DICKER : La vérité sur l’affaire Harry Quebert (2012) & L’affaire Alaska Sanders (2020)

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DICKER J., La vérité sur l’affaire Harry Quebert (Paris, De Fallois, 2012). On trouvera ci-dessous toute la vérité sur l’affaire Harry Quebert : une galerie prévisible de personnages dans un décor de Nouvelle-Angleterre qui sent le déjà-vu. L’intrigue elle-même goûte le plat réchauffé du lendemain midi. La sauce devait être bien préparée car le roman a été primé plusieurs fois : Grand prix du roman de l’Académie françaisePrix Goncourt des lycéens et les critiques ont été positives, si pas enthousiastes. Techniquement, la narration est efficace et le livre est un  vrai page turner (dira-t-on bientôt un “tournepage” pour qualifier un roman captivant ?).

Reste que la plume du Suisse Joël Dicker préfigure probablement ce que l’intelligence artificielle pourra nous servir chaque été au rayon “fictions pour tablettes” (…de chocolat suisse).

Pour ceux qui n’ont jamais vu “Twin Peaks” de David Lynch (question subsidiaire pour les amateurs de Lynch : le nom du village de Dicker, Sagamore, fait-il référence au décès de Laura Palmer, retrouvée emballée dans un “sac à mort” ?), voici toute la vérité sur le roman de Joël Dicker (compilée par un fan du roman et partagée telle quelle), c’est-à-dire simplement la liste de ses personnages :

      1. Deborah Cooper : Habitait seule à Side Creek Lane | Témoin => appelle la police 2 fois lorsqu’elle voit Nola | Morte assassinée par balle | Veuve
      2. Nola Kellergan : 15 ans | D’abord « disparue » tout début | Morte =>  retrouve son corps 33 ans après sa disparition | Né le 12 avril 1960 | Appréciée des gens d’Aurora | Travaillait les samedis au Clark’s | Fille unique
      3. Marcus Goldman : Originaire du New Jersey | Fils unique | Écrivain | ~30 ans | A écrit 2 livres | Le 1er s’est vendu à 2 millions d’exemplaires | Millionnaire | Célibataire | Habite à New York
      4. Douglas Claren : Agent de Marcus
      5. Denise : Secrétaire de Goldman | Elle l’aide beaucoup
      6. Mère de Goldman : « le harcèle » | Employée
      7. Père de Goldman : Nelson | Ingénieur
      8. Lydia Gloor : Actrice d’une série actuelle (par rapport à l’histoire) | Ex à Goldman
      9. Roy Barnaski : Puissant directeur de Schmidt et Handson
      10. Harry Quebert : Ancien professeur à l’université de Marcus | Écrivain | Habite à Aurora | Au bord de l’océan | Très proche de Marcus | ~67ans | Pratique la boxe | « Mentor » de Marcus | A écrit « Les Origines du mal » | Vendu à ~ 15 millions d’exemplaires
      11. Jenny Dawn : Patronne actuelle du Clark’s | Environ 57 ans
      12. Erne Pinkas : Bibliothécaire municipale bénévole | 75 ans | Retraité, travaillait dans une usine de textiles
      13. Benjamin Roth : Avocat d’Harry Quebert | Practitien réputé
      14. David Kellergan : Père de Nola | Évangéliste de sud | Originaire de Jackson (Alabama) | Déménage à Aurora en 1969 avec Nola (là depuis 40 ans) | David Kellergan est pasteur à la paroisse St-James | Seul parent encore vivant | 85 ans
      15. Louisa Kellergan : Mère de Nola | Morte il y a longtemps
      16. Travis Dawn : Chef de la police d’Aurora | Mari de Jenny | ~60 ans | De service le jour de la mort de Nola | Il était alors seulement agent de police
      17. Gareth Pratt : Chef de la police d’Aurora (1975) | A la retraite
      18. Jared : Colocataire noir de Marcus à l’uni en 1998 | Révise beaucoup | Téléphone souvent à sa mère
      19. Dominic Reinhartz : Étudiant à l’université | Très doué pour l’écriture
      20. Dustin Pergal : Doyen du département des lettres à l’uni
      21. Perry Gahalowood : Afro-Américain costaud | Policier de la brigade criminelle d’État qui surnomme souvent Marcus l’écrivain | Il va faire équipe avec Goldman pour mener l’enquête sur l’affaire Harry Quebert | Marié et a 2 filles
      22. Tamara Quinn : Mère de Jenny | Patronne du Clark’s en 1975
      23. Robert Quinn : Mari de Tamara | Père de Jenny | Ingénieur
      24. Nancy Hattaway : Amie de Nola
      25. Elijah Stern : 75 ans – homme d’affaire | Un des hommes les plus riches du New Hampshire | Habite à Concorde | Propriétaire de Goose Cove avant Harry | Homosexuel
      26. Luther Caleb : Homme de main d’Elijah Stern | Étrange | Chauffeur de Stern pendant des années | Entretenait la maison de Goose Cove | Défiguré, mort depuis longtemps | Né en 1940 à Portland | A été fiché par la police | Se serait tué en voiture après avoir fait une chute de 20 m
      27. Dr. Ashcroft : Psychiatre de Tamara Quinn
      28. Neil Rodick : Chef de la police d’État en 1975
      29. Sylla Caleb Mitchel : Sœur de Luther
      30. Jay Caleb : Père de Luther et Sylla
      31. Nadia Caleb : Mère de Luther et Sylla
      32. Eleanore Smith : Fiancée de Luther lorsqu’il avait 18 ans
      33. Darren Wanslow : Officier de la police de Sagamore
      34. Stefanie Hendorf : Camarade de classe de Nola
      35. Edward Horowitz : Officier à la retraite qui avait mené l’enquête sur l’incendie de la maison des Kellergan en Alabama
      36. Pasteur Jeremy Lewis : « gourou » d’une sorte de secte | Ami proche de David Kellergan…

S’il en reste parmi vous qui pensiez que nous étions sectaires en 2012, en vouant aux Gémonies le premier roman à succès de Joël Dicker, ils seront convaincus du bien-fondé de notre analyse en lisant les recensions de sa suite, écrite par le même “robot” littéraire en 2022 : L’affaire Alaska Sanders. Ceci répond-il à la question : vaut-il mieux se tromper avec tout le monde que d’avoir raison tout seul ? La parole est à nos ‘confrères’ de FRANCEINTER.FR (Le Masque et la Plume, 27 avril 2022, extraits) : L’affaire Alaska Sanders de Joël Dicker serait-il le livre le plus ennuyeux de l’année ? Après L’Énigme de la chambre 622, Joël Dicker se retrouve en tête du classement des meilleures ventes avec son tout nouveau livre, dans lequel il signe une suite à La vérité sur l’affaire Harry Quebert. Un livre qui a profondément ennuyé les critiques du “Masque & la Plume”… Voici pourquoi.

Le livre résumé par Jérôme Garcin

Un roman de presque 600 pages, tiré à 600 000 exemplaires, qui est la suite chronologique de La vérité sur Harry Quebert ; Le Livre des Baltimore, déjà paru, étant le dernier volume de la trilogie. En avril 1999, le corps d’Alaska Sanders, une reine de beauté de 22 ans employée dans une station-service, avait été retrouvé au bord d’un lac d’une bourgade américaine. L’enquête bouclée, classée. Le meurtrier et amant d’Alaska s’était suicidé et son complice était sous les verrous. C’est 11 ans plus tard que l’affaire rebondit quand le sergent de police, qui avait élucidé le crime, reçoit une lettre anonyme où il est écrit que le coupable et son complice sont innocents. L’écrivain Marcus Goldman, auteur mondialement célèbre de La vérité sur l’affaire Harry Quebert va aider le sergent, son ami, à élucider le mystère.

Nelly Kapriélan : “un livre convenu, rempli de clichés”

La critique des Inrocks déplore très ironiquement la structure littéraire des romans de Joël Dicker par laquelle il parvient toujours à faire de ses livres des best-sellers où, comme celui-ci en est l’exemple, tout est simpliste, convenu et alimenté par les clichés.

Je vais devenir riche grâce à lui ; si on veut écrire un best-seller, il faut suivre absolument ce qu’il fait…

“Il y a des formulations totalement absurdes, un peu grotesques. À part ça, c’est le chaudron magique de Harry Potter : il a mis tous les codes des séries TV et des polars écrits par les autres…Tout est convenu, avec tous les clichés. Si on lit un livre pour être tenu en haleine, il faut le lire, mais si on a envie d’autre chose, non, ce n’est pas du tout le livre qu’il faut lire…”

Jean-Claude Raspiengeas ne sait “même pas par quel bout le prendre…”

Le critique de La Croix s’est très souvent retrouvé seul à défendre l’auteur pour ses précédents livres, jusqu’à cette semaine, au cours de laquelle il admet s’être soumis à un véritable examen de conscience… Puisque ce livre constitue cette fois-ci une vraie énigme, selon lui, qui parvient à s’imposer comme un nouveau best-seller, à éviter à tout prix…

Je ne sais même pas par quel bout le prendre. Il n’y a rien à sauver, rien ne tient…

Ces systèmes de flash back, on n’y comprend rien… Mais, surtout, ce qui m’a rebuté et c’est l’objet de mon examen de conscience, c’est la langue, le style, les dialogues, les situations sont invraisemblables et indigentes… Dans mon souvenir, les autres étaient un peu mieux écrits.

Ça ne tient absolument pas. C’est un cas d’école et il est en tête des best-sellers

Il paraît qu’il s’en vend 25 000 par semaine. La question que ça pose, c’est pourquoi les lecteurs se précipitent vers ce genre de lecture ? C’est une véritable énigme… alors qu’il y a tellement de chefs-d’œuvre qui sont dans les bibliothèques, qui leur tendent les bras et qui leur feraient tellement plus de bien que de lire ça…”

Olivia de Lamberterie s’est profondément ennuyée…

Pour la journaliste et critique littéraire du magazine Elle, le livre est tellement indigent, qu’elle passée par tous les états négatifs possibles ; ennuyée, en colère et profondément malheureuse après avoir refermé un livre dont l’auteur ne maîtrise pas les règles de l’imparfait et du passé simple…

C’est écrit à la vitesse d’un escargot neurasthénique et c’est convenu.

“Les personnages ont tellement peu de chair, sont tellement peu décrits et incarnés… Quant au style, c’est un garçon qui ne connaît absolument pas la concordance de temps ; qui est quand même le B.A.-BA. On apprend l’articulation entre l’imparfait et le passé simple à l’école primaire…”

Si on enlevait les phrases qui ne servent à rien, on arriverait facilement à 50 pages.

Selon Arnaud Viviant, “l’auteur doit son succès au plagiat systématique qu’il fait du style de Philip Roth”…

Pour commencer, Arnaud s’est agacé de ne pas même avoir reçu le livre en version PDF, quand bien même il n’y avait plus de livres disponibles chez la maison d’édition au moment où il a fait sa demande. Rassurez-vous cela ne l’a pas empêché de partager cette théorie qu’il s’est faite depuis longtemps sur le style de Joël Dicker…

Le premier m’avait offusqué et il semble là, d’après ce que j’entends, en reprendre la même recette… Ça, au fond, c’est quoi la chose qui a été déterminante dans le succès de Joël Dicker ? C’est l’éditeur Bernard de Fallois, un immense proustien que tout le monde vénérait, un érudit comme il n’en existe plus. C’est ce qui lui a permis d’avoir le Grand Prix de l’Académie de la langue alors qu’il écrit dans un français-globish… C’est comme ça qu’il a été bien traité par la critique dès le départ, alors que c’était un plagiat du dernier grand romancier du XXe siècle, Philip Roth, dont il reprenait tous les éléments pour en faire un “fake” marketing dégoûtant… C’est dingue comment on peut en arriver là“.


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A bon entendeur…
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