Arche d’alliance (symbole)

Les aventuriers de l’Arche perdue (Spielberg, 1981)

« Le mot arche vient du latin arca, traduction de l’hébreu arôn qui signifie coffre. Pour les tribus nomades, le coffre est à la fois le siège où prend place le chef de famille, et le meuble qui contient et protège ce qui est précieux. L’Arche Sainte répond à cette double caractéristique. Elle est le trône de Yahvé, bâti par l’homme qui reconnaît la souveraineté de Dieu. Elle est aussi la châsse, richement décorée, qui renferme notamment les deux Tables du Décalogue, preuve matérielle de l’alliance passée entre Moïse et Yahvé. L’Exode (25, 10) en donne une description précise :

lls feront une arche en bois d’acacia. Sa longueur sera de deux coudées et demie, sa largeur d’une coudée et demie et sa hauteur d’une coudée et demie. Tu la couvriras d’or pur… Tu fondras pour elle quatre anneaux d’or et tu les mettras à ses quatre coins… Tu feras des barres d’acacia et tu les couvriras d’or. Tu passeras les barres dans les anneaux sur les côtés de l’arche, pour qu’ils servent à porter l’arche. Les barres resteront dans les anneaux de l’arche et ne seront point retirées. Tu mettras dans l’arche le témoignage que je te donnerai. Tu feras un propitiatoire d’or pur ; sa longueur sera de deux coudées et demie. Tu feras deux chérubins d’or ; tu les feras d’or battu aux deux extrémités du propitiatoire… C’est là que je me rencontrerai avec toi ; du haut du propitiatoire, entre les deux chérubins placés sur I’arche du témoignage, je te donnerai tous mes ordres pour les enfants d’IsraëI…

La puissance divine se manifeste à travers I’Arche. Les eaux du Jourdain s’écartent sur son passage pour permettre l’entrée dans la Terre promise. Quand l’Arche est amenée devant les murs de Jéricho au son des trompettes, les murailles s’écroulent. Plus tard, David ayant réalisé l’unité d’Israël et fait de Jérusalem la capitale politique et religieuse, il se fera un devoir de venir chercher l’Arche dans la maison d’Abinadab.

Lorsqu’ils furent arrivés sur l’aire de Nacon, Uzza étendit la main vers l’arche de Dieu et la saisit parce que les bœufs la faisaient pencher. La colère de l’Éternel s’enflamma contre Uzza, et Dieu le frappa sur place à cause de sa faute.

Ne peut toucher le sacré celui qui n’en est pas digne ou qui n’a pas reçu l’Initiation. C’est à Salomon que reviendra la mission sacrée de construire pour l’Arche un temple en dur et de la placer dans le Debir, le Saint des Saints. L’Arche est construite en bois d’acacia. Pour le nomade qu’est Moïse, l’acacia est symbole de pérennité, d’immortalité, d’éternité. Il ne fait aucun doute pour lui que I’Arche durera jusqu’à la fin des temps et que les Tables de la Loi demeureront éternellement la propriété de son peuple. Pour Salomon qui, lui, est sédentaire, l’éternité ne peut être évoquée que par la pierre. Aussi construit-il le plus beau temple du monde avec ce matériau noble, mais nouveau pour le peuple juif. L’Arche et le Temple ont leurs parois couvertes d’or.

C’est ainsi qu’il revêtit d’or toute la maison.

L’or évoque le soleil : feu, lumière, connaissance. Il symbolisera donc le culte que Moïse et Salomon veulent rendre au Créateur. Rien n’est trop riche et trop beau pour l’Éternel. Cependant, l’Arche et le Sanctuaire ne seront point exposés au regard des profanes, selon la phrase qui figure dans certains rituels lors de la Fermeture des Travaux.

Dessin de Marcel Gossé

Quatre siècles plus tard, les troupes de Nabuchodonosor incendient et pillent le Temple, détruisant l’Arche d’Alliance. Les oeuvres de Moïse et de Salomon disparaissent à jamais… Une autre tradition veut que Jérémie ait pressenti le pillage du Temple et emporté l’Arche pour lui éviter la profanation (Macchabées II2,4-6) :

Il y avait dans cet écrit que, averti par un oracle, le prophète se fit accompagner par la tente et l’arche, lorsqu’il se rendit à la montagne de Moïse, étant monté, il contempla l’héritage de Dieu. Arrivé là, Jérémie trouva une habitation en forme de grotte et y introduisit la tente, l’Arche, l’autel des parfums puis il en obstrua l’entrée. Quelques-uns de ses compagnons, étant venus ensuite pour marquer le chemin par des signes, ne purent le retrouver.

Discutable d’un point de vue historique (en effet, la tente n’existe plus depuis la destruction du Temple, I’Arche a disparu dans le pillage), cet épisode a pour but d’affirmer la continuité, la permanence du culte rendu à Dieu par son peuple. On trouve chez Jérémie des thèmes qui seront exploités par les bâtisseurs dans les rituels : la grotte, les signes, le chemin perdu… Revenons sur les dimensions de l’Arche, exprimées en coudées : 2,5 x 1,5 x 1,5. La section est carrée. Or, le carré signifie la terre, mais aussi 1’univers créé, donc le Temple, représentation du monde. De plus, si l’on compare la longueur et la largeur, on s’aperçoit que la longueur est égale à la largeur plus un, I’unité, c’est-à-dire Dieu, le Dieu créateur et unique, l’unité du peuple juif. […] Nous pourrons comprendre la symbolique de I’Arche en comparant deux extraits de catéchismes: le Dumfries n°4 (1710) et le Sheffield (1740-1780 ?) :

Que signifie l’Arche d’Alliance ? Elle représente aussi bien le Christ que le cœur des fidèles. Car, dans.la poitrine du Christ était la doctrine, tant de la Loi que de l’Évangile. De même pour les fidèles, quoique dans une autre mesure. Le Christ fut la vraie manne qui descendit pour donner la vie au monde. La Table de la Loi nous incite à l’amour et à l’obéissance. La verge d’Aaron couverte de fleurs signifîe la douceur de l’Évangile et la gloire de notre Grand Prêtre Jésus-Christ dont Aaron fut la figure.

 

Quel est le mystère de l’Arche d’Alliance ? L’Arche de Dieu, faite de bois de shittim, dans laquelle étaient conservés le pot de manne, la verge d’Aaron et les Tables des Commandements, représente autant Christ, notre sauveur, que les coeurs des fidèles, car il fut la vraie manne tombée du ciel pour répandre la lumière sur le monde. Les Tables nous incitent à l’amour et à l’obéissance. La verge d’Aaron couverte de fleurs signifie la douceur de notre Évangile et la gloire de notre Grand Prêtre Jésus-Christ dont Aaron fut la figure. »

Extraits du Dictionnaire des symboles maçonniques de Jean Ferré (1997)


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