable).
Pourtant Chaissac n’a pas  écrit de façon aléatoire comme on  l’a cru  longtemps : Plus de 90 de ses correspondants  ont un rapport avec le milieu artistique ou littéraire: parmi eux, plus de 30 sont peintres et  une quinzaine sont responsables de galerie, environ 30 dirigent des revues  ou sont éditeurs et une quinzaine sont journalistes ou critiques. Les deux dimensions développées par Chaissac se retrouvent dans la proportion de ses interlocuteurs.
Dans les années 40, absent de Paris et  du milieu artistique et littéraire, comme beaucoup, partis en province ou à l’étranger, Chaissac maintient un lien avec ses pairs grâce à l’écriture à laquelle il accorde quatre à cinq heures par jour. Ce fil d’Ariane épistolaire lui  permet d’échapper à l’isolement en  rendant acceptable la mission qu’il s’est imposée.
L’extension naturelle de l’écriture est la lecture par laquelle Chaissac va assimiler les courants artistiques et littéraires naissants, et surtout les rapports de force, les amitiés  entre  artistes et écrivains qui vont l’aider à décrypter les réseaux de relations, au travers les petites revues spécialisées et les publications.
La légitimation de Chaissac est arrivée par la peinture pourtant, ce sont les hommes de lettres qui ont le plus rapidement repéré et reconnu Chaissac. Dès 1942, à Saint-Rémy de Provence chez Albert Gleizes, Chaissac rencontre la romancière Marie Mauron et son mari Charles, Lanza del Vasto qui a écrit sur ses expériences spirituelles,  Aimé Maeght, galeriste mais aussi éditeur, André Bloc, sculpteur et responsable d’une revue d’art et d’architecture. Chaissac développe son activité épistolaire quand il rejoint Camille en Vendée, et c’est tout naturellement qu’il s’adresse  à des poètes, des éditeurs et des écrivains, dont les réflexions croisent celles des artistes et qui lui font parvenir leurs ouvrages.
Chaissac correspond alors avec ces écrivains, chercheurs, théoriciens qui participent aussi à des revues :  Cattiaux qui écrit son manifeste en 1948, le message retrouvé, des hommes qui ont un autre métier mais qui écrivent et publient leur travail: André Dez, professeur à Lyon, François Merlet fauconnier, Jules Mougin facteur, Maurice Pernette bouquiniste, Lebesgue agriculteur. Koenig responsable de Panthomas, L’Anselme pour Faubourg, Pol Bury pour le Daily-Bul, Camille Claus, responsable du Carré de l’hypothénuse à Lyon, Ferens aux éditions du Groupe de Libre Création, Seghers à la fois éditeur et poète et  Paulhan qui participe à de nombreuses revues…”

Découvrir plus avant Gaston CHAISSAC, peintre et épistolier…

Plus de littérature…

GIONO : Le chant du monde (1934)

[ISBN : 2070368726]
GIONO Jean, Le chant du monde (Paris, Gallimard, 1934)

“Apparemment la première version du Chant du monde, Jean Giono se l’est fait voler. Fin 1931, durant une absence, sa mère, qui commençait à être aveugle, a fait entrer dans son bureau plusieurs personnes qui voulaient le voir ; à son retour, son manuscrit, gros de trois cents à trois cent cinquante pages d’écriture environ, avait disparu. Pour n’importe qui cela aurait constitué bien sûr un drame ; mais pour Giono, chez qui l’écriture est une sorte de respiration naturelle, ce vol n’a pas eu beaucoup de gravité. Après avoir fouillé toute sa maison, il est passé sans amertume à autre chose. En janvier 1932, voici qu’il travaille au Lait de l’oiseau, c’est-à-dire à Jean le Bleu. Et le 20 juin déjà, il annonce à son vieil ami Lucien Jacques qu’il « refait » le Chant du monde : « Je l’étends en plus large et en plus haut que la conception première, et si je le réussis, les petits copains se casseront le nez cette fois sur quelque chose de grand. »
Or, cette deuxième version, elle-aussi, se perd, on ne sait diable pas comment. Le 3 janvier 1933, Giono décide de ne pas récrire les pages perdues et commence un roman tout à fait différent sous le même titre — le « chant du monde » lui rappelle sa lecture enthousiaste des Feuilles d’herbes de Walt Whitman. Dès lors, des neuf dix heures par jour, il s’attelle à sa tâche, « lancé là-dedans comme un taureau »…

Lire la suite de l’article d’Amaury NAUROY sur GALLIMARD.FR

Savoir-lire encore…

DIMEY : Mémère (chanté par Michel SIMON)

Mémère, tu t’en souviens, de notre belle époque,
C’était la première fois qu’on aimait pour de bon.
A présent, faut bien l’dire, on a l’air de vieux schnocks,
Mais c’qui fait passer tout, c’est qu’on a la façon.
Tu t’rappell’s ta guêpière, à présent quand j’y pense
J’en rigol’ tout douc’ment mais c’est plus fort que moi,
Comment qu’tu f’rais maint’nant pour y loger ta panse ?
On a pris d’la bouteille tous les deux à la fois.
Mémère, tu t’en souviens comm’ t’as fait des histoires
Pour me laisser cueillir la marguerite aux champs,
Et pourtant c’était pas vraiment la mer à boire,
Ça t’a fait des ennuis mais c’était pas méchant…
Tu t’rappell’s comm’ j’étais, je n’savais pas quoi dire ;
Y a des coups, pour un peu, j’t’aurais bien dit des vers.
T’as bien changé, mémère. Quand je vois ta tir’lire,
Comment qu’ça m’donne envie d’fair’ la route à l’envers !
Mémère, tu t’en souviens des p’tits diabolos menthe,
Des bouteill’s de mousseux du quatorze juillet !
Un éclair au café, j’veux bien mais faut qu’tu chantes !
Chérie, t’as renversé ton verre, faut l’essuyer.
Mon Dieu, c’est pourtant vrai que je t’app’lais chérie
Il n’faut pas m’en vouloir, mais je n’m’en souv’nais plus.
On parle des souv’nirs, mais c’est fou c’qu’on oublie.
J’te d’mande pardon, chérie, et qu’on n’en parle plus.
Mémère, si j’te dis ça, c’est pour te dir’ que j’t’aime,
Te l’dire comm’ ça, tout cru, c’était trop dur pour moi,
Mais au fond, j’suis content, j’vois qu’t’as compris quand même,
Et j’peux te l’dire, mémère, j’ai jamais aimé qu’toi.

VARGAS : « J’ai croisé l’araignée et elle est restée dans ma tête »

Fred Vargas, le 3 mai, à Paris. Photo Astrid Di Crollalanza. Flammarion

“En cet après-midi d’avril ensoleillé où tout invite à se découvrir, Fred Vargas arrive au rendez-vous en pull à col roulé et une grosse veste : «J’ai une crève XXL.» Elle s’installe dans le café du XIVe arrondissement parisien où elle habite, commande un petit noir. L’abonnée aux best-sellers a la fébrilité des timides poussés dans la lumière, et l’appréhension des discrets pris dans les rets de la curiosité tous azimuts 2.0. Vargas, l’as du mystère, s’effraie même quand on tente une première incursion, sur elle, sur sa place dans le paysage littéraire, sur son évolution – «Je ne suis pas un phénomène de société.» Trente ans d’active, et toujours petit chat sauvage. A la faveur d’une cigarette, nous voilà dehors. Et bientôt assises en rang d’oignons sur un trottoir face au soleil à refaire le film de la gestation de Quand sort la recluse, son nouveau «rompol» (roman policier). Fred Vargas a un monde entier dans la tête, qu’elle fait, refait, défait sans relâche, avec la gouaille d’un titi et une passion pour le détail technique qui rappelle qu’elle est au départ scientifique, archéozoologue de formation. A l’écouter, on suit le processus de création et d’écriture comme s’il se déroulait en direct, sous nos yeux parfois éberlués. Fragile et forte à la fois, la créatrice du saturnien commissaire Adamsberg est une frémissante qui limite ses apparitions et brouille les pistes trop intrusives. A l’image de sa recluse…”

Lire la suite de l’article d’Alexandra SCHWARZBROD et Sabrina CHAMPENOIS sur LIBERATION.FR (5 mai 2017)


Littéraire un jour, littéraire toujours…

REAGE : Histoire d’O (JEAN-JACQUES PAUVERT, 1954)

REAGE, Pauline Histoire d’O (JEAN-JACQUES PAUVERT, 1954)
[EAN/ISBN: 9782253147664]

Pauline Réage est le pseudonyme de Anne Cécile Desclos, également dite Dominique Aury.

O EST MORTE. DOMINIQUE AURY, LE VÉRITABLE AUTEUR D’«HISTOIRE D’O», AVAIT 90 ANS. C’est seulement en 1994 que Dominique Aury, qui est morte à 90 ans dans la nuit du 26 au 27 avril dernier, avait formellement reconnu être Pauline Réage, l’auteur d’Histoire d’O, l’un des plus célèbres romans érotiques de l’après-guerre. C’était dans un long entretien donné à un journaliste du New Yorker, quarante ans tout juste après avoir publié chez Jean-Jacques Pauvert ce petit livre scandaleux, pré-facé par Jean Paulhan…

Lire la suite de l’article d’Antoine de GAUDEMAR sur LIBERATION.FR (2 mai 1998)

Lire le roman d’amour de Pauline, alias Dominique, alias Anne Cécile…


D’autres incontournables du savoir-lire :

DE KERANGAL : Réparer les vivants (GALLIMARD, Verticales, 2014)

DE KERANGAL, Maylis Réparer les vivants (GALLIMARD, Verticales, 2014)
[ISBN : 9782070144136]

Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps.

Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de geste, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour.

Lire le roman de Maylis de Kerangal

D’autres incontournables du savoir-lire :

MONTAIGNE : Les Essais en français moderne (GALLIMARD, Quarto, 2009)

MONTAIGNE, Les Essais en français moderne (GALLIMARD, Quarto, 2009)

C’est vers 1572 que Michel Eyquem de MONTAIGNE (1533-1592) entreprend de dicter les Essais, qui l’occupent jusqu’à sa mort. Deux ans plus tôt, il a vendu sa charge de conseiller au Parlement de Bordeaux et s’est retiré en son château du Périgord. Non qu’il se consacre exclusivement aux Essais : eWeWtout en administrant son domaine, Montaigne joue son rôle de gentilhomme catholique dans divers épisodes militaires ou politiques des guerres de religion. Il voyage, est élu puis réélu maire de Bordeaux, sert enfin d’intermédiaire entre le roi Henri III et le chef protestant Henri de Navarre (futur Henri IV). Les Essais se nourrissent autant de cette expérience que des lectures de l’humaniste dans la “retraite” de sa “librairie”. Montaigne publie les livres I et II à Bordeaux en 1580, puis les augmente et leur adjoint le livre III dans l’édition parisienne de 1588. Il continue ensuite d’enrichir son texte en vue d’une nouvelle édition. De ce travail subsistent deux témoins parfois divergents : un exemplaire des Essais couvert d’additions de la main de Montaigne (dit exemplaire de Bordeaux) et l’édition posthume de 1595.

Ce ne sont pas mes actes que je décris, c’est moi, c’est mon essence. J’estime qu’il faut être prudent pour juger de soi et tout aussi scrupuleux pour en porter un témoignage soit bas, soit haut, indifféremment. S’il me semblait que je suis bon et sage, ou près de cela, je l’entonnerais à tue-tête. Dire moins de soi que la vérité, c’est de la sottise, non de la modestie. Se payer moins qu’on ne vaut, c’est de la faiblesse et de la pusillanimité, selon Aristote. Aucune vertu ne se fait valoir par le faux, et la vérité n’est jamais matière d’erreur. Dire de soi plus que la vérité, ce n’est pas toujours de la présomption, c’est encore souvent de la sottise. Être satisfait de ce que l’on est et s’y complaire outre mesure, tomber de là dans un amour de soi immodéré est, à mon avis, la substance de ce vice [de la présomption]. Le suprême remède pour le guérir, c’est de faire tout le contraire de ce que prescrivent ceux qui, en défendant de parler de soi, défendent par conséquent d’appliquer sa pensée à soi. L’orgueil réside dans la pensée. La langue ne peut y avoir qu’une bien lègère part. (Essais, Livre II, 6).


Sur la philosophie de Montaigne (DIMA, Ana-Maria, 2013)

“Montaigne s’appuie sur sa culture humaniste (philosophes de l’antiquité) pour construire sa propre philosophie. Que sais-je ? est une reformulation de la devise Socratique : Je sais que je ne sais rien. Cette docte ignorance est le point de départ d’une attitude philosophique non dogmatique De ce fait, comme Socrate, Montaigne se tourne vers la maïeutique pour accompagner celui qui entame une quête d’identité et faire émerger en lui la liberté.

Elle se prolonge dans un scepticisme, suivant cette fois la voie de Pyrrhon et de ses successeurs : puisque nous sommes parfois trompés par nos sens et nos jugements, nous ne devons pas nous y fier. D’autre part, la confusion possible entre la folie, le rêve et la réalité ne nous permettent pas de garantir la valeur de nos perceptions. Il convient donc de suspendre notre jugement quant aux info transmises par les sens : nous devons demeurer sans opinion (affirmer ou nier) => douter de l’identité entre la représentation du monde que nous nous formons à partir de nos sens et la réalité. Il est, par exemple, impossible d’affirmer si la réalité d’une pomme correspond à la vision que nous en avons, à son goût, à son toucher ; les perceptions varient dans le temps et suivant les personnes… Nous ne devons pas accorder plus de confiance à notre raison dans la mesure où nos pensées nous apparaissent parfois indépendamment de notre volonté. Il faut donc cesser de croire à la certitude de nos raisonnements scientifiques.

Que ne plaît-il un jour à la nature de nous ouvrir son sein et de nous faire voir au propre les moyens et la conduite de ses mouvements, et y préparer nos yeux ! O Dieu ! Quels abus, quels mécomptes nous trouverions en notre pauvre science…

Nous n’avons donc pas de raison de nous sentir supérieurs aux animaux.

Montaigne s’appuie sur la philosophie platonicienne pour relativiser l’importance de la mort : philosopher c’est apprendre à mourir. Mais, c’est la morale Epicurienne qu’il choisit de suivre : limiter ses désirs permet de les satisfaire plus facilement. La fin du trouble causé par le désir est la définition même du plaisir, qui ouvre la voie au bonheur, selon Epicure.

Suivant Platon et Aristote, il pense que l’avenir de l’Etat dépend de la discipline de l’enfance. Mais, il critique le modèle politique prôné dans la République dans le 30e chapitre des Essais. A la suite de Machiavel et avant Montesquieu, il conseille d’observer avant d’agir en politique. De ne changer aisément une loi reçue constitue l’un des chapitres les plus incisifs des Essais. => les lois, les morales et les religions des différentes cultures ont toutes quelque fondement.

A condition de ne pas chercher à acquérir le pouvoir, ce pragmatisme est source de tolérance

  • religieuse : l’Etat ne doit pas imposer un modèle religieux ;
  • culturelle : la culture Européenne ne vaut pas mieux que celle des Indiens.

Enfin, Montaigne prône un enseignement fondé sur des exemples concrets et sur l’expérience, plutôt que les connaissances abstraites acceptées sans aucune critique. Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine afin de former le jugement.”


Sur l’écriture de Montaigne (DIMA, Ana-Maria, 2013)

“À l’imitation du Grec Plutarque (46-120), Montaigne conçoit ses Essais comme une marqueterie mal jointe, et revendique leur désordre comme gage de sa liberté et de sa bonne foy. Ce désordre vient aussi de la façon même dont les Essais sont écrits : Montaigne pense à haute voix, un scribe (il y en eut trois successifs) prend sa dictée. Préférant à l’organisation didactique et à la rhétorique des pédants une allure poétique, à sauts et à gambades, il mise sur la bigarrure et la diversité. Les cent sept Essais frappent donc par leur variété et par les contrastes qui les animent. Si les plus courts (notamment au livre I) ne sont guère que des notes de lecture, juxtaposant en une ou deux pages quelques anecdotes brièvement commentées, d’autres forment de véritables essais philosophiques, d’inspiration stoïcienne (Que philosopher c’est apprendre à mourir, I, 20) ou sceptique (Apologie de Raimond Sebond, II, 12), de plus en plus nourris de confidences personnelles (De la vanité, III, 9 ; De l’expérience, III, 13).

À la variété des formes répond celle des sujets : Montaigne, affectant de parler indifféremment de tout ce qui se présente à sa fantaisie, passe sans transition des cannibales (I, 31) aux ordonnances divines (I, 32), des senteurs (I, 60) aux prières (I, 61). Quelques titres trompeurs masquent les chapitres les plus audacieux : Coutume de l’île de Céa (II, 3) discute de la légitimité du suicide ; De la ressemblance des enfants aux pères (II, 37) attaque les médecins ; Sur des vers de Virgile (III, 5) recèle les confessions de Montaigne sur son expérience de l’amour et de la sexualité ; Des coches (III, 6) dénonce la barbarie des conquistadors… Non moins diverses sont les sources innombrables que Montaigne fait dialoguer, confrontant les autorités traditionnelles de l’humanisme à son expérience individuelle : si Plutarque et Sénèque restent ses auteurs de prédilection, historiens et poètes ne sont guère moins sollicités : des centaines de citations en prose ou en vers, en français et en latin, souvent plaisamment détournées, composent un texte à plusieurs voix. Loin de constituer un ornement gratuit ou une autorité paralysante, cet intertexte omniprésent illustre ou sollicite toujours une réflexion personnelle : Je ne dis les autres, explique Montaigne, sinon pour d’autant plus me dire.

Connais-toi toi-même : l’unité des Essais réside dans la démarche originale qui fait de l’enquête philosophique le miroir de l’auteur : C’est moi que je peins. Quel que soit le sujet traité, le but poursuivi est la connaissance de soi, l’évaluation de son propre jugement, l’approfondissement de ses inclinations : Dernierement que je me retiray chez moy, délibéré autant que je pourroy, ne me mesler d’autre chose que de passer en repos, et à part, ce peu qui me reste de vie : il me sembloit ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit, que de le laisser en pleine oisiveté, s’entretenir soy mesmes, et s’arrester et rasseoir en soy (I, 8). Au-delà de ce projet sans précédent, qui nous dévoile les goûts et les opinions d’un gentilhomme périgourdin du XVIe siècle, comme ses habitudes et ses manies les plus secrètes, le génie de Montaigne est d’éclairer la dimension universelle d’un tel autoportrait : dans la mesure où chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition, la mise en œuvre du précepte socratique Connais-toi toi-même débouche sur une exploration vertigineuse des énigmes de notre condition, dans sa misère, sa vanité, son inconstance, sa dignité aussi.

Humaniste par son goût des lettres antiques, Montaigne l’est plus encore au sens philosophique, par sa haute idée de la personne humaine et du respect qui lui est dû. Sa pédagogie non violente, misant sur le dialogue et la curiosité, ses dénonciations courageuses du colonialisme naissant ou de la chasse aux sorcières opposent à toutes les formes de bêtise, d’asservissement, de fanatisme ou de cruauté une ouverture à l’autre et un esprit de tolérance qui font parfois de cet « honnête homme » notre contemporain. Ce relativisme justifie la relation exempte de dogmatisme que Montaigne inaugure avec son lecteur : remettant lui-même en question ses propres dires, soulignant la contingence de ses humeurs et opinions, sujettes au branle et à l’universelle vicissitude (Je ne peins pas l’être, je peins le passage), Montaigne nous laisse une œuvre ouverte, dont l’inachèvement semble une invitation à poursuivre l’enquête et le dialogue.”


D’autres incontournables du savoir-lire :

Pour une politique économique sérieuse et à la hauteur des enjeux, votons Mélenchon

Plus d’une centaine d’économistes de dix-sept pays à travers le monde appellent les citoyens à se prononcer, dimanche, pour le candidat de La France insoumise.

Alors que la France n’est toujours pas sortie de la stagnation économique qui fait suite à la crise de 2007-2008, Emmanuel Macron et François Fillon veulent poursuivre et intensifier les politiques de coupes dans les dépenses publiques, de démantèlement de l’Etat social et du droit du travail, menées sans relâche par les gouvernements précédents. Ces politiques ne servent que les plus riches. Elles ne conduisent qu’à plonger le pays dans le cercle vicieux du chômage et de la précarité, terreau de la montée du FN dont le faux vernis social peine à cacher la nature profondément raciste et xénophobe et l’incohérence des propositions économiques.

A l’inverse, les solutions proposées par Jean-Luc Mélenchon sont, à nos yeux, les seules capables de répondre aux cinq urgences majeures de notre temps. Elles forment un cadre cohérent et rigoureusement chiffré qui tient compte des équilibres budgétaires, non pas en se lançant dans une course à l’austérité, mais en proposant un programme économique précis et ambitieux reposant sur une plus grande justice fiscale, une politique d’investissement et une émancipation vis-à-vis des marchés financiers…

Lire la suite de l’article rédigé par un collectif d’universitaires et paru dans LIBERATION.FR (18 avril 2017)

Pourquoi les Wallons adorent et suivent de près la présidentielle française

“Tout un pays” sera bientôt suspendu aux résultats d’une élection particulièrement décisive. La France ? Non, la Belgique, où la lutte entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon ou encore Jean-Luc Mélenchon attise les passions.

L’issue de la présidentielle, qui aura lieu les 23 avril et 7 mai, est attendue par les Belges, en particulier côté francophone, “comme si leur propre sort en dépendait”, assure Henri Goldman, le rédacteur en chef de la revue “Politique”.

C’est que l’attrait pour la chose politique française, pour des Belges qui se perdent souvent dans les méandres de leur propre système fédéral, vire parfois à “l’obsession”, observe M. Goldman, dont le magazine a publié en mars un numéro spécial sur la France sous le titre “Cette république que nous avons tant aimée”.

En Belgique, le Premier ministre émerge de délicates négociations entre une demi-douzaine de partis, qui peuvent durer des mois, après l’élection du Parlement au scrutin proportionnel. Au contraire de l’élection présidentielle française au suffrage universel direct.

En 2017, les multiples péripéties de la campagne renforcent encore la passion des Belges pour la politique française qui remonte à des décennies…

Lire la suite de la dépêche de l’AFP sur la LALIBRE.BE du 14 avril 2017

Origine du poisson d’avril : 1er avril et facéties

Le Poisson d’avril, tout le monde le sait, n’est autre chose qu’une attrape, un piège innocent (et bienséant, cela va sans dire) que l’on tend à quelque personne amie, parente ou familière, le premier jour du mois d’avril. Donner un poisson d’avril à quelqu’un, c’est lui faire faire une démarche inutile, lui annoncer une nouvelle qu’on invente, l’envoyer au-devant de quelqu’un qui ne vient pas, en un mot, se divertir un peu à ses dépens, et éprouver sa patience.

Une première origine est donnée par des ouvrages tels que l’Origine des proverbes, le Dictionnaire de Trévoux au mot Avril, ou encore le Spectateur anglais : l’expression ‘poisson d’avril’ serait, selon ces sources, liée à la corruption de la passion de Jésus-Christ qui arriva le 3 avril : Jésus étant renvoyé d’un tribunal à l’autre, et contraint de faire diverses courses par manière d’insulte et de dérision, on aurait pris de là la froide coutume de faire courir et de renvoyer, d’un endroit à l’autre, ceux dont on voulait se moquer. En effet, dans les premiers temps du christianisme, le clergé, afin de graver plus puissamment dans l’esprit des populations le sentiment et le souvenir des mystères de la religion catholique, eut recours à des représentations scéniques. Lors des grandes fêtes de l’année, le peuple venait écouter pieusement ces pièces religieuses, qui n’étaient pour lui qu’un commentaire vivant de l’évangile du jour. Rien de profane ne se mêlait alors à ces jeux, et ce ne fut que plus tard, au XIIIe siècle, que des éléments de cette nature vinrent s’ajouter à ces cérémonies religieuses et en modifier à la longue le caractère sacré. Dans les premiers jours d’avril avaient lieu ces représentations de la Passion, et l’assistance écoutant avec terreur, voyait le Christ, raillé et renvoyé de Caïphe à Pilate et de Pilate à Caïphe. Plus tard, l’habitude rendit la terreur moins grande, et quelques railleurs impies, en revenant le soir de l’église, s’amusèrent à répéter la scène du matin aux dépens de leurs amis ou de leurs voisins. De là, l’origine avancée de ce jeu du premier avril, et le nom de passion passant de bouche en bouche et n’étant plus guère compris, devenant le mot poisson.

Une deuxième origine fut proposée : le mois d’avril étant peu favorable à la pêche, plus d’un gourmand se serait vu, à cette époque, privé d’un plat délicat sur lequel son palais avait compté. Mais cette explication, pour suffisante qu’elle soit à justifier l’expression Manger du poisson d’avril, semble n’avoir aucun rapport avec les facéties du 1er avril.

On donne également une troisième origine, beaucoup plus récente, de cette expression : un prince de Lorraine que Louis XIII faisait garder à vue dans le château de Nancy, aurait trompé ses gardes et se serait sauvé en traversant la rivière de Meurthe, le premier jour d’avril. Certes le duc Nicolas François, frère de Charles IV, duc de Lorraine, quitta son évêché de Toul et le chapeau de cardinal par politique d’État, avant d’épouser à Lunéville, au mois de mars 1635, la princesse Claude, sa cousine germaine, fille de Henri II. Puis, s’étant retiré à Nancy et ayant eu vent qu’on voulait le conduire à la cour de France, il trompa ses gardes. Mais en réalité, le prince ne passa point la rivière de Meurthe à la nage, et sortit par une des portes de la ville, déguisé en paysan, portant une hotte pleine de fumier, de même que la princesse. Il aurait simplement délibérément choisi la date du 1er avril pour s’échapper et tromper les Français. Une jeune paysanne des environs de Nancy, qui fournissait journellement du laitage à la cour, reconnut la princesse malgré son déguisement et, l’ayant dit à quelques soldats de la garde, ceux-ci se figurèrent que cette fille voulait leur donner à tous le poisson d’avril, en les faisant courir mal à propos ; ce qui donna au prince et à la princesse le temps de gagner leurs chevaux pour se réfugier à Bruxelles, auprès du cardinal Infant. Cette évasion fit dire au peuple que le roi avait donné à garder un poisson d’avril, mais l’usage était connu au XIVe siècle, à en juger par les manuscrits du pasteur Paul Ferry relatifs à l’histoire de Metz et dans lesquels il cite déjà l’expression.

Une quatrième opinion fait remonter l’origine de la coutume au changement opéré sous Charles IX, quand l’année, qui jusqu’alors avait commencé le jour de Pâques, dut s’ouvrir le 1er janvier. Les étrennes du premier de l’an furent donc offertes trois mois plus tôt, et il ne resta dès lors pour l’ancien premier jour de l’an que des félicitations pures et simples, auxquelles les mauvais plaisants ajoutèrent des cadeaux ridicules ou des messages trompeurs…”

Lire la suite de l’article sur  FRANCE-PITTORESQUE.COM (31 mars 2017)


Pour s’amuser encore…

Le blob Physarum : une cellule géante sans cerveau qui apprend

Le blob Physarum : une cellule géante sans cerveau qui apprend
Physarum polycephalum

Stupéfiant Physarum : cette sorte de cellule géante, sans système nerveux, sait apprendre et se souvenir, comme l’avait montré une équipe du CNRS. Laquelle nous explique maintenant que cet organisme peut aussi transmettre ses connaissances à un congénère. La vie est belle.
On l’appelle blob car on ne sait pas trop comment nommer cette masse colorée qui s’étale en forêt sur plusieurs mètres carrés, recouvrant des branches entières. On dit que c’est un « protiste » car les biologistes, sans bien savoir où le classer, constatent qu’il n’a qu’une cellule. Mais c’est la plus grande du monde et elle possède d’innombrables noyaux. Il a été appelé « myxomycète » – littéralement champignon gélatineux – car son corps est mou. Mais ce n’est pas un champignon. Ni une plante. Ni un animal. Physarum, un genre qui se compose d’un millier d’espèces, c’est… autre chose. D’ailleurs, il n’est pas soit mâle soit femelle mais il a le choix entre 221 sexes, il est immortel et même découpable.
Pour tout savoir sur lui, ne ratez pas cette présentation d’Audrey Dussutour, chercheuse CNRS à l’université Paul Sabatier, à Toulouse, effectuée sur scène pour une conférence TedX, que nous présentons ici. C’est elle, avec son collègue David Vogel, qui avait déjà découvert comment Physarum polycephalum est capable d’apprendre. À force d’entraînement, ces « protistes » traversaient des zones enduites de quinine ou de caféine, des substances qu’ils évitent à l’ordinaire comme évoqué dans l’article plus bas.”

Lire la suite de l’article de Jean-Luc GOUDET sur FUTURA-SCIENCES.COM (27 décembre 2016) et y visionner l’intervention d’Audrey DUSSUTOUR (CNRS, Toulouse, FR)

75 EPUB Gallica sélectionnés par le ministère de l’Education nationale français

Le saviez-vous ? Gallica propose plus de 3 600 EPUB à télécharger gratuitement. Le ministère de l’Education nationale en a sélectionné 75 à destination des enseignants et des élèves de Lettres, tous genres confondus (roman, théâtre, poésie, conte, etc.) en littératures française et étrangère. Balzac, Baudelaire, Cervantès, Dante, Dickens, Dumas, Flaubert, Maupassant et bien d’autres : remplissez sans plus tarder vos tablettes de classiques !​

Lire la suite de l’article d’Isabelle DEGRANGE sur le blog de la BNF (28 novembre 2016)

Bazille, peintre visionnaire parti trop tôt pour être impressionniste

Au Musée d’Orsay, une exposition réunit la quasi totalité des œuvres de cet artiste méconnu mort au combat à l’âge de 28 ans, ainsi que des œuvres de ses amis impressionnistes. Frédéric Bazille (1841-1870) n’a jamais su qu’il aurait pu être impressionniste. D’ailleurs le serait-il devenu ? On ne le saura jamais. Ce peintre des prémices de l’impressionnisme, auteur d’une œuvre qui demeurera de jeunesse, est mort à l’âge de 28 ans. Le mouvement naît quatre ans plus tard, lors de la première exposition du groupe, en 1874. Bazille restera donc le grand absent. Le peintre n’a pas non plus connu la gloire, puisqu’il n’a jamais vendu de son vivant, et n’aura quasiment pas été remarqué par la critique, sauf au Salon de mai 1870, quelques mois avant sa mort. Après la déclaration de guerre de la France à la Prusse, en juillet 1870, le jeune homme, raffiné et sensible, peintre depuis huit petites années, s’engage sur un coup de tête dans un régiment de Zouaves. Il ne l’a dit à personne. « Trois fois merde », lui écrit Renoir sur le front.​

Lire la suite de l’article de Sophie CACHON sur TELERAMA.FR (26 novembre 2016)

Orsay, nouveau temple des peintres Nabi

Donation Hays, donation Marcie-Rivière, centre d’études des Nabis : en moins de deux mois, le musée d’Orsay vient d’enchaîner les annonces spectaculaires à propos des peintres Nabis dont il conserve désormais la première collection au monde. Les Nabis sont partout. Ces peintres de la fin du XIXeme siècle, regroupés sous le nom hébreu de « nabi » signifiant « prophète », seront bientôt à égalité  sur les cimaises du musée d’Orsay avec leurs confrères de la génération précédente, les Impressionnistes. Né avec la révélation artistique du jeune Paul Sérusier durant l’été 1888, passé à Pont-Aven aux côtés de Gauguin, leur mot d’ordre est de libérer la forme et d’user de couleurs pures et vives. Que le penseur de la bande, Maurice Denis, a résumé en un mot d’ordre pragmatique : « Se rappeler qu’un tableau […] est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées ». Pierre Bonnard, Paul-Elie Ranson, Edouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel et d’autres ont inventé cette peinture novatrice dont les couleurs stridentes, cloisonnées de lignes serpentines, ont, depuis, prouvé leur charme irrésistible : à chacune des expositions consacrées aux Nabis, autrefois rares, désormais beaucoup moins, le public a toujours succombé.​..

Lire l’article de Sophie CACHON dans TELERAMA.FR (24 novembre 2016)

DESPROGES : textes

DESPROGES, Pierre (1939-1988)

Ce n’est pas parce que l’homme a soif d’amour qu’il doit se jeter sur la première gourde venue.

Je ne bois jamais à outrance, je ne sais même pas où c’est.

L’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne.

Je n’ai jamais abusé de l’alcool, il a toujours été consentant.

Si vous parlez à Dieu, vous êtes croyant… S’il vous répond, vous êtes schizophrène.

5 fruits et légumes par jour, ils me font marrer… Moi, à la troisième pastèque, je cale.

Un jour j’irai vivre en Théorie, car en Théorie tout se passe bien.

La médecine du travail est la preuve que le travail est bien une maladie !

Le lundi, je suis comme Robinson Crusoé, j’attends Vendredi.

Dieu a donné un cerveau et un sexe à l’homme mais pas assez de sang pour irriguer les deux à la fois.

La lampe torche. Le PQ aussi.

La pression, il vaut mieux la boire que la subir.

Jésus changeait l’eau en vin, et tu t’étonnes que 12 mecs le suivaient partout !

Si la violence ne résout pas ton problème, c’est que tu ne frappes pas assez fort.

Le voisin est un animal nuisible assez proche de l’homme.

On reconnaît le rouquin aux cheveux du père et le requin aux dents de la mère.

Pour lutter contre l’insomnie, faites un quart d’heure de yoga, mangez une pomme crue, avalez une infusion de passiflore (Passiflora incarnata), prenez un bain chaud à l’essence de serpolet (Thymus serpyllum), frictionnez-vous à l’huile essentielle de jasmin (Jasminus officinale) et orientez votre lit au nord. Quand vous aurez fini tout ça, il ne sera pas loin de 8 heures du matin.

Endive n.f. Sorte de chicorée domestique que l’on élève à l’ombre pour la forcer à blanchir. La caractéristique de l’endive est sa fadeur : l’endive est fade jusqu’à l’exubérance. (…)
L’endive, en tant que vivante apologie herbacée de la fadeur, est l’ennemie de l’homme qu’elle maintient au rang du quelconque, avec des frénésies mitigées, des rêves éteints sitôt rêvés, et même des pinces à vélo.

Tout dans la vie est une affaire de choix, ça commence par la tétine ou le téton, ça se termine par le chêne ou le sapin.

Travailler n’a jamais tué personne mais pourquoi prendre le risque ?


Citez-en d’autres :

Réouverture du musée Unterlinden : on va pouvoir revoir le mythique retable d’Issenheim

“Le musée Unterlinden de Colmar, célèbre pour le retable d’Issenheim, joyau de l’art médiéval, vient de rouvrir après trois ans de travaux et l’adjonction d’un nouveau bâtiment signé des architectes Herzog et de Meuron. Greffe réussie.

Cela fait cent soixante ans que cela dure : un Christ en croix à la peau verdâtre tachetée de brun, pieds et doigts déformés par des clous monstrueux, hypnotise les visiteurs du musée Unterlinden. Au verso, le Christ rayonne et lévite sur fond de soleil psychédélique, les bras levés dans un geste très « Peace and love ». La plupart du temps, les visiteurs restent scotchés dans le silence et le froid, tournant religieusement autour des onze panneaux de tilleul exposés dans la chapelle de l’ancien couvent des Dominicaines, transformé en musée en 1853.

Mondialement célèbre, le retable d’Issenheim, réalisé entre 1512 et 1516 par Mathis Gothart Nithart, dit Grünewald, a toujours aimanté les foules. Jusqu’à la Révolution, il trônait dans l’église de l’hospice des Antonins d’Issenheim, où l’on soignait les personnes atteintes par le mal des ardents, dû à un empoisonnement à l’ergot de seigle. On venait de loin pour le voir…”

Lire la suite de l’article de Sophie CACHON sur TELERAMA.FR (20 décembre 2015)

Avide d’art ?

25 Propositions pour une République laïque au XXIème siècle (GODF)

Le Grand Orient de France a publié ces 25 propositions le 9 décembre 2014 et le document complet (.pdf) est disponible via ce lien

“Fidèle aux exigences de Liberté, d’Égalité et de Fraternité qui le fondent, le Grand Orient de France (GODF) a pour principe essentiel la liberté absolue de conscience ; dans le prolongement de ce principe, les statuts du GODF précisent que celui-ci « attache une importance fondamentale à la laïcité ».

Dans un monde que la globalisation bouleverse chaque jour un peu plus au détriment des plus faibles, où les Etats renoncent de plus en plus à prendre en charge les missions d’intérêt général qui seules permettraient de réduire les inégalités et les précarités, où le réveil des intégrismes et des fondamentalismes religieux constitue une menace croissante, le pacte républicain constitue plus que jamais pour la France le levier d’un progrès au service du plus grand nombre.

Premier pilier du pacte républicain, la laïcité doit bénéficier d’une promotion volontariste et sans faille. Or force est de constater qu’aujourd’hui, le politique semble abandonner au juge le soin de fixer les limites du territoire de la laïcité au risque de laisser s’installer une certaine insécurité juridique ; que la notion de laïcité est affaiblie voire dénaturée par tous ceux qui souhaitent en assouplir les règles au nom d’une vision communautariste de la société ou au contraire la durcir pour interdire toute expression des convictions religieuses dans l’espace civil. Face à ces tentatives de redéfinitions contradictoires, il convient de rappeler que la laïcité entendue comme principe politico-juridique et incarnée par la loi de 1905 est seule en mesure d’assurer la neutralité confessionnelle de la sphère publique ainsi que l’égalité et la liberté de conscience des croyants et des non croyants.

L’école laïque et républicaine joue un rôle essentiel dans l’instruction et la formation du futur citoyen. Encore faut-il que cette école soit activement soutenue face aux établissements privés à caractère confessionnel et que le corps enseignant bénéficie d’un cadre réglementaire clair qui lui permette de faire de l’école le lieu de formation des plus jeunes à l’abri de toutes les pressions dogmatiques. Ces règles doivent trouver un prolongement dans l’enseignement supérieur afin que celui-ci ne devienne pas le terrain d’affrontements idéologiques et religieux préjudiciables à sa mission.

De ce point de vue, c’est souvent la loi qui protège et la liberté qui opprime. C’est ce qu’a notamment démontré la loi du 15 mars 2004 dont on a craint un moment qu’elle ne soit remise en cause. C’est donc par la loi que l’on doit mettre un terme à l’érosion lente, continue et souvent insidieuse des principes issus de la loi de 1905 comme l’illustre également le préoccupant financement indirect des cultes par les collectivités locales.

De plus, la laïcité sera d’autant mieux comprise que l’Etat saura aussi mettre son organisation territoriale en accord avec la loi de 1905. Au législateur de concevoir les modalités d’une sortie progressive du concordat dans tous les territoires hexagonaux et ultra-marins qui relèvent encore à ce jour d’un régime dérogatoire.

Il convient aussi, au nom du combat pour la liberté absolue de conscience, de libérer les débats de société des approches dogmatiques qui les enferment dans des préjugés contraires aux droits des personnes, qu’il s’agisse de la fin de vie ou des questions relatives à la procréation, tout comme du monde du sport ou de l’entreprise.

C’est donc bien l’affirmation de la dignité de chacun, du respect mutuel, de la liberté et de l’égalité des droits et devoirs pour tous que le principe de laïcité entend sceller. Il permet de lutter contre les exclusions et toutes les formes de ségrégation. Il donne tout son sens aux valeurs de fraternité et de solidarité. Enfin, la laïcité doit être accompagnée de mesures sociales, économiques et politiques qui permettront, en luttant contre la précarité, la pauvreté et l’exclusion, à tous les citoyens de s’intégrer à la communauté nationale au sein d’une République non seulement laïque mais aussi démocratique, sociale et donc solidaire. C’est ainsi que ceux de nos concitoyens qui sont en proie au doute se détourneront des mouvements extrémistes prônant une contre-société anti-laïque et liberticide.

Déjà en 2001, le Grand Orient de France avait publié un Livre Blanc de la Laïcité, dont les termes demeurent actuels ; en 2005, à l’occasion du centenaire de la loi de 1905, il avait ouvert des Chantiers de la Laïcité, dont la plupart sont loin d’être clos.

A l’occasion de la fête de la Laïcité du 9 décembre, le Grand Orient de France renouvelle son engagement en faveur de la laïcité. Les propositions énoncées ci-après ont pour but de faire prendre conscience à tous que le renforcement des règles laïques dans la sphère publique redonnera un nouveau souffle au pacte républicain, à l’heure où ses principes fondateurs
semblent de moins en moins bien compris voire acceptés.”

Développer la pédagogie de la laïcité
  1. Instaurer une journée nationale de la laïcité le 9 décembre.
  2. Adopter une « charte de la laïcité à l’intention des élus et responsables institutionnels » pour préserver la liberté de conscience de tous les citoyens.
  3. Inscrire dans la Constitution, les principes des deux premiers articles de la loi du 9 décembre 1905 : “ La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes ” ; “ La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ”.
  4. Mettre en place un enseignement des conditions historiques et juridiques d’application de la laïcité dans la formation des professeurs, personnels éducatifs et chefs d’établissements.
  5. Mettre en place un enseignement de la laïcité dans les formations préparant aux métiers des trois fonctions publiques, et des carrières sanitaires et sociales.
Appliquer la loi de 1905 sur l’ensemble du territoire de la République
  1. Favoriser l’adoption des mesures législatives nécessaires à l’application de la loi de 1905 dans les territoires ultramarins où elle ne s’applique pas.
  2. Mettre en place une sortie progressive du régime des cultes reconnus visant l’harmonisation avec le droit commun (loi du 9 décembre 1905).
  3. Abolir au plus tôt le délit de blasphème 1.
  4. Abolir l’obligation de suivre un enseignement religieux dans les écoles publiques.
Promouvoir l’école publique laïque et gratuite
  1. Créer les établissements scolaires publics et les sections nécessaires dans les zones qui en sont dépourvues, chaque fois que les effectifs des élèves concernés le justifient.
  2. Supprimer l’obligation pour les communes de financer la scolarité des élèves dans les établissements privés situés dans d’autres communes.
  3. Faire étudier l’impact du déploiement de la charte de la laïcité dans les écoles et établissements d’enseignement publics.
  4. Faire respecter, par les adultes accompagnateurs de sorties et déplacement scolaires, l’obligation de neutralité religieuse, politique, et philosophique requise par le fonctionnement du service public de l’éducation.
En finir avec les financements indirects aux cultes
  1. Mettre un terme au financement public des activités consistant en l’exercice d’un culte, même présentées comme culturelles.
  2. Faire procéder à un état des lieux chiffré de l’ensemble des financements publics en faveur des cultes.
Faire vivre la laïcité dans l’enseignement supérieur
  1. Les établissements d’enseignement supérieur privés ne peuvent en aucun cas prendre le titre d’universités. Les certificats d’études qu’on y juge à propos de décerner aux élèves ne peuvent porter les titres de baccalauréat, de licence ou de doctorat. Art. L.731-14 du code de l’éducation.
  2. Abroger l’accord entre la République française et le Saint-Siège sur la reconnaissance mutuelle des grades et diplômes dans l’enseignement supérieur.
  3. Faire diffuser dans les établissements publics d’enseignement supérieur, et annexer à leur règlement intérieur, la Charte de la laïcité dans les services publics.
  4. Prohiber, dans les salles de cours, lieux et situations d’enseignement et de recherche des établissements publics d’enseignement supérieur, les signes et tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse.
  5. Faire respecter, dans les centres d’examen, l’obligation d’identification, l’interdiction de tout objet ou manifestation susceptible de gêner les autres candidats ou de perturber le déroulement de l’épreuve, et contrevenant à la neutralité des conditions d’examen.
Assurer la liberté de conscience
  1. Audiovisuel – Donner un temps d’antenne sur les chaînes publiques de télévision aux mouvements philosophiques non-confessionnels, et aux courants de pensée laïques, libres penseurs, athées.
  2. Sport – Exiger le respect, dans les compétitions olympiques, de l’égalité hommes-femmes et de la règle 50 de la Charte Olympique interdisant toute forme de « propagande politique, religieuse, ou raciale ».
  3. Ethique – Reconnaître, dans l’encadrement législatif de la fin de vie, le droit de mourir dans la dignité selon les souhaits exprimés par le patient.
  4. Entreprises – Favoriser le développement des chartes de la neutralité religieuse dans les entreprises qui le souhaitent.
  5. Europe – Défendre et promouvoir le respect de la liberté absolue de conscience au niveau européen.

Le contrat social, parlons-en…

COMTE-SPONVILLE : Présentations de la philosophie (2000) – Extraits

André COMTE-SPONVILLE

COMTE-SPONVILLE André, Présentations de la philosophie (Paris, Albin Michel, 2000)

Avant-propos

Philosophie : la doctrine et l’exercice de la sagesse (non simple science). (Kant)

“Philosopher, c’est penser par soi-même ; mais nul n’y parvient valablement qu’en s’appuyant d’abord sur la pensée des autres, et spécialement des grands philosophes du passé. La philosophie n’est pas seulement une aventure ; elle est aussi un travail, qui ne va pas sans efforts, sans lectures, sans outils. Les premiers pas sont souvent rébarbatifs, qui en découragèrent plus d’un. C’est ce qui m’a poussé, ces dernières années, à publier des « Carnets de philosophie ». De quoi s’agissait-il ? D’une collection d’initiation à la philosophie: douze petits volumes, chacun constitué d’une quarantaine de textes choisis, souvent très brefs, et s’ouvrant par une Présentation de quelques feuillets, dans laquelle j’essayais de dire, sur telle ou telle notion, ce qui me semblait l’essentiel… Ce sont ces douze Présentations, revues et sensiblement augmentées, qui constituent le présent volume. La modestie du propos reste la même : il s’agit toujours d’une initiation, disons d’une porte d’entrée, parmi cent autres possibles, dans la philosophie. Mais qui laisse au lecteur le soin, une fois ce livre lu, de partir lui-même à la découverte des œuvres, comme il faut le faire tôt ou tard, et de se constituer, s’il le veut, sa propre anthologie… Vingt-cinq siècles de philosophie font un trésor inépuisable. Si ce petit livre peut donner l’envie, à tel ou tel, d’aller y voir de plus près, s’il peut l’aider à y trouver du plaisir et des lumières, il n’aura pas été écrit en vain. […]

EAN13 : 9782226117366

Qu’est-ce que la philosophie ? Je m’en suis expliqué bien souvent, et encore dans le dernier de ces douze chapitres. La philosophie n’est pas une science, ni même une connaissance; ce n’est pas un savoir de plus : c’est une réflexion sur les savoirs disponibles. C’est pourquoi on ne peut apprendre la philosophie, disait Kant : on ne peut qu’apprendre à philosopher. Comment ? En philosophant soi-même : en s’interrogeant sur sa propre pensée, sur la pensée des autres, sur le monde, sur la société, sur ce que l’expérience nous apprend, sur ce qu’elle nous laisse ignorer… Qu’on rencontre en chemin les œuvres de tel ou tel philosophe professionnel, c’est
ce qu’il faut souhaiter. On pensera mieux, plus fort, plus profond. On ira plus loin et plus vite. Encore cet auteur, ajoutait Kant, “doit-il être considéré non pas comme le modèle du jugement, mais simplement comme une occasion de porter soi-même un jugement sur lui, voire contre lui”. Personne ne peut philosopher à notre place. Que la philosophie ait ses spécialistes, ses professionnels, ses enseignants, c’est entendu. Mais elle n’est pas d’abord une spécialité, ni un métier, ni une discipline universitaire : elle est une dimension constitutive de l’existence humaine. Dès lors que nous sommes doués et de vie et de raison, la question se pose pour nous tous, inévitablement, d’articuler l’une à l’autre ces deux facultés. Et certes on peut raisonner sans philosopher (par exemple, dans les sciences), vivre sans philosopher (par exemple, dans la bêtise ou la passion). Mais point, sans philosopher, penser sa vie et vivre sa pensée : puisque c’est la philosophie même. […]

La morale

[…] On se trompe sur la morale. Elle n’est pas là d’abord pour punir, pour réprimer, pour condamner. Il y a des tribunaux pour ça, des policiers pour ça, des prisons pour ça, et nul n’y verrait une morale. Socrate est mort en prison, et plus libre pourtant que ses juges. C’est où la philosophie commence, peut-être. C’est où la morale commence, pour chacun, et toujours recommence : là où aucune punition n’est possible, là où aucune répression n’est efficace, là où aucune condamnation, en tout cas extérieure, n’est nécessaire. La morale commence où nous sommes libres : elle est cette liberté même, quand elle se juge et se commande. Tu voudrais bien voler ce disque ou ce vêtement dans le magasin… Mais un vigile te regarde, ou bien il y a un système de surveillance électronique, ou bien tu as peur, simplement, d’être pris, d’être puni, d’être condamné…Ce n’est pas honnêteté ; c’est calcul. Ce n’est pas morale ; c’est précaution. La peur du gendarme est le contraire de la vertu, ou ce n’est vertu que de prudence. Imagine, à l’inverse, que tu aies cet anneau qu’évoque Platon, le fameux anneau de Gygès, qui te rendrait à volonté invisible… C’est une bague magique, qu’un berger trouve par hasard. Il suffit de tourner le chaton de la bague vers l’intérieur de la paume pour devenir totalement invisible, de le tourner vers l’extérieur pour redevenir visible… Gygès, qui passait auparavant pour honnête homme, ne sut pas résister aux tentations auxquelles cet anneau le soumettait : il profita de ses pouvoirs magiques pour entrer au Palais, séduire la reine, assassiner le roi, prendre lui-même le pouvoir, l’exercer à son bénéfice exclusif…

Candaule roi de Lydie montrant sa femme à Gygès (William ETTY, 1830) (c) Tate Gallery, London (UK)

Celui qui raconte la chose, dans La République, en conclut que le bon et le méchant, ou supposés tels, ne se distinguent que par la prudence ou l’hypocrisie, autrement dit que par l’importance inégale qu’ils accordent au regard d’autrui, ou par leur habileté plus ou moins grande à se cacher… Posséderaient-ils l’un et l’autre l’anneau de Gygès, plus rien ne les distinguerait: “ils tendraient tous les deux vers le même but“. C’est suggérer que la morale n’est qu’une illusion, qu’un mensonge, qu’une peur maquillée en vertu. Il suffirait de pouvoir se rendre invisible pour que tout interdit disparaisse, et qu’il n’y ait plus que la poursuite, par chacun, de son plaisir ou de son intérêt égoïstes. Est·ce vrai ? Platon, bien sûr, est convaincu du contraire. Mais nul n’est tenu d’être platonicien… La seule réponse qui vaille, pour ce qui te concerne, est en toi. Imagine, c’est une expérience de pensée, que tu aies cet anneau. Que ferais-tu ? Que ne ferais-tu pas ? Continuerais-tu, par exemple, à respecter la propriété d’autrui, son intimité, ses secrets, sa liberté, sa dignité, sa vie ? Nul ne peut répondre à ta place: cette question ne concerne que toi, mais te concerne tout entier. […]

Qu’est·ce que la morale ? C’est l’ensemble de ce qu’un individu s’impose ou s’interdit à lui-même, non d’abord pour augmenter son bonheur ou son bien-être, ce qui ne serait qu’égoïsme, mais pour tenir compte des intérêts ou des droits de l’autre, mais pour n’être pas un salaud, mais pour rester fidèle à une certaine idée de l’humanité, et de soi. La morale répond à la question “Que dois-je faire ?”  –c’est l’ensemble de mes devoirs, autrement dit des impératifs que je reconnais légitimes- quand bien même il m’arrive, comme tout un chacun, de les violer. C’est la loi que je m’impose à moi-même, ou que je devrais m’imposer, indépendamment du regard d’autrui et de toute sanction ou récompense attendues […]”

La politique

Il faut penser à la politique; si nous n’y pensons pas assez, nous serons cruellement punis. (Alain)

L’homme est un animal sociable : il ne peut vivre et s’épanouir qu’au milieu de ses semblables. Mais il est aussi un animal égoïste. Son “insociable sociabilité”, comme dit Kant, fait qu’il ne peut ni se passer des autres ni renoncer, pour eux, à la satisfaction de ses propres désirs. C’est pourquoi nous avons besoin de politique. Pour que les conflits d’intérêts se règlent autrement que par la violence. Pour que nos forces s’ajoutent plutôt que de s’opposer. Pour échapper à la guerre, à la peur, à la barbarie. C’est pourquoi nous avons besoin d’un État. Non parce que les hommes sont bons ou justes, mais parce qu’ils ne le sont pas. Non parce qu’ils sont solidaires, mais pour qu’ils aient une chance, peut-être, de le devenir. Non “par nature”, malgré Aristote, mais par culture, mais par histoire, et c’est la politique même : l’histoire en train de se faire, de se défaire, de se refaire, de se continuer, l’histoire au présent, et c’est la nôtre, et c’est la seule. Comment ne pas s’intéresser à la politique ? Il faudrait ne s’intéresser à rien, puisque tout en dépend.

Qu’est-ce que la politique ? C’est la gestion non guerrière des conflits, des alliances et des rapports de force – non entre individus seulement (comme on peut le voir dans la famille ou un groupe quelconque) mais à l’échelle de toute une société. C’est donc l’art de vivre ensemble, dans un même État ou une même Cité (Polis, en grec), avec des gens que l’on n’a pas choisis, pour lesquels on n’a aucun sentiment particulier, et qui sont des rivaux, à bien des égards, autant ou davantage que des alliés. Cela suppose un pouvoir commun, et une lutte pour le pouvoir. Cela suppose un gouvernement, et des changements de gouvernements. Cela suppose des affrontements, mais réglés, des compromis, mais provisoires, enfin un accord sur la façon de trancher les désaccords. Il n’y aurait autrement que la violence, et c’est ce que la politique, pour exister, doit d’abord empêcher. Elle commence où la guerre s’arrête […]

L’amour

[…] L’unicité du mot, pour tant d’amours différents, est source de confusions, voire parce que le désir inévitablement s’en mêle d’illusions. Savons-nous de quoi nous parlons, lorsque nous parlons d’amour ? Ne profitons-nous pas, bien souvent, de l’équivoque du mot pour cacher ou enjoliver des amours équivoques, je veux dire égoïstes ou narcissiques, pour nous raconter des histoires, pour faire semblant d’aimer autre chose que nous-mêmes, pour masquer – plutôt que pour corriger – nos erreurs ou nos errements ? L’amour plaît à tous. Cela, qui n’est que trop compréhensible, devrait nous pousser à la vigilance. L’amour de la vérité doit accompagner l’amour de l’amour, l’éclairer, le guider, quitte à en modérer, peut-être, l’enthousiasme. Qu’il faille s’aimer soi, par exemple, c’est une évidence comment pourrait-on nous demander, sinon, d’aimer notre prochain comme nous-même ? Mais qu’on n’aime souvent que soi, ou que pour soi, c’est une expérience et c’est un danger. Pourquoi nous demanderait-on, autrement, d’aimer aussi notre prochain ? Il faudrait des mots différents, pour des amours différents. En français, ce ne sont pas les mots qui manquent : amitié, tendresse, passion, affection, attachement, inclination, sympathie, penchant, dilection, adoration, charité, concupiscence… On n’a que l’embarras du choix, et cela, en effet, est bien embarrassant. Les Grecs, plus lucides que nous peut-être, ou plus synthétiques, se servaient principalement de trois mots, pour désigner trois amours différents. Ce sont les trois noms grecs de l’amour, et les plus éclairants, à ma connaissance, dans toutes les langues:
éros, philia, agapè. J’en ai parlé longuement dans mon Petit Traité des grandes vertus. Je ne peux ici qu’indiquer brièvement quelques pistes.

Qu’est-ce qu’éros ?
C’est le manque, et c’est la passion amoureuse. C’est l’amour selon Platon : “Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour.”

[…] L’amitié ? C’est ainsi qu’on traduit ordinairement philia en français, ce qui n’est pas sans en réduire quelque peu le champ ou la portée. Car cette amitié-là n’est exclusive ni du désir (qui n’est plus manque alors mais puissance), ni de la passion (éros et  philia peuvent se mêler, et se mêlent souvent), ni de la famille (Aristote désigne par philia aussi bien l’amour entre les parents et les enfants que l’amour entre les époux: un peu comme Montaigne, plus tard, parlera de l’amitié maritale), ni de la si troublante et si précieuse intimité des amants… Ce n’est plus, ou plus seulement, ce que saint Thomas appelait l’amour de concupiscence (aimer l’autre pour son bien à soi) ; c’est l’amour de bienveillance (aimer l’autre pour son bien à lui) et le secret des couples heureux. Car on se doute que cette bienveillance n’exclut pas la concupiscence : entre amants, elle s’en nourrit au contraire, et l’éclaire. Comment ne pas se réjouir du plaisir qu’on donne ou qu’on reçoit ? Comment ne pas vouloir du bien à celui ou celle qui nous en fait ? Cette bienveillance joyeuse, cette joie bienveillante, que les Grecs appelaient philia, c’est l’amour selon Aristote, disais-je : aimer, c’est se réjouir et vouloir le bien de celui qu’on aime. Mais c’est aussi l’amour selon Spinoza : « une joie, lit-on dans l’Éthique, qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure» […]

Agapè ?  C’est encore un mot grec, mais très tardif. Ni Platon, ni Aristote, ni Épicure, d’un tel mot, n’eurent jamais l’usage. Éros et philia leur suffisaient, ils ne connaissaient que la passion ou l’amitié, que la souffrance du manque ou la joie du partage. Mais il se trouve qu’un petit juif, bien après la mort de ces trois-là, s’est mis soudain, dans une lointaine colonie romaine, dans un improbable dialecte sémitique, à dire des choses étonnantes: “Dieu est amour…Aimez votre prochain… Aimez vos ennemis…” Ces phrases, sans doute étranges dans toutes les langues, semblaient, en grec, à peu près intraduisibles. De quel amour pouvait-il s’agir ? Éros ? Philia ? Cela nous vouerait à l’absurdité. Comment Dieu pourrait-il manquer de quoi que ce soit ? Être l’ami de qui que ce soit ? « Il y a quelque ridicule, disait déjà Aristote, à se prétendre l’ami de Dieu. […]



Plus de discours et de philosophie…