ELUARD : textes

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Eugène Émile Paul GRINDEL (1895–1952), est un poète français. C’est à 21 ans qu’il choisit le nom de Paul Éluard, hérité de sa grand-mère, Félicie. Il adhère au dadaïsme et est l’un des piliers du surréalisme en ouvrant la voie à une action artistique engagée. Il est connu également sous les noms de plume de Didier Desroches et de Brun… [en savoir plus sur POETICA.FR]


Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lèvres… (1926)

Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lèvres,
Nos silences, nos paroles,
La lumière qui s’en va, la lumière qui revient,
Un seul sourire pour nous deux,
Par besoin de savoir, j’ai vu la nuit créer le jour sans que nous changions d’apparence,
Ô bien-aimé de tous et bien-aimé d’un seul,
En silence ta bouche a promis d’être heureuse,
De loin en loin, ni la haine,
De proche en proche, ni l’amour,
Par la caresse nous sortons de notre enfance,
Je vois de mieux en mieux la forme humaine,
Comme un dialogue amoureux, le cœur ne fait qu’une seule bouche
Toutes les choses au hasard, tous les mots dits sans y penser,
Les sentiments à la dérive, les hommes tournent dans la ville,
Le regard, la parole et le fait que je t’aime,
Tout est en mouvement, il suffit d’avancer pour vivre,
D’aller droit devant soi vers tout ce que l’on aime,
J’allais vers toi, j’allais sans fin vers la lumière,
Si tu souris, c’est pour mieux m’envahir,
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard.

 

Dans le film de Jean-Luc GODARD, Alphaville, Anna Karina joue le rôle de Natacha von Braun et dit ce texte comme s’il était extrait du livre qu’elle tient en main, le recueil de Paul ELUARD publié dans la collection Blanche de Gallimard en 1926 : Capitale de la Douleur. Or, comme le relève le blog Les Caves du Majestic en 2016, il s’agit d’un collage de vers d’Eluard parus dans d’autres recueils, bien postérieurs :

      • Le dur désir de durer (1946) ;
      • Corps mémorables (1948) ;
      • Le phénix (1951).

L’auteur du blog a fait les recherches nécessaires pour identifier chacun des recueils et poèmes concernés, qui “figurent également dans une anthologie éditée par Pierre Seghers et intitulée Derniers poèmes d’amour. Elle reprend les poèmes d’amours de Paul Éluard provenant de ces trois recueils ainsi que de Le Temps déborde (1947).” Le découpage est disponible sur CAVESDUMAJESTIC.CANALBLOG.COM.


Je t’aime… (1950)

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues
Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu
Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas
Je t’aime pour aimer
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd’hui
Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille
Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne
Pour la santé
Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n’es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.

in Le Phénix (1951)


  • L’illustration de l’article montre une photo de Hanne Karin Bayer, dite Anna Karina (1940-2019) © N.I. ;

Plus de littérature…

MOREAU : Le tourbillon (Jules et Jim, 1962)

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“En 1962, lorsque Jules et Jim sort dans les salles obscures, Jeanne Moreau (1928-2017) est déjà une actrice reconnue de ses pairs et adulée par le public grâce à aux films de Louis Malle Ascenseur pour l’échafaud, Les Amants et celui de Roger Vadim Les Liaisons dangereuses.

Rencontré quatre ans plus tôt à Cannes, François Truffaut lui offre un rôle à son image, celui de Catherine, une femme résolument libre et moderne, amoureuse de deux hommes à la fois, Jules et Jim, un Autrichien et un Français, sur fond de Première Guerre mondiale. Ce long-métrage, pièce maîtresse de la Nouvelle vague, connu à travers le monde entier, a donné naissance à la scène culte où les trois protagonistes font la course sur une passerelle. Jeanne Moreau est alors habillée en garçon, coiffée d’une large casquette, habillée d’un pull lâche et arborant une fine moustache dessinée.

Le film, au succès international, marque par ailleurs les débuts de l’icône du 7e art dans la chanson avec le célèbre morceau “Le Tourbillon“, repris par Vanessa Paradis en 1995 en ouverture du festival de Cannes en hommage à Jeanne Moreau alors présidente du jury”. [RTBF.BE/CULTURE] :


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