Dix films pour envoyer votre psy se faire soigner

Temps de lecture : 3 minutes >

“Tuer le psy, coucher avec, ne plus pouvoir se passer du divan… autant de scénarios qui ont donné lieu à des films. Si Hitchcock a ouvert les portes de l’inconscient, il a été suivi par quelques autres, et pas des moindres. Un jour, Hollywood découvrit Freud… C’est Alfred Hitchcock, le premier, qui, en 1945, remplace la figure du détective par un autre « enquêteur », le psychanalyste, dans La Maison du Dr Edwardes, en choisissant comme scénariste Ben Hecht qui consultait fréquemment des psys célèbres, et en créditant même au générique comme conseiller l’analyste de son producteur David O. Selznick.​..

Vinrent, ensuite, dans le même genre, noir et psy, Double énigme, de Robert Siodmak (1946), Le Secret derrière la porte, de Fritz Lang (1948), et Le Mystérieux Docteur Korvo, d’Otto Preminger (1949), où Gene Tierney est innocentée d’un crime grâce à son mari psychiatre. Après Soudain l’été dernier (Joseph L. Mankiewicz, 1959), où il faudrait plusieurs divans pour apaiser la haine entre Katharine Hepburn et Elisabeth Taylor, John Huston réalise le seul biopic à ce jour du père de la psychanalyse avec Freud, passions secrètes (1961). Dans tous ces films (et, bien plus tard, dans La Chambre du fils, de Nanni Moretti), on ne plaisante pas avec la thérapie.

Puis vint Woody Allen, névrosé en chef, accro au divan, sachant en montrer la beauté introspective (Une autre femme, 1988), mais aussi le ridicule (Annie Hall, 1977) jusqu’à se moquer de ses pouvoirs… magiques (le sketch Le Complot d’Œdipe dans New York Stories, 1989). Depuis ce génie de Woody qui a dit “Mes films sont une sorte de psychanalyse sauf que c’est moi qui suis payé et cela change tout“, le cinéma a pris de grandes libertés avec la figure du praticien, le transformant en personnage comique, en pauvre type manipulé, en sale type manipulateur ou en… psychopathe. Nous avons choisi dix films où un psy devrait d’urgence prendre rendez-vous chez un confrère…

    1. Effets secondaires, de Steven Soderbergh (2013) : Dans le monde de Soderbergh, où les apparences sont trompeuses et les ordonnances plus légales que médicales, le docteur Jude Law n’est pas très bon en analyse. Il faut dire qu’avoir Rooney Mara comme patiente et Catherine Zeta-Jones pour consœur n’aide pas à avoir les idées claires.
    2. A Dangerous Method, de David Cronenberg (2011) : Il était une fois Sigmund Freud (Viggo Mortensen), Carl Gustav Jung (Michael Fassbender) et Sabina Spielrein (Keira Knightley). Une fascinante triangulaire où la règle première (ne pas coucher avec sa patiente) est allègrement enfreinte.
    3. Petites Confidences (à ma psy), de Ben Younger (2006) : Pas commode de rester d’une absolue neutralité quand votre patiente de 40 ans vous raconte, en détails, pourquoi elle aime votre fils de 20 ans… Avec Meryl Streep qui écoute les confidences salées d’Uma Thurman, ce divan recèle de sacrés ressorts comiques !
    4. Sixième Sens, de M. Night Shyamalan (2000) : Bruce Willis tente d’aider un jeune garçon qui voit des fantômes. Mais a-t-on encore le droit de pratiquer quand on est… ? Ah mince, on ne peut rien dire. Secret professionnel.
    5. Mafia Blues, d’Harold Ramis (1999) : Une analyse prend du temps, tout le monde le sait. Sauf Robert de Niro, parrain de la mafia atteint de bouffées d’angoisse, qui exige d’être guéri de son truc inconscient en un temps record. La tête de Billy Crystal ! C’est fou comme ce psy désabusé va se remettre à croire dur comme fer à son métier !
    6. Le Silence des agneaux, de Jonathan Demme (1991) : On le rappelle à ceux qui l’ont oublié ou carrément occulté : Hannibal « le cannibale » Lecter est psy de profession…
    7. Habemus papam, de Nanni Moretti (2011) : Le pape fait un déni… Face à lui, un psychothérapeute qui a de drôles de méthodes, comme d’initier les cardinaux au volley-ball ! Devant la psychanalyse, grande religion du XXe siècle, Nanni Moretti reste un merveilleux incrédule.
    8. Will Hunting, de Gus Van Sant (1997) : “Ce n’est pas ta faute. Ce n’est pas ta faute. Ce n’est pas ta faute.” Robin Williams vient au secours du jeune surdoué Matt Damon, mais c’est aussi le patient qui sauve le médecin.
    9. Pulsions, de Brian de Palma (1980) : Quand de Palma veut rendre hommage à Psychose de Hitchcock, il choisit une blonde qui poignarde et un psychanalyste. Sans vous spoiler, sachez qu’avec lui, la notion de transfert est surprenante…
    10. Généalogies d’un crime, de Raoul Ruiz (1996) : Est-ce vraiment un crime de tuer sa psy ? Ce grand malin de Ruiz mêle libre arbitre, manipulation et ironie dans ce thriller où Deneuve se dédouble. Freud aurait adoré.”

Lire l’article original -avec pubs- de Guillemette ODICINO dans TELERAMA.FR (3 décembre 2016)


Plus de presse…

POTTER : Hellzapoppin’ (1941)

Temps de lecture : 7 minutes >

Hellzapoppin’ (littéralement : l’enfer « Hell » s’éclate « Poppin’ ») est LE film dont les gags furent presque tous copiés par la suite. Pourquoi ?

“Quid de ce film culte ? Helzappopin est d’abord un grand succès de Broadway, c’est une pièce musicale, une revue qui tiendra l’affiche à New York et précédera les grands succès de Carrousel ou Oklahoma. Qui observe Hollywood peut savoir d’avance que tous les grands succès des scènes de Broadway doivent être adaptés au cinéma ; une firme de renom solide, mais dont l’aura n’équivaut pas à celui de la MGM, va s’en charger : l’Universal. Cette firme qui trouvait son originalité dans le cinéma fantastique et fut, sur ce chapitre, productrice de chefs-d’œuvre impérissables, de la Momie (la seule bonne version de ce thème réalisée en 1932 par Karl Freund) au Corbeau (version de 1935 réalisée par Louis Friedlander), avait aussi pris goût à illustrer toutes les formes de la comédie américaine, musicals et burlesques compris.

Lorsqu’en 1941, Henry Godman Potter tourne Hellzapoppin, le génial comique William C. Fields réalise un film pour cette firme. Le choix du metteur en scène, H. G. Potter, s’impose aisément. Ce cinéaste, boudé aujourd’hui par la critique et le public, est pourtant l’auteur d’un des meilleurs films jamais tournés d’où émane une nette impression d’inquiétante étrangeté (Un million clef en main, 1948). Il fait partie de ces nombreux artistes polyvalents qui hantent les studios de cinéma américains. Né en 1903, il fonde, à l’âge de vingt-quatre ans, avec Robert G. Haight, le premier festival de théâtre d’été aux États-Unis. C’est dans ce cadre que, de 1927 à 1933, il met en scène de nombreuses comédies musicales, toutes réglées au métronome et enlevées. Mais ce film sera tourné en deux fois. La première version, assez courte, due à H. G. Potter, ne suffit pas à calmer la faim canine de nonsense des commanditaires de ce film. Et c’est Edward Cline, le metteur en scène de Mae West, qui complètera l’affaire avec son sens aiguisé du rythme et son goût incurable, heureusement, pour l’absurde.

La sortie du film a lieu le jour de Noël 1941. L’idée très astucieuse qui marque la séance de projection est de faire figurer parmi les invités des sosies de personnalités célèbres du show-business ou de la politique, dont un homme qui ressemble au maire de New York comme une goutte d’eau ressemble à une autre, une fausse Garbo et des faux frères Marx.

Ole Olsen et Chic Johnson

Qui est qui ? Telle est la question que cette « première » met en scène de façon extravagante et qui sert de film rouge à ce film débridé. On n’en peut plus de rire devant les confusions des personnes et des objets, des sentiments et des intérêts, des passages incessants entre un espace scénique et un autre. Imaginez que ce film raconte comment deux personnages cocasses (joués par les comiques populaires d’alors, Ole Olsen et Chic Johnson) assistent à la projection d’un film au sein duquel ils se trouvent promus au rang d’acteurs principaux, dont la tâche est de perturber une représentation théâtrale engoncée, et, afin de sauver une belle histoire d’amour, histoire dont tout le monde se contrefiche, à dire vrai. Tout cela fait une jolie pagaille, tant les coordonnées mêmes de l’espace et du temps sont malmenées. Qui a vu ne serait-ce qu’une seule fois ce film déchaîné se souvient, au moins, de trois moments sidérants que je livre ici sous la forme d’échantillons détachés.

Un spectacle commence, dans l’assistance un homme porte un masque grotesque et effrayant ; avec insistance, il se penche sur ses voisines dont l’impassibilité est totale ; découragé, il ôte son masque, geste qui ne découvre que le plus insignifiant des faciès. C’est à ce moment-là que l’une des spectatrices pousse un cri d’effroi… Traversant tout le film, un livreur cherche en vain une certaine madame Jones afin de lui livrer une plante, qui grandira de façon impressionnante jusqu’à devenir un arbre de belle taille. Un projectionniste, enfin, s’embrouille dans les bobines du film, les deux protagonistes principaux se retrouvent parachutés dans un western, au plus chaud moment d’une de ces impérissables bagarres entre cow-boys et Indiens. À peine ont-ils réintégré le cadre de leur action, une vaste propriété américaine, qu’un Indien, échappé de ce western, erre, à cheval, dans un égarement total, devant la piscine de cette propriété.

Voilà quelques moments piquants de ce film qui fait aux trouvailles se succéder les gags. On y pressent du Tex Avery, du Roger Rabbit, quand on ne se souvient pas du nonsense, sans doute plus féroce, si typique des frères Marx. Une belle part de l’humour des Branquignols de Robert Dhéry (1949) vient aussi de là. Saturation, escamotage, fausse sortie, cadres qui se délitent, spectacle qui implose, tout se condense et se télescope comme dans l’étoffe du rêve. Ce ne sont plus seulement les objets, mais bien ce qui les contient et leur donne un cadre qui devient flottant, erratique, discordant par moments, évanouissant par d’autres. Pourtant, les corps de deux acteurs résistent à ce maelström. La silhouette insolite d’un faux prince russe et la présence charnelle, sensuelle et comique d’une Martha Raye déchaînée, nymphomane et volcanique, qui chante avec une énergie convaincante, sont les deux points corporels consistants, toujours aimantés l’un par l’autre sous la forme d’une alliance fatale entre attirance et répulsion en une poursuite accélérée.

En conséquence, ce film ravit dans un épuisement sans bornes. Cela impliquerait sans doute qu’il pût régresser dans une surenchère machinale de ses artifices s’il ne s’y trouvait un moment de grâce rayonnante, musicale et dansante. Le caractère endiablé de cette machine filmique qui, sans cesse, se désamorce et se réamorce, se dilapide et se renouvelle, a trouvé dans le jazz et la danse son envers et son maître. Car ce qui, aujourd’hui, demeure de plus intact et de plus neuf dans ce film est une incise, un impromptu. Avec le prétexte qu’un spectacle est en train de se monter – c’est, rappelons-le, la trame de l’ensemble –, on peut tourner bien des numéros simples ou sophistiqués. Le coup de génie est d’avoir fait appel à des musiciens de jazz d’une inventivité exceptionnelle. Leur joie de jouer est admirable. Arrivent Slim Gaillard, pianiste et guitariste, et Slam Stewart, contrebassiste ; d’autres les rejoindront. Ils jouent, tous, dans le film le rôle d’employés de maison, ce qui n’étonnera pas grand monde. Qui sont ces artistes non identifiés en détail dans le générique et non mentionnés dans le bonus ? Le premier, guitariste, pianiste, vibraphoniste, joueur de bongos, danseur, chanteur, compositeur et parolier, est un jazzman insolite et réjouissant. Dès l’âge de dix-huit ans, il se produit seul, jouant sur sa guitare en improvisant simultanément des numéros de danse avec claquettes (tap dance). Deux années plus tard, il fait la rencontre du second, le contrebassiste Slam Stewart – qui a la particularité de doubler ses solos de contrebasse en doublant vocalement, à l’octave supérieure, les lignes qu’il trace à l’archet et qui a enregistré avec Charlie Parker et Errol Garner. Leur duo, qui prend comme nom Slim and Slam, sera une réelle attraction et durera jusqu’en 1942.

Tant font, remuent et jacassent, pillent les conventions comme larrons en foire, détroussent les rythmes et les harmoniques convenus et ne perdent nulle occasion de jouer et de sauter du coq à l’âne, que rien ne leur semble trop hot ni trop pesant. La langue commune, ainsi dynamitée et épuisée, donne naissance à des trouvailles verbales qui crépitent et fulgurent au point qu’ici Slim Gaillard et son bienheureux compère inventent une langue forgée de toutes pièces en se référant parfois à des dialectes réels, mais ici démembrés, retroussés jusqu’à la moelle de leurs sonorités insolites. Cette glossolalie suffoquée est alors émaillée d’expressions sans signifiés explicites ou univoques, elles sont les balises qui jalonnent la langue gaillardesque : « Rootie Vootie », « Mac Vootie »…

Jazzman surréaliste, Slim Gaillard aime à débiter des syllabes au rythme d’une kalachnikov, à jouer du piano les paumes retournées vers le ciel – soit le plafond de la salle de spectacle – et se régale à swinguer intensément. Les rejoignant ici, Rex Stewart, le trompettiste de Duke Ellington, souffle des mesures très bluesy que l’usage de la sourdine plunger rend rauques et impérieuses, et tous improvisent, rejoints par les plus obscurs Elmer Fane à la clarinette, Jap Jones au trombone et C. P. Johnston aux toms. À l’agitation des acteurs succède l’inspiration des musiciens, le brouhaha ambiant s’éteint devant la naissance de la musique. Nous rions encore de joie devant ces danses. Et ce rire vient d’ailleurs, il n’est plus provoqué par la mécanique horlogère du comique de répétition ou de destruction si essentiel à ce film. Il s’agit là d’une jubilation devant la création, en phase avec le surgissement du rythme en son appel au corps.

Et ce n’est pas tout. Aux musiciens qui continuent à jouer un riff (courte phrase musicale répétée de façon obsédante) succèdent les danseurs de Lindy Hop : la troupe des Whitey’s Lindy Hoppers (William Downes et Micky Jones, Billy Ricker et Norma Miller, Al Minns et Willa Mae Ricker, Frankie Manning et Ann Johnson). Lindy Hop : ce terme ne veut strictement rien dire. Cette danse aurait vu le jour au cours d’une soirée de l’été 1927 où un journaliste demandant à un danseur noir, Shorty Georges, le nom de la danse qu’il venait d’exécuter avec exactitude, fantaisie et brio, s’entend répondre Le Lindy Hop, allusion au périple de l’aviateur Charles Lindberg volant au-dessus de l’Atlantique – Lindy Hops The Atlantic titraient alors les quotidiens.
Le Lindy Hop, que nous voyons dans ce film, est un compendium explosif et acrobatique de toutes les danses de couple nées dans les années 1930. On trouvera aussi des danses Lindy Hop dans le film des Marx Brothers dirigé par Sam Wood en 1937, Un jour aux courses.

Par ces moments rares et précieux de jazz et de danse, Hellzapoppin prend une autre dimension que celle de la fantaisie dévastatrice, dont ce film reste toutefois le modèle avec Une nuit à l’opéra des frères Marx et quelques courts métrages bien antérieurs de nos amis d’enfance Laurel et Hardy – ceux dirigés par Léo Mac Carrey ou Hal Roach.”

Olivier DOUVILLE

  • L’article complet d’Olivier DOUVILLE, Hellzapoppin ou un des chefs-d’œuvre du film burlesque est paru dans le JDPSYCHOLOGUES.FR;
  • L’illustration de l’article est extraite du film original.

POTTER, H.C. Hellzapoppin (film, 1941)POTTER H.C., Hellzapoppin (film, USA, 1941) en bref : “Pour les besoins d’un film, Ole et Chic imaginent une histoire d’amour. Un de leurs amis, Jeff, un auteur sans le sou, est follement épris de Kitty, la fille d’un milliardaire, mais celle-ci est promise à un autre, Woody, qu’elle n’aime pas. Jeff prépare un spectacle avec Ole et Chic. Ces derniers s’efforcent d’éloigner Woody par tous les moyens. Pendant ce temps, Jeff promet à Kitty qu’il l’épousera si son spectacle fait recette. Suite à un quiproquo, Ole et Chic se mettent à douter de la fidélité de la belle. Ils décident donc de saboter le spectacle de leur ami…” [Lire la fiche technique sur TELERAMA.FR]


Pour les amateurs d’acrobaties : une des scènes de danse les plus diaboliques et jubilatoires du film (Lindy Hop) a été “colorisée”. A vous les Whiteys Lindy Hoppers !


D’autres incontournables du savoir-regarder :

ELUARD : textes

Temps de lecture : 3 minutes >

Eugène Émile Paul GRINDEL (1895–1952), est un poète français. C’est à 21 ans qu’il choisit le nom de Paul Éluard, hérité de sa grand-mère, Félicie. Il adhère au dadaïsme et est l’un des piliers du surréalisme en ouvrant la voie à une action artistique engagée. Il est connu également sous les noms de plume de Didier Desroches et de Brun… [en savoir plus sur POETICA.FR]


Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lèvres… (1926)

Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lèvres,
Nos silences, nos paroles,
La lumière qui s’en va, la lumière qui revient,
Un seul sourire pour nous deux,
Par besoin de savoir, j’ai vu la nuit créer le jour sans que nous changions d’apparence,
Ô bien-aimé de tous et bien-aimé d’un seul,
En silence ta bouche a promis d’être heureuse,
De loin en loin, ni la haine,
De proche en proche, ni l’amour,
Par la caresse nous sortons de notre enfance,
Je vois de mieux en mieux la forme humaine,
Comme un dialogue amoureux, le cœur ne fait qu’une seule bouche
Toutes les choses au hasard, tous les mots dits sans y penser,
Les sentiments à la dérive, les hommes tournent dans la ville,
Le regard, la parole et le fait que je t’aime,
Tout est en mouvement, il suffit d’avancer pour vivre,
D’aller droit devant soi vers tout ce que l’on aime,
J’allais vers toi, j’allais sans fin vers la lumière,
Si tu souris, c’est pour mieux m’envahir,
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard.

 

Dans le film de Jean-Luc GODARD, Alphaville, Anna Karina joue le rôle de Natacha von Braun et dit ce texte comme s’il était extrait du livre qu’elle tient en main, le recueil de Paul ELUARD publié dans la collection Blanche de Gallimard en 1926 : Capitale de la Douleur. Or, comme le relève le blog Les Caves du Majestic en 2016, il s’agit d’un collage de vers d’Eluard parus dans d’autres recueils, bien postérieurs :

      • Le dur désir de durer (1946) ;
      • Corps mémorables (1948) ;
      • Le phénix (1951).

L’auteur du blog a fait les recherches nécessaires pour identifier chacun des recueils et poèmes concernés, qui “figurent également dans une anthologie éditée par Pierre Seghers et intitulée Derniers poèmes d’amour. Elle reprend les poèmes d’amours de Paul Éluard provenant de ces trois recueils ainsi que de Le Temps déborde (1947).” Le découpage est disponible sur CAVESDUMAJESTIC.CANALBLOG.COM.


Je t’aime… (1950)

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues
Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu
Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas
Je t’aime pour aimer
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd’hui
Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille
Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne
Pour la santé
Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n’es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.

in Le Phénix (1951)


  • L’illustration de l’article montre une photo de Hanne Karin Bayer, dite Anna Karina (1940-2019) © N.I. ;

Plus de littérature…

STOKER : Dracula (ACTES SUD, Babel, 2001)

Temps de lecture : 4 minutes >

Le jeune Jonathan Harker rend visite au comte Dracula dans son château des Carpates afin de l’informer du domaine qu’il vient d’acheter pour lui en Angleterre. Au cours de son voyage, les autochtones qu’il rencontre tentent de le dissuader d’atteindre son but et manifestent une inquiétude véhémente où il ne voit d’abord que l’expression d’une superstition locale ridicule. Dès son arrivée chez le comte, l’inquiétude gagne pourtant Jonathan Harker, jusqu’au jour où trois jeunes femmes pénètrent dans sa chambre pour lui prodiguer des baisers qui sont autant de morsures. Alors qu’il entreprend une exploration du château, il découvre, gisant dans une caisse, le comte Dracula… A Whitby, en Angleterre, où l’histoire se déplace, Lucy, l’amie de Mina, la fiancée de Jonathan, sera la première victime du vampire.

A (re)lire d’urgence au nom de tous les rideaux de mousseline qui se soulèvent aux vents de Lune !

Qui mieux que Stoker a raconté les frémissements sous-cutanés d’un siècle qui a fait de la pudibonderie une institution et de son revers une source inépuisable pour ses créateurs.

Les ingénieurs en sécurité sanitaire apprécieront également la subtile didactisation des techniques de traçabilité qui font leur quotidien : peu de monstruosités gothiques dans ce roman, Stoker préfère distiller les indices qui révèlent le passage du Comte. Sa délicatesse narrative est à mettre en regard avec le baroque jouissif et carnivore du roman (assez inutile) de Joann Sfar, L’Eternel.

Entre autres multiples adaptations à l’écran, Dracula est un film réalisé en 1992 par Francis Ford Coppola : Bram Stoker’s Dracula.


“La longue lignée des vampires incarne les terreurs inspirées par les grandes épidémies ou les tyrans sanguinaires. Des antéchrists qu’il s’agira d’exorciser…

Mort et pas toujours mécontent de l’être, le vampire nous apparaît aujourd’hui comme
la plus séduisante créature du bestiaire monstrueux – de là le succès, dans les années 2000, de la série Twilight et de ses romances vampiriques pour adolescents. Preuve de sa popularité, nous connaissons tous ses attributs principaux : hématophagie compulsive, photosensibilité maladive, immortalité mal acquise, allergie à l’ail et aux crucifix, fort potentiel érotique (à vos risques et périls), choix de literie très personnel, problème avec les miroirs et naissance aristocratique. S’y ajoutent des caractéristiques secondaires : le vampire commande aux créatures de la nuit (et parfois aux Tziganes, visiblement considérés comme tels), dispose de talents métamorphiques, peut voler…

Des habitudes contagieuses

Faut-il s’étonner si la figure du vampire se confond avec celle de Dracula, monstre éponyme du célèbre roman ? Avant que l’écrivain britannique (irlandais) Bram Stoker n’invente le fameux comte transylvanien et ses amours contrariés avec Mina Harker (en 1897), il existait en fait une foule de vampires ou de créatures proto-vampiriques, peuplant la littérature et les légendes orales. Pour son Dracula, Bram Stoker s’est inspiré, entre autres, des contes de son Irlande natale, de la Carmilla, inventée par l’écrivain Sheridan Le Fanu (une vampire hongroise qui craint le soleil), et des monstres du folklore d’Europe de l’ Est (auxquels Stoker emprunte la capacité de se changer en brume, en chauve-souris ou en loup). Mais les origines de Dracula sont aussi historiques : comme l’explique le spécialiste de la créature Alain Pozzuoli (Le Magazine littéraire, n° 529), le vampire livide aux habitudes contagieuses incarne aussi les grandes épidémies qui traversèrent l’Europe un siècle plus tôt. À cette époque-là, le vampire était déjà l’objet de rumeurs venues d’Europe de l’Est, depuis qu’au XVIIIe siècle des fonctionnaires de l’Empire austro-hongrois avaient été dépêchés dans des villages des Balkans pour enquêter sur des cas de vampirisme décrits comme bien réels. En 1746, le bénédictin français Dom Calmet consacra à ces affaires un volume non dépourvu d’arrière-pensées catéchistes -car qui croit aux vampires peut sans peine admettre les mystères chrétiens, ce qui lui valu t d’être fessé dans l’Encyclopédie de Diderot…

ISBN 978-2-7427-3642-3

Bram Stoker, dans une prodigieuse catalyse, fond tous ces ingrédients pour les coller sur un effrayant personnage historique : Vlad Dracul, dit Tepes. Ce seigneur de Valachie (actuel sud de la Roumanie) vécut au XVe siècle, fut décoré de l’ordre du dragon (dracul, en roumain) et acquit une réputation de grande cruauté, car il s’était fait une spécialité d’empaler ses ennemis turcs et ses sujets récalcitrants (tepes signifie ‘pal’). En somme, le Dracula de Stoker est une créature de synthèse, au sens littéral. Mais il doit aussi beaucoup aux obsessions de son inventeur -on sait, par une note, que Stoker a rêvé du personnage avant d’écrire. Et Dracula bénéficie bien sûr de son talent d’écrivain : en transformant son vampire en un antéchrist romantique (la prise de sang comme eucharistie inversée), en le rendant séduisant (quand ses prédécesseurs étaient plutôt répugnants) et en l’inscrivant, surtout, dans un extraordinaire roman à tiroirs, plein d’effets de réel et de récits dans le récit, il lui a donné son costume d’éternité.”

Alexis BROCAS (LIRE, 2021)


D’autres incontournables du savoir-lire :

BILAL : Immortel ad vitam, le film (hors-série EPOK, 2004)

Temps de lecture : 29 minutes >

“En février 2003, Epok [magazine édité par la FNAC française] a demandé à Enki Bilal d’inaugurer Work in progress une rubrique de deux pages cédée à un artiste pour qu’il y raconte chaque mois, de sa genèse à sa première présentation publique, la conception d’une œuvre. Cheminement des idées, écriture du story-board, modalités de financement, galères techniques, choix des acteurs, des costumes, de la musique, du titre… Le réalisateur d’Immortel ad vitam s’est prêté au jeu à sa manière, mêlant l’image et le texte pour rendre compte d’un projet qui a absorbé l’essentiel de son énergie durant près de quatre ans. Ce livret est le fruit de cette expérience éditoriale : 36 pages d’aventure cinématographique et un poème de Charles Baudelaire.

wallonica.org a transcrit ici les textes du numéro spécial, hors publicité, ajouté des illustrations propres à cette page et déposé le PDF complet de la brochure (hors publicité) dans documenta.wallonica.org


Je veux retrouver mes amygdales

Enki Bilal

Sophie réfléchit, réfléchit, mais décidément elle ne voit pas. Des anecdotes sur le tournage d’immortel ad vitam, le film d’Enki Bilal dont elle est l’assistante de production depuis trois ans ? Une grosse colère, un fou rire, un caprice, une fâcherie ? Non, vraiment rien… Puis, elle traduit d’une phrase la difficulté à camper le caractère du réalisateur à travers les détails du quotidien : “Un matin, il est arrivé avec un manteau marron, marron foncé bien sûr. On lui a tous dit : Non, là, Enki, vraiment, c’est de la folie !» Enki Bilal est presque toujours vêtu de noir. Pendant la conception d’immortel, il portait un bonnet de la même couleur,”au début parce qu’il faisait froid, puis comme un fétiche“. Il était matinal, ponctuel, poli, carré, disponible, parlait peu, observait intensément. N’a jamais investi les plateaux avec sa bande ou réclamé des sushis à minuit. Pour tout accès de fièvre, Linda Hardy, l’actrice principale du film, évoque ce déjeuner où, après une matinée éprouvante, toute l’équipe racontait des histoires drôles un peu lestes : non seulement Bilal riait franchement, mais il en connaissait même quelques unes plutôt gratinées. Elle s’en étonne encore. Comment diriger une troupe d’une centaine de personnes sans esclandre, presque sans bruit ? “Comme il économise ses mots, on l’écoute“, dit Sophie Bernard. “Enki sait très exactement ce qu’il veut. Il contrôlait tout dans les moindres détails, mais il était attentif aux remarques“, ajoute un technicien. Têtu, orgueilleux, il a affiché tout au long du projet une humeur absolument égale. “Ma façon de survivre sous le poids de la charge“, commente-t-il. Serein, Bilal ? “Un jour, raconte l’un de ses assistants, l’un d’entre nous avouait être en analyse. Enki a dit qu’il n’en avait jamais fait, qu’en guise d’exutoire ses bandes dessinées et ses films lui suffisaient.” Effectivement. Son troisième long métrage raconte l’histoire d’amour d’un humain sortant d’une longue phase d’hibernation, d’une mutante et d’un dieu, dans un monde dominé par une dictature économique eugénique. Il y est question de clonage et de jeunisme, de corruption, de violence sociale, de résistance et de mondes parallèles. Le brun et le gris dominent, et l’on n’aimerait pas croiser dans la rue les personnages secondaires. Dans cet entretien, Enki Bilal dessine les contours de cet univers obsessionnel, si personnel.

EPOK. Immortel ad vitam est une adaptation de La Trilogie Nikopol. Pourquoi avoir choisi d’adapter un album ancien et non pas l’une de vos dernières bandes dessinées ?

Enki BILAL. Je n’ai pas eu l’impression de dépoussiérer un vieil album, mais plutôt de revisiter un univers qui est fondateur de mon travail graphique. C’est en effet dans cette trilogie qu’est né mon graphisme actuel, avec l’utilisation de la couleur directe, la texture et la matière prenant le pas sur le trait. Immortel est une adaptation volontairement très libre de la trilogie, à laquelle j’ai travaillé au départ avec l’écrivain de science-fiction Serge Lehman. On a déplacé l’action de Paris à New York pour créer d’emblée une rupture radicale avec la bande dessinée. Donc, changement de lieu, l’époque n’a pas d’importance, mais nous sommes forcément dans le futur qui, souvent, chez moi, se mélange au passé. J’aime les anachronismes, par pur plaisir graphique des décalages, mais aussi parce que la mémoire y prend toute sa place.

Pourquoi New York ?

C’est une ville magnifique, que j’adore, dans laquelle je me sens à l’aise. Je ne suis pas antiaméricain, et encore moins anti-new-yorkais. C’est aussi la tarte à la crème de la SF, alors allons-y… Assumons. Enfin, il me fallait une ville haute pour profiter des effets visuels de la 3D.

Vous avez, en revanche, conservé les personnages de la trilogie. Vous leur êtes attaché ?

Ils me tiennent à cœur. Le film se focalise sur trois d’entre eux : Nikopol, l’humain, Horus, le dieu tordu et ambitieux, et Jill. Pour elle, je me suis demandé si elle devait rester ce qu’elle était dans la bande dessinée, à savoir une journaliste envoyant des articles dans le passé. Au fil de l’écriture, elle a glissé dans la peau d’une femme non humaine, une extraterrestre en phase de mutation. Et, finalement, nous avons bâti une histoire un peu étrange, d’amour à trois.

Dans vos histoires, les hommes et les femmes ont toujours des caractères extrêmement typés.

J’aime que les hommes soient des anti-héros. J’aime que mes personnages masculins soient fragiles, manipulés, qu’ils aient souffert, mais pas trop, qu’il y ait en eux un peu de poésie, je ne mets pas en scène des redresseurs de torts, des supermen. Je crois que c’est culturel, une réaction aux super-héros américains, que je n’aime pas. On peut presque dire que ce sont des héros d’Europe de l’Est. Dans ma tête, inconsciemment, ils viennent toujours de l’Est : ils essaient de ne pas sombrer, de survivre dans un monde qui les manipule. Mes personnages féminins, eux, sont plus “fiables”, plus solides, quitte à paraître plus durs. Cela vient sans doute de la Jill aux cheveux bleus de l’album, mais aussi tout simplement de ma perception de la femme, mon admiration pour sa lucidité.

Nikopol aime Baudelaire… Vous aimez la poésie ?

La langue française est faite pour la poésie. Je me suis replongé dans Baudelaire à l’occasion de l’adaptation. J’ai retrouvé un vrai plaisir de lecture. Et je trouve très excitant, dans la version originale d’Immortel, en anglais, d’avoir en sous-titres du Baudelaire dans le texte.

Immortel parle de dictature, d’eugénisme, de mafias économiques… Pourquoi avoir mis en scène un univers si sombre ?

Parce que notre monde est ainsi. D’une certaine manière, c’est la seule partie réaliste du film. Ces thèmes sont récursifs dans tous mes travaux, que ce soit en bande dessinée ou dans mes deux premiers films, et ils correspondent à ma perception de notre civilisation: mais, avant tout, c’est une histoire d’amour sur fond de clonage, de corruption, de dictature médicale… J’ai toujours besoin d’un fond assez précis, qu’il soit politique, géopolitique ou idéologique pour raconter une histoire. Cette fois, j’ai décidé de remplacer la dictature idéologique classique, celle qui appartient à notre passé bipolaire, par une dictature économique et eugénique.

Ce monde-là est en paix.

C’est un leurre. Il n’y a pas de guerre, mais la ville a subi des mutations. La guerre, au XXe siècle, était le produit d’affrontements idéologiques. Bunker Palace Hôtel, mon premier film, évoquait ces luttes de pouvoir. Dans Immortel, le monde a changé : je ne crois plus aux guerres de pays à pays, aux bombardements massifs. Il y a une mutation vers le mafieux et les manipulations. C’est le propre de l’homme : manipuler et ne pas se laisser manipuler.

Est-ce une manière de réinterpréter l’histoire récente ?

Je crois que les grands groupes financiers ont déjà énormément d’intérêts dans les domaines de la science et de la médecine, deux marchés considérables. Le non-vieillissement est une véritable obsession de l’être humain : même si ce marché est aussi un leurre, il fonctionne très bien. Les produits qui concernent la prolongation de la vie sont une manne incroyable. Je suis parti de ce constat. Je ne peux être excité par un thème que s’il me permet de produire des images fortes. Le monde médical me fascine pour des raisons très personnelles : il me fait peur. J’ai été traumatisé quand j’étais gamin, vers l’âge de 7-8 ans, par une opération des amygdales sans anesthésie, à Belgrade. Je m’en souviendrai toute ma vie. le goût du sang, la douleur, la glace qu’il fallait manger juste après et qui m’a écœuré à vie des glaces.

On retrouve dons tout votre travail des corps abîmés, mutants. Cela a-t-il un lien avec cette fascination pour le monde médical ?

Cela fait partie de mes obsessions.

Oui, mais pourquoi les mutations vous obsèdent-elles ? Avez-vous d’autres obsessions ?

J’aimerais retrouver mes amygdales.

Avec Immortel, dont l’action se situe en 2095, cherchez-vous à donner votre vision du monde dans quatre-vingt-onze ans ?

Non, le film, rêve ou cauchemar, parle de nous, maintenant. C’est une méprise constante du public vis-à-vis des gens qui font de la prospective : on pense toujours qu’ils veulent donner leur vision du monde de demain. Ce n’est pas cela. C’est vrai que j’ai abordé la montée d’un intégrisme violent et éradicateur dans Le Sommeil du monstre, et dans ce cas, évidemment, cela correspondait à mes craintes pour le futur. Mais il y a énormément de choses que je mets dans mes histoires uniquement pour le plaisir, pour me promener dans l’imaginaire. C’est donc en partie, et seulement en partie, ma vision du futur : cela dit, j’aimerais pouvoir prédire que dans un futur proche une extraterrestre tombera amoureuse d’un humain qui aurait perdu une jambe en faisant une chute alors qu ‘il était en état d’hibernation, et que le tout serait manipulé par un dieu égyptien qui aurait une revanche à prendre…

Vous croyez aux extraterrestres ?

Bien sûr. La probabilité est plus qu’établie que l’Univers ne puisse pas ne pas être habité par d’autres formes de vie.

Et Dieu ? Vous parlez sans cesse de religion dans vos travaux. Vous croyez en Dieu ?

Non. Je parle beaucoup de religion dans mes travaux, car c’est une préoccupation essentielle des humains. Les religions ont toujours été un point d’achoppement, de violence, de haines, de rejet. C’est une aberration par rapport à ce que disent tous les monothéismes au départ : les textes sont purs, ceux qui les manipulent sont impurs. Cela me fascine. J’aurais pu recevoir une double éducation religieuse : catholique par ma mère, musulmane par mon père, mais ni l’un ni l’autre ne pratiquait. Et lorsque l’on n’a pas reçu d’éducation religieuse, venant d’un pays où les religions étaient maintenues sous le boisseau par le régime, l’arrivée en France est un choc : à 10 ans, cela m’a marqué. J’ai découvert le catholicisme comme partie intégrante de la société, y compris à l’école publique.

Brun, gris, bleu… Les couleurs du film restent très proches de celles de vos bandes dessinées. Vous sentez-vous obligé de les garder, comme marque de fabrique ?

Pas du tout. Ce sont mes couleurs. C’est mon goût, je ne me pose pas la question. Mon univers n’est pas si restrictif : il y a de la couleur dans mes images ! Pour moi, la couleur est un langage : le bleu, le rouge, le noir, le blanc disent des choses… Ils ont une fonction narrative. Les gens ont une vision monochrome, très grise de mon univers. Je n’y peux rien. Les couleurs arrivent par touches sur ces fonds monochromes et prennent ainsi un sens fort. Je ne me sens pas enfermé dans un genre. Je ne tiens absolument pas compte de ma notoriété pour m’enfermer, et enfermer mes lecteurs dans une reproduction de ce qui a fait mon succès. Au contraire, je me remets sans cesse en question, et cela se traduit par une forte évolution des graphismes et des textes dans mes albums.

Quand même, on imagine mal un univers joyeux naître dans votre imagination !

Mais si, il m’arrive d’imaginer des scènes joyeuses ! C’est vrai que je me vois mal passer une heure quarante dans un monde idyllique fabriqué par moi-même. Je préfère un univers dur, angoissant, et cinq minutes joyeuses à la fin. Attention ! Il ne faut pas me provoquer : je peux faire un film d’une heure quarante joyeux, mais alors les cinq dernières minutes, ce sera l’apocalypse.

D’où vous vient cette manie de scinder les villes en trois zones ?

Regardez Paris aujourd’hui ! Comme la plupart des grandes métropoles, elle est socialement découpée en trois classes : les privilégiés, ceux qui s’en sortent et les autres. Je ne fais que rendre distincts ces trois niveaux : le niveau trois, le plus élevé en altitude, était dans le scénario occupé par les exclus, car il était pollué. Plus on descendait vers le bas, plus la ville était assainie. Mais, pour installer ces trois ambiances, j’avais un problème : trop de matière pour un film d’une heure quarante-cinq. Il aurait fallu en faire un de trois heures, ce qui était impossible financièrement. Il a donc été nécessaire de dégraisser certaines choses. Non sans résister, j’ai fini par privilégier l’histoire des trois personnages principaux, le reste n’étant qu’effleuré, suggéré.

Ce manque de moyens financiers a-t-il beaucoup modifié votre projet initial ?

Dans un film utilisant des techniques virtuelles, le premier script doit être très précis, abouti. On sait qu’il sera difficile de trop modifier le projet. Les équipes de 3D commencent à travailler très tôt sur la modélisation des décors notamment : on ne peut pas changer un lieu, un décor en cours de route, alors que c’est quelque chose que je fais fréquemment en bande dessinée. L’actualité me fait modifier des scènes, rajouter des cases… La bande dessinée est libre, ce qui n’est pas le cas du cinéma. Mais l’élaboration du film a duré quatre ans. Le projet a nécessairement évolué ou cours de cette longue gestation ! Il y a eu des changements pour raisons techniques ou économiques : certaines scènes étaient lourdes, il a fallu les supprimer. Le fossé est grand entre l’écriture et l’objet final. On avance sans savoir exactement où l’on va. Il faut se concentrer sur ce que l’on veut dire, faire des choix, trancher et assumer. Il faut éviter la frustration ou alors la transformer en excitation, en énergie positive.

Y a-t-il des choses que vous auriez voulu voir dans le film et qui n’ont pas pu y figurer pour des raisons matérielles ou techniques ?

Ces moments-là sont rangés dans un coin de ma mémoire, soigneusement occultés. Je pourrais aller les rechercher, mais cela n’aurait pas grand intérêt puisque j’ai finalement le film que je voulais. Cette histoire à trois me plaît. Elle ne devait pas au départ avoir cette importance et elle s’est imposée. C’est une excellente surprise.

Êtes-vous un réalisateur très directif ?

Dans un film comme Immortel ad vitam, la direction d’acteurs est déjà définie dans les dialogues et le script. Il y a peu d’improvisation possible, et cela donne une assise aux personnages. À partir de là, dans ce cadre, après les répétitions et les mises en place, j’ai laissé aux acteurs le plus de liberté possible. Ça a très bien marché ! Je faisais rarement plus de six ou sept prises. Si l’acteur n’arrivait pas à jouer une scène, c’est généralement parce qu’elle n’était pas juste, il fallait alors la modifier.

Quel souvenir vous laisse la fabrication d’Immortel ad vitam ?

Je n’ai qu’une certitude : je suis parfaitement et totalement épuisé. Du premier jour à aujourd’hui, je n ‘ai pas cessé de travailler, de me battre contre les galères techniques, de mener plusieurs fronts, de tourner, de contrôler des images de synthèse… J’ai tout fait pour ne pas être dépassé, mais au fur et à mesure je découvrais la nasse dans laquelle je m’étais mis. Je n’ai pas eu le temps d’avoir des regrets, il fallait sans cesse trouver des solutions.

Est-il difficile d’affronter de nouveau le public et la critique quand on a connu comme vous deux échecs commerciaux avec ses précédents films ?

Il m’est parfois arrivé d’avoir eu le sentiment d’un ratage sur des histoires courtes, des couvertures d’album, des choses ponctuelles, mais ce n’était pas le cas pour mes films précédents. Je les assumais, même si l’on n’est jamais vraiment content de son propre travail. Quand je feuillette 32 décembre, par exemple, qui a pourtant eu un gros succès critique et en librairie [450.000 exemplaires vendus, NDLR], il y a au moins cinq ou six cases que je regarde en me disant que je n’aurais pas dû les faire comme cela. Je pensais donc avoir fait des films personnels, atypiques, avec des faiblesses et des erreurs mais aussi de belles choses. Entre le premier et le deuxième, j’avais beaucoup appris. Je crois que si ces films n’ont pas marché, c’est en partie parce qu’ils ont été mal distribués, ou qu ‘ils sont arrivés trop tôt, au mauvais moment. L’échec commercial est relativement facile à accepter. Ce qui est dur en revanche, c’est le rejet de la critique. Les films, devenus cultes au Japon, ont été totalement rejetés en France.

Pourquoi ?

C’est une règle qu’il faut admettre. Je n’ai plus envie de parler de ça… Je mets toute mon énergie et ma passion dans ce que je fais, c’est déjà énorme.

Avez-vous peur de l’échec d’Immortel ad Vitam ?

Pour l’instant, cela ne m’angoisse pas. Après l’échec de Tykho Moon, j’ai imaginé un projet de résistant, un film avec un tout petit budget, du bricolage, des copains… En même temps, j’attaquais 32 décembre. C’est alors que le Père Noël Charles Gassot a débarqué. Je lui ai fait remarquer que j’avais connu deux échecs, cela ne l’a pas découragé. C’est ça aussi un vrai producteur. Et nous voilà quatre ans plus tard.

Pourquoi se mettre en danger quand on a une reconnaissance telle que la vôtre dans l’univers de la bande dessinée ?

Cela me donne l’impression de vivre, d’avancer. Je n’aimerais pas me vautrer dans le confort de ma réussite d’auteur de bandes dessinées. Il se produirait inévitablement une dégradation de la qualité de mon travail, de mon engagement. En l’occurrence, j’avais envie de me prouver que l’on pouvait faire deux objets artistiques différents en partant d’un même socle. Et puis, le fait de passer d’un genre à l’autre me plaît. Le film me conduit à m’interroger sur mon style graphique, mon écriture. L’écriture cinématographique est précise, il faut beaucoup de temps pour être juste. Depuis, je suis devenu moins bavard dans mes dialogues de BD.

Iriez-vous jusqu’à la suppression du texte ?

J’ai toujours travaillé dans une logique éditoriale. Je m’exprime avec la technique d’un peintre, mais je n’ai encore jamais véritablement mené de travail de pur peintre. J’aime trop la narration.

Et une histoire sans images ?

Non, j’aime passer de l’un à l’autre. C’est peut-être pour cela que mes albums ressemblent de plus en plus à des romans graphiques.

Revenons à Immortel ad vitam. Charles Gassot disait au début : “On va exploser les Américains !” Et maintenant ?

Immortel n’est pas, mais alors pas du tout, une superproduction à effets spéciaux : il y a dans le film deux ou trois scènes de poursuite, d’action, mais c’est tout. On est beaucoup plus dans un film d’auteur, de créateur. Un film intimiste. Je suis allé voir Le Seigneur des anneaux III ; quand les Américains nous font une attaque avec monstres ailés, on ne peut pas lutter ! Il serait tout aussi idiot de vouloir rivaliser avec Matrix : cinq minutes de parlottes, dix minutes de castagne… Immortel ad vitam est un film à l’esprit européen qui utilise certains outils techniques américains. À l’arrivée, ce film, compact et cohérent, est plus à moi que je ne l’imaginais. Je me suis approprié l’outil, par la force des choses. Immortel est une histoire d’amour hybride, faite d’images 35 mm et d’images de synthèse. Il y a un parallélisme réel entre la forme et le fond.

A qui s’adresse le film ?

Je ne sais pas, aux gens qui seront touchés par une histoire qui nous dit des choses sur ce que l’on est, nous ! À tous ceux qui ont envie de se laisser embarquer dans quelque chose d’un peu atypique, de différent. Ce n’est pas un film de genre, même s’il sera classé “science-fiction”, ce qui ne me gêne pas. Si l’on avait demandé à Truffaut de répondre à la question : “Jules et Jim, c’est quoi le sujet ?” Il aurait répondu : “Il y a l’amour et ils sont trois.” Là, je peux dire la même chose : il y a l’amour et ils sont trois. Quatre avec Baudelaire.

Propos recueillis par Géraldine Foes


ISBN 9782203158450

Enki Bilal

Ça a commencé comme ça, au début de l’année 2000. Je suis dans mon atelier. Je travaille sur 32 décembre, mon prochain album. Charles Gassot me rend visite. Charles Gassot est un producteur de cinéma audacieux et curieux de tout. Nous nous connaissons depuis longtemps. En 1989, il avait donné l’ultime coup de pouce à Maurice Bernart pour produire mon premier long métrage, Bunker Palace Hôtel. La dernière fois que l’on s’était vus, c’était au Stade de France : France-Ukraine, match nul. Il tient entre ses mains mes dessins, mes peintures et dit : “Le moment est venu de faire bouger tout ça sur grand écran.” Je ne suis pas convaincu, l’animation ne convient pas à mon graphisme. Il dit: “Il ne s’agit pas d ‘animation. Il s’agit de 3D, d’images de synthèse. La technique a énormément évolué.” Je réponds : “C’est froid, c’est synthétique. Ou alors il faudrait y intégrer de vrais acteurs de chair.” Il me dit : “On est bien d’accord, on parle de la même chose. J’ai envie de tenter une expérience de ce type. Carte blanche, si tu le souhaites.” J’hésite pendant plusieurs jours sur cette notion luxueuse mais casse-gueule de carte blanche. Scénario original ou adaptation fidèle d’album existant ? Avec Pierre Christin [scénariste des premiers albums de Bilal], j’avais déjà vécu une aventure de ce genre. A la demande d’Ettore Scola, nous avions tenté d’adapter Les Phalanges de l’ordre noir. À l’arrivée, le minutage du script de Pierre dépassait quatre heures et demie. Le projet n’a jamais abouti. Je finis par choisir une solution intermédiaire. Puiser dans la matière de La Trilogie Nikopol et remodeler une histoire inédite autour de trois personnages emblématiques : Jill, Horus et Nikopol. Je pense à Serge Lehman, écrivain de SF que j’apprécie, qui connaît bien mon travail, mais dont l’œil sera forcément plus neuf que le mien. Il accepte d’être le détonateur du script. Le synopsis ne tarde pas. Le ping-pong entre lui et moi peut commencer.

Dans un film comme celui-là, le teaser [le produit d’appel, NDLR] a deux fonctions. Une fonction d’appel au financement (ce dont parle Charles Gassot) et une fonction de test purement technique. Il faut savoir que le véritable pari du film, sur le plan esthétique, est dans le métissage d’images d’origines différentes : images réelles d’acteurs et de certains éléments de décors (filmées en 35 mm) et images de synthèse d’autres personnages et de la plupart des décors (New York en 2095). Pour moi, évidemment, c’était aussi l’occasion de tester les aspects atypiques d’un tel tournage et de découvrir les équipes de Duran chargées de la 3D. Le résultat, sans être satisfaisant à 100 %, nous a largement convaincus que c’était jouable, à condition d’être un peu fous. Et on l’a été. Plutôt plus que pas assez…

Enki Bilal

Charles Gassot, le producteur

Moi, mon métier, c’est trouver des idées, mettre des gens en relation et accompagner des talents. Voilà comment les choses se sont passées pour Immortel ad vitam. D’un côté, il y avait Enki, un homme qui a élaboré au fil des ans un univers fascinant, troublant. C’est un vrai créateur. De l’autre, j’avais envie de monter un projet pour tirer parti du savoir-faire exceptionnel de certains studios français dans le domaine de l’image numérique en 3D. J’ai donc décidé d’organiser la rencontre entre ces deux mondes. Dès que j’ai eu en main les premiers éléments de Bilal, j’ai su que l’on tenait un projet exceptionnel. Mais il fallait trouver l’argent, beaucoup d’argent. Pour tourner une heure quarante-cinq en 3D, ce qui est sans précédent en Europe, nous avions besoin de 25 millions de dollars. Nous avons préparé un teaser de trois minutes, un produit d’appel destiné à être présenté à Cannes, en 2001. Dès la première image, l’univers d’Enki apparaît en grand écran, animé. C’est magique. Les Asiatiques ont immédiatement été intéressés. Ils ont aimé ce mariage entre la plus performante des technologies et l’univers très personnel d’un auteur. Immortel, c’est de la science-fiction dans un univers romantique, une histoire d’amour et des effets spéciaux inédits. On n’a pas vu de projet aussi original depuis Blade Runner. Je n’ai pas eu de difficultés pour rassembler les fonds. Pour moi, tout est nouveau . Il faut faire travailler des acteurs en chair et en os en leur demandant de jouer sur des fonds verts, sans personne en face. Il faut faire travailler des infographistes, qui sont des gens géniaux et fous furieux à la fois. Il faut faire en sorte que tout le monde garde son calme… Enki, maître de cérémonie, est extrêmement exigeant. Chacune de ses idées a des répercussions énormes. Tout cela représente un énorme travail de coordination, de circulation de l’information, de recadrage. Immortel, c’est quatre ans de travail, un gros enjeu et, évidemment, beaucoup de doutes. Faire un film, c’est douter. Tant que la copie n’ est pas en salle, on doute, on modifie, on améliore. C’est comme cela qu’une œuvre se crée.

Nous sommes quelques mois avant le 11 septembre 2001. Titanesque travail de modélisation de la pointe sud de Manhattan pour l’équipe déco de chez Duran. Où placer les éléments clés du New York du futur, où situer la pyramide volante des dieux égyptiens, où placer surtout l’emblématique building Eugenics, firme surpuissante aux activités médico-génétiques douteuses ? Où ? me demande-t-on. Je pointe du doigt les deux tours du World Trade Center : Là ! Deux, trois manipulations plus tard, les Twin Towers s’effacent de l’écran [sic]. Le building Eugenics surgit en leur lieu et place.

Jacquemin Piel, directeur des effets spéciaux

Duran est une entreprise spécialisée dans les effets spéciaux depuis longtemps. Nous nous sommes mis à la 3D en 1997, en animant notamment de nombreux clips. Avant de travailler avec Bilal, deux questions se sont posées : sommes-nous capables de retranscrire son univers graphique ? Sommes-nous capables de mélanger des acteurs réels à des personnages virtuels en 3D ? La réalisation du teaser nous a convaincus que c’était possible. Enki a alors dessiné des personnages, des têtes, des bouts de décors, des voitures, des costumes et, à partir de là, six graphistes designers ont développé son univers, aidés par une documentaliste et un architecte. Ils ont imaginé une représentation de New York en 2095 avec la circulation des hommes et des voitures. Pour les immeubles, sur la base de nos recherches, Enki a procédé à une sorte de casting de buildings. Nous avons imprimé les immeubles retenus et il a retravaillé au crayon. Puis, nous avons affiné la modélisation de chaque immeuble, passerelle… , dans le style graphique d’Enki. De même pour les personnages, il a fallu modéliser chaque acteur virtuel, définir son maquillage, sa coiffure, ses vêtements et, bien sûr, ses expressions faciales. C’est un travail titanesque, qui a commencé en 2001 et qui a mobilisé une cinquantaine de graphistes. Parallèlement à la modélisation, il fallait fabriquer avec Enki un story-board en 3D pour le tournage. Ce gigantesque brouillon est un outil indispensable pour découper les plans du film et concevoir la mise en scène. Pour cela, Duran a développé un outil maison capable de manipuler et de visualiser en 30 et en temps réel les acteurs dans leurs décors virtuels. Cela permet de valider le découpage de la fiction et de préparer le tournage avec les vrais acteurs ! Les comédiens tournant sur des fonds verts, face au vide, il faut pouvoir leur dire avec précision dans quelle direction ils doivent porter leurs regards, en face de quoi ils sont supposés se trouver… Lorsque l’on tourne en 35 mm, on ne peut pas changer les perspectives après coup. Quand ce story-board a été achevé, le tournage a pu commencer.

Jean-Pierre Fouillet, chef décorateur

Le travail de décoration a commencé de façon classique par la réalisation d’esquisses et de maquettes de l’ensemble des décors, seule une partie de ceux-ci devant être réellement fabriquée. Ce fut le cas de la fameuse salle de bains : elle existait dans la bande dessinée, puis a été réalisée en 3D, et nous l’avons construite pour de vrai. Immédiatement est apparue la difficulté qui nous a accompagnés tout au long des six mois de préparation des décors du film : les proportions d’un univers en 3D sont toujours un peu fausses, puisque le graphiste n’a pas les mêmes contraintes qu’un architecte. Lorsqu’il faut reproduire physiquement une image virtuelle, on a souvent des surprises : baignoire géante, échelle des matériaux. Parfois, comme pour la baignoire, cela donne un effet intéressant que l’on conserve. Mais nous avons souvent dû corriger les volumes ou les proportions : il fallait que le spectateur se situe dans un futur proche, qu’il n’ait pas le sentiment d’être projeté dans un monde totalement imaginaire. Nous avons donc beaucoup travaillé avec Enki et les graphistes de Duran pour harmoniser leurs images avec les décors. Nous avons dessiné les plans de tous les décors du film, même ceux que nous n’avons pas construits par la suite. Il fallait imaginer très précisément ce que nous voulions pour ne pas compliquer la tâche des studios Duran. Nous ne pouvions pas leur demander de refaire une pièce en 3D sous prétexte que tel meuble aurait été mieux à gauche qu’à droite. C’était la seule façon d’avoir une harmonie dans tout le film, d’éviter les ruptures dans les détails, les matériaux, les couleurs… Nous avons aussi conçu le mobilier, les objets et les accessoires, dont une partie a été fabriquée par une équipe de sculpteurs. Lorsque les décors intérieurs ont été prêts, nous les avons montés dans les studios d’Aubervilliers. Nous avons peu travaillé sur les décors extérieurs. Ils sont en 3D, à l’exception des éléments en contact avec les acteurs, comme les passerelles sur lesquelles ils circulent. Si la voiture de John a été fabriquée, la plupart des véhicules sont virtuels, notre travail ayant consisté à adapter à ces engins, des intérieurs réels dans lesquels les acteurs ont tourné.

Mimi Lempicka, créatrice de costumes

Sur ce film, la recherche des costumes a démarré avec les personnages virtuels. Il fallait trouver un équilibre entre leurs tenues et celles des personnages réels, tempérer certains costumes virtuels malgré le potentiel de la 3D et forcer certains costumes réels soit dans les formes, soit dans le choix des matériaux. Il était donc important, dès le départ, d’avoir une vision globale de tous les personnages du film. Comme base de travail, j’avais le scénario d’Enki, ses bandes dessinées, quelques têtes modélisées. Pour concevoir les formes, nous avons finalement opéré avec mon équipe comme si nous devions habiller de véritables acteurs : maquettes, réalisation du prototype et essayage sur un comédien en présence d’Enki et des infographistes de Duran prêts à évaluer et à absorber toutes les informations. Dans un deuxième temps, nous avons fait des propositions et des échantillonnages de matières à associer qu’il aurait souvent été compliqué ou très coûteux d’utiliser dans la réalité : chambre à air, peau veinée, galuchat…, tout en indiquant les degrés de patine et d’usure. Pour les personnages réels, le travail s’est poursuivi au moyen de documentations diverses, de recherche d’images et de photos, de réflexion sur le caractère et l’histoire de chacun, et bien sûr de nombreux dialogues avec le réalisateur. J’ai notamment puisé mon inspiration dans les photos d’August Sander et des images d’Albanais au début du siècle pour leur côté mystérieux et intemporel. Les costumes et les accessoires des personnages principaux ont tous été fabriqués pour respecter l’esprit du film, mais aussi pour répondre à certaines contraintes techniques (les cascades, par exemple). Enfin, les costumes des figurants ont été loués et composés en mélangeant les époques et les genres (civil et militaire).


Enki Bilal : Les personnages de mon film sont issus de La Trilogie Nikopol : Jill et Nikopol sont des personnages dessinés, devenus pour moi emblématiques. Il est assez rare qu’un metteur en scène fasse un film à partir d’éléments qu’il a déjà explorés dans un autre domaine. Inconsciemment, je savais que les acteurs qui devaient les incarner s’imposeraient comme des évidences.

Jill (Linda Hardy). Pour Jill, une amie m’avait aidé à faire le casting du teaser, le premier test technique : j’ai choisi Linda parmi six ou sept comédiennes, dans un premier temps essentiellement pour sa ressemblance physique. Mais, lors du tournage du teaser, j’ai trouvé qu’elle avait un véritable potentiel d’actrice et une vraie envie. C’est une bosseuse. L’évidence était là. Je lui ai fait faire un essai plus poussé, et j’ai réussi à l’imposer. Le rôle de Jill est délicat, car peu spectaculaire : pas de colères, pas de crises de larmes (même bleues), toutes ces choses qui mettent en valeur le travail des comédiens. De plus, je tiens à le préciser, je ne voulais pas d’une actrice déjà reconnue.

Nikopol (Thomas Kretschmann). Première chose : impensable de demander à Bruno Ganz, la référence du personnage de la bande dessinée. Il a pris quelques années, mais reste un comédien d’exception. Un jour, sans doute, dans un autre film… Ensuite, résister à la tentation de ne se focaliser que sur les grands noms, les stars internationales. Charles Gassot et les responsables d’UGC ont vite compris que l’aspect atypique et la nature artistique du projet pouvaient, et même devaient, se passer d’une telle contrainte. Pour moi, Nikopol était d’Europe centrale, même si dans le film il était new-yorkais. Nikopol est le nom d’une ville d’Ukraine. Parfois, quand je cherche des noms de personnages, je me jette sur un atlas… L’évidence est arrivée par Charles Gassot. Patrice Chéreau venait de lui présenter Thomas Kretschmann, un acteur d’origine est-allemande, travaillant de plus en plus à Los Angeles, et ayant tourné avec lui dans La Reine Margot. J’ai vu des photos qui me convenaient. Il avait un côté un peu voyou qui m’a plu. Lorsque je l’ai rencontré, il venait de terminer le tournage du Pianiste de Polanski. Le contact a été immédiat et très bon. Sa voix, sa façon de bouger, tout paraissait cadrer. J’avais mon couple Thomas connaissait bien mon travail. Linda, peu. Je leur ai demandé surtout de ne pas trop se plonger dans les albums, mais de travailler plutôt leurs personnages à partir du script.

Elma Turner (Charlotte Rampling). Pour Elma Turner (personnage inédit, absent de la bande dessinée), femme médecin protectrice de Jill, encore une fois, cela a été l’évidence absolue : Charlotte Rampling. Nous étions restés sur un rendez-vous manqué pour Bunker Palace Hôtel, mon premier film.

Froebe (Yann Collette) & Jack Turner (Jean-Louis Trintignant). Certains amis fidèles m’accompagnent dans toutes mes expériences cinématographiques. Jean-Louis Trintignant et Yann Collette sont de ceux-là. Tous deux apparaissent dans le film sous leurs traits, mais en images de synthèse. Jean-Louis a même le visage de son personnage de Bunker Palace Hôtel.


Nicolas Degennes, créateur de maquillage

Enki Bilal aime le maquillage, il le rend réel, féerique, inimaginable, donc moderne et tellement actuel… Je rêvais de le rencontrer un jour. Dans la foulée du film Peut-être de Cédric Klapisch, Sophie Bernard, de la société de production Téléma, a été le lien pour cette rencontre. Enki m’a demandé de faire des propositions sans me donner de direction réelle. Il parle peu, mais il regarde, partage son énergie, ouvre son cœur et quand il dit quelque chose, c’est un mot-clé. Je suis parti des dessins vierges et j’ai fait des propositions de style, mais aussi de textures et de technique de maquillage. J’ai rencontré la costumière, le décorateur, les infographistes et Cécile Gentilin, la chef coiffeuse. Un visage n’est pas le même le matin ou le soir, son maquillage varie. La fatigue le rend plus inquiétant en fin de journée. Tout est important dans le maquillage d’un visage, le poil, son implantation, les pores de la peau. Nous avons partagé nos compétences et nos recherches, puis fabriqué une banque de données composée de matières grasses, mates, brillantes qu’ont pu utiliser les infographistes… À la fin, nous avons créé un monde réel un peu irréel, avec des visages maquillés grâce à des textures au Latex, ce qui les fige, les rend moins humains, et un monde de visages virtuels assez réalistes. L’ensemble était homogène, à la fois gris et coloré. Au total, il a fallu environ trois mois de préparation. Il y a eu trois mois de tournage pour Pascal Thiollier, chef maquilleur, et Marie-Luce Fabre, magicienne de la psychologie et néanmoins géniale maquilleuse. Nous avons maquillé jusqu’à 100 personnes en une matinée. Dans de tels cas, on se lâche et l’énergie d’Enki vous guide dans son univers de création, c’est génial. Jill a la peau blanche, son sang et ses larmes sont bleus. Il a fallu annuler les rouges du visage de Linda, colorier ses yeux. Ayant la chance de travailler en laboratoire pour la conception de nouveaux produits de maquillage, je suis allé voir mes petits chimistes et je leur ai demandé de me fabriquer des fonds de teint très spéciaux, pas encore commercialisables – car trop expérimentaux -, mais qui le seront un jour. Ils ont été emballés, ont composé des matières plastifiées, des textures rigides et souples, des colles. Cette recherche donne un effet très particulier sur les larmes et cicatrices de Jill. Charlotte Rampling disait un jour de moi : “Ils sont mignons ces créateurs, ils vous font des trucs superbes, mais c’est pas eux qui portent ces maquillages toute une journée.” Je l’avoue, il est très éprouvant de porter nos inventions.

Linda Hardy, actrice

Rien ne m’a vraiment paru difficile pendant le tournage, à l’exception du premier jour, puisqu’il s’agissait d’une scène de viol. Pour le reste, ni les fonds verts, ni les harnais auxquels nous étions parfois accrochés pour tourner certaines scènes ne m’ont effrayée. J’ai peu d’expérience du cinéma, donc pas de repères : lorsque je tournerai un film plus conventionnel, tout me semblera peut-être extrêmement simple ! Le plus dur pour moi, c’étaient les deux heures quotidiennes de maquillage et le port des lentilles. Tous les jours, et parfois deux fois par jour, il fallait rester là, immobile et sans rien faire, attendant de devenir Jill. Pour traduire la psychologie du personnage, qui n’a en fait que trois mois d’existence, j’ai écouté très attentivement les directives d’Enki. Il m’a fallu modifier la tessiture de ma voix pour la rendre plus grave, et comme nous tournions en anglais, j’ai perdu mon naturel : cela m’a aidée à construire un personnage un peu mécanique, surnaturel, glacial au début et qui se réchauffera au fil du film.

Enki Bilal

Le tournage traditionnel 35 mm, en studio à Aubervilliers, était attendu par tous comme une délivrance, une étape enfin concrète après deux ans de virtualités synthétiques et abstraites. Le décor, les lumières, la caméra, tout est là. Au poste de chef opérateur, je retrouve avec plaisir Pascal Gennesseaux, cadreur de mon premier film, Bunker Palace Hôtel, tourné à Belgrade à la fin des années 80. Je prends le temps de répéter les premières scènes entre Jill et Nikopol dans le décor de la chambre d’hôtel et de la salle de bains. Les dialogues, traduits en anglais, ont gardé leur extrême et nécessaire précision. On est bien loin de toute notion de réalisme et de naturalisme. Linda Hardy et Thomas Kretschmann font des propositions que j’accepte parfois. Visiblement. chacun se débat dans un univers qui laisse peu de place à l’improvisation. Je réalise moi-même à quel point le script est redoutablement verrouillé. Malgré tout et très rapidement, je sens les acteurs prendre leur personnage en charge, chacun à sa manière, Linda sur la concentration, Thomas sur l’énergie et une certaine impatience. Je fais en sorte que l’essentiel soit dit entre nous au cours de ces répétitions. Je tiens à aborder le tournage avec le maximum de souplesse et de sérénité.

Thomas Kretschmann, comédien

Un jour, j’étais à Los Angeles, où je vis, et je regardais un film en 3D, en me disant que cela devait être fantastique de jouer dans ce type de production, où le rôle de l’acteur devient extrêmement précis, technique. Deux semaines plus tard, j’ai reçu un appel d’Enki. Il m’a proposé de jouer dans son film. On m’a fait parvenir un teaser : le monde qui était là, difficile, fascinant, me correspondait parfaitement, et j’ai pensé que j’avais beaucoup de chance que l’on m’offre le rôle de Nikopol. Le fait que j’ai joué avec Roman Polanski puis avec Enki, comme moi originaires de l’Europe de l’Est, n’est peut-être pas une coïncidence. C’est sans doute pour cela que j’ai l’impression d’être en phase avec leur monde. Le personnage de Nikopol est comme moi, un homme du passé et de nulle part. Je viens d’Allemagne de l’Est, je vis à L.A., mais je ne suis d’aucun de ces lieux. Je n’ai rien fait de particulier pour préparer le rôle à part lire le script, regarder les bandes dessinées d’Enki, m’asseoir à côté de lui… La difficulté, c’est que le monde d’Enki est tellement fantastique que l’on n’a pas de référents. Il faut se concentrer et imaginer quelque chose de nouveau. Je devais être alternativement Nikopol et un Nikopol habité par Horus, sans changer d’apparence extérieure. Lorsque j’étais habité par Horus, j’adoptais une manière de bouger différente et je modifiais le débit de ma voix. Au moment où Horus prenait possession de Nikopol, j’inspirais profondément pour marquer la transformation. Finalement, tout cela était très technique.

Enki Bilal

J’ai toujours utilisé le vert dans mes peintures avec prudence, pour ne pas dire parcimonie. Je lui donne le plus souvent une fonction électrisante sur des camaïeux froids. C’est d’ailleurs ainsi qu’il est apparu sur le tournage. Par petites touches, l’air de rien, dans le coin d’un décor d’abord , puis sur un fond plus conséquent. Le tournage traditionnel, qui aura duré un peu plus de un mois, arrivait à son terme, avec pas mal de mélancolie pour nombre d’entre nous… Les scènes de chambre et salle de bains, Jill-Nikopol, les scènes du cabinet médical, Jill-Elma Turner, sont derrière, celles riches en figuration du Tycho Brahé Bar, aussi. La chair du film, des personnages, était en boîte. La dictature du vert, de la technique 30, pouvait se mettre en marche. On se souviendra tous de l’apparition surréaliste de Thomas Pollard (Horus) en collant vert des pieds à la tête, sur un lit aux côtés de Nikopol et Jill. Et qui oubliera le plateau de 1.300 mètres carrés, sans le moindre élément de décor, recouvert quasiment du sol au plafond de toile verte, bien électrique, épuisante au fil des jours pour les yeux ? Les scènes d’action, poursuites, suspensions, seront tournées là, faussement abstraites, ultraprécises… Il faut reconnaître que nous haïssions tous ce vert : trop de jaune dedans, pour cause de cheveux bleus de Jill. D’ailleurs, pourquoi lui ai-je fait des cheveux bleus à Jill ?


La postproduction

La postproduction d’un film numérique consiste pour l’essentiel à intégrer des effets dans des images déjà tournées. Les 1.400 plans du film sont retravaillés.

  • La mocap’. La “motion capture” est une phase d’aide à l’animation. Un acteur joue sur un plateau, vêtu de noir et couvert de capteurs qui enregistrent ses mouvements. On obtient ainsi un squelette en mouvement, qui est utilisé pour restituer les postures des personnages virtuels.
  • L’animation. L’animation est le processus qui va donner vie à un personnage ou faire bouger un objet. Sur cette image [voir p. 26 dans  documenta.wallonica.org], on voit le faucon pénétrer dans une chambre d’hôtel : l’équipe d’animation fait freiner l’animal qui tient Jill entre ses griffes. La scène doit être crédible. En réalité, Jill a été filmée en 35 mm, tenue par des câbles fixés au plafond, coulissant le long de rails.
  • L’éclairage. L’équipe de l’éclairage doit donner aux images virtuelles un rendu proche de la réalité. Ils font le travail d’ un chef opérateur sur un long métrage classique. Il faut fabriquer des ombres, des reflets, des brillances… Les matériaux mats absorbent la lumière, les matériaux brillants la reflètent. Il faut donc tenir compte de toutes ces nuances. Sur l’image ci-contre [idem], l’équipe ‘rend réelle’ la tête du barman (un dessin d’Enki modélisé en 3D), en animant d’abord ses mouvements pour les rendre humains (alors qu’objectivement le barman ressemble à un mérou), puis en éclairant le visage.
  • Le compositing. C’est la dernière phase, déterminante, car c’est ce qui fait que l’on y croira ou pas. On prend les images tournées en 35 mm, les images de synthèse, et l’on mixe le tout de telle façon que le spectateur ne voit pas les couches superposées. C’est en quelque sorte la patine du film, un travail sur le grain, la profondeur de champ, les nuances de couleurs.

Le son

Enki Bilal

L’image dessinée, peinte, ne produit aucune frustration sonore, musicale ou autre, je crois le savoir depuis longtemps. Elle a sa totale autonomie, contenant sans doute une musicalité impalpable, à un autre niveau que celui des décibels. Pour l’image filmée, c’est tout le contraire. Même le silence a besoin d’une bande-son. Au mixage, l’aspect non réaliste de la majeure partie de mon film ainsi que sa fabrication atypique révèlent de manière passionnante l’importance et la précision du langage sonore. Musique originale, effets, bruitage, tout se fond pour créer un univers décalé mais cohérent. Pour certaines scènes clés, j’ai choisi des morceaux de Sigur Rös, Julie London, Bashung, Denis Levaillant, Julie Delpy, Venus

Laurent Quaglio, sound designer

Ayant travaillé sur les bandes-son de L’Ours et de Microcosmos, j’ai une bonne expérience des films hors normes, ceux pour lesquels il faut inventer des sons de toutes pièces. Or, il y a dans Immortel un gros travail de création sonore (très peu de sons naturalistes et beaucoup de choses créées dans mon studio). Au départ, pour savoir si mon travail conviendrait à Enki, j’ai imaginé des sons en regardant une scène, préparée tout exprès, d’environ deux minutes. Il s’est avéré que mes propositions collaient parfaitement avec celles de Goran Vejvoda.

Goran Vejvoda, créateur de la musique originale d’Immortel

Dans un film classique, la composition se fait lorsque le montage est terminé : on effectue un ‘spotting’, c’est-à-dire que l’on regarde le film avec le réalisateur pour choisir les scènes qui seront appuyées par la musique. Ici, j’ai composé à partir d’un premier montage de travail et d’un très bref spotting, j’ai même composé certains morceaux sans avoir vu d’images. Cela m’a permis de briser le train-train habituel du cinéma, de faire fonctionner mon intuition. La musique était au départ assez noire, elle est devenue, au fil du temps, plus subtile et poétique. Je ne voulais pas d’un Stabylo émotionnel, ce genre de musique qui surligne lourdement toutes les scènes, comme cela se fait de plus en plus souvent.


Baudelaire par Nadar (1855) © Bridgeman Berlin

Les dialogues de la dernière scène d’immortel sont extraits des Fleurs du Mal, de Charles Baudelaire :

Jill : “Mais…

Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l’envers…
Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.

Nikopol :

Tout cela ne vaut pas le terrible prodige
De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l’oubli mon âme sans remord,
Et, charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort !

Baudelaire, Poison

L’intégralité des pages non-commerciales du magazine EPOK consacré au film d’Enki Bilal est conservée dans DOCUMENTA, ad vitam…

 

 


Encore de la BD ?

Babylon 5 : Comprendre les histoires pour mieux construire le futur

Temps de lecture : 6 minutes >

“Et si Babylon 5 était tout simplement une des meilleures séries de science-fiction jamais écrite ? […] Entre réappropriation de l’histoire du monde et déconstruction de l’histoire du héros de science-fiction, il y a beaucoup à dire sur les 110 épisodes répartis en 5 saisons qui furent diffusés de 1993 à 1998…

“Babylon 5 ?!”, me dites-vous, un air pétrifié vous figeant le visage dans l’horreur la plus sombre. La série avec le type à la coupe de cheveux ridicule et aux effets spéciaux d’un autre âge ?”. Bien, admettons : certains choix esthétiques de la série et la difficulté de ses images de synthèse à traverser les années peuvent rebuter. Plus sérieusement, cependant, qu’est-ce que Babylon 5 pourrait bien offrir de plus intéressant que les autres séries de science-fiction occidentales ?

Pour bien appréhender la question, il est important d’en connaître quelques spécificités. Lorsque Warner Brothers accepte de financer une nouvelle série de SF écrite par le scénariste J. Michael Straczynski, celui-ci leur présente une saga auto-suffisante, dont l’histoire sera toute tracée, du pilote au dernier épisode de la saison 5, avant même que la production ne commence. Ainsi libéré de l’énorme contrainte posée par l’incertitude annuelle du renouvellement, Straczynski en profite pour planifier son histoire de manière millimétrée (il écrit 92 des 110 épisodes lui-même), sans toutefois oublier que le médium télévisuel impliquait un certain lot de risques auxquels il convenait de pallier en intégrant des portes de sortie scénaristiques possibles pour chaque personnage important de la série. Pour réaliser sa vision, la concentration de l’action dans un nombre prédéfini de lieux permet de contrôler le budget (estimé à 500.000 dollars par épisode… soit au moins trois fois plus faible que celui de Star Trek DS9).

Ainsi, la différence majeure que présente Babylon 5 est sa capacité à construire une mythologie cohérente et riche en se transformant progressivement en épopée sérialisée dans laquelle chaque épisode participe à l’évolution des intrigues comme des personnages. Cela signifie que certaines graines plantées en saison 1 trouvent leur écho uniquement en saison 3, voire en saison 5, que les personnages ne sont jamais statiques comme ils peuvent l’être dans les autres séries (qui fonctionnent sur un procédé de répétition de la diégèse afin de maintenir la familiarité de l’univers présenté), et que chaque dialogue est susceptible de porter une signification bien plus ample qu’à la première vision. Reposant sur les procédés de prolepse et d’analepse, la série se révèle ainsi exigeante sur l’instant mais gratifiante sur la durée, qui permet finalement de saisir la portée et la précision de l’écriture globale.

Alors que la franchise Star Trek fonctionne par alternance entre système d’épisodes indépendants et arcs narratifs développés sur une saison (parfois deux), ou que The X-Files finit par plier sous l’incertitude toujours reconduite de sa survie (menant à des non-dits et des incohérences), Babylon 5 se permet de bâtir son épopée dès son pilote et fait de chaque épisode une pièce intégrante du puzzle. Cependant, au-delà de la cohérence interne inégalée que la série offre dans le genre de la SF, la création de Straczynski dépasse de très loin l’exercice d’écriture en construisant ses fondations sur deux piliers inédits en télévision : la réappropriation de l’histoire du monde, et la déconstruction de l’histoire du héros de science-fiction et de son univers.

Babylon 5 © taraazi.com

Babylon 5, épopée historique

Sur ses cinq saisons et quelques-uns de ses téléfilms, la franchise Babylon 5 développe un univers régit par les forces géopolitiques et les héros individuels qui l’habitent. Les deux aspects en question participant à l’existence de la dimension épique de l’histoire, la pleine portée de celle-ci ne peut être réellement abordée que si le spectateur garde à l’esprit que les événements présents à l’écran font écho à des faits historiques réels réinterprétés, reformulés pour en souligner le rôle et en comprendre l’impact. Il est extrêmement difficile d’en parler avec précision sans révéler des parties importantes du scénario, c’est pourquoi les détails de ces points scénaristiques seront passés sous silence autant que faire se peut, leur signification n’en étant pas moins compréhensible une fois les parallèles établis (mais certains spoilers persistent, soyez prévenus).

Pour renforcer sa filiation à l’histoire, on notera que la série est présentée, et ce dès la première saison, sous forme de fait révolu, d’une sorte de conte mythique qui nous est récité en images, l’inscrivant directement dans l’Histoire. Babylon 5 est donc une station spatiale bâtie dans l’espoir de créer un lieu d’échange et de paix pour les différentes cultures peuplant la galaxie. Il s’agit de la cinquième station Babylon, les trois premières ayant été victimes de sabotage et la quatrième ayant tout simplement disparu au lendemain de sa mise en service. Les acteurs principaux de ce théâtre interstellaire représentent cinq races : les humains, les Minbari, les Narns, les Centauris et les mystérieux Vorlons. Ce simple postulat permet de rappeler la vraie Babylone bien sûr qui, lorsqu’elle fut gouvernée par le roi Hammurabi, se transforma en scène de confrontations dans l’espoir de rallier les cinq états-ville les plus puissants la composant (Larsa, Eshnunnathe, Qatna, Aleppo et Assur). Ainsi plantée sur un sol historique, aux limites du mythe, la série se divise en cinq saisons, la première faisant office de prologue et la dernière d’épilogue, tandis que les diverses tragédies épiques développées atteignent leur apogée en saison 4.

Motivée par les manipulations de races anciennes, l’intrigue se permet de dépasser les considérations manichéennes pour mieux pervertir le schéma de guerre froide qui s’installe petit à petit, et s’achever sur une confrontation des idéologies primordiales ayant servi de justification aux guerres d’antan. Ainsi, si les races de Babylon 5 sont prisonnières de leur idéologie, elles ne le sont justement pas afin de mieux s’approprier un territoire spatial, mais bien pour conquérir un territoire métaphysique. Si Straczynski fait s’opposer ces êtres anciens et leurs positions arrêtées aux races plus jeunes généralement motivées par leurs seuls besoins immédiats, c’est pour mieux souligner le fait qu’une idéologie respectée sans recul est aussi destructrice que l’absence de tout idéal.

Plongés dans un monde en mouvement constant, les personnages revivent notre histoire : le peuple Drazi se divise à l’instar de l’Irlande du Nord ou du conflit israélo-palestinien ; le mouvement paramilitaire de la Garde de nuit est créé en réaction à une aliénisation croissante de la société et ravive le souvenir de la Gestapo ; une planète est bombardée “jusqu’à revenir à l’âge de pierre” comme le fut le Vietnam ; deux des races majeures entretiennent une relation semblable aux WASP et aux afro-américains autrefois esclaves ; la Bataille de la Ligne si souvent évoquée par les héros se révèle vite ressembler à une bataille de Dunkerque élevée au niveau cosmique ; l’empereur fou Cartagia fait écho au romain Caligula ; la République Centauri n’est autre qu’un Empire Romain en décadence, et les exemples se multiplient encore et encore au fur et à mesure que les saisons défilent.

La présence de tels parallèles ne suffit pas néanmoins, à justifier le discours de Straczynski, qui se doit de poursuivre en adaptant l’issue ou les circonstances de tels événements pour en extraire une prise de position critique. De ce fait, si les dissensions internes peuvent paraître logiques aux combattants, elles n’ont aucun sens pour les étrangers, qui ne perçoivent pas la finalité des combats ; l’existence de mouvements violents et réactionnaires se retourne d’une certaine façon contre ses instigateurs en les entraînant dans une spirale incontrôlable ; le bombardement orbital de la victoire est obtenu au prix immense de l’âme du politicien ; l’issue de la bataille de Dunkerque est relue en tant que victoire miracle suite à la compréhension soudaine de l’unité des peuples, et ainsi de suite.

Orientant son histoire vers un angle globalement positif, Straczynski réécrit l’Histoire pour mieux effacer la binarité apparente du monde et en révéler la complexité intrinsèque, ne laissant ainsi jamais au spectateur l’occasion de prédire avec certitude l’issue de tel ou tel arc scénaristique, le prenant également par surprise aux moments les plus inattendus. Cependant, si l’optimisme est important, la difficulté des épreuves à surmonter pour parvenir à la victoire ou à des semi-victoires force toujours les héros à envisager une alternative, une troisième solution.

Au final, l’auteur de la série construit une épopée dont il n’est pas toujours évident d’appréhender la portée sans repérer sa réorganisation historique. Celle-ci permet de remettre en question la responsabilité de chacun à forger l’histoire et à appréhender les conséquences qu’ont chacune de nos décisions. Par conséquent, les personnages essayant de remodeler l’histoire à leurs propres fins ne récoltent que vents et tempêtes : le passé doit absolument être mis à jour à travers le prisme de la vérité absolue, elle-même mise à mal par la tendance qu’ont les médias à dramatiser les faits et les universitaires à se faire conteurs plutôt qu’observateurs, réduisant ainsi les actions d’une somme d’individus à des flux socio-politiques abstraits. Cette recherche de la vérité est présentée comme unique solution à la compréhension du passé et à la construction du futur.” [lire la suite sur CLONEWEB.NET]


[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : compilation par wallonica.org  | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © transi.com


Se faire une toile…

L’art du blasphème au cinéma : cinq films qui ont choqué les bigots

Temps de lecture : 4 minutes >
“La dernière tentation du Christ” de Martin Scorsese (1988) © D.R.

“Les grands metteurs en scène – Luis Buñuel, Martin Scorsese, Jean-Luc Godard – se sont souvent intéressés à la religion et très rarement pour caresser les dévots dans le sens du poil. Retour sur cinq films emblématiques qui ont suscité des polémiques et, parfois, ont essuyé les foudres de la censure. Voire pire…

L’ÂGE D’OR” DE LUIS BUÑUEL (1930)

Un film injurieux pour la patrie, la famille et la religion“. N’en jetez plus ! En 1930, le Cardinal Jean Verdier, archevêque de Paris de 1929 à 1940, ne mâchait pas ses mots pour fustiger le chef-d’œuvre de Luis Buñuel. Un monument du surréalisme où le cinéaste met en scène plusieurs séquences ostentatoirement blasphématoires dont l’une où le spectateur découvre le Christ, vêtu d’une robe immaculée, au sortir d’une orgie torride où des libertins déchaînés ont donné libre cours à leurs fantasmes sadiens…

Censuré peu après sa sortie dans les salles françaises le 28 novembre 1930, “L’âge d’or“, au fil des décennies, s’imposera comme un grand classique de l’histoire du cinéma. Par la suite, Luis Bunuel, dans sa longue et admirable carrière, s’en prendra de nombreuses fois aux doxa religieuses et aux hypocrisies des institutions cléricales. Notamment dans “Viridiana” (1961, palme d’or au Festival de Cannes) où il représente une Cène blasphématoire où le Christ et ses apôtres sont remplacés par une bande de mendiants. Une scène et Cène évidemment considérées comme « sacrilèges » par le Vatican.

LA RELIGIEUSE” DE JACQUES RIVETTE (1965)

Contrainte de rentrer au couvent par ses parents, la jeune Suzanne Simonin, dépourvue d’attirance pour la religion, souffre mille maux en subissant les brimades d’une abbesse psychopathe, puis les avances libidineuses d’une seconde mère supérieure… Près de deux siècles après la publication du roman de Diderot, Jacques Rivette, en 1965, adapte La religieuse, dirige Anna Karina dans le rôle titre et ne s’attend pas à déclencher la vindicte des dévots en furie. Erreur ! Une congrégation de religieuses, baptisée, cela ne s’invente pas, “L’union des Supérieures majeures de France” juge, sans en avoir vu une seule image, que l’œuvre du cinéaste de la Nouvelle Vague est “un film blasphématoire qui déshonore les religieuses“. Les autorités suivent et le film de Rivette, en 1966, est interdit de distribution.

Une censure qui déclenche un tollé dans l’univers artistique de l’époque. Jean-Luc Godard, dans les colonnes du Nouvel Observateur, écrit ainsi une lettre ouverte à André Malraux, ministre de la culture, qui fera date. “Je suis sûr, écrit Godard, que vous ne comprendrez rien à cette lettre où je vous parle pour la dernière fois, submergé de haine. Pas d’avantage vous ne comprendrez pourquoi dorénavant, j’aurai peur de vous serrer la main même en silence“. Il faudra attendre 1967 pour que le film sorte dans quelques salles parisiennes. Et… 1975 pour que la décision d’annuler la censure soit prise par le Conseil d’Etat.

LA VIE DE BRIAN“, DES MONTY PYTHON (1979)

Le dénommé Brian Cohen naît dans une étable voisine de celle du vrai Jésus de Nazareth, et est honoré par erreur par les rois mages. De quoi bouleverser le destin d’une humanité qui n’aime rien tant que prier… Comment se moquer de la religion, de l’aveuglement fanatique, des marchands du temple et des intégristes de tous poils ? La bande libertaire des Monty Python répond à la question en 1979 dans cette comédie délirante qui, comme il se doit, ne respecte rien ni personne. Pas même le châtiment de la crucifixion qui n’est pas si redoutable puisqu’il donne l’occasion, dixit un personnage, de “souffrir en plein air“. Evidemment considéré comme blasphématoire par certains (le film, par exemple, fut interdit pendant huit ans dans la prude Irlande), “La vie de Brian” connut néanmoins un important succès partout dans le monde et ses auteurs ne furent menacés de représailles par personne.

Qu’adviendrait-il de nos tristes jours régressifs si de nouveaux Monty Python envisageaient de tourner une comédie de ce genre sur l’hystérie religieuse ? Des producteurs se risqueraient-ils à la financer ? Les mêmes questions se posent pour feu les blasphémateurs français Jean Yanne (“Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil“) ou Jean-Pierre Mocky (auteur, entre autres, de l’anticlérical “Le miraculé“) qui, en leur temps, se sont amusés à stigmatiser l’intolérance religieuse.

JE VOUS SALUE MARIE” , DE JEAN-LUC GODARD (1985)

Jean-Luc Godard (CH) ne fait jamais rien comme tout le monde. La preuve avec ce film où il réinvente à sa guise l’histoire de la Nativité et des parents de Jésus en faisant de Marie une étudiante passionnée par le basket et bossant dans une station-service et de Joseph un chauffeur de taxi marginal… Pas de quoi fouetter un bigot ? Ce n’est pas l’avis des intégristes qui se déchaînent contre le film. En premier lieu, les membres de “l’AGRIF” (“Alliance Générale contre le Racisme et pour le respect de l’Identité Française et chrétienne“) qui organisent des manifestations et sit-in devant les salles obscures qui projettent le film. Trois ans plus tard, les activistes intégristes, en guerre contre les images prétendument blasphématoires, feront parler d’eux plus violemment encore.

LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST“, DE MARTIN SCORSESE (1988)

Martin Scorsese n’a jamais fait mystère de sa foi catholique. Mais, en homme et auteur libre, le cinéaste américain n’aime rien tant que prendre ses libertés avec les textes sacrés et les catéchismes en tout genre… Dans “La dernière tentation du Christ“, Scorsese met ainsi en scène un Jésus qui doute de sa mission en ce bas monde, qui tombe en pâmoison amoureuse pour la prostituée Marie-Madeleine et qui souhaite vivre comme un homme normal.

Déjà objet de vives polémiques lors de sa production, le film, incarné par l’impérial Willem Dafoe, est vilipendé à  l’heure de son exploitation et déclenche la fureur des intégristes partout dans le monde. Lors de sa diffusion au Festival de Venise, le cinéaste Franco Zeffirelli, connu pour ses opinions obscurantistes, juge ainsi que le film est un “pur produit de la chienlit culturelle juive de Los Angeles qui guette la moindre occasion de s’attaquer au monde chrétien“. En France, en guise de sinistre point d’orgue, un incendie provoqué par des catholiques traditionalistes frappe le cinéma Saint-Michel à Paris le 22 octobre 1988. Treize spectateurs sont blessés. La conséquence implacable d’une campagne de propagande qui entendait empêcher la sortie du film au nom du “respect des croyances“. Un refrain qui, malheureusement, est plus que jamais d’actualité…”

Pour lire l’article original avec pubs de Olivier De Bruyn sur MARIANNE.NET (25 novembre 2020)


On se fait une toile ?

#DécrisMalUnFilm

Temps de lecture : 2 minutes >
© yodablog

Tout le monde n’est pas François Forestier ou (pour les plus de vingt ans) Sélim Sasson. De quel film s’agit-il, dans ces tweets non-trumpiens ? Nous, on n’a pas tout trouvé. A vous la balle…

  1. “Y a un sorcier et il a des potes et y a un mec qui n’a pas de nez qu’est pas cool du coup ils lui déchirent sa race.”
  2. “C’est deux mecs qui se bat tout seul dans un parking.”
  3. “Un savant fou s’acoquine avec des terroristes libyens obligeant un mineur à aller dans le passé pour friendzoner sa mère.”
  4. “Désespéré par une vie d’errance, un iceberg tente sans succès de se suicider en se jetant contre un paquebot géant.”
  5. “Batman et Superman s’unissent pour combattre Doomsday parce que sa mère ne s’appelle pas Martha.”
  6. “C’est un mec qui a préféré mourir d’hypothermie plutôt que de monter sur une planche alors qu’il y avait la place.”
  7. “L’histoire d’un mec qui dit à un autre “Je suis ton père” mais il le croit pas car il est noir.”
  8. “C’est l’histoire d’un gros méchant requin qui mange des gens que quand il ya de la musique sinon sans musique il est gentil.”
  9. “Un nain vert dyslexique qui se bat à coups de néon contre un motard asthmatique sapé en noir.”
  10. “C’est un mec il tombe amoureux de Siri sur son iPhone, mais c’est la voix de Scarlett Johansson aussi donc bon ça va.”
  11. “C’est l’histoire d’une amitié brisée entre un employé FedEx et un ballon.”
  12. “C’est l’histoire d’un type qui lit plein de bouquins de poésie mais qui crève parce qu’il a pas lu celui sur les plantes.”
  13. “Un projectionniste jaloux veut tuer 1 type qui vomit quand il est content protégé par 1 garde du corps qui danse la carioca.”
  14. “L’histoire d’un groupe de pote qui fait un road trip pour jeter un bijou dans un volcan.”
  15. “C’est l’histoire d’un enfant de 10 ans qui fonce dans un mur et qui rencontre un roux dans un train pour aller à l’école.”

Lire l’article original avec les publicités sur TOPITO.COM (10 septembre 2020)


Rire encore…

L’équation du trou de ver d’Interstellar aurait été trouvée…

Temps de lecture : 8 minutes >
© Warner Bros.

“Un des plus grands experts de la théorie des supercordes appliquée aux trous noirs, Juan Maldacena, a trouvé avec un collègue une solution décrivant un trou de ver traversable sans danger pour un humain. Remarquablement, elle émerge d’une variante de la théorie considérée par le prix Nobel Kip Thorne pour rendre crédible scientifiquement le film Interstellar [un chef d’oeuvre de Christopher Nolan, 2014].

En novembre 2015, fut fêté le centenaire de la formulation finale par Einstein de sa théorie de la relativité générale. À peine un mois plus tard, on pouvait célébrer l’astronome et physicien Karl Schwarzschild qui a publié en janvier 1916 sa fameuse solution décrivant le champ de gravitation d’une étoile sphérique et homogène. Au cours des deux années qui allaient suivre, Einstein, de son côté, découvrait dans sa théorie la possibilité de l’existence d’ondes gravitationnelles et celle de la construction d’une véritable cosmologie faisant intervenir une mystérieuse constante.

Ligo et Virgo ont confirmé l’existence des ondes gravitationnelles ; la cosmologie relativiste du Big Bang a connu un succès éclatant, le tout dernier venant des mesures du rayonnement fossile par le satellite Planck et même, la constante cosmologique d’Einstein semble bel et bien réelle en raison de la découverte de l’accélération de l’expansion de l’Univers observable, peut-être causée par une mystérieuse énergie noire.

La solution de Schwarzschild s’est montrée encore plus étonnante quand bien même son découvreur n’eut malheureusement pas le temps de le comprendre, décédant très peu de temps après sur le front russe au cours de la première guerre mondiale. Karl Schwarzschild n’a en effet rien su des travaux de pionnier en 1939 de Robert Oppenheimer.

Les ponts d’Einstein-Rosen

Grand lecteur de la Bhagavad Gita, le père de la bombe A avait en effet posé à cette occasion et, via deux articles écrits en collaboration avec ses étudiants de l’époque (On Massive Neutron Cores, avec Georges Volkoff, et On Continued Gravitational Contraction, avec Hartland Snyder), le socle sur lequel les théories des étoiles à neutrons, et surtout celle de l’effondrement gravitationnel conduisant à la formation d’un trou noir, seront construites à la fin des années 1950 et au début des années 1960.

Nous avons toutes les raisons de penser aujourd’hui que les trous noirs existent bien comme l’ont à nouveau fortement suggéré les premiers indices de l’existence des modes quasi-normaux des trous noirs et les observations de la collaboration Event Horizon Telescope. On a donc de nouveaux motifs pour prendre au sérieux l’héritage d’Einstein et Schwarzschild, à savoir plus précisément l’existence de trous de ver, selon l’expression de John Wheeler.


Jean-Pierre Luminet parle des trous de ver, de leur connexion avec les trous noirs en rotation et du voyage interstellaire. © Jean-Pierre Luminet

Là encore, Schwarzschild ne pouvait se douter de ce qu’Einstein et son collaborateur de l’époque, Nathan Rosen, allaient découvrir en 1935 en étudiant sa solution sous un jour nouveau. Au départ, il s’agissait pour Einstein de trouver une solution de ses équations du champ de gravitation couplées aux équations du champ électromagnétique de Maxwell, mais dans la version en espace-temps courbes qu’il avait découvert au cours des années 1910. Cette solution promettait d’ouvrir la voie à un traitement des particules de matière purement en terme d’équations de champ et donc de les déduire des équations de la relativité générale, une fois convenablement unifiée avec le champ électromagnétique. L’existence de particules de matière chargées n’était donc potentiellement plus un axiome à ajouter aux théories physiques mais une conséquence de ces théories. En plus d’ouvrir la voie à une unification des forces, on pavait celle menant peut-être vers une théorie non dualiste de la matière et des champs de forces, voire une nouvelle théorie quantique.
Einstein et Rosen découvrirent donc à cette occasion qu’il y avait une topologie cachée derrière la solution de Schwarzschild que l’on pouvait interpréter, par analogie avec un modèle de l’espace courbe en deux dimensions comme une sorte de tube reliant deux feuillets d’espace-temps, donc entre deux univers ou, plus certainement dans l’esprit d’Einstein, entre deux régions de l’espace. La théorie des ponts d’Einstein-Rosen était née.

Comme il pouvait servir de raccourci entre deux de ces régions et permettre de contourner l’interdit d’Einstein concernant la vitesse de la lumière, la science fiction s’est rapidement emparée du concept pour le voyage interstellaire comme l’explique Jean-Pierre Luminet dans la vidéo ci-dessus. Malheureusement, on s’est aperçu par la suite que les ponts d’Einstein-Rosen étaient en fait dynamiques et pas traversables. Un voyageur imprudent y pénétrant verrait la géométrie de l’espace-temps changer au point de finir par l’écraser en un point singulier de cet espace-temps.

On est donc quelque peu fasciné, même s’il faut garder la tête froide à ce stade, par un récent article déposé sur arXiv par Juan Maldacena et Alexey Milekhin. Maldacena s’est fait un nom au milieu des années 1990 au moment où la seconde révolution des supercordes était en cours. Ses travaux sur l’entropie des trous noirs dans le cadre de la théorie des cordes l’ont conduit à formuler la fameuse correspondance AdS/Cft étendant les travaux de Susskind et ‘t Hooft sur le principe holographique avec la théorie des trous noirs et ses implications pour le fameux paradoxe de l’information découvert par Stephen Hawking.

Les trous de ver de Contact à Interstellar

Maldacena et Milekhin annoncent que, selon eux, il existe une solution décrivant des trous de ver traversables par des êtres humains et ce, dans le cadre d’un modèle d’une nouvelle physique construite à partir du célèbre modèle cosmologique de Randall-Sundrum II. On en vient tout de suite à penser, et par un détour très étonnant en plus, que la science-fiction s’est rapprochée un petit peu plus de la réalité avec la question du voyage interstellaire avec un trou de ver.

Rappelons que c’est en 1988 que le prix Nobel de physique Kip Thorne avait stupéfié le monde de la physique en publiant avec ses collègues Michael S. Morris et Ulvi Yurtsever un article démontrant que, non seulement les équations d’Einstein possédaient une solution décrivant un trou de ver traversable, mais aussi qu’il permettait de voyager dans le temps. La découverte s’était faite alors que Thorne cherchait à rendre crédible, à la demande de Carl Sagan, l’existence d’un tel objet pour son célèbre roman de science-fiction, Contact.

Thorne allait reprendre l’idée pour sa collaboration en tant que conseiller scientifique du film du réalisateur britannique Christopher NolanInterstellar. […] La science derrière Interstellar [… fait] justement intervenir une solution décrivant un trou de ver dans une version de la théorie de Randall-Sundrum.

Rappelons brièvement que, dans les deux modèles proposés par Lisa Randall et Raman Sundrum, l’espace-temps est à 5 dimensions et que notre Univers observable est une sorte de feuillet d’espace-temps à 4 dimensions connecté à un second feuillet, lui aussi, à 4 dimensions et donc la distance à notre « membrane » est faible selon la cinquième dans le cas du modèle I et infinie dans le cas de la seconde, le modèle II. Ces deux modèles permettaient de penser que la fameuse masse de Planck ordinairement conçue comme phénoménalement élevée pouvait être suffisamment basse pour que l’on puisse créer des minitrous noirs au LHC. Il n’en a rien été.

Un voyage de dizaines de milliers d’années-lumière en une seconde

Maldacena et Milekhin se sont donc penchés sur la question de l’existence de trou de ver traversable par une personne de taille humaine dans le cadre du modèle RSII. Ils annoncent donc aujourd’hui qu’une telle solution devrait bel et bien exister si l’on suppose, en plus de l’espace-temps, l’existence de certaines particules et l’équivalent du champ électromagnétique mais ne manifestant leur présence vis-à-vis des particules du Modèle standard que par leur gravité (un secteur « sombre » dans le jargon des physiciens). Il apparaît alors une énergie exotique qui serait négative dans la solution trou de ver, précisément ce qui le rend traversable en créant une pression s’opposant à la contraction de la gorge du trou de ver pour une personne ou un objet cherchant à le traverser, exactement comme dans le cas considéré par Thorne et ses collègues en 1988.

La solution trou de ver ainsi identifiée se comporte comme si ses deux entrées apparaissaient comme des trous noirs extrêmes mais magnétiquement chargés.

Il existe une solution des équations d’Einstein-Maxwell décrivant un trou noir avec une charge électrique et sans rotation. Il s’agit de la solution découverte indépendamment et avant 1920 par Hans Reissner et Gunnar Nordström (qui eux non plus n’avaient aucune idée qu’il s’agissait d’un trou noir). Une généralisation existe portant une charge magnétique mais comme nous n’avons toujours pas découvert de monopôle magnétique, elle n’est considérée que dans des études spéculatives. Dans les deux cas, le trou noir est dit extrême quand la charge a une valeur maximale pour une masse donnée associée au trou noir -au delà, la singularité centrale du trou noir n’est plus cachée par un horizon des événements, ce qui est très problématique et semble réfuter l’existence de la solution.

Toujours est-il que, d’après les calculs de Maldacena et Milekhin, la solution qu’ils ont trouvée permet bien de faire passer un humain en bon état en une seconde d’un point à un autre de la Voie lactée, séparé par une distance de plusieurs dizaines de milliers d’années-lumière mais une fois entré dans le trou de ver, il sortirait aussi plusieurs dizaines de milliers d’années plus tard. Autre problème, des photons ou des particules entrant dans le trou de ver subiraient une forte accélération (enfin pour un photon il faut parler d’un apport important d’énergie et pas d’accélération), ce qui pourraient les rendre dangereuses pour un humain dans le trou de ver et surtout conduire à une composante d’énergie positive annulant l’énergie négative maintenant le trou ouvert. Il faudrait donc que le trou de ver se trouve dans un milieu très froid, plus que le rayonnement fossile à 3 K.

Les chercheurs précisent aussi qu’ils ne savent pas comment il faudrait s’y prendre pour créer un tel trou de ver traversable mais peut-être qu’en poursuivant leurs recherches -qui sont encore peu développées et uniquement dans un article qui n’a pas encore passé le filtre de la relecture par d’autres experts pour publication-, une perspective nettement plus enthousiasmante émergera comme dans Interstellar avec les travaux de Murphy Cooper. On verra…

CE QU’IL FAUT RETENIR

Un des plus grands experts de la théorie des supercordes appliquée aux trous noirs, Juan Maldacena, a trouvé avec un collègue une solution décrivant un trou de ver traversable sans danger pour un humain.
Remarquablement, elle émerge d’une variante de la théorie considérée par le prix Nobel Kip Thorne pour rendre crédible scientifiquement le film Interstellar.
Un tel trou de ver permettrait à un voyageur de passer d’un point à un autre de la Voie lactée en quelques secondes tout au plus mais, pour des observateurs extérieurs, le voyageur émergerait de l’autre bout du trou de ver des dizaines de milliers d’années après y être entré.
On ne sait pas comment créer ce type de trou de ver qui est parent de ce que serait un trou noir magnétiquement chargé mais peut-être l’avenir nous donnera-t-il bientôt la réponse.

Lire l’article original de Laurent SACCO (avec les publicités) sur FUTURA-SCIENCES.COM (article du 1 septembre 2020)…


Interstellar (2014) est un long-métrage de science fiction à la vraisemblance scientifique avérée et souhaitée. Pour la réalisation, Christopher Nolan a travaillé en collaboration avec des chercheurs pour ne rien laisser au hasard. Cette grosse production britannique et américaine a été portée par un casting de rêve : Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Michel Caine, Casey Affleck et Matt Damon le composent.

Une crise alimentaire sans précédent frappe la planète, qui a décidé de se rebeller contre l’humanité. La Terre est devenu un espace hostile et peu coopératif. Les sociétés humaines sont en déclin et de fausses informations sont enseignées aux enfants quasiment condamnés. Un ancien pilote de la NASA reçoit un message codé par une intelligence inconnue qui lui indique un lieu. Cooper décide de s’y rendre pour, peut-être, trouver un refuge à l’humanité en péril. En compagnie d’autres astronautes aguerris, il décide de franchir un trou de ver près de Saturne, une faille qui mène l’équipe dans une autre galaxie.

Acclamé par la critique, Interstellar est devenu très rapidement un classique du cinéma de science-fiction. Il a été nominé dans de prestigieux festivals et a obtenu de nombreuses récompenses dont l’Oscar des meilleurs effets visuels et l’award du meilleur film de science-fiction au Critics’ Choice Movie Awards. [RTBF.BE]

Hedy Lamarr (1914-2000) : inventrice et star…

Temps de lecture : 5 minutes >
© Tous droits réservés

Célèbre actrice hollywoodienne, Hedy LAMARR était reconnue pour sa beauté et ses talents de comédienne. Elle était surtout une scientifique de talent, inventrice d’un système secret de codage des transmissions, à l’origine du GPS et du WIFI.

N’importe quelle femme peut avoir l’air glamour. Il suffit de se tenir tranquille et d’avoir l’air idiote“, affirmait-elle, lassée de ce qu’elle appelait son masque, alors même qu’elle avait été élue “plus belle femme au monde“. Car Hedy LAMARR n’était pas qu’une star hollywoodienne louée pour sa beauté, elle a aussi était l’inventrice méconnue pendant la guerre, en 1941, d’un système de transmission secret pour guider les torpilles. Un système encore utilisé de nos jours pour le Wifi ou les GPS. Redécouvrez ce personnage à la vie romanesque […], alors que doit sortir prochainement un documentaire consacrée à sa vie, Bombshell : The Hedy Lamarr Story.

Le premier orgasme du cinéma

Depuis 2005, on célèbre les inventeurs en Autriche, Allemagne et Suisse le jour de son anniversaire : le 9 novembre. Née à Vienne en 1914, d’une mère roumaine et d’un père ukrainien, Hedwig Eva Maria Kiesler, qui deviendra Hedy Lamarr, se découvre une passion pour le cinéma en visionnant Metropolis de Fritz Lang. A 16 ans, elle se rend donc aux studios de Vienne, pour devenir actrice. Elle ne tarde pas à jouer pour le metteur en scène de théâtre Max Reinhardt, mais c’est en se rendant à Berlin, en 1931, que débute réellement sa carrière au cinéma. En 1933, alors âgée de 18 ans, la jeune femme joue dans Extase, de Gustav Machaty. Le film fait scandale, en raison de la nudité de l’actrice et de la première scène d’orgasme sur grand écran de l’histoire de cinéma.

Gustave Machaty avait trois ans plus tôt réalisé un film qui s’appelait Erotikon qui était à peu près de la même eau“, racontait le critique de cinéma Serge Bromberg en 2017, dans le documentaire Une Vie, une oeuvre consacré à Hedy Lamarr. “On ne peut pas imaginer qu’elle ait fait ce film par accident. Extase c’est L’Amant de Lady Chatterley. Quand on lui demande de tourner des séquences d’érotisme où elle mime l’orgasme etc., c’est quelqu’un qui est prêt à tout pour réussir dans la carrière.

Présenté à la Biennale de Venise, le film est condamné par le pape Pie XII, et Hedy Lamarr se voit affublée d’une sulfureuse réputation. Le film est projeté en février 1933 : en mars de la même année, Hedy Lamarr est devenue une vedette et obtient le rôle de Sissi sur scène.

Femme de marchand d’armes et superstar

Forte de ce succès, Hedy Lamarr épouse Friedrich Mandl, un des quatre plus grands marchands d’armes du monde, qui fournit notamment Mussolini. L’actrice devient, à en croire ses mémoires, une célébrité chez les mondains de Vienne, allant jusqu’à recevoir Hitler. Mais le rapprochement de Mandl avec les Nazis la pousse à prendre la fuite en 1937 : à l’en croire, son départ est rocambolesque, elle drogue une domestique et subtilise son uniforme pour s’enfuir, d’abord à Paris, Londres, et enfin la Californie.

L’actrice rejoint Hollywood, dont elle deviendra l’une des égéries : elle signe un contrat de 7 ans avec la M.G.M., durant lequel elle joue dans 15 longs-métrages. Elle donne la réplique à Clark Gable, Robert Young, Lana Turner ou encore Judy Garland. Au cours des années 40 et 50, Hedy Lamarr est l’incarnation de la star hollywoodienne venue d’Europe. Après un passage à vide, elle joue dans Samson et Dalila, de Cecil B. DeMille en 1949, son plus grand succès. L’actrice joue encore huit ans, avant de disparaître du grand écran en 1957 et de poursuivre quelques temps une vie mondaine.

En parallèle de sa vie d’actrice, Hedy Lamarr continue de donner corps à sa réputation sulfureuse, comme le précisait Xavier de La Porte dans La Vie numérique :

La liste des hommes avec lesquelles elle a eu des aventures est impressionnante. En sus de ses 6 mariages, je vous en donne une idée : Howard Hugues, John Kennedy, Robert Capa, Marlon Brando, Errol Flynn, Orson Welles, Charlie Chaplin, Billy Wilder, Otto Preminger, James Stewart, Spencer Tracy, peut-être Clark Gable (mais il nie) et…. Jean-Pierre Aumont. Elle avait d’ailleurs quelques théories sur la question amoureuse et on lui attribue cette phrase : “En dessous de 35 ans, un homme a trop à apprendre, et je n’ai pas le temps de lui faire la leçon“.

Des torpilles au WiFi

Dans Une Vie, une oeuvre, Vivianne Perret, écrivaine et historienne, expliquait comment une fois arrivée à New-York, Hedy Lamarr avait installé son propre atelier pour s’adonner à l’une de ses passions : l’invention.

Hedy Lamarr avait des occupations très diverses quand elle s’est retrouvée à Hollywood, elle jouait du piano, elle était très proche du dadaïsme, elle connaissait Man Ray… Dans tous les endroits où elle a vécu elle installait un atelier. Elle, sa détente c’était d’inventer. Elle inventait tout et n’importe quoi : un bouillon cube qui lorsqu’il se dissolvait devenait un soda, un collier fluorescent pour chien, un système pour aider les handicapés à sortir de leur bain… Elle était sans arrêt à l’affût d’informations, à les transformer en inventions.

A son arrivée aux Etats-Unis, elle rencontre le pianiste George Antheil. L’actrice a alors appris que les torpilles contrôlées par radio peuvent facilement être “piratées” et détournées par l’ennemi. Avec l’aide du musicien, et grâce aux connaissances sur l’armement qu’elle a acquises lors de son premier mariage, elle imagine une façon de créer un signal sûr, à l’aide d’un piano mécanique qu’elle synchronise avec les fréquences hertziennes. Les deux inventeurs déposent un brevet en août 1942, mais leur système n’est pas pris au sérieux par l’Etat Major. Il faut attendre la crise cubaine en 1962 pour qu’une version améliorée de leur technologie ne soit employée.

Le concept de ce principe de transmission, l’étalement de spectre par haute fréquence, est aujourd’hui encore utilisé pour le positionnement par satellite, la téléphonie mobile ou encore le WiFi. En parallèle de sa carrière d’actrice, Hedy Lamarr n’a jamais cessé d’inventer. Il faut pourtant attendre la levée du secret défense sur son invention la plus utile pour qu’elle bénéficie d’un peu de reconnaissance. En 1997, elle reçoit ainsi rétroactivement le prix de l’Electronic Frontier Foundation.

Entre-temps, l’ancienne actrice a sombré dans l’oubli, après avoir dilapidé sa fortune. Elle a été arrêtée à plusieurs reprises pour du vol à l’étalage. Elle meurt quasi-anonyme, le 19 janvier 2000, à l’âge de 85 ans. Depuis les années 60, elle avait son étoile sur le Walk of Fame d’Hollywood Boulevard, il faudra attendre 2014 pour qu’elle soit admise, à titre posthume, au National Inventors Hall of Fame.

Lire l’article original de Pierre Ropert (avec pubs) sur FRANCECULTURE.FR (article du 26 avril 2018)


Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie Bruxelles) qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias. Un extrait de leurs publications sur RTBF.BE :

“Enfin lui rendre justice…

Il aura fallu attendre 2017 pour que toute l’histoire d’Hedy soit rendue publique. Heddy Lamarr from extase to wifi est un documentaire retraçant la vie de cette femme hors du commun. Ce documentaire d’Alexandra Dean rend hommage à la figure hollywoodienne et, mêlant extraits de ses films, images d’archives et témoignages (de ses enfants, d’amis et de proches, de journalistes etc.), met en lumière sa personnalité complexe et son esprit pionnier d’inventrice. Hedy aura même droit à un livre : Ectasy and me, sorti en avril 2018. La réalisatrice Susan Sarandon lui consacra aussi un film Bombshell, sorti l’an dernier, il est plutôt difficile à trouver.”


Plus de cinéma ?

MOREAU : Le tourbillon (Jules et Jim, 1962)

Temps de lecture : < 1 minute >

“En 1962, lorsque Jules et Jim sort dans les salles obscures, Jeanne Moreau (1928-2017) est déjà une actrice reconnue de ses pairs et adulée par le public grâce à aux films de Louis Malle Ascenseur pour l’échafaud, Les Amants et celui de Roger Vadim Les Liaisons dangereuses.

Rencontré quatre ans plus tôt à Cannes, François Truffaut lui offre un rôle à son image, celui de Catherine, une femme résolument libre et moderne, amoureuse de deux hommes à la fois, Jules et Jim, un Autrichien et un Français, sur fond de Première Guerre mondiale. Ce long-métrage, pièce maîtresse de la Nouvelle vague, connu à travers le monde entier, a donné naissance à la scène culte où les trois protagonistes font la course sur une passerelle. Jeanne Moreau est alors habillée en garçon, coiffée d’une large casquette, habillée d’un pull lâche et arborant une fine moustache dessinée.

Le film, au succès international, marque par ailleurs les débuts de l’icône du 7e art dans la chanson avec le célèbre morceau “Le Tourbillon“, repris par Vanessa Paradis en 1995 en ouverture du festival de Cannes en hommage à Jeanne Moreau alors présidente du jury”. [RTBF.BE/CULTURE] :


Fais-moi ton cinéma…

COPPOLA : Lost in Translation (2003)

Temps de lecture : < 1 minute >
Lost in Translation de Sofia Coppola (USA, 2003) avec Scarlett Johansson, Bill Murray, Akiko Takeshita, Kazuyoshi Minamimagoe…

“Bob Harris, acteur sur le déclin, se rend à Tokyo pour tourner un spot publicitaire. Dans son hôtel de luxe, incapable de dormir à cause du décalage horaire, il rencontre Charlotte, une jeune Américaine fraîchement diplômée, qui accompagne son mari photographe…

Après Virgin Suicides, Sofia COPPOLA (née en 1971) confirmait avec Lost in Translation qu’elle n’est pas seulement la fille de son père. Plus flottante, moins démonstrative, cette comédie romantique sur fond de décalage horaire et de pop indépendante n’a en effet de légère que son synopsis. Car sous les néons bariolés de Tokyo, dont la réalisatrice dresse au passage un portrait quasi documentaire, c’est une lutte contre la solitude qui se joue, dont la subtilité quasi platonique n’est pas sans évoquer celle d’In the Mood for Love. Variation pudique sur le schéma du boy meets girl, le film doit évidemment beaucoup à la prestation de Bill Murray et Scarlett Johansson : il est pataud et las, elle est nature et mutine, et leur amitié œdipienne est poignante…” [source : INSTITUT-LUMIERE.ORG]


On se fait une autre toile ?

MARX : textes

Temps de lecture : 2 minutes >

Quatrième fils de la famille Marx, Julius Henry MARX alias Groucho Marx (1890-1977), débute très jeune (et le premier de la famille) une carrière artistique. Après avoir quitté l’école publique, il commence ses tournées dans les music-hall des petites villes américaines dès l’âge de quatorze ans, bientôt accompagné de ses frères. Après diverses compositions et recompositions de la troupe Marx (incorporant soit tour à tour soit en même temps Chico Marx, Zeppo Marx, Gummo Marx, Harpo Marx et même la propre mère et la vieille tante de la famille) cette joyeuse troupe se fixe sur quatre frères d’abord Groucho, Chico, Harpo et Zeppo : les Marx Brothers. […] L’humour de Groucho, décapant inventif et arrogant, lui vaut d’être une des personnalités les plus populaires de l’Amérique en tant de guerre. […] Après un dernier film assez inconsistant en 1949, il se consacre principalement à sa véritable passion : l’écriture. En 1959, il sort son autobiographie Groucho and me (Mémoires capitales). Suivront quelques livres (Mémoires d’un amant lamentable…) et de nombreuses notes et articles pour divers journaux ou revues… [lire la suite sur ALLOCINE.FR]

Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s’est passé.

Les hommes sont des femmes comme les autres.

Une émission de jeux est la forme la plus basse de la vie animale.

En dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l’homme. En dedans, il fait trop noir pour y lire.

Quand j’étais en Afrique, j’ai tué un éléphant en pyjama. Comment un éléphant a-t-il fait pour mettre un pyjama… Je ne saurai jamais !

La politique, c’est l’art de chercher les problèmes, de les trouver, de les sous-évaluer et ensuite d’appliquer de manière inadéquate les mauvais remèdes.

Soit cet homme est mort, soit le temps s’est arrêté.

Jamais je ne voudrais faire partie d’un club qui accepterait de m’avoir pour membre.

Ce monde serait meilleur pour les enfants si c’était les parents qui étaient obligés de manger les épinards.


Rire encore…

YU : Les rues de Liège, balade à deux temps (1956-1996)

Temps de lecture : 3 minutes >
Georges Yu (avec Alain Marcoen, directeur photo) pendant le tournage de Les rues de Liège, Balade à deux temps (1995) © Georges Yu

1993. Au hasard d’un déménagement, resurgit “Les Rues de Liège”, tourné en 1956 et oublié par l’auteur lui-même. Une projection publique, des échos favorables dans la presse et une très large diffusion en vidéocassettes suscitent alors la curiosité et l’enthousiasme d’un public fort nombreux. Trois ans plus tard, L’auteur se laisse convaincre de réaliser un deuxième volet et de porter, sur la ville d’aujourd’hui, un autre regard personnel. L’ensemble des deux films n’est que la vision d’un baladin au travers de deux époques. Les similitudes ou les distorsions entre celles-ci sont livrées à l’appréciation de chacune et de chacun…

Les Rues de Liège, balade à deux temps“, un film d’auteur réalisé par un cinéaste-citoyen à l’écoute de sa ville, de ses habitants, du monde et de ses rumeurs. Un film où sensibilité et subjectivité se dressent à l’encontre de toutes les dictatures, économiques, psychologiques ou morales…

Les Rues de Liège, balade à deux temps” à travers une ville, parmi d’autres, à la rencontre d’un passé, d’un présent, à la recherche d’un futur à définir…

Première balade (1956)

Le film est l’œuvre de jeunesse d’un Liégeois d’origine chinoise, amoureux de sa cité, qui, 10 ans plus tard, entrera comme réalisateur à la R.T.B d’alors:

Une histoire. Simple et ordinaire. La chronique d’une cité, de ses habitants et de leurs habitudes, petites ou grandes. L’histoire aussi de ceux qui, dans le passé, firent d’elle un centre international prestigieux, sur les plans économique, politique et culturel. Par le travail de ses ouvriers, les espiègleries de ses gavroches en balade, ou par les ballets incessants exécutés par les tramways de la place Saint Lambert, Liège vit, respire. Menés par Grétry, le grand musicien, ami de Voltaire et de la France, les Liégeois -mais le savent-ils seulement?- évoluent dans la chaleur, affective, spirituelle et matérielle, d’une cité aux mille grandeurs et possibilités…

Georges Yu

Deuxième balade (1996)

40 ans plus tard, le fleuve a maintenu son cours, historique et légendaire. La ville s’est offerte un « lifting », parfois heureux, parfois outrageant. Mais de bonnes pierres témoignent encore de son charme séculaire. Pourtant, le citoyen ne flâne plus guère aux coins des rues. Son mode de vie est identique à celui d’autres villes européennes. Auparavant, il produisait, à présent, il consomme, pour autant qu’il le puisse. La « crise » a fait de lui un passager de la vie qui s’empresse de ne pas s’attarder. Bien des questions se posent et restent sans réponses. Demain, dans 40 ans, on fera les comptes…

Georges Yu

Source : GEORGESYU.BE, site consacré au cinéaste liégeois Georges YU (1927-2012), où Roger BRONCKAERTS écrit : “Certains seront étonnés du fait que le cinéaste qui a illustré la Cité Ardente dans deux œuvres si profondément enracinées s’appelle YU et soit le fruit d’un arbre généalogique à racines doubles, chinoises de père, wallonnes de mère. C’est pour répondre à cette légitime interrogation et pour habiller les œuvres de la personnalité si caractéristique de leur auteur que nous vous convions à la lecture de cette courte biographie de GEORGES YU. Nous aurions voulu enrichir ce texte d’anecdotes multiples. Mais il nous eût fallu alors la place d’un roman tant le personnage que vous pouvez rencontrer au coin de votre rue, fuyant les mondanités et la solennité, a croisé sans toujours le vouloir les aiguillages de l’Histoire avec comme seule carte d’état-major, un instinct qui lui a toujours si bien servi. En effet, l’auteur des “Rues de Liège” est d’abord un instinctif que le “calcul” rebute. C’est à la découverte d’une vie romanesque que nous vous convions…


FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Georges Yu
  • Commentaires : Bob Claessens, Georges Yu
  • Producteurs délégués : Jean-Claude Riga, Jean-Christophe Yu
  • Producteur exécutif : Jacques-Henri Bronckart
  • Producteurs associés : Christiane Philippe, Christine Pireaux
  • Chargée de production RL.FJJ : Betty Coletta
  • Chargée de production R.T.B.F : Christiane Stefansky
  • Images : Alain Marcoen, Jean Gonnet
  • Son : Thierry Tirtiaux
  • Montage : André Delvaux
  • Mixage : Gaston Slykerman
  • Régie : Xavier David


Savoir-regarder encore…

AUDIARD : textes

Temps de lecture : 3 minutes >

Paul Michel AUDIARD, dit Michel Audiard, est un dialoguiste et réalisateur français (1920-1985), père du dialoguiste et réalisateur français Jacques Audiard. Quelques répliques qui marquent :

Faut pas parler aux cons, ça les instruit.

Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.

C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule.

“Moi, les dingues, j’les soigne, j’m’en vais lui faire une ordonnance, et une sévère, j’vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quatre coins d’Paris qu’on va l’retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle… Moi, quand on m’en fait trop, j’correctionne plus, j’dynamite, j’disperse, j’ventile…”

Un gentleman, c’est celui qui est capable de décrire Sophia Loren sans faire de geste.

“Les ordres sont les suivants : on courtise, on séduit, on enlève et en cas d’urgence on épouse.” (Les barbouzes) 

Si on mettait un point rouge sur la tête de tout les cons, le monde ressemblerait à un champ de coquelicots !

“Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent.” (100.000 dollars au soleil)

On peut toujours trouver plus con que soi mais y il en a qui doivent chercher plus longtemps que d’autres.

“La tête dure et la fesse molle, le contraire de ce que j’aime.” (Comment réussir quand on est con et pleurnichard)

Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière.

“Un pigeon, c’est plus con qu’un dauphin, d’accord, mais ça vole.” (Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages)

Celui a dit que souffrir ça fait grandir, c’est le même connard que celui qui a dit que marcher dans la merde ça porte bonheur.

Quand tu te sens en situation d’échec, souviens-toi que le grand chêne, lui aussi, a été un gland !

“La Justice, c’est comme la Sainte Vierge : si on ne la voit pas de temps en temps, le doute s’installe.” (Pile ou face)

Il n’y a pas que les aigles qui atteignent les sommets, les escargots aussi, mais ils en bavent…

“Le jour où on mettra les cons sur orbite, toi t’auras pas fini de tourner.” (Le Pacha)

On n’emmène pas de saucisses quand on va à Francfort.

Si vous aviez le choix entre la fortune de Bettencourt et la paix dans le monde, de quelle couleur serait votre Ferrari ?

Dans la vie, ne pas reconnaître son talent, c’est faciliter la réussite des médiocres !

Dur de faire confiance à l’être humain, même les aveugles préfèrent se faire guider par des chiens.

Dans chaque cambrioleur, il y a un préfet de police qui sommeille !

On est gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis.

“Deux intellectuels assis vont moins loin qu’une brute qui marche.” (Un taxi pour Tobrouk)

Il n’a pas inventé la poudre, mais il ne devait pas être loin quand ça a pété.

La banque est un endroit où on vous prête de l’argent si vous arrivez à prouver que vous n’en avez pas besoin.

“Le flinguer, comme ça, de sang froid, sans être tout à fait de l’assassinat, y’aurait quand même comme un cousinage.” (Ne nous fâchons pas)

– Attention ! J’ai le glaive vengeur et le bras séculier ! L’aigle va fondre sur la vieille buse !…
– Un peu chouette comme métaphore, non ?
– C’est pas une métaphore, c’est une périphrase.
– Fais pas chier!…
– Ça, c’est une métaphore.

Le lundi, je suis comme Robinson Crusoé : j’attends Vendredi.


Citons encore…

GAG : cuisiner vegan, tu dois

Temps de lecture : < 1 minute >
http://www.yodablog.net/?p=1094
(c) yodablog 2010

Selon FR.STARWARS.WIKIA.COM : “Dans la série de films LA GUERRE DES ETOILES (George LUCAS), Les Ewoks sont de petits bipèdes pensants à fourrure natifs de la lune Forestière d’Endor. Ils sont connus pour avoir aidé l’Alliance Rebelle à vaincre l’Empire Galactique à la bataille d’Endor, permettant de détruire le générateur de boucliersitué sur la planète, et ainsi, la seconde Étoile de la Mort.Les Ewoks mesurent un mètre en moyenne ; ils sont omnivores et utilisent des lances, frondes et couteaux comme armes ; ils utilisent également des planeurs et des chariots de combat comme véhicules. Extrêmement doués pour survivre en forêt et construire des technologies primitives comme les catapultes, les Ewoks sont encore à l’âge de pierre quand ils sont découverts par l’Empire. Ils apprennent cependant très vite quand ils sont exposés à une technologie avancée. Quelques Ewoks ont été pris sur leur planète pour en faire des animaux de compagnie ou des esclaves. D’autres sont partis volontairement en suivant leur curiosité, particulièrement après la bataille d’Endor et l’établissement de postes de commerce sur la lune forestière par la Nouvelle République…”


Rions un brin…

Mort d’Isao TAKAHATA (1935-2018), réalisateur du « Tombeau des lucioles »

Temps de lecture : 3 minutes >
Le tombeau des lucioles (1988) (c) Studio Ghibli

Cofondateur avec le réalisateur Hayao Miyazaki du studio Ghibli, producteur et réalisateur de films d’animation comme Le Tombeau des lucioles ou Le Conte de la princesse Kaguya, nommé aux Oscars en 2015, le Japonais Isao TAKAHATA est mort jeudi 5 avril à 82 ans. Fervent pacifiste et critique de la politique du gouvernement actuel du premier ministre conservateur Shinzo Abe, il était hospitalisé à Tokyo pour un cancer des poumons.

Né en 1935 à Ujiyamada (aujourd’hui Ise) dans le département de Mie, au centre du pays, dans une famille de sept enfants dont le père Asajiro Takahata (1888-1984) était très impliqué dans les questions d’éducation, il étudie la littérature française à la prestigieuse université de Tokyo et se passionne notamment pour l’œuvre du poète Jacques Prévert (1900-1977).

Isao Takahata rejoint en 1959 la société de production Toei, notamment par intérêt pour l’animation qu’il a découverte au travers du travail de Paul Grimault (1905-1994), réalisateur du Roi et l’Oiseau, d’après La Bergère et le Ramoneur de Hans Christian Andersen (1805-1875). Sa première réalisation est la série Ken, l’enfant loup (1963).

« Amis immédiatement » avec Miyazaki

La même année, Hayao Miyazaki est à son tour embauché par Toei. Les deux hommes se rapprochent par le biais d’activités syndicales. « Nous sommes devenus amis immédiatement », a déclaré Isao Takahata. Les deux réalisent leur premier film en 1968, Horus, prince du soleil.

Au cours de leurs presque cinquante années de collaboration – non sans quelques rivalités –, ils ont travaillé sur de multiples projets comme la série Heidi, la petite fille des Alpes (1974) et, en 1984, le long-métrage Nausicaä de la vallée du vent, grand succès qui les amènera à créer le studio Ghibli en 1985, avec le producteur Toshio Suzuki. S’ensuivent vingt-six créations qui ont rencontré un succès planétaire. Le Voyage de Chihiro a même reçu un Oscar en 2003.

Tour à tour producteur et réalisateur, Isao Takahata, surnommé « Paku » par MM. Suzuki et Miyazaki, s’illustre par son perfectionnisme. Dans le livre Dans le studio Ghibli – travailler en s’amusant (Ed. Kana, 2011), Toshio Suzuki explique qu’Isao Takahata a “passé en revue toutes les archives de l’époque” pour savoir de quel côté arrivaient les B-29 pour la scène du bombardement du Tombeau des lucioles. “Même les pains représentés dans Heidi ont été dessinés après des recherches approfondies”, ajoute M. Suzuki.

“La tortue rouge” (2016) de Michael Dudok de Wit est également une co-production du Studio Ghibli
Méfiance envers le numérique

Attaché au réalisme, Isao Takahata disait ne pas apprécier l’usage de personnages dotés de superpouvoirs. Même s’il ne dessinait pas lui-même, il se méfiait du développement du numérique. Avant, déclarait-il, “l’animation était plate et à deux dimensions. Elle ne pouvait pas prétendre au réalisme. Mais c’était là son point fort : en gardant tout à plat, elle laissait au spectateur la liberté d’imaginer ce qu’il y avait derrière l’image”. Le studio Ghibli a toujours produit des films dessinés à la main, ce qui a fini par lui causer des problèmes de rentabilité en 2014.

Les thèmes de ses œuvres pouvaient être variés même s’il rejoignait Hayao Miyazaki dans son attachement à la protection de l’environnement. Le studio Ghibli a d’ailleurs pris position pour la sortie du nucléaire après la catastrophe de Fukushima en 2011.

Proche du Parti communiste, Isao Takahata était profondément pacifiste. Ayant survécu à un bombardement américain en juin 1945 sur Okayama au cours duquel il avait fui sa maison en pyjama avec l’une de ses sœurs, il a participé, en 2015, au mouvement d’opposition au projet du gouvernement de M. Abe de faire adopter des lois sécuritaires visant à faciliter le recours à la force armée par le Japon. Il est l’un des fondateurs du groupe Eigajin Kyujo no Kai (“Les cinéastes pour l’article 9″) pour la défense de l’article 9 de la Constitution, proclamant le renoncement à la guerre du Japon.

En conférence de presse, en 2015, cet éternel amoureux de la culture française et par ailleurs Officier des Arts et Lettres, déclarait préférer, à la citation latine “Si tu veux la paix, prépare la guerre”, le vers du poète Jacques Prévert : “Si tu ne veux pas la guerre, répare la paix” (du poème Cagnes-sur-Mer, 1953).

La tortue rouge (2016)

Source : Article de Philippe MESMER sur LEMONDE.FR (6 avril 2018)


Plus de cinéma ?

La Hammer, un succès monstre

Temps de lecture : 2 minutes >
«Lust for a Vampire», de Jimmy Sangster, 1971. Photo Hammer Films

Osant mêler l’horreur et le sexe gore, la boîte de production britannique régna en maître sur le cinéma fantastique des années 50.

Une forêt, de la brume, les tours d’un château se découpant sur le crépuscule, une musique tonitruante, Peter Cushing, Christopher Lee, une mannequin dans l’air du temps qui se retrouvera seins nus et une vieille bête gothico-culturelle – comme Dracula, Frankenstein ou encore la momie qui périra dans le sang à la fin de l’histoire… Voilà la trace charmante laissée dans le paysage cinématographique par la Hammer Film, petite société de production britannique dirigée par un ancien vendeur de voitures, Michael Carreras, qui a régné sur le fantastique durant les années 50 […]

Tête baissée

La Hammer est née d’un sauvetage. En 1953, la boîte de prod vivote et sort des films sans éclat. Proche de la faillite, elle subit la désaffection des salles et redoute le triomphe de la télévision. Elle tente alors son va-tout en changeant radicalement de registre. Aidée par des accords de distribution avec des studios américains, elle réalise un premier film à cheval entre la science-fiction et le gore : The Quatermass Xperiment. Alors que tous les autres producteurs britanniques cherchent à éviter la censure, la Hammer se rue tête baissée dans le X, interdit aux moins de 16 ans. Cahier des charges : fantastique, horreur, sexe. Le public est délicieusement choqué. Et quiconque visionne enfant un film de cette boîte de production atypique en conserve une trace mémorielle indélébile.
«La Hammer avait quelque chose de spécial. Vraiment. Quatermass était terrifiant, c’était un vrai changement par rapport à ce qu’on voyait au cinéma», se souvient John Carpenter…”

Lire la suite de l’article de Guillaume TION sur LIBERATION.FR (3 août 2017)

Plus de presse…

HOWE : Tolkien a su faire basculer les mythes antiques dans le monde moderne

Temps de lecture : 2 minutes >
(c) John HOWE

“Directeur artistique culte de la trilogie du “Seigneur des anneaux”, le Canadien expose actuellement ses dessins à Paris. Rencontre avec le dessinateur passionné d’heroic fantasy. C’est vrai qu’il ressemble un peu à Saroumane, John Howe. Regard pénétrant, visage émacié, barbe poivre et sel, le dessinateur canadien de 59 ans est de passage à Paris pour y présenter sa nouvelle exposition. Installé en Suisse depuis des lustres, Howe se passionne depuis l’adolescence pour l’heroic fantasy. Mondes perdus, dragons et créatures légendaires, sagas épiques, hommes en armure, combats homériques… depuis plus de quarante ans, l’homme explore sans relâche les grands classiques du genre et, au delà, les textes fondateurs qui les ont inspirés.

Formé à l’Ecole des Arts décoratifs de Strasbourg (où il a passé des centaines d’heures à contempler et arpenter l’extraordinaire cathédrale), Howe est devenu au fil du temps et de sa passion, l’un des deux grands spécialistes mondiaux de l’œuvre JRR Tolkien. L’autre étant son ami, Alan Lee. Repérés et recrutés comme « concept artists » par Peter Jackson, tous deux ont participé — au plus près — à l’aventure du Seigneur des Anneaux, puis de Bilbo, le Hobbit, en imaginant aussi bien les décors et l’architecture des cités que l’aspect des personnages. Sans retirer quoi que ce soit au talent du réalisateur et de son équipe, on peut affirmer que le tandem de dessinateurs n’est pas pour rien dans le succès remporté par les films.

Explorateur de l’imaginaire, sans cesse à la recherche d’archétypes, Howe consacre son exposition parisienne à de nouveaux rivages où d’impressionnants hommes corbeaux côtoient d’énigmatiques divinités égyptiennes. Disert, lettré et pince sans rire, le natif de Vancouver s’exprime dans un français châtié. Attention , un rêve peut en cacher un autre…”

Lire la suite de l’article de Stéphane JARNO sur TELERAMA.FR (13 mai 2017)

Plus de cinéma…

SORRENTINO : La grande bellezza (2013)

Temps de lecture : < 1 minute >
SORRENTINO, Paolo La grande bellezza (film, 2013)
Sorrentino | La grande bellezza

SORRENTINO Paolo, La grande bellezza (film, Italie, 2013)

“A Rome, dans la splendeur de l’été. Séducteur impénitent, Jep Gambardella est de toutes les soirées et de toutes les fêtes de la cité éternelle. A 65 ans, il continue de dégager un charme sur lequel le temps ne semble pas avoir d’emprise. Dans sa jeunesse, Jep a écrit un roman qui lui a valu un prix littéraire et une réputation d’écrivain frustré. Devenu un journaliste à succès, il fréquente depuis plusieurs décennies la haute société romaine et les mondanités. Dans ce monde excentrique, ce dandy cynique et désabusé rêve parfois de se remettre à écrire, traversé par les souvenirs d’un amour de jeunesse auquel il se raccroche…”

Lire la fiche technique sur TELERAMA.FR

D’autres incontournables du savoir-regarder :

GERVAIS : The Office (2001)

WISE : West Side Story (1961)

Temps de lecture : < 1 minute >
WISE, Robert West Side Story (comédie musicale, 1961)
Wise | West Side Story

WISE Robert, West Side Story (comédie musicale, USA, 1961)

“New York, en 1954. Les Jets et les Sharks, deux bandes rivales, se disputent la domination d’un quartier populaire, le West Side. Les premiers sont blancs et intégrés, les seconds d’origine portoricaine et pauvres. De provocations en escarmouches, en passant par des défis de toutes sortes, les deux factions s’ingénient à rendre la «guerre» inévitable. Maria, la très jolie sœur de Bernardo, le chef des Sharks, vient d’arriver de Porto Rico. Au cours d’un bal organisé en terrain neutre, elle s’éprend de Tony, l’ancien leader des Jets, toujours lié au clan. Passion partagée mais vouée au malheur, puisqu’elle choque les deux communautés, aussi bornées l’une que l’autre…”

Lire la fiche technique sur TELERAMA.FR

Musique composée par Leonard BERNSTEIN (FRANCEMUSIQUE.FR)

D’autres incontournables du savoir-regarder :

SORRENTINO : Youth (2015)

Temps de lecture : < 1 minute >
SORRENTINO, Paolo La giovinezza (Youth, film, 2015)
Sorrentino | Youth

SORRENTINO Paolo, La giovinezza (Youth, film, Italie, 2015)

“Fred Ballinger et Mick Boyle, tous deux presque octogénaires, sont amis depuis très longtemps. Les deux hommes ont un autre point commun : ils font partie des prestigieux pensionnaires d’un hôtel de luxe situé au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre, est bien décidé à ne plus travailler, malgré de sérieuses sollicitations. Mick, cinéaste, est, lui, bien résolu à poursuivre sa carrière et travaille au scénario de son prochain film. Les deux hommes sont par ailleurs confrontés aux problèmes de leurs enfants, dont les vies sentimentales sont compliquées…”

Lire la fiche technique sur TELERAMA.FR et la scène mythique où Michael Caine découvre… Dieu est ici


D’autres incontournables du savoir-regarder :

BROWNING : Freaks (1932)

Temps de lecture : 2 minutes >

BROWNING, Tod Freaks (La monstrueuse parade, film, 1932)

BROWNING Tod, Freaks (La monstrueuse parade, film, USA, 1932)

“Le cirque Tetrallini montre au public toutes sortes de monstres : un homme-tronc, une femme-oiseau, des sœurs siamoises. Cependant, le nain Hans délaisse sa fiancée, Frieda, pour la belle et grande trapéziste, Cléopâtre. Maîtresse du colosse Hercule, elle ne se soucie aucunement de l’amour du petit homme, jusqu’à ce qu’elle apprenne qu’il vient d’hériter d’une grosse fortune. Elle accepte alors de se marier avec lui. Durant la réception, Cléopâtre est autorisée à entrer dans le cercle fermé des monstres. Mais elle est révoltée par leur apparence et se moque d’eux. Ils décident alors de lui tracer une toute nouvelle carrière…”

Lire la fiche technique sur TELERAMA.FR

“Freaks” et sa merveilleuse descendance

“Reprise en salles du classique de Tod Browning (1932), œuvre majeure du cinéma jetée aux oubliettes pendant trente ans qui en influença plus d’un… de Lynch à Burton, en passant par “American Horror Story”. On raconte, à propos d’une première à San Diego, en janvier 1932, qu’une femme serait sortie en hurlant, qu’une autre aurait fait une fausse couche…

Le film, c’était Freaks, la monstrueuse parade (1932), de Tod Browning, l’histoire d’une communauté de « vrais » monstres de foire : un homme fort, un homme-tronc, une femme à barbe, des sœurs siamoises, etc. Et surtout, celle d’un nain qui délaisse sa fiancée (naine elle aussi), pour une trapéziste « normale », vénale et méprisable, qui subira une vengeance traumatisante.

Si le cinéaste a choqué, c’est qu’il montrait frontalement les anomalies physiques d’êtres « anormaux » (des visions alors quasi inédites au cinéma) et interrogeait sans concession la frontière entre humanité et monstruosité, avec, à la clé, une vision désespérante de la condition humaine.”

Lire la suite de l’article de Nicolas DIDIER sur TELERAMA.FR (24 novembre 2016)

D’autres incontournables du savoir-regarder :

VERONES : Caos calmo (2008)

Temps de lecture : < 1 minute >

VERONES, Sandro Caos calmo (2008)

VERONES Sandro, Caos calmo (film, Italie, 2008)

“La mort soudaine de Lara, son épouse, bouleverse la vie heureuse de Pietro, jusque-là comblé par sa famille et son travail. Le jour de la rentrée, Pietro accompagne à l’école sa fille Claudia, 10 ans, et décide subitement de l’attendre. Il se réfugie dans sa voiture, garée en face de l’école primaire. Il fait de même le lendemain et les jours suivants. Il attend que la douleur se manifeste et observe le monde. Il découvre petit à petit les facettes cachées des gens qui l’entourent et l’abordent.”

Lire la fiche technique sur TELERAMA.FR

D’autres incontournables du savoir-regarder :

BERGMAN : En présence d’un clown (1997)

Temps de lecture : 2 minutes >

BERGMAN, Ingmar Larmar och gör sig till (En présence d’un clown, tv-film, 1997)

BERGMAN Ingmar, Larmar och gör sig till (En présence d’un clown, tv-film, Suède, 1997)

Carl Akerblom est inventeur. Mais il est aussi un amateur inconditionnel de Schubert. Mélomane averti, il rêve de la vie de ce musicien, qu’il imagine avec force détails. Après avoir violemment battu sa fiancée, Pauline, il est interné au service psychiatrique de l’hôpital d’Uppsala. Il s’y lie d’amitié avec un autre patient, Osvald Vogler, professeur à la retraite. Tous deux sont désabusés par la vie, dont ils n’attendent plus rien. Pour tromper leur ennui, ils nourrissent le projet insensé de réaliser le premier film parlant de l’histoire. Ils l’intitulent «La Joie de la fille de joie». Ce film, construit contre le chaos et la dissolution, doit relater la passion, historiquement improbable, de Schubert pour une prostituée viennoise. Lors de la première, le film est détruit par un incendie…”

Lire la fiche technique sur TELERAMA.FR

“En présence d’un clown : l’un des plus beaux films de Bergman. Ecrit pour le théâtre en 1993, réalisé pour la télévision suédoise en 1997, ce film a été montré en de rares occasions. L’événement n’est a priori pas mince : on annonce, pour le mercredi 3 novembre, la révélation d’un film inédit en salles d’Ingmar Bergman. Réalisé en 1997 pour la télévision suédoise, En présence d’un clown sortira dans trois salles à Paris, dans une quinzaine d’autres en province. Cette nouvelle étonnera les amoureux de ce cinéaste de génie qui aura su donner forme aux plus sombres tourments de l’âme humaine. Mais l’une des principales raisons de l’occultation de ce film tient à Bergman lui-même. Le cinéaste exprima clairement sa réticence à l’idée de l’exploitation cinématographique de ses téléfilms, tout particulièrement ceux réalisés après Fanny et Alexandre, chef-d’oeuvre que le maître intronisa en 1982 comme son dernier film de cinéma. Mais à qui la faute s’il continua, après cet arrêt officiel, à faire du très grand cinéma sous couvert de réalisation télévisuelle ? Parmi ses téléfilms tardifs, deux ont ainsi connu, depuis, une sortie en salle : Après la répétition (1984), et Sarabande (2003), oeuvre ultime qui eut légitimement droit à tous les honneurs testamentaires. Certains cinéphiles, portant très haut En présence d’un clown sur l’échelle des valeurs bergmaniennes, en conçurent du dépit. C’est le cas du critique et enseignant Jean Narboni, qui n’est pas pour peu dans la sortie du film, auquel il consacra, en 2008, un lumineux opuscule (En présence d’un clown, d’Ingmar Bergman : voyage d’hiver, éd. Yellow Now, 2008, 108 p., 12,50 €)…”

Lire la suite de l’article de Jacques Mandelbaum sur LEMONDE.FR (30 octobre 2010)

D’autres incontournables du savoir-regarder :

SPIELBERG : Les aventuriers de l’Arche perdue (1981)

Temps de lecture : < 1 minute >

SPIELBERG, Steven The Raiders of the Lost Ark (Les aventuriers de l’Arche perdue, film, 1981)

SPIELBERG Steven, The Raiders of the Lost Ark (Les aventuriers de l’Arche perdue, film, USA, 1981)

“Dans les années 30. Indiana Jones, un athlétique professeur d’archéologie, n’hésite pas à parcourir le monde à la recherche de fabuleux trésors dont il fait don à son université. De retour d’Amérique du Sud où Belloq, son principal concurrent, s’est joué de lui, il est contacté par les services secrets, qui le chargent d’une mission : court-circuiter les agents du IIIe Reich qui, avec l’assistance de Belloq, sont à la recherche de l’Arche d’alliance contenant les Tables de la Loi reçues par Moïse. Indiana s’envole pour le Népal, où réside la fille du professeur Ravenwood, la belle Marion qui, non contente d’être son amour perdu, est surtout l’heureuse dépositaire d’un bijou essentiel pour localiser l’Arche…”

Lire la suite de la fiche technique sur TELERAMA.FR…

Plusieurs suites ont été tournées par Steven Spielberg :

D’autres incontournables du savoir-regarder :

MONSAINGEON : Richter l’insoumis (1998)

Temps de lecture : 2 minutes >

MONSAINGEON Bruno, Richter l’insoumis (documentaire, 1998)

Faire un film sans images, telle est l’impasse a priori sans issue à laquelle je me suis longtemps heurté pendant l’intense période de gestation de ce “Richter, l’insoumis”, le dernier en date des grands fauves de la musique auxquels j’ai passionnément désiré consacrer les ressources émotionnelles que je me sentais capable de communiquer sous une forme cinématographique. Lorsque Richter et moi avons commencé à travailler à ce projet, dans son esprit il ne pouvait être question de caméra, et ce n’est qu’après près de deux ans d’un contact presque quotidien avec lui que je suis enfin parvenu à élaborer une structure de tournage qui lui soit acceptable. Je me suis largement exprimé par ailleurs à ce sujet […] et n’y reviendrai pas ici. Cependant, quelles étaient les alternatives possibles? Utiliser les entretiens que j’enregistrais au magnétophone avec Richter comme narration d’un film exclusivement constitué d’archives de concerts, et au cours duquel pas une fois sa voix ne pourrait être identifiée avec un visage? Oui, j’aurais pu sans doute tirer de cette méthode un joli petit film documentaire traditionnel, mais qui n’aurait rien eu à voir avec la grande fresque que j’avais l’ambition de réaliser. Sinon, avoir recours à des témoignages? C’était là la méthode facile qui, à partir d’une thèse suffisamment vigoureuse, aurait permis de révéler les tensions et contradictions présentes dans la vie de tout artiste, de ficeler en réalité un gentil programme de “télévision” bien objectif, avec tout l’assortiment conventionnel des jugements critiques “pour” et “contre”, du débat, et débouchant, comme presque toujours, sur l’hagiographie. Je résistais à cette idée de toutes mes fibres. Je faisais un film sur un personnage hors-normes qui était le contraire de la convention, qui n’avait rien de “gentil”, et si “tensions et contradictions” il y avait, elles apparaîtraient bien d’elles-mêmes dans les propos que je lui ferais tenir, dans sa manière toute personnelle, pleine d’humour et d’amertume de raconter sa propre histoire. Il n’y aurait ni apport extérieur au sujet, ni même commentaires, à l’exception d’un texte que j’écrirais et que je placerais en tête du film, accompagné du mouvement lent de l’ultime sonate de Schubert qui conclurait également une œuvre que je voulais passionnément subjective, ou bien alors qui ne serait pas. Je crois que si Richter s’est finalement prêté au tournage avec une caméra, c’est que, consciemment ou non, il avait saisi en moi cette volonté farouche d’échapper aux conventions du portrait…

Lire la suite sur le site de Bruno MONSAINGEON

Lire le livre Richter – Ecrits et conversations (Van de Velde / Arte Editions / Actes Sud, 1998)

D’autres incontournables du savoir-regarder :

BERGMAN : Le septième sceau (1957)

Temps de lecture : 2 minutes >

BERGMAN, Ingmar, Le septième sceau (film, Suède, 1957), avec Max von Sydow (Antonius Block), Gunnar Björnstrand (Jöns), Bengt Ekerot (la Mort) …

Au XIVe siècle, une épidémie de peste ravage la Suède. Le long d’une plage déserte, le chevalier Antonius Block et son écuyer, de retour de croisade, rencontrent la Mort. Le chevalier lui propose de jouer aux échecs la solution des problèmes métaphysiques qui l’assaillent. Chaque soir, la partie se jouera sur la plage. Ce délai permet à Antonius de rechercher le sens de la vie. Sur une route, il rencontre un couple de baladins pleins de gaieté. Leur amour et leur bonheur simple contrastent avec la désolation des villages voisins. Les autochtones, tenaillés par une peur mystique, vivent dans le crime perpétuel. Un soir, la Mort remporte la partie. Le chevalier disparaît, accompagné par tous ceux qui l’entourent…

“C’est le film le plus célébré de Bergman, le plus moqué aussi – voir la danse macabre revue et parodiée par Woody Allen, par ailleurs fan absolu du maître suédois, dans Guerre et amour.

Il est vrai que durant la première demi-heure, les méditations métaphysiques de Max von Sydow font penser à un cours de philo pour bacheliers pressés. Mais les interrogations théoriques sur la foi, le silence de Dieu et le néant trouvent une incarnation magnifique dans les images à la fois poétiques et terrifiantes du Moyen Age confronté au fléau de la peste.

Le Septième Sceau, à l’image de ses personnages, est tiraillé entre le sacré et le trivial, entre les pulsions de mort (le défilé des pénitents redoutant l’Apocalypse) et l’appel de la vie. On ne sait ce qui bou­leverse le plus : l’épouvante qui s’exprime dans les yeux d’une jeune sorcière condamnée au bûcher, le visage enfin apaisé de Gunnel Lindblom acceptant son destin, ou le sourire radieux de Bibi Andersson après l’orage…”

Lire la suite de la fiche technique sur TELERAMA.FR…

Bergman | Le septième sceau

Plus de cinéma…

WILLIAMS : La liste de Schindler / thème principal

THYS (dir.) : Le cinéma belge (FLAMMARION, Ludion, La Cinémathèque royale de Belgique, 1999)

Temps de lecture : < 1 minute >
THYS M., Le cinéma belge (FLAMMARION, Ludion, La Cinémathèque royale de Belgique, 1999)
  • Recherche et coordination de Marianne THYS
  • Textes de René MICHELEMS, Michel APERS, Jacqueline AUBENAS, Geneviève AUBERT, Guido CONVENTS, Francine DUBREUCQ, Dirk DUFOUR, Peter FRANS, Paul GEENS, André JOASSIN, Luc JORIS, Sabine LENK, Anne-Françoise LESUISSE, Serge MEURANT, Rik STALLAERTS, Marianne THYS
  • Traductions de René ANEMA, Peter BARY, Ludo BETTENS, Ailica CAMM, Philippe DELVOSALLE, Sam DESMET, Jean-Paul DORCHAIN, Eric DUMONT, Annick EVRARD, Bruno LECOMTE, Philippe NEYT, Christophe STEFANSKI, Ann SWALEF, Tommy THIELEMANS, Patrick THONART, Marianne THYS, Dick TOMASOVIC, Catherine WARNANT, Rolland WESTREICH, Chris WRIGHT
  • Préfaces de André DELVAUX et de Marianne THYS

Consulter le livre publié sous la direction de Marianne THYS (90-5544-234-8)

D’autres incontournables du savoir-lire :

D’autres incontournables du savoir-documenter :

GRIMM : La jeune f​ille sans mains

Temps de lecture : 8 minutes >
La jeune fille sans mains (film de Sébastien Laudenbach, 2016, lire plus à ce propos en fin d’article)

Il était une fois, il y a quelques jours, à l’époque où la farine des villageois était écrasée à la meule de pierre, un meunier qui avait connu des temps difficiles. Il ne lui restait plus que cette grosse meule de pierre dans une remise et, derrière, un superbe pommier en fleur. Un jour, tandis qu’il allait dans la forêt couper du bois mort avec sa hache au tranchant d’argent, un curieux vieillard surgit de derrière un arbre.
“- A quoi bon te fatiguer à fendre du bois ? dit-il. Ecoute, si tu me donnes ce qu’il y a derrière ton moulin, je te ferai riche.
– Qu’y a-t-il, derrière mon moulin, sinon mon pommier en fleurs ? pensa le meunier. Il accepta donc le marché du vieil homme.
– Dans trois ans, je viendrai chercher mon bien, gloussa l’étranger, avant de disparaître en boitant derrière les arbres. ”
Sur le sentier, en revenant, le meunier vit son épouse qui volait à sa rencontre, les cheveux défaits, le tablier en bataille.
” Mon époux, mon époux, quand l’heure a sonné, une pendule magnifique a pris place sur le mur de notre maison, des chaises recouvertes de velours ont remplacé nos sièges rustiques, le garde-manger s’est mis à regorger de gibier et tous nos coffres, tous nos coffrets débordent. Je t’en prie, dis-moi ce qui est arrivé ? ” Et, à ce moment encore, des bagues en or vinrent orner ses doigts tandis que sa chevelure était prise dans un cercle d’or. “Ah”, dit le meunier, qui, avec une crainte mêlée de respect, vit alors son justaucorps devenir de satin et ses vieilles chaussures, aux talons si éculés qu’il marchait incliné en arrière, laisser la place à de fins souliers. “Eh bien, tout cela nous vient d’un étranger, parvint-il à balbutier. J’ai rencontré dans la forêt un homme étrange, vêtu d’un manteau sombre, qui m’a promis abondance de biens si je lui donnais ce qui est derrière le moulin. Que veux-tu, ma femme, nous pourrons bien planter un autre pommier…
– Oh, mon mari ! gémit l’épouse comme foudroyée. Cet homme au manteau sombre, c’était le Diable et derrière le moulin il y a bien le pommier, mais aussi notre fille, qui balaie la cour avec un balai de saule. ” Et les parents de rentrer chez eux d’un pas chancelant, répandant des larmes amères sur leurs beaux habits.
Pendant trois ans, leur fille resta sans prendre époux. Elle avait un caractère aussi doux que les premières pommes de printemps. Le jour où le diable vint la chercher, elle prit un bain, enfila une robe blanche et se plaça au milieu d’un cercle qu’elle avait tracé à la craie autour d’elle. Et quand le diable tendit la main pour s’emparer d’elle, une force invisible la repoussa à l’autre bout de la cour.
“Elle ne doit plus se laver, hurla-t-il, sinon je ne peux l’approcher.” les parents et la jeune fille furent terrifiés. Quelques semaines passèrent. La jeune fille ne se lavait plus et bientôt ses cheveux furent poisseux, ses ongles noirs, sa peau grise, ses vêtements raides de crasse. Chaque jour, elle ressemblait de plus en plus à une bête sauvage.
Alors le diable revint. La jeune fille se mit à pleurer. Ses larmes coulèrent tant et tant sur ses paumes et le long de ses bras que bientôt ses mains et ses bras furent parfaitement propres, immaculés. Fou de rage, le diable hurla : “Coupe-lui les mains, sinon je ne peux m’approcher d’elle !” Le père fut horrifié : “Tu veux que je tranche les mains de mon enfant ? – Tout ici mourra, rugit le Diable, tout, ta femme, toi, les champs aussi loin que porte son regard :” Le père fut si terrifié qu’il obéit.
Implorant le pardon de sa fille, il se mit à aiguiser sa hache. Sa fille accepta son sort. “Je suis ton enfant, dit-elle, fais comme tu dois.” Ainsi fit-il, et nul ne sait qui cria le plus fort, du père ou de son enfant. Et c’en fut fini de la vie qu’avait connue la jeune fille.
Quand le diable revint, la jeune fille avait tant pleuré que les moignons de ses bras étaient de nouveau propres et de nouveau, il se retrouva à l’autre bout de la cour quand il voulut se saisir d’elle. Il lança des jurons qui allumèrent de petits feux dans la forêt, puis disparut à jamais, car il n’avait plus de droits sur elle. Le père avait vieilli de cent ans, tout comme son épouse. Ils s’efforcèrent de faire aller, comme de vrais habitants de la forêt qu’ils étaient. Le vieux père proposa à sa fille de vivre dans un beau château, entourée pour la vie de richesses et de magnificence, mais elle répondit qu’elle serait mieux à sa place en mendiant désormais sa subsistance et en dépendant des autres pour vivre.
Elle entoura donc ses bras d’une gaze propre et, à l’aube quitta la vie qu’elle avait connue. Elle marcha longtemps. Quand le soleil fut au zénith, la sueur traça des rigoles sur son visage maculé. Le vent la décoiffa jusqu’à ce que ses cheveux ressemblent à un amas de brindilles. Et au milieu de la nuit elle arriva devant un jardin royal où la lune faisait briller les fruits qui pendaient aux arbres. Une douve entourait le verger et elle ne put y pénétrer. Mais elle tomba à genoux car elle mourait de faim. Alors, un esprit vêtu de blanc apparut et toucha une des écluses de la douve, qui se vida. La jeune fille s’avança parmi les poiriers. Elle n’ignorait pas que chaque fruit, d’une forme parfaite, avait été compté et numéroté , et que le verger était gardé ; néanmoins, dans un craquement léger, une branche s’abaissa vers elle de façon à mettre à sa portée le joli fruit qui pendait à son extrémité. Elle posa les lèvres sur la peau dorée d’une poire et la mangea, debout dans la clarté lunaire, ses bras enveloppés de gaze, ses cheveux en désordre, la jeune fille sans mains pareille à une créature de boue. La scène n’avait pas échappé au jardinier, mais il n’intervint pas, car il savait qu’un esprit magique gardait la jeune fille. Quand celle-ci eut fini de manger cette seule poire, elle retraversa la douve et alla dormir dans le bois, à l’abri des arbres.
Le lendemain matin, le roi vint compter ses poires. Il s’aperçut qu’il en manquait une, mais il eut beau regarder partout, il ne put trouver le fruit. La jardinier expliqua : “La nuit dernière, deux esprits ont vidé la douve, sont entrés dans le jardin quand la lune a été haute et celui qui n’avait pas de mains, un esprit féminin, a mangé la poire qui s’était offerte à lui.” Le roi dit qu’il monterait la garde la nuit suivante. Quand il fit sombre, il arriva avec son jardinier et son magicien, qui savait comment parler avec les esprits. Tous trois s’assirent sous un arbre et attendirent. A minuit, la jeune fille sortit de la forêt, flottant avec ses bras sans mains, ses vêtements sales en lambeaux, ses cheveux en désordre et son visage sur lequel la sueur avait tracé des rigoles, l’esprit vêtu de blanc à ses côtés. Ils pénétrèrent dans le verger de la même manière que la veille et de nouveau, un arbre mit une branche à la portée de la jeune fille en se penchant gracieusement vers elle et elle consomma à petits coups de dents le fruit qui penchait à son extrémité. Le magicien s’approcha d’eux, un peu mais pas trop.
“Es-tu ou n’es-tu pas de ce monde ?” demanda-t-il. Et la jeune fille répondit : “J’ai été du monde et pourtant je ne suis pas de ce monde.” Le roi interrogea le magicien : “Est-elle humaine ? Est-ce un esprit ?” le magicien répondit qu’elle était les deux à la fois.
Alors le cœur du roi bondit dans sa poitrine et il s’écria : “Je ne t’abandonnerai pas. A dater de ce jour, je veillerai sur toi.” Dans son château, il fit faire, pour elle une paire de mains en argent, que l’on attacha à ses bras. Ainsi le roi épousa-t-il la jeune fille sans mains.
Au bout de quelque temps, le roi dut partir guerroyer dans un lointain royaume et il demanda à sa mère de veiller sur sa jeune reine, car il l’aimait de tout cœur. “Si elle donne naissance à un enfant, envoyez-moi, tout de suite un message.” La jeune reine donna naissance à un bel enfant.
La mère du roi envoya à son fils un messager pour lui apprendre la bonne nouvelle. Mais, en chemin, le messager se sentit fatigué, et, quand il approcha d’une rivière, le sommeil le gagna, si bien qu’il s’endormit au bord de l’eau. Le diable sortit de derrière un arbre et substitua au message un autre disant que la reine avait donné naissance à un enfant qui était mi-homme mi-chien. Horrifié, le roi envoya néanmoins un billet dans lequel il exprimait son amour pour la reine et toute son affection dans cette terrible épreuve. Le jeune messager parvint à nouveau au bord de la rivière et là, il se sentit lourd, comme s’il sortait d’un festin et il s’endormit bientôt. Là-dessus le diable fit son apparition et changea le message contre un autre qui disait : “Tuez la reine et son enfant.” La vieille mère, bouleversée par l’ordre émis par son fils, envoya un messager pour avoir la confirmation. Et les messagers firent l’aller-retour. En arrivant au bord de la rivière, chacun d’eux était pris de sommeil et le Diable changeait les messages qui devenaient de plus en plus terribles, le dernier disant : “Gardez la langue et les yeux de la reine pour me prouver qu’elle a bien été tuée.”
La vieille mère ne pouvait supporter de tuer la douce et jeune reine. Elle sacrifia donc une biche, prit sa langue et ses yeux et les tint en lieu sûr. Puis elle aida la jeune reine à attacher son enfant sur son sein, lui mit un voile et lui dit qu’elle devait fuir pour avoir la vie sauve. Les femmes pleurèrent ensemble et s’embrassèrent, puis se séparèrent. La jeune reine partit à l’aventure et bientôt elle arriva à une forêt qui était la plus grande, la plus vaste qu’elle avait jamais vue. Elle tenta désespérément d’y trouver un chemin. Vers le soir, l’esprit vêtu de blanc réapparut et la guida à une pauvre auberge tenue par de gentils habitants de la forêt. Une autre jeune fille vêtue d’une robe blanche, la fit entrer en l’appelant Majesté et déposa le petit enfant auprès d’elle. “Comme sais-tu que je suis reine ? demanda-t-elle.
– Nous les gens de la forêt sommes au courant de ces choses-là, ma reine. Maintenant, reposez-vous.”
La reine passa donc sept années à l’auberge, où elle mena une vie heureuse auprès de son enfant. Petit à petit, ses mains repoussèrent. Ce furent d’abord des mains d’un nourrisson, d’un rose nacré, puis des mains de petite fille et enfin des mains de femme.
Pendant ce temps, le roi revint de la guerre. Sa vieille mère l’accueillit en pleurant. “Pourquoi as-tu voulu que je tue deux innocents ?” demanda-t-elle en lui montrant les yeux et la langue ? En entendant la terrible histoire, le roi vacilla et pleura sans fin. Devant son chagrin, sa mère lui dit que c’étaient les yeux et la langue d’une biche, car elle avait fait partir la reine et son enfant dans la forêt.
Le roi fit le vœu de rester sans boire et sans manger et de voyager jusqu’aux extrémités du ciel pour les retrouver. Il chercha pendant sept ans. Ses mains devinrent noires, sa barbe se fit brune comme de la mousse, ses yeux rougirent et se desséchèrent. Il ne mangeait ni ne buvait, mais une force plus puissante que lui l’aidait à vivre. A la fin, il parvint à l’auberge tenue par les gens de la forêt. La femme en blanc le fit entrer et il s’allongea, complètement épuisé. Elle lui posa un voile sur le visage. Il s’endormit et, tandis qu’il respirait profondément, le voile glissa petit à petit de son visage.
Quand il s’éveilla une jolie femme et un bel enfant le contemplaient. “Je suis ton épouse et voici ton enfant.” Le roi ne demandait qu’à la croire, mais il s’aperçut qu’elle avait des mains. “Mes labeurs et mes soins les ont fait repousser”, dit la jeune femme. Alors la femme en blanc tira les mains en argent du coffre dans le quel elles étaient conservées. Le roi se leva étreignit son épouse et son enfant et, ce jour-là, la joie fut grande au cœur de la forêt. Tous les esprits et les habitants de l’auberge prirent part à un splendide festin. Par la suite, le roi, la reine et leur fils revinrent auprès de la vieille mère, se marièrent une seconde fois.


© Shellac – Les Films Sauvages – Les Films Pelléas

La jeune fille sans mains est également devenu un film d’animation de Sébastien LAUDENBACH (2016), présenté au festival ACID de Cannes (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) en 2016 et commenté dans TELERAMA.FR par Cécile MURY (article du 12 mai 2016). Elle y parle de “la cruauté humaine dessinée avec grâce” et en propose un extrait exclusif, différent de la bande-annonce officielle ci-dessous.


D’autres symboles…