CROWTHER, Kitty (née en 1970)

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Née en 1970 d’une mère suédoise et d’un père britannique, Kitty CROWTHER est une auteure et illustratrice belge de littérature jeunesse. Elle est diplômée d’Arts plastiques à Saint-Luc à Bruxelles. Après ses études, elle commence à illustrer et à publier ses premiers livres : elle publie son premier album en 1994. A ce jour, elle a réalisé une quarantaine de livres, traduits en une trentaine de langues.

Kitty Crowther parcourt le monde pour donner des conférences, des ateliers (avec des adultes tout autant que des enfants), pour monter des expositions ou encore pour partager son art par des performances sur scène.

La plupart de ses livres sont publiés à l’Ecole des Loisirs (Pastel) ainsi que chez Lilla Piratförlaget (éditeur suédois). Son travail, très tôt remarqué par la critique, a été récompensé – tant pour ses illustrations que pour ses textes – par d’importantes distinctions : le prix Baobab, le Grand Prix triennal de Littérature de Jeunesse et, en 2010, le très prestigieux prix international Astrid Lindgren Memorial Award.

Chaque nouveau livre marque le rythme de l’évolution intérieure de l’artiste, de ses questionnements et de ses éblouissements. Car Kitty Crowther envisage l’album comme bien plus qu’un support à raconter des histoires. Elle y inscrit, dans l’écriture comme dans le dessin, de multiples degrés d’interprétation qui donnent tout à la fois une clarté à la narration et des résonances plus profondes, voire philosophiques, dont chacun peut s’emparer. Ses ouvrages sont aussi de formidables réservoirs d’émotions, simples et complexes, qui surprennent le lecteur et peuvent l’amener sur des rivages inattendus… Comme elle le dit : “Je n’essaie pas de faire des livres plaisants mais des histoires qui m’intéressent profondément. D’ailleurs, je n’ai pas l’impression de décider, ce sont elles qui me choisissent.

Kitty Crowther en 2021 © L’école des loisirs

Pour l’exposition inédite En Fluo aux CHIROUX de Liège (2021-2022), elle a revisité plusieurs titres de sa bibliographie en déployant des atmosphères caractéristiques de ses livres, ainsi qu’une pluralité de tempéraments des personnages qu’elle a créés. C’est notamment le dernier livre de Kitty Crowther, Je veux un chien et peu importe lequel, publié au printemps dernier, et ses personnages principaux qui ont été mis à l’honneur dans l’exposition. L’univers de Far West, publié en 2018, était également évoqué.

Un parcours de “boîtes-récits” y a alterné avec des matériaux bruts, comme le bois, et des objets variés ainsi que des originaux. La couleur, bien entendu, avait une place essentielle, en particulier – comme le titre l’évoque – le fluo qui est une couleur-lumière, utilisée pour voir mieux, pour mettre en valeur, pour alerter. Pour faire pétiller l’espace et les surfaces aussi.

Kitty Crowther a développé depuis quelques années une pratique de la peinture murale. Cette dimension supplémentaire de son travail d’illustratrice, qui tire vers la performance visuelle, a donné lieu à des dessins originaux et éphémères sur les murs de l’espace d’exposition.

Enfin, un carnet conçu par l’artiste y donnait des pistes d’exploration et de lecture de son travail. Catalogue autant que petit livre d’artiste, cette brochure constitue une nouvelle porte d’entrée pour rentrer dans l’univers complet, peuplé d’êtres interdépendants, de beautés et d’obstacles, de cette immense artiste.

La bibliographie de Kitty Crowther compte de très nombreux titres, parmi lesquels une bonne dizaine peut être considérée comme fondateurs de sa pratique et de son art. On citera donc :

    • Je veux un chien et peu importe lequel (Pastel, 2021),
    • FarWest, avec un texte de Peter Elliot (Pastel, 2018),
    • Petites histoires de nuit (Pastel, L’Ecole des Loisirs, 2017),
    • Mère Méduse (Pastel, L’École des loisirs, 2014),
    • La série de Poka & Mine (Pastel, 2005, 2007 et 2016),
    • Le petit homme et Dieu (Pastel, L’École des loisirs, 2010)
    • Annie du lac (Pastel, L’École des loisirs, 2009)
    • Alors ? (Pastel, L’École des loisirs, 2006)
    • La Visite de la Petite Mort (Pastel, L’École des loisirs, 2004)
    • Moi et rien (Pastel, L’École des loisirs, 2000).

Le travail et l’univers de Kitty Crowther ont aussi déjà été exposés à de nombreuses reprises. Parmi celles-ci, on peut citer :

    • exposition et performance lors du Festival GRAFIXX à Anvers (2019),
    • Lanterna magica, petites histoires de nuit, au Musée de Poche, Paris (2018),
    • à l’occasion de l’exposition des œuvres du peintre Jan Toorop au Gemeente Museum Den Haag – La Haye (2016), exposition simultanée dans la galerie des enfants du musée des originaux du livre de Kitty Crowther, Le chant du temps, une commande passée à l’illustratrice d’un livre s’inspirant des peintures de Jan Toorop,
    • Fourth upon a time… Harriët, Eva, Kitty, Nadja, au Nordic Watercolour Museum, exposition collective avec les artistes et créatrices de livres Harriët Van Reek, Nadja, Eva Lindströ et Kitty Crowther (2015),
    • Hell’o Kitty, à la Bries Space, Anvers (2013),
    • La cour des miracles, Laterna magica Fotokino, Marseille (2013),
    • Expo Play, à Montreuil en 2007 (conçue par Olivier Douzou) avec Christian Voltz, José Parrondo, Jochen Gerner, Natali Fortier, Anouk Ricard, Fréderic Bertrand…

D’après le communiqué de presse des Chiroux (2021)
et la fiche Kitty Crowther sur le site de WATTITUDE.BE


[INFOS QUALITÉ] statut : validé | sources : chiroux.be ; wattitude.be | mode d’édition : compilation par wallonica | commanditaire : wallonica.org | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : © L’Ecole des loisirs ; Wattitude.be


Tant qu’il y aura de la presse…

DEWISME, Charles-Henri, alias Henri VERNES (1918-2021)

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Charles-Henri DEWISME (dit Henri Vernes) naît à Ath, le 16 octobre 1918. Très vite, ses parents divorcent et le petit Charles Dewisme est élevé par ses grands-parents dans une maison tournaisienne située rue Duwez dans le quartier Saint-Piat. Aujourd’hui une plaque commémorative est visible sur la façade de la maison. Déjà à l’époque celui qui deviendra Henri Vernes avait un goût très prononcé pour les romans d’aventures, comme par exemple les Harry Dickson de son futur ami Jean Ray.

A 19 ans, il interrompt ses études et fait une fugue en Chine… (preuve qu’il avait déjà le goût de l’aventure en lui !) Pendant la guerre, il travaille comme espion pour les services secrets britanniques. Il connait malgré tout beaucoup de monde dans l’autre camp ce qui lui permit de sauver sa peau à quelques reprises. Il aime écrire et collabore avec plusieurs journaux. Il réutilisera certains de ses articles comme source d’inspiration pour ses Bob Morane.

Il écrit un premier livre : “Strangulation”. Il envoie le manuscrit à Stanilas-André Steeman qui dirigeait une collection de romans policiers Le Jury. Mais le roman fut refusé et perdu à jamais. Il paraitrait que Stanilas-André Steeman ne l’aurait pas accepté car le manuscrit avait été envoyé roulé et non à plat. Son second livre, lui, est et bien publié et s’intitule La porte ouverte (La renaissance du livre, 1944). A cette époque, Henri Vernes écrivait encore sous son véritable nom : Charles-Henri Dewisme ! Ce premier livre ne fut malheureusement pas très commercialisé et seulement 700 exemplaires se sont vendus !

Un troisième opus se rajoute à la liste, en 1949 : La belle nuit pour un homme mort, un roman très noir. Parallèlement, il publie des histoires policières dans les journaux. En 1994 parait Le goût du malheur, histoire écrite en 1945 mais jamais publié auparavant.

Henri Vernes & Bob Morane

C’est en 1953 que Henri Vernes crée le personnage de Bob Morane à la demande de J-J. Schellens, l’ancien directeur littéraire des éditions Marabout, qui, pour sa nouvelle collection nommée Marabout-Junior, voulait un auteur pouvant lui créer “un personnage à suite” qui serait en librairie tous les 2 mois (délai convenu entre J-J. Schellens & H. Vernes) de façon à ce que les jeunes lecteurs de cette nouvelle série Marabout puissent acheter leur livre en librairie régulièrement et à date prévue…

Tout au début, C-H. Dewisme dût écrire un livre “test” qui s’intitulait Les conquérants de l’Everest ; test qui s’avéra convaincant puisque C-H. Dewisme fût accepté pour écrire la nouvelle série !

Depuis lors, à l’instar de son héros, c’est son propre nom qui signifie également l’aventure. Il écrit à une cadence encore plus infernale que la fameuse vallée (en allusion à La vallée infernale, le premier roman des aventures de Bob Morane) des histoires d’aventures plus passionnantes les unes que les autres. Ce passionné de l’écriture a vraiment dédié sa vie à son héros qu’il a mis en action dans 215 romans, au côté de son infatigable compagnon Bill Ballantine et en inventant ainsi de nombreux ennemis occasionnels (les coupeurs de têtes, l’homme invisible…) ou réguliers (L’ombre Jaune, Orgonetz, Miss Ylang-Ylang…).

Son imagination très fertile lui a permis de créer de nouveaux pays étrangers, la lutte de Bob contre des dictateurs, des univers parallèles et surtout, surtout LE Bob Morane !

“A l’instar d’un Georges Simenon ou d’un Frédéric Dard, durant des années, Henri Vernes écrit pour Marabout Junior une aventure de Bob Morane tous les deux mois ! (Bob Morane doit son nom à un modèle d’avion de chasse et à celui du guerrier Masaï, qui a tué son premier lion). A ce rythme-là, il n’est pas étonnant d’en arriver au nombre incroyable de plus de 200 romans. Il est normal aussi que son héros soit devenu une vedette incontestée de la BD et des petits et grands écrans. Sans doute le doit-il aussi à ses qualités morales, à son humanisme profond comme à son sens de l’écologie. Mais Bob Morane se bat finalement contre la bêtise des hommes. Il le fait cependant en être responsable : il analyse la situation, ne s’engage qu’après avoir mesuré les risques. De son créateur, il a l’humour, la curiosité, le sens de l’amitié. Henri Vernes a été durant vingt ans l’ami de Jean Ray, dont il a relancé et préfacé les œuvres. Il a connu et connaît également Michel de Ghelderode et Thomas Owen. Son tout premier roman, Strangulation, il l’envoya à Stanislas-André Steeman, à l’époque où celui-ci dirigeait la collection “Le Jury”. N’oublions pas qu’un des premiers titres de Bobo Morane fut, en 1957, Les Chasseurs de dinosaures et que son auteur utilisa la science-fiction, créant La Patrouille du temps en même temps que l’Américain Poul Anderson, dans ce qui reste son thème favori : le voyage dans le temps…” [d’après DECITRE.FR]

Il y a eu un “avant Bob Morane” mais également un “pendant Bob Morane”. Au début de l’aventure moranienne, Charles-Henri Dewisme a également publié quelques titres notamment pour l’Héroïc Album ou encore le journal Tintin. Henri Vernes a ensuite écrit quelques romans pour les éditions Marabout Junior n’ayant aucun rapport avec Bob Morane. Les uns signés de son vrai nom, les autres signés Jaques Seyr. En 1957, il invente un nouvel héros Luc Dassaut qu’il met en scène dans Les rescapés de l’Eldorado et Base clandestine parus chez Hachette. Ce dernier titre deviendra par la suite Des dinosaures pour la comtesse chez Héroïc Album. Henri Vernes reste malgré tout concentré sur son personnage principal : Bob Morane. Mais entre le moment où l’auteur quitte en 1982 les bibliothèques vertes, jusqu’à ce qu’il rejoigne Fleuve Noir en 1988, aucun nouveau Bob Morane ne parait en librairie. L’auteur ne se tourne pourtant pas les pouces : il invente sous un autre pseudonyme (Jacques Colombo) une série érotique, Don. Le personnage éponyme est l’opposé absolu de Bob Morane même si les deux personnages partagent quelques traits physiques. Les valeurs communiquées par Bob Morane ne sont absolument pas celles de Don. Le simple exemple du meurtre le montre déjà : Bob Morane déteste tuer, Don le fait sans scrupule… Mais la principale différence se situe dans le sexe : alors qu’Henri Vernes évite constamment le sujet dans ses précédents romans, il est omniprésent dans Don. C’est pour cela que Charles Dewisme a inventé ce nouveau pseudo de Jacques Colombo : il ne voulait pas que ses jeunes lecteurs découvrent cette série rose écrite de sa plume. En 1986, Jacques Colombo raccroche pour redevenir Henri Vernes en 1988 avec l’excellent L’arbre de la vie. [d’après BOBMORANE.BE]

© na

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