DESMURGET : La fabrique du crétin digital (Seuil, 2019)

Enfants et écrans, attention à “l’orgie numérique”

Face à la situation inédite du confinement lié à la lutte contre le COVID-19, Michel DESMURGET, directeur de recherche à l’Inserm (Institut National français de la Santé Et de la Recherche Médicale) et auteur de La fabrique du crétin digital (Paris : Seuil, 2019) estime qu’il est nécessaire de distinguer les écrans récréatifs de ceux utilisés pour la pédagogie [d’après ESTREPUBLICAIN.FR] :

A partir du moment où les enfants ne peuvent pas aller à l’école, l’apprentissage numérique est une béquille qui est mieux que rien. En ce qui concerne les écrans récréatifs (jeux vidéos, télévision, réseaux sociaux…), on a une explosion du temps passé sur ces écrans là au détriment d’autres activités beaucoup plus nourrissantes pour le cerveau. Les enfants sont aussi soumis à un bombardement sensoriel pour lequel le cerveau n’est pas fait et qui affecte la concentration. Cette période d’orgie d’écrans récréatifs, et d’écrans en général, risque de poser des problèmes pour la sortie” du confinement.


“S.M. Votre livre est un cri de colère. Contre quoi ?

Michel Desmurget : Ma colère vient du décalage entre ce qu’on dit aux parents et la réalité. Il y a une telle distorsion entre ce que l’on sait et ce qui est traduit dans les médias. Il se passe actuellement ce qui s’est passé avec le tabac, l’amiante, le changement climatique… C’est la première génération dont le QI va être inférieur à la précédente. Avec la surconsommation d’écrans, vous touchez au langage, au sommeil, à l’activité physique… tout ce qui est essentiel au développement. Vous allez toucher à tout ce que l’évolution a mis des millions d’années à façonner. Notre cerveau est un bon vieux cerveau. C’est encore un cerveau de vieux con… même chez les enfants ! Il n’est pas fait pour qu’on le bombarde sensoriellement, qu’on lui prenne du temps de sommeil, d’interactions…

S.M. Qu’est-ce que vous espérez avec ce livre ?

M.D. Que les parents soient honnêtement informés. Ils aiment leurs enfants. Si on leur dit « ça, c’est positif », ils le font. Je me fous qu’il y ait une législation comme à Taïwan où vous êtes verbalisés si votre enfant de 2 ans joue avec une tablette car ils considèrent cela comme de la maltraitance développementale. Dans son rapport, remis en juin au ministère de la Culture, la psychanalyste Sophie Marinopoulos parle de « malnutrition culturelle ». Ce concept me parle. Il faut qu’on nourrisse nos gamins comme il faut, qu’on arrête de faire passer l’intérêt économique avant l’intérêt des enfants.

S.M. Qu’est-ce qui vous a le plus choqué à la lecture de toutes ces études ?

M.D. C’est la masse d’études convergentes, quels que soient les méthodes et les usages retenus. Il est toujours mal vu de parler de certitudes en sciences, mais quand même… On sait ce dont l’enfant a besoin et ce qu’on lui propose aujourd’hui, ce n’est pas ce dont il a besoin.” [d’après LEPROGRES.FR mais sans publicité]


La multiplication des écrans engendre une décérébration à grande échelle.

“C’est ce qu’affirme le chercheur en neurosciences Michel Desmurget dans un entretien au Monde, […] à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage La Fabrique du crétin digital. Ce chercheur a aussi alerté dans de nombreux autres médias sur les risques de l’exposition des enfants aux écrans. Dans une interview, il s’inquiétait ainsi pour « la première génération dont le QI sera inférieur à la précédente ». Il expliquait que « plus les enfants regardent d’écrans, plus le QI diminue ». Ces formules-chocs résumées et alarmantes se propagent massivement auprès des parents, des enseignants et des générations exposées aux écrans, suscitant de nombreuses interrogations. Le point pour y voir plus clair dans un domaine où il existe beaucoup d’études mais où la science a bien du mal à trancher.

C’est le point de départ de certaines recherches concernant nos changements environnementaux (éducation, nutrition, pollutions diffuses, écrans, etc.) : on constaterait une baisse des capacités cognitives des dernières générations, plus précisément depuis le milieu des années 1990. « Depuis 2000, c’est la première fois que le QI commence à descendre », affirme ainsi Michel Desmurget. Mais ce point de départ est-il acquis ?

Pendant longtemps, dans les pays industrialisés, on a cru que le QI moyen ne ferait qu’augmenter, avec l’amélioration de la scolarisation, du niveau d’études, des conditions sanitaires… L’accroissement régulier du résultat moyen à des tests de QI avait même un nom : l’effet Flynn, en référence au chercheur néo-zélandais James Flynn à l’origine de ce calcul.

Cet effet se serait inversé dans les années 1990, selon plusieurs études faisant référence, menées en Finlande et en Norvège. En France, une étude montre une baisse de 3,8 points entre 1999 et 2009, mais elle est méthodologiquement peu robuste car basée sur un échantillon, trop restreint, de 79 personnes. A l’inverse, la Norvège et la Finlande sont les deux seuls pays disposant de données solides sur les capacités cognitives de leur population, grâce à des évaluations chez les jeunes appelés faisant leur service militaire.

En Norvège, le QI moyen des conscrits a ainsi augmenté régulièrement entre les années 1980 et 1990 (les tests sont menés par les cohortes nées entre 1962 et 1975), passant de 99,5 à 102,3 ; ensuite, le score a, au contraire, décru d’année en année pour arriver à 99,7 dans les années 2000 (cohorte née en 1991). En Finlande, même évolution, dévoilée par une autre méthode, le peruskoe (test de base), créé par l’armée, qui montre une hausse des résultats des jeunes soldats pendant dix ans, puis une baisse pendant les dix années suivantes (en 1988, le score moyen est de 22,27 points ; en 1997, il est de 23,92 ; en 2009, il descend à 22,52).

Ces résultats ne sont toutefois pas confirmés à l’échelle mondiale : il y a des signes de baisse de QI dans des pays occidentaux développés, mais on ne saurait généraliser à tous les pays ni exclure que ce soit un plateau qui a été atteint.

Le QI, une mesure incomplète des capacités cognitives

Élaboré au début du siècle, le QI est à l’origine une notion créée pour dépister les enfants en difficulté. On compare les résultats d’un enfant aux tests avec les résultats moyens de sa classe d’âge et, c’est pour cela qu’on parle de quotient, on met ensuite cette mesure en rapport avec son âge réel et on le multiplie par 100.

Peut-on mesurer les capacités cognitives avec un seul chiffre ? Des critiques se sont élevées concernant cette mesure. Ainsi, résumait Jacques Lautrey, du laboratoire Cognition et développement à l’université René-Descartes, le QI « entretient une conception de l’intelligence totalement dépassée sur le plan scientifique ». Décrivant une intelligence multidimensionnelle, le monde de la recherche s’accorde désormais pour dire que le QI est une mesure pertinente mais incomplète.

« Etant donné que la principale caractéristique actuelle de l’environnement est d’être en constante mutation, ne doit-on pas considérer (…) que nous devenons plutôt intelligents autrement comme si l’environnement faisait le tri des aspects de l’intelligence qui lui sont utiles ? », s’interrogent ainsi les chercheurs Serge LarivéeCarole Sénéchal et Pierre Audy. Par exemple, à la question « qu’ont en commun les chiens et les lapins », les citoyens du début du XXe siècle auraient fourni, une réponse concrète (« on utilise les chiens pour attraper les lapins »), alors que la réponse actuelle pour obtenir le maximum de points relève d’un raisonnement abstrait : « les deux sont des mammifères ». Autre difficulté : les données sur lesquelles on s’appuie portent sur les capacités cognitives des adultes d’aujourd’hui. Or, les inquiétudes se concentrent surtout sur les générations futures, générations pour lesquelles, par définition, nous ne connaissons pas encore les résultats. Impossible donc d’avoir une certitude absolue sur l’évolution des capacités cognitives. Mais il reste possible de s’interroger sur ce qui pourrait altérer le QI.

Quels facteurs explicatifs possibles ?

Parmi les chercheurs tentant d’expliquer une baisse de l’intelligence humaine, la controverse est vive et hautement sensible. Certains privilégient des explications biologiques : ils avancent l’existence d’un effet dit « dysgénique », qui voudrait que les familles les moins intelligentes procréent davantage et fassent baisser le niveau. Certains de ces chercheurs pointent les effets de l’immigration : selon un article faisant la synthèse de la littérature existante et un autre article analysant les données de treize pays, les ­migrants et leurs enfants, en moyenne moins éduqués, feraient diminuer la moyenne des performances. Mais cette piste est très polémique en raison de l’instrumentalisation qui peut être faite de tels résultats.

Affiche mexicaine de lutte contre la délinquance juvénile

L’étude norvégienne qui compare notamment les performances ­au sein de fratries va à l’encontre de ces explications. « Cette fois, toute différence [d’une génération par rapport à une autre] ­traduit un effet strictement environnemental, puisque les parents sont identiques », explique James Flynn, le chercheur à l’origine du concept étudié dans ces travaux.

Pendant la phase croissante du QI moyen des Norvégiens testés, l’indice « intrafamilial » a augmenté de 0,18 point par an (pour une hausse de 0,20 pour l’ensemble). A l’inverse, à partir de la génération 1975, le retournement de l’effet Flynn dans l’ensemble de la cohorte (baisse de 0,33 point) s’illustrerait par une baisse de 0,34 point par an à ­l’intérieur des familles. Les résultats des fratries évoluent de façon cohérente avec ceux de l’ensemble de la cohorte. On peut donc évacuer l’hypothèse d’une évolution liée à la personne (génétique) ou à la famille (éducation) et penser que les causes de ces évolutions sont plutôt environnementales.

Ainsi, certains métaux lourds (plomb, mercure, etc.) ou perturbateurs endocriniens (pesticides, retardateurs de flamme, etc.) pourraient altérer la construction cérébrale, assurent certains chercheurs. Plusieurs cohortes mère-enfant ont, par exemple, été suivies ces dernières années et précisent que les enfants les plus exposés in utero à des pesticides organophosphorés, des retardateurs de flamme (comme des PBDE ou des PCB), présentent des QI plus faibles que les moins exposés, toutes choses égales par ailleurs.

Mais parmi ces facteurs « environnementaux », au sens large, figurent aussi les évolutions de mode de vie, et en particulier l’exposition massive aux écrans – télévisions, ordinateurs, téléphones… Pour Michel Desmurget, c’est même la cause principale. Est-ce le temps passé devant les écrans qui diminue les capacités cognitives ? Est-ce que les enfants ayant des capacités cognitives plus limitées que les autres sont plus attirés par les écrans ? Existe-t-il d’autres facteurs non mesurés ?

Une étude récente a tenté de démêler corrélation et causalité grâce à un système d’analyse statistique incluant des effets aléatoires ; cinq chercheurs canadiens ont ainsi analysé des données provenant d’une cohorte de 2.441 enfants et montré un lien réel, mais ténu, entre exposition aux écrans et développement cognitif : ainsi, pour un enfant de 2 ans, davantage de temps passé devant les écrans provoquerait, lors du passage du test américain Ages and Stages Questionnaire (ASQ), une baisse du coefficient de variation de 0,08 point à 3 ans ; de même, une baisse de 0,06 point de ce coefficient standardisé serait observée entre 3 et 5 ans.

Comme le remarque le pédiatre Max Davie, interrogé par le Guardian sur cette étude, s’il existe un lien entre exposition aux écrans et capacités cognitives, ce lien reste moins fort que d’autres facteurs, comme le fait de lire à son enfant ou la qualité de son sommeil, facteurs mesurés pendant l’étude. En revanche, ne sont pris en compte ni l’activité de l’enfant ni son accompagnement éventuel devant les écrans.

« Ce qui est sûr, c’est que les écrans sont un facteur de risque de sédentarité ; pour le reste, on ne sait pas trop… En épidémiologie, il faut beaucoup de temps et d’efforts pour prouver la réalité d’un facteur de risque d’effet potentiellement faible. Or, nous ne sommes pas dans une situation où nous pouvons conclure… d’autant que les tests, normés, n’évoluent pas alors que les cohortes, elles, évoluent », estime le professeur Bruno Falissard, directeur du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations de l’Inserm.

Les écrans sont-ils en cause, ou leur usage actuel ?

Contacté par Les Décodeurs, Michel Desmurget tient à préciser que ce ne sont pas les écrans eux-mêmes qui sont en cause, mais leur usage.

Force est de constater que l’usage récréatif qui en est fait aujourd’hui par les jeunes est débilitant. La question n’est pas de les supprimer – professionnellement je les utilise moi-même largement – mais de limiter drastiquement ces consommations débilitantes.

Michel Desmurget

De son côté, M. Falissard craint que les écrans ne soient surtout un révélateur d’inégalités préexistantes entre les enfants de différents milieux socioculturels. « L’interaction est primordiale pour le développement de l’enfant, juge le pédopsychiatre et biostatisticien. La tablette ne doit pas être une solution pour que les parents puissent se détendre sans s’occuper de leur progéniture. L’ennui peut être fécond mais pas la sous-stimulation. »

« Les jeunes issus de milieux socio-économiques défavorisés bénéficient de moins de curiosité et de moins d’accompagnement de leurs parents, et leur utilisation des outils numériques s’en ressent », souligne aussi le rapport des trois Académies de médecine, des sciences et des technologies. D’où la nécessité, lorsqu’il s’agit d’édicter des recommandations par rapport à l’exposition aux écrans, de distinguer les activités (programmes conçus pour les enfants ou pas, éducatifs ou récréatifs, etc.), le temps passé et le contexte (enfants seuls ou accompagnés).

Séverine Erhel, maître de conférences en psychologie cognitive et ergonomie à l’université Rennes-II, recommande aussi « de former les parents et les enseignants au numérique pour qu’ils soient vigilants sur les collectes de données, sur les mécanismes de captation de l’attention… L’idée est de transmettre une vraie culture du numérique aux enfants. » Une idée que soutient le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (Clemi), qui a édité un guide à cet effet : pas d’écrans avant 3 ans, limités et accompagnés à partir de cet âge. Une recommandation désormais inscrite sur le carnet de santé de l’enfant.” [d’après LEMONDE.FR]


“La consommation du numérique sous toutes ses formes – smartphones, tablettes, télévision, etc. – par les nouvelles générations est astronomique. Dès 2 ans, les enfants des pays occidentaux cumulent chaque jour presque 3 heures d’écran. Entre 8 et 12 ans, ils passent à près de 4 h 45. Entre 13 et 18 ans, ils frôlent les 6 h 45. En cumuls annuels, ces usages représentent autour de 1.000 heures pour un élève de maternelle (soit davantage que le volume horaire d’une année scolaire), 1.700 heures pour un écolier de cours moyen (2 années scolaires) et 2.400 heures pour un lycéen du secondaire (2,5 années scolaires).

EAN 9782021423310

Contrairement à certaines idées reçues, cette profusion d’écrans est loin d’améliorer les aptitudes de nos enfants. Bien au contraire, elle a de lourdes conséquences : sur la santé (obésité, développement cardio-vasculaire, espérance de vie réduite…), sur le comportement (agressivité, dépression, conduites à risques…) et sur les capacités intellectuelles (langage, concentration, mémorisation…). Autant d’atteintes qui affectent fortement la réussite scolaire des jeunes.

Ce que nous faisons subir à nos enfants est inexcusable. Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, une telle expérience de décérébration n’avait été conduite à aussi grande échelle

Michel Desmurget

Ce livre, première synthèse des études scientifiques internationales sur les effets réels des écrans, est celui d’un homme en colère. La conclusion est sans appel : attention écrans, poisons lents !” [SEUIL.COM]


Plus de dispositifs à maîtiser ?

BOVY-LIENAUX et al. : Comment l’instruction laïque vint aux filles – Focus liégeois (2019)

ISBN 9-782930-845050

BOVY-LIENAUX Françoise, COLLE-MICHEL Marcella & KENENS Myriam, Comment l’instruction laïque vint aux filles – Focus liégeois (Liège : Editions du Centre d’Action Laïque de la Province de Liège, 2019)

“Ce travail témoigne de la lente évolution des mentalités relative à l’éducation des filles et reflète les conditions de l’instruction qui leur a été dispensée dans nos régions. Cette histoire s’inscrit dans la vaste Histoire en blanc du deuxième sexe.

Il a paru aux auteures, toutes trois retraitées de l’Enseignement officiel, qu’à Liège, plus qu’ailleurs, cette part d’Histoire en blanc restait à rechercher et à transmettre. Le présent travail veut modestement contribuer ce défrichage essentiel ; il s’adresse à un public aussi large que possible. C’est pourquoi elles ont resitué leurs découvertes dans les faits qui s’y rapportent à chaque époque, conscientes que ces rappels contextuels permettent d’éclairer plus nettement la condition faite aux femmes dans le monde masculin qui l’environne.”

Editions du CAL de la Province de Liège


Plus de contrat social ?

YOURCENAR : textes

© Bernhard de Grendel

[…] Je condamne l’ignorance qui règne en ce moment dans les démocraties aussi bien que dans les régimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, qu’on la dirait voulue par le système, sinon par le régime. J’ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l’éducation de l’enfant.
Je pense qu’il faudrait des études de base, très simples, où l’enfant apprendrait qu’il existe au sein de l’univers, sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, qu’il dépend de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire.
Il apprendrait que les hommes se sont entre-tués dans des guerres qui n’ont jamais fait que produire d’autres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil.
On lui apprendrait assez du passé pour qu’il se sente relié aux hommes qui l’ont précédé, pour qu’il les admire là où ils méritent de l’être, sans s’en faire des idoles, non plus que du présent ou d’un hypothétique avenir.
On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; il saurait le nom des plantes, il connaîtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux très jeunes adolescents sous prétexte de biologie ; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; son éducation sexuelle comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts.
On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en société est impossible, instruction que les écoles élémentaires et moyennes n’osent plus donner dans ce pays.
En matière de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, et surtout de celle du pays où il se trouve, pour éveiller en lui le respect et détruire d’avance certains odieux préjugés.
On lui apprendrait à aimer le travail quand le travail est utile, et à ne pas se laisser prendre à l’imposture publicitaire, en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatées, en lui préparant des caries et des diabètes futurs.
Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses véritablement importantes plus tôt qu’on ne le fait…

YOURCENAR Marguerite, Les yeux ouverts (Paris : Le Centurion, 1980)


EAN 9782253028253

“Dans les entretiens qu’elle avait accordés à Matthieu Galey, Marguerite Yourcenar (1903-1987, de son vrai nom Marguerite Cleenewerck de Crayencour), qui fut la première femme à entrer sous la Coupole, retraçait  l’itinéraire d’une existence voyageuse et mouvementée, de son enfance flamande, avant la guerre de 1914, auprès d’un père d’exception, jusqu’à sa retraite des Monts-Déserts, sur la côte Est des Etats-Unis.
Même au cœur du quotidien, elle avait le don d’élever le débat et de replacer les êtres, les événements, les circonstances dans une perspective à la mesure de l’humain.
Sans réticence, avec la simplicité d’une âme sereine et l’expérience d’une sagesse conquise, intéressée par tous les aspects du monde, elle le contemplait les yeux ouverts. Regard, sentiment, action, jugement, réflexion, tout reste exemplaire dans le portrait que l’écrivain a laissé d’elle-même dans ce livre.” [LIVREDEPOCHE.COM]


Lisons encore…