BLANCHARD Pascal et al. : Sexe, race & colonie | La domination des corps du XVe siècle à nos jours (2018)

ISBN 978-2-348-03600-2

“Reposant sur plus de mille peintures, illustrations, photographies et objets répartis sur six siècles d’histoire au creuset de tous les empires coloniaux, depuis les conquistadors, en passant par les systèmes esclavagistes, notamment aux États-Unis, et jusqu’aux décolonisations, ce livre s’attache à une histoire complexe et taboue. Une histoire dont les traces sont toujours visibles de nos jours, dans les enjeux post-coloniaux, les questions migratoires ou le métissage des identités.
C’est le récit d’une fascination et d’une violence multiforme. C’est aussi la révélation de l’incroyable production d’images qui ont fabriqué le regard exotique et les fantasmes de l’Occident. Projet inédit tant par son ambition éditoriale, que par sa volonté de rassembler les meilleurs spécialistes internationaux, l’objectif de Sexe, race & colonies est de dresser un panorama complet de ce passé oublié et ignoré, en suivant pas à pas ce long récit de la domination des corps.” (source : association de libraires INITIALES.ORG)

BLANCHARD Pascal et al., Sexe, race et colonies : la domination des corps du XVe siècle à nous jours (Paris, La Découverte, 2018)

Montrer. Voila l’ambition de cet ouvrage, de cette somme iconographique vertigineuse autant que méconnue, ou mal vue. Car on a tous en tête des représentations érotisées de corps indigènes. Elles sont furtives, elles font partie de l’imaginaire historique colonial. Mais mesure-t-on véritablement ce qu’elles portent, ce qu’elles signifient, la violence qu’elles légitiment toutes, à des niveaux différents certes, mais qui toutes cultivent l’idée originelle du colon qui voudrait que le corps du colonisé soit “naturellement offert”, pour citer les auteurs de ce livre colossal et indispensable. N’est-ce pas ainsi que nombre d’intellectuels européens ont envisagé le sulfureux érotisme oriental ? Ou comment la vahiné polynésienne a constitué jusqu’à récemment un modèle de beauté féminine ?

Ainsi, encore aujourd’hui, il fallait montrer. Pour tous ceux qui pourraient douter du fait que la domination des empires sur les peuples conquis s’est exercée premièrement à un niveau sexuel. Pas de manière secondaire ou marginale, mais massivement et prioritairement à un niveau sexuel. Si depuis sa sortie, cet ouvrage a essuyé critiques et doutes, c’est bien parce que la frontière est ténue entre la monstration et l’exhibition, surtout quand on parle de sexe. Est-ce que les auteurs sont parvenus ici à faire oeuvre de mémoire sans verser dans l’exhibitionnisme? C’est notre opinion. Et c’est notamment l’ampleur du travail et la qualité de l’appareil critique qui font toute la différence.

Car ce livre est énorme, il a la forme de son ambition, et retrace en quatre grandes parties, Fascinations (1420-1830), Dominations (1830-192o), Décolonisations (1920-1970), Métissages (depuis 1970), l’évolution, si tant est qu’il y en ait eu-une, de la représentation des peuples des colonies par les colons. Certaines images sont dures, insoutenables certes, mais leur publication est indispensable. Comment en effet penser aujourd’hui un phénomène de prise de conscience comme #MeToo et oublier que des systèmes de domination, réelle et symbolique, ont des racines solidement ancrées dans nos imaginaires ?

Grégoire Courtois (Libraire Obliques à Auxerre, FR)


Le cas Gauguin ?

Dans un film sur Gauguin, le réalisateur Edouard Deluc passe sous silence la nature des relations sexuelles de l’artiste à Tahiti. Et révèle la difficulté des Français à penser la violence dans leurs anciennes colonies.

L’image est si sauvagement excitante. Une Tahitienne danse seins nus, lascive, devant un grand feu, tandis que résonne le chant envoûtant de la tribu. Cette femme aux formes pleines, c’est Tehura. Dans son film Gauguin – Voyage de Tahiti, le réalisateur Edouard Deluc nous raconte comment elle a hypnotisé le peintre français et inspiré quelques-unes de ses plus belles toiles. On les voit tous deux enlacés sur un cheval, jouant sur une plage, et fatalement faisant l’amour à la lumière des bougies.

Ce film pourrait être un biopic convenu de plus consacré aux maîtres de la peinture, mais des ellipses opportunes dans le scénario en font une œuvre au mieux incroyablement maladroite, au pire parfaitement abjecte. Car, ce que cette histoire ne dit à aucun moment c’est que Tehura (qui s’appelait aussi Teha’amana) avait seulement 13 ans lorsque Gauguin (alors âgé de 43 ans) la prit pour « épouse » en 1891.

GAUGUIN Paul, Manao Tupapau (1892)

Et malgré ce que pourrait laisser croire le biopic, elle ne fut pas la seule à partager la vie de l’artiste dans l’île : il y eut aussi la jeune prostituée métisse Titi, ainsi que Pau’ura et Vaeoho (toutes deux 14 ans). Enfin, dernier « oubli », le maître était atteint de syphilis, maladie sexuelle potentiellement mortelle, qu’il distribua généreusement à Tahiti. Dans le film, Gauguin se voit seulement diagnostiquer un méchant diabète… on en pleurerait de rire si ce n’était aussi grave…”

Lire la suite de l’article de Léo PAJON, La pédophilie est moins grave sous les topiques, sur JEUNEAFRIQUE.COM (21 septembre 2017)


Le cas Malko Linge, dit SAS ?
ISBN 2842672968

«Bicuzi Kihubo avait la cervelle d’une antilope, mais une allure de star. Ses grands yeux marron illuminaient un visage doux, encadré par les tresses traditionnelles, ses seins moulés par un tee-shirt orange pointaient comme de lourds obus ; quand à sa chute de reins, elle aurait transformé le plus saint des prélats en sodomite polymorphe… Ses hanches étroites et ses longues jambes achevaient de faire de Bicuzi une bombe sexuelle à pattes.» Les connaisseurs auront sûrement reconnu dans ce portrait d’Africaine torride, le style particulier de Gérard de Villiers, passé maître du roman d’espionnage à forte connotation érotique à travers la série des SAS. Les scènes de sexe, tout autant que la vraisemblance d’intrigues construites à partir d’infos recueillies sur le terrain, expliquent le succès et la fortune de l’auteur, mort en 2013 après avoir vendu plus de 150 millions de livres.

Romans de gare machistes qui confinent les personnages féminins à des objets sexuels culbutés dans tous les sens par Son Altesse Sérénissime le prince Malko Linge, héros de la série ? Peut-être. Mais à relire les descriptions de certaines de ces ‘bombes sexuelles sur pattes’, pin-up systématiquement moulées dans une ‘microjupe’, difficile de ne pas y voir une illustration de la permanence des clichés qui s’attachent singulièrement aux femmes noires et qu’on retrouve dans l’immense somme consacrée à la Domination des corps du XVe siècle à nos jours publiée jeudi sous la direction de l’historien Pascal Blanchard. L’ouvrage Sexe, race et colonies ne se limite certes pas aux femmes noires et dresse un panorama exhaustif de l’image du corps de l’Autre, de l’Afrique coloniale (Maghreb inclus) jusqu’à l’Asie et au monde amérindien.”

Lire la suite de l’article de Maria MALAGARDIS, Les femmes noires comme incarnation forcée du corps de l’Autre, sur LIBERATION.FR (21 septembre 2018)…


Lire encore…

 

GODEAUX : Le prisonnier, Regards cinématographiques sur une série culte (2018)

Portmeirion, le Village

A l’occasion des 50 ans de sa 1ère diffusion sur le continent et pour mieux comprendre la naissance de LA série culte britannique (une mythologie moderne ?), il convient de ne pas manquer : Le Prisonnier – Regards cinématographiques sur une série culte de Bernard GODEAUX. L’auteur est né à Liège en 1958 ; il a enseigné l’histoire du cinéma et a donné plusieurs cours et séminaires sur les séries et feuilletons télévisés dès 1994…

Le fait même d’évoquer l’oeuvre, de la rediffuser, de l’étudier, de lire des articles qui lui sont consacrés contribuent sans aucun doute à son émergence et à sa reconnaissance au sein d’un public de plus en plus large. Ainsi, cette thèse, intitulée lors de sa première édition, Le Prisonnier, Une théorie de l’hybridati0n du feuilleton TV sérialisé a pu circuler modestement au départ des défuntes Editions de la librairie 8ème Art fondées par le couple Oswald à Paris. Un bref article dans le journal Le Monde en 1993 lui avait donné une courte visibilité. Pour cette réédition, nous avons opté pour le maintien des grandes lignes du texte, n’apportant que quelques modifications mineures à la recherche menée voici 25 ans. Le risque d’une redondance inutile nous a convaincu dans le choix finalement posé. Nous avons néanmoins retenu un titre moins aride, pour ne pas dire plus avenant : Le Prisonnier, Regards cinématographiques sur une série culte. La démonstration proposée – et que l’on découvrira au fil de la lecture – ne cache pas l’utilisation nécessaire d’outils sémiologiques dont certains sont issus de la recherche cinématographique. Incontestablement, ils demandent une attention soutenue de la part du lecteur qui, nous l’espérons, se trouvera récompensé par sa patience.

GODEAUX Bernard, Le Prisonnier, Regards cinématographiques sur une série culte (réédition à compte d’auteur, 2018)

Le Prisonnier est une série d’espionnage-science-fiction allégorique et psychologique britannique. Constituée d’une saison et 17 épisodes de 48 minutes. Elle fut créée par George Markstein et Patrick McGoohan en 1967.

Le 29 septembre 1967, débarque sur le réseau anglais ITV une série OVNI appelée Le Prisonnier. Cette série est un cas dans l’histoire de la télévision qui n’a aucun équivalent : révolutionnaire, profondément allégorique, incroyablement visionnaire, à la croisée de l’espionnage, du drame psychologique, de l’allégorie, et de la science-fiction, elle a réussi l’exploit de s’imposer parmi les plus grandes séries jamais réalisées à ce jour alors qu’elle ne comporte que 17 épisodes.

L’histoire : un agent secret britannique (dont on ignore le nom) démissionne brutalement, pour des raisons inconnues, de son service. À peine est-il rentré chez lui préparer ses valises en vue d’un voyage, qu’il est gazé et envoyé au Village, lieu idyllique et édénique en apparence qui est en fait une prison dont il est impossible de s’échapper. Notre homme, parmi tous les autres prisonniers, est estampillé comme étant « Numéro 6 » (tout le monde au Village s’appelle par numéros). Le dirigeant du Village est le Numéro 2 mais il change à chaque épisode. L’identité du Numéro 1, le véritable chef, ne sera dévoilée qu’à la toute fin de la série. Le but des dirigeants est d’extorquer à leur prisonnier les raisons de sa démission ainsi que de l’intégrer au Village pour qu’il y demeure un citoyen comme les autres. Mais contrairement aux autres prisonniers qui ont abandonné tout espoir de fuir pour se consacrer à une vie agréable et reposante (la captivité étant luxueuse), il cherchera par tous les moyens à s’échapper de ce lieu beaucoup plus dangereux qu’il n’y paraît.

Lire la suite sur LEMONDEDESAVENGERS.FR…


Savoir regarder…

AUDIARD : textes

Paul Michel AUDIARD, dit Michel Audiard, est un dialoguiste et réalisateur français (1920-1985), père du dialoguiste et réalisateur français Jacques Audiard. Quelques répliques qui marquent :

Faut pas parler aux cons, ça les instruit.

Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.

C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule.

Un gentleman, c’est celui qui est capable de décrire Sophia Loren sans faire de geste.

Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière.

Le jour où on mettra les cons sur orbite, toi t’auras pas fini de tourner.

On n’emmène pas de saucisses quand on va à Francfort.

Dans la vie, ne pas reconnaître son talent, c’est faciliter la réussite des médiocres !

Dans chaque cambrioleur, il y a un préfet de police qui sommeille !

On est gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis.

Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche.

– Attention ! J’ai le glaive vengeur et le bras séculier ! L’aigle va fondre sur la vieille buse !…
– Un peu chouette comme métaphore, non ?
– C’est pas une métaphore, c’est une périphrase.
– Fais pas chier!…
– Ça, c’est une métaphore.


Citons encore…

HENCEVAL Emile et al. : Dictionnaire du jazz à Bruxelles et en Wallonie (1995)

ISBN 978-2870094686

HENCEVAL Emile et al., Dictionnaire du jazz à Bruxelles et en Wallonie (Liège, Mardaga, 1995) avec des contributions de e.a. Jean-Pol SCHROEDER : “Réalisé par quelques-uns de nos spécialistes les plus qualifiés, ce Dictionnaire s’ouvre sur un chapitre historique, dû à Robert Pernet et Jean-Paul Schroeder, qui constitue une somme passionnante de recherches et de talent. Quant au Dictionnaire proprement dit, on y trouvera près de 300 notices de musiciens ou d’animateurs (écrivains, journalistes, producteurs), la plupart encore en activité, les autres disparus en laissant une trace marquante. Les textes ont été établis sur base de questionnaires adressés aux intéressés, travail complété par des recherches historiques. Lorsque cela se justifie, la notice se termine par une discographie sélective. Un sort particulier, sous la forme de récits narratifs plus détaillés, a été naturellement réservé à nos ” grands ” jazzmen, tels René Thomas, Bobby Jaspar, et parmi les musiciens en activité : Toots Thielemans, Jacques Pelzer, Philip Catherine, Steve Houben, etc. Le Dictionnaire du Jazz à Bruxelles et en Wallonie, travail de grande envergure, a été mené à terme par le Conseil de la Musique de la Communauté française de Belgique, un organisme dont les initiatives s’inscrivent plus volontiers dans une filiation traditionnelle, plus savante. Illustré par une quarantaine de photos, ce Dictionnaire, le premier du genre dans notre Communauté, représente une contribution concrète à l’un des objectifs que s’est assignés le Conseil de la Musique : oeuvrer au rayonnement de la vie musicale à travers toutes les musiques.”


[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : partage | source : SCHROEDER Jean-Pol, Dictionnaire du jazz à Bruxelles et en Wallonie (Conseil de la musique de la Communauté française de Belgique, Pierre Mardaga, 1990) | commanditaire : Jean-Pol Schroeder | contributeur : Patrick Thonartcrédits illustrations : N.A. | remerciements à : Jean-Pol Schroeder qui nous a cédé les droits sur les articles écrits par lui dans ce livre.


Consulter plus encore…

SYMUL : Bouleau (2013)

SYMUL Jean-Jacques, Bouleau (2013) © Jean-Jacques Symul

Le Centre d’Art Contemporain du Luxembourg Belge écrit : “Les photographies de Jean-Jacques Symul dépassent les anecdotes locales pour devenir des évocations intemporelles, elles ne sont plus l’indice d’un site donné, mais l’évocation de tous les lieux possibles et la condensation lente des souvenirs qu’ils peuvent faire naître.

Jean-Jacques SYMUL est né à Liège en 1952. Dès 1984, il enseigne la photographie à l’Académie des Beaux-Arts de sa ville. Il a bénéficié de plusieurs expositions personnelles et figure dans diverses collections publiques… Il vit aujourd’hui à Xhoris, sur la commune belge de Ferrières.

Cette oeuvre est empruntable gratuitement (60 jours par emprunt) à l’Artothèque de la province de Liège (BE). La notice complète est disponible ici


Egalement à l’Artothèque de la Province de Liège (BE) :

LEVINAS : textes

“On peut, peut-être, tirer de l’expérience concentrationnaire et de cette clandestinité juive qui lui conférait l’ubiquité, trois vérités transmissibles et nécessaires aux hommes nouveaux…”

© Bracha Ettinger

“Par-delà l’incommunicable émotion de cette Passion où tout fut consommé, que doit-on et que peut-on transmettre vingt ans après sous forme d’enseignement ? Rappeler à nouveau le difficile destin juif et le raidissement de notre nuque ? Exiger une justice sans passion ni prescription et se méfier d’une humanité dont les institutions et les techniques seules conditionnent le progrès ? Certes. Mais on peut, peut-être, tirer de l’expérience concentrationnaire et de cette clandestinité juive qui lui conférait l’ubiquité, trois vérités transmissibles et nécessaires aux hommes nouveaux.

Pour vivre humainement, les hommes ont besoin d’infiniment moins de choses que les magnifiques civilisations où ils vivent – voilà la première vérité. On peut se passer de repas et de repos, de sourires et d’effets personnels, de décence et du droit de tourner la clef de sa chambre, de tableaux et d’amis, de paysages et d’exemption de service pour cause de maladie, d’introspection et de confession quotidiennes. Il ne faut ni empires, ni pourpre, ni cathédrales, ni académies, ni amphithéâtres, ni chars, ni coursiers – c’était déjà notre vieille expérience de juifs. L’usure rapide de toutes les formes entre 1939 et 1945 rappelait plus que tous les autres symptômes la fragilité de notre assimilation. Dans ce monde en guerre, oublieux des lois m^mes de la guerre, la relativité de tout ce qui nous semblait indispensable depuis notre entrée dans la cité apparut brusquement. Nous sommes revenus au désert, à un espace sans paysage ou à un espace tout juste fait – comme le tombeau – pour nous contenir ; nous sommes revenus à l’espace-réceptacle. Le ghetto est cela aussi et non seulement séparation d’avec le monde.

Mais, deuxième vérité, et elle aussi rejoint une antique certitude et un antique espoir – aux heures décisives où la caducité de tant de valeurs se révèle, toute la dignité humaine consiste à croire à leur retour. Le suprême devoir quand “tout est permis” consiste à déjà se sentir responsables à l’égard de ces valeurs de paix. Ne pas conclure, dans l’univers en guerre, que les vertus guerrières sont seules certaines ; ne pas se complaire dans la situation tragique aux vertus viriles de la mort et du meurtre désespéré, ne vivre dangereusement que pour écarter les dangers et pour revenir à l’ombre de sa vigne et de son figuier.

Mais – troisième vérité – il nous faut désormais dans l’inévitable reprise de la civilisation et de l’assimilation enseigner aux générations nouvelles la force nécessaire pour être fort dans l’isolement et tout ce qu’une fragile conscience est alors appelée à contenir. Il nous faut – en rappelant la mémoire de ceux qui, non-juifs et juifs, surent, sans même se connaître ni se voir, se comporter en plein chaos comme si le monde n’avait pas été désintégré, en rappelant la Résistance des maquis, c’est-à-dire précisément celle qui n’avait d’autres sources que ses propres certitudes et son intimité – il faut, à travers de tels souvenirs, ouvrir vers les textes juifs un accès nouveau et restituer à la vie intérieure un nouveau privilège. La vie intérieure, on a presque honte de prononcer, devant tant de réalismes et d’objectivismes, ce mot dérisoire.

Quand les temples sont debouts, quand les drapeaux flottent sur les palais et que les magistrats ceignent leur écharpe – les tempêtes sous les crânes ne menacent d’aucun naufrage. Ce ne sont peut-être que les remous que provoquent, autour des âmes bien ancrées dans leur havre, les brises du monde. La vraie vie intérieure n’est pas une pensée  pieuse ou révolutionnaire qui nous vient dans un monde bien assis, mais l’obligation d’abriter toute l’humanité de l’homme dans la cabane, ouverte à tous les vents, de la conscience. Et certes, il est fou de rechercher la tempête pour elle-même, comme si “dans la tempête résidait le repos” (Lermontov). Mais que l’humanité installée puisse à tout moment s’exposer à la situation dangereuse où sa morale tienne toute entière dans un “for intérieur”, où sa dignité reste à la merci des murmures d’une voix subjective et ne se reflète ni ne se confirme plus dans aucun ordre objectif – voilà le risque dont dépend l’honneur de l’homme…”

extrait de Sans nom,
in LEVINAS Emmanuel, Noms propres (Paris, Fata Morgana, 1976)


Biographie succincte : Emmanuel LEVINAS est né en janvier 1906 à Kaunas, en Lituanie. Études secondaires en Lituanie et Russie. Etudes de philosophie à Strasbourg de 1923 à 1930. Séjour à Fribourg en 1928-1929 auprès de Husserl et de Heidegger. Naturalisé français en 1930. Professeur de philosophie, directeur de l’Ecole normale israélite orientale. Professeur de philosophie à l’Université de Poitiers (1964), de Paris-Nanterre (1967), puis à la Sorbonne (1973). Emmanuel Levinas décède le 25 décembre 1995 à Paris (FR). Quelques extraits choisis de son oeuvre ici…


Citons, citons, il en restera toujours quelque chose…

BIZET : Au fond du temple saint (Les pêcheurs de perle, 1863)

BIZET, Georges, Les pêcheurs de perle (opéra en trois actes sur un livret d’Eugène CORMON et Michel CARRE, créé le 30 septembre 1863 au Théâtre-Lyrique de Paris, FR)
Acte premier. Duo de Nadir (ténor) et Zurga (baryton) :
Au fond du temple saint
Parée de fleurs et d’or,
Une femme apparaît !
Je crois la voir encore !
Une femme apparaît !
Je crois la voir encore !
La foule prosternée
La regarde, étonnée,
Et murmure tous bas :
Voyez, c’est la déesse !
Qui dans l’ombre se dresse
Et vers nous tend les bras !
Son voile se soulève !
Ô vision ! Ô rêve !
La foule est à genoux !
Oui, c’est elle !
C’est la déesse
Plus charmante et plus belle !
Oui, c’est elle !
C’est la déesse
Qui descend parmi nous !
Son voile se soulève et la foule est à genoux !
Mais à travers la foule
Elle s’ouvre un passage !
Son long voile déjà
Nous cache son visage !
Mon regard, hélas !
La cherche en vain !
Elle fuit !
Elle fuit !
Oui, c’est elle ! C’est la déesse !
En ce jour qui vient nous unir,
Et fidèle à ma promesse,
Comme un frère, je veux te chérir !
C’est elle, c’est la déesse
Qui vient en ce jour nous unir !
Oui, partageons le même sort,
Soyons unis jusqu’à la mort !

HANSEN : Au secours ! Un ours est en train de me manger ! (WOMBAT, 2013)

ISBN 978-2-919186-36-5

Vous pensez que vous avez des problèmes ? Moi, je suis en train de me faire dévorer par un ours ! Oh, mais désolé, toutes mes excuses, écoutons donc vos problèmes ! Mmm-hmm ? Alors comme ça, votre patron est méchant avec vous ? Et votre voiture vous cause des soucis ? Et vous vous inquiétez pour l’environnement ? Tiens donc ! Votre environnement vient juste de me bouffer un pied ! Je pisse mon sang sur votre environnement. Je peux donc à présent affirmer sans crainte d’être contredit que MES PROBLÈMES SONT PIRES QUE LES VÔTRES. Alors fermez-la avec vos problèmes, OK ?

HANSEN Mykle, Au secours ! Un ours est en train de me manger ! (traduit de l’américain par Thierry Beauchamp, Nouvelles Editions Wombat, coll. Les Insensés, 2013)

“Manager tyrannique, Marv Pushkin embarque son équipe de publicitaires pour un week-end de chasse en Alaska. Alors qu’il est en train de changer une roue de son 4 x 4, un ours l’attaque. Coincé sous la voiture, la jambe broyée par le châssis, Marv se fait grignoter le pied par Monsieur l’Ours. Une situation pour le moins inconfortable, qui plongerait plus d’un citadin dans le désespoir. Mais, grâce aux puissants analgésiques dont il ne se sépare jamais, Marv est résolu à tenir le coup en attendant les secours. S’engage alors un délirant monologue où il s’attache à démontrer la supériorité de l’Homo Sapiens sur le Plantigrade, et plus largement de la Civilisation sur la Nature, n’en déplaise aux écolos chevelus et autres thuriféraires de ce ringard de Thoreau. Car Marv Pushkin déteste la nature, sa femme geignarde et ses lopettes de subordonnés. En revanche, il adore son Range Rover aux sièges rabattables en cuir d’Oxford, ses vêtements de marque, ses drogues aux propriétés chimiques merveilleuses, sa maîtresse Marcia du service clients, et surtout lui-même. L’être supérieur qu’est Marv Pushkin parviendra-t-il à se tirer de ce mauvais pas – et à repartir du bon pied ? L’Ours deviendra-t-il l’avenir de l’Homme ?” (source : Nouvelles Editions Wombat)

“Mykle Hansen vit à Portland, dans l’Oregon (US). Auteur de plusieurs recueils de nouvelles (Monster CocksThe Bored, Bored PrincessRampaging Fuckers of Everything on the Crazy Shitting Planet of the Vomit Atmosphere…), publiés sous l’égide du bien nommé mouvement « Bizarro », il signe ici un premier roman résolument anti-Nature Writing. Lors de sa tournée promotionnelle aux États-Unis, Mykle concluait ses lectures en combattant un ours à mains nues. Il perdait souvent…” (source : idem)


Lire encore…

DEVOS : textes

Il y a des verbes qui se conjuguent très irrégulièrement.
Par exemple, le verbe ouïr.
Le verbe ouïr, au présent, ça fait: J’ois… j’ois…
Si au lieu de dire “j’entends”, je dis “j’ois”,
les gens vont penser que ce que j’entends est joyeux
alors que ce que j’entends peut être
particulièrement triste.
Il faudrait préciser: “Dieu, que ce que j’ois est triste !”
J’ois…
Tu ois…
Tu ois mon chien qui aboie le soir au fonds des bois ?
Il oit…
Oyons-nous ?
Vous oyez…
Ils oient.
C’est bête !
L’oie oit. Elle oit, l’oie !
Ce que nous oyons, l’oie l’oit-elle ?
Si au lieu de dire “l’oreille”,
on dit “l’ouïe”, alors :
Pour peu que l’oie appartienne à Louis :
– L’ouïe de l’oie de Louis a ouï.
– Ah oui?
Et qu’a ouï l’ouïe de l’oie de Louis ?
– Elle a ouï ce que toute oie oit…
– Et qu’oit toute oie ?
– Toute oie oit, quand mon chien aboie
le soir au fond des bois,
toute oie oit :
ouah ! ouah !
Qu’elle oit, l’oie !…
Au passé, ça fait :
J’ouïs…
J’ouïs !
Il n’y a vraiment pas de quoi !

DEVOS Raymond (1922-2006), Ouï-dire
(in A plus d’un titre, Paris, O. Orban, 1989)

Pour en savoir plus sur Raymond Devos, on peut visiter le Musée de la Fondation Raymond Devos à Saint-Rémy-lès-Chevreuse


Rions un brin…

Tarte aux pommes, à la frangipane et aux spéculoos

© wallonica.org
Ingrédients pour 8 personnes (petits mangeurs…)
  • 2 œufs
  • 125 g d’amandes en poudre
  • 2 c. à s. de farine
  • 160 g de beurre salé
  • 250 g de spéculoos
  • 100 g de sucre fin
  • 1 c. à s. de sucre impalpable
  • 600 g de pommes Cox
Préparation

(temps de préparation : 20 min. + 40 min. de cuisson)

  1. Préchauffez le four à 180°C.
  2. Mélangez 110 g de beurre mou, le sucre fin, les amandes en poudre, la farine et les oeufs, jusqu’à obtention d’une crème frangipane homogène.
  3. Réduisez les spéculoos en miettes au robot. Malaxez-les avec 50 g de beurre fondu, jusqu’à ce que l’ensemble soit homogène. Tassez-le dans le fond d’un grand moule à tarte recouvert de papier cuisson. Recouvrez avec la crème frangipane, puis disposez les pommes taillées en tranches épaisses par-dessus.
  4. Cuisez 30 min au four. Saupoudrez de sucre impalpable et poursuivez la cuisson encore 10 min.
  5. Servez tiède. Pour les gourmands, ajoutez une boule de glace vanille ou un peu de crème fouettée.
  6. Conseil culinaire : le temps de cuisson peut dépendre de la qualité des pommes. Elles doivent être moelleuses sans pour autant tomber en compote. À surveiller, donc…

Encore manger…

FERRE : textes

Léo Ferré en 1959 © Hubert Grooteclaes

La mémoire et la mer

(extrait de l’album Amour, Anarchie, Barclay, 1970 ; texte et musique de Léo FERRE, arrangements de Jean-Michel DEFAYE)

La marée, je l’ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur, de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l’arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j’en laisse
Je suis le fantôme de Jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts de sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l’écume
Cette bave des chevaux ras
Au raz des rocs qui se consument
Ô l’ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d’une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu’un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j’allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d’aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen

Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant
Qu’on dirait l’Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s’immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu’on pressent
Quand on pressent l’entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue,
Sur cette mer jamais étale
D’où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l’arc copain où je m’aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l’anathème
Comme l’ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S’en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C’est fini, la mer, c’est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d’infini…
Quand la mer bergère m’appelle…


“De toutes les chansons écrites par Léo FERRE (1916-1993) – et elles sont fort nombreuses – la chanson  La Mémoire et la mer constitue une véritable pièce d’anthologie. […] Un texte que son auteur a lui-même qualifié « d’éminemment personnel et que personne n’aurait dû comprendre » et qui, pourtant, a connu un étonnant succès. Léo découvre le « fantôme de Jersey » lors d’une escapade sur l’île Du Guesclin, où il résida. Le fantôme  de Jersey est un phénomène naturel, une espèce de ligne brumeuse que l’on aperçoit au lointain quand on se trouve sur l’île Du Guesclin, et qui laisse croire à une émanation fantomatique de l’île anglo-normande qu’est Jersey. Léo Ferré y plante donc le décor d’une simple partie de pêche où est capturé un bar, dont les écailles sont rendues brillantes par la magie de l’éclat lunaire…”

Source : J’ai la mémoire qui chante…



Savoir en écouter plus…

RICHEPIN : textes

© AFP / Karen BLEIER

Première gelée

Voici venir l’Hiver, tueur des pauvres gens.

Ainsi qu’un dur baron précédé de sergents,
Il fait, pour l’annoncer, courir le long des rues
La gelée aux doigts blancs et les bises bourrues.
On entend haleter le souffle des gamins
Qui se sauvent, collant leurs lèvres à leurs mains,
Et tapent fortement du pied la terre sèche.
Le chien, sans rien flairer, file ainsi qu’une flèche.
Les messieurs en chapeau, raides et boutonnés,
Font le dos rond, et dans leur col plongent leur nez.
Les femmes, comme des coureurs dans la carrière,
Ont la gorge en avant, les coudes en arrière,
Les reins cambrés. Leur pas, d’un mouvement coquin,
Fait onduler sur leur croupe leur troussequin.

Oh ! comme c’est joli, la première gelée !
La vitre, par le froid du dehors flagellée,
Étincelle, au dedans, de cristaux délicats,
Et papillote sous la nacre des micas
Dont le dessin fleurit en volutes d’acanthe.
Les arbres sont vêtus d’une faille craquante.
Le ciel a la pâleur fine des vieux argents.

Voici venir l’Hiver, tueur des pauvres gens.

Voici venir l’Hiver dans son manteau de glace.
Place au Roi qui s’avance en grondant, place, place !
Et la bise, à grands coups de fouet sur les mollets,
Fait courir le gamin. Le vent dans les collets
Des messieurs boutonnés fourre des cents d’épingles.
Les chiens au bout du dos semblent traîner des tringles.
Et les femmes, sentant des petits doigts fripons
Grimper sournoisement sous leurs derniers jupons,
Se cognent les genoux pour mieux serrer les cuisses.
Les maisons dans le ciel fument comme des Suisses.
Près des chenets joyeux les messieurs en chapeau
Vont s’asseoir ; la chaleur leur détendra la peau.
Les femmes, relevant leurs jupes à mi-jambe,
Pour garantir leur teint de la bûche qui flambe
Étendront leurs deux mains longues aux doigts rosés,
Qu’un tendre amant fera mollir sous les baisers.
Heureux ceux-là qu’attend la bonne chambre chaude !
Mais le gamin qui court, mais le vieux chien qui rôde,
Mais les gueux, les petits, le tas des indigents…

Voici venir l’Hiver, tueur des pauvres gens.

SAND : textes

Charpentier Auguste, George Sand, vers 1837 © Musée de la vie romantique, Paris (FR)

J’ai beaucoup souffert de ma chasteté. J’ai eu des rêves très énervants. Le sang m’a monté à la tête cent fois. Je me suis souvent assise seule à l’écart avec une âme pleine d’amour et des genoux tremblants de volupté… Quand toutes les cordes de mon être mises à nu vibrèrent sous ta main, mon attachement devint si fort et si profond que je ne pus imaginer d’autre but de ma vie que de vivre avec toi… Mon corps est encore tout disloqué d’une autre fatigue terrible mais délicieuse dont je porte les stigmates en mille endroits.

Lettre de George Sand à Me de Bourges (extrait)


En citer d’autres…

Wohlleben : La vie secrète des arbres (2017)

ISBN 9782352045939

Si vous lisez ce livre, je crois que les forêts deviendront des endroits magiques pour vous aussi.

Tim Flannery, auteur de Sauver le climat

Un livre passionnant et fascinant… Wohlleben est un merveilleux conteur, à la fois scientifique et écologique.

David George Haskell, auteur d’Un an dans la vie d’une forêt

L’éditeur LES ARENES écrit : “Dans ce livre plein de grâce, acclamé dans le monde entier, le forestier Peter WOHLLEBEN nous apprend comment s’organise la société des arbres. Les forêts ressemblent à des communautés humaines. Les parents vivent avec leurs enfants, et les aident à grandir. Les arbres répondent avec ingéniosité aux dangers. Leur système radiculaire, semblable à un réseau internet végétal, leur permet de partager des nutriments avec les arbres malades mais aussi de communiquer entre eux. Et leurs racines peuvent perdurer plus de dix mille ans…

Prodigieux conteur, Wohlleben s’appuie sur les dernières connaissances scientifiques et multiplie les anecdotes fascinantes pour nous faire partager sa passion des arbres. Une fois que vous aurez découvert les secrets de ces géants terrestres, par bien des côtés plus résistants et plus inventifs que les humains, votre promenade dans les bois ne sera plus jamais la même.

Peter Wohlleben a passé plus de vingt ans comme forestier en Allemagne. Il dirige maintenant une forêt écologique. Son livre a été numéro un des ventes en Allemagne avec plus de 650 000 exemplaires vendus et est devenu un étonnant best-seller aux États-Unis. Il est traduit en 32 langues.”

WOHLLEBEN Peter, La vie secrète des arbres (Paris, Les Arènes, 2017 : traduit de l’allemand par Corinne Tresca).


D’autres évoquent les approximations, les interprétations et les erreurs, comme la très sérieuse Section 2, Forêts et filière bois, de l’Académie d’agriculture de France :

“Les mots ont été pesés un à un avant la publication, le 11 septembre dernier, d’une note de lecture par la très sérieuse section 2 « Forêts et filière bois » de l’Académie d’agriculture de France, qui regroupe d’éminents spécialistes du monde de la forêt et du bois.

En substance, l’Académie reconnaît que Peter Wohlleben a fait preuve dans son ouvrage de « beaucoup de passion et d’un sens développé de la pédagogie» et que son livre soulève «de multiples questions pertinentes sur la vie des arbres au sein des forêts».

Mais la critique pointe juste après : « Nombre de réponses qu’il apporte prêtent malheureusement le flanc à la critique: sources absentes ou non vérifiables, extrapolations non justifiées, interprétations abusives et même erreurs manifestes. » En conséquence, l’Académie d’agriculture estime que le livre de Peter Wohlleben, qui a « toute sa valeur comme expression de la subjectivité militante d’une personne, ne peut être considéré comme un ouvrage de vulgarisation scientifique… »

En lire plus sur FRANSYLVA-PACA.FR (l’article est tiré d’une publication de Forêts de France, n°609 de décembre 2017)


Plus de nature…

AZNAVOUR : textes

Parce que t’as les yeux bleus
Que tes cheveux s’amusent à défier le soleil
Par leur éclat de feu

Parce que tu as vingt ans
Que tu croques la vie comme en un fruit vermeil
Que l’on cueille en riant

Tu te crois tout permis et n’en fait qu’à ta tête
Désolée un instant prête à recommencer
Tu joues avec mon cœur comme un enfant gâté
Qui réclame un joujou pour le réduire en miettes

Parce que j’ai trop d’amour
Tu viens voler mes nuits du fond de mon sommeil
Et fais pleurer mes jours

Mais prends garde, chérie, je ne réponds de rien
Si ma raison s’égare et si je perds patience
Je peux d’un trait rayer nos cœurs d’une existence
Dont tu es le seul but et l’unique lien

Parce que je n’ai que toi
Le cœur est mon seul maître et maître de mon cœur
L’amour nous fait la loi

Parce que tu vis en moi
Et que rien ne remplace les instants de bonheur
Que je prends dans tes bras

Je ne me soucierai ni de Dieu, ni des hommes
Je suis prêt à mourir si tu mourrais un jour
Car la mort n’est qu’un jeu comparée à l’amour
Et la vie n’est plus rien sans l’amour qu’elle nous donne

Parce que je suis au seuil
D’un amour éternel je voudrais que mon cœur
Ne portât pas le deuil

Parce que
Parce que
Parce que

Paroles de Charles Aznavour, Gabriel Edmond& Gaby Wagenheim (1955)


En citer d’autres…

CASTRO : textes

Fidel CASTRO (1926-2016) à La Havane en 1979 (c) Getty Images

Sans le pouvoir, les idéaux ne peuvent être réalisés ; avec le pouvoir, ils survivent rarement.


Citer encore…

HUXLEY : textes

Fritz LANG, Metropolis (1927)

La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage ou, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude.

HUXLEY Aldous : Le meilleur des mondes (1932)

Fritz LANG, Metropolis (1927)

Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images.

DEBORD Guy, La Société du spectacle (1967)


En citer d’autres…

WELING : Sans titre (s.d.)

WELING René, Sans titre (s.d.)

“Peintre et graveur, René WELING est né à Eupen (BE) en 1967, il vient à Liège en 1986 pour étudier la peinture à Saint Luc. Il y découvre également la gravure. Après quelques années d’expérimentation, il reprend des cours de gravure à l’Académie des Beaux arts. La recherche de diverses techniques (peinture, litho, gravure sur bois, pointe sèche eau-forte…) sont nombres d’outils au service de l’exploration de ses sujets de prédilection que sont l’espace et le rythme. Espace et rythme que l’on retrouve dans deux grands univers, le corps et le paysage. Depuis 21 ans aujourd’hui il a connu de nombreuses expositions en Belgique, Allemagne, Canada…

C’est aussi à travers le partage et la rencontre que l’œuvre de René Weling vit. Ainsi il participe à de nombreux projets collectifs avec d’autres graveurs à travers les deux groupes de gravure La Nouvelle Poupée d’Encre et Impression(s) dont il est membre actif. En découle des échanges internationaux. C’est aussi comme ça qu’il découvre le Québec, dont il tombe en amour. Le travail sur l’espace y prend ses racines. Il y expose et séjourne en résidence d’artiste à plusieurs reprises.

Mais il réalise aussi des projets plus intimes, que ce soit en collaborant avec un photographe, un poète, ou musicien… C’est à travers une édition, un cadre objet, une publication que vivent ces échanges.

Toujours au fil de sa passion, René Weling propose également des expositions privées qui lui permettent de rencontrer et d’échanger plus encore avec son public, public qui compose ainsi sa propre exposition rendant pour le temps d’un week-end, d’une soirée ou de plusieurs mois sa propre maison en galerie.”

Source : CULTUREPLUS.BE

Plusieurs de ses oeuvres sont empruntables gratuitement (60 jours par emprunt) à l’Artothèque de la province de Liège (BE). La notice complète est disponible ici


Egalement à l’Artothèque de la Province de Liège (BE) :

Déclaration universelle des droits de l’homme – DUDH (1948)

Couverture de la brochure des Nations Unies dédiée à la DUDH avec un dessin de Yacine Ait Kaci (YAK) (c) 2015 Nations Unies

“Le 10 décembre 1948, les 58 États Membres qui constituaient alors l’Assemblée générale des Nations Unies ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris, au Palais de Chaillot (résolution 217 A (III)). Pour commémorer son adoption, la Journée des droits de l’homme est célébrée chaque année le 10 décembre. Ce document fondateur – traduit dans plus de 500 langues différentes – continue d’être, pour chacun d’entre nous, une source d’inspiration pour promouvoir l’exercice universel des droits de l’homme.”

Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde,

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme,

Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression,

Considérant qu’il est essentiel d’encourager le développement de relations amicales entre nations,

Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, et qu’ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande,

Considérant que les Etats Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l’Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales,

Considérant qu’une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement,

L’Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l’homme comme l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l’esprit, s’efforcent, par l’enseignement et l’éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d’en assurer, par des mesures progressives d’ordre national
et international, la reconnaissance et l’application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.


[en construction] A chacun des articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme, wallonica.org consacre une page séparée où seront regroupés articles, revue de presse, opinions et documents liés à la thématique de l’article en question. Pour les découvrir, cliquez sur l’article ci-dessous…

  1. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

CORRADINI Antonio (1668–1752) : voiles

CORRADINI Antonio, La pudeur (détail du monument funéraire pour Cécilia Gaetani, Naples, chapelle Sansevero, 1752)
CORRADINI Antonio, La pudeur (monument funéraire pour Cécilia Gaetani, Naples, chapelle Sansevero, 1752)
CORRADINI Antonio, La femme voilée / La foi (?) (Paris, Le Louvre)
CORRADINI Antonio, La pureté (Venise, Ca’Rezzonico, musée du XVIIIe siècle vénitien,1717-1725)

Plus de formes…

VARGAS : textes

TYTGAT Edgard (1879-1957)

Je me demande qui déraille […]. Eux, ou moi ? J’aime les femmes avec leur visage et leur permission. Eux s’empiffrent de morceaux anonymes qu’ils se payent pour dix balles. Je leur en veux. Je les emmerde.

VARGAS F., Sans feu ni lieu (Paris, Viviane Hamy, 1997)


A lire également : VARGAS : « J’ai croisé l’araignée et elle est restée dans ma tête »


En citer plus ?

REGNIER : textes

REGNIER Mathurin (1573-1613)

J’ai vescu sans nul pensement,
Me laissant aller doucement
A la bonne loy naturelle,
Et si m’estonne fort pourquoi
La mort osa songer à moi
Qui ne songeay jamais à elle.

Les oeuvres complètes de Mathurin REGNIER, poète satirique français, sont disponibles en fac-simile dans la Gallica, sur le site GALLICA.BNF.FR : REGNIER M., Oeuvres complètes précédées de L’histoire de la satire en France par Monsieur Viollet-le-Duc (Paris, Jannet, 1853).


Pour citer encore…

LEFEBVRE : Marie-Madeleine dans la grotte (1876)

“Jules Joseph LEFEBVRE (1836-1911) est un peintre académique français, portraitiste et peintre de genre, professeur à l’École des beaux-arts et à l’Académie Julian. Professeur réputé et sympathique, il a de nombreux élèves, dont le peintre paysagiste d’origine écossaise William Hart, des peintres américains tels que Childe Hassam, Frank Benson, Edmund Charles Tarbell et John Noble Barlow, ainsi que le peintre français Georges Rochegrosse, le sculpteur français Paul Landowski, le portraitiste Gustave Brisgand et le peintre belge Fernand Khnopff. Il est connu principalement pour ses nus féminins, genre dans lequel il rivalise avec William Bouguereau.  Son œuvre la plus célèbre est sans doute La Vérité, aujourd’hui au Musée d’Orsay. Il reçoit de nombreuses décorations, dont une médaille de première classe à l’Exposition de Paris de 1878 et la médaille d’honneur en 1886. Il est également Commandeur de la Légion d’Honneur.”

Source : ARTMAGIQUE.BLOGPSOT.COM qui propose d’autres reproductions.

LEFEBVRE J., Marie-Madeleine dans la grotte (1876)

Jules Joseph LEFEBVRE (1834-1912), Marie-Madeleine dans la grotte (huile sur toile, 1876) | Musée de l’Hermitage (RU)

LEFEBVRE J., Chloé (1875)

Jules Joseph LEFEBVRE (1834-1912), Chloé (huile sur toile, 1875) | Young & Jackson Hotel de Melbourne (AU)

LEFEBVRE J., Jeune homme peignant un masque grec (1865)

Jules Joseph LEFEBVRE (1834-1912), Jeune homme peignant un masque grec (huile sur toile, 1865) | Musée des Beaux-Arts de Valenciennes (FR)

Un site en anglais est dédié à son oeuvre : JULES-JOSEPH-LEFEBVRE.ORG


Contempler encore…

UBAC : La Nébuleuse (1939)

(c) Adam Rzepka – Centre Pompidou

UBAC Raoul (1910-1985), La Nébuleuse (1939)

  • épreuve gélatino-argentique (40 x 28,3 cm) conservée au Centre Pompidou de Paris (FR) ;
  • inscriptions : Titre et date au revers : “La nébuleuse – brûlage 1939”
  • don de l’artiste, 1976
  • numéro d’inventaire : AM 1976-322

Lire la fiche de l’oeuvre sur  CENTREPOMPIDOU.FR

LESMUSEESDELIEGE.BE ont édité un dossier pédagogique pour découvrir l’oeuvre de Raoul UBAC, à télécharger ici :

“Raoul UBAC, de son vrai nom Rudolf Gustav Maria Ernst Ubac, est né en 1910 à Cologne (DE) où il vit durant sa prime enfance. En 1914, sa famille s’installe à Malmedy (Hautes-Fagnes, BE) où son père vient d’être nommé juge de paix. Durant sa scolarité à l’Athénée de Malmedy, Raoul Ubac envisage son avenir en tant qu’agent des eaux et forêts (garde forestier). Raoul Ubac se sent proche de la nature. Entre 1927 et 1930, il entreprend de nombreux voyages pédestres en Europe. Mais lorsqu’il découvre, grâce à un professeur, le Manifeste du Surréalisme d’André Breton, il change ses ambitions et s’inscrit dès 1930 en faculté de lettres à la Sorbonne (Paris, FR). Il rencontre dans la capitale française le groupe des artistes surréalistes et fréquente le quartier de Montparnasse. Lors d’un de ses voyages en Dalmatie (région de Croatie), Ubac assemble des pierres trouvées et les photographie. Ce premier acte artistique marque le début de sa carrière. A son retour, il s’inscrit à l’École d’Arts Appliqués de Cologne pour y apprendre le dessin et la photographie. Il expérimente de nouvelles techniques photographiques et expose pour la première fois le résultat de ses recherches à Paris, en 1933. Jusqu’à la fin de cette décennie, Ubac va s’impliquer dans le groupe surréaliste ; ses photographies sont publiées dans la revue surréaliste « Minotaure » et il participe à l’exposition internationale du surréalisme en 1938. Durant le second conflit mondial, Ubac se réfugie à Carcassonne située en « zone libre » française. Il s’éloigne peu à peu du mouvement surréaliste et réalise de nombreux dessins dits Les objets les plus simples. Ces travaux montrent des natures mortes de pain, couteaux, fruits. Mais l’événement qui marquera un tournant décisif dans l’œuvre de Raoul Ubac, c’est son voyage en Haute-Savoie en 1946. Il y ramasse une ardoise et entreprend de la graver avec un clou. Cet événement qui pourrait être anecdotique, va pourtant déterminer le reste de sa carrière puisque c’est suite à cette nouvelle rencontre avec la nature qu’Ubac se lance dans le travail de taille d’ardoise qu’il poursuivra jusqu’à la fin de sa vie. Durant la même période d’après-guerre, l’artiste se lance aussi dans des recherches sur la forme et la couleur. Peu à peu son travail tend vers le non-figuratif, vers l’art informel. Fin des années 1950, il quitte Paris et s’installe à Dieudonné (dans l’Oise, France) où il travaillera jusqu’à la fin de ses jours en 1985. Engagé à 100% dans son travail, sa manière se simplifie de plus en plus. Parfois proche des Arts primitifs, cet artiste méditatif a parfois été rapproché du mouvement CoBrA (il participe en 1951 à l’exposition CoBrA de Liège) […]”

Le musée de La Boverie de Liège (LABOVERIE.COM) a organisé une rétrospective Raoul UBAC en 2017 ; wallonica.org y était…


Contempler encore…

CAMUS : textes

Albert CAMUS

Si j’avais à écrire ici un livre de morale, il aurait cent pages et 99 seraient blanches. Sur la dernière, j’écrirais : ‘Je ne connais qu’un seul devoir et c’est celui d’aimer’.

Carnets I (mars 1935-février 1942)


Citons encore…

AGUEEV : textes

ISBN 978-2-264-02731-3

… ainsi allais-je le long des boulevards, accrochant du regard, comme avec une branche, les yeux de toutes les femmes qui venaient à l’encontre. Jamais je n’ai, comme on dit, déshabillé du regard aucune d’elles, comme je n’ai jamais ressenti de désir charnel. En cet état fiévreux dans lequel un autre que moi aurait, peut-être écrit des poèmes, regardant intensément les yeux des femmes rencontrées, j’attendais toujours en réponse le même regard agrandi et effrayant. Je n’abordais jamais les femmes qui répondaient par un sourire, sachant que seule une prostituée ou une vierge pouvait répondre par un sourire à un regard tel que le mien. Dans ces heures vespérales, aucune nudité imaginée n’aurait pu dessécher autant et faire soudain trembler la gorge que ce regard féminin effrayant et méchant, qui laissait aller jusqu’au fond un regard cinglant de bourreau – un regard comme un contact d’organes sexuels. Et quand ce regard se présentait – il se présentait nécessairement tôt ou tard -, je me retournais immédiatement, je rattrapais la femme qui m’avait regardé et, en l’abordant, je portais à ma visière noire une main gantée de blanc.

Il semblait, par le regard que cette femme et moi avions échangé, les yeux dans les yeux, comme si, une heure auparavant, nous avions ensemble tué un enfant – il semblait que par ce regard tout était dit, tout était compris, et qu’il n’y avait décidément plus rien à dire. mais en réalité tout était beaucoup plus compliqué et, m’étant approché de cette femme et ayant prononcé une phrase dont le sens semblait toujours se situer dans le prolongement d’une conversation à peine interrompue, j’étais obligé de parler et de parler encore, afin que les paroles prononcées amplifient la cordialité de nos relations et la conduise jusqu’à sa jonction avec la sensualité de notre premier regard signalisateur. Ainsi, dans l’obscurité du boulevard, nous allions côte à côte, hostiles et sur nos gardes, mais ayant tout de même besoin en quelque sorte l’un de l’autre, et je disais des mots dont la signification amoureuse semblait d’autant plus vraisemblable qu’elle était plus fausse. Et lorsque, enfin, mû par cette étrange conviction que la précaution avec laquelle on appuie sur la gâchette rend le coup moins assourdissant, je proposais – comme par hasard, entre autres choses – d’aller à l’hôtel et d’y passer une petite heure, rien que pour bavarder, bien sûr, et cela pour la simple raison que le temps, ce jour-là, était (suivant les circonstances) trop froid ou trop lourd, alors, je savais déjà, rien que par le refus (le refus suivait presque toujours) ou plutôt d’après le ton de ce refus – ému, indigné, calme, méprisant, craintif ou incertain -, je savais déjà si cela valait la peine, en la prenant par le bras, de la supplier encore, ou s’il fallait faire demi-tour et partir sans dire adieu.

AGUEEV M., Roman avec cocaïne
(Paris, Belfond, 1990, initialement publié dans les années 1930)


“Tous ceux qui l’ont lu parlent d’un choc, d’une révélation, qu’il s’agisse des critiques de l’époque – Nicole Zand dans les colonnes du Monde – comme des romanciers – Frédéric Beigbeder en tête. Et le titre, Roman avec cocaïne, bien que sulfureux, ne saurait être tenu pour seul responsable de l’engouement pour le livre lors de sa parution en France, en 1983. Trente ans plus tard, c’est avec une excitation intacte que son éditeur, le délicieux Pierre Belfond, se souvient du choc qu’il ressentit à la lecture de ce texte : “J’en ai eu le souffle coupé. C’était comme tenir entre les mains un grand livre de Dostoïevski ou celui d’un Nabokov qui aurait été capable de nous faire pleurer.” Sauf que cet auteur-ci est un mystère. Commence dès lors une enquête policière aujourd’hui encore en partie irrésolue…

Retour en arrière. En 1934, la revue Tchisla (Nombres), éditée par des émigrés russes à Paris, reçoit, en provenance d’Istanbul, un manuscrit intitulé Récit avec cocaïne, signé par un certain M. Aguéev. En juin, seule la première partie du récit est publiée. Aguéev est présenté comme un jeune écrivain en des termes flatteurs : “talent, audace, le tragique authentique“. Deux ans plus tard, le livre d’Aguéev est intégralement publié par l’Union des écrivains russes de Paris sous son titre définitif, Roman avec cocaïne. Il circule sous le manteau, provoquant le scandale dans le microcosme qui le lit, mais, selon sa traductrice française aujourd’hui disparue, Lydia Chweitzer, “beaucoup plus à cause de la franchise avec laquelle l’auteur parle de certaines réalités – qu’à cette époque on préférait passer sous silence – que par ses expériences de cocaïnomane“. Sans doute était-il indécent qu’un adolescent russe se permette, en 1917, de contempler la révolution avec autant de distance, voire d’indifférence.

L’action de Roman avec cocaïne se situe à Moscou durant l’adolescence du narrateur, Vadim Maslennikov, de 1916 au lendemain de la révolution russe. Le héros raconte ses années de lycée, ses relations avec des prostituées, son amour raté avec Sonia, le suicide auquel il pousse sa mère, et son addiction à la cocaïne. “Je pouvais expliquer par l’influence de la cocaïne le fait qu’elle provoquait en moi les sentiments les meilleurs. Mais comment expliquer les autres ? Comment expliquer l’inéluctabilité avec laquelle se manifestaient en moi, après coup, les sentiments les plus bas, les plus bestiaux ?” Le nihilisme, la fulgurance et la gaucherie d’Aguéev – qui se révèle plus un grand primitif qu’un immense styliste – donnent un livre unique et inclassable. Aguéev ne publia rien d’autre si ce n’est une nouvelle, Un peuple teigneux.

Le roman aurait disparu si, au début des années 1980, Lydia Chweitzer n’était tombée, chez un bouquiniste des quais de Seine, à Paris, sur un exemplaire de l’édition originale. Elle entreprend de le traduire avant de le proposer à Pierre Belfond. Dans ses Mémoires, Les Pendus de Victor Hugo (publié en 1994 et réédité chez Fayard sous le titre Scènes de la vie d’un éditeur en 2007), ce dernier raconte comment il émergea de sa lecture groggy, “accablé par la peinture d’un univers de déchéance, de cruauté, de nihilisme et de mort, conscient que ce cauchemar était mis en scène par un génie“.

Dès la publication du roman en français, une chasse à l’homme s’organise. Pierre Belfond veut connaître la véritable identité de son auteur. “A l’époque, se souvient-il avec amusement, mon téléphone sonnait beaucoup. Les prétendants se disant oncle ou parent lointain d’Aguéev étaient nombreux…” Michel Braudeau pour L’Express en 1983, puis Alain Garric dans une remarquable enquête parue dans Libération en 1985, retrouvent la trace de Lydia Tchervinskaïa, une poétesse de 76 ans, qui affirme avoir été la maîtresse d’Aguéev. Elle leur raconte avoir rencontré l’auteur avant-guerre à Istanbul dans l’asile psychiatrique où il était soigné pour des tremblements aux mains (dont il souffrait depuis qu’il avait tiré, disait-il, sur un officier de l’Armée rouge). Elle leur révèle aussi que le romancier s’appelait Mark Levi (il avait choisi un nom de plume commençant par la lettre A, “pour le commencement”) et qu’il vivait dans le quartier de Galata, où résidaient de nombreux juifs originaires d’Europe centrale. Après s’être enfui en Allemagne en 1924, il passa par la France et la Suisse, puis se réfugia en Turquie au début des années 1930, où il aurait agi comme espion pour les Soviets. Il passa le reste de sa vie à Erevan, où il enseignait l’allemand. Cet homme, qui répétait souvent que “dans la vie, il faut tout essayer“, serait mort dans la capitale arménienne en 1973.

Le cas Aguéev rebondit au cours de l’été 1983, après la polémique lancée par Nikita Struve, professeur de littérature à l’université de Nanterre. Ce dernier décèle de troublantes similitudes entre M. Aguéev et Vladimir Nabokov, au point d’attribuer à l’auteur de Lolita la paternité de Roman avec cocaïne. Vera Nabokov, la veuve de l’écrivain, réfute cette hypothèse. En dépit des ressemblances, qui peuvent signifier qu’Aguéev fut un lecteur attentif de Nabokov, le style du premier, estimait-elle, était assez grossier, et celui de son époux, raffiné. “En outre, mon mari n’a jamais été attiré par la drogue ou les hallucinogènes : il aurait été bien incapable de décrire cette expérience de la cocaïne.” L’affaire connaît un nouveau rebondissement en 1991, à la suite de l’enquête menée par Gabriel Superfine et Marina Sorokina. Les deux historiens russes établirent de manière convaincante la paternité du roman à Mark Levi, notamment par des éléments autobiographiques du roman vérifiables. Restent de nombreuses zones d’ombre : son expulsion de Turquie vers l’URSS en 1942, ou ses liens avec le pouvoir soviétique. L’énigme Aguéev demeure, procurant l’étrange impression que l’écrivain a disparu après la publication de son roman. “Aguéev a peut-être bien fait de disparaître. Après avoir tout dit. Un livre peut valoir une vie“, écrivait André Brincourt dans Le Figaro. On ne saurait mieux dire.”

Lire l’article de Samuel BLUMENFELD sur LEMONDE.FR (9 août 2013)


Plus d’amour…

Autour de Babel (RTBF > Musiq3)

Autour de Babel, le vendredi soir à 22h sur Musiq3 (RTBF) : une programmation éclectique pendant deux heures à ne pas rater ! La musique classique alterne avec le jazz, l’électro, la chanson, la musique du monde, la pop, le rock… Rencontre de tous les genres musicaux dans un esprit de liberté, en continu, et sans blabla.”

Programmée sur la chaîne classique (aujourd’hui Musiq3), la toute première émission de ce programme radio de la Radio-Télévision Belge de la Communauté Française (RTBF) date du 12 janvier 2007 ; elle était préparée par André Defossez qui ouvrait le jeu avec :

  • 22h06 : trad. – introduction – Les tambourinaires du Burundi [Virgin-RealWorld 0777 7 87182]
  • 22h07 : Mozart (arrgt.) Kazu Matsui – TribalMozart (concerto n°20) – [naïve]
  • 22h11 : XX Cameroun – Tambours d’eau – [Unesco]
  • 22h12 : Cécile Broché – Violin-at-NewYork: Black talk on Broadway pour violon électrique et ‘Broadway preachers’ – Cécile Broché [Arsis Nowadays 64007]
  • 22h17 : Piotr Ilitch Tchaikovski (arrgt.) Baldwin – Sugar Fairy – [naïve ]
  • 22h20 : Jean-Paul Dessy – Inclination (extr. Gradiva) – Jean-Paul Dessy, violoncelle [Carbon 7 040]
  • 22h25 : Joffrey Coy, Patrick De Meyer – Anasthasia (T99) – Maxence Cyrin, piano [F Communications 236]
  • 22h27 : Erik Satie orch. Cl. Debussy (arrgt. Danceries) – Gymnopédie n°1 – Danceries [DENON 33CO-1289]
  • 22h30 : Bill Evans – Peace Piece – Kronos Quartet [Landmark 1510]
  • 22h37 : Edvard Grieg arrgt. Jan Garbarek – Arietta – Jan Garbarek, saxophone soprano, Rainer Brüninghaus, piano, Eberhard Weber, basse, Marilyn Mazur, percussion [ECM 1500]
  • 22h43 : Johan Sebastian Bach (arrgt.) – Modern Jazz Quartet – Precious Joy – [naïve]
  • 22h46 : Cécile Broché – Violin-at-NewYork: Afternoon in Times Square pour violon électrique et sons de New York – Cécile Broché [Arsis Nowadays 64007]
  • 22h48 : Paul Uy – Ecrits de la Caverne (extrait) – Diane Andersen, piano & al. [production RTB ca 1975]
  • 22h53 : Jean-Paul Dessy – L’Ombre du son pour violoncelle solo et son double – [production Musique 3]

Beaucoup d’Autour de Babel ont suivi jusqu’au vendredi 30 juin 2017, date du dernier numéro, l’émission #397, qui était également mitonnée par Defossez. Plusieurs magiciens se sont ainsi succédé aux manettes de ces moments rares d’ouverture de nuit : Dominique MUSSCHE, Christine GYSELINGS, Anne MATTHEEUWS… et les auditeurs, qui pouvaient également proposer des programmations.

En 2012, Musiq3 a décidé de réduire les deux heures d’émission à une heure trente. Les 90 minutes d’Autour de Babel passeraient désormais le vendredi à 22:00 et seraient rediffusées le mercredi à minuit. Et en juin 2017 : fin de la récréation !

Nous avons retrouvé quelques traces de ces instants suspendus et vous pouvez :


Pour pratiquer votre Savoir-écouter :

brûlures d’estomac : remède naturel

Ingrédients
  • 3 tasses d’eau
  • 5 cm de racine de gingembre frais
  • ½ citron
  • 1 cuillère à soupe de miel
Préparation

Râpez la racine de gingembre et pressez le demi-citron, versez les 3 tasses d’eau dans un bocal puis ajoutez-y le miel, le jus de citron, et la racine râpée de gingembre. Mélangez bien les ingrédients et mettez le bocal au réfrigérateur. Consommer un verre de cette boisson lorsque nécessaire.

Bienfaits des ingrédients

Selon plusieurs études, le gingembre favorise la sécrétion de la bile, stimule l’activité des enzymes digestives, et soulage les troubles digestifs, en évacuant les gaz intestinaux, et en soulageant les brûlures d’estomac.

Le citron donne un coup de pouce au corps dans son processus de digestion pour éliminer les symptômes douloureux. Les enzymes trouvées dans le citron sont similaires à celles des sucs digestifs, donc l’estomac remarque peu de différence entre les deux et reprend ses tâches digestives.

Des recherches indiquent que le miel peut être efficace pour éradiquer les infections à Helicobacter pylori, qui peuvent causer des ulcères d’estomac, en plus d’avoir un effet sur le reflux gastrique.

Mises en garde

Le gingembre est à ne pas consommer pour les diabétiques, les femmes enceintes et allaitantes, et les personnes chétives. Le citron est déconseillé aux personnes qui ont des allergies aux agrumes, ou souffrant de troubles rénaux ou biliaires…

Autre recette (et probablement la meilleure)

Prenez un verre d’eau avec une cuillère à café de bicarbonate de soude quand vous souffrez de brûlures d’estomac, le bicarbonate grâce à son pouvoir alcalinisant apaise les brûlures.


Plus de vie pratique…

TREBEN : Elixir suédois (Herbes du Suédois)

ISBN 3850687953

TREBEN Maria, La santé à la pharmacie du bon dieu (Steyr, Wilhelm Ennsthaler, 1980)

Lors de la parution de son premier livre, Maria TREBEN laissait derrière elle une vie bien remplie, non dépourvue de vicissitudes mais néanmoins heureuse. Elle s’était montrée très sceptique quant à l’intérêt qu’allaient susciter ses conseils et son expérience concernant les plantes médicinales puisque les librairies regorgeaient de livres sur les plantes, l’un plus beau que l’autre. Cependant, il en fut tout autrement. Son livre La santé à la pharmacie du bon Dieu dont les ventes étaient de plus en plus prometteuses, accéda très rapidement à la première place sur les listes des meilleures ventes. Un quotidien allemand de renom déclara même que le premier livre de Maria Treben était le best seller du siècle. A l’heure actuelle, plus de 12 millions d’exemplaires de ses livres ont été vendus et sont traduits dans plus de 20 langues. Ils ont propulsé leur auteur au rang de spécialiste mondiale des plantes médicinales et Maria Treben à été obligée d’échanger une retraite tranquille contre une vie active faite de rendez-vous. Cette contrainte n’a été possible que grâce à sa vitalité et son hygiène de vie. Elle a accepté ce sacrifice de manière désintéressée pour apporter aux gens un savoir qui était menacé de disparition. […] Maria Treben est née à Saaz, en Autriche…” [extrait de la présentation de l’éditeur Ennsthaler]


L’Elixir suédois (les Herbes du Suédois)

Ingrédients :

  • 10 g de poudre d’Aloès*
  • 5 g de Myrrhe
  • 0,2 g de Safran
  • 10 g de feuilles de Séné
  • 10 g de Camphre**
  • 10 g de racine de Rhubarbe
  • 10 g de racine de Zédoaire
  • 10 g de Manna
  • 10 g de Thériaque Vénitienne
  • 5 g de racine de Carlinae
  • 10 g de racine d’Angélique

Les composants ci-dessus sont mis dans un flacon de 2 litres, à large col, fermant bien. Y verser 1,5 litre d’alcool à 38-40° ou de bon alcool de fruits et laisser macérer pendant 15 jours au soleil ou près d’un poêle (200 environ). Agiter le flacon tous les jours ainsi qu’ultérieurement, avant chaque prélèvement ou usage. Au bout de 15 jours on peut commencer à prélever de la liqueur dans une petite fiole fermant bien et qu’on conservera au réfrigérateur. L’alcool et les plantes peuvent rester ensemble indéfiniment. Plus vieille est la liqueur, meilleure elle est.

* On peut remplacer l’aloès par de la poudre d’absinthe.
** Le camphre doit être du camphre naturel et uniquement d’origine chinoise.


Extraits…

“Cette recette du célèbre médecin suédois, le Dr. Samst, Recteur de l’Académie de Médecine, a été trouvée, écrite de sa propre main, après sa mort. Le Dr. Samst mourut à 104 ans d’une chute de cheval. Ses parents et grands-parents avaient atteint eux aussi un âge canonique. Bien que cela semble une fable, ce qui va suivre s’est passé véritablement ainsi : j’étais une jeune femme, quand j’arrivai gravement malade, près de Lembach im Möhlviertel. La guerre nous avait chassés du territoire des Sudètes et dans un camp de réfugiés, en Bavière, j’étais tombée malade. J’avais attrapé le typhus et une intoxication par la viande (botulisme) qui évoluèrent en une jaunisse et une occlusion intestinale. Je restai plus de 6 mois à l’hôpital. Quand mon mari nous fit venir en Autriche ma mère, ma belle-mère, notre enfant et moi, j’étais si faible que mes jambes flageolaient. La nuit j’avais des douleurs qui me perçaient le ventre comme une épée. En même temps se déclenchaient des vomissements et des diarrhées spasmodiques. Je n’étais plus qu’un paquet de souffrance. Le médecin reconnut là, des douleurs, séquelles du typhus, qui souvent se maintiennent pendant de longues années. Un jour, une femme que je ne connaissais pas, m’apporta une fiole remplie d’un liquide très odorant. Elle avait appris ma maladie et voulait m’aider. Avec le flacon elle avait apporté la copie d’un manuscrit antique où, en 46 points, il était dit comment ces herbes guérissaient chaque maladie. Ces Herbes du Suédois l’avaient guérie elle aussi d’une grave maladie. Cette recette venait de l’héritage d’un médecin suédois renommé. Tous les membres de la famille avaient atteint un âge inhabituellement avancé. Les gouttes de Liqueur du Suédois guérissent, d’après le point numéro 43 : les ulcères et les bubons pesteux, même lorsqu’ils sont dans la gorge. Je rangeai la fiole dans la pharmacie familiale. Je ne croyais vraiment pas que ces gouttes toutes simples me rendraient la santé. J’ai rapidement changé d’avis. J’étais assise devant une immense corbeille de poires mûres, dont il fallait s’occuper rapidement quand une nouvelle crise se déclencha. Après que l’on m’eut confirmé que ces gouttes n’avaient pas seulement un usage interne, mais qu’on pouvait aussi les utiliser en usage externe, je ne tergiversai pas longtemps. J’humectai un tampon de coton sur lequel je mis un morceau de Nylon et glissai cet emplâtre sous mon porte-jarretelles et me remis à mon travail. Une impression merveilleuse envahi mon corps et j’eus la sensation d’être délivrée, comme si quelqu’un m’avait enlevé, en un tour de main, toute la maladie de mon corps. Je vous garantis que toutes les souffrances de ces derniers mois ont été comme effacées par ce simple emplâtre, que j’ai gardé toute une journée sous mon porte-jarretelles. La maladie a été balayée, je n’ai plus jamais eu de nouvelle crise. Mon fils qui avait 6 ans fut attaqué par un chien-loup et affreusement mordu au visage. Des cicatrices rouge sombre, boursouflées, s’étendaient du nez vers la bouche. Il apparait, au n° 33 du manuscrit antique, que “Toutes les cicatrices, blessures et coupures, même si elles sont anciennes, disparaissent si on les badigeonne 40 fois avec la liqueur”. Aussi, chaque soir, avant de le mettre au lit, j’ai tamponné les cicatrices de mon fils. Elles se sont effacées rapidement, même celles qui affectaient profondément le nez.

Maria TREBEN (1907-1991)

J’enregistre cette expérience et, en 1953, je m’installai ä Grieskirchen. Je visitai un jour une exploitation agricole et je rencontrai la jeune fermière, mère de 2 enfants, dans l’étable en train de traire. En guise de bonjour, elle me dit “Fais-moi ce que tu veux, je suis à bout, je me laisse faire.” Elle avait depuis des semaines, des maux de tête insupportables et, comme le médecin redoutait une tumeur cérébrale, elle devait aller ä Linz se faire radiographier. Le même jour, j’envoyai mon fils lui porter une fiole de Liqueur du Suédois afin qu’elle puisse se faire un emplâtre et passer la nuit sans maux de tête. Quelle ne fut pas ma surprise, quand, le lendemain matin, le fermier frappa à sept heures à ma porte : « Qu’as-tu donné à ma femme ? Deux minutes à peine après la pose de l’emplâtre, les douleurs se sont évaporées. Ce matin, elle a rejeté deux morceaux gros comme le doigt d’une matière, rouge brun, qui lui étaient descendus du nez dans la gorge. » C’était une infection des sinus, négligée depuis longtemps, et qu’une seule application avait guérie. Aujourd’hui encore, la fermière ne jure que par la Liqueur du Suédois. Il y a quelques années, elle a soigné sa fille avec des enveloppements, et l’a guérie d’une grave inflammation pulmonaire. La Liqueur du Suédois ne manque jamais dans sa pharmacie. Une femme souffrait depuis des mois d’une très douloureuse suppuration des sinus. Sa respiration par les narines était devenue impossible. Parallèlement s’étaient développées des douleurs intolérables. De puissants antibiotiques et des séances de radiothérapie n’amélioraient pas son État. Dès la première application, une amélioration se manifesta. A partir de la troisième, dans la nuit, les voies respiratoires étaient libérées et de gros morceaux de pus furent évacués par les narines. Je connaissais de vue une femme, qui, après la naissance de son sixième enfant, n’était plus que l’ombre d’elle-même. Un jour, je lui parlai et j’appris que, pour le moment, elle ne pouvait plus rien manger. Elle avait été obligée de mettre ses enfants en nourrice. Je lui conseillai de la Liqueur du Suédois. Environ trois semaines après, je la rencontrai resplendissante de santé. Les gouttes avaient fait merveille. Elle pouvait se nourrir normalement et avait repris ses enfants à la maison. « C’est comme si une bête avait soudainement été chassée de mon corps », me dit-elle, et ajouta que sa mère avait un pied terriblement enflé qui avait nécessité son hospitalisation. Elle ne pouvait plus se déplacer qu’avec une canne. Soixante-quinze piqûres n’avaient pas apporté de quelconque amélioration. Elle avait envoyé à sa mère la copie du vieux manuscrit et lui avait conseillé de faire usage des Herbe du Suédois. L’effet avait été très rapide, le pied Était revenu à son État normal et la canne superflue. Un jour, je reçu d’Allemagne, une lettre d’une de mes connaissances qui me priait de m’occuper de sa nièce, qui Était, présentement, en cure à Gallspach. Quand la jeune femme vint me voir ä Grieskirchen pour la première fois, je fus bouleversée. On la sortit de la voiture, puis on lui glissa deux béquilles sous les aisselles ; le corps estropié eut besoin, malgré l’aide, de plus d’un quart d’heure pour se trainer jusqu’à mon premier Étage. Les articulations des deux pieds étaient déformées, les doigts et les mains crispés et incapables de tenir quoi que ce soit. Pendant la marche, les pieds étaient traînés et le corps brusquement rejeté en avant. Je restai stupéfaite devant ma porte, les deux mains croisées sur la poitrine et ne pus énoncer que cette question: « Qu’est-ce qui vous a donc mise dans cet État, ma pauvre jeune femme? » « Cela m’est arrivé en une nuit, après la naissance de mon quatrième enfant », me dit-elle. Subitement, en une nuit, cette jolie femme n’était plus qu’une invalide clouée au lit. En Allemagne, elle avait été renvoyée de médecin en médecin, aucun n’avait pu améliorer son État. Pendant 4 années consécutives, elle était venue deux fois l’an, faire une cure dans la clinique du Dr. Zeileis à Gallspach, qui lui avait dit qu’il ne pouvait que la soulager, pas la guérir. C’était un spectacle poignant que de voir ses pauvres mains retournées qui portaient maladroitement sa tasse de café à ses lèvres. Je lui conseillai les Herbes du Suédois qu’à cette époque on trouvait dans les pharmacies allemandes, sous le nom de Crancampo. Aujourd’hui bien des pharmacies préparent les Herbes du Suédois selon la recette originale. Ce conseil ne donna à la jeune femme qu’un très faible espoir. C’était en février 1964. En septembre de la même année, je reçu un coup de téléphone de Gallspach, par lequel elle annonçait sa visite ä Grieskirchen et, me priait de venir la chercher à l’arrivée du car. Je fus stupéfaite et restai sans voix, quand je vis descendre du véhicule une jeune femme souriante qui avait seulement besoin d’une canne pour se soutenir. Les crispations et déformations des mains avaient disparu, ainsi que la plupart de celles des jambes. Seule subsistait une certaine enflure au genou et à la cheville gauche. Une année après, le 3 août 1965, tout était en ordre. Elle faisait sa dernière cure à Gallspach, sans canne et pleine de la joie de la santé retrouvée. Les reins avaient souffert pendant son quatrième accouchement et avaient déclenché ces effrayantes déformations. Tous les jours, trois fois elle avait dilué une cuillerée à soupe de Liqueur du Suédois dans un peu d’eau tiède qu’elle avait bue lentement, par moitié, avant et après chacun de ses repas, par gorgées. Quoique préparée avec de l’alcool, ses reins avaient bien supporté la préparation.

Il faut que je vous rapporte encore un cas vous montrant les incroyables résultats qui sont obtenus avec les Herbes du Suédois.

Ma sœur qui vit en Allemagne, me parla d’une de ses relations de Leipzig, qui souffrait depuis 15 ans dans une chaise roulante. Cette femme vécut pendant les années de guerre à Prague et, comme des milliers d’autres allemands, avait été obligée d’aller vivre dans la cave, où elle resta des semaines entières, sans paille, ni quoi que ce soit pour se coucher dessus. Ultérieurement, elle put partir pour Leipzig avec son mari. Peu de temps après, de graves déformations des articulations apparurent. Et puis sa vie se passa dans une chaise roulante. J’appris cela, seulement quand son mari mourut brusquement et la laissa seule à son triste sort. La paralysée dut quitter son appartement et fut relogée dans une chambre meublée. Il est interdit d’envoyer d’Autriche en R.D.A., des plantes ou autres produits médicaux. Je devais donc faire passer les Herbes du Suédois par une localité frontalière bavaroise, d’où elles étaient réexpédiées à Leipzig et, cela tous les deux mois. Bientôt je reçu des lettres teintées d’espoir. La malade prenait, trois fois par jour, une cuillerée à soupe de la Liqueur du Suédois, diluée dans de l’eau et ce, par moitié, avant et après chacun de ses repas. Les déformations régressaient lentement et les articulations perdaient de la raideur. […] Neuf mois après, l’amélioration était telle, qu’après 15 ans de chaise roulante, elle put sortir de son logement pour la première fois. Les progrès continuèrent et bientôt elle put nettoyer ses vitres et aussi accomplir d’autres tâches quotidiennes, que, jusqu’alors, des âmes compatissantes avaient effectuées pour elle. […]

Nous étions au lac d’Offen et nous nous servions d’un tronc d’arbre équarri pour nous asseoir au bord de l’eau. Un jour, nous trouvâmes le tronc appuyé contre la clôture de la pâture voisine. Tout à côté j’avais posé mon sac de plage. Avant de rentrer à l’hôtel, j’étais courbée sur le sac, en train de le mettre en ordre. Soudain, je fus comme foudroyée. La lourde pièce de bois m’était tombée directement sur la jambe. Au niveau du genou, j’avais une plaque bleu-rouge foncé et deux bosses de la grosseur du poing. On me porta dans la voiture et on me monta dans notre chambre. Mon mari voulut aller chercher un médecin ä Ebensee, mais je lui demandai de me faire un enveloppement avec de la Liqueur du Suédois. Environ 1/2 heure après, je pus descendre seule l’escalier pour aller à la salle à manger. Le lendemain, la jambe avait repris son aspect normal. Pas une ecchymose n’était visible et les deux grosses bosses avaient disparu… »


D’autres recettes au quotidien…

MILOSZ : Et surtout que… (1906)

Oscar Vladislas de Lubicz-MILOSZ (1877-1939)

— Et surtout que Demain n’apprenne pas où je suis —
Les bois, les bois sont pleins de baies noires —
Ta voix est comme un son de lune dans le vieux puits
Où l’écho, l’écho de juin vient boire.

Et que nul ne prononce mon nom là-bas, en rêve,
Les temps, les temps sont bien accomplis —
Comme un tout petit arbre souffrant de prime sève
Est ta blancheur en robe sans pli.

Et que les ronces se referment derrière nous,
Car j’ai peur, car j’ai peur du retour.
Les grandes fleurs blanches caressent tes doux genoux
Et l’ombre, et l’ombre est pâle d’amour.

Et ne dis pas à l’eau de la forêt qui je suis ;
Mon nom, mon nom est tellement mort.
Tes yeux ont la couleur des jeunes pluies,
Des jeunes pluies sur l’étang qui dort.

Et ne raconte rien au vent du vieux cimetière.
Il pourrait m’ordonner de le suivre.
Ta chevelure sent l’été, la lune et la terre.
Il faut vivre, vivre, rien que vivre…

MILOSZ Oscar, Les sept solitudes (1906)

Qui est Oscar Milosz ?

“Venu de sa lointaine Lituanie, il arrive à Paris en 1889. Il choisira le français comme langue d’écriture et la France comme seconde patrie, contrairement à son cousin Czeslaw Milosz (Prix Nobel de littérature en 1980) qui gardera sa langue maternelle, le polonais.

Poète, dramaturge, romancier, Oscar MILOSZ devient, en 1919, le premier représentant diplomatique de son pays la Lituanie, ressuscitée entre les deux guerres. Parallèlement à ses activités politiques, il continue à écrire poésie et essais métaphysiques. Lui qui fut élevé, comme il l’écrira, “dans la libre pensée la plus brutale”, connaît une expérience spirituelle qui orientera désormais sa vie et son œuvre. L’exil, la nostalgie de l’enfance, la recherche d’un absolu, d’une vérité qui donne sens à la vie des hommes, sont les thèmes qu’il ne cessera plus de travailler (…)

En 1939, il meurt à Fontainebleau où il venait de se retirer, non loin du grand parc où depuis des années il apprivoisait les oiseaux.”

Découvrir le poète sur le site AMISDEMILOSZ.COM

Savoir en citer d’autres…

SENNETT : textes

[EAN13 : 9782226253705]

Dans SENNETT Richard, Ensemble, pour une éthique de la coopération (Paris, Albin Michel, 2014, pour la traduction française), l’auteur planche richement sur le tribalisme et la différence…

Le tribalisme associe solidarité avec ses semblables et agression contre ceux qui sont différents. C’est une pulsion naturelle, puisque la plupart des animaux sociaux sont tribaux ; ils chassent en meute, arpentent des territoires à défendre ; la tribu est nécessaire à leur survie. Dans les sociétés humaines, cependant, le tribalisme peut se révéler contre-productif. Les sociétés complexes comme la nôtre ont besoin de travailleurs qui passent les frontières, réunissent des ethnies, des races et des religions diverses, et engendrent des formes de vie familiale et sexuelles différentes. Imposer un seul et même moule culturel à toute cette complexité serait politiquement répressif et reviendrait à se raconter des mensonges. Le “soi” est un  composé de sentiments, d’affiliations et de comportements qui s’ajustent rarement les uns aux autres ; tout appel à l’unité tribale réduira cette complexité personnelle.

Aristote fut peut-être le premier philosophe occidental à s’inquiéter de l’unité répressive. Il concevait la cité comme un ‘sunoi kismos’, un rassemblement de gens issus de diverses tribus familiales – chaque ‘oikos’ ayant son histoire, ses allégeances, ses biens et dieux familiaux. Pour les besoins du commerce et du soutien mutuel au cours de la guerre, ‘la cité est composée non seulement d’une pluralité d’individus, mais encore d’éléments spécifiquement distincts : une cité n’est pas formée de parties semblables’ ; la cité oblige donc les gens à penser aux autres et à traiter avec des personnes qui ont des loyautés différentes. De toute évidence, l’agression mutuelle ne saurait assurer la cohésion d’une ville, mais Aristote est plus subtil dans l’énoncé de son précepte. Le tribalisme, explique-t-il, suppose que l’on croie savoir à quoi ressemblent les autres sans les connaître ; faute d’expérience directe des autres, on se rabat sur de redoutables fantasmes. En version moderne, cela donne l’idée de stéréotype.

Et sur la conversation : sera-t-elle dialectique ou dialogique… ?

Il existe une analogie entre la répétition musicale et la conversation verbale, mais elle cache une énigme. La conversation entre musiciens consiste largement en mouvements de sourcils, grognements, coups d’œil et autres gestes non verbaux. Là encore, quand les musiciens veulent expliquer quelque chose, ils montrent plus souvent qu’ils ne disent : ils jouent tel ou tel passage, laissant les autres interpréter ce qu’ils font. J’aurais du mal à expliquer verbalement ce que j”entends quand je dis “peut-être plus espressivo”. Dans une conversation, au contraire, il nous faut trouver les mots.
La répétition musicale ressemble pourtant aux discussions où la capacité d’écoute des autres devient aussi importante que de savoir s’exprimer clairement. Le philosophe Bernard Williams fustige le “fétichisme de l’assertion”, l’inclinaison à enfoncer le clou comme si rien d’autre ne comptait. L’écoute ne  figure pas en bonne place dans ce genre de joute verbale ; l’interlocuteur est censé admirer et acquiescer, ou contrer sur un ton tout aussi assertorique -le dialogue de sourds bien connu dans la plupart des débats politiques.
Et même si un orateur s’exprime maladroitement, le bon auditeur ne saurait s’appesantir sur cette insuffisance. Il doit répondre à l’intention, à la suggestion, pour que la conversation suive son cours.
Ecouter soigneusement engendre deux sortes de conversations : dialectique et dialogique. Dans la dialectique, ainsi qu’on l’apprend à l’école, le jeu verbal des opposés doit progressivement conduire à une synthèse ; la dialectique commence dans ce passage de la Politique où Aristote observe que, même si nous utilisons les mêmes mots, nous ne pouvons dire que nous parlons des mêmes choses ; l’objectif est d’arriver en fin de compte à une intelligence commune. Tout l’enjeu de la dialectique est de savoir détecter ce qui pourrait établir un terrain d’entente.
Dans un petit livre judicieux sur la conversation, Theodore Zeldin écrit à ce propos que le bon auditeur détecte le terrain d’entente davantage dans ce qu’une autre personne suppose que dans ce qu’elle dit. L’auditeur élabore ce qui est supposé en le verbalisant. On saisit l’intention, le contexte, on le rend explicite et on en parle. Une autre espèce de compétence apparaît dans les dialogues platoniciens, où Socrate se révèle excellent auditeur en reformulant “en d’autres mots” ce que déclarent les participants à la discussion -or, la reformulation n’est pas exactement ce qu’ils ont vraiment dit ni, en fait, voulu dire. L’écho est en réalité un déplacement. C’est pourquoi la dialectique dans les dialogues platoniciens ne ressemble pas à une discussion, à un duel verbal. L’antithèse d’une thèse n’est  pas “Bougre de crétin, tu as tort”. Il y a inévitablement des malentendus et des désaccords, des doutes qui sont mis sur la table ; les interlocuteurs doivent alors s’écouter plus attentivement.
Il se passe quelque chose de voisin dans la répétition d’un morceau de musique quand un musicien observe : “Je ne pige pas ce que tu fais, c’est comme ça ?” La reformulation vous amène à réfléchir à nouveau au son et, le cas échéant, à procéder à un ajustement, sans copier pour autant ce que vous avez entendu. Dans la conversation quotidienne, c’est le sens de l’expression courante “lancer une idée” ; où ces balles verbales peuvent tomber peut être une surprise pour tout le monde.
Le mot “dialogique” est une invention du critique littéraire russe Mikhaïl Bakhtine pour désigner une discussion qui n’aboutit pas à la découverte d’un terrain d’entente. Bien qu’on ne puisse trouver d’accords partagés, l’échange peut permettre aux gens de prendre conscience de leurs vues et d’approfondir leur compréhension mutuelle. “Professeur, votre note supérieure sonne dur” inaugura un échange dialogique dans la répétition de l’Octuor de Schubert. Bakhtine appliqua le concept d’échange tricoté mais divergent à des auteurs comme Rabelais et Cervantes, dont les dialogues sont l’exact contraire de l’accord convergent de la dialectique. Les personnages de Rabelais partent dans des directions apparemment hors sujet que les autres saisissent au passage ; dès lors, la conversation s’épaissit, les personnages s’éperonnant mutuellement. Il arrive que les grandes interprétations de musique de chambre rendent  quelque chose de proche. Les musiciens n’ont pas l’air tout a fait sur la même page, le morceau  joué a plus de texture, plus de complexité, mais les instrumentistes s’incitent  mutuellement : c’est aussi vrai en musique classique que dans le jazz.
Bien entendu, la différence entre dialectique et conversation dialogique n’est pas du type ou bien / ou bien.  Comme dans la version de la conversation dialectique chère à Zeldin, le mouvement en avant de la conversation dialogique vient de ce que l’on prête attention à ce qu’une autre personne laisse entendre mais ne dit pas ; comme dans l’astucieux “en d’autres termes” de Socrate, dans une conversation dialogique les malentendus peuvent en fin de compte éclairer la compréhension mutuelle. Au cœur de toutes les compétences d’écoute, il y a la saisie de détails concrets, de spécificités, pour que la conversation aille de l’avant.
Ceux qui écoutent mal se rabattent sur des généralités quand ils répondent ; ils ne prêtent pas attention à ces petites phrases, aux mimiques ou aux silences qui ouvrent une discussion. Dans la conversation verbale, comme dans la répétition d’un morceau de musique, l’échange commence à la base, il est d’essence.
Les anthropologues et sociologues sans expérience doivent relever un défi particulier quand ils mènent les discussions. Ils sont parfois trop prompts à réagir, à aller où leurs sujets les conduisent ; ils ne discutent pas, ils veulent montrer qu’ils sont réactifs, sensibles. Se cache ici un problème de taille. Un excès d’identification avec l’autre est de nature à ruiner une conversation dialogique.

D’autres textes à citer…

ATWOOD : textes

[ISBN : 2-221-20332-1]

Margaret Eleanor « Peggy » ATWOOD est née le 18 novembre 1939 à Ottawa, Ontario (CA). Femme d’engagement, elle est non seulement une romancière canadienne majeure mais également une poétesse et critique littéraire respectée. The Handmaid’s Tale (La servante écarlate, Pavillons, 1987, pour l’édition française) est un roman dystopique (c’est à dire, racontant une utopie négative) paru en 1985. De longues années après une adaptation peu exaltante de Volker Schlöndorff (1990), le roman a servi de base à une série américaine du même nom, commencée en 2017 (bande-annonce).

Quand elle [la mère de la narratrice] disait cela, elle pointait le menton en avant. Je me souviens d’elle ainsi, le menton en avant, un verre posé devant elle sur la table de la cuisine ; non pas jeune et décidée, comme elle l’était dans le film, mais sèche, irascible, le genre de vieille femme qui ne laisse personne lui carotter sa place dans la file d’attente au supermarché. Elle aimait venir chez moi et prendre un verre pendant que Luke et moi préparions le dîner, et nous dire ce qui n’allait pas dans sa vie, qui glissait invariablement vers ce qui n’allait pas dans la nôtre. Elle avait alors les cheveux gris, bien sûr. Elle refusait de les teindre. Pourquoi faire semblant ? disait-elle. De toute façon, à quoi bon, je ne veux pas d’un homme chez moi, à quoi servent-ils en dehors des dix secondes qu’il faut pour faire la moitié d’un bébé ? Un homme, c’est juste une stratégie de femme pour fabriquer d’autres femmes. Ce n’est pas que ton père n’ait pas été un type gentil, et tout, mais il n’était pas fait pour la paternité. D’ailleurs je ne me faisais pas d’illusions là-dessus. Fais juste le boulot, et puis tu peux te tirer, j’ai dit, je gagne correctement ma vie, je peux payer la garderie. Alors il est parti sur la Côte, et il envoyait une carte à Noël. Il avait de beaux yeux bleus, pourtant ; mais il leur manque quelque chose, même aux gars bien. C’est comme s’ils étaient constamment distraits, comme s’ils n’arrivaient pas tout à fait à se rappeler qui ils sont. Ils regardent trop le ciel. Ils perdent le contact avec leurs pieds. Ils n’arrivent pas à la cheville des femmes, sauf qu’ils savent mieux réparer les voitures et jouer au football, tout ce qu’il nous faut pour améliorer la race humaine, pas vrai ?

ATWOOD M., La servante écarlate (Paris, Pavillons, 1987)

En savoir plus sur ce que TELERAMA.FR dit de Margaret ATWOOD, “une romancière extra-lucide” 

Plus de citations…

MULS : sans titre (2014)

MULS Isa (née en 1976) : sans titre (aquatinte, Artothèque de la Province de Liège, BE)​

Pour visiter le blogue de l’artiste : isa muls : juillet 2014


Egalement à l’Artothèque de la Province de Liège (BE) :