LUONG : Parties intimes

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[EDL.LAICITE.BE, article du 12 avril 2022] Bonjour datas, adieu vie privée ! Les réseaux sociaux sem­blent avoir introduit une zone intermédiaire entre l’espace privé et l’espace public, brouillant les frontières de l’intime au profit d’un étrange “extime”. Un déficit d’intériorité à reconquérir ?

C’est une conversation comme tant d’autres, où les téléphones sont de la partie, avec les photos des absents que l’on montre et les zooms qui permettent de jauger. Il y a ce couple dont on vient de parler, qui a posté un selfie aux sports d’hiver, tout sourire, un cœur en légende suivi d’un quelconque nombre d’années ensemble. On pourrait croire qu’ils exposent leur vie privée, sauf que les gens autour de la table la connaissent. Dans cette vie privée là, le cœur est ailleurs ou brisé ou en passe de l’être. Dans cette vie privée là, on ne sourit pas sans caméra. On le sait, et pourtant, un instant, on y croit. L’image fait presque foi.

© DP

Les réseaux sociaux, au fond, portent bien leur nom. C’est moins l’intime qu’on y expose que ce qui est socialement désirable, moyennant quelques imperfections pour le cachet d’authenticité. Mais après tout, est-ce si différent du temps où l’on se rendait à la messe en habits du dimanche pour attester de l’unité familiale ? À ce jeu, on attend surtout les femmes, garantes perpétuelles des enfants bien élevés et du linge plus blanc que blanc. “Dans nos sociétés, ce qui est considéré comme l’espace privé, c’est la maison, qui est traditionnellement l’espace des femmes, tandis que l’espace public est considéré comme plus masculin“, rappelle Jacques Marquet, sociologue de la famille et de la sexualité à l’UCLouvain. “Autrefois, on attendait des femmes qu’elles montrent une image positive de la famille à l’extérieur. Certaines pratiques observées sur les réseaux sociaux semblent perpétuer ce rôle social qui consiste à faire “bonne figure”.

Réseaux sociaux : un continuum

En sociologie du numérique, il y a deux manières de concevoir les choses“, explique Laura Merla, également sociologue de la famille à l’UCLouvain. “Une première conception reviendrait à dire que cette sphère numérique est une sphère à part entière, qui n’existait pas auparavant et qui chamboule profondément nos façons d’interagir, de socialiser, de nous présenter vis-à-vis de l’extérieur : il y aurait une rupture, un avant et un après. Une autre approche revient plutôt à dire que la sphère numérique est une sphère de socialisation et de sociabilité parmi les autres, dans laquelle on déploie des manières de faire qui font écho à celles présentes dans le monde matériel.” Ainsi de l’aspect très genré des pratiques numériques, qui établissent une forme de continuum avec la distribution traditionnelle des rôles dans les sphères privées et publiques. “Les plateformes sont pensées pour un public plutôt féminin ou masculin. Instagram, par exemple, est clairement pensé au départ pour un public féminin, avec une mise en scène, une exposition de soi et du corps beaucoup plus présente“, poursuit Laura Merla, qui étudie particulièrement les usages adolescents. “Les garçons sont moins producteurs de contenus où ils mettent en scène leur propre image. Ils reçoivent donc beaucoup de moins de commentaires insécurisants sur leur physique.

Néanmoins, en réponse à ceux qui supposeraient que les femmes tendent le bâton pour se faire battre, Laura Merla rappelle que même celles qui ne mettent pas en scène leur apparence physique récoltent des commentaires à ce propos. “Un bon exemple est celui des femmes présentes dans les jeux multijoueur en ligne et où elles sont nettement minoritaires. Elles peuvent être attaquées sur leur physique, alors qu’elles utilisent un avatar et qu’elles ne montrent rien de leur vie privée.” On sait aussi à quel point les raids numériques qui s’exercent à l’encontre de certaines femmes publiques ont une forte assise sexiste et sexualisée. “Il y a de nombreuses études qui révèlent que les femmes sont énormément jugées sur leur physique, notamment les femmes politiques. Le monde numérique produit un effet de loupe sur ces mécanismes de domination et d’inégalités. D’un certain point de vue, c’est intéressant, car au moins, c’est un monde qui génère des traces.” Les espaces sociaux numériques semblent ainsi offrir un prolongement palpable à “l’intolérance à la présence des femmes dans l’espace public“, explique la sociologue. Entrer dans certains espaces numériques peut alors équivaloir, pour une femme, à s’accouder au comptoir d’un café de village, à commander une bière et à donner son avis sur le monde. Une petite folie.

Le gouffre derrière l’image
Masque de pierre (-7.000 ans) © DP

Les outils numériques ont modifié en partie le rapport à la vie privée, à la présentation de soi, ont créé et renforcé une culture de l’image de soi qui peut mener à représenter un soi idéalisé“, estime Laura Merla. “Mais tout le monde n’est pas équipé de la même manière pour gérer cette image et cette présentation de soi. L’âge, le milieu, les compétences numériques sont autant de critères qui entrent en ligne de compte.” De même qu’un certain degré d’équilibre psychique, sans quoi le risque est l’établissement d’une confusion entre cette image et son “vrai moi“, un trouble théorisé en psychanalyse comme une construction en “faux self“. Ainsi, si le “faux self” est absolument nécessaire à la vie en société, il est délétère de le voir prendre toute la place au point de ne plus être “personne” derrière ce masque normalement amovible, avec à la clé un sentiment de vide intérieur et d’inauthenticité permanente.

Autre conséquence de cette culture de l’image et de la trop grande fréquentation de l’”extime” d’autrui : une baisse de l’estime de soi, en particulier chez les filles. De ce fait, d’après une étude britannique menée sur plus de 10 000 adolescents de 10 à 15 ans, 40 % des filles utilisant régulièrement les réseaux sociaux – Instagram, Snapchat ou encore TikTok – présentaient des signes de mal-être, de dépression, des troubles du sommeil ainsi qu’une mauvaise image corporelle, soit 35 % de plus que les garçons. Le mécanisme est toujours le même : on a beau savoir que ce n’est pas le reflet de la réalité, notre cerveau, à force d’être exposé à des plages aux Bahamas et à des corps jeunes et minces, enregistre ces images comme normes, rendant la vue sur le parking et le reflet dans la glace proprement déprimants. Les conclusions de cette étude montrent ainsi que plus le temps passé en ligne par les jeunes augmente, moins ils se sentent heureux dans leur vie. Une autre étude réalisée dans le cadre du projet Dove pour l’estime de soi a révélé pour sa part que le fait de se trouver “plus laide que les autres” triple pour atteindre 63 % chez les filles qui passent plus de deux heures par jour sur les réseaux sociaux et qu’une jeune fille prend en moyenne 8,5 selfies avant d’en considérer un digne d’être partagé…

Des frontières redessinées
MUNCH E., Puberté (1894) © DP

La question de l’intimité est fortement associée au corps, à la sexualité, comme l’indique l’expression parties intimes”, rappelle Jacques Marquet. “Les choses ont changé très rapidement de ce point de vue : nous sortons d’une société où on ne pouvait pas parler de sexualité ! En particulier, les femmes. Aujourd’hui, les jeunes échangent beaucoup plus sur leurs pratiques. Est-ce pour cela que les gens n’ont plus de pudeur ? Non, mais les frontières de l’intime se sont déplacées.” Variable dans le temps, la notion d’intime est aussi propre à chaque individu. C’est pourquoi parler de choses intimes demande du tact, une connaissance de l’autre, de l’empathie. “Le désir de partager ses expériences intimes est naturel : les humains sont en quête de légitimation dans toutes les sphères de leur expérience. Nous discutons de nos amours, faisons le récit de nos fantasmes ou parlons de nos corps parce que nous sommes des êtres de langage soucieux de confronter nos expériences“, estimait le philosophe Michaël Fœssel dans une récente interview. “Le problème est de savoir avec qui ce partage s’effectue, et selon quelles modalités. Fondés sur le désir de montrer qui l’on est et ce que l’on vit, les réseaux sociaux donnent l’illusion que ce partage peut être universel. Ils suggèrent qu’une expérience est réelle à condition d’être partagée par le plus grand nombre […] Cela relève moins de l’exhibitionnisme que d’une incertitude sur la signification de ce que nous vivons. Les “pouces bleus”, les likes ou le nombre d’“amis” sur Facebook répondent à cette incertitude, mais d’une manière qui s’avère le plus souvent illusoire. Une expérience intime se réalise en effet dans le sensible. Elle suppose une proximité des corps et des paroles que les instruments numériques ne peuvent que mimer.

Escher MC, Mains © DR

De nos jours, certains jeunes décident ainsi de ne pas être présents sur les réseaux sociaux, non par réaction – parce qu’ils y auraient vécu une mauvaise expérience –, mais par choix. “Nos recherches montrent qu’aujourd’hui, certains ados ne veulent pas être sur les réseaux, qu’ils s’inscrivent en porte-à-faux par rapport à cette représentation de l’adolescent hyper-connecté et renouent avec des usages tels que les lettres. C’est un positionnement réfléchi, une volonté d’incarner un autre mode de vie, une manière de se définir positivement comme n’étant pas sur les réseaux“, relève Laura Merla. Une possibilité aussi de redéfinir l’intime comme ce qu’on a de plus précieux : le temps que l’on prend pour s’adresser à une personne en particulier et non à un public indifférencié, l’intention qu’on y met. Ce qu’on veut donner et partager de soi, non dans l’espoir d’en recevoir de la nourriture narcissique, mais pour créer du lien. Une manière non pas simplement de parler de la maison et de la sexualité mais de penser à partir du foyer et du corps. Michaël Fœssel note ainsi que “dans une société démocratique, l’intime devient un objet de revendications parce que l’espace domestique est aussi un lieu d’injustices et de violences. Il est dès lors inévitable, et même souhaitable, que ce qui était jusque-là considéré comme relevant de la sphère “privée” devienne visible. C’est bien ce que montre le phénomène #MeToo : une politisation de fait des relations entre les sexes, en tant qu’elles demeurent profondément inégalitaires“. Partager l’intime plutôt que de l’exposer, sauver son âme plutôt que son image : un tournant numérique à prendre.

Julie Luong


[INFOS QUALITÉ] statut : validé | sources  : Espace de libertés · le magazine du Centre d’Action Laïque | mode d’édition : partage et iconographie | commanditaire : wallonica.org | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : © Moby ; © Domaine public.


De la presse, en veux-tu, en voilà…

META, la déclaration d’intention idéologique de Zuckerberg

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Le relookage de Facebook n’est pas une affaire d’image : c’est une question de vision

En 2011, le joueur de basket professionnel Ron Artest a changé de nom pour se faire appeler Metta World Peace. «À mesure que je me suis mis à évoluer en tant que personne et que les choses ont commencé à influencer ma vie, je suis tombé amoureux de la méditation, du zen et de la culture indienne», a déclaré Metta Sandiford-Artest (son nouveau nom) en 2019. Le monde du basketball a plongé dans la perplexité. À l’époque, Artest sortait d’une longue période au cours de laquelle il s’était acquis une réputation d’agressivité (et d’excellence dans la défense). Il avait un jour frappé un fan des Detroit Pistons venu le défier sur le terrain. Pendant des années, quel que soit le match, le plus susceptible de commettre une faute technique, c’était toujours lui.

Aujourd’hui, c’est la planète entière qui tombe dans des abîmes de perplexité devant le changement de nom de l’entreprise Facebook rebaptisée META, préfixe dérivé du mot grec signifiant après ou au-delà. Son PDG, Mark Zuckerberg, qui a étudié l’antiquité grecque et romaine lorsqu’il était dans un collège privé, a écarté l’équivalent latin post, probablement pour éviter d’associer une entreprise de surveillance et de publicité mondiale notoire pour saper la démocratie et les droits humains avec une marque de céréales de petits déjeuner ou un journal basé dans la capitale américaine.

Si le nom de Metta World Peace détonnait avec la réputation du joueur sur le terrain, même s’il correspondait mieux à son état d’esprit zen du moment, META a exactement l’effet inverse. C’est l’accomplissement de la vision à long terme de l’entreprise et le prolongement de sa personnalité. En changeant de nom, World Peace tournait le dos à son passé et à sa réputation. En se baptisant META, Facebook persiste et signe dans tout ce qu’il est et tout ce qu’il est devenu.

Jusqu’au bout du rêve

META est la proclamation explicite d’un projet. Cela fait presque dix ans que Zuckerberg décrit sa vision et emmène son entreprise dans cette direction avec divers moyens et sous diverses formes. Son rêve –sa folie des grandeurs– n’a jamais été censé s’arrêter à la frontière de nos téléphones. Comme la gestion de nos vies sociales, culturelles et politiques à grands renforts d’algorithmes ne lui suffisait pas, Zuckerberg a acheté et développé des technologies qui introduisent le style Facebook dans les cryptomonnaies, la réalité virtuelle et les interactions commerciales. En gros, avec META et les plus vastes projets qu’il a exposés fin octobre, Zuckerberg a annoncé qu’il voulait dominer la vie elle-même. Il veut le faire totalement, partout, constamment et commercialement.

Si vous aimez la manière dont Facebook et Instagram semblent lire dans vos pensées ou écouter votre voix grâce à leur surveillance généralisée, leur collecte de données comportementales, l’apprentissage automatique prédictif et un design addictif, alors vous allez adorer vivre dans un métavers. Celui-ci ajoutera en effet des données biométriques, l’analyse des mouvements de vos yeux et un ensemble d’indices comportementaux bien plus riches au mélange qui guide déjà les algorithmes qui nous guident, nous.

Si l’influence toujours plus grande qu’exerce l’entreprise de Zuckerberg sur les opinions politiques et la vision du monde de votre tonton vous plaît, vous comme lui allez vraiment apprécier la manière dont les valeurs intrinsèques de META vont diriger sa vie sociale, commerciale et intellectuelle.

Si vous appréciez à quel point votre ado de fils est accro aux jeux vidéo, imaginez les profondeurs dans lesquelles il va plonger lorsqu’il découvrira la pornographie en réalité virtuelle grâce à un puissant système de recommandations guidé par l’intérêt manifesté par d’autres jeunes gens comme lui.

Et si l’influence excessive qu’exerce Instagram sur l’image que votre fille a d’elle-même vous enchante, alors vous adorerez constater à quel point la stimulation constante de messages immersifs d’un métavers va l’affecter.

Dystopie et utopie
Mark Zuckerberg en 2019 © Nicholas Kamm – AFP

Zuckerberg rêve depuis longtemps de construire ce que je décris dans mon livre, Antisocial Media, comme «le système d’exploitation de nos vies». Depuis plus de dix ans, il achète des entreprises et des technologies qu’il assimile à Facebook, auquel il ajoute la capacité d’exécuter des transactions financières et des recherches, d’abriter des vidéos et de lancer des mondes en réalité virtuelle. Il convoite depuis longtemps le statut dont jouit WeChat en Chine: celui des yeux omniscients du pouvoir à travers lesquels tout le monde doit effectuer ses tâches quotidiennes, de l’appel d’un taxi à son paiement en passant par l’utilisation d’un distributeur de nourriture, sans oublier la prise de rendez-vous chez le médecin.

Aujourd’hui, Zuckerberg a mis un nom sur sa vision, un nom bien plus évocateur que celui que j’avais choisi. Au lieu d’emprunter une analogie informatique du XXe siècle, il a sorti une vision dystopique de la science-fiction et lui a donné un petit aspect utopique –en tout cas, c’est ce qu’il croit.

META est supposé évoquer le métavers, un concept décrit par l’auteur de science-fiction Neal Stephenson dans son roman de 1992, Le samouraï virtuel. Pensez au métavers comme à un grand mélange de plateformes de réalité virtuelle d’une part, avec lesquelles les utilisateurs peuvent vivre des expériences au-delà de leurs environnements dits réels, et de réalité augmentée d’autre part, à travers laquelle la vision du monde réel inclut des stimulations et des informations supplémentaires, peut-être au moyen de lunettes, peut-être par le biais d’une autre interface qui n’a pas encore été inventée.

Le meilleur cas d’usage pour cette conscience à plusieurs niveaux, cette possibilité d’avoir le corps à un endroit tout en ayant l’attention divisée entre plusieurs interfaces et stimuli différents (avec une décomposition totale du contexte) semble être, à en croire Zuckerberg lui-même, que «vous allez pouvoir participer à un fil de messagerie pendant que vous serez au milieu d’une réunion ou en train de faire tout à fait autre chose et personne ne s’en rendra compte».

Je ne suis pas entrepreneur dans les nouvelles technologies, mais il me semble qu’investir des milliards de dollars par le biais de milliers d’experts extrêmement bien formés pour trouver la solution à un problème que personne ne semble avoir envie de résoudre est un mauvais emploi de ressources. Or il se trouve que les ressources comme l’argent, la formation et la main-d’œuvre sont extrêmement concentrées chez une poignée d’entreprises internationales, dont Facebook. Donc elles peuvent faire ce genre de choix ineptes et nous, nous devons vivre avec.

Une confiance inébranlable

Il importe de clarifier qu’il ne s’agit pas d’un changement de nom ou d’un rebranding autant que d’une déclaration d’intention idéologique. Imaginez, à l’aube de l’expansion de la Compagnie britannique des Indes orientales dans le sous-continent indien en 1757, que quelqu’un ait renommé l’entreprise «l’Empire britannique». Voilà qui aurait été osé. Eh bien ça, ça l’est aussi.

Il ne s’agit donc pas d’une démarche de relations publiques, d’une réaction à tous les puissants écrits critiques tant intellectuels que journalistiques qui ont révélé au cours des dix dernières années la nature toxique de Facebook. Malgré les occasionnelles réactions aux observations dont il fait l’objet, la confiance avec laquelle Zuckerberg façonne et dirige nos vies à notre place reste inébranlable. Malgré la foule d’enquêtes, de fuites, de plaintes, d’articles, de livres et d’indignation généralisée, l’usage de Facebook continue de croître à un rythme constant et l’argent continue de couler à flot.

Zuckerberg n’a jamais reçu de signal du marché lui intimant d’être plus modeste ou de changer sa façon de faire. Soyons clairs sur cette vision : elle a beau se construire sur les rails du vieil internet, il ne s’agit pas d’un internet nouveau ou remis au goût du jour. Les nœuds du nouveau réseau, ce sont des corps humains. Et la plus grande partie de l’architecture essentielle sera entièrement propriétaire.

Le changement vers META n’est pas non plus un rejet du nom Facebook. La principale application et le site, ce que les initiés de l’entreprise appellent Blue, resteront Facebook. Au bout d’un moment, nous pouvons nous attendre à ce qu’Instagram et WhatsApp fusionnent totalement avec Blue, ne laissant qu’une seule grande appli, totalement unifiée, avec des éléments distribuant des images et des vidéos grâce à une interface de style Instagram (ou TikTok) et un service de messagerie cryptée proposant des fonctionnalités de style WhatsApp.

Donc, ne vous attendez pas à de l’immobilisme. Mais n’espérez pas non plus que “Facebook” ne soit plus prononcé à brève échéance. Cela n’arrivera pas davantage que nous n’avons cessé d’utiliser et de dire “Google” malgré le changement de nom de la société rebaptisée Alphabet.

Des petits garçons et leurs jouets

Si META est peut-être l’annonce la plus affichée de cette intention de construire un métavers qui lui permettra de surveiller, monétiser et gérer tout ce qui concerne nos vies, il n’est pas le seul à le tenter, ni nécessairement le mieux placé. Alphabet introduit sa technologie de surveillance et d’orientation prédictive dans les véhicules, les thermostats et les produits à porter (comme des lunettes) depuis plus de dix ans. Il continue à imposer la manière de Google de collecter des données et de structurer notre relation à la géographie et au savoir dans un nombre croissant d’éléments de nos vies quotidiennes.

Apple vend la montre qui surveille le rythme cardiaque et l’activité sportive que je porte au poignet à ce moment même, et promet de protéger toutes mes données personnelles de la convoitise d’autres grandes méchantes entreprises accros aux données comme Alphabet et META. Son objectif à long terme est le même, mais sa stratégie est différente : construire un métavers de confiance avec des consommateurs riches des pays industrialisés soucieux du respect de leur vie privée. Il construit le métavers gentrifié.

Amazon investit directement dans la science des données et les projets de réalité virtuelle que d’autres entreprises pourraient développer mais qu’Amazon serait capable d’introduire sur le marché. En attendant, il pousse les systèmes de surveillance Echo et Echo Dot sur nos paillasses de cuisine et nous convainc que commander de la musique et des produits avec nos voix est un confort dont nous ne pouvons plus nous passer.

Et pendant ce temps, le milliardaire farfelu Elon Musk comble ses propres illusions de grandeur en finançant des projets d’intelligence artificielle et de réalité virtuelle qu’il espère contrôler.

En gros, nous avons au moins quatre des entreprises les plus riches et les plus puissantes de l’histoire du monde rivalisant pour construire un énorme système de surveillance et comportemental commercial dont ils sont sûrs et certains que nous ne voudrons pas nous passer ni dépasser. Ce sont des petits garçons qui vendent des jouets, mais ils ne rigolent pas. Et nous sommes tout à fait susceptibles de craquer, comme nous avons craqué pour tout ce qu’ils nous ont déjà vendu.

Les chances sont fort minces que nous trouvions la volonté politique de prévoir et de limiter les conséquences indésirables et la concentration des pouvoirs qui ne manqueront pas d’accompagner cette course à l’érection et à la domination d’un métavers. Il nous faudrait pour cela différer collectivement et mondialement une gratification immédiate pour privilégier notre sécurité sur le long terme. Or nous n’avons pas voulu le faire pour sauver la banquise arctique et les récifs coralliens. Nous ferions bien de ne pas faire trop confiance à notre volonté ou à nos capacités lorsqu’il s’agit de faire ralentir Mark Zuckerberg et consorts. On dirait bien qu’à la fin, ce sont toujours les petits garçons et leurs jouets qui gagnent.

Siva Vaidhyanathan

  • L’article original (avec pubs) est de Siva Vaidhyanathan. Traduit par Bérengère Viennot, il est paru sur SLATE.FR le 23 novembre 2021.
  • L’illustration de l’article est © slate.fr

S’informer encore…

THIELLEMENT : Pourquoi je quitte les réseaux sociaux…

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“Ça ressemble à une rupture amoureuse, en fait. C’est une décision aussi difficile qu’une séparation et sa seule qualité serait d’être apaisée et irrévocable. Je quitte les réseaux sociaux. Ce n’est pas un au-revoir mais un adieu. Une opération comme celle-là ne peut se faire qu’une fois dans sa vie, alors il faut bien choisir son moment, et encore plus les mots pour le faire. Ça fait douze ans que je passe difficilement une semaine sans poster sur Facebook, et encore plus difficilement une demi-journée sans lire ce que les autres ont posté. Parfois je poste plusieurs fois le même jour. J’ai fait des pauses d’un mois tous les ans, et un peu plus d’un mois cette année. Souvent j’ai hésité à partir, mais je n’y croyais pas vraiment. J’étais comme ces personnes qui menacent sans arrêt de se suicider, ou comme le narrateur de la chanson « By the Time I Get to Phoenix » dont l’amoureuse lit le message de rupture accroché sur la porte mais qui ne doute pas que celui qui l’a rédigé reviendra encore : il a dit qu’il la quitterait si souvent déjà. Facebook, je t’aime mais je dois m’en aller.

Je suis sur Facebook depuis douze ans. Douze ans : c’est plus long que ma plus longue relation amoureuse. Je me suis longtemps méfié de Facebook, puis je m’y suis inscrit. J’ai posté timidement, puis je m’y suis lâché. J’ai travaillé avec Facebook comme support. J’ai écrit avec Facebook comme médium. J’ai pensé avec Facebook comme sujet. Je l’ai adoré, je l’ai détesté, j’en ai fait mon journal intime et mon bureau des hypothèses, et maintenant je suis à un moment de ma vie où je dois impérativement passer à autre chose : c’est une question de survie de l’âme. Mais si je m’en vais, ça doit être pour de bon. Ce n’est pas pour garder Twitter ou Instagram, ou même Messenger, et ce n’est pas pour y avoir des émissaires, des informateurs ou des comptes fantômes, comme tant de faux absents. Ce n’est pas pour faire semblant. Je dois partir cette fois, mais partir vraiment, sans me retourner. La facebookerie est pleine de fantômes, d’espions, de taupes, de demi-êtres. Surtout, elle est pleine de morts : les comptes des disparus continuent à apparaître, et leurs commentaires reviennent lorsqu’elle produit ses fameux souvenirs : « Pacôme, il y a cinq ans, vous avez publié ceci ! » Oh, well. Les morts continuent à fêter leurs anniversaires, et certains vivants, bloqués ou vous ayant bloqués, sont introuvables. Un seul like vous manque et tout est dépeuplé. […]

Certes, à travers les réseaux sociaux, on a pu voir émerger quelque chose comme une « conscience collective » de tout ce qui cloche dans le monde, mais ensuite le coût politique a été très cher, et les divisions ont été trop nombreuses, sur n’importe quel sujet souvent secondaire et inutilement clivant. Nous avons été des enfants qui combattaient dans un monde de robots surarmés, et les robots ont gagné. Maintenant nous vivons dans leur monde. Et puis il y a eu le covid et le confinement. Plus de deux mois de statuts sarcastiques et de vidéos-clubs, au milieu d’une pandémie de désespoir et d’engueulades sur les vertus de l’hydroxychloroquine. C’est là que j’ai vraiment commencé à craquer. S’il y avait une chose sur laquelle je ne me sentais strictement aucune légitimité, c’était de discuter de la politique sanitaire. Qu’est-ce que j’en savais ? Oui, je détestais le capitalisme, mais à part ça ? Et là, les réseaux sociaux sont apparus clairement comme ce qu’ils avaient toujours été : une consolation, une manière de se tenir chaud, une façon de se rassurer collectivement, mais aussi de s’engueuler pour rien, sur rien. L’expression d’un désir collectif d’avoir toujours raison, mais dans un monde qui va à sa perte. […]

Mais surtout aujourd’hui, j’ai besoin d’autre chose. Je n’ai plus besoin de savoir ce qu’a posté tel ou tel, j’ai envie de les lire sur la durée. Et surtout je suis fatigué de cette injonction à réagir à tout et à n’importe quoi. Je ne veux plus savoir ce qu’untel « pense » d’un événement. S’il a quelque chose à en dire, je préfère lire le livre qu’il écrira sur ce sujet que son dernier statut énervé. Ça ne me dérange pas d’attendre un an pour connaître un point de vue. Ce qui me dérange, au contraire, c’est de savoir que celui-ci a été donné sans travailler un minimum sur le sujet. J’ai toujours détesté les chroniqueurs télé : cette engeance lamentable qui se pavane à longueur de plateaux, tous ces soiffards de l’opinion qui occupent leurs journées à pousser des gueulantes chez Pascal Praud ou chez Cyril Hanouna. Je trouve que, sur Facebook, même les meilleurs esprits finissent par leur ressembler. Je n’ai pas d’opinion sur Donald Trump. Ou si j’en ai une, elle n’est étayée par rien, elle ne vaut rien, juste une discussion entre amis. Un dîner entre amis dans une trattoria me suffira largement ; je n’ai pas besoin de faire ça en public. […]

Voilà. C’est tout. Je ne me retire pas, je déménage. Je ne fais pas mes adieux à la scène, je vais dans un autre théâtre. Je passe sur un blog : c’est plus petit, plus discret, mais vous verrez, on s’y sentira très bien et, pour ce que j’ai à y faire, c’est beaucoup plus adapté qu’un stand au milieu d’une foire d’empoigne. On pourra parler tout bas. On pourra s’embrasser discrètement. On fermera les portes et on dansera jusqu’au petit matin sans que déboulent des inconnus bourrés complètement cons et agressifs qui cherchent la baston. Depuis que j’ai pris cette décision, j’ai l’impression de commencer à vivre, à vivre enfin. Je ne trouve pas que la vie était mieux avant Facebook ; je pense qu’elle sera mieux après. On se retrouve de l’autre côté. “

Pacôme Thiellement

Lire l’article complet sur le blog de Pacôme THIELLEMENT : LE LIVRE SANS VISAGE (12 octobre 2020) ou en savoir plus sur l’auteur en visitant son site PACOMETHIELLEMENT.COM


 

Débattons, débattons…

KIRKPATRICK : “Facebook est conçu pour diffuser la peur et la colère”

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Mark Zuckerberg, le patron de Facebook © EPA

Auteur de “The Facebook Effect“, le seul ouvrage dans lequel Mark Zuckerberg s’est exprimé et a ouvert les portes de son groupe lors des toutes premières années du réseau social, l’Américain David Kirkpatrick porte aujourd’hui un regard différent et sévère sur l’évolution du géant de Menlo Park. Cet ancien chef de la rubrique internet et technology du magazine Fortune, […], estime que le réseau social représente un danger majeur pour les démocraties.

Interview de Johann HARSCOËT parue dans LECHO.BE (13.04.2019)

Vous avez connu Mark Zuckerberg dès 2006, alors que Facebook n’était encore qu’un phénomène universitaire américain. Avez-vous anticipé que ce réseau social deviendrait ce qu’il est aujourd’hui?

Je pense que personne, pas même Mark Zuckerberg, n’avait vraiment envisagé que cette société deviendrait aussi extraordinairement importante, avec 2,3 milliards d’utilisateurs. Facebook a été créé au meilleur moment (2004) et a pu bénéficier d’un parfait timing avec l’arrivée de l’iPhone en 2007. Cela dit, même s’il était impossible de prévoir une telle évolution, on a su que des difficultés graves allaient naître lorsque le réseau a commencé à atteindre une taille critique. D’autant plus que Mark Zuckerberg s’est toujours totalement désintéressé des questions relatives aux conséquences sociales et politiques de son réseau. Je me souviens avoir échangé à ce sujet avec un employé de Facebook, qui m’avait confié que sa principale inquiétude était de voir que Mark Zuckerberg fuyait ces problématiques.

Mark Zuckerberg a-t-il changé par rapport au jeune homme qu’il était il y a une douzaine d’années?

Je dirais, au contraire, qu’il ressemble encore trop à celui qu’il était à l’époque. Il est toujours aussi sûr de lui, de façon presque inquiétante. Il n’écoute pas les autres, sans doute parce qu’il a acquis un tel pouvoir qu’il peut se permettre de se passer des avis différents du sien. Il continue de diriger Facebook comme si cette société n’avait pas atteint une taille inédite dans l’histoire, avec une présence dans chaque pays et un contrôle direct aux citoyens. Il refuse toujours délibérément de s’engager sur des questions éthiques…

Facebook communique pourtant beaucoup sur sa responsabilité, sur sa lutte contre les “fake news” et les discours de haine. Il a même récemment engagé l’ancien vice-premier ministre du Royaume-Uni, Nick Clegg, pour lui confier le titre de directeur de la communication…

Je ne pense pas que le fait d’engager un RP de haut niveau — qui est en l’occurrence un ancien homme politique — va régler le problème. Facebook communique beaucoup, de façon très contrôlée, mais cela ne signifie pas qu’il s’engage vraiment pour les citoyens.

Lors de mon plus récent entretien avec Mark Zuckerberg, sur la scène d’une conférence Techonomy, il y a deux ans, je lui ai demandé exactement six fois si Facebook avait une responsabilité spécifique du fait de sa taille, et le cas échéant comment il comptait s’y prendre pour assumer cette responsabilité unique. De façon tragique, Mark Zuckerberg a totalement évité de répondre à cette question. Depuis l’élection du président Trump en 2016, l’ingérence des Russes, le phénomène des “fake news” et le scandale Cambridge Analytica, il utilise tout le temps le mot “responsabilité” mais uniquement par stratégie de communication. Il n’a jamais utilisé ce mot avant d’être forcé à le faire.

Quel a été l’événement le plus dommageable pour Facebook ces dernières années?

Au niveau de l’image, il est difficile de définir quel scandale a été le plus dommageable. L’impact le plus grave de Facebook dans le monde n’a peut-être pas été celui dont on a le plus parlé. On peut plutôt évoquer le fait que ce réseau a facilité les violences, tueries et génocides dans les pays où l’incapacité de Facebook à contrôler les messages haineux et manipulateurs a été dramatiquement mise en évidence.

Vous avez écrit que Facebook représente une menace pour la démocratie. Sa politique d’éradication des “fake news” et des discours de haine est-elle insuffisante?

Facebook a fait beaucoup de progrès, mais principalement en langue anglaise et aux Etats-Unis. Le problème, c’est qu’il y a, chaque jour des élections dans le monde entier. Dans les 180 pays où il opère, chaque personnalité ou mouvement politique cherche à profiter du système, voire à en abuser.

Facebook reste hautement manipulable dans les autres pays que les États-Unis, des pays où il fait moins face aux menaces de réglementation ou de restriction. C’est ce qui explique les vagues de violences qui ont été déclenchées en Inde, au Sri Lanka, en Birmanie, en Indonésie, aux Philippines, en Afrique du Sud ou au Brésil. D’ailleurs, le problème ne concerne pas seulement le site Facebook mais aussi ses filiales Instagram ou WhatsApp.

Le père de la réalité virtuelle, Jaron Lanier, a affirmé que le modèle économique de Facebook reposait sur la “modification des comportements”, une déviance par rapport aux principes de bases de l’industrie publicitaire, qui consistent selon lui à convaincre sans tromper. Partagez-vous son analyse?

Jaron Lanier connaît très bien Facebook et a compris le caractère toxique de son modèle, qui place l’attention des utilisateurs au-dessus de tout. Celui-ci consiste à capter à tout prix l’attention des utilisateurs pour générer des revenus publicitaires.

À cette fin, les algorithmes conçus spécifiquement pour retenir l’attention misent essentiellement sur les seules émotions qui permettent de le faire de façon très efficace: la peur et la colère. Malheureusement Facebook n’a jamais voulu renoncer à ce design intrinsèque.

La réputation de Facebook était excellente jusqu’à la fin des années 2000. Quel a été le tournant? L’enrôlement de Sheryl Sandberg en tant que Chief Operating Officer? L’introduction en bourse? L’explosion de l’utilisation des smartphones?

L’arrivée de Sheryl Sandberg (2008). C’est elle qui a fait transformer Facebook en machine à capter l’attention. C’est à partir de là que les algorithmes de diffusion de la colère et de la peur ont été prioritaires. Elle a brillamment transformé cette machine, sans anticiper le moment fatidique où cette machine deviendrait hors de contrôle. Et maintenant que cette machine est cassée, elle ne sait pas comment la réparer. Mais comme rien d’autre ne l’intéresse que de générer des profits et écrire ses livres personnels…

L’ironie de l’histoire, c’est que Facebook a cessé d’être un réseau social et s’est égaré au moment même où Sheryl Sandberg a écrit ses deux livres et que Mark Zuckerberg a fait le tour des Etats-Unis pour promouvoir sa fondation. Facebook est devenu hors de contrôle au moment où ses deux leaders ont pris leurs distances avec leurs responsabilités.

L’action Facebook a enregistré une chute spectaculaire l’été dernier mais se reprend quelque peu depuis le début de l’année. Peut-on s’attendre à ce que son modèle économique devienne plus agressif?

Il est très difficile de prédire ce qui va se passer mais j’ai du mal à imaginer que les choses évoluent dans le bon sens. Facebook a un choix à faire entre les profits et l’éthique. Deux choix contradictoires et inconciliables au vu de la nature de ce groupe. On sait que Wall Street n’a aucune appétence pour l’éthique et va demander que Facebook génère toujours plus de croissance, quels que soient les outils.

Facebook aura du mal à croître en renonçant aux algorithmes de captation de l’attention. De l’autre côté, il risque de perdre sa légitimité dans les pays où il exerce de façon trop prononcée sa logique de profits. Mais il est clair que le cours de l’action est désormais voué à décliner.

De nombreuses démocraties ont été déstabilisées au cours de la décennie écoulée. N’y a-t-il pas un souci plus global, qui concerne l’ensemble des réseaux sociaux?

Instagram a en effet un impact très négatif, est très facilement manipulable. Mais YouTube réagit plus rapidement face aux contenus sensibles. Twitter est relativement petit par rapport à Facebook, et le leadership a été plus honnête et engagé dans sa volonté de corriger certains problèmes similaires à ceux de Facebook. En outre, Twitter génère moins de profits et peut donc moins investir dans la modération et la surveillance des contenus.
Facebook dispose de moyens quasiment illimités pour surveiller les discours de haine, de “fake news”, etc. Mais il ne le fait qu’a minima, sous la contrainte.

Interview de Johann HARSCOËT parue dans LECHO.BE (13.04.2019)


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