VELGHE : Saint Benedict’s Church, Honaunau (Hawaii)

Saint Benedict’s Church, Honaunau © nationalparkswitht.com
Contexte

Découvert par James Cook en 1778, Hawaii est un archipel constitué de huit îles, situé au centre de l’Océan Pacifique nord. Royaume indépendant, il a été annexé par les USA en 1900, puis est devenu le 50e état en 1959.

Dans la société hawaïenne traditionnelle, le pouvoir royal est fort et quasi de droit divin, le roi étant en relation avec les divinités et particulièrement le dieu de la guerre, Kū. La société est soumise à un régime strict de kapu, règles et interdits qui constituent un code de conduite. Chaque île, ou presque, est dirigée par un roi, les luttes d’influence entre ceux-ci entraînent fréquemment des guerres entre les îles de l’archipel. Vers 1795 cependant, Kamehameha Ier  réussit l’unification de l’archipel, accroissant ainsi son prestige et celui de la fonction royale.

Kamehameha Ier (“the Great”) © nps.gov

En 1819, à la mort de Kamehameha, son fils Liholiho lui succède, sous le nom de Kamehameha II. Le jeune roi est soumis à la pression de sa mère et de l’épouse favorite du roi défunt qui cherchent à affaiblir le pouvoir de la religion traditionnelle. En effet, le système des kapu tient les femmes à l’écart de la vie politique. Kamehameha II décidera l’abandon de la religion de ses ancêtres, laissant son peuple dans un certain désarroi et facilitant le travail des premiers missionnaires, arrivés à partir de 1820. Par la suite, les rois hawaïens (Kamehameha III et ses successeurs) se convertiront au christianisme.

A Hawaii, un prêtre belge va devenir un héros national : le Père Damien Jozef de Veuster, arrivé à Molokai en 1873 où il restera seize ans à soigner les lépreux. A sa suite, d’autres Belges seront envoyés dans l’archipel. C’est ainsi que John Berchmans Velghe arrivera à Hawaii, en 1899.

John Berchmans Velghe 
John Berchmans Velghe © catawiki.com

John Berchmans Velghe, né Jozef Velghe à Courtrai le 14 juillet 1857, a été ordonné prêtre en 1888. Il semble bien qu’il ait été affecté aux Marquises avant d’arriver à Hawaii, où il est chargé de l’église Saint Benedict, alors située sur le littoral. Il décide de la déplacer d’environ trois kilomètres en amont, près de Honaunau. Les raisons de ce déménagement restent inconnues, mais elles sont probablement liées à des raisons climatiques : soit échapper à de possibles tsunamis, soit trouver un endroit plus frais – voire une combinaison de ces deux éléments.

La nouvelle église est construite dans un style gothic revival, adapté à ces latitudes. Ce n’est certes pas un chef d’œuvre d’architecture, c’est le travail de Velghe qui en fait toute la particularité et le charme. Il va, en effet, entreprendre de décorer son église en peignant les murs de manière naïve mais souvent éloquente. Il est clair que son but est d’enseigner aux autochtones, généralement illettrés, le message biblique au travers d’images qui frapperont leur imagination.

Saint Benedict’s Church (intérieur) © hawaiimagazine.com

Le mur du chœur, derrière l’autel, reproduit en trompe-l’œil, le chœur de la cathédrale de Burgos, cathédrale gothique du XIIIe siècle. Le plafond, représentant un ciel tropical au crépuscule, reprend les couleurs de l’arc-en-ciel. Il est parsemé d’étoiles, de petits nuages blancs et d’oiseaux, toujours dans un style naïf et souvent, à nos yeux du moins, un peu kitsch.

Des feuilles de palmier semblent surgir des colonnes qui figurent les troncs des arbres. Le palmier, arbre tropical et donc local, est aussi le symbole de la Résurrection du Christ. Dans cette optique symbolique, il faut d’ailleurs noter que les palmes qui tournent le dos à l’autel jaunissent, s’assèchent et meurent. Les colonnes supportent une ornementation de banderoles, reprenant des citations de la Bible, traduites en hawaïen.

St. Benedict’s Church (détail) © tahoelight.com

Sur les murs latéraux, entre les fenêtres, Velghe a représenté des scènes bibliques, souvent inspirées par l’art espagnol ou flamand. Ces scènes sont surmontées d’un décor néo-gothique. Malheureusement, John Berchmans Velghe n’a pu achever totalement son travail puisqu’il a été rappelé en Belgique en 1904, où il mourra en 1939. L’église, dès lors surnommée “the painted church”, est restée en activité mais a commencé à se dégrader en raison de l’humidité mais, surtout, sous l’action des termites.

La restauration

Un plan de restauration a été mis au point au début des années 1980. Comme l’église ne comportait pas de fondations, on en a construit pour une meilleure isolation. De même, on a reconstruit des murs devant les murs sur les façades nord et sud. L’ancien toit, rongé par les termites, a été remplacé mais il a fallu faire preuve d’inventivité pour y fixer l’ancien plafond sans perforer les peintures existantes. L’ancienne église est donc pour ainsi dire enchâssée dans une nouvelle, respectant à la fois le style architectural et les peintures de Velghe.

Travail de restauration © Aloha

A certains endroits, il ne restait que la couche picturale tant le bois avait été rongé : l’épaisseur n’excédait pas celle d’une feuille de parchemin. Des parties de peintures ont malheureusement été perdues à jamais. Il a également fallu nettoyer les peintures, noircies notamment par les bougies – Velghe peignait d’ailleurs à la lueur de celles-ci. L’optique choisie par les restaurateurs étant le préservation, rien n’a été repeint. Seuls les tunnels des termites ont été rebouchés et la couche picturale nettoyée et protégée.

Ainsi, l’œuvre artistique de John Berchmans Velghe, témoignage historique de l’évangélisation de l’archipel et d’un néo-gothique “exotique”, a-t-elle été préservée.

Philippe VIENNE

A la mémoire de Sylvie Courbe

Bibliographie
  • VAUGHN G., Saints Alive. The restoration of Saint Benedict’s Church, in Aloha. The Magazine of Hawaii and the Pacific, vol.9 n°6, 1986, pp 32-35 et 76
  • YOW J.A., Hallelujah ! In Praise of Hawaii’s Churches, in Aloha. The Magazine of Hawaii and the Pacific, vol.15 n°1, 1992, pp 42-47 et 63

[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : rédaction | commanditaire : wallonica.org | auteur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © nationalparkswitht.com ; nps.gov ; catawiki.com ; hawaiimagazine.com ; tahoelight.com ; Aloha.


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RAMBOZ : Le Jardin des délices à 360 (2014)

BOSCH Hieronymus : Le jardin des délices (triptyque, 1494-1505) © Musée du Prado

“Le Jardin des délices, le célèbre triptyque (1503-4 ?) du peintre néerlandais Jérôme Bosch, conservé au Prado depuis 1939, se redécouvre sur le Net au travers un magnifique site web interactif ! C’est d’autant plus intéressant d’aller voir tous les détails  que cette œuvre, très complexe, demeure encore aujourd’hui assez énigmatique. Le panneau de gauche représente Adam et Eve en compagnie de Dieu au Paradis terrestre; celui au centre, le fameux jardin; et celui de droite, les tourments de l’Enfer. Sur cette magnifique page web, c’est l’écrivain voyageur britannique Redmond O’Hanlon qui raconte le tableau (en anglais et en musique), au fil des nombreux clics qu’on peut effectuer sur des zones de texte blanches. Il en existe aussi une version pour enfants.” [LETEMPS.CH]

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Un voyage visuel et sonore au coeur du tryptique de Jérôme Bosch. Deux lectures pour un message commun : le renversement du monde.

[sourceLe jardin des délices à 360 – réalisé par Eve Ramboz pour la Compagnie Blanca Li et visible sur Vimeo]


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église Saint-Remacle d’Ocquier (Condroz, BE)

Le site de l’église Saint-Remacle d’Ocquier fut, au VIIIe siècle, une possession de l’Abbaye de Stavelot (BE), créée par ledit Remacle. La construction de l’église actuelle fut commencée vers 1017 et achevée au XVIe siècle. La date de 1017 qui figure sur un linteau pourrait avoir induit les édiles organisateurs du “millénaire” d’Ocquier en 2017-2018 ; il pourrait s’agir d’une marque plus tardive, faite lors d’une restauration du bâtiment en 1617, le “6” s’effaçant avec le temps…

L’église fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 1er août 1933. Elle a subi une importante restauration au début des années 2000…


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