Toute sexualité est harcelante. Celle des hommes comme celle des femmes

Temps de lecture : 5 minutes >

“Spécialiste de l’intimité masculine, le psychanalyste Jacques ANDRE explique pourquoi pouvoir rime souvent avec harcèlement. Il dit aussi comment l’inconscient, politiquement incorrect, reste imperméable au raisonnement

Harvey Weinstein, Tariq Ramadan et, ces jours, près de chez nous, le conseiller national démocrate-chrétien Yannick Buttet. Trois hommes de pouvoir à qui la carrière sourit, ou plutôt souriait, avant que leur profil de prédateurs sexuels ne soit dévoilé.

Mais comment, se demande-t-on, comment des êtres programmés pour le succès et qui ont tant travaillé pour atteindre le sommet peuvent-ils prendre le risque de tout perdre en se rendant coupables de harcèlement? Est-ce que la réussite joue un rôle dans cet appétit de domination? Et, si tout se passe au-delà de la raison, quelle pourrait être la solution pour diminuer le nombre de ces mufles qui confondent pouvoir et droit de cuissage?

Le psychanalyste Jacques André, auteur de La Sexualité masculine, répond, mais n’est pas très optimiste. Car, dit-il, “l’inconscient est politiquement incorrect et la sexualité fondamentalement harcelante“.

Le Temps: Jacques André, comment expliquer que réussite professionnelle rime souvent prédation sexuelle?

Simplement parce que tout pouvoir est affaire d’érection. Regardez le poing levé des anarchistes ou le salut des fascistes. Chaque fois, l’expression d’une puissance collective prend les traits phalliques d’un pénis au garde-à-vous. Il y a une complicité profonde, une continuité entre sexe et pouvoir. Et cette complicité s’exerce aussi lorsque l’ascension est individuelle. Un homme qui gagne, ce n’est pas un homme qui sacrifie sa libido pour obtenir ce qu’il convoite. C’est un homme dont la libido est stimulée par sa réussite.

D’accord pour les pulsions, mais la raison ne devrait-elle pas dicter à ces winners souvent brillants un comportement qui les protège de la disgrâce collective?

Bien sûr, sauf que la raison est congédiée dans ce genre d’exercice ! L’inconscient ne connaît pas de limite et ignore totalement les précautions. On se souvient de DSK et de son avenir tout tracé pour devenir président de la République française. Au moment où ce politicien de talent trousse les femmes de chambre dans les grands hôtels, il n’est pas l’homme public, mais un pervers soumis à la réalisation de son fantasme. A ses propres yeux, dans ces instants-là, il est tout-puissant, au-dessus de la loi, inaccessible.

Depuis trente ans que je fais ce métier de psychanalyste, j’ai connu des femmes qui, publiquement, se battaient pour la parité et le respect entre les sexes et qui, dans le secret de l’alcôve, avaient besoin d’être humiliées pour avoir du plaisir.

On parle aussi d’autodestruction inconsciente pour ces géants qui dressent eux-mêmes le piège se refermant sur eux. Quel est votre point de vue?

Il y a bien sans doute une pulsion destructrice dans leurs actes. De toute manière, toute sexualité est harcelante. Dans tout acte sexuel cohabitent la jouissance et la violence. Ce sont les deux faces de la même pièce. Et c’est vrai pour les hommes comme pour les femmes. Depuis trente ans que je fais ce métier de psychanalyste, j’ai connu des femmes qui, publiquement, se battaient pour la parité et le respect entre les sexes et qui, dans le secret de l’alcôve, avaient besoin d’être humiliées pour avoir du plaisir.

Comme un hiatus entre leurs convictions et leurs fantasmes?

Exactement. Je me souviens par exemple d’une militante féministe convaincue qui racontait ne jouir vraiment que lorsqu’elle couchait dans des hôtels glauques, assouvissant ainsi un fantasme de prostitution. Dans cette période de redressement de torts, on oublie souvent que la sexualité des femmes n’est pas plus politiquement correcte que celle des hommes. Si les cas de harcèlement sexuel sont majoritairement masculins, c’est simplement parce que lorsqu’un homme abuse d’une femme, il est en train de vérifier la puissance de sa sexualité. A ce titre, on pourrait dire que la fragilité de l’érection est le problème de l’humanité depuis la nuit des temps. Les inquiétudes sur la virilité ont l’âge de la virilité.

Sauf que tous les mâles ne sont pas des agresseurs, et de loin! Beaucoup d’entre eux disent que tout homme peut se retenir et que, partant, l’abus est un choix…

Je trouve cette déclaration d’une naïveté touchante. Si les êtres humains étaient égaux face aux pulsions, ça se saurait ! Certains individus ont un ego bien construit, qui fait parfaitement la différence entre le dedans et le dehors, le permis et l’interdit, et qui a intégré ce principe selon lequel la liberté de l’un s’arrête là où débute celle des autres. Ce n’est pas la volonté des êtres tempérés qui leur permet de résister, mais la qualité de leur personnalité psychique et la réussite du refoulement. Les harceleurs sont des hommes chez qui l’ego mal fini provoque un manque chronique de sécurité. Ils ont beau multiplier les signes extérieurs de succès, leur intérieur reste tragiquement inquiet et soumis à la vie pulsionnelle.

Dans le cas qui occupe la Suisse romande, ces jours, le politicien incriminé est originaire du Valais, canton catholique et conservateur. Un élément déterminant ?

Et comment ! Le catholicisme est la religion qui a le plus sexualisé le péché. Avec l’idée de la faute originelle, ce sont 2000 ans de relations extrêmes à la sexualité qui ont été dictées. Un mélange de haine totale et de sidération totale. Avec, évidemment, comme conséquence, un refoulement violent pour les pratiquants les plus clivés. Dois-je vous parler de la pédophilie en milieu clérical pour vous convaincre ?

Et l’alcool? Peut-il être la cause de débordements sexuels?

Non. L’alcool est un symptôme, jamais une cause. Il désinhibe le consommateur, mais ne transforme pas le «moi». Il peut faciliter le passage à l’acte, mais pas l’expliquer.

Quelle solution collective peut-on apporter à ce syndrome du harcèlement?

Il y a déjà l’action judiciaire et répressive. Ce n’est pas une solution en profondeur puisqu’elle vient de l’extérieur, mais elle a l’avantage de marquer une limite. Tel sénateur était bien connu pour pincer allègrement les fesses des dames dans les couloirs du Sénat sans avoir jamais été inquiété, quelques gifles mises à part. La différence, aujourd’hui, c’est que “qui pince paie” ou est susceptible de payer.

Et, plus en profondeur, comment agir sur ce fameux inconscient politiquement si incorrect?

Sur le plan collectif, on peut contrer cet inconscient dominant à travers la démocratisation des pratiques, ce qui est déjà en cours. Avec l’avènement des nouvelles manières d’être en couple et d’être parents, la société élargit ses possibles et agit sans nul doute sur les sources collectives de l’inconscient, ce qui modifie la place de l’homme alpha. Il est possible que petit à petit, l’inconscient individuel se transforme au gré de ces changements collectifs, mais ça reste un changement très relatif. Il n’y a pas de traitement social de la part la plus sauvage de la vie sexuelle.

Comment expliquer cette chasse aux harceleurs qui saisit le monde occidental?

© JF Robert

Elle est liée à la libération d’une parole publique des femmes et c’est une bonne chose. Mais c’est aussi une immense hypocrisie. Car si l’on voulait vraiment respecter la gent féminine, on cesserait séance tenante le commerce des films pornographiques qui, à 90%, montrent des femmes en situation de soumission. La masturbation de l’homme seul devant son écran lui permet de maintenir une domination que la réalité sociale lui refuse. C’est sans risque pour lui. Avec cette vague de dénonciations et ce climat de méfiance, la vapeur ne va pas s’inverser. On peut dire adieu à la drague spontanée, ce qui est bien dommage. Elle va être très certainement remplacée par la rencontre en ligne qui permet à chacun de se protéger.”


Plus de presse…

FRENCK & SCHMIDT : La thérapie systémique remet la famille abîmée à l’équilibre

Temps de lecture : 5 minutes >
© Le Temps

“Connue depuis les années 1960, cette approche permet de restaurer des liens abîmés. Deux psychologues lausannois en donnent un nouvel exemple dans un ouvrage éloquent.

L’image est très parlante. En thérapie systémique, pour évoquer la famille, on recourt à la figure du mobile, où parents et enfants sont suspendus à la même structure en bois. L’idée ? Montrer que ce qui est vécu par l’un a forcément des répercussions sur les autres et que, pour rééquilibrer le clan, il est nécessaire que la parole soit donnée à chacun. D’abord en même temps, au gré d’une première consultation commune, puis, souvent, lors d’entretiens particuliers qui varient selon la problématique rencontrée. Dans Défis de familles, 16 histoires de thérapie systémique (Lausanne : éditions Loisirs et Pédagogie, 2019), les psychologues Nahum Frenck et Jon Schmidt prouvent toute la puissance de cette approche permettant de débusquer des blocages enfouis et de retisser des liens endommagés.

Le concept le plus frappant présenté par ces thérapeutes qui reçoivent en tandem, à Lausanne, depuis près de dix ans ? Celui du patient désigné. Dans le livre, c’est le cas de Laurent, 12 ans, qui rend la vie de sa famille infernale par une opposition massive. Ses parents, mais aussi ses deux aînés, une sœur de 18 ans et un frère de 16 ans, souffrent des crises incessantes du jeune tyran. Au terme des consultations, d’abord au complet, puis à travers des entretiens où les parents sont chaque fois entendus en compagnie d’un des enfants, il s’avère que Laurent n’était qu’un paratonnerre. Le symptôme de maux portés par chacun, en sourdine.

Le rôle du «patient désigné»

Les parents de Laurent ont en effet été secoués quand l’aînée a quitté le foyer pour suivre des études universitaires dans une autre ville et, inquiétés par la perspective du nid vide, ont porté toute leur attention sur le petit dernier. L’aînée, justement, a enduré un premier échec académique et, craignant que ses parents ne la rejettent, a très peu évoqué la fragilité que ce revers a suscitée en elle. Quant à l’ado du milieu, il rencontre aussi des difficultés scolaires qu’il a mises de côté, préférant diriger son angoisse contre son petit frère. “La fonction de « patient désigné » tenue par Laurent permet ainsi aux autres membres de la famille de vivre leurs propres crises évolutives sans avoir à être remis en question et pointés du doigt”, notent les psychologues.

En invitant chaque enfant à se confier séparément à ses parents, les thérapeutes ont mis en évidence le besoin de différenciation du clan. Par la suite, les parents ont continué à voir, une fois par semaine, chaque enfant en solitaire «pour discuter des problèmes, mais aussi partager les aspects positifs», et le comportement de Laurent a lui aussi changé car “il a pu dire son soulagement d’être confronté à ses deux parents pour régler ses conflits et non aux quatre membres de la famille”.

L’étiquette immuable

Ce récit relève un point important de l’approche systémique, technique née dans les années 1960 en Californie. Une famille est toujours en mouvement, martèlent les spécialistes, et il est maladroit – mais tellement tentant! – de donner une étiquette immuable à chaque enfant. On a vite tendance à dire, on le fait tous, “mon aîné, c’est le boute-en-train de la famille ; mon deuxième, c’est le ténébreux ; ma benjamine, c’est la force tranquille, etc.” Certes, cette habitude pimente le récit familial, mais elle limite le (la) concerné.e, surtout quand le qualificatif est négatif.

ISBN 978-2-606-01787-3

Dans le même esprit de mobilité, Nahum Frenck et Jon Schmidt rappellent que toutes les relations, même les plus détériorées, peuvent évoluer. Une approche optimiste et bienveillante “qui laisse toujours à l’autre le bénéfice du doute” et se manifeste par des questions “ouvertes et non jugeantes”. “Nous procédons par formulation d’hypothèses que nous construisons avec les membres de la famille. Nous ne recherchons pas l’hypothèse la plus correcte, mais la plus utile”, précisent les auteurs qui, au-delà des mots, considèrent avec attention le langage non verbal des protagonistes.

Les cas évoqués dans le livre ? Un enfant roi qui fait la loi, un garçon à haut potentiel que le couple parental a peur de casser, un ado qui vit un coming out difficile face à des parents catholiques, un enfant hyperactif qui met tout le monde sous pression, une séparation compliquée à annoncer aux enfants, des familles recomposées qui se demandent quel rôle éducatif accorder au nouveau venu ou encore un enfant adultifié à la suite d’un divorce. Chaque fois, les psychologues suivent le même protocole. Avant le premier rendez-vous, ils demandent aux patients de répondre par mail à trois questions : “pouvez-vous nous décrire la situation actuelle de la famille ?”, “quel devrait être l’objectif de la thérapie ?” et “que doit vous apporter la thérapie, à titre personnel ?”

La manière de répondre autant que le contenu donnent déjà de précieuses indications, mais c’est en séance que tout se joue. Qui parle, quand, et comment ? Qui se tait, écoute plutôt ? Qui boude fermement ou sourit exagérément ? Là aussi, même si le contenu prime, la manière dit beaucoup des hiérarchies qui régissent la famille. Une constante : les mots libèrent (presque) chaque fois et le changement va du haut vers le bas. C’est-à-dire qu’il revient toujours aux parents de modifier leur comportement et/ou les interactions familiales pour que les enfants retrouvent leur juste place, recommencent à mieux dormir, mieux étudier, mieux agir, etc.

Le jeu et le corps, outils de thérapie

En séance, raconte l’ouvrage, les thérapeutes redoublent de créativité pour atteindre l’homéostasie (ou état d’équilibre) et sortir des moments de crise. Certaines approches sont très verbales : l’histoire des parents est parfois retracée sur plusieurs générations et quand les langues se délient, les corps se détendent. D’autres outils sont plutôt physiques. Comme cette jolie suggestion de pacing faite aux parents de Killian, 9 ans, diagnostiqué hyperactif.

Parce que la famille vit à un rythme très élevé et remplit l’agenda du fiston de peur qu’il ne s’ennuie, les psychologues proposent à Killian de se poser successivement sur les genoux de son papa et de sa maman et de coller sa tête sur leur cœur. “Le parent doit alors respirer profondément et se détendre. Le jeu consiste pour l’enfant à caler sa respiration sur celle de son parent pour s’apaiser à son tour.” Le duo de spécialistes utilise également “un métronome pour permettre à la famille de prendre conscience de la vitesse de ses paroles”. L’échange se poursuit en ralentissant le métronome et, souvent, un dialogue plus posé s’installe. Malin, non?

Le dessin ou les jeux (de rôle, de société, etc.) permettent encore aux plus jeunes de s’exprimer et, toujours, la courtoisie des échanges est exigée. Ce qui est important, c’est que “les membres de la famille retrouvent espoir et s’autorisent à se penser autrement”, soulignent les auteurs qui appellent souvent à une dédramatisation. “Nous souhaitons donner aux familles les moyens de se libérer de leurs entraves pour ne plus être simplement encordées, mais accordées.”

Lire l’article original de Marie-Pierre GENECAND sur LETEMPS.CH (article du 13 janvier 2020)


D’autres articles de presse sélectionnés par nos soins…

“En fait”, “du coup”, “j’avoue” : ces tics de langage qui nous font tiquer

Temps de lecture : 4 minutes >
(c) Le Temps

“Dans la bouche des autres, ils nous agacent, mais la nôtre n’arrive jamais à s’en défaire. Les tics de langage évoluent avec le temps. Tour d’horizon des expressions du moment

  • En fait j’attendais Romain mais il était monstre en retard du coup je suis rentré chez moi t’as vu, et genre maintenant il m’en veut grave, c’est ouf ou bien?
  • J’avoue…

A la lecture de cet échange, vous avez senti vos poils se dresser. Et pourtant, il y a de fortes chances que vous employiez vous aussi un de ces tics de langage au quotidien, sans même vous en rendre compte. Ces petits mots et expressions ont toujours existé mais varient selon l’époque et le lieu, tels des témoins linguistiques de nos sociétés.

Ponctuation

A l’heure des smartphones et de l’information en continu, le silence est perçu comme une source d’angoisse. Dans notre société hyper-connectée, ne rien dire d’intéressant vaut toujours mieux que de ne rien dire du tout. Alors il faut remplir les vides, les blancs. On ponctue nos phrases de «en fait» et de «du coup», on les termine par des «t’as vu» ou «tu vois». Et lorsque notre interlocuteur met plus d’une demi-seconde à nous répondre, on ne peut s’empêcher d’ajouter un «voilà», comme pour lui signifier verbalement que l’on a terminé de parler et qu’il lui faut répondre. Comme un simple «oui» ne suffit plus, il rétorquera «j’avoue», davantage un acquiescement faiblard qu’une confession à cœur ouvert.

Ces tics ne sont pas inutiles pour autant. «Ils contribuent à la fonction phatique du langage, c’est-à-dire qu’ils servent à maintenir le contact entre la personne qui parle et la ou les personnes qui écoutent», précise Jérôme Jacquin, maître d’enseignement et de recherche en sciences du langage et de l’information à l’Université de Lausanne. Selon lui, «ces éléments sont loin d’être vides, dans la mesure où ils aident la structuration et l’interprétation du discours. Mais c’est leur fréquence élevée qui leur donne un statut de tic. Le discours est comme saturé par leur répétition.» Et comme tous les composants de la langue, les tics subissent aussi des variations régionales. Ainsi, vous n’entendrez jamais dire «monstre cool» ou «pire cool» hors de la Suisse romande, tout comme le célèbre «ou bien» qui nous vient de l’allemand «oder».

Faits sociaux

Les mots dits de ponctuation ne représentent qu’une famille de tics parmi d’autres. Richard Huyghe, professeur en linguistique française à l’Université de Fribourg, explique que la notion même de tic de langage «reste un peu floue», parce qu’elle recouvre plusieurs réalités dans la linguistique. «En plus des mots d’amorce, de transition («bref», «voilà», «tu vois», «quoi»), vous pouvez avoir des expressions toutes faites («mort de rire», «c’est clair», «pas de souci») catégorisées comme des tics de langage, et des emplois nouveaux de mots existants, comme l’adverbe «trop» employé dans le sens de «très». Leur apparition, tout comme leur disparition, reste imprévisible, même pour les linguistes: Ce sont des faits sociaux, c’est rarement le fruit d’une décision consciente. Les évolutions du langage sont assez difficiles à prévoir.»

Reste que ces petites expressions qui nous agacent tant jouent un rôle important dans notre société. Elles participent à la cohésion sociale. «Souvent, le tic est identifié comme un élément sociolectal, il marque l’appartenance à un groupe, développe Richard Huyghe. Chercher à le gommer, ce serait tomber dans le jugement moralisateur. Déjà, dans «tic», il y a quelque chose de l’ordre du jugement.»

Alors, même si votre collègue place des «en fait» à chaque inspiration, retenez votre exaspération. Vous ne le savez peut-être pas, mais vous cultivez sûrement un tic de langage tout aussi irritant. Inutile également de tenter de supprimer ces habitudes à l’école. «Le langage échappe à la volonté individuelle, donc quand l’institution essaie de déterminer nos pratiques, cela marche assez mal. Surtout chez les jeunes, pour qui la fonction sociale du langage est précisément de se distinguer en tant que groupe», reprend le professeur.

Alphabet de la génération alpha

Les jeunes des années 2000 naviguent de plus en plus entre le discours écrit et oral, au point d’adopter certaines abréviations écrites dans leur langage parlé. Ne soyez pas étonné si vous entendez votre ado s’exclamer «JPP des haricots sérieux» (acronyme de «j’en peux plus») lorsque vous lui en servez encore une platée. La génération alpha a également tendance à abuser des formules de politesse, sans pour autant les employer comme telles. Les «stp» (s’il te plaît) à l’écrit ou les «déso» (désolé) à tout bout de champ ne sont ni des supplications, ni de plates excuses pour cette nouvelle génération. Ils servent simplement de mots de ponctuation.

Parfois, les tics de langage peuvent perturber la compréhension, en particulier entre des individus d’âge différent. «Quand on constate un emploi nouveau d’un mot que l’on connaît déjà, on a tendance à le repérer. Et dans des périodes de profonds bouleversements, de mutations technologiques, le langage change assez rapidement, ce qui peut créer des heurts entre générations et entre groupes sociaux», affirme Richard Huyghe.

Le linguiste met en garde les adultes qui critiqueraient le parler des jeunes: «Ce n’est pas pertinent de porter un jugement moral sur l’évolution de la langue, c’est même un peu naïf. On ne peut pas imaginer une langue sans évolution. C’est dans sa nature, elle n’est jamais figée.» Alors la prochaine fois que vous entendrez quelqu’un dire «j’avoue», ne levez pas les yeux au ciel : il ou elle participe à sa manière à l’évolution de la langue française. C’est clair!”

Source : Article de Albane GUICHARD sur LETEMPS.CH (4 avril 2018)


Plus de presse ?

Mes données sur Internet ou le consentement prisonnier

Temps de lecture : < 1 minute >

“Faut-il renoncer à maîtriser la circulation de nos données ? Le point sur ces informations personnelles que les acteurs du marché pillent, avec notre accord.

Vous avez l’impression d’être espionné sur le Web et personne ne vous croit? Faites le test de Lightbeam sur votre ordinateur. L’application du navigateur Firefox pour internautes paranos permet de visualiser le voyage de vos informations personnelles au fur et à mesure que vous passez d’une page à l’autre, et c’est bluffant. Tentez ce qui suit. Réservez un voyage, vérifiez l’itinéraire sur Google Maps, et prévenez vos amis sur Facebook: vous vous êtes rendu sur trois sites ou applications; mais, avec ses graphes mobiles qui mangent tout l’écran en quelques minutes, Lightbeam vous montre que, en réalité, une centaine de sites partenaires et régies publicitaires sont au courant de votre visite et ont obtenu de nouvelles données sur vous, sans aucun consentement de votre part…”

Lire la suite de l’article de Catherine FRAMMERY sur LETEMPS.CH (11 février 2018)


Plus de presse…

Comment les arbres discutent dans la forêt

Temps de lecture : < 1 minute >

Que ce soit par les airs ou par le sol, pour se nourrir ou se défendre, les arbres échangent sans cesse les uns avec les autres. De nouvelles études documentent leurs étonnantes capacités.

Vous appréciez le silence lors de vos promenades en forêt? Sachez qu’il masque en fait une intense activité! Car les arbres ressentent le monde extérieur, se défendent contre les agresseurs et échangent des messages entre eux par les sols ou par les airs, en particulier en cas de danger. L’univers de la communication végétale commence à peine à être défriché.

Le vent est un grand allié, car il peut transporter des signaux d’alarme d’une plante à l’autre, sous forme de substances volatiles comme l’éthylène. Le cas des acacias de la savane africaine est exemplaire. Dans les années 1980, en Afrique du Sud, des milliers d’antilopes koudou en captivité ont commencé à mourir mystérieusement. Le professeur Wouter Van Hoven de l’Université de Pretoria a démasqué les coupables: il s’agissait des acacias, qui, pour se défendre d’une agression trop importante, enrichissaient leurs feuilles en tanins, des substances amères et toxiques pour les herbivores, lorsqu’elles sont ingérées en trop grande quantité. Il s’est avéré que les acacias attaqués libéraient dans l’air de l’éthylène qui allait alerter les autres acacias de la menace…!

Lire la suite de l’article de Lia ROSSO sur LETEMPS.CH (8 mai 2017)

D’autres faits naturels…

Comment notre jugement moral change quand on change de langue

Temps de lecture : < 1 minute >

Nous ne faisons pas les mêmes choix éthiques dans notre langue maternelle que dans une langue étrangère. Eh oui, la moralité est plastique…

Vous aussi, vous avez l’impression d’être une personne un peu différente lorsque vous vous exprimez dans une autre langue que votre langue maternelle? Le Scientific American, le célèbre mensuel de vulgarisation scientifique américain, rend compte dans sa dernière édition d’expériences «fascinantes» dont il ressort que notre sens de la morale, qui fait une grande part de notre identité profonde, est altéré lorsqu’il faut faire des choix dans une langue étrangère.
La première expérience date de 2014, elle proposait à des volontaires une nouvelle version du «dilemme du tramway», l’expérience originale remontant à 1967: Actionnerez-vous l’aiguillage qui tuera une personne pour en sauver cinq? Peut-on, faut-il provoquer un décès pour en éviter d’autres? C’est ce que choisissent la plupart des participants. Les interprétations et les critiques de cette expérience sont innombrables.
Mais tout se complique lorsqu’on précise que la personne qui devra être sacrifiée doit être poussée du haut d’un pont pour stopper le tramway fou, et qu’on pose la question dans une langue qui a été apprise. Alors que 20% des volontaires reconnaissent qu’ils pourraient le faire quand le choix cornélien est proposé dans leur langue maternelle, la proportion passe à 50% quand le choix est proposé dans une langue d’apprentissage…

Lire l’article de Catherine FRAMMERY dans LETEMPS.CH (18 avril 2017)

Notre temps a une furieuse odeur d’années Trente

Temps de lecture : < 1 minute >

Si vous êtes juif, musulman, noir, immigré, artiste, chercheur, intellectuel, marginal, cosmopolite, homosexuel ou simplement attaché aux libertés fondamentales, prenez garde, les «hommes forts» au service du «vrai peuple» sont de retour, estime François Cherix, politologue. Longtemps, les signes avant-coureurs de la tempête se sont accumulés. On les voyait envahir l’horizon, on pouvait les nommer. D’abord, les cumulus noirs d’un nationalisme renaissant couvrirent le ciel. Puis vinrent les coups de tonnerre des populistes, bretteurs avides de pouvoir. Enfin, le vent mauvais du simplisme brutal souffla sur les têtes. Aujourd’hui, la tempête fait rage. Inimaginable, le Brexit a été voté. Impensable, la présidence Trump est en marche. Incontrôlables, les mouvements extrémistes font l’agenda. Or, les alarmes ne retentissent pas. Parce qu’elle est sur nous, la tempête a disparu des écrans radar…

Lire la suite de l’article de François CHERIX sur LETEMPS.CH (18 décembre 2016)


Plus de presse…

L’efficacité intellectuelle varie au cours de la journée (et au gré des saisons)

Temps de lecture : < 1 minute >

“Obliger les individus à travailler de 9 à 17 heures est contre-productif, voire néfaste pour leur santé. Connaître son horloge génétique et respecter le rythme des saisons permet de mieux vivre et travailler.

Les rythmes de travail sont-ils adaptés à nos besoins corporels? Au cours d’une intervention au British Science Festival, Paul Kelley a récemment comparé le rythme d’une journée de travail standard (9h-17h) à de la «torture». Pour ce professeur en neurosciences et spécialiste du sommeil, nous vivons dans une société qui nous prive de sommeil et qui ne respecte pas nos rythmes biologiques. «Les adultes de moins de 55 ans ne devraient pas débuter leur journée avant 10 heures», a-t-il affirmé. Outre les conséquences désastreuses sur la productivité, l’humeur et la mémoire, aller à l’encontre de son horloge interne rendrait irritable, anxieux et augmenterait les niveaux de stress. La prise de poids, l’hypertension et des problèmes de foie et de cœur feraient également partie des symptômes. Ce cortège de maux serait pourtant facilement évitable et traitable si le début du travail quotidien était repoussé de quelques heures, a assuré Paul Kelley…”

Lire la suite de l’article d’Amanda CASTILLO sur LETEMPS.CH (16 juin 2016)

Plus de presse…