Remèdes populaires wallons & remèdes de “bonne femme”

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Arbre à clous de Herchies (Jurbize) © Gregory Mathelot

“Jadis, dans les milieux populaires, l’homme confronté à la maladie essaye d’abord de la combattre seul. S’il n’y parvient pas, il fait appel aux remèdes de bonne femme, il va aussi en pèlerinage vénérer des reliques de saints spécialisés. En dernier recours, il demande l’aide du médecin.

Au début du siècle, même en 1940, les parents craignaient pour leurs enfants les “convulsions“. Elles étaient fréquentes chez les enfants affaiblis au cours de maladies infectieuses.

Convulsions : ce sont des contractions violentes, involontaires qui donnent lieu à des mouvements saccadés. Maladies convulsives : chorée (ou Danse de Saint Guy) – épilepsie.

Pour les éviter, des parents faisaient porter à leurs enfants un collier fait de graines ou de racines de pivoine. Celles-ci devaient être récoltées par une nuit sans lune.

Comme le traitement de ces plantes n’apportaient, au mieux qu’une amélioration passagère, les croyants priaient les saints pour obtenir une guérison définitive. En Wallonie, on implorait saint Ghislain. Dans le nord du pays, on demandait plus particulièrement la protection de saint Corneille.

Une coutume qui se retrouve encore dans le choix des prénoms des enfants, afin de les protéger des convulsions : Fabienne, Blanche, Lucienne, Ghislaine.

Des guérisseurs pour éviter les convulsions, recommandaient des infusions de fleurs de la passion, de fleurs de thym serpolet ou de racines séchées de pétasite.

Pétasite : genre de composées, comprenant des herbes européennes, vivaces, à grandes feuilles radicales et à panicules de fleurs blanches ou rouges, dont certaines rappellent le parfum de l’héliotrope.

Catherine Seret

Certains guérisseurs prescrivent des tisanes, des pommades ou liquides à diluer dans une boisson. Au siècle dernier, Catherine Seret, de Sur-les-Bois, met au point quelques onguents et eau “améliorée”. La légende veut que les premières expériences aient lieu vers 1830, lorsqu’un médecin des armées napoléoniennes confie l’incroyable secret à la jeune Catherine. Très vite, la réputation des produits dépasse largement le cadre du petit village hesbignon, on se déplace de loin pour s’en procurer. Encore aujourd’hui, l’eau et les pommades de Catherine Seret ont leurs adeptes.

Pour les ophtalmies, certaines maladies cutanées on s’adresse à sainte Geneviève. Etre atteint du mal sainte Geneviève, c’était avoir des plaies au visage. Pour les faire disparaître, on allait chercher de l’eau à la fontaine de Sainte Geneviève à Strée-lez-Huy et l’on faisait des compresses avec cette eau. Il se formait des croûtes qui tombaient toutes seules sans laisser de traces.

A Florée (Assesse) il existe également une source dédiée à Saint Geneviève réputée pour soigner les maladies de la peau, l’impétigo par exemple.

Le saindoux est utilisé pour guérir des angines : “J’ai guéri mon fils d’une angine très grave avec du saindoux. Je lui ai fait un papin de saindoux, un essuie de cuisine et une écharpe autour du cou. Je l’ai renouvelé deux fois par jour et le troisième, mon gamin était guéri.” D’autres se souviennent que c’était non avec du saindoux mais avec du lard gras non salé que les gorges enflammées avaient été guéries.

Pendant la guerre, en hiver, pour prévenir la toux, des parents préparent du sirop de betteraves : “La betterave était brossée, évidée et l’on mettait dedans du sucre candi. La betterave était placée près d’une source de chaleur, le sucre fondait et chaque soir avant d’aller dormir, nous pouvions en prendre une cuillère“. [QUENOVELLE.BE]


Les extraits : pour et contre…

D’après le CNRTL (Centre national de ressources textuelles et lexicales), EXTRAIRE signifie, entre autres :

Séparer une substance du corps auquel elle appartient, par divers procédés mécaniques ou chimiques. Extraire la quintessence de… “En 1816, Sertürner découvrit que l’on pouvait extraire de l’opium une substance cristallisée, la morphine” (Berthelot, Synth. chim., 1876, p. 116). “Les éléments utiles [du malt] ne sont pas pour la plupart à l’état soluble et il faut, pour les extraire, les solubiliser sous l’action des diastases” (Boullanger, Malt., brass., 1934, p. 217). “Pratiquement, les matières sucrées du commerce sont extraites des sucs de quelques plantes seulement, par pression, par diffusion ou même par incision ou saignée de la plante” (Brunerie, Industr. alim., 1949, p. 23). “Les substances à éliminer peuvent se classer en deux catégories : les matières solubles ou susceptibles d’être extraites par rinçage, c’est-à-dire la boue, le sang, les matières protéiques interfibrillaires, les sels de conservation, la crotte, etc., (…) − et les matières insolubles…” (Bérard, Gobilliard, Cuirs et peaux, 1947, p. 31).
P. métaph. : “Voici l’heure du poète qui distillait la vie dans son cœur, pour en extraire l’essence secrète, embaumée, empoisonnée.” (Bernanos, Sous le soleil de Satan, 1926, p. 59)

Quelques exemples d’extraits actifs, conseillés dans une brochure médicale des années 1970 (pas d’automédication, svp) :

Bardane contre la chute des cheveux
Myrtilles améliore l’acuité visuelle
Géranium éclaircit la voix et combat l’angine
Thym meilleur antiseptique naturel
Cyprès déodorant très actif
Hysope régulateur des glandes sudoripares
Pin puissant protecteur des poumons
Bouleau antirides par excellence
Cyprès pour gommer la cellulite
Sauge “spécifique de la femme de 40 ans” [la plaquette ne précise pas ce qui est sous-entendu ici]
Menthe crème chauffante pour les douillettes
Aspérule odorante bain calmant pour les nerveux.ses
Menthe & Mélisse stimulants physiques…

Les eaux & les pommades de Catherine Seret

© quenovelle.be

Catherine Seret a vécu au siècle dernier [XIXème] à Sur les Bois, et c’est grâce à elle que la réputation de ce petit hameau alors bien paisible c’est répandu au-delà des frontières. Son vrai nom est Catherine Langlois et elle naquit en 1828.

A cette époque, l’épopée napoléonienne venait de se terminer et plusieurs familles comptaient un ou plusieurs membres qui avaient été mêlés à la guerre ou aux armées de Napoléon. C’est le grand-père qui avait été ordonnance d’un colonel-médecin anglais qui a hérité du “secret” de celui-ci. Quand Catherine atteignit ses 18 ans, il lui a transmis ce secret. Elle se marie alors avec un mineur, Dieudonné Moulin, et de cette union naissent trois filles, mais son mari décède à l’âge de 33 ans.

En cette dure période de la seconde moitié du XIXe siècle, la médecine était loin de ce qu’elle est le jour d’aujourd’hui et très vite la réputation des “eaux et pommades de Catherine Seret” prend de l’ampleur.

Ce sont souvent les pauvres qui viennent consulter, les riches le font par personne interposée et le payement se fait en nature (poules, œufs, coqs ou chandelles).

Malheureusement déjà à cette époque la jalousie n’avait pas de borne, et elle se retrouve au banc des accusées, dont elle sort victorieuse. Le succès devient tel que Flamands, Wallons, Allemands et Hollandais se bousculent dans le petit café, mais hélas en 1915, à l’âge de 87 ans, elle va soigner les malades dans l’au-delà. Le secret n’est transmissible que par les femmes et c’est pour cette raison que jusque l’année dernière c’était l’arrière-petite-fille de Catherine Seret qui continua l’oeuvre de sa célèbre aïeule. Alors, pour rester dans la tradition, celle-ci a transmis le secret à sa fille Michèle, laquelle espère bien dans le futur, le transmettre à ses descendantes.

Que l’histoire n’oublie pas celle qui a fait déplacer des milliers de personnes vers le petit hameau de Sur les bois et dont les habitants sont fiers. Un patrimoine sera ainsi sauvé. Signé : M. Lenaerts”


Des remèdes de bonne femme ou de bonne fame ?

© Collection privée

“L’expression « remèdes de bonne femme » a parfois subi ce que les linguistes appellent la remotivation étymologique. Pierre Larousse les avait fort bien définis dans son Grand Dictionnnaire universel en écrivant qu’il s’agissait de “remèdes populaires ordonnés et administrés par des personnes étrangères à l’art de guérir“. Mais quelque habile latiniste s’est un jour avisé qu’en latin fama signifiait renommée, et que l’on emploie aujourd’hui encore les adjectifs fameux et famé pour évoquer la réputation de telle ou telle personne, de telle ou telle chose. Sans doute avait-il aussi entendu l’histoire, que l’on racontait naguère au sujet de ce nonce installé à Paris qui, s’entretenant avec un grand de l’Église de France mêla joyeusement, mais un peu mal à propos, français, latin et italien en lui posant cette question, qui pouvait prêter à sourire et à mauvaise interprétation : “Et comment va votre fame ?” Le prélat, qui voulait savoir quelle était la réputation de son interlocuteur, était bien excusable puisque, après tout, en ancien et en moyen français, réputation se disait fame et que les expressions bone fame et de bone fame, se lisent fréquemment dans les textes médiévaux, avec de nombreuses variantes orthographiques comme de bon famle, de bones faumes, de si grant fame, etc. Mais pour éviter ce type de fâcheux malentendu, l’usage adjoignait à ce fame d’autres noms, le plus souvent renommee, mais également merite, loenge (« louange »), ou encore renom. Et s’il en était encore besoin, un petit détour par des langues voisines confirmerait ce qu’écrivait Pierre Larousse : nos amis anglais parlent de old wives’ remedy, littéralement “remède de vieilles épouses“, nos amis allemands disent Hausmittel, “l’expédient, le remède” ou, plus familièrement, “le truc de la maison“. Cette notion de remède familial, fait à la maison, se retrouve dans l’espagnol remedio casero. Et pour conclure, rappelons que nos amis italiens, pour signaler qu’il s’agit là de remèdes qui sont plus le résultat d’observations pratiques que d’études théoriques, parlent de rimedio empirico.” [ACADEMIE-FRANCAISE.FR]


Savoir-vivre tous les jours…

Une encyclopédie vieille de 1000 ans sur l’usage des plantes médicinales est disponible en ligne… en vieil anglais

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© The British Library

“Un manuscrit vieux de 1000 ans relatant les bienfaits de la phytothérapie (médecine par les plantes) vient d’être mis en ligne par la Bibliothèque Nationale du Royaume-Uni.

La phytothérapie ou médecine par les plantes est utilisée depuis des siècles, pour preuve l’encyclopédie de la tribu matsé […]. Aujourd’hui c’est un manuscrit vieux de 1000 ans renfermant les secrets des plantes médicinales qui est mis en ligne par la Bibliothèque Nationale du Royaume-Uni.

Une mine d’or pour les adeptes de la phytothérapie, qui a soigné et soigne encore certains maux de la manière la plus naturelle qu’il soit et ce, depuis des siècles ! Contrairement à l’homéopathie qui a été déclarée inefficace par la Haute Autorité de la Santé (FR), la phytothérapie est bel et bien reconnue par tous, comme une alternative à la médecine classique. De nombreux médicaments issus de laboratoires sont d’ailleurs à base de plantes !

Le manuscrit est écrit en vieil anglais, et il faut être au moins anglophone voire historien pour en déchiffrer les secrets ! Il est en fait une traduction d’un guide du IVème siècle écrit par un herbier, Pseudo-Apulée. Ce livre indique l’utilisation des plantes dans un cadre médical pour les humains et pour les animaux. Des annotations ajoutées au fil des siècles (XIème au XVIème siècle) viennent également étoffer les connaissances acquises au cours du temps.

La médecine par les plantes a longtemps été la seule médecine utilisée pour soigner (et guérir) l’être humain. La médecine classique utilisant des procédés chimiques qui n’étaient pas connus il y a 1000 ans évidemment. Les remèdes naturels étaient donc concoctés par les « sages » des villages et administrés comme seul et unique médicament.

Toutes les parties des plantes peuvent être utilisées (feuilles, racines) et de plusieurs manières (tisanes, cataplasmes ou absorption), […], il faut cependant veiller à un dosage précis et connaître scrupuleusement les effets secondaires que certaines plantes pourraient provoquer. Certaines plantes sont même mortelles, il ne faut donc pas jouer au petit sorcier sans s’aider de livres sérieux ou consulter un phytothérapeute, spécialisé dans ce domaine.

Attention cependant, nous ne faisons pas ici, l’apologie de la phytothérapie prétextant qu’elle peut soigner tous les maux et toutes les maladies mais elle permet une alternative aux petits tracas quotidiens : romarin contre les maux de tête, radis noir pour les maux intestinaux, arnica contre les ecchymoses ou hamamélis pour soulager les brûlures par exemple. Certaines maladies ne seront jamais soignées par les plantes mais celles-ci peuvent soulager les maux adjacents et apporter un certain confort aux malades.

Aujourd’hui, l’avènement du bio, le retour aux remèdes naturels, aux emballages zéro déchet ajoutés à la prise de conscience des populations face à une pollution grandissante pourrait faire revenir la phytothérapie sur le devant de la scène !” [NEOZONE.ORG, article du 18 juillet 2019]


Mandragore (Ms cod vind 93, XIIIe)

“L’Herbarius du pseudo-Apulée est un herbier illustré rédigé en latin probablement au IVe siècle et attribué très tôt à un auteur nommé Apulée. Il a connu une large diffusion au Moyen Âge puisque nous avons gardé une soixantaine de manuscrits qui comportent l’herbier en totalité ou en fragments. Autour de 1481 parut sa première édition, ce qui en fit le tout premier herbier totalement illustré imprimé. Pourtant, il reste assez méconnu et nous avons encore beaucoup d’incertitudes sur son auteur, son origine et sa composition.” Pour en savoir plus, consulter le doctorat de Mylène Pradel-Baquerre (Université Paul-Valéry – Montpellier, FR)…


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