PIKETTY : Trump, Macron, même combat…

Emmanuel Macron et Donald Trump en 2018 © L’Express

[12 décembre 2017 : extraits] “On a coutume d’opposer Trump et Macron : d’un côté le vulgaire businessman américain, aux tweets xénophobes et climato-sceptiques ; de l’autre l’esprit européen éclairé, soucieux de dialogue des cultures et de développement durable. Tout cela n’est pas entièrement faux, et de surcroît bien agréable pour nos oreilles françaises. Mais si l’on regarde de plus près les politiques menées, on est frappé par les similitudes.

En particulier, Trump comme Macron viennent de faire adopter des réformes fiscales extrêmement proches, et qui dans les deux cas constituent une incroyable fuite en avant dans le mouvement de dumping fiscal en faveur des plus riches et des plus mobiles. […]

Pour la première fois depuis l’Ancien Régime, on décide ainsi d’instituer dans les deux pays un régime fiscal explicitement dérogatoire pour les catégories de revenus et de patrimoines détenues par les groupes sociaux les plus favorisés. Avec à chaque fois un argument supposé imparable : la masse des contribuables captifs et immobiles n’a d’autre choix que de bien traiter les plus riches, faute de quoi ces derniers auront tôt fait de quitter le territoire et de ne plus les faire bénéficier de leurs bienfaits (emplois, investissements, et autres idées géniales inaccessibles au commun). « Job creators » pour Trump, « premiers de cordée » pour Macron : les mots varient pour désigner ces nouveaux bienfaiteurs que les masses doivent chérir, mais le fond est le même.

Trump comme Macron sont sans doute sincères. Il n’en reste pas moins qu’ils témoignent tous deux d’une profonde incompréhension des défis inégalitaires posés par la mondialisation. Ils refusent de prendre en compte des faits qui sont pourtant aujourd’hui bien documentés, à savoir que les groupes qu’ils favorisent sont déjà ceux qui ont accaparé une part démesurée de la croissance des dernières décennies. En niant cette réalité, ils nous font courir trois risques majeurs. Au sein des pays riches, le sentiment d’abandon des classes populaires nourrit une attitude de rejet vis-à-vis de la mondialisation, et de l’immigration en particulier. Trump s’en sort en flattant la xénophobie de ses électeurs, alors que Macron espère se maintenir au pouvoir en misant sur l’attachement majoritaire de l’opinion française à la tolérance et l’ouverture, et en rejetant ses opposants dans l’anti-mondialisme. Mais en réalité cette évolution est lourde de menaces pour l’avenir, en Ohio et en Louisiane comme en France ou en Suède.

Ensuite, le refus de s’attaquer aux inégalités complique considérablement la résolution du défi climatique. Comme l’a bien montré Lucas Chancel (Insoutenables inégalités, Les petits matins, 2017), les ajustements considérables des modes de vie exigés par le réchauffement ne pourront être acceptés que si l’on garantit une répartition équitable des efforts. Si les plus riches continuent de polluer la planète avec leurs 4×4 et leurs yachts immatriculés à Malte (exemptés de tout impôt, y compris de TVA, comme les Paradise papers viennent de le démontrer), alors pourquoi les plus pauvres accepteraient-ils la hausse par ailleurs nécessaire de la taxe carbone?

Enfin, le refus de corriger les tendances inégalitaires de la mondialisation a des conséquences extrêmement néfastes sur notre capacité à réduire la pauvreté mondiale. Les prévisions inédites qui seront publiées le 14 décembre dans le Rapport sur les inégalités mondiales sont claires : suivant les politiques et les trajectoires inégalitaires choisies, les conditions de vie de la moitié la plus défavorisée de la planète suivront des évolutions totalement différentes d’ici à 2050.

Terminons sur une note optimiste : sur le papier, Macron défend une approche des coopérations internationales et européennes qui est évidemment plus prometteuse que l’unilatéralisme de Trump. La question est de savoir quand nous sortirons de la théorie et de l’hypocrisie. Le traité Ceta conclu entre l’UE et la Canada quelques mois après l’accord de Paris ne contient par exemple aucune mesure contraignante sur le climat et la justice fiscale.

Quant aux prétendues propositions françaises de réforme de l’Europe, qui font frémir de fierté nos oreilles hexagonales, la vérité est qu’elles sont totalement floues : on ne sait toujours pas quel sera la composition du Parlement de la zone euro ni quels seront ses pouvoirs (de menus détails, sans doute). Le risque est grand que tout cela débouche sur du vide. Pour éviter que le rêve macronien ne débouche sur le cauchemar trumpiste, il est temps d’abandonner les petites satisfactions nationalistes et de se pencher sur les faits…”

Lire l’intégralité de l’article de Thomas PIKETTY sur son blog  [LEMONDE.FR]


Plus de contrats sociaux…

HORVILLEUR : La laïcité est devenue synonyme d’athéisme. Mais ça ne l’a jamais été…

Delphine HORVILLEUR en 2020

Le jour où j’ai appris la mort de Samuel Paty, l’assassinat d’un enseignant parce qu’il avait « osé » pour enseigner la liberté d’expression, montrer à ses élèves des caricatures de Mahomet, j’ai posté sur les réseaux sociaux une caricature. J’ai choisi parmi tant d’autres une vieille couverture de Charlie. On y voit trois rouleaux de papier toilette, qui déroulent l’enseignement des trois monothéismes, avec pour titre grossier “Aux chiottes toutes les religions !”. Si la plupart des gens ont compris ce que je cherchais à exprimer par la reproduction de ce dessin de Cabu, la réaction de certains m’a invitée à réfléchir.

Entre les messages d’athées militants qui me congratulaient : “Bravo ! Quel courage pour un rabbin d’admettre enfin la vérité !” et ceux de croyants offusqués qui me disaient : “Eh ben bravo ! Quelle honte pour un rabbin de cracher ainsi sur toutes les religions !“, la confusion était finalement la même : les uns et les autres pensaient que j’étais ce que je postais

Ravis ou choqués, tous avaient lu ce post au premier degré. Aucun d’eux, cinq ans après janvier 2015, ne percevait apparemment la différence entre le message littéral d’une caricature (auquel on peut individuellement adhérer ou pas) et le devoir collectif de lutter pour son absolue légitimité dans l’espace public, quelle que soit notre croyance.

Alors voilà comment, en 2020, nous devons encore le dire : une société libre garantit à chacun la possibilité de penser, de rire, et de poster contre soi. Cela implique d’accepter pour réfléchir de s’offusquer et de se faire violence. Tout débat qui nous élève fait violence à nos idées, précisément pour ne pas faire violence à des hommes. La différence est assez simple. Elle passe par la distance critique et par l’auto-dérision. Et peu importe en quoi on croit, elle dit toujours en substance : “Aux chiottes le premier degré !“.

Delphine Horvilleur sur son site : TENOUA.ORG


Elle est à la fois l’une des rares femmes rabbins de France, une ardente défenseure de la laïcité et une intellectuelle engagée dans le dialogue avec le monde musulman. Entretien avec l’auteure de Comprendre le monde, au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty.

Madame Figaro. – Dans une tribune publiée hier sur votre site Tenou’a, vous défendez, au nom de la liberté d’expression, l’idée de penser contre soi. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Delphine Horvilleur. – Ce post est né après que j’ai publié une caricature de Charlie Hebdo pour réagir à l’assassinat de Samuel Paty. Il s’agit d’une vieille couverture sur laquelle on voit les trois religions (catholique, musulmane et juive, NDLR) inscrites sur du papier toilette déroulé, et titrée «Aux chiottes toutes les religions !». J’ai volontairement choisi cette caricature où il était question d’une critique des trois religions, parce que je crois qu’on est dans un moment où les leaders religieux doivent être capables d’incarner une auto-critique. Et j’ai été très étonnée de voir que beaucoup de gens l’ont pris au premier degré. Quand certains, athées convaincus, m’ont dit «vous avez enfin compris, les religions sont toutes à jeter», d’autres ont été choqués que, en tant que rabbin, j’attaque les religions. Ce qui m’a le plus troublée, c’est de m’apercevoir que beaucoup pensent qu’on est ce que l’on poste ; c’est de voir que beaucoup ne sont pas capables de faire preuve de deuxième degré à un moment où on devrait tous publier ces caricatures, pas pour dire qu’on est d’accord avec leur message littéral, ni d’ailleurs nécessairement avec leur message caché, mais pour dire à quel point on luttera, et on luttera jusqu’au bout, pour qu’elles aient le droit d’exister sur la place publique, et pour qu’elles continuent de raconter quelque chose de notre société et de notre histoire.

Dans votre post, vous affirmez qu’«une société libre passe par la distance critique et par l’autodérision». Cette autodérision et cette prise de distance dont vous parlez, qu’en a-t-on fait ?

Le propre des moments de crise est qu’on les vit comme des citadelles assiégées, sur un mode de défiance. On devient suspicieux à l’égard de tous ceux qui expriment des critiques, jusqu’à devenir nous-mêmes incapables d’autocritique. On voit bien ce qu’il s’est passé vis-à-vis de l’humour ces dernières années. On fait partie d’une génération où l’on pouvait regarder, ados, des sketches qu’on ne pourrait plus voir aujourd’hui. Pas parce qu’on a moins d’humour mais parce qu’on a pris conscience que dans un contexte de crise et de tension identitaires, on peut continuer à rire de tout, mais plus avec tout le monde. Et cela a un impact sur notre capacité de mise à distance des événements.

C’est-à-dire ?

Désormais, on hésite à rire, on ne sait plus de quoi on peut rire, qui va se vexer, qui va être offensé, offusqué. Caroline Fourest est très juste quand elle parle de cette génération offensée, on vit dans un monde dans lequel les gens ne tendent plus l’oreille qu’à l’offense qu’on leur impose, pas à la contradiction. Alors qu’il n’y a rien qui nous fasse plus grandir que d’être contredit, que de penser contre soi. C’est là où le symbole de l’assassinat d’un enseignant de la République est si fort et bouleversant pour tant d’entre nous. On sait au fond de nous que c’est ce que l’école nous promettait qu’elle allait nous apprendre : penser contre nous-même. On arrive enfant avec un bagage, culturel, identitaire, religieux, et l’école nous aide à l’interroger.

Il faudrait donc réapprivoiser, ou réaffirmer, cet esprit critique…

Il faut surtout s’assurer de ne pas y renoncer, et ce dans tous les domaines de nos vies. C’est très difficile à enseigner. À l’école, cela passe avant tout par l’histoire, cette matière qu’enseignait justement Samuel Paty. Rien ne nous apprend mieux la théologie que l’histoire ; on ne peut tout simplement pas comprendre sa religion si on ne comprend pas par quoi et par qui elle a été influencée, et pourquoi elle est le produit des temps et des espaces qu’elle a traversés. Quand on sera capables de raconter nos histoires religieuses à travers les influences qu’elles ont subies, on aura un outil formidable pour lutter contre le fondamentalisme religieux. Parce que ce qui colle à la peau de tous les fondamentalistes quels qu’ils soient, c’est qu’ils sont tous allergiques à l’histoire. Ils sont tous chronophobes, détestent tous l’idée que leur religion a pu évoluer, qu’elle a pu être influencée par d’autres, parce que cela va à l’encontre de leur obsession pour la pureté, la pureté des corps, la pureté des femmes, la pureté des pratiques, la pureté de leur histoire. Si vous commencez à leur expliquer à quel point leur religion est emprunte d’influences extérieures et conditionnée par un contexte, alors vous avez avec vous un outil extrêmement puissant de destruction de leur discours.

Il y a eu les tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012, l’attentat de Charlie Hebdo en janvier 2015, celui du Bataclan en novembre, puis celui du 14 juillet 2016 à Nice, l’assassinat du père Hamel… Et aujourd’hui celui de Samuel Paty. Comme à chaque fois, on assiste à un sursaut d’humanisme. Et aujourd’hui, peut-être, à un tournant dans la prise de conscience ?

J’adorerais pouvoir vous dire oui. Le danger, c’est qu’il y ait une retombée d’émotions. La date de la rentrée scolaire, le 2 novembre prochain, est très critique pour notre société. Parce qu’un peu de temps aura passé, l’émotion sera retombée, et là on verra vraiment ce que l’on fait. Mettre tout sous le tapis et regarder ailleurs peut paraître impensable, et pourtant on sait qu’on l’a déjà fait en plein d’occasions. D’autant qu’on va être rattrapés par d’autres actualités, la question du reconfinement ou pas, le couvre-feu, la psychologie des enfants, la contamination des familles… Il va y avoir d’autres urgences et la vraie question, c’est comment on va être capable de s’astreindre à une forme de discipline d’enseignement qui se joue à l’école, certes, mais aussi dans la façon dont les parents vont parler à leurs enfants le jour de la rentrée, dans la manière qu’on aura tous de ne faire qu’un, et d’admettre qu’il y a des valeurs sur lesquelles on ne transigera pas.

Que faire de cette colère qui traverse la France depuis vendredi ?

La colère, c’est comme la peur. La peur peut susciter ou au contraire inhiber l’action. La colère, c’est pareil, elle peut vous enfermer un peu plus sur vous-même, avec un ressentiment qui débouchera toujours sur de la haine ; ou alors elle peut vous mener à l’action. Il faut que chacun d’entre nous, dans son domaine des possibles, se pose la question de quelle alliance il crée, de ce qu’il décide de faire ou de ne plus faire.

Que penser des réseaux sociaux, cet endroit où l’on est finalement au summum de la liberté d’expression, mais «où la haine s’étale aussi sans filtre» comme le dit Leïla Slimani ?

Sans aucun doute, les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur dans l’appauvrissement de la pensée, en nous invitant continuellement à simplifier nos messages, en ne tolérant plus quoi que ce soit qui serait implicite, en nous permettant de constituer des communautés autour de nous, des gens qui pensent comme nous, qui votent comme nous, qui lisent les mêmes livres, qui ont les mêmes références culturelles… En réalité, on a anéanti, ou on est en phase d’anéantissement, du débat possible entre nos cultures. L’autre problème, c’est que le jeunes s’informent sur les réseaux sociaux. Ils croient que quand c’est sur une chaîne YouTube c’est vrai. Un point crucial à travailler avec l’école, c’est de les faire se questionner sur leurs sources d’information. À une époque, on disait «d’où tu parles, toi ?» Et en fait, le «d’où tu parles», il est génial, parce que c’est exactement la question qu’il faut poser aux jeunes aujourd’hui : d’où tu parles ? D’où détiens-tu l’information qui te permet de dire ce que tu dis ?

Comment expliquer que la jeunesse, si libre au XXIe siècle, puisse tomber dans le panneau du fondamentalisme religieux ?

Refuser la complexité du monde, c’est toujours tentant. Il y a quelque chose de radical dans la simplification du débat, et la radicalité a toujours tenté la jeunesse, et c’est normal. Il y a d’ailleurs une responsabilité très forte des modèles de la jeunesse, les animateurs de télévision, les youtubeurs, les influenceurs, les sportifs… Qui n’apportent pas la subtilité, la complexité, l’humour fin, et, je le redis, l’esprit critique, dont les jeunes ont besoin. Il y a une expression qu’on a beaucoup entendue dans la jeunesse ces dernières années : «tu me manques de respect». C’est intéressant de réfléchir à ça. Qu’est-ce que c’est que de respecter quelqu’un ? C’est savoir le contredire, le plus souvent. Protéger à tout prix quelqu’un d’une autocritique, c’est, au contraire, lui manquer de respect. C’est considérer qu’il est trop infantile, ou sous-développé, pour être capable de faire face à un questionnement, à une interrogation de ses repères.

À travers votre discours, on comprend aussi qu’il y a cet enjeu de croire en la laïcité tout en étant croyant (religieusement)…

Beaucoup de gens ont l’impression qu’on est laïque ou religieux, qu’on est croyant ou pas croyant. C’est comme s’il fallait choisir entre la science et la religion, c’est absurde. Pour moi, la laïcité et l’attachement à une religion cohabitent parfaitement. Je reconnais à la laïcité la bénédiction de me permettre de vivre la religion telle que je la vis. Je me sens profondément attachée à la laïcité parce que pour moi, elle est un cadre qui permet qu’aucune conviction, aucune croyance et aucun dogme ne sature l’espace dans lequel je vis. La laïcité est une garantie d’oxygénation permanente parce qu’il y a toujours un espace autour de moi qui reste vide de ma croyance ou de celle de mon voisin. Pour beaucoup, et on en revient à l’appauvrissement de la pensée et du vocabulaire, la laïcité est devenue synonyme d’athéisme. Mais ça ne l’a jamais été.

Depuis l’attentat, on entend çà et là des gens dire : les hommages c’est bien, maintenant, il faut du courage. «Ça ne peut plus se passer dans le pacifisme», dit Elisabeth Badinter. Quel est votre sentiment sur ce point ?

Il n’est pas question aujourd’hui d’être pacifiste, ou de baisser les bras, ou de trouver un compromis avec des assassins. Il y a un combat à mener, et comme dans tous les combats, y compris dans les combats militaires, il faut penser les alliances. Il n’y aurait rien de pire que de se tromper d’ennemi, et de commencer à se déchirer entre gens qui sont d’accord sur le fond, mais peut-être pas nécessairement sur la forme que doit prendre ce combat. Aujourd’hui, l’enjeu est là, il est dans comment on fait pour trouver des alliances qui soient salutaires, tout en étant conscient, lucide, que oui, nous sommes en guerre.”

Lire l’interview originale (avec force pubs) de Marion GALY-RAMOUNOT sur LEFIGARO.FR (article du 22 octobre 2020)


Plus de laïcité ?

CLEESE : textes

Aux citoyens des États-Unis d’Amérique,

Etant donné votre incapacité à élire un président compétent et donc de vous gouverner, nous vous informons de la révocation de votre indépendance. Cette décision entre en vigueur aujourd’hui.
Sa Majesté la Reine Elisabeth II exerce son pouvoir monarchique sur tous les états, commonwealths et autres territoires, excepté l’Utah, qu’elle n’aime pas trop.
Votre nouveau Premier Ministre (Le Très Honorable Boris Johnson, Premier Ministre pour les 97,8% d’entre vous qui, jusqu’à présent, n’étaient pas au courant qu’il existait un monde au-delà de vos frontières) nommera un ministre de l’Amérique. Le Congrès et le Sénat seront dissous. Un questionnaire sera mis en circulation l’année prochaine pour déterminer si vous vous en serez rendus compte.
Afin de vous aider dans votre transition vers ce nouveau statut de colonie de la Monarchie Britannique, nous introduisons les règles suivantes, avec prise d’effet immédiat :
  1. Vérifiez le sens du mot “révocation” dans l’Oxford English Dictionnary. Consultez le mot “aluminium” dans le guide de prononciation. Vous serez étonnés de découvrir à quel point vous le prononcez mal. La lettre “U” sera réinstaurée dans les mots tels que “favour” et “neighbour”. Vous apprendrez également à épeler le mot “doughnut” sans omettre la moitié de ses lettres. De manière générale, vous serez priés d’élever votre vocabulaire vers un niveau acceptable. Vérifiez le sens du mot “vocabulaire”. L’utilisation de vos sempiternels 27 mots de vocabulaire entrecoupés de bruits de remplissage tels que “like” et “you know” est inacceptable et constitue une forme de commmunication inefficace. Vérifiez le sens du mot “entrecoupés”. Il n’y aura plus de bips dans le Jerry Springer Show. Si vous n’êtes pas assez grands pour tolérer la vulgarité, vous n’avez qu’à ne pas avoir de talkshows.
  2. L'”anglais d’Amérique” n’existe pas. Nous le ferons savoir à Microsoft pour vous. Le correcteur d’orthographe de Microsoft sera ajusté de sorte à intégrer la lettre “U”.
  3. Vous êtes priés d’apprendre à distinguer les accents anglais et australien. Ce n’est vraiment pas compliqué. Les accents anglais ne se limitent pas au cockney, à l’upper-class péteux ou au mancunien (Daphne dans Frasier). Les séries écossaises telles que Taggart seront désormais diffusées sans sous-titres. Vous êtes priés d’apprendre qu’il n’y a en Angleterre aucun endroit qui s’appelle “Devonshire”. Le comté en question s’appelle “Devon”. Si vous persistez à l’appeler Devonshire, tous les Etats américains deviendront également des “shires”. Exemples : Texasshire, Floridashire, Louisianashire.
  4. Vous êtes priés de réapprendre votre hymne national originel, God Save The Queen, et ce seulement dès lors que vous aurez accompli les devoirs listés en 1.
  5. Vous êtes priés de cesser de jouer au “football” américain. Il n’existe qu’une seule sorte de football. Ce que vous appelez le “football” américain est un jeu pour le moins médiocre. Les 2,1% d’entre vous qui sont au courant qu’il existe un monde au-delà de vos frontières auront probablement remarqué que personne d’autre ne joue au football américain en dehors de vous. Vous serez priés de jouer au vrai football. Pour commencer, il serait préférable que vous jouiez avec les filles. Les plus courageux seront autorisés à jouer au rugby de temps à autres (un sport similaire au football américain, mais dans lequel on ne s’arrête pas toutes les deux secondes pour faire une pause, et où les joueurs ne portent pas une armure en kevlar comme des petites fiottes). Vous êtes priés de cesser de jouer au baseball. Il n’est pas raisonnable d’organiser des événements appelés “World Series” pour un jeu que personne ne joue en dehors des Etats-Unis. En lieu et place du baseball, vous serez autorisés à jouer à un jeu de filles qui s’appelle “rounders” et qui s’apparente au baseball, mais sans les maillots prout-prout, les gants démesurés, les cartes à collectionner et les hot dogs.
  6. Vous ne serez plus autorisés à posséder ou à transporter sur vous des armes, ni aucun objet plus dangereux qu’un épluche-légumes. Puisque vous n’êtes pas dotés d’une sensibilité suffisante pour manipuler des objets potentiellement dangereux, le port de l’épluche-légume nécessitera un permis.
  7. Le 4 juillet ne sera plus un jour férié. Le 2 novembre sera votre nouveau jour de fête nationale. On l’appellera “Le jour de l’indécision”.
  8. Toutes les voitures américaines seront bannies. Elles sont absolument merdiques, c’est pour votre bien. Quand on vous montrera les voitures allemandes, vous comprendrez ce qu’on veut dire. Toutes les intersections seront remplacées par des ronds-points et vous serez priés de rouler à gauche. Vous vous plierez également au système métrique. Les ronds-points et le système métrique vous aideront à comprendre l’humour anglais.
  9. Apprenez à faire de vraies frites. Ces choses que vous appelez “french fries” ne sont pas de vraies frites. Les frites ne sont pas françaises, elles sont belges, même si 97,8% d’entre vous (y compris le type qui a découvert les frites pendant un séjour en Europe) ne sont pas au courant de l’existence de la Belgique. Les chips de pommes de terre s’appellent “crisps”. Les vraies frites sont épaisses et frites dans de la graisse animale. L’accompagnement traditionnel des frites est la bière, qui se doit d’être servie tiède et sans bulles.
  10. Cette chose froide et insipide que vous appelez “bière” est de la blonde. Seule la véritable ambrée anglaise mérite le nom de “bière”. Les substances connues jusqu’ici sous le nom de “Bière Américaine” seront à présent qualfiées de “Pisse de Mouche Quasi-Congelée”, à l’exception des produits de la firme Budweiser qui porteront le nom de “Pisse Insipide de Mouche Quasi-Congelée”. Ceci permettra à la vraie Budweiser (fabriquée depuis au moins 1000 ans dans la ville de Pilsen, en République Tchèque) d’être commercialisée sans risque de confusion.
  11. Le prix de l’essence (ou “gasoline”, comme vous dites) des anciens Etats-Unis sera harmonisé avec celui du Royaume-Uni (plus ou moins 6$ le gallon, faites-vous une raison).
  12. Apprenez à résoudre vos problèmes personnels sans armes, avocats ou thérapeutes. Le fait que vous ayez besoin de tant d’avocats et de thérapeutes prouve bien que vous n’êtes pas encore assez adultes pour être indépendants. Si vous n’êtes pas assez adultes pour faire la part des choses sans poursuivre quelqu’un en justice ou sans parler à votre thérapeute, c’est que vous n’êtes pas assez adultes pour manipuler une arme à feu.
  13. S’il vous plait, dites-nous qui a tué JFK. Ça nous rend dingues.
  14. Les huissiers de la Reine seront très bientôt à vos côtés pour récolter les impôts que vous devez au Royaume (de manière rétroactive, jusqu’en l’an 1776).
Merci de votre coopération,

Faut-il dire LiÈge ou LiÉge ?

Liège, rue Sur-la-Fontaine : marché ou marchè ?

[coupure de presse non identifiable, 29-30 juin 1996] “Il n’y a que 50 ans que le nom de Liège porte un accent grave. Vous, moi, tout le monde écrit le nom de Liège avec un accent grave sur le e central. Ce ne fut pas toujours le cas. En fait, il n’y a que 50 ans que Liège s’appelle Liège. Avant, Liège s’appelait Liége, avec un accent aigu. C’est même en ce mois de juin qu’il convient de fêter la nouvelle appellation. C’est en effet le 3 juin 1946 que le conseil communal liégeois a, très officiellement, décidé de changer l’accent de côté. Décision qui mettait un terme à une longue, très longue polémique.

Ne pas se plier au choix de Paris

Pour comprendre les choses, il faut même remonter jusqu’au 16ème siècle. Avant cela, il n’y avait tout simplement pas d’accent sur la lettre e. Au 16ème siècle apparaît l’accent aigu. Les mots se disaient et s’écrivaient alors misére, collége, reméde, etc. Peu à peu, la prononciation a changé et, à partir de 1740, quelques mots commencent à adopter l’accent grave : zèle, règle, père, par exemple.

Mais la très traditionnelle Académie française n’accepte cependant les changements d’accent qu’au compte-gouttes. La généralisation de l’accent grave sur les mots terminés en ege, par exemple, n’intervint que plus d’un siècle plus tard, en 1878.

Jean Haust par le peintre Daxhelet © Province de Liège

Mais chez nous, c’est connu, on ne fait jamais rien comme ailleurs. Alors même que l’accent passe partout de l’aigu au grave, les édiles liégeois décident, le 9 juillet 1880, d’opter pour l’orthographe officielle Liége, avec l’accent aigu. “Ce fut réglé sans débat, entre gens plus préoccupés de voirie publique que de vétilles grammaticales“, explique et dénonce le dialectologue Jean HAUST, qui voit surtout dans cette décision une volonté liégeoise “de ne pas se plier à ce qui venait de Paris“. Théodore GOBERT, lui, applaudit à l’époque. “Le é est conforme à la prononciation traditionnelle“, juge-t-il.

Le 3 juin 1946

Ensuite, pendant plusieurs dizaines d’années, la polémique va opposer les partisans de l’accent aigu (qui serait le reflet d’une tradition locale) à ceux de l’accent grave (indiquant le souci de s’aligner sur l’orthographe française). Parmi ces derniers, Jean Haust est sans doute le plus virulent. Il ne cesse de réclamer que Liége devienne Liège et s’adapte ainsi à l’orthographe française. “Il faut adopter une graphie conforme à l’évolution de la langue mondiale que nous avons l ‘honneur de parler, graphie adoptée par la France et par tous ceux qui se réclament de la langue française“, plaide-t-il dans plusieurs écrits. Sûr de son fait, il n ‘ hésite d’ailleurs pas à clamer : “C’est Liège qui, tôt ou tard, triomphera“.

De fait, au fil du temps, l’appellation officielle Liége est de plus en plus  abandonnée. Ainsi, dans bon nombre de documents de l’entre-deux-guerres que nous avons consultés, le nom de Liège est déjà orthographié avec l’accent grave. Mais les autorités, elles, résistent au changement. Elles résisteront jusqu’au lendemain de la guerre. A ce moment-là, la Commission communale de l’Histoire du Pays de Liège décide d’intervenir auprès des autorités de la Ville pour leur demander de changer l’accent de sens. Et c’est Jean Haust que la Commission charge d ‘effectuer cette démarche. Les édiles se laissent convaincre.

C’est ainsi que le 3 juin 1946, sur proposition de l’échevin de l’Instruction publique de l’époque, Emile Jennissen, le conseil communal adopte une délibération demandant au gouvernement l’orthographe Liège. Ce sera chose faite rapidement.

Liéche

Dans ses motivations, le conseil communal de l’époque considère notamment que :

  • la ville de Liège est dénommée par les Liégeois : Liège en français, Lîdje en wallon et Liéche en français dialectal ;
  • les textes officiels en langue française doivent se conformer à la prononciation et à l’orthographe françaises ;
  • il n’y a pas de raisons historiques de maintenir l’orthographe Liége, qui n’est ni française, ni dialectale et qui n’apparaît dans les textes qu’après 1790“.
Liège, place Notger (1950)

Et puis, parmi les autres motivations évoquées par les élus liégeois, on relève aussi : “Actuellement, la plupart des sociétés savantes de la ville, se rendant aux raisons indiquées ci-dessus, ont adopté l’orthographe Liège, ce qui, en regard de l’orthographe officielle Liége, crée, notamment chez les imprimeurs, une confusionqu’il convient de faire disparaître“.

Voilà comment, il y a tout juste 50 ans, Liége est devenue Liège, officiellement. Dans l’Annuaire d’Histoire liégeoise (tome 4, année 1946), Jean Haust ira plus loin encore. “Si le peuple de chez nous s’obstine à dire Liéche, tâchons de le redresser, mais gardons-nous de l’imiter ou de paraître lui donner raison“, n’hésite-t-il pas à écrire, concluant : “Il incombe à nos édiles de faire enseigner aux jeunes générations une prononciation correcte de la langue française“.”

Philippe Miest


Dans l’métro, il y avait presse

FOUREST : Vous n’aurez pas nos têtes

Caroline Fourest en 2020 © Marianne.net

“Un hussard est tombé. Sa tête a roulé. Dans ce pays, on a décapité des rois et des tyrans, quelques révolutionnaires. Qui aurait cru qu’un enseignant perdrait la sienne, quarante ans après l’abolition de la peine de mort, pour avoir voulu faire réfléchir ses élèves ? Ce renversement, si symbolique, nous remplit d’effroi. Après tant d’attentats et de morts, nous devrions être habitués. Et pourtant non, chaque fois c’est pire.

La République se sait en danger. Comme elle l’était lorsque des forces obscurantistes ont voulu la renverser. Ce sont les instituteurs et les institutrices, nos enseignants, à qui l’on doit d’être des citoyens éclairés et non des sujets. S’en prendre à eux, c’est s’en prendre à nous tous, à la raison et à l’espoir. Les journalistes peuvent alerter, les policiers peuvent arrêter, mais nous ne sortirons jamais de ce cauchemar si les professeurs ne peuvent vacciner la prochaine génération contre ces propagandes qui nous déchirent. L’antidote, nous le savons, exige d’expliquer, inlassablement, l’histoire de ce pays, comment nous avons arraché nos libertés, l’importance d’endurer la divergence et l’offense, le blasphème et l’atteinte au sacré, sans répondre par la violence. C’est ce qui fonde notre liberté d’expression et toutes celles qui en découlent.

QUI N’EST PAS LIBRE NE PEUT FORMER DES CITOYENS LIBRES

Un critique littéraire a osé tweeter, au lendemain de l’attentat, qu’il y aurait « des morts atroces » tant qu’on défendra le droit de blasphémer, en citant bien sûr une professeure de Berkeley. On hésite entre vomir et pleurer. Ce sont les tueurs qui provoquent ces morts, pas l’usage de nos libertés. Faire passer les victimes pour les bourreaux, voilà ce qui encourage les bourreaux à recommencer. Rien n’est plus vital, plus urgent, que remettre la pensée à l’endroit. Cette pédagogie devrait obséder l’école laïque. Ce n’est pas un écart ni un excès, c’est sa raison d’être, sa mission la plus sacrée.

Pour y parvenir, la République a besoin de tous ses hussards, héritiers de Ferdinand Buisson. Protestant et franc-maçon, il s’est battu toute sa vie pour que l’école publique laïque puisse transmettre l’esprit critique et protéger les élèves issus de minorités religieuses du catéchisme dominant. Il insistait pour qu’on forme les enseignants : « Qui n’est pas libre ne peut former des citoyens libres. »

Samuel Paty voulait former des esprits libres. Il en est mort, décapité par un fanatique de 18 ans. Qui l’a convaincu que l’école laïque persécutait les musulmans comme on opprime les Ouïghours ou les Tchétchènes ? Qui lui a mis cette idée dans le crâne ?

IL FAUT UN VÉRITABLE OBSERVATOIRE DE LA LAÏCITÉ

Un père de famille a sonné la charge contre l’enseignant dans une vidéo, en clamant qu’on aurait montré une photo d’homme nu censé représenter Mahomet à sa fille, avant d’en appeler au Collectif contre l’islamophobie et à sa meute. Tout était faux. Il devra en répondre, lui et les autres parents d’élèves, pour mise en danger de la vie d’autrui. Il faut aussi enquêter pour savoir si la hiérarchie a soutenu cet enseignant, comme elle aurait dû, contre cette mise en danger.

Puis il faudra se décider, pour de bon, à mener la bataille culturelle. Obliger les réseaux sociaux à réguler l’incitation au lynchage. Démanteler les officines de désinformation comme le CCIF et BarakaCity. Demander des comptes à leurs idiots utiles, à ces imbéciles qui confessionnalisent la jeunesse et lui apprennent à s’offenser de tout, à ces journalistes et à ces politiciens cyniques qui amalgament la liberté d’expression, la laïcité et la lutte contre le terrorisme avec une « guerre contre les musulmans ».

Il nous faut, pour de bon, un véritable Observatoire de la laïcité. Pour surveiller ces campagnes d’intoxication au lieu de les relayer !

Commençons par demander à tous les élèves et à leurs enseignants de regarder ensemble le documentaire de Daniel Leconte sur le procès de Charlie Hebdo et l’affaire des caricatures : « C’est dur d’être aimé par des cons ». Tout y est dit. Tout y est conté. Les enfants comprendront. Les adultes qui veulent continuer à leur laver le cerveau, nous les combattrons. Nous ne perdrons pas nos têtes parce que des fous veulent l’arracher. Nous continuerons à vivre, à rire et à penser.

Lire l’éditorial original de Caroline FOUREST sur MARIANNE.NET (article du 17 octobre 2020)


Contexte : Samuel Paty, enseignant d’histoire-géographie, a été assassiné le 16 octobre 2020 en France. Son meurtrier a envoyé, quelques minutes avant sa propre mort, un message audio en russe sur les réseaux sociaux, où il affirme qu’il a “vengé le prophète“, en reprochant au professeur de l’avoir “montré de manière insultante“. (AFP)


Caroline Fourest & Fiametta Venner en 2020

Caroline FOUREST est essayiste, éditorialiste, scénariste, réalisatrice, co-fondatrice de la revue ProChoix (féministe, antiraciste et laïque) et chroniqueuse à Marianne. Elle enseigne à Sciences-Po sur « Multiculturalisme et Universalisme ».

Elle a écrit de nombreux essais remarqués sur l’extrême droite, l’intégrisme, le multiculturalisme et l’universalisme, dont Tirs Croisés : la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman, Frère Tariq : le double discours de Tariq RamadanLa tentation obscurantiste, Le choc des préjugés, La Dernière Utopie : menaces sur l’universalismeLibres de le dire (conversations mécréantes avec Taslima Nasreen, Marine Le Pen démasquée ou encore Eloge du blasphème (décrit par Salman Rushdie comme « un livre d’importance vitale ») et Génie de la laïcité.

Ancienne collaboratrice de Charlie Hebdo, de 2004 à 2009, elle y a couvert l’affaire des caricatures et initié le manifeste des douze contre le nouveau totalitarisme, signé entre autres par Salman Rushdie et Taslima Nasreen. Elle a également tenu pendant cinq ans une chronique « Sans détour » au sein du journal Le Monde, animé une émission « Ils changent le monde » l’été sur France Inter et tenu une chronique « Le Monde selon Caroline Fourest » sur France Culture jusqu’en 2016. En plus de ses tribunes régulières sur le Huffington Post. A l’écran, elle a réalisé de nombreux documentaires dont Les Parcs de la Paix (Arte) et une série de films contre les préjugés, « Cahiers de doléances » sur LCP, et une autre sur les « Réseaux de l’extrême » pour France 5… [source: blog officiel de Caroline Fourest]


Plus de contrat social ?

RTBF : Bye Bye Belgium (2006)

© Eric Lalmand – Belga

“Il y a dix ans, le 13 décembre 2006, la RTBF interrompait ses programmes télévisés pour annoncer l’indépendance de la Flandre. Le docu-fiction “Bye Bye Belgium” avait pour ambition de sensibiliser le public francophone belge aux enjeux de la crise communautaire. Ce fut un électrochoc qui n’a pas manqué de créer une vive polémique.

Ce soir-là, l’émission Questions à la une s’interrompt brutalement. “Ceci n’est peut-être pas une fiction” : voilà le texte qui sert de préambule à ce programme très spécial. François De Brigode annonce : “L’heure est grave, excusez-nous pour cette interruption“…

L’émission a lieu en direct, mais tout ce qui est dit a soigneusement été écrit à l’avance. D’entrée de jeu, devant le Palais royal, Frédéric Gersdorff annonce le départ du Roi. Cette fuite d’Albert II est le premier ingrédient qui va inquiéter les téléspectateurs. Très vite s’y ajoute l’annonce, par Christophe Deborsu, de la déclaration d’indépendance de la Flandre : “A l’instant où je vous parle, la Belgique a cessé d’exister“.

Alain Gerlache, ancien chef du service politique, débarque sur le plateau et cela achève d’augmenter la tension : le docu-fiction réalisé par la RTBF est crédible, peut-être trop crédible.

“Ceci est une fiction”

Un centre d’appel avait été prévu, afin de rassurer le public inquiet, mais il est littéralement pris d’assaut. Au départ la RTBF pensait que l’affichage du logo de l’émission “Tout ça” permettrait d’aider le téléspectateur à prendre ses distances. Mais manifestement cela ne suffit pas. Des indices et des clins d’œil sont donnés alors. Rien n’y fait. On finit donc par écrire en toutes lettres le sous-titre “Ceci est une fiction” et ce mot est répété sans cesse par le présentateur.

Une scène qui a marqué les mémoires est celle où on voit un tram forcé de s’arrêter à la frontière de la Flandre. Seul le conducteur était complice. Les passagers semblaient trouver presque normal de quitter leur tram bruxellois pour entrer docilement dans un bus flamand.

Dix ans après, François De Brigode se souvient de la “tension permanente” qu’il a ressentie pendant l’émission : “J’étais dans une situation littéralement schizophrénique parce que je continuais à présenter le scénario écrit de “Bye Bye Belgium” tout en étant obligé de faire référence à l’actualité qui se déroulait. Il y avait un flot de critiques du monde politique et du monde économique, qui tiraient à vue sur l’émission“.

Le directeur général de la télévision de l’époque Yves Bigot raconte aujourd’hui qu’il voyait “se dérouler minute après minute la réelle transgression de ce que l’on faisait. Comme je suis français, j’étais peut-être encore plus stressé que ne l’étaient mes confrères belges parce que je savais qu’en France on ne pourrait pas faire cela. Je savais que c’était interdit“.

Au sein du call-center, Gérald Vandenberghe répondait aux appels : “Il y a d’abord eu des insultes. Dans un deuxième temps, il y avait des gens qui avaient un discours plus concret, qui nous faisaient des reproches plus précis, tout en étant assez virulents. En fin de soirée, on obtenait des félicitations pour notre audace. Petit à petit j’ai quand même eu l’impression que quand même, quelque part, nous avions réussi notre coup“.

Une nouvelle forme d’écriture télévisuelle

C’est clair, l’émotion a été bien plus forte qu’imaginé par le concepteur de l’émission, Philippe Dutilleul. Pour lui comme pour la RTBF, le lendemain, c’est l’heure des justifications : “Le volume de l’émotion nous a un peu surpris. Mais nous n’avions pas fait cette émission pour l’émotion, mais surtout pour la réflexion. Nous voulions initier une nouvelle forme d’écriture télévisuelle où, dans un documentaire fiction sur un sujet qui concerne l’ensemble de l’opinion publique et de la société belge, on décrit un scénario le plus réaliste possible, mais aussi le plus décalé” expliquait-il.

A l’époque, le débat est vif autour de la déontologie journalistique. Trente-huit personnes ont introduit une plainte auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Après délibération, le CSA adresse un avertissement à la RTBF qui, selon lui, “n’a pas pris les mesures nécessaires pour empêcher la confusion dans le chef d’une partie de ses téléspectateurs“, ce qui est contraire à son règlement d’ordre intérieur.

La ministre de tutelle de la RTBF Fadila Laanan convoque l’administrateur général de la RTBF Jean-Paul Philippot. Il sera amené à s’expliquer devant le parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une motion y sera votée, qui sera notamment à l’origine de la création du Conseil de déontologie journalistique.

Le pari a plutôt été gagné

Mais aujourd’hui le regard des spécialistes sur “Bye Bye Belgium” est beaucoup moins critique. Selon Jean-Jacques Jespers, professeur de journalisme à l’ULB, “la vraie question est de savoir si une chaîne de service public qui a une très forte crédibilité dans le domaine de l’information ne joue pas un jeu dangereux en mettant en jeu cette crédibilité dans ce type de programme. Et 10 ans après, on se rend compte que le pari a plutôt été gagné : cela a suscité dans l’opinion un débat très intéressant autour de l’avenir de nos institutions. Dans cette mesure-là, on peut juger que le bilan est globalement positif“.

Dix ans après, l’administrateur général de la RTBF n’éprouve ni regret ni fierté : “Ce n’est certainement pas un regret. Si c’était à refaire, je le referais, mais en prenant des précautions pour éviter que, à l’interpellation -qui est notre rôle-, on n’ajoute pas un surcroît d’émotion, qui n’a pas sa place“…

Lire l’article original de A. L. avec P. Marlet sur RTBF.BE (article du 12 décembre 2016)

Devant le palais royal de Bruxelles, le 13 décembre 2006 © JACQUES COLLET – BELGA

Docu-fiction de la télévision publique belge sur l’implosion de la Belgique, Bye Bye Belgium (nom de code : Tout ça (ne nous rendra pas la Belgique)) est une émission spéciale de la RTBF diffusée le 13 décembre 2006 ; c’est un faux documentaire de la chaîne de télévision généraliste publique belge francophone, La Une, considéré par la chaîne comme un docu-fiction, et qualifié de canular par une partie de la presse. Alors que les téléspectateurs, qui viennent de regarder le Journal télévisé, et s’apprêtent à suivre deux reportages de l’émission Questions à la Une à forte connotation communautaire et aux titres polémiques, “Va-t-on supprimer les indemnités de chômage en Wallonie ?” et “Les Flamands sont-ils plus corrompus que les Wallons ?”, une édition spéciale diffusée en direct à partir de 20h21 interrompt la programmation au début de laquelle le présentateur vedette du journal télévisé annonce la déclaration unilatérale d’indépendance de la Flandre… [source : RTBF.BE]

L’émission est également disponible sur le site de SONUMA.BE…


Plus de débats sur le contrat social ?

ECO : Sachons reconnaître le fascisme

Un petit texte d’Umberto Eco vient nous aider à y voir plus clair.

“Le fascisme ? Un bien gros mot, utilisé à foison depuis des lustres, ayant pour référent un moment historique qui a fait sensation au cours du XXe siècle. Le terme est-il pour autant galvaudé ? Pas sûr. Un petit texte, intitulé justement Reconnaître le fascisme (traduit de l’italien par Myriem Bouzaher, 52 p., 3 euros), que les éditions Grasset, non sans raison, ont jugé opportun de faire reparaître, vient nous aider à y voir plus clair. Son auteur : l’excellent Umberto Eco, sémiologue érudit et célèbre romancier. Celui-ci avait prononcé ce texte le 25 avril 1995 à l’université de Columbia, à New York, pour le 50e anniversaire de la Libération de l’Europe.

On imagine sans peine, étant donné la génération à laquelle il appartient, l’importance que pouvait revêtir à ses yeux cette intervention. Ses premiers mots sont d’ailleurs de nature autobiographique : il évoque la libération de l’Italie quand il n’avait qu’une douzaine d’années. Puis il explique comment le fascisme italien, au contraire du nazisme, n’étant pas doté d’une armature idéologique solide, a pu être importé dans d’autres pays aux contextes différents, au prix de quelques transformations. « Enlevez-lui l’impérialisme et vous aurez Franco et Salazar ; enlevez le colonialisme et vous aurez le fascisme balkanique. Ajoutez […] un anti-capitalisme radical (qui ne fascina jamais Mussolini) et vous aurez Ezra Pound »

Alors, s’il est si ductile et métamorphosable, comment reconnaître le fascisme ? « Je crois possible, répond Umberto Eco, d’établir une liste de caractéristiques typiques de ce que je voudrais appeler l’Ur-fascisme, c’est-à-dire le fascisme primitif et éternel. » Voyons un peu quels sont ces « symptômes » : « le culte de la tradition » ; « le rejet de l’esprit de 1789 » ; « le culte de l’action pour l’action », qui tient la culture pour « suspecte » ; « la peur de la différence » ; « l’appel aux classes moyennes frustrées »« le nationalisme »« l’obsession du complot » ; « la xénophobie » ; « l’élitisme populaire », autrement dit, le fait d’appartenir au « peuple le meilleur du monde »… Voilà une énumération qui rappelle quelque chose et qui, à la veille du second tour, donne sacrément à penser. Et à voter.”

Lire l’article de Christophe KANTCHEFF sur POLITIS.FR (26 avril 2017)


EAN 9782246813897

Le 19 avril 2017, le blog LESNOUVEAUXDISSIDENTS.ORG résume le texte de Umberto ECO comme ceci : “Dans l’esprit d’Eco, ces attributs ne peuvent s’organiser en système, beaucoup sont contradictoires entre eux et sont aussi typiques d’autres formes de despotisme ou de fanatisme. Mais il suffit d’un seul pour que le fascisme puisse  se concrétiser à partir de cet attribut :

  1. La première caractéristique du fascisme éternel est le culte de la tradition. Il ne peut y avoir de progrès dans la connaissance. La vérité a été posée une fois pour toutes, et on se limite à interpréter toujours plus son message obscur.
  2. Le conservatisme implique le rejet du modernisme. Le rejet du monde moderne se dissimule sous un refus du mode de vie capitaliste, mais il a principalement consisté en un rejet de l’esprit de 1789 (et de 1776, bien évidemment : la Déclaration d’indépendance des États-Unis]). La Renaissance, l’Âge de Raison sonnent le début de la dépravation moderne.
  3. Le fascisme éternel entretient le culte de l’action pour l’action. Réfléchir est une forme d’émasculation. En conséquence, la culture est suspecte en cela qu’elle est synonyme d’esprit critique. Les penseurs officiels fascistes ont consacré beaucoup d’énergie à attaquer la culture moderne et l’intelligentsia libérale coupables d’avoir trahi ces valeurs traditionnelles.
  4. Le fascisme éternel ne peut supporter une critique analytique. L’esprit critique opère des distinctions, et c’est un signe de modernité. Dans la culture moderne, c’est sur le désaccord que la communauté scientifique fonde les progrès de la connaissance. Pour le fascisme éternel, le désaccord est trahison.
  5. En outre, le désaccord est synonyme de diversité. Le fascisme éternel se déploie et recherche le consensus en exploitant la peur innée de la différence et en l’exacerbant. Le fascisme éternel est raciste par définition.
  6. Le fascisme éternel puise dans la frustration individuelle ou sociale. C’est pourquoi l’un des critères les plus typiques du fascisme historique a été la mobilisation d’une classe moyenne frustrée, une classe souffrant de la crise économique ou d’un sentiment d’humiliation politique, et effrayée par la pression qu’exerceraient des groupes sociaux inférieurs.
  7. Aux personnes privées d’une identité sociale claire, le fascisme éternel répond qu’elles ont pour seul privilège, plutôt commun, d’être nées dans un même pays. C’est l’origine du nationalisme. En outre, ceux qui vont absolument donner corps à l’identité de la nation sont ses ennemis. Ainsi y a-t-il à l’origine de la psychologie du fascisme éternel une obsession du complot, potentiellement international. Et ses auteurs doivent être poursuivis. La meilleure façon de contrer le complot est d’en appeler à la xénophobie. Mais le complot doit pouvoir aussi venir de l’intérieur.
  8. Les partisans du fascisme doivent se sentir humiliés par la richesse ostentatoire et la puissance de leurs ennemis. Les gouvernements fascistes se condamnent à perdre les guerres entreprises car ils sont foncièrement incapables d’évaluer objectivement les forces ennemies.
  9. Pour le fascisme éternel, il n’y a pas de lutte pour la vie mais plutôt une vie vouée à la lutte. Le pacifisme est une compromission avec l’ennemi et il est mauvais à partir du moment où la vie est un combat permanent.
  10. L’élitisme est un aspect caractéristique de toutes les idéologies réactionnaires. Le fascisme éternel ne peut promouvoir qu’un élitisme populaire. Chaque citoyen appartient au meilleur peuple du monde; les membres du parti comptent parmi les meilleurs citoyens; chaque citoyen peut ou doit devenir un membre du parti.
  11. Dans une telle perspective, chacun est invité à devenir un héros. Le héros du fascisme éternel rêve de mort héroïque, qui lui est vendue comme l’ultime récompense d’une vie héroïque.
  12. Le fasciste éternel transporte sa volonté de puissance sur le terrain sexuel. Il est machiste (ce qui implique à la fois le mépris des femmes et l’intolérance et la condamnation des mœurs sexuelles hors normes: chasteté comme homosexualité).
  13. Le fascisme éternel se fonde sur un populisme sélectif, ou populisme qualitatif pourrait-on dire. Le Peuple est perçu comme une qualité, une entité monolithique exprimant la Volonté Commune. Étant donné que des êtres humains en grand nombre ne peuvent porter une Volonté Commune, c’est le Chef qui peut alors se prétendre leur interprète. Ayant perdu leurs pouvoirs délégataires, les citoyens n’agissent pas; ils sont appelés à jouer le rôle du Peuple.
  14. Le fascisme éternel parle la Novlangue. La Novlangue, inventée par Orwell dans 1984, est la langue officielle de l’Angsoc, ou socialisme anglais. Elle se caractérise par un vocabulaire pauvre et une syntaxe rudimentaire de façon à limiter les instruments d’une raison critique et d’une pensée complexe.”

ECO Umberto, Reconnaître le fascisme (Paris : Grasset, 2017)


Plus d’information sur les conventions entre les citoyens…

ENTHOVEN : La logique de la ‘cancel culture’ relève d’un appétit qui ne sera jamais rassasié

“Fabiola – Fabio plus là” © Twitter

C’est une des surprises de cette rentrée littéraire : le philosophe Raphaël Enthoven publie un récit autobiographique dans lequel il raconte sa jeunesse, ses amours, les figures qui l’ont inspiré et, bien sûr, sa rencontre avec la philosophie. Lui qui ne craint pas de se frotter à l’actualité la plus brûlante, notamment via les réseaux sociaux, se penche sur la crise sanitaire actuelle et le phénomène de la Cancel Culture

Dix petits nègres, le célèbre roman d’Agatha Christie, va changer de titre dans sa traduction française. Vous vous êtes opposé à ce changement. La cancel culture représente-t-elle, selon vous, un danger pour la démocratie et la liberté d’expression?

C’est un cauchemar, car la cancel culture, portée par la bonne conscience, est un adversaire invincible. On peut lutter aisément contre une entreprise verticale de destruction de la culture, car son autoritarisme la rend antipathique, mais il est beaucoup plus difficile de lutter contre des gens qui croient augmenter l’égalité en augmentant la censure. La cancel culture est un mépris du destinataire, qu’on tient pour trop bête pour comprendre ce qu’on lui montre, et dont la meilleure formulation se trouve chez Rousseau qui refuse d’accoutumer «les yeux du peuple à des horreurs qu’il ne devrait pas même connaitre et à des forfaits qu’il ne devrait pas supposer possibles

Si le livre s’était appelé les « dix petites tapettes », n’auriez-vous pas approuvé ce changement de titre ?

Cet argument ne vaut pas un clou. C’est quoi l’étape d’après ? Supprimer la chanson de Dire Straits, Money for nothing, où il est question d’un petit pédé millionnaire ? Que fait-on des passages antisémites dans Madame Bovary ou l’Avare ? La logique dans laquelle nous sommes entrés relève d’un appétit qui ne sera jamais rassasié. Tant que la littérature ou le cinéma seront à l’image de la vie, il y aura des censeurs vertueux pour tenter d’en effacer ce qui grince.

Mais les défenseurs de la cancel culture se revendiquent pourtant du progressisme et défendent par ailleurs des causes louables : l’antiracisme, la défense du droit des femmes, etc.

L’infamie d’une méthode n’est pas soluble dans la pureté de ses intentions. Vouloir le “Bien” ne donne pas le droit de se conduire comme Torquemada. Le ‘progressisme’ dont vous parlez est purement réactionnaire et identitaire. Lutter contre ces tueurs de mauvaises pensées, c’est être (vraiment) progressiste.

Pourquoi êtes-vous autant présent sur les réseaux sociaux ? Est-ce la place d’un philosophe ? N’avez-vous pas l’impression de perdre votre temps ?

Ce que je fais en ligne est aussi utile qu’un coup d’épée dans l’eau. Les gens ne cesseront pas de se haïr, ou de s’opposer comme si leur vie en dépendait, parce que quelques profs de philo s’acharnent à introduire de la dialectique dans la jungle. Mais ce n’est pas une raison pour rester les bras croisés, et ne pas confronter la mauvaise foi dont Twitter est un pourvoyeur magnifique. Quant au médium lui-même, il est ambivalent : aussi propice au dialogue qu’à la guerre. Pour le pire, il transforme chacun en partisan de sa propre opinion ; pour le meilleur, il ménage de véritables espaces d’échanges fructueux. En 280 signes renouvelables indéfiniment, vous avez la place de ciseler un argument ou d’explorer un paradoxe.

Oui, mais c’est aussi la taille d’une polémique. Tout le monde n’est-il pas en train de devenir polémiste ? Le débat n’est-il pas en danger ?

Si par « débat », vous entendez la discussion rationnelle et de bonne foi au terme de laquelle l’un des deux dit à l’autre « vous avez raison », alors il y a (depuis toujours) peu de débats en démocratie où la plupart des « débats » ne sont que des juxtapositions de monologues auxquels chacun s’identifie. A l’ère des réseaux sociaux, cette tendance est juste plus répandue qu’avant.
On voit de plus en plus de philosophes s’engager en politique. Qu’en pensez-vous ?

Il m’a toujours semblé (même quand j’étais moi-même adhérent) que la pratique de la philosophie était contradictoire avec l’encartement. Pour une raison simple : faire de la philosophe, c’est inévitablement s’intéresser à la vérité dont on ne veut pas, alors que s’engager c’est souscrire à un discours, quoi qu’on en pense. Le travail du militant n’est pas celui du philosophe. Le premier renforce et capitonne ce dont il doute en secret. Le second doute ouvertement de ce qu’il croit. Mais l’engagement idéologique n’est pas à confondre avec l’engagement dans la cité, pour une cause en particulier (l’euthanasie active, par exemple), ou tout simplement en faveur du dialogue. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’est pas nécessaire, en militant, de penser avec la moitié du cerveau quand on s’engage.

Estimez-vous que les mesures prises suite à la crise sanitaire sont une atteinte à nos libertés fondamentales ? Vivons-nous un moment liberticide ?
Raphaël ENTHOVEN en 2020 © AFP

Je ne vois rien de liberticide dans le fait de mettre un masque pour protéger l’autre de ses propres miasmes. Si le masque est une atteinte à la liberté, le caleçon en est une autre. Quelle idée de la liberté faut-il se faire pour voir une entrave dans un vêtement qui sauve des vies ? Est-ce exercer sa liberté que de tousser à la figure de quelqu’un en période de pandémie ? Et je ne vois rien de suicidaire dans le fait de sacrifier l’économie à la survie des éléments les plus improductifs de la société (c’est-à-dire les vieillards).

L’argument selon lequel le prix à payer du confinement sera plus élevé que les quelques fragiles dont on a retardé le trépas paraît logique. Pourtant, il est absurde et monstrueux. Absurde, car il met dans la même balance les victimes (réelles) d’un virus et les victimes (présumées) d’une crise à venir -sans prendre en compte, par exemple, le fait qu’un pays au bord du gouffre est aussi galvanisé par le sentiment d’un défi collectif. Et monstrueux parce qu’il quantifie la vie humaine, en rapportant son coût au bien-être d’une société. Une démocratie qui ne sacrifie pas son équilibre budgétaire à la survie des personnes âgées est elle-même profondément malade.

Si la raison d’être de la liberté n’est pas de faire collectivement le choix de sauver des vies plutôt que des budgets, il n’y a pas de sens à vivre en démocratie (et être économe le reste du temps).

Quant au moment que nous vivons, il est paradoxalement liberticide, puisque ce n’est pas d’une dictature que vient la réduction de nos libertés, mais du mauvais usage de la liberté elle-même. C’est au nom de la liberté qu’on défend le port du voile (c’est-à-dire un symbole éminemment patriarcal). C’est au nom de la liberté qu’on réécrit les classiques et qu’on repeint l’histoire aux couleurs de la vertu. La liberté d’expression est mise au service du vacarme destiné à étouffer l’opinion dissidente.  Et la liberté de penser ce qu’on veut est confondue avec l’illusion d’en savoir autant qu’un expert. Le problème tient en peu de mots: nos libertés sont en train de mourir avec le sentiment de guérir.

Il y a de nombreuses polémiques autour des experts et des scientifiques, notamment en France avec Didier Raoult, que vous avez critiqué. La crédibilité de la science n’est-elle pas entachée par cette crise ?

La crédibilité de la science est entachée par l’irruption, comme au Moyen-Âge, de la morale et de l’opinion dans ses diagnostics. Pour le dire simplement, la démocratie a tendance à confondre l’égalité des droits avec l’équivalence des compétences, comme s’il suffisait d’être l’égal de son voisin pour en savoir autant que lui.

À la difficile conquête d’un savoir s’est substituée la revendication d’en savoir autant qu’un expert, et le sentiment qu’en vous donnant tort on vous dénie ce «droit». Le résultat, ce sont des patients vindicatifs qui font la morale à leur médecin après avoir passé dix minutes sur Doctissimo, ou bien des charlatans qu’on adore parce qu’ils disent ce qui nous fait plaisir, ou encore la réduction de la «crédibilité scientifique» à une affaire de sondages. La tentation délétère de croire que la science peut naître de l’expérience commune remonte à la naissance des pathologies. Mais elle trouve dans un monde hyperconnecté un nouvel élan sous la forme de ces apprentis qui déclarent (sérieusement) «Je ne suis pas médecin, mais j’étais malade et j’ai pris de la chloroquine, maintenant je suis guéri, donc ça marche.» CQFD.[…]

Cancel Culture : littéralement, « Culture de l’annulation », c’est une pratique consistant à dénoncer publiquement, souvent sous forme de boycott, des propos ou une action jugée “problématiques”.

Lire tout l’article de Simon BRUNFAUT (avec les publicités) sur LECHO.BE (article du 6 septembre 2020)


Qui veut le journal ?

PENA-RUIZ : les trois boussoles de la laïcité

Historique de la reconnaissance des cultes en Belgique © SPF Justice

La laïcité est le principe humaniste qui fonde le régime des libertés et des droits humains sur l’impartialité du pouvoir civil démocratique dégagé de toute ingérence religieuse. Il oblige l’État de droit à assurer l’égalité, la solidarité et l’émancipation des citoyens par la diffusion des savoirs et l’exercice du libre examen. [LAICITE.BE]

Le Centre d’Action Laïque communautaire propose sur son site un lexique des différents termes liés à l’expérience de la laïcité et, par ailleurs, publie régulièrement des capsules vidéo sur sa page FaceBook et sur YOUTUBE.COM (recherche sur #InstantLaïcité), qui se veulent éclairantes sur la notion même de “laïcité”. Dans celle-ci, le philosophe Henri Peña-Ruiz évoque de manière limpide les trois boussoles qui devraient selon lui permettre à la laïcité de garder le cap :

  1. La laïcité est universaliste.
    Comme le précise l’HUMANITE.FR à propos de l’universalisme de ‘la laïcité à la française’ (oxymore, quand tu nous tiens…) : “La laïcité traduit un universalisme concret. Universalisme car elle pose que chacun et chacune se définit librement et ne se voit pas définitivement lié par les représentations, préjugés et fantasmes associés aux origines présumées des uns et des autres. Universalisme concret car, au-delà des mots, elle se vit dans l’accès de tous au savoir dispensé à l’école, refuse des contrats de travail et d’embauche aux droits différenciés.
  2. La laïcité est synonyme d’émancipation.
    Du point de vue laïque, ce n’est pas la société qui donne du sens à l’homme, mais bien les hommes qui, tous ensemble, donnent du sens à la société. Toute forme de domination est donc à considérer comme une entrave à l’épanouissement de l’individu. Les laïques, en tant qu’humanistes et libre exaministes, considèrent que chacun doit avoir la capacité de se forger ses opinions propres, sans être inféodé à des dogmes ou des vérités toutes faites imposées par d’autres sans discussion. L’autonomie (notamment dans l’apprentissage) et la responsabilité (assumer ses actes et ses idées) sont des moyens de parvenir à l’émancipation (de toute forme de tutelle). C’est grâce à son sens de la responsabilité que chacune ou chacun peut exercer sa liberté et en cerner les limites. Le binôme liberté/responsabilité est au cœur du projet laïque.” [LAICITE.BE]
  3. Pour la laïcité, le bien commun prime sur les intérêts particuliers.
    Le souci d’un espace commun aux hommes par-delà leurs différences est compatible avec celles-ci pourvu que leur régime d’affirmation ne porte pas atteinte à la loi commune, qui rend justement possible leur coexistence et conditionne ainsi la paix. Le ‘droit à la différence’ ne peut être confondu avec la différence des droits.” [Henri Peña-Ruiz dans Salut & Fraternité du CALLIEGE.BE]

Un #InstantLaïcité à écouter, donc :

D’autres articles du philosophe français sur le même sujet :


D’autres discours, d’autres contrats…

Journalisme : un correspondant flamand aux Etats-Unis sonne l’alerte

Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, au lendemain des élections de mi-mandat, Donald Trump s’en est pris, mercredi 7 novembre 2018, à un journaliste de CNN qui tentait de l’interroger sur l’immigration et qui a refusé de rendre son micro. La Maison Blanche a annoncé, un peu plus tard, avoir suspendu l’accréditation de Jim Acosta, lui interdisant l’accès à la présidence des Etats-Unis, provoquant des réactions indignées © Reuters

Ancien directeur de l’information du Journal télévisé de la VRT, Björn Soenens est le correspondant permanent de la chaîne publique flamande aux États-Unis. Le 30 août dernier, il publie ce billet sur sa page Facebook.

Permettez-moi d’évoquer un instant mon métier de journaliste et ses principes fondateurs. Je travaille depuis bientôt 29 ans au service d’information de la VRT. Ce que certains me donnent à lire et à entendre aujourd’hui dépasse tout ce que j’ai connu dans ma carrière. La haine et l’insatisfaction que j’observe autour de moi me pèsent, me font mal. Une douleur qui va bien au-delà de mon cas personnel. En ces temps chahutés, je ressens le besoin de sonner l’alerte.

Le métier repose en grande partie sur la confiance qu’on accorde au journaliste. Un métier qui implique de se documenter, en consultant un faisceau de sources, le plus large et le plus diversifié possible. Des lectures en abondance, qu’il convient de vérifier, de recouper. Un journaliste doit aussi mobiliser ses connaissances, sa raison, ses méninges. Et ensuite faire de son mieux pour produire un compte rendu à la hauteur, que ce soit à la radio, en télé, en ligne ou dans un livre. Voilà donc le métier que j’exerce depuis si longtemps. Journaliste, c’est un peu comme menuisier ou boulanger, ça ne s’improvise pas.

Le métier ne consiste donc pas à porter des jugements à l’emporte-pièce. Je ne fais pas dans le jugement, ni à la radio ni à la télé. Le métier implique par essence la vérification, parfois fastidieuse, des faits, dans leur intégralité, dans leur contexte, avec le qui, le quoi, le comment et surtout, le pourquoi. En sous-pesant les dires, en les mirant à la lumière du réel, sans rien prendre pour argent comptant. Avec pour unique objectif de faire jaillir la vérité, d’où qu’elle vienne. Telle est ma mission, mon devoir, en tant que journaliste pour le service public.

Dans cette quête, je n’ai jamais tenu compte de mes préférences personnelles ou de celles de mes interlocuteurs. Faire preuve de neutralité n’implique donc pas de présenter successivement la vérité de chacun, et de laisser ensuite l’auditeur ou le téléspectateur faire le tri, en l’abandonnant à son triste sort. Mon métier consiste aussi à interpréter les faits, en me fondant sur mon expérience, mes observations, des chiffres. Être capable de distinguer le vrai du faux, de séparer le bon grain de l’ivraie. Si j’omets cette étape, mon rôle se réduit alors à celui d’un vulgaire passeur qu’on utilise pour diffuser une propagande ou des mensonges. Ainsi, lorsqu’on me dit que l’islam est le plus grand fléau de notre société, je me dois de contredire cette affirmation, en appuyant mon argumentaire sur des faits. La seule existence d’Al Qaeda ou de l’État islamique ne signifie pas de facto que tous les musulmans du monde sont de dangereux terroristes – même si manifestement, beaucoup le pensent.

Nous devons, nous journalistes, tenir compte des motivations des parties prenantes
Björn Soenens © Geert Van Hoeymissen

Lorsque j’étais encore directeur de l’information du Journal télévisé de la VRT, j’avais été taxé de déni du terrorisme pour avoir interdit la diffusion d’images montrant les horreurs perpétrées par l’État islamique. Mon motif était pourtant clair : il n’était pas question de faire le lit des terroristes en propageant leur macabre propagande. Qui me croirait assez stupide pour montrer ces images, dans une espèce de quête de sensationnalisme, et contribuer ainsi au recrutement à travers le monde d’autres candidats-terroristes ? J’ai toujours été d’avis que nous devions, nous journalistes, tenir compte des motivations des parties prenantes. Qu’il s’agisse de communiqués de presse ou de soi-disant « exclusivités », j’ai par exemple tendance à me méfier des grandes annonces.

Maintes fois, ces informations sont reprises par les médias sans que quiconque se pose la question de leur pertinence, ramenant le « journalisme » à une forme primaire de communication, dont le seul intérêt est de faire grimper le cours de l’action d’un géant pharmaceutique ou la cote de popularité d’un élu. Il arrive trop souvent qu’on relaie du vent pour noircir des colonnes. Les politiques gratifient les journalistes de scoops dans le but de devancer leurs adversaires ou de placer un sujet à l’agenda. Les journalistes sont sur leurs gardes, mais tombent encore souvent dans le panneau. Il est certes flatteur d’être le premier sur la balle, de damer le pion aux confrères et aux consœurs, mais ce privilège n’est pas forcément gage de journalisme de qualité. Au contraire. Souvent, les heureux privilégiés ne sont que les victimes d’un jeu de dupes.

« Tu es un anti-Trump »

Il y a environ quatre ans, Trump est arrivé au pouvoir. Presque au même moment, je suis devenu correspondant de la VRT aux États-Unis. Depuis lors, j’en ai vu des vertes et des pas mûres : « Tu es un anti-Trump », « Un sale gauchiste, un marxiste, un stalinien », « Tes propos ne sont qu’un ramassis de mensonges ». Les partisans de Trump en Flandre ne m’ont pas épargné.
Je me pose donc cette question : pourquoi la vérité est-elle devenue si dérangeante ? Ces dernières années, qu’est-il donc advenu de la valeur des preuves, des chiffres, des vérités pourtant incontestables ? Pourquoi ces gens se fâchent-ils à ce point lorsque je mets le doigt sur un mensonge du président ? Pourquoi m’accusent-ils de manquer de neutralité ?

Quelqu’un m’a dit un jour : « Trump a épongé les dettes d’Obama ! Mais ça, tu peux mal de le relayer, sale gauchiste ! » Or, les faits sont là : au départ d’Obama, la dette des États-Unis s’élevait à 19,7 mille milliards de dollars. Actuellement (août 2020), elle atteint 26,7 mille milliards. Les chiffres sont là. Les faits sont avérés. « On a nos propres sources », me rétorquent mes détracteurs. C’est-à-dire ? Ce sont des statistiques officielles. Que veulent-ils de plus ?

Lorsque Trump affirme dans son discours d’investiture comme candidat républicain, prononcé depuis les jardins de la Maison-Blanche, que le mur qu’il a construit à la frontière mexicaine est pratiquement terminé, j’ai le devoir de rectifier. Je peux éventuellement adoucir la formulation, en disant qu’il « ne dit pas la vérité » ou que ce n’est « pas rigoureusement exact ». Mais avec ou sans gants, le résultat est identique : il ment. « Son » mur dépasse à peine les 10 km. Il y a bien 300 kilomètres de clôture en Arizona, mais ce rempart existait déjà avant l’arrivée de Trump. Je suis donc navré, mais les faits ont leur importance. Quand Donald Trump prétend que les prix des médicaments ont baissé au cours de son mandat, il s’agit une fois encore d’un mensonge : en réalité, ils ont augmenté.

On m’a récemment accusé de soutenir Joe Biden. On a même affirmé que j’avais eu un orgasme en direct à la télévision lors de l’annonce de son investiture comme candidat démocrate. Cela se voyait comme le nez au milieu du visage, paraît-il. Ah bon, vraiment ? Laissez-moi vous rassurer : la convention démocrate n’avait vraiment pas de quoi faire grimper qui que ce soit au septième ciel. Et même si cela avait été le cas, je me serais arrangé pour ne pas trop m’exposer à la télévision.

Mais quoi qu’il advienne, les partisans de Trump n’en démordront pas : je suis et resterai un Bidenlover. Pourquoi ? Parce que j’ai eu l’audace de contredire « leur » président. Non, Biden n’a pas l’intention de procéder à des coupes sombres dans les budgets de la police. J’ai vérifié, recoupé. En tant que journaliste, il est de mon devoir de rétablir la vérité sans tourner autour du pot. Comme je n’ai jamais caché la participation active de Joe Biden à l’élaboration du Violent Crime Control and Law Enforcement Act, loi anti-criminalité votée sous Bill Clinton en 1994, qui a conduit à « jeter des millions d’Américains noirs derrière les barreaux ». Cette affirmation de Trump est vraie. Une vérité douloureuse pour les démocrates, que je dois aussi relayer. Je n’ai aucun problème avec cela. Je suis un journaliste, pas un activiste. Je l’ai dit, je le répète : seule la vérité m’importe, même si elle dérange.

Factcheck, tel est le mot d’ordre

Quand j’avance que Bill Clinton et les démocrates ont abandonné les ouvriers américains en signant l’Accord de libre-échange nord-américain avec le Mexique et le Canada (ALÉNA), je me fonde une fois de plus sur des faits : des milliers de postes bien rémunérés aux États-Unis ont été délocalisés au Mexique. Quand j’avance que la politique de Trump consistant à séparer les enfants de leurs parents à la frontière est cruelle, j’admets en revanche qu’il s’agit d’une interprétation libre des faits. Mais quiconque prétendrait le contraire me semblerait manquer d’humanité. Obama était-il irréprochable ? Non, pas forcément. Sous son administration, des enfants ont aussi été enfermés dans des cages à la frontière. Mais il n’a pas ordonné qu’ils soient séparés de leurs parents : ces enfants étaient exclusivement des adolescents qui avaient essayé d’entrer seuls aux États-Unis. Obama n’a pas non plus affiché son meilleur visage lorsqu’il a décidé de ramener d’un an à trois semaines le délai dont disposaient les immigrés pour faire appel de leur avis d’expulsion. Ça aussi, je l’ai dit, je l’ai écrit, sans détour.

Mes critères d’évaluation me poussent aussi à m’intéresser au respect des droits de l’homme. D’aucuns me rétorqueront que cette approche n’est pas tout à fait neutre et je ne pourrai pas leur donner tort. Mais quoi qu’il en soit, ce n’est pas une question de positionnement sur le spectre politique. Un journaliste a le droit de cultiver des valeurs. J’exerce dans un pays que l’on peut encore qualifier de démocratie, même si je ressens le besoin d’ajouter que l’État de droit y est de plus en plus affaibli – une évolution qui m’inquiète, comme journaliste et comme citoyen.

« Tu n’es qu’un hater, tu détestes les États-Unis ! Profite bien du luxe de ta vie à New York sur le compte des contribuables belges, car elle ne durera pas ». Primo, je ne vis pas dans le luxe. J’habite avec ma femme dans un appartement modeste, je n’ai pas les moyens de louer un bureau. Secundo, je travaille dur, précisément parce que je ressens une sorte de responsabilité morale d’utiliser l’argent des Belges à bon escient. Voilà pourquoi vous m’entendez entre quarante et cinquante fois par mois à la radio et à la télévision. Je ne suis pas un adepte de la loi du moindre effort. J’adore mon métier, qui m’apporte de grandes satisfactions : il est très gratifiant d’être le correspondant de cet incroyable pays.

Suis-je un hater parce que j’ose évoquer le lamentable sort qui est réservé à tant de citoyens américains ? Un sort qui ne colle pas avec l’image que le président essaie de donner de son pays ? Suis-je un hater et un communiste parce que j’ose parler de la profondeur abyssale du fossé qui sépare les riches des pauvres ? Suis-je un sale gauchiste quand je montre les innombrables citoyens noirs vivant toujours à l’écart, ghettoïsés à la périphérie des grandes villes ou à la campagne ? Parce que je parle du fléau de la drogue, un sujet honteusement passé sous silence par les médias américains ? Suis-je un anti-Trump quand je dis que le président minimise la crise sanitaire et manque d’empathie vis-à-vis des 190 000 morts du covid-19 ? Suis-je un menteur lorsque je parle de récession économique ?

Le journalisme n’a pas pour vocation de vous conforter dans vos croyances

Je ne fais que mon travail. Point à la ligne. De mon mieux, le plus consciencieusement du monde, comme mes parents me l’ont appris. En travaillant dur, et en voyageant. Autant que possible. Pas pour le plaisir de voir du pays, mais parce qu’un journaliste doit voir, entendre, sentir et ressentir. Un journaliste doit aller à la rencontre des gens.

D’autres me reprochent – à l’inverse – de donner trop souvent la parole aux partisans de Trump. Que ceux-là sachent que je continuerai à le faire. C’est pour moi une évidence. Comment, dans le cas contraire, savoir ce qu’ils pensent, ce qu’ils vivent au quotidien ? Je discute avec eux, sans jamais les prendre de haut. Jamais. Un journaliste ne doit pas être dans le mépris, il doit regarder, écouter et « consigner », à la manière d’un historien du présent.

Un journaliste doit passer du temps dans des « univers » étrangers au sien. À défaut, il risque de manquer sa cible, d’opérer depuis sa zone de confort et d’adopter une position dominante fondée sur la croyance de tout savoir, de tout connaître.

Tout le monde garde le droit de soutenir qui il veut. Ma seule mission est de vous donner le plus d’informations possible pour que vous puissiez fonder votre jugement en âme et conscience, pour choisir votre camp ou n’en choisir aucun. C’est votre choix. Mais de grâce, cessez ces déferlements de haine lorsque je vous livre des informations qui ne cadrent pas avec ce que vous avez envie d’entendre. Le journalisme n’a pas pour vocation de vous conforter dans vos croyances.

Un dessin de Hajo © New York Times

En ce moment, ma frustration est immense : pour beaucoup, la véracité et la justesse des informations n’importent plus. Les faits sont devenus secondaires. Les avis et les idées reçues semblent gravés dans le marbre à jamais. Quiconque diffuse une information à contre-courant devient automatiquement un ennemi. Hélas, cette situation empêche toute évolution, elle freine tout apprentissage. Il ne peut en résulter qu’une interminable guerre des tranchées, sur fond de polarisation.

La neutralité d’un journaliste ne consiste pas à ne pas se mouiller, à laisser le public sans réponse. Ce serait une abdication, un échec cuisant. J’invite donc tous les auteurs de messages haineux à se poser un instant et à réfléchir. Je les invite à lire davantage et à faire un peu plus confiance aux professionnels. Il n’est pas question ici de confiance aveugle, mais d’une forme de foi en mes compétences journalistiques. Je vous propose en échange un propos toujours nuancé, inscrit dans une perspective globalisante et appuyé par des faits vérifiés. […] Partez en quête de la vérité, du vrai visage des choses. Comme le chantait Ramses Shaffy en 1972 : poursuivons notre route dans la certitude vacillante d’une époque délirante…”

Lire le billet (traduit du néerlandais) de Björn Soenens sur DAARDAAR.BE (9 septembre 2020)


Parlons-en encore…

A Liège, pauvre homme
en sa maison est roi !

Datée de 1315, la charte de Kortenberg est plus tardive que celle d’Albert de Cuyck

En 1196, le prince-évêque de Liège, Albert de Cuyck, aurait accordé une charte aux bourgeois de la cité épiscopale. L’original de la charte ne nous est pas parvenu et les dispositions contenues dans le document ne sont connues que sous la forme d’un texte de vingt-six articles inséré dans un diplôme du roi de Germanie, Philippe II de Souabe, daté du 3 juin 1208. Plusieurs historiens ont remis en cause la véracité de la charte de 1196 et du diplôme de 1208. Selon eux, ces deux documents n’auraient existé que pour accréditer l’ancienneté des privilèges de Liège et forcer la main à l’empereur pour mettre ces privilèges par écrit, ce que Henri VII fit le 9 avril 1230. La date de 1196 est aussi discutée, celles de 1198 et 1200 étant parfois avancées. [CONNAITRELAWALLONIE.WALLONIE.BE]

Ni le maïeur, ni les échevins de Liège ne peuvent entrer dans une maison située dans la circonscription de la banlieue, sans le consentement du maître, soit pour y appréhender un voleur ou reprendre un objet volé, soit pour y faire une visite domiciliaire, spifinium.

En 1196, Albert de Cuyck dota ainsi ses sujets liégeois d’importants privilèges (cette charte précède de 19 ans la Magna Carta anglaise !), dont l’inviolabilité du domicile, que l’on résuma dans le proverbe : A Liège, pauvre homme en sa maison est roi.

Drôle d’époque que la nôtre : certaines visites domiciliaires désormais légales indiquent-elles qu’une autre direction est prise, en termes de démocratie ? A ce sujet, lire la carte blanche d’Henri Bartholomeeusen (23 janvier 2018).


D’autres contrats…

CHENIER : textes

“Andrea Chenier” (1896) est un opéra d’Umberto Giordano © journalventilo.fr

Heureux le pays qui n’a qu’un seul Etat.

André Chénier cité par Philippe Portier sur FRANCECULTURE.FR

“André Marie de Chénier, dit André Chénier nait le 30 octobre 1762 à Constantinople d’une mère grecque et d’un père français. Elevé en France à Carcassonne par des parents de la famille, il finit brillamment ses études à Paris au collège de Navarre. Passionné par l’antiquité et la poésie classique, il fréquente les milieux littéraires et aristocratiques parisiens et compose des vers mythologiques selon le gout de son temps.

Pour lui faire oublier l’amour pour une chanteuse de l’Opéra, il est envoyé à Strasbourg pour devenir officier. Au bout de six mois, il démissionne. Il voyage alors en Suisse et en Italie. Pendant la période 1783-1790, il se consacre à la poésie en imitant les modèles antiques, puis, à partir de 1787 il compose des poèmes philosophiques et satiriques. A partir de 1790 il est surtout journaliste. Il collabore au Journal de Paris.

Partisan de la monarchie constitutionnelle, il veut sauver la royauté. Il participe à la défense de Louis XVI avec Malesherbes. Devenu suspect, il doit quitter Paris au lendemain du 10 août 1792. Arrêté à Passy, tout à fait par hasard, le 7 mars 1794 il est emmené à la prison Saint Lazare et condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire. Il meurt guillotiné à Paris le 7 Thermidor de l’an II (25 juillet 1794) à l’âge de 31 ans.

Bien que mort jeune, Chénier a marqué la poésie française d’une manière considérable. Sa poésie redonne à la langue poétique les qualités concrètes et pittoresques oubliées par les auteurs de la Pléiade. Son engagement citoyen le pousse à exprimer ses sentiments du fond de son âme au nom de la liberté, la dignité, la justice.” [POETICA.FR]


D’autres citations…

Le Code noir (1685)

SAVOIA Sylvain, Les esclaves oubliés de Tromelin (2015) © Dupuis – Aire libre

Conçu pour donner un cadre juridique à l’exercice de l’esclavage dans les Antilles, le CODE NOIR (1685) fait de l’esclave un être “meuble”, susceptible d’être acquis par un maître au même titre qu’un bien.

“Le Code noir est le nom qui est donné au milieu du XVIIIe siècle à un ensemble de textes juridiques réglant la vie des esclaves noirs dans les îles françaises, en particulier l’ordonnance de soixante articles, portant statut civil et pénal, donné en mars 1685 par Louis XIV, complétée par des déclarations et des règlements postérieurs.

Il existe deux versions du Code noir. La première est préparée par le ministre Colbert (1616 – 1683) et terminée par son fils, le Marquis de Seignelay (1651-1690). Elle est promulguée en mars 1685 par le roi Louis XIV et inscrite au conseil Souverain de Saint-Domingue le 6 mai 1687, après le refus du Parlement de l’enregistrer. La seconde est rédigée sous la régence du Duc d’Orléans et promulguée au mois de mars 1724 par le roi Louis XV, alors âgé de treize ans. Les articles 5, 7, 8, 18 et 25 du Code noir de 1685 ne sont pas repris dans l’autre version.

Ce statut est appliqué aux Antilles en 1687, puis étendu à la Guyane en 1704, à La Réunion en 1723 et en Louisiane en 1724. Il donne aux esclaves et aux familles d’esclaves des îles d’Amérique un statut civil d’exception par rapport au droit commun coutumier de la France de cette époque, et donne aux maîtres un pouvoir disciplinaire et de police proche de celui alors en vigueur pour les soldats, avec des châtiments corporels. Il exige des maîtres qu’ils fassent baptiser et instruire dans la religion catholique, apostolique et romaine tous leurs esclaves, leur interdit de les maltraiter et réprime les naissances hors mariage d’une femme esclave et d’un homme libre. Il reconnaît aux esclaves le droit de se plaindre de mauvais traitements auprès des juges ordinaires et des gens du roi, de témoigner en justice, de se marier, de protester, de se constituer un pécule pour racheter leur liberté. Mais il y est écrit : « En ce sens, le Code noir table sur une possible hégémonie sucrière de la France en Europe. Pour atteindre ce but, il faut prioritairement conditionner l’outil esclave ». Le Code noir légitime les châtiments corporels pour les esclaves, y compris des mutilations comme le marquage au fer…”

[Collection privée]


Quelques extraits du “Code noir” sélectionnés par la BnF :
Article 1er

Voulons que l’édit du feu Roi de Glorieuse Mémoire, notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles ; ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser de nos dites îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d’en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.

Article 2

Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achètent des nègres nouvellement arrivés d’en avertir dans huitaine au plus tard les gouverneurs et intendants desdites îles, à peine d’amende arbitraire, lesquels donneront les ordres nécessaires pour les faire instruire et baptiser dans le temps convenable.

Article 3

Interdisons tout exercice public d’autre religion que la religion catholique, apostolique et romaine. Voulons que les contrevenants soient punis comme rebelles et désobéissants à nos commandements. Défendons toutes assemblées pour cet effet, lesquelles nous déclarons conventicules, illicites et séditieuses, sujettes à la même peine qui aura lieu même contre les maîtres qui lui permettront et souffriront à l’égard de leurs esclaves. […]

Article 12

Les enfants qui naîtront des mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves et non à ceux de leurs maris, si le mari et la femme ont des maîtres différents. […]

Article 16

Défendons pareillement aux esclaves appartenant à différents maîtres de s’attrouper le jour ou la nuit sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l’un de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle qui ne pourra être moindre que du fouet et de la fleur de lys ; et, en cas de fréquentes récidives et autres circonstances aggravantes, pourront être punis de mort, ce que nous laissons à l’arbitrage des juges. Enjoignons à tous nos sujets de courir sus aux contrevenants, et de les arrêter et de les conduire en prison, bien qu’ils ne soient officiers et qu’il n’y ait contre eux encore aucun décret. […]

Article 35

Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, mulets, bœufs ou vaches, qui auront été faits par les esclaves ou par les affranchis, seront punis de peines afflictives, même de mort, si le cas le requiert. […]

Article 38

L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lys sur une épaule ; s’il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d’une fleur de lys sur l’autre épaule ; et, la troisième fois, il sera puni de mort. […]

Article 44

Déclarons les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers, sans préciput et droit d’aînesse, n’être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni au retranchement des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort et testamentaire…

Le texte intégral, révisé sous Louis XV et publié par les Imprimeries Royales en 1727, est disponible sur le site de la Bibliothèque Nationale de France (BnF) [GALLICA.BNF.FR]


“Le Code noir est le texte juridique le plus monstrueux de l’histoire moderne…”

Promulgué par Louis XIV en 1685, le Code noir réglemente l’esclavage des Noirs aux Antilles, en Louisiane et en Guyane. Pour en savoir plus sur cette infamie légale, le magazine Historia a rencontré Louis Sala-Molins, exégète impitoyable du texte et pourfendeur de toutes les hypocrisies abolitionnistes.

H. Qu’est-ce que le Code noir et quels en sont les principes ?

L.S-M. C´est à l´initiative de Colbert, l’homme des grandes réglementations, que l’on va produire des mémoires sur la situation des esclaves et des plantations. Deux rédacteurs – Charles de Courbon, comte de Blénac, et Jean-Baptiste Patoulet – vont s´y atteler en s’inspirant des pratiques esclavagistes des Espagnols en terre d’Amérique. Le Code, promulgué par Louis XIV en 1685, se compose de soixante articles qui gèrent la vie, la mort, l’achat, la vente, l’affranchissement et la religion des esclaves. Si, d´un point de vue religieux, les Noirs sont considérés comme des êtres susceptibles de salut, ils sont définis juridiquement comme des biens meubles transmissibles et négociables. Pour faire simple : canoniquement, les esclaves ont une âme ; juridiquement, ils n’en ont pas.

Les soixante articles peuvent être compartimentés en fonction de thématiques allant de la religion unique, qui condamne le concubinage, impose le baptême et régit le mariage et l’inhumation des esclaves, à la réglementation de leurs allées et venues, de leur nourriture et de leur habillement, en passant par l’incapacité de l’esclave à la propriété ; son incapacité juridique ; sa responsabilité pénale ; les délits de fuite et de recel ; la justice et le maître face aux esclaves ; l’esclave en tant que marchandise ; l’affranchissement et ses conséquences ; les fautes impliquant le retour à l’esclavage. Les principes essentiels de ce code établissent la déshumanisation de l’esclave, tant sur le plan juridique que civil, et la contrainte théologique qui s’exerce sur sa volonté. Avec la mise en place du Code noir, Louis XIV abandonne complètement l’esclave à son maître. La chosification et la bestialisation sont totales. Le roi se limite à adresser une recommandation à ses sujets pour qu’ils ne malmènent pas leur “propriété” qui est aussi leur “patrimoine”.

H. Dans quel contexte politico-économique apparaît-t-il ?

L.S-M. Le Code noir s’inscrit dans une période de raidissement du catholicisme contre-réformiste. C´est l’époque de la révocation de l’édit de Nantes auquel se substitue l’édit de Fontainebleau. C’est aussi une période de mainmise des jésuites sur des hommes et des femmes qui entourent Louis XIV. Politiquement et économiquement parlant, Colbert désire terminer son travail de réglementation juridique et commerciale. En effet, dans les colonies antillaises, les colons n’en font qu’à leur tête. Il apparaît donc urgent de contenir cet esprit frondeur en réaffirmant la souveraineté de l’Etat dans les terres lointaines. Lorsque le Code est établi, le commerce colonial de la France subit la rude concurrence du commerce britannique. Il faut faire mieux ou au moins aussi bien que les Anglais. En ce sens, le Code noir table sur une possible hégémonie sucrière de la France en Europe. Pour atteindre ce but, il faut prioritairement conditionner l’outil esclave.

H. Quel mode opérationnel l’esclavagisme emprunte-t-il avant qu’on le théorise et qu’on le légalise ?

L.S-M. Sous Louis XIII et Richelieu, la France en est encore à lorgner sur les pratiques esclavagistes bien huilées de la partie espagnole de l’île de Saint-Domingue. Avant la codification, les Français improvisent au coup par coup. La marchandisation des esclaves se fait de façon brutale. Elle obéit à la loi du marché. Le Code noir prétend réglementer une gestion dont le bon plaisir du maître est la clé. Un bon plaisir qui se retrouve dès lors subordonné à celui du roi, avec les conséquences suivantes : le bon plaisir du roi étant légalisé, les caprices de tel ou tel maître deviennent réprimables. Notons qu’ils ne seront jamais réprimés. On en arrive à une aberration : pour la première fois dans l’histoire moderne cohabitent les mots droit et esclavage dans un ensemble homogène de lois. Je considère le Code noir comme le texte juridique le plus monstrueux de la modernité.

H. Les hommes d’Eglise du XVIIe siècle se réfèrent à la Bible pour légitimer l´esclavage. Quels arguments mettent-ils en avant ?

L.S-M. Il y a en effet un florilège de textes bibliques légitimant l’esclavage auxquels hommes d’église et érudits se réfèrent. Les théologiens font grand cas, aujourd’hui, des passages de la Bible où il est question de l’affranchissement des esclaves des Hébreux tous les sept ans (Genèse XVII, 12-13, 23 et 27 ; Exode XXI, 1-21 ; Deutéronome XV, 12-18). En revanche, ils taisent ce passage du Lévitique (Lévitique XXV, 44-66), qu’ils évoquaient alors constamment parce qu’il légitime l’esclavage au sens le plus fort : interdiction aux juifs de mettre des juifs en esclavage, mais ordre aux juifs de se procurer des esclaves, et dans les nations qui les entourent et chez les enfants des hôtes résidant chez eux, qu’ils soient nés ailleurs ou en territoire juif : “Ils seront votre propriété et vous les laisserez en héritage à vos fils après vous pour qu’ils les possèdent à titre de propriété perpétuelle. Vous les aurez pour esclaves. Mais sur vos frères, les enfants d’Israël, nul n’exercera un pouvoir arbitraire.” Voilà pour le principe. Mais quel rapport entre la Bible et les Noirs africains ?

L’africanisation de Canaan apparaît comme une autre clé de légitimation. Les origines de la légende noire de Canaan remontent à l´époque de Noé. Celui-ci décide, après le Déluge, de planter une vigne. Il en tire du vin, le boit, se saoule, et se met tout nu. Un de ses trois fils, Cham, l’aperçoit ainsi dévêtu. Il rigole et part raconter ce qu’il a vu à ses frères. Ces derniers prennent un voile, vont à reculons vers leur père pour ne pas le voir et couvrent sa nudité. Puis ils lui racontent les moqueries dont il a été l’objet. Noé est furieux. Il décide de maudire Cham. Problème : il l’a déjà béni. Alors il décharge toute sa colère sur Canaan, le fils de Cham. Il condamne Canaan à être l’esclave de ses frères. C’est la première fois que le mot “esclave” apparaît dans la Bible. Une vieille tradition rabbinique, très tôt reprise par les exégètes chrétiens, risque une géographie post-diluvienne de l’éparpillement des hommes sur terre en partant des trois enfants de Noé : aux descendants de Sem (les Sémites), les rives orientales et méridionales de la Méditerranée ; à ceux de Japhet (les Japhétites), les rives septentrionales et occidentales de cette mer ; à ceux de Cham (les Chamites), les terres inconnues de l’Afrique, aussi loin qu’elles s´étendent. Fils unique de Cham, Canaan devient la souche de toute la population noire… Conclusion : les Noirs héritent tout naturellement de l’esclavage. Aussi simple que cela, et pour l’exégèse juive et pour l’exégèse chrétienne. Dans cette tradition blanco-biblique, l’esclavage des Noirs est parfaitement légitimé et la traite apparaît dès lors comme un moyen providentiel de christianisation.

H. Dans votre ouvrage Le Code noir ou le calvaire de Canaan , vous dites qu’à l´orée de la philosophie, l’esclavage est donné comme allant de soi. Est-ce à dire que l’asservissement est un corollaire des sociétés issues de la culture gréco-romaine ?

L.S-M. La thématique de l’asservissement est banale chez Platon. Dans les Lois, il fait apparaître l’esclave dans un chapitre concernant… les objets perdus. Que faire quand on trouve un esclave perdu ? On le rend tout simplement à son maître. La question de l’esclavage est acceptée et non raisonnée chez Platon. Elle est argumentée chez Aristote qui défend tranquillement l’existence d’un esclavage naturel, à ne pas confondre avec celui dont la source est la captivité pour faits de guerre ou de razzia. Pour Aristote, en toute logique, les fils des esclaves par captivité naissent aussi naturellement esclaves que ceux des esclaves naturels. Et la philosophie ne s’en porte pas plus mal… On s’aperçoit à les lire que ce qui préoccupe ces penseurs, ce n’est pas de savoir si l’esclavage est juste ou injuste, mais d’éviter que la vertu du maître ne périclite au contact de la nature résolument vicieuse de l´esclave.

H. Vous parlez de l’obscénité du silence des philosophes des Lumières sur la question de l’esclavage. Pourquoi ce mutisme ?

L.S-M. Les Lumières se moquent du catéchisme qui pose le principe de “tout homme image de Dieu” induisant une égalité fondamentale. Net et clair en langage d’aujourd’hui : les Noirs portent le péché de Canaan, et sont donc légitimement esclaves ; mais, “images de Dieu“, ils sont anthropologiquement aussi parfaits que les Blancs et parfaitement évangélisables.

Ce schéma est en radicale contradiction avec le soubassement épistémologique des philosophes des Lumières. En leur temps, la science anthropologique, c´est Buffon. Avec Buffon apparaît une rude hiérarchisation des races. Les Noirs jouent des coudes avec les orangs-outans pour occuper le palier le plus bas de la pyramide des races. Buffon voit dans le Blanc une perfection éthique, esthétique, physique. Quand les philosophes évoquent la perfectibilité et la dégénérescence, ils parlent pour le Blanc de perfectibilité morale. Pour les Noirs, anthropologiquement dégénérés, il s’agit d´une perfectibilité qui leur permette de se blanchir. Ce qui pour les Blancs est d’ordre purement moral est pour les Noirs d’ordre anthropologique. Les Lumières critiquent ici et là les excès des violences inutiles perpétrées par les négriers, mais à aucun moment elles ne remettent clairement en question et jusqu’au bout le principe de l’esclavage des Noirs. Il y a comme une incapacité, pour ces gens de lettres cimentés dans les schémas de Buffon, de voir les Noirs autrement qu’en dégénérescence et en attente d´un improbable mouvement vers l’accomplissement parfait du Blanc.

Prenez le cas de Diderot et de Raynal. Malgré leurs belles paroles, ils ne sont pas les derniers à toucher des dividendes sur l’esclavage. Ils montrent par leur pratique qu’on peut pleurer sur le triste sort fait aux esclaves noirs tout en engageant de l’argent dans les compagnies négrières et en touchant des bénéfices.

Autre exemple : Condorcet. Réputé pour avoir combattu l’esclavage, il propose pourtant un moratoire de soixante-dix ans entre la date où on décrète que l’esclavage est une monstruosité et le moment où l’esclave va être traité comme un homme. Il demande aussi qu’il y ait quinze ans pendant lesquels le travail de l’esclave dédouanera le maître des frais d’achat et de formation de l’esclave avant son affranchissement. Pour rassurer les maîtres qui s’inquiètent de savoir qui va travailler leurs terres, Condorcet arguë que les esclaves affranchis ne savent rien faire d´autre que les travaux agricoles. Les anciens maîtres pourront continuer à les exploiter commodément. Notre grand penseur a l’élégance de leur rappeler que les travaux des champs pouvant être faits par n’importe qui, les salaires y sont beaucoup plus bas que partout ailleurs… Je sais bien qu’il est de bon ton de s’extasier sur l’abolitionnisme de Condorcet. Si, au pays des aveugles, le borgne est roi, au pays des esclavagistes en jabot et dentelles, il n’est pas interdit d’admirer la rhétorique retorse de celui qui peste contre l’esclavage, mais demande soixante-dix ans pour l’abolir, qui déclare plus tard, en chorus avec les Amis des Noirs, vouloir la fin de la traite, non celle de l’esclavage, et conclut qu’il serait sage d´affranchir les métis, au sang rédimé par le sang des Blancs, et que les Noirs pourront toujours attendre. Je n’invente rien. Condorcet a écrit en 1788 Réflexions sur l’esclavage des nègres. Il suffit de lire.

H. Parlez-nous de la théorie des climats, qui là encore justifie l’esclavage de façon extravagante…

L.S-M. Pour la France, cette théorie naît au XVIIIe siècle avec Montesquieu. Mais, deux siècles avant, l’écrivain espagnol Las Casas ironise sur les fondements de la théorie posés par Ptolémée de Lucques au XIVe siècle. Ce dernier se livre à des calculs sur les rapports entre les astres et les hommes, les saisons et les hommes, les régions et les hommes. Ptolémée de Lucques affirme par exemple que les Indiens vivent dans des latitudes et des longitudes qui influent sur leur psychologie, il en va de même pour les Noirs.

Et d’ajouter que l’intensité de l’ensoleillement a un impact direct sur l’assoupissement des esprits. Las Casas s’amuse au XVIe siècle à faire tourner le globe terrestre. Il en conclut qu’en France, si l’on s’en tient à ces calculs longitudinaux, les Francs-Comtois feraient de bons esclaves !

Pour Montesquieu, le climat fait les hommes. Les hommes font les lois, mais ils les font en fonction de ce qu’exigent les climats. Il conclut que s´il y a un esclavage naturel, c’est climatiquement chez les Noirs qu’on le trouve. Le gouvernement qui leur convient est la tyrannie, seule à même de les mettre au travail. Pour les climats tempérés, il préconise la République ! La théorie des climats chez Montesquieu et la hiérarchisation des races chez Buffon relèvent de la même logique. Sous l’influence de ces deux critères, les Lumières se fourvoient complètement. Je regrette que les philosophes de ce temps n’aient pas gardé un œil critique sur ce que pouvait l’égalité adamique qui permettait de mettre de côté toutes ces foutaises.

H. A partir de quel moment, d’un point de vue politique, commence-t-on à condamner l’esclavage ?

L.S-M. L’un des déclics, c’est l’implantation de l’Angleterre en Inde. A partir de ce moment, il va y avoir une réflexion d’ordre économique de laquelle naîtra une dérive idéologique. En acquérant d’autres sources de travail, de main-d’oeuvre, d’exploitation et de commerce, l’Angleterre peut s’offrir quelques velléités humanistes du côté de ses îles. On passe alors rapidement à la physiocratie et à l’idée selon laquelle on peut récupérer autant de biens par un travail salarié que par un travail d’esclave. On en arrive même à se demander si l’esclavage ne coûte pas plus cher que le travail salarié. Cela coïncide en France avec la poussée pré-révolutionnaire et révolutionnaire. Les Amis des Noirs s’engagent nettement contre la traite, l’abbé Grégoire en tête. Mais il s’agit d’un abolitionnisme par étapes et purement raciste, nous l’avons vu chez Condorcet.

Quid de l’abolition décrétée par la Convention en février 1794 ? Elle vient après la révolte des esclaves noirs de Saint-Domingue en 1791, après que Toussaint-Louverture a arraché, les armes à la main, l’abolition dans son île en 1793, et alors que l’Angleterre pousse de toutes ses forces pour s’implanter dans la région. “Citoyens, c’est aujourd’hui que l’Anglais est mort ! Pitt et ses complots sont déjoués ! L’Anglais voit s’anéantir son commerce.” Ça, c’est le commentaire de Danton. Le commerce, donc, et pas la morale…

H. Dans quel climat idéologique intervient l’abolition de 1848 ?

L.S-M. L´Angleterre contrôle la mer et impose une politique d’abandon de la traite. La France rechigne mais se résigne sous la pression. Cela étant, le débat sur l’abolition ne concerne que les érudits et n’intéresse pas l’opinion. Victor Schoelcher n’est pas, dès le départ, partisan de l’abolition immédiate. Il propose, lui aussi, un moratoire. Mais, en se rendant aux Antilles, il prend conscience des conditions de vie déplorables des esclaves et de la réalité du marronnage. Il craint l’explosion et donne l’alerte. En rentrant en France, il prône l’abolition sans délai.

H. Quelle place occupe aujourd’hui le Code noir dans les manuels scolaires ?

L.S-M. Une place minime, et c’est bien ce que je déplore…”


“Né en Catalogne en 1935, Louis Sala-Molins vit en dictature franquiste jusqu’à vingt ans et, à cet âge, il a la chance de pouvoir quitter son pays. Sa formation universitaire le conduit en Italie, en France et en Allemagne. C’est à la Sorbonne d’abord -où il a la chance et l’honneur d’être l’assistant puis le successeur de Vladimir Jankélévitch– et, en fin de parcours, à Toulouse, au plus près de sa Catalogne natale, qu’il exerce sa charge de professeur de philosophie politique. Ses recherches et l’essentiel de ses publications portent sur les partouzes de la philosophie, de la théologie et du droit dans le confort douillet du dogmatisme. Il essaie de comprendre deux épisodes, particulièrement longs et ragoûtants, parmi les plus scandaleux de ces coucheries : l’inquisition romaine et ses réglementions, contemporaines du Moyen Age, de la Renaissance et de la Modernité ; la traite de signe chrétien, l’esclavage des Noirs et leurs codifications, contemporaines des Lumières. A ces réglementations et à ces codifications il a consacré plusieurs de ses ouvrages. Louis Sala-Molins est professeur émérite de philosophie politique à l’Université de Paris I et de Toulouse II. Il a publié, entre autres : Le Code Noir ou le calvaire de Canaan (Paris : PUF, 1987). [d’après BABELIO.COM]


D’autres contrats sociaux à débattre…

Auguste Buisseret : Wallon, Libéral, Ministre, Bourgmestre de Liège (CHiCC, 2019).

Auguste Buisseret © Connaître la Wallonie

En collaboration avec la CHiCC, nous publions ici le synopsis de la conférence de May SERVAIS-DECLAYE à propos de son livre : Auguste Buisseret, mon grand-père (1888-1965) : Wallon, Libéral, Ministre, Bourgmestre de Liège (Bruxelles : Centre Jean Gol, 2019).

“Né en 1888 à Beauraing dans une famille modeste, Auguste Buisseret réussit, par son intelligence, son travail et sa force de caractère à devenir un brillant avocat au barreau de Liège et un homme politique influent. Homme de conviction, il a participé à tous les combats du XXème siècle. Entré au parti libéral en 1914, il défendit des patriotes devant les conseils de guerre de l’occupant, ce qui lui valut une condamnation à mort. Militant wallon actif, il dirigea, dès sa création en 1923, le journal La Barricade, qui devint plus tard L’Action wallonne. Il prônait le fédéralisme. Échevin des Finances et des Régies industrielles (1934-1937), il redressa les comptes publics, et, entre autres, soutint la création du port autonome de Liège. Très tôt alerté par la doctrine nationale socialiste, membre de l’Association juridique internationale (1929-1939), il n’hésita pas à aller en Allemagne, en Roumanie, en Grèce, défendre des victimes des régimes totalitaires. Échevin des Beaux-Arts et de l’Instruction publique (1937-1941), il acheté à la vente aux enchères de Lucerne neufs tableaux d’art dit dégénéré, fleurons du Musée d’Art moderne de Liège (30 juin 1939). Il venait d’être élu Sénateur de l’arrondissement de Liège pour la 1ère fois.

Résistant pendant la seconde guerre, arrêté, puis relâché, menacé de mort, il passa clandestinement à Londres où il fut conseiller juridique du gouvernement Pierlot/Spaak. Après la Libération, il participa à la reconstruction de la Belgique comme Ministre de l’Intérieur (1945-46), de l’Instruction publique (1946-47), puis des Travaux Publics (1949-50). Ministre des Colonies de 1954 à 1958, dans un gouvernement socialiste-libéral, il a poursuivi le développement du Congo et du Ruanda-Urundi en s’opposant à toute discrimination au sein de la société belgo-congolaise naissante. Pour mieux former les Africains et leur donner l’accès à l’université, il a créé un enseignement officiel à trois niveaux pour tous. Il leur a ouvert des lieux jusque-là réservés aux Européens, il a renforcé leur protection sociale, lancé une vaste réforme de la justice et organisé les premières élections communales en 1957. Il a été choisi comme Bourgmestre de Liège en janvier 1959 dans une coalition PSC-libérale. Sa notoriété, sa force de conviction, l’élégance de son verbe contribuèrent à rendre son lustre à la cité mosane, en particulier lors de la visite du Prince Albert et de la Princesse Paola (11 juin 1959) et à l’occasion de chaque fête de Wallonie. Son collège et lui modernisèrent la ville par des travaux d’envergure. Ils surent faire face avec détermination aux grèves de 1960/61. En août 1963, miné par la maladie qui devait l’emporter, il dut donner sa démission.”

May SERVAIS-DECLAYE


La biographie d’Auguste BUISSERET est également documentée dans l’Encyclopédie du Mouvement wallon (Charleroi, 2001, t. II) et donc sur CONNAITRELAWALLONIE.WALLONIE.BE


La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte de May Servais-Declaye a fait l’objet d’une conférence organisée par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne

Plus de CHiCC ?

BOVY-LIENAUX et al. : Comment l’instruction laïque vint aux filles – Focus liégeois (2019)

ISBN 9-782930-845050

BOVY-LIENAUX Françoise, COLLE-MICHEL Marcella & KENENS Myriam, Comment l’instruction laïque vint aux filles – Focus liégeois (Liège : Editions du Centre d’Action Laïque de la Province de Liège, 2019)

“Ce travail témoigne de la lente évolution des mentalités relative à l’éducation des filles et reflète les conditions de l’instruction qui leur a été dispensée dans nos régions. Cette histoire s’inscrit dans la vaste Histoire en blanc du deuxième sexe.

Il a paru aux auteures, toutes trois retraitées de l’Enseignement officiel, qu’à Liège, plus qu’ailleurs, cette part d’Histoire en blanc restait à rechercher et à transmettre. Le présent travail veut modestement contribuer ce défrichage essentiel ; il s’adresse à un public aussi large que possible. C’est pourquoi elles ont resitué leurs découvertes dans les faits qui s’y rapportent à chaque époque, conscientes que ces rappels contextuels permettent d’éclairer plus nettement la condition faite aux femmes dans le monde masculin qui l’environne.”

Editions du CAL de la Province de Liège


Plus de contrat social ?

TWAIN : Le soliloque du roi Léopold (1905)

Caricature britannique de l’époque © NS
Quand Mark Twain (1835-1910) s’en va-t-en-guerre…

“Début du XXe siècle : la campagne contre la gestion de l’État indépendant du Congo sous le roi des Belges Léopold II bat son plein. Partie d’Angleterre, elle s’étend à l’Europe continentale et aux États-Unis. En France, Charles Péguy prend position. En Angleterre, Conan Doyle dénonce les conditions réservées aux indigènes dans la récolte du caoutchouc. Aux Etats-Unis, Mark Twain est sollicité pour écrire un pamphlet. Ce sera, en 1905, Le soliloque du roi Léopold (King Leopold’s Soliloquy), dans lequel le grand humoriste met en scène un monarque monologuant contre ses critiques et sur sa mission civilisatrice. Cette charge virulente et baroque est, depuis, devenue un classique de la littérature anticolonialiste.

Adaptée au théâtre par Jean-Pierre Orban et la Compagnie Point Zéro, elle a connu un succès considérable en 2005 en Belgique et provoqué un nouveau débat sur les débuts de la colonisation du Congo ex-belge. Elle est ici précédée d’un avant-propos de l’historien Benoît Verhaegen et accompagnée d’une introduction qui resitue le Soliloque dans l’œuvre de Mark Twain et décrit le mouvement international ayant poussé Léopold II à céder le Congo à la Belgique.

Un maître des lettres américaines

Connu en Europe pour Les Aventures de Tom Sawyer adapté pour les enfants, Mark Twain est l’auteur d’une œuvre immense : récits autobiographiques et de voyage, essais, contes et romans tels que Les Aventures de Huckleberry Finn d’où “toute la littérature moderne découle” selon Hemingway. Aujourd’hui, on découvre de plus en plus ses textes politiques où, sans se départir de son humour, il s’attaque notamment aux tentations impérialistes tant de l’Europe que des Etats-Unis.” [d’après EDITIONS-HARMATTAN.FR]


ISBN 2-7475-6175-5

TWAIN Mark, Le Soliloque du roi Léopold (Paris : L’Harmattan, 2004 ; avant-propos de Benoît Verhaegen ; traduction et introduction de Jean-Pierre Orban)

Extrait : “Le roi est à mille lieues du monde ordinaire. Et du haut de sa grandeur, que voit-il ? Des multitudes d’êtres humains dociles courber le dos et se soumettre au joug, aux exactions d’une douzaine d’autres êtres humains qui ne sont ni supérieurs ni meilleurs qu’eux-mêmes, qui sont, en somme, pétris dans la même argile… La race humaine !


Lire encore…

YOURCENAR : textes

© Bernhard de Grendel

[…] Je condamne l’ignorance qui règne en ce moment dans les démocraties aussi bien que dans les régimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, qu’on la dirait voulue par le système, sinon par le régime. J’ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l’éducation de l’enfant.
Je pense qu’il faudrait des études de base, très simples, où l’enfant apprendrait qu’il existe au sein de l’univers, sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, qu’il dépend de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire.
Il apprendrait que les hommes se sont entre-tués dans des guerres qui n’ont jamais fait que produire d’autres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil.
On lui apprendrait assez du passé pour qu’il se sente relié aux hommes qui l’ont précédé, pour qu’il les admire là où ils méritent de l’être, sans s’en faire des idoles, non plus que du présent ou d’un hypothétique avenir.
On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; il saurait le nom des plantes, il connaîtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux très jeunes adolescents sous prétexte de biologie ; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; son éducation sexuelle comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts.
On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en société est impossible, instruction que les écoles élémentaires et moyennes n’osent plus donner dans ce pays.
En matière de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, et surtout de celle du pays où il se trouve, pour éveiller en lui le respect et détruire d’avance certains odieux préjugés.
On lui apprendrait à aimer le travail quand le travail est utile, et à ne pas se laisser prendre à l’imposture publicitaire, en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatées, en lui préparant des caries et des diabètes futurs.
Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses véritablement importantes plus tôt qu’on ne le fait…

YOURCENAR Marguerite, Les yeux ouverts (Paris : Le Centurion, 1980)


EAN 9782253028253

“Dans les entretiens qu’elle avait accordés à Matthieu Galey, Marguerite Yourcenar (1903-1987, de son vrai nom Marguerite Cleenewerck de Crayencour), qui fut la première femme à entrer sous la Coupole, retraçait  l’itinéraire d’une existence voyageuse et mouvementée, de son enfance flamande, avant la guerre de 1914, auprès d’un père d’exception, jusqu’à sa retraite des Monts-Déserts, sur la côte Est des Etats-Unis.
Même au cœur du quotidien, elle avait le don d’élever le débat et de replacer les êtres, les événements, les circonstances dans une perspective à la mesure de l’humain.
Sans réticence, avec la simplicité d’une âme sereine et l’expérience d’une sagesse conquise, intéressée par tous les aspects du monde, elle le contemplait les yeux ouverts. Regard, sentiment, action, jugement, réflexion, tout reste exemplaire dans le portrait que l’écrivain a laissé d’elle-même dans ce livre.” [LIVREDEPOCHE.COM]


Lisons encore…

DELRUELLE, Gérard (1933-2019)

“Ingénieur civil spécialisé dans la métallurgie, Gérard DELRUELLE est diplômé de l’Université de Liège en 1957 et commence sa carrière professionnelle au sein de la Société métallurgique de Prayon, société dont son père Jules-Émile et son oncle, André, sont responsables et où son frère aîné, Jacques, est administrateur. Attaché à la direction (1959-1973), il devient rapidement responsable du département Recherche et Développement. En 1972/3, définitivement ébranlée par le premier choc pétrolier, la société est cependant mise en liquidation. Gérard Delruelle devient alors administrateur-délégué de la SA Mechim (1974-1978), et le vice-président de son Comité de Direction de 1979 à 1983. En 1978, il est aussi président du Conseil d’administration de la Sogep, et sera administrateur-délégué de la Sybetra, un ensemblier industriel actif au Moyen Orient et filiale de la Société générale de Belgique.
Parallèlement, il a été séduit par le projet politique d’Omer Vanaudenhove qui transforme le Parti libéral en une formation qui se veut plus ouverte au monde catholique, s’affiche belgicaine et se présente désormais sous le nom de PLP-PVV. Le succès est au rendez-vous en mai 1965, puisque le Parti pour la Liberté et le Progrès double quasiment sa représentation. Parmi les élus de l’arrondissement de Liège, Gérard Delruelle s’ouvre les portes de la Chambre des représentants, sans nécessairement partager tout le projet Vanaudenhove. Membre de la Commission des Finances et de la Commission des Affaires économiques, il contribue à introduire la représentation des cadres dans la loi sur l’organisation de l’économie. Si l’élan libéral est coupé au soir des élections de mars 1968, notamment par l’émergence en Wallonie du Rassemblement wallon, G. Delruelle conserve son mandat de député et se montre particulièrement sensible aux revendications wallonnes. Au sein du Groupe de Travail pour les Problèmes communautaires (dit Groupe des XXVIII) qui se réunit en 1969, Gérard Delruelle apporte son appui, au nom du PLP-PVV, à la proposition de François Perin (président du RW) de confier aux régions un pouvoir normatif de décision dans certaines matières : « Il faut donner du pouvoir et des compétences aux trois régions. […] La Wallonie doit recevoir quelque chose sur le plan économique en échange de l’autonomie culturelle que réclame la Flandre. Donnez aux régions des milliards pour régler leurs problèmes prioritaires ». Ayant reçu des garanties du gouvernement (été et automne 1970), les libéraux wallons – dont G. Delruelle et P. Descamps – apportent leurs voix pour former la majorité nécessaire à l’adoption de la révision de la Constitution (décembre 1970) reconnaissant le principe des trois régions et des trois communautés.
Président de la Commission des Affaires économiques au sein du PLP wallon, G. Delruelle rate sa réélection lors du scrutin de novembre 1971, pâtissant de la montée en puissance du Rassemblement wallon, alors deuxième parti de Wallonie et bien implanté à Liège. En cours de législature, cependant, il est repêché comme sénateur coopté, pendant un très bref moment (8 novembre 1973-30 janvier 1974), de la démission de Henri Maisse jusqu’à la chute du gouvernement sur l’affaire Ibramco. À l’heure du PRLw, dont il est un des membres-fondateurs, il siégera encore une législature à la Chambre des représentants, entre 1977 et 1978. N’étant plus candidat, il reste un proche des libéraux liégeois, de Jean Gol en particulier.
En 1983, Gérard Delruelle est nommé à la présidence de la SA Cockerill-Sambre fonction qu’il exerce jusqu’en 1988. Quand il quitte le groupe, à la demande de Jean Gandois, il emmène avec lui ce qu’il reste de Metalprofil, ex-leader dans le secteur des profilages en acier : cette société s’est transformée en Polypal et était déficitaire durant les années 1980. À la tête du holding Polysoc qu’il préside et qui détient 100% du capital de Polypal Europe SA, G. Delruelle devient le patron d’une société liégeoise, basée aux Hauts-Sarts, mais au rayonnement européen. Spécialisée dans la conception, la fabrication et la vente de rayonnage de stockage industriel, elle est entrée en bourse en 1990, avant d’être l’objet d’une OPA amicale d’un groupe anglais qui achète l’entreprise pour 1,63 milliard de francs en 1992. G. Delruelle reste le patron du holding Polysoc.

Sources :

    • Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse ;
    • Ginette KURGAN, Serge JAUMAIN, Valérie MONTENS, Dictionnaire des patrons en Belgique (Bruxelles, 1996) ;
    • Philippe DESTATTE, dans Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région (Namur, 2005).”

Paul DELFORGE

Lire la suite de l’article de Paul DELFORGE (Institut Jules Destrée, 2012) sur CONNAITRELAWALLONIE.WALLONIE.BE



Plus de politique, plus de contrat social…

IWEPS : La Wallonie reste l’une des régions les plus égalitaires d’Europe

Dinant © Getty Images

Le coefficient de Gini y est particulièrement stable malgré une légère augmentation le faisant passer de 0,250 en 2016 à 0,256 l’année suivante. Mesure synthétique des inégalités au sein d’une population, ce coefficient varie de 0, si l’égalité est totale, à 1, si l’ensemble des revenus est perçu par un seul individu.

Avec un coefficient de 0,256, la Wallonie fait aussi bien que les pays scandinaves. Par contre, les conditions de vie y sont davantage marquées par la pauvreté. Ainsi, le taux wallon de privation matérielle sévère (8,6% et 21,4% de la population vivant dans un ménage monoparental) est supérieur à la médiane européenne et plus d’un habitant sur quatre (26,2%) vit dans un ménage en situation de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale.

En outre, plus d’un Wallon sur 5 vit dans une habitation présentant des problèmes d’humidité tandis que 44,7% des locataires au prix du marché ont un revenu net équivalent inférieur au seuil de pauvreté. Plus de 7% des clients résidentiels wallons en électricité étaient également en défaut de paiement en 2018.

Enfin, une part importante de la population (17,6% des moins de 60 ans) est exclue de l’emploi, relève l’IWEPS.

A l’autre bout de l’échelle, les 20.000 déclarations les plus élevées, soit 1% des déclarations, affichent, en moyenne, un revenu imposable de plus de 216.000 euros. “Autrement dit, le revenu cumulé des 1% des déclarations les plus élevées est supérieur au revenu cumulé d’environ 25 à 30% des déclarations les moins élevées“, conclut l’IWEPS.”

Lire l’article original de l’agence BELGA sur LEVIF.BE (8 octobre 2019)


L’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS) est un institut scientifique public d’aide à la prise de décision à destination des pouvoirs publics. Par sa mission scientifique transversale, il met à la disposition des décideurs wallons, des partenaires de la Wallonie et des citoyens des informations diverses qui vont de la présentation de statistiques et d’indicateurs à la réalisation d’études et d’analyses approfondies dans les champs couverts par les sciences économiques, sociales, politiques et de l’environnement. Par sa mission de conseil stratégique, il participe activement à la promotion et la mise en œuvre d’une culture de l’évaluation et de la prospective en Wallonie.

Depuis le 1er janvier 2016, l’Institut a été désigné par le Gouvernement wallon comme l’Autorité Statistique de la Région wallonne. […] Cette désignation au sein de l’Institut Interfédéral de Statistiques (IIS) implique, outre l’élaboration du programme de statistiques officielles de la Région wallonne,  l’accomplissement des missions de l’IIS  avec les autorités statistiques fédérale et des entités fédérées.  Il s’agit de l’élaboration du programme statistique intégré de l’IIS, le monitoring de la qualité des statistiques publiques, la formulation de recommandations méthodologiques et la préparation des positions belges en vue des forums statistiques internationaux….”

Tout cela, c’est l’IWEPS qui le dit sur son site officiel : IWEPS.BE…


Une baisse de l’indice de Gini observée entre deux dates indique une diminution globale des inégalités. A l’inverse, une élévation de l’indice reflète une augmentation globale des inégalités. [INSEE.FR]

“Le coefficient de Gini est une mesure synthétique des inégalités de revenu au sein d’une population. Il varie de 0, quand l’égalité est totale (c’est-à-dire que tous les revenus sont égaux), à 1 quand l’inégalité est maximale (quand la totalité des revenus est perçue par un seul individu). Il peut aussi s’interpréter comme l’écart moyen de revenu (exprimé en fonction du revenu moyen) entre deux individus tirés au hasard.

Cela veut dire qu’en Wallonie, si l’on prend deux personnes au hasard, en moyenne, leur différence de revenu équivaudra à environ un quart du revenu moyen wallon. Ici, le coefficient de Gini est calculé à partir du revenu équivalent mesuré avec SILC [une enquête annuelle (supervisée par Eurostat) largement utilisée pour quantifier la pauvreté, les inégalités de revenu et les conditions de vie en Europe]. Dans cette enquête, les revenus sont mesurés pour la totalité de l’année civile précédant l’enquête – par souci de fiabilité et pour neutraliser les variations temporaires. Ici, nous avons indiqué les années de revenu et non les années d’enquête.

Étant donné que ce coefficient est mesuré à l’aide d’une enquête, les intervalles de confiance sont nécessaires pour rendre compte des imprécisions statistiques découlant du processus d’échantillonnage. Dans 19 cas sur 20, la « vraie » valeur du coefficient de Gini se situe à l’intérieur des marges indiquées sur le graphique. Ainsi, on peut affirmer avec 95 % de certitude qu’en Wallonie sur base des revenus de 2017, le coefficient de Gini se situait entre 0,240 et 0,272. Ces chiffres montrent que l’ampleur des inégalités de revenus en Wallonie est très faible par rapport à la situation observée dans la plupart des autres pays européens. On peut expliquer cette situation favorable en raison de notre modèle social qui combine une sécurité sociale relativement bien développée et un marché du travail plutôt bien encadré, notamment par les partenaires sociaux…” [IWEPS.BE]


Plus d’infos également auprès du Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale qui “évalue l’effectivité des droits fondamentaux des personnes qui vivent dans des conditions socio-économiques défavorables : droit à un logement décent, droit à l’énergie, droit à la protection de la vie familiale, droit à la protection sociale, droit à la protection de la santé…

Il organise pour ce faire des concertations approfondies entre des associations dans lesquelles des personnes pauvres se reconnaissent, des CPAS, des interlocuteurs sociaux, des professionnels de divers secteurs, des administrations… Sur la base de ces travaux, il formule des recommandations destinées aux responsables politiques de notre pays, en vue de restaurer les conditions d’exercice des droits fondamentaux. Celles-ci font l’objet de discussions dans tous les Gouvernements et Parlements ainsi que dans des instances consultatives.

Cet outil de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale a été créé par l’Etat fédéral, les Communautés et les Régions, par un accord de coopération signé par tous les Gouvernements et approuvé par tous les Parlements.” [LUTTEPAUVRETE.BE]


Egalement dans la presse…

Démocratie participative : votations ?

Les micro-trottoirs -par définition impromptus- de la RTBF aident-ils la démocratie directe ou…

Plus de démocratie directe, c’est le souhait de nombreux mouvements citoyens. Et pour y parvenir, certains ont mis en place un site de vote en ligne. Une vingtaine de questions sont actuellement proposées sur le site. Cela va d’une éventuelle taxe sur le kérosène à la baisse des dotations royales… [en savoir plus sur RTBF.BE/AUVIO]


We government – Nous gouvernement – Wij regering

“Nous-sommes-le-gouvernement est un réseau bilingue de mouvements de citoyens et de citoyens individuels qui souhaitent une démocratie plus directe en Belgique. La démocratie directe signifie le droit de faire référendum contraignant à l’initiative de la population. Les outils sont le référendum ou la votation et le droit d’initiative.

POURQUOI ?

Le but de ces votations est de donner au public une voix claire et de renforcer la culture de la participation publique afin de gagner l’opinion publique pour une démocratie plus directe.

COMMENT ?

En organisant notre propre participation au moyen de votations sur internet avec la carte d’identité électronique. La méthode est inspirée du système référendaire suisse…” [lire la suite sur WE-GOV.BE…]


Le modèle suisse a une histoire…

“L’histoire de la démocratie, en tant que système de gouvernement reposant sur les décisions d’une élite de la population, remonte à l’Antiquité. Le premier parlement élu en Europe après notre ère est le Parlement de Montfort en Angleterre, en 1265. Mais là aussi, seule une petite minorité dispose d’une voix : le Parlement est élu par une élite représentant sans doute 2-3 % de la population et sa convocation dépend du bon vouloir du roi ou de la reine.

La démocratie citoyenne, en tant que système de gouvernement reposant sur les choix de la majorité de tous les citoyens, trouve ses racines e.a. dans les serments que les hommes libres de vallées suisses (Uri, Unterwald, Schwytz, Valais) concluent entre eux au XIII et XIVème siècles pour rejeter toute domination d’un pouvoir féodal qu’ils n’approuvent pas. Ces hommes libres sont des paysans, bergers, bûcherons, vignerons…

La Suisse est une référence pour les droits politiques car c’est le seul pays au Monde qui les utilise intensément à tous les niveaux de pouvoir, local (communal), régional [au sens large : canton, ensemble de cantons, ensemble de communes] et fédéral.

Les Confédéras de la Massa

Dans les mythes fondateurs de la démocratie Suisse, Guillaume Tell est le héros de la lutte des habitants de la vallée d’Uri pour la liberté contre l’oppression des baillis envoyés par les Habsbourgs. Mais les historiens s’accordent aujourd’hui pour dire que Guillaume Tell est très probablement un personnage de légende qui n’a jamais existé.

Tout le contraire de Guillaume Perronet, berger devenu physicus (médecin) originaire des alpages de Louc (aujourd’hui le village de Saint-Luc, Anniviers) et qui s’était installé au hameau de Thel près de Loèche (Leuk). Guillaume Perronet, de Thel, a été à l’origine de la confédération de la Massa, rassemblant les représentants des communes valaisannes voulant s’émanciper de la tyrannie. Selon l’historien suisse Philippe Favre dans son livre « 1352, un médecin contre la tyrannie », voici ce qui se serait passé :

Octobre 1355. Guillaume, Guillaume de Thel avait convoqué les représentants de toutes les communes du Valais épiscopal au confluent de la Massa, une rivière qui prend sa source dans le glacier d’Aletsch. Les procureurs syndics se tenaient au centre près d’un méandre de la rivière. Quant aux autres, ils s’étageaient en arc de cercle sur la pente. Ils étaient venus nombreux car la crainte de représailles savoyardes s’estompait au fur et à mesure que le capitaine impérial envoyé par le Roi des Romains, Bourcard Moench, reprenait les châteaux du Valais. Guillaume de Thel pris la parole : J’entends certains parmi vous qui disent que la confiance est revenue. C’est bien. Ils ont sans doute raison car nos marmites sont à nouveau pleines … mais le seront-elles toujours demain ? Si oui, la confiance demeurera, si non, elle s’en ira à nouveau. Alors, est-ce à dire que c’est l’état de nos marmites qui régit notre confiance ? Tout dépend à qui nous l’accordons ! A l’Evêque qui a livré le pays à un bailli étranger ? Aux nobles qui se rangent toujours du côté du plus fort ? Nous avons fait appel à l’Empereur pour nous libérer du joug savoyard. Mais combien de temps cela durera-t-il? Quand apprendrons-nous à accorder notre confiance à nous-mêmes ? Qui, mieux que ceux des communes voisines, partage les mêmes intérêts, les mêmes craintes et les mêmes espoirs que nous? N’y-a-t-il pas mieux à faire que de nous laisser emporter au gré des courants, que de nous laisser malmener d’un rive à l’autre, et nous laisser diviser, par ceux qui veulent diriger le cours de nos vies !? Le temps est venu d’inverser l’ordre des choses !!” s’exclama Guillaume de Thel en soulevant un arbrisseau déraciné qui avait été charrié par la rivière. Il trancha net sa pointe et ficha le petit arbuste à l’envers dans le sable, suffisamment profondément pour qu’il tienne à la verticale, les racines ballottant vers le haut. “Que ceux qui veulent inverser le cours des choses viennent lever ce bois de la Massa !”. Les représentants des communes vinrent les uns après les autres et brandirent l’arbrisseau devant la foule ! Les citoyens venus nombreux répondirent par une clameur.

En Octobre 1355, 64 années après l’exemple des Waldtsätten (cantons d’Uri, de Schwytz et d’Unterwald), le peuple du Vallais conclut un pacte qui l’émancipait de la justice féodale, en outrepassant la loi du major et du vidomme. Un acte révolutionnaire car, désormais, tout ceux qui gouverneraient leur terre ne pourraient le faire sans eux.” [source : WE-GOV.BE…]


[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : compilation, partage  | sources : RTBF.BE/AUVIO, WE-GOV.BE | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : RTBF | remerciements à Eric Rozenberg


Plus de contrats pour le vivre-ensemble…

GAG : Brexit

© The Economist



Rions un brin…

BLANCHARD Pascal et al. : Sexe, race & colonie | La domination des corps du XVe siècle à nos jours (2018)

ISBN 978-2-348-03600-2

“Reposant sur plus de mille peintures, illustrations, photographies et objets répartis sur six siècles d’histoire au creuset de tous les empires coloniaux, depuis les conquistadors, en passant par les systèmes esclavagistes, notamment aux États-Unis, et jusqu’aux décolonisations, ce livre s’attache à une histoire complexe et taboue. Une histoire dont les traces sont toujours visibles de nos jours, dans les enjeux post-coloniaux, les questions migratoires ou le métissage des identités.
C’est le récit d’une fascination et d’une violence multiforme. C’est aussi la révélation de l’incroyable production d’images qui ont fabriqué le regard exotique et les fantasmes de l’Occident. Projet inédit tant par son ambition éditoriale, que par sa volonté de rassembler les meilleurs spécialistes internationaux, l’objectif de Sexe, race & colonies est de dresser un panorama complet de ce passé oublié et ignoré, en suivant pas à pas ce long récit de la domination des corps.” (source : association de libraires INITIALES.ORG)

BLANCHARD Pascal et al., Sexe, race et colonies : la domination des corps du XVe siècle à nous jours (Paris, La Découverte, 2018)

Montrer. Voila l’ambition de cet ouvrage, de cette somme iconographique vertigineuse autant que méconnue, ou mal vue. Car on a tous en tête des représentations érotisées de corps indigènes. Elles sont furtives, elles font partie de l’imaginaire historique colonial. Mais mesure-t-on véritablement ce qu’elles portent, ce qu’elles signifient, la violence qu’elles légitiment toutes, à des niveaux différents certes, mais qui toutes cultivent l’idée originelle du colon qui voudrait que le corps du colonisé soit “naturellement offert”, pour citer les auteurs de ce livre colossal et indispensable. N’est-ce pas ainsi que nombre d’intellectuels européens ont envisagé le sulfureux érotisme oriental ? Ou comment la vahiné polynésienne a constitué jusqu’à récemment un modèle de beauté féminine ?

Ainsi, encore aujourd’hui, il fallait montrer. Pour tous ceux qui pourraient douter du fait que la domination des empires sur les peuples conquis s’est exercée premièrement à un niveau sexuel. Pas de manière secondaire ou marginale, mais massivement et prioritairement à un niveau sexuel. Si depuis sa sortie, cet ouvrage a essuyé critiques et doutes, c’est bien parce que la frontière est ténue entre la monstration et l’exhibition, surtout quand on parle de sexe. Est-ce que les auteurs sont parvenus ici à faire oeuvre de mémoire sans verser dans l’exhibitionnisme? C’est notre opinion. Et c’est notamment l’ampleur du travail et la qualité de l’appareil critique qui font toute la différence.

Car ce livre est énorme, il a la forme de son ambition, et retrace en quatre grandes parties, Fascinations (1420-1830), Dominations (1830-192o), Décolonisations (1920-1970), Métissages (depuis 1970), l’évolution, si tant est qu’il y en ait eu-une, de la représentation des peuples des colonies par les colons. Certaines images sont dures, insoutenables certes, mais leur publication est indispensable. Comment en effet penser aujourd’hui un phénomène de prise de conscience comme #MeToo et oublier que des systèmes de domination, réelle et symbolique, ont des racines solidement ancrées dans nos imaginaires ?

Grégoire Courtois (Libraire Obliques à Auxerre, FR)


Le cas Gauguin ?

Dans un film sur Gauguin, le réalisateur Edouard Deluc passe sous silence la nature des relations sexuelles de l’artiste à Tahiti. Et révèle la difficulté des Français à penser la violence dans leurs anciennes colonies.

L’image est si sauvagement excitante. Une Tahitienne danse seins nus, lascive, devant un grand feu, tandis que résonne le chant envoûtant de la tribu. Cette femme aux formes pleines, c’est Tehura. Dans son film Gauguin – Voyage de Tahiti, le réalisateur Edouard Deluc nous raconte comment elle a hypnotisé le peintre français et inspiré quelques-unes de ses plus belles toiles. On les voit tous deux enlacés sur un cheval, jouant sur une plage, et fatalement faisant l’amour à la lumière des bougies.

Ce film pourrait être un biopic convenu de plus consacré aux maîtres de la peinture, mais des ellipses opportunes dans le scénario en font une œuvre au mieux incroyablement maladroite, au pire parfaitement abjecte. Car, ce que cette histoire ne dit à aucun moment c’est que Tehura (qui s’appelait aussi Teha’amana) avait seulement 13 ans lorsque Gauguin (alors âgé de 43 ans) la prit pour « épouse » en 1891.

GAUGUIN Paul, Manao Tupapau (1892)

Et malgré ce que pourrait laisser croire le biopic, elle ne fut pas la seule à partager la vie de l’artiste dans l’île : il y eut aussi la jeune prostituée métisse Titi, ainsi que Pau’ura et Vaeoho (toutes deux 14 ans). Enfin, dernier « oubli », le maître était atteint de syphilis, maladie sexuelle potentiellement mortelle, qu’il distribua généreusement à Tahiti. Dans le film, Gauguin se voit seulement diagnostiquer un méchant diabète… on en pleurerait de rire si ce n’était aussi grave…”

Lire la suite de l’article de Léo PAJON, La pédophilie est moins grave sous les topiques, sur JEUNEAFRIQUE.COM (21 septembre 2017)


Le cas Malko Linge, dit SAS ?
ISBN 2842672968

«Bicuzi Kihubo avait la cervelle d’une antilope, mais une allure de star. Ses grands yeux marron illuminaient un visage doux, encadré par les tresses traditionnelles, ses seins moulés par un tee-shirt orange pointaient comme de lourds obus ; quand à sa chute de reins, elle aurait transformé le plus saint des prélats en sodomite polymorphe… Ses hanches étroites et ses longues jambes achevaient de faire de Bicuzi une bombe sexuelle à pattes.» Les connaisseurs auront sûrement reconnu dans ce portrait d’Africaine torride, le style particulier de Gérard de Villiers, passé maître du roman d’espionnage à forte connotation érotique à travers la série des SAS. Les scènes de sexe, tout autant que la vraisemblance d’intrigues construites à partir d’infos recueillies sur le terrain, expliquent le succès et la fortune de l’auteur, mort en 2013 après avoir vendu plus de 150 millions de livres.

Romans de gare machistes qui confinent les personnages féminins à des objets sexuels culbutés dans tous les sens par Son Altesse Sérénissime le prince Malko Linge, héros de la série ? Peut-être. Mais à relire les descriptions de certaines de ces ‘bombes sexuelles sur pattes’, pin-up systématiquement moulées dans une ‘microjupe’, difficile de ne pas y voir une illustration de la permanence des clichés qui s’attachent singulièrement aux femmes noires et qu’on retrouve dans l’immense somme consacrée à la Domination des corps du XVe siècle à nos jours publiée jeudi sous la direction de l’historien Pascal Blanchard. L’ouvrage Sexe, race et colonies ne se limite certes pas aux femmes noires et dresse un panorama exhaustif de l’image du corps de l’Autre, de l’Afrique coloniale (Maghreb inclus) jusqu’à l’Asie et au monde amérindien.”

Lire la suite de l’article de Maria MALAGARDIS, Les femmes noires comme incarnation forcée du corps de l’Autre, sur LIBERATION.FR (21 septembre 2018)…


Lire encore…

 

Les «gilets jaunes»: un fait révélateur d’une transition écologique injuste et tronquée?

[…] L’économiste Joseph STIEGLITZ avait jadis utilisé une image pour parler de la société contemporaine. Nous ne vivons plus dans une société, avec une stratification sociale, certes inévitable, mais raisonnable, écrivait-il. C’était l’utopie des sociétés des années 1960 et plus largement celle d’une démocratie sociale. Cet idéal est foulé au pied des transformations sociales et technologiques contemporaines. Nous pensions être embarqués dans un même bateau, certes dans des classes différentes, mais quand même dans un même bateau. Aujourd’hui, dit Stieglitz, on navigue dans des bateaux différents, dans trois bateaux, nous dit-il. Les uns dans des paquebots de luxe, à la route bien tracée, avec des radars et des systèmes de pilotages efficaces, des bateaux de sauvetage bien fournis. Les autres dans de vieux rafiots qui tiennent péniblement la mer, aux moteurs poussifs, à la merci des vagues et des vents ; ils suivent péniblement le convoi. Les autres enfin sont largués, accrochés à des radeaux de fortune essayant de ne pas couler. Les gens des vieux rafiots tentent d’en sauver. D’autres sont irrités par ces gens qui s’accrochent à leur bateau chancelant. Ceux du paquebot de luxe ne les regardent pas, ne les voient pas. Leur monde est ailleurs. […]

Lire la carte blanche complète de Felice DASSETTO sur LESOIR.BE (article du 20 novembre 2018)…


Plus de presse…

ISTASSE : Engagement et participation politique des femmes : évolution et effets des règles électorales (CRISP)

(c) ancrages : centre de ressources dédié à l'histoire et aux mémoires des migrations en Provence-Alpes Côte d'Azur (FR)
(c) Ancrages

“En sept décennies, la question de la participation des femmes à la vie politique a considérablement évolué en Belgique. En 1948, soit plus d’un siècle après l’indépendance du pays, le suffrage aux élections législatives est enfin élargi aux femmes. En 2018, les listes électorales doivent compter un nombre égal de candidats et de candidates et, dans deux régions, pour la première fois, le système de la « tirette » est de mise. Entre ces deux moments, la participation politique des femmes a connu de nombreuses étapes et une série de réformes ont été adoptées afin de favoriser la présence de femmes aux différents niveaux de pouvoir.

La présente contribution retrace brièvement l’historique de ces différentes législations et, surtout, tente de percevoir l’effet concret qu’elles ont pu avoir sur la représentation politique des femmes jusqu’aux dernières élections en date (à savoir le scrutin du 14 octobre 2012 aux niveaux provincial et communal, et le scrutin du 25 mai 2014 aux niveaux européen, fédéral, régional et communautaire). Pour cela, est pris pour point de départ le milieu des années 1990, c’est-à-dire la dernière époque à laquelle aucune loi relative aux quotas ou à la mixité n’était encore entrée en vigueur (hormis pour la constitution des listes de candidats en vue des scrutins provinciaux et communaux).

Enfin, cet article présente succinctement les récentes avancées législatives qui entreront en vigueur lors des prochaines échéances électorales, c’est-à-dire le 14 octobre 2018 (élections communales et provinciales) et le 26 mai 2019 (élections européennes, fédérales, régionales et communautaires)…”

Lire la suite de l’article de Cédric ISTASSE sur CRISP.BE (article du 11 septembre 2018)


D’autres publications du CRISP (Centre de recherche et d’information socio-politiques) :

Déclaration universelle des droits de l’homme – DUDH (1948)

Couverture de la brochure des Nations Unies dédiée à la DUDH avec un dessin de Yacine Ait Kaci (YAK) (c) 2015 Nations Unies

“Le 10 décembre 1948, les 58 États Membres qui constituaient alors l’Assemblée générale des Nations Unies ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris, au Palais de Chaillot (résolution 217 A (III)). Pour commémorer son adoption, la Journée des droits de l’homme est célébrée chaque année le 10 décembre. Ce document fondateur – traduit dans plus de 500 langues différentes – continue d’être, pour chacun d’entre nous, une source d’inspiration pour promouvoir l’exercice universel des droits de l’homme.”

Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde,

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme,

Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression,

Considérant qu’il est essentiel d’encourager le développement de relations amicales entre nations,

Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, et qu’ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande,

Considérant que les Etats Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l’Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales,

Considérant qu’une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement,

L’Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l’homme comme l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l’esprit, s’efforcent, par l’enseignement et l’éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d’en assurer, par des mesures progressives d’ordre national
et international, la reconnaissance et l’application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.


[en construction] A chacun des articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme, wallonica.org consacre une page séparée où seront regroupés articles, revue de presse, opinions et documents liés à la thématique de l’article en question. Pour les découvrir, cliquez sur l’article ci-dessous…

  1. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Behind TIME’s Donald Trump ‘Welcome to America’ Cover

Couverture du Time Magazine du 2 juillet 2018 (c) Time – John Moore – Getty Images

“John MOORE, a Pulitzer Prize-winning photographer for Getty Images, has been photographing immigrants crossing the U.S.-Mexico border for years. This week one of his pictures became the most visible symbol of the immigration debate in America.

This one was tough for me. As soon as it was over, they were put into a van. I had to stop and take deep breaths,” Moore told TIME Tuesday, describing his reaction to the scene of a two-year-old Honduran girl crying as her mother was being detained in McAllen, Texas. “All I wanted to do was pick her up. But I couldn’t.

(c) John Moore – Getty Images

Due to the power of the image, which appeared as critics from across the political spectrum attacked President Trump’s now-reversed policy of separating children from parents who are being detained for illegally entering the United States, TIME’s editors selected Moore’s photograph to create a photo illustration, including Trump, to make the July 2, 2018, cover of the magazine.”

Lire la suite de l’article de la rédaction de TIME.COM (article du 21 juin 2018)

John Moore

Découvrir la galerie des photos prises par John Moore lors de ses reportages sur l’immigration d’Amérique latine vers les USA sur REPORTAGESBYGETTYIMAGES.COM

 


Plus de presse…

franc-maçonnerie

Couverture d’un ouvrage anti-maçonnique de Léo TAXIL (fin XIXe)
Secrète ? Fermée ? Discrète ? Ésotérique ? Philanthropique ?
Comment définir justement la franc-maçonnerie ?

D’après le Littré en ligne, la franc-maçonnerie (ou, plus simplement, la maçonnerie) est une “association philanthropique, secrète autrefois, qui fait un emploi symbolique des instruments à l’usage de l’architecte et du maçon, et dont les lieux de réunion sont appelés loges.”

D’après le CNTRL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, FR), elle est une “association ésotérique visant à l’édification d’une société rationnelle, la construction du Temple, qui professe la fraternité entre ses membres organisés en loges et qui se reconnaissent par des signes et des emblèmes symboliques pris aux maçons du Moyen Âge.

D’après le Larousse en ligne, elle est une “société mondiale fermée, dont les membres, ou frères, qui se reconnaissent à des signes, en possèdent seuls les secrets sous serment. (Un groupe de maçons forme une loge, un groupement de loges forme une obédience).

De son côté, dans son (petit) espace d’accès non-payant, l’Encyclopaedia Universalis propose : “Ordre initiatique, club philosophique, communauté fraternelle, lobby politique ou simple réseau, la franc-maçonnerie a reçu, au cours de sa déjà longue histoire, des définitions et identités variées aux sens souvent contradictoires, sans qu’aucune d’entre elles puisse être considérée comme exhaustive ni tenue pour totalement erronée. Au XVIIIe siècle déjà, dans l’une des premières divulgations publiques des usages maçonniques, un auteur avait ainsi mis en garde ses lecteurs : « Pour le public un franc-maçon / Sera toujours un vrai problème / Qu’il ne saurait résoudre à fond / Qu’en devenant maçon lui-même » (Le Secret des francs-maçons, 1744). Plus de 250 ans plus tard, il appartient néanmoins au maçonnologue de surmonter ce dilemme qui n’a pourtant rien perdu de son actualité…

Étonnamment, une requête “franc-maçonnerie” sur le site “Connaître la Wallonie” du portail de la Région wallonne ne mène qu’à une fiche de type “lieu de mémoire”, consacrée au monument Eugène DEFACQZ, à Ath. Seule évocation du sujet : “Quant à la référence explicite à son activité maçonnique, elle [la statue] confirme, aux yeux de ses anciens adversaires, qu’Eugène Defacqz était avant tout le représentant affirmé d’un parti ; le journal catholique local rappelle volontiers l’opposition de Defacqz à la liberté religieuse et son insistance pour que les pouvoirs publics surveillent la liberté d’enseignement…“. Or, la Belgique compte quelque 25.000 maçons, dont beaucoup en terres wallonnes (source : LESOIR.BE, article du 10 mai 2016).

Il est rassurant d’apprendre que tous les francs-maçons ne mangent pas des petits enfants en piétinant des crucifix devant une effigie de Belzebuth, comme voulaient le faire croire des auteurs anti-maçonniques comme Léo TAXIL dans ses écrits polémiques (cfr. affiche ci-dessus) : “Exclu de la Maçonnerie dès le 1er degré pour ‘fraude littéraire’, Léo Taxil débute alors une campagne contre les Francs-maçons. Selon ses dires, il faisait partie de la loge Le temple des amis de l’honneur français. En 1887, il est reçu en audience par le pape Léon XIII, qui blâme l’évêque de Charleston pour avoir dénoncé les confessions antimaçonniques de Taxil comme une fraude. En 1892, Taxil commence à publier un journal La France chrétienne anti-maçonnique. Entre le 20 novembre 1892 et le 20 mars 1895, il fait paraître avec Carl Hacks, sous le pseudonyme du ‘Docteur Bataille’, Le Diable au XIXe siècle, un ouvrage prétendant dresser l’état de l’occultisme, accusant les loges d’adorer le démon et dénonçant une vaste conspiration maçonnique mondiale, qui fait un grand bruit. À côté de figures bien réelles de la maçonnerie comme Albert Pike, il met en scène des personnages de fiction, comme Sophie Walder, Grande Maîtresse du Lotus de France, Suisse et Belgique, et Diana de Vaughan, haute dignitaire luciférienne, qui aurait écrit pour lui ses confessions, où elle parle du culte satanique nommé «palladisme». Ces assertions sont confirmées, à la même époque, par l’installation à Paris d’une Américaine du nom de Diana Vaughan qui attire aussitôt l’attention et que Taxil présente aux journalistes catholiques influents. Devant les prétendues révélations de Diana Vaughan, une polémique naît. Un Congrès antimaçonnique, réuni à Trente avec la bénédiction de Taxil en 1896, tente en vain de trancher la question de leur véridicité. Pressé de montrer Diana aux incrédules, qui doutent de la véracité des affirmations de Diana Vaughan, et de son existence même, Taxil décide finalement de révéler la mystification, lors d’une conférence le 19 avril 1897 dans la grande salle de la Société de géographie de Paris. À la stupeur de l’auditoire, qui compte un certain nombre d’ecclésiastiques, il fait savoir que cette Diana n’était qu’un canular parmi toute une série, il s’agit une simple dactylographe employée par une maison américaine qui vend des machines à écrire et qui lui avait permis d’utiliser son nom. Il avait commencé, dit-il, douze ans plus tôt, en persuadant le commandant de Marseille que le port était infesté de requins et qu’un navire avait été envoyé pour les détruire. Il avait ensuite découvert une ville sous-marine dans le Lac Léman et attiré des touristes et des archéologues pour la retrouver. Il remercie les évêques et les journaux catholiques d’avoir si bien contribué à son canular final, à savoir sa conversion. L’assistance reçoit ces révélations avec indignation. Quand Taxil veut s’en aller, il est malmené au point que des agents de police doivent l’accompagner jusqu’à un café voisin. Il quitte alors Paris. Il finit sa carrière comme correcteur à l’imprimerie de Sceaux.” [source : HISTOPHILO.COM]

Voilà donc une association philanthropique (dixit Littré) fondée sur la liberté de pensée, qui fait polémique depuis longtemps chez les tenants d’une vérité révélée ou décidée par le pouvoir. La supercherie de Taxil au XIXe n’est qu’un exemple d’anti-maçonnisme qui serait cocasse s’il n’était sordide : l’existence supposée d’un complot judéo-maçonnique a ensuite garni l’argumentaire des extrémistes politiques et religieux dans les années Trente. La volonté de l’ultra-droite belge (e.a. le mouvement REX) d’éradiquer le mouvement maçonnique a été servie par l’Occupant nazi dès son arrivée en Belgique (mai 1940), aidé en cela par la Collaboration : une exposition anti-maçonnique attire alors près de 30.000 visiteurs, les biens des obédiences maçonniques sont confisqués, leurs archives transférées en Allemagne, plusieurs maçons notables sont assassinés sur le territoire national  et des milliers de maçons sont déportés au cours de la deuxième guerre mondiale.

De nos jours encore, un pays européen comme l’Italie déclare qu’aucun maçon ne peut faire partie du gouvernement et ce, à la suite de l’Autriche, de la Hongrie et de la Pologne : comment reconnaître le fascisme ? se demande Umberto Eco…


La Franc-Maçonnerie en Belgique

Les principales obédiences présentes en Belgique sont classées par nombre décroissant de membres affiliés :

  • Grand Orient de Belgique, en abrégé GOB, “fédération de loges libres et souveraines” (création en 1833, ± 117 loges, quelque 10.000 membres masculins) ;
  • Droit Humain (Fédération belge du -), en abrégé DH, “ordre maçonnique mixte international” (création en 1928, ± 85 loges, quelque 7.000 membres des deux sexes) ;
  • Grande Loge de Belgique, en abrégé GLB, “ordre maçonnique masculin et pluraliste” (création en 1959, ± 75 loges, quelque 4.000 membres masculins) ;
  • Grande Loge Féminine de Belgique, en abrégé GLF, la “franc-maçonnerie au féminin” (création en 1981, ± 46 loges, quelque 2.200 membres féminins) ;
  • Grande Loge Régulière de Belgique, en abrégé GLR, la “franc-maçonnerie traditionnelle” (création en 1979, ± 52 loges, quelque 1.600 membres masculins) ;
  • Lithos – Confédération de Loges, en abrégé LCL (création en 2006, ± 33 loges, quelque 1.100 membres des deux sexes) ;
  • Ordre international du Rite Ancien et Primitif de Memphis et Misraïm, “loge symbolique” (création en 2006, ± 4 loges, quelque 70 membres) ;
  • Grand Orient Latino-Américain, en abrégé GOLA (création en 2004, 2 loges, quelque 40 membres des deux sexes) ;
  • Grande Loge de district des maîtres maçons de marque de Belgique, (création en 1996).

Extraits des Contes et nouvelles de Maupassant, deux passages de son Oncle Sosthène (1882) :

Mon oncle me répondait : « Justement nous élevons religion contre religion. Nous faisons de la libre pensée l’arme qui tuera le cléricalisme. La franc-maçonnerie est la citadelle où sont enrôlés tous les démolisseurs de divinités […]

[…] il fallait voir mon oncle Sosthène offrir à dîner à un franc-maçon. Ils se rencontraient d’abord et se touchaient les mains avec un air mystérieux tout à fait drôle, on voyait qu’ils se livraient à une série de pressions secrètes. Quand je voulais mettre mon oncle en fureur je n’avais qu’à lui rappeler que les chiens aussi ont une manière toute franc-maçonnique de se reconnaître. Puis mon oncle emmenait son ami dans les coins, comme pour lui confier des choses considérables ; puis, à table, face à face, ils avaient une façon de se considérer, de croiser leurs regards, de boire avec un coup d’œil comme pour se répéter sans cesse : « Nous en sommes, hein ?»


Extraits du Dictionnaire des symboles maçonniques de Jean Ferré (1997) :

“On s’aperçoit que I’idée que se font les Maçons de la Franc-Maçonnerie, le sens et les buts qu’ils lui donnent varient d’un pays à l’autre et, dans un même pays, d’une Obédience à l’autre. Il suffit de bavarder avec un membre de la Grande Loge Nationale Française, du Grand Orient, de la Grande Loge de France, de la Grande Loge Féminine de France, de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique (Opéra), du Droit Humain pour s’en rendre compte. Selon les sensibilités ou les aspirations, la Maçonnerie sera :

  • une école de pensée ;
  • un moteur de la société ;
  • une école de tolérance ;
  • un enseignement ésotérique ;
  • une société de fraternité et d’entraide ;
  • un groupe agissant sur le pouvoir politique ;
  • le prolongement de I’activité des Bâtisseurs ;
  • la résurgence de la culture égyptienne ;
  • la résurgence de l’Ordre Templier ;
  • etc.

Chacun possède des arguments pour conforter son opinion. Ainsi, Edmond GLOTON écrit :

Sans symboles, la Franc-Maçonnerie serait une société comme les autres et n’aurait pu survivre aux révolutions qui ont bouleversé les siècles passés. Sans symboles, elle deviendrait une société de libre pensée, de secours mutuel, un club politique. Nos Rites, nos Traditions, nos Symboles renferment de profonds enseignements qui ont formé des générations de penseurs, de philosophes, de savants qui ont contribué à faire marcher l’humanité dans la voie du progrès.

La Constitution du Grand Orient de France dit dans son Article Premier :

La Franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité. Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.

En 1876? eurent lieu des discussions, suivies d’un vote en 1877 qui concernait les premiers termes du deuxième paragraphe de I’Article premier des Anciennes Constitutions :

La Franc-Maçonnerie a pour principe l’existence de Dieu et l’immortalité de l’ âme.

Le Convent de 1876 affirme :

Aucun homme intelligent et honnête ne pourra dire sérieusement que le Grand Orient de France a voulu bannir de ses Loges la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme, alors qu’au contraire, au nom de la liberté absolue de conscience, il déclare solennellement respecter les convictions, les doctrines et les croyances de ses membres.

Le Convent de 1877 tient un autre discours :

Laissons aux théologiens le soin de discuter des dogmes. Laissons aux Églises autoritaires le soin de formuler leur syllabus. Mais que la Maçonnerie reste ce qu’elle doit être, c’est-à-dire une institution ouverte à tous les progrès, à toutes les idées morales et élevées… Qu’elle se garde de vouloir être une Eglise, un Concile, un Synode… Que la Maçonnerie plane donc majestueusement au-dessus de toutes ces questions d’églises ou de sectes qu’elle domine de toute sa hauteur…

Le Rite Écossais Rectifié, dans son catéchisme, donne cette définition:

C’est une école de Sagesse et de Vertu qui conduit au temple de la Vérité, sous le voile des symboles, ceux qui l’aiment et qui la désirent.

Après l’Initiation, il est dit au nouvel Apprenti :

Dès aujourd’hui, vous formez avec nous une classe distincte d’hommes voués, par goût et par devoir, à l’exercice des vertus et à l’étude des connaissances qui y conduisent.

Pour le Maçon du Rite Émulation, la Franc-Maçonnerie :

[…] est un système particulier de morale, enseigné sous le voile de l’allégorie et illustré par des symboles.

Le catéchisme du Rite Français Ancien définit ainsi le Maçon et la Maçonnerie :

Qu’est-ce qu’un Maçon ?
C’est un homme libre, également ami du pauvre et du riche s’ils sont vertueux.
Que venons-nous faire en Loge ?
Vaincre nos passions, soumettre nos volontés et faire de nouveaux progrès en Maçonnerie.

Très proche est le catéchisme du Rite Écossais Ancien et Accepté :

[…] C’est un homme né libre et de bonnes mœurs, également ami du riche et du pauvre s’ils sont vertueux.
Qu’y fait-on ? (dans la Loge)
On y élève des temples à la vertu et l’on y creuse des cachots pour le vice.
Que venez-vous faire ici ?
Vaincre mes passions, soumettre ma volonté et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.

Pour la Grande Loge de France et la Grande Loge Féminine de France :

La Franc-Maçonnerie est une société initiatique dont la forme et le fonctionnement sont transmis traditionnellement. Elle a pour finalité le perfectionnement individuel de ses membres et leur rayonnement dans le monde.

[…] Si les Maçons s’accordent pour mettre en avant les notions de recherche au moyen de l’allégorie et du symbole, d’entraide et de fraternité, on s’aperçoit qu’il existe un fossé, parfois très large et profond, entre ceux qui parlent de libre pensée et ceux qui jugent nécessaire la croyance en un Dieu révélé, entre ceux qui ont pour but de changer la société ou I’humanité, et ceux qui estiment qu’il convient de travailler d’abord sur I’individu. Des Loges du Grand Orient ou du Droit Humain dirigent la totalité de leurs Travaux vers le social ou le politique. On y traitera des sujets tels que : le budget de la Sécurité Sociale, la laïcité et I’enseignement, le pétrole dans le monde, la contraception, l’avortement… Dans ces ateliers, on considère que la Maçonnerie doit nécessairement et directement œuvrer sur la société.

D’autres Loges travaillent à la fois sur le symbolisme et sur des questions d’ordre socio-politique. C’est le cas de certains ateliers du Grand Orient et du Droit Humain, des Loges de la Grande Loge de France et de la Grande Loge Féminine de France.

D’autres Loges encore, celles de la Grande Loge Nationale Française et de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique (Opéra), bannissent tout sujet qui ne soit pas strictement maçonnique. On évitera donc dans leurs Temples d’évoquer toute question d’ordre politique ou religieux, pour ne travailler que sur la symbolique maçonnique, le symbolisme en général, l’histoire de la Maçonnerie. Au-delà des querelles partisanes, on peut affirmer que tous les Maçons (ou presque) se caractérisent par un esprit ouvert, une volonté d’écoute, une soif d’apprendre, un besoin de faire le bien. En 1984, la Grande Loge Unie d’Angleterre a publié ses principes, qui ont été traduits et diffusés grâce aux travaux de la Loge Villard de Honnecourt. Il n’est pas question ici de citer le texte dans son entier, mais nous allons en dégager les points essentiels :

  • Pour être admis, et rester Maçon, la principale condition est la foi en un Être Suprême.
  • Il faut être de bonne renommée.
  • N’étant ni une religion ni un substitut, la Franc-Maçonnerie entend que ses membres restent fidèles à leur foi.
  • Toute discussion religieuse sera interdite au cours des réunions.

Plusieurs grands principes sont mis en avant :

  • Amour fraternel : Tolérance, respect des autres, compréhension ;
  • Vérité : sens de la morale ;
  • Charité : Intérêt pour la société, oeuvres charitables ;
  • Respect des lois du pays ;
  • Condamnation de l’affairisme et du copinage ;
  • Secret concernant les affaires internes ;
  • Apolitisme : Interdiction de toute discussion politique en Loge.

La communication se termine par cette phrase : “Aucune de ces idées n’est exclusivement maçonnique, mais toutes devraient pouvoir être universellement acceptées.


La Franc-Maçonnerie selon le Grand Orient de Belgique

La franc-maçonnerie n’est pas une église, qui exprimerait ses doctrine, foi ou loi par le biais de quelque pontife, pasteur, rabbin ou autre ayatollah. Elle n’est pas davantage un centre d’action laïque, quoiqu’elle pourrait s’en rapprocher à certains égards. Elle n’est pas un parti politique, une école de philosophie ou un syndicat et ne peut, ni ne veut, se laisser instrumentaliser, contraindre ou réduire, quelle que soit la qualité des intentions. Elle est à ce point soucieuse de la liberté d’opinion, de la liberté de conscience et de la liberté d’expression de ses membres que, sauf à recevoir un mandat exprès, il ne peut être question de réduire à une seule la voix de tous et de chacun.

La franc-maçonnerie n’est pas prosélyte, ne défend aucune idéologie, n’a pas l’obligation d’être reconnue pour exister. C’est surtout par respect pour la société civile et démocratique où elle prend racine, qu’elle affiche son existence tout en restant discrète. Elle est une société sui generis, construite au fil des siècles, de manière empirique, par sédimentations successives. Elle ne procède que d’elle-même.

Plus d’infos sur le Grand Orient de Belgique (obédience masculine qui ne connaît que les grades d’Apprenti, de Compagnon et de Maître) sur GOB.BE…


La Franc-Maçonnerie selon la fédération belge du Droit Humain

Société initiatique, la Franc-Maçonnerie regroupe des hommes et des femmes probes et libres, soucieux de leur propre perfectionnement, prêts à se remettre en question, désireux de réfléchir et de s’impliquer ensemble ou individuellement dans l’évolution éthique, solidaire et sociale de l’Humanité.

La Franc-Maçonnerie, par des rituels basés sur le symbolisme de la construction, tente d’amener ses membres à réaliser pour eux-mêmes et pour tous les humains, le maximum de développement moral et intellectuel, et, par là, de contribuer à créer un monde meilleur, plus juste, plus solidaire.

Elle puise dans la tradition maçonnique les valeurs, les moyens, la méthode qui lui permettront d’établir des liens de fraternité entre des personnes qui, sans elle, auraient continué de s’ignorer, et leur propose de travailler ensemble, dans le respect des diversités, à leur perfectionnement et au progrès de l’humanité.

Elle tient pour essentiels les principes de liberté, d’égalité, de tolérance, le rejet de tout dogme; elle propose une recherche, un devenir. Il s’agit donc d’une Franc-Maçonnerie adogmatique.

La méthode symbolique permet à l’initié de mieux se connaître, de travailler à son propre perfectionnement et au progrès de l’Humanité.
Elle est exigeante et demande de s’impliquer activement et sincèrement.

Les échanges d’idées se déroulent suivant une méthode spécifique. Fondée sur des rituels et des symboles, elle permet une écoute active de l’opinion d’autrui, pour autant qu’elle soit empreinte du respect de l’autre et soit conforme aux principes du libre examen.

Les rituels associés à la méthode initiatique invitent à apprendre à mieux se connaître et créent un climat de travail positif. Pareille méthode n’enseigne pas, mais éclaire et éveille, stimule l’esprit et crée l’émotion, donne une impulsion à la réflexion et à la méditation.”

Plus d’infos sur le site du Droit Humain (obédience mixte)…


Histoire de la Maçonnerie

“De très nombreux livres ont été écrits à ce sujet. Le lecteur n’a que I’embarras du choix. Notre volonté est de tracer un chemin, et nous l’avons fait par le biais d’une chronologie. Le choix des dates, des événements est forcément arbitraire, mais nous pensons que le tableau qui suit permettra de comprendre l’évolution de ce qui a été à l’origine une communauté professionnelle et qui, peu à peu, s’est transformée, grâce à un enseignement prodigué en son sein, en une société initiatique.

Dates importantes de la Maçonnerie :

  • 0001 – Adam.
  • **** – Déluge.
  • **** – Babel.
  • **** – Dispersion.
  • **** – Séjour en Egypte.
  • **** – Enseignement d’Abraham.
  • **** – Exode.
  • **** – Tabernacle.
  • **** – Construction du Temple – Mort d’Hiram.
  • **** – Destruction du Temple.
  • **** – Captivité des Juifs.
  • IIIe acn – Euclide.
  • 2013 acn – Prise de Syracuse.
  • **** César – Naissance du “Messie de Dieu”, “Grand Architecte de l’Église”.
  • 0700 – Collegia Fabrorum
  • 1119 – Fondation de la Milice du Temple.
  • 1212 – London Assize of Wages (travailleurs de pierre affranchis).
  • 1250 – Villard de Honnecourt, Pierre de Corbie.
  • 1268 – Livre des Métiers.
  • 1276 – Compagnonnage ?
  • 1314 – Dissolution de I’Ordre du Temple.
  • 1350 – Polychronicon.
  • 1370 – Règlements d’York.
  • 1375 – Compagnie des Maçons (Londres). Ordonnance de la Guilde des charpentiers de Norwich. Apparition du mot Free Mason.
  • 1390 – Regius.
  • 1396 – Charte Vénitienne. Fête des Quatre Couronnés le 8 novembre.
  • 1410 – Cooke (Hiram évoqué mais non cité).
  • 1439 – St-Clair de Roslin, G.M. héréditaire des Loges Écossaises.
  • 1459 – Constitutions de Strasbourg. Statuts de Ratisbonne.
  • 1462 – Ordonnances de Torgau.
  • 1583 – Grand Lodge MS (manuscript) n°1 (Fils d’Eram de Tyr = Anyone).
  • 1599 – Procès-verbaux de la Loge Mary’s Chapel (Edimbourg). Statuts Schaw.
  • 1600 – Mary’s Chapel initie un non-opératif (John Boswell of Auchinleck).
  • 1646 – Initiation d’Elias Ashmole. ler Sloane MS.
  • 1659 – 2ème Sloane MS.
  • 1674 – Melrose MS.
  • 1675 – Dumfries MS n°l.
  • 1680 – Tew MS (cite Hiram).
  • 1687 – Watson MS.
  • 1688 – lère référence à une Loge non opérative (Trinity College-Dublin). Constitution de la Loge des gardes Écossais à Saint-Germain.
  • 1696 – Edinburgh Register House MS.
  • 1700 – Sloane MS.
  • 1703 – Loge St-Paul (La Maçonnerie cesse d’être opérative).
  • 1710 – Dumfries MS n°4.
  • 1711 – Trinity College MS.
  • 1717 – Grande Loge de Londres (Anthony Sayer G.M.).
  • 1719 – Désaguliers G.M.
  • 1720 – Payne G.M.
  • 1721 – 2 grades maçonniques (confirmation). Duc de Montaigu G.M. Amitié et Fraternité à Dunkerque.
  • 1723 – Constitutions d’Anderson. Duc de Wharton G.M. Grade de Maître.  Apparition d’Hiram. Mason’s Examination.
  • 1724 – The Secret History of the Free-Masons.
  • 1725 – Trois grades. Loge d’York = Grande Loge de toute l’Angleterre. Grande Loge à Dublin.
  • 1726 – Loge Ecossaise de Saint-Thomas à Paris. Graham MS.
  • 1730 – Masonry Dissected de Prichard.
  • 1732 – Loge Anglaise n°204 à Bordeaux.
  • 1736 – Discours de Ramsay. Maître Écossais, Novice, Chevalier du Temple. Royal Arch.
  • 1738 – Bulle In Eminenti de Clément XII. Constitution de la Grande Loge de France (prendra ce nom en 1755). Révision des Constitutions d’Anderson. La Maçonnerie s’organise.
  • 1742 – Traduction des Constitutions d’Anderson en français.
  • 1743 – La Loge Mère Kilwinning se déclare G.L.
  • 1744 – Catéchisme des Francs-Maçons.
  • 1747 – Ordre des Francs-Maçons Trahi.
  • 1749 – ler grade chevaleresque (Chevalier d’Orient).
  • 1751 – Grande Loge of Ancients Masons.
  • 1754 – Chapitre de Clermont. Rite des Elus Cohen (Pasqually).
  • 1755 – Grande Loge de France.
  • 1756 – Le baron de Hund fonde la Stricte Observance. Desmott et la constitution de la G.L. des Ancients (Ahiman Rezon).
  • 1761 – Chevalier Kadosh.
  • 1765 – Chevalier Rose-Croix.
  • 1766 – Grand Chapitre de l’Arche Royale de Jérusalem.
  • 1771 – Les Ancients créent leur Grand Chapitre.
  • 1772 – Convent de Kohlo – Rite Ecossais Rectifié.
  • 1773 – Grande Loge Nationale de France 4 Directoires de la S.O. : Strasbourg, Lyon, Montpellier, Bordeaux.
  • 1774 – Le G.O. reconnaît les Loges d’Adoption.
  • 1778 – Convent des gaules (Lyon) -CBCS.
  • 1780 – Initiation de Goethe.
  • 1782 – Convent de Wilhemsbad.
  • 1783 – Le Marquis de Thoré et le rite de Swedenborg.
  • 1784 – Initiation de Mozart.
  • 1785 – Initiation de Haydn.
  • 1791 – La Flûte enchantée.
  • 1801 – Suprême Conseil de Charleston (REAA). Régulateur du Maçon.
  • Les Fils de la Vallée (Werner).
  • 1803 – Louis-Bonaparte Grand Maître du Grand Orient.
  • 1804 – Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien Accepté. Concordat du 5 déc. – Unité du Rite Écossais Ancien Accepté.
  • 1805 – Rite de Misraïm – Milan. Dénonciation du Concordat. Grande Loge Générale Écossaise.
  • 1807 – Grande Loge d’Ecosse.
  • 1809 – Loge de Promulgation.
  • 1813 – Acte d’Union: Lodge of Reconciliation.
  • 1814 – Rite de Misraïm en France.
  • 1815 – Les Disciples de Memphis à Montauban.
  • 1817 – Le Grand Orient interdit le Rite de Misraïm. Suprême Gd Chapter of Royal Arch Masons of England.
  • 1823 – Emulation Lodge of Improvement.
  • 1833 – Grand Orient de Belgique.
  • 1836 – Unification des rituels du Rite Écossais Ancien Accepté.
  • 1840 – Initiation de Pierre Ier de Prusse.
  • 1844 – Grande Loge Suisse Alpina.
  • 1845 – Supreme Council of the Ancient & Accepted Rite.
  • 1846 – Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien Accepté (Edimbourg).
  • 1848 – Grande Loge Nationale de France.
  • 1852 – Lucien Murat Grand Maître du Grand Orient.
  • 1865 – Pie IX renouvelle la condamnation de la Maçonnerie.
  • 1875 – Convent de Lausanne.
  • 1877 – Convent du Grand Orient (Suppression de l’affirmation dogmatique de l’existence de Dieu).
  • 1880 – 12 Loges françaises créent la Grande Loge Symbolique Écossaise.
  • 1882 – Initiation de Maria Deraisme.
  • 1884 – Encyclique Humanum Genus de Léon XIII.
  • 1886 – Quatuor Coronati Lodge n°2076.
  • 1893 – Droit Humain.
  • 1901 – Le Libre Examen (GLFF).
  • 1904 – Grande Loge de France.
  • 1907 – Jérusalem Écossaise (GL) demande une Loge d’Adoption.
  • 1910 – Grande Loge Nationale Indépendante pour la France et les Colonies.  Edouard de Ribeaucourt réveille Le Centre des Amis.
  • 1913 – Centre des Amis + Anglaise n°204 = Grande Loge Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises.
  • 1915 – Elle devient GLNF.
  • 1925 – 4 Loges d’Adoption à la GL.
  • 1928 – Fédération Belge du droit Humain.
  • 1935 – Grand Prieuré des Gaules.
  • 1940 – Pétain interdit la Maçonnerie.
  • 1943 – De Gaulle annule cette loi.
  • 1953 – L’Union Maçonnique Féminine de France devient la Grande Loge Féminine de France.
  • 1958 – GL Traditionnelle et Symbolique : Opéra.
  • 1959 – GL de Belgique.
  • 1961 – CLIPSAS (Centre de liaison et d’information des puissances maçonniques signataires de l’appel de Strasbourg).
  • 1979 – Grande Loge Régulière de Belgique.
[Chronologie établie e.a. d’après le Dictionnaire des symboles maçonniques de Jean Ferré (1997) et les sites officiels des différentes obédiences]

En savoir plus…

LUMUMBA, Patrice-Emery (1925-1961)

“Le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, a annoncé mardi son intention de faire inaugurer le 30 juin 2018 dans sa commune une place Patrice Lumumba, qui sera le premier lieu public en Belgique rendant hommage à cette figure du combat de l’ex-Congo belge pour son indépendance.

Le conseil municipal doit voter lundi prochain une résolution en ce sens, a déclaré M. Close à la radio publique La Première (RTBF).

Patrick LUMUMBA en 1960 (c) Belga

Patrice LUMUMBA fut l’éphémère premier Premier ministre du jeune Congo indépendant – l’actuelle RDC (ex-Zaïre) – au sortir de la colonisation belge en 1960.

Patriote perçu comme pro-soviétique par les Américains et désavoué par les milieux d’affaires belges, il avait été assassiné le 17 janvier 1961 dans la province du Katanga, avec la complicité présumée de la CIA, du MI6 britannique et de la Belgique.

A Bruxelles, des membres de la diaspora africaine regroupés dans diverses associations réclamaient depuis plusieurs années qu’une rue, une place ou un lieu public célèbre la mémoire de celui qui est surnommé “le père de l’indépendance“, tué à l’âge de 35 ans.

Et mardi, le bourgmestre socialiste (PS) de la capitale belge s’est dit “extrêmement fier” de leur donner enfin gain de cause, une décision qu’il a présentée comme la fin d’un tabou en Belgique. “Le 30 juin, Bruxelles, pour la première fois, aura une place Patrice Lumumba, ça passe lundi au conseil communal et on est extrêmement fiers de reconnaître ça“.

Il ne s’agit pas de débaptiser une place existante, mais de donner le nom de Lumumba et de fixer une plaque commémorative dans un square bruxellois marquant l’entrée de Matongé, le quartier de la communauté congolaise de la capitale.

C’est un quartier que tout le monde connaît, qui a une signification très affective pour notre communauté (…) C’est une très grande victoire“, a dit à l’AFP Lydia Mutyebele, conseillère communale PS qui a porté le projet.

Pour cette élue de 39 ans née au Congo, venue en Belgique à l’âge de six ans, Lumumba est “une figure emblématique” pour tout le continent noir, symbolisant pour de nombreux jeunes “l’attachement à une Afrique qu’ils connaissent peu parce qu’ils sont nés ici“.

L’annonce de ce geste politique intervient le jour du 60e anniversaire de l’inauguration de l’Exposition universelle à Bruxelles, le 17 avril 1958, où un village congolais aux allures de zoo humain était censé évoquer la puissance de la Belgique du temps des colonies.”


Plus de presse :

BELGIQUE : exceptions au droit d’auteur

(c) LLDN

Dans certains cas, la loi belge dispense les utilisateurs de demander une autorisation aux titulaires de droits pour reproduire ou communiquer au public les œuvres protégées.

Les exceptions constituent ainsi des hypothèses dans lesquelles il est autorisé de reproduire ou de communiquer au public une œuvre, sans demander l’autorisation des titulaires de droits sur cette œuvre.

Ces exceptions sont applicables dans des conditions précises. Il y a lieu de vérifier que ces conditions sont bien réalisées si l’on pense pouvoir se dispenser de demander une autorisation en vertu d’une exception. Si une des conditions n’était pas réalisée, l’utilisation de l’œuvre sans autorisation constituerait en effet une atteinte au droit d’auteur.

Dans certaines hypothèses, l’utilisateur a l’obligation de s’acquitter d’un paiement, parfois prélevé de manière indirecte, qui a pour objectif de rémunérer les titulaires de droits.

Les exceptions en faveur de l’enseignement et/ou la recherche scientifique
  • Les citations d’œuvre : la reproduction d’un extrait d’une œuvre à des fins de critique ou d’enseignement, par exemple pour réaliser une critique d’un livre récemment paru, ou pour reproduire un extrait d’un article dans un travail scientifique, est autorisée ;
  • Les anthologies d’œuvres destinées à l’enseignement ;
  • La communication d’œuvres dans le cadre d’activités scolaires : la représentation d’une pièce de théâtre par les élèves dans le cadre d’un cours de français est autorisée ;
  • La reproduction et la communication d’œuvres, pour illustrer un enseignement ou une recherche : l’illustration d’un cours par des extraits d’œuvres sur lesquels porte l’enseignement, par exemple d’extraits de films dans un cours d’histoire du cinéma, est autorisée. Cela s’étend également, sous certaines conditions, à l’enseignement en ligne ou à distance ;
  • La reprographie, soit la copie d’articles ou de courts fragments d’œuvres sur papier par photocopie ;
  • L’interprétation d’une œuvre lors d’examens publics, en vue de l’obtention d’un diplôme.
Les exceptions en faveur des bibliothèques, musées et archives
  • La consultation d’œuvres sur les terminaux des bibliothèques ou musées : les bibliothèques peuvent permettre à leurs visiteurs de consulter certaines œuvres sur microfilms ou sous une forme numérique sur des ordinateurs ou autres équipements mis à leur disposition ;
  • Les copies en vue de la préservation du patrimoine culturel et scientifique : les bibliothèques, archives ou musées peuvent restaurer des œuvres ou réaliser des copies numériques d’œuvres afin de les préserver et de les conserver pour les générations futures ;
  • La reprographie ou la photocopie d’articles ou d’extraits d’ouvrage par les visiteurs de la bibliothèque : cette exception de reprographie qui autorise la photocopie partielle de livres ou d’articles dans un but strictement privé ou à des fins de recherche ne bénéficie pas directement à la bibliothèque, mais ces photocopies sont fréquemment réalisées par les visiteurs de celles-ci ;
  • Des œuvres orphelines, c’est-à-dire des œuvres dont l’ayant droit ne peut pas être identifié ou localisé peuvent parfois être utilisées. Plus précisément
    • les bibliothèques publiques,
    • les établissements d’enseignement et musées,
    • les archives,
    • les institutions dépositaires du patrimoine cinématographique ou sonore,
    • les organismes de radiodiffusion de service public,

      peuvent sous certaines conditions utiliser des œuvres orphelines sans avoir besoin de l’autorisation de l’ayant droit. Les fins auxquels ces œuvres sont destinées doivent être énumérées dans la loi.

Ces organismes doivent mener une recherche méticuleuse de l’ayant droit. S’ils ne peuvent le trouver, ils doivent enregistrer cette œuvre en tant qu’œuvre orpheline dans une base de données.

Les exceptions pour utilisation privée
  • La communication privée d’œuvres : la diffusion d’œuvres dans la sphère privée ou familiale, ainsi que dans tout contexte où les personnes présentes ont un lien social étroit, par exemple la diffusion de musique dans une fête d’anniversaire privée organisée à son domicile, ou la diffusion d’œuvres dans une maison de retraite pour le seul bénéfice des pensionnaires, échappe au droit d’auteur (en savoir plus sur la diffusion de musique).
  • La copie privée et la reprographie : la réalisation de copies d’œuvres pour sa seule utilisation personnelle est autorisée sous certaines conditions. La copie d’œuvres par le biais de photocopies ou d’impression papier est également légitime lorsqu’elle se réalise à des fins personnelles ou au sein d’une entreprise (en savoir plus sur la copie privée).
Les exceptions en faveur de l’information
  • Les citations d’œuvres, faites pour illustrer une information sur cette œuvre.
  • Les organismes de radiodiffusion peuvent effectuer des copies de leurs propres émissions même si celles-ci comprennent des œuvres protégées par un droit d’auteur.
  • Les reproductions d’œuvres situées dans un lieu public, sont autorisées lorsque la reproduction de l’œuvre est fortuite et ne constitue pas l’objet principal de la reproduction, par exemple la photographie d’une course cycliste ou d’un événement familial qui inclurait une sculpture ou un bâtiment protégé par le droit d’auteur.
  • La caricature, la parodie ou le pastiche, faite dans un but humoristique.
  • Les comptes rendus d’événements d’actualité  relatifs à l’œuvre concernée : un reportage sur une exposition d’œuvres artistiques peut, dans certaines conditions, reproduire et communiquer les œuvres concernées à des fins d’information.
Les autres exceptions
  • L’exception en faveur des handicapés : la loi autorise la copie d’œuvres, leur adaptation ou tout autre acte qui serait nécessaire pour permettre à une personne handicapée d’accéder à l’œuvre, par exemple l’adaptation d’un livre en format braille.
  • L’exception en faveur des établissements hospitaliers, pénitentiaires ou d’aide à la jeunesse : ces établissements sont autorisés par la loi à copier des œuvres pour l’usage de leurs pensionnaires.
  • L’exception de prêt public : dans un but éducatif et culturel, les bibliothèques et médiathèques peuvent effectuer des opérations de prêt dans certaines conditions.
  • L’annonce des expositions publiques ou de ventes d’œuvres plastiques peut être illustrée de reproductions des œuvres concernées.
  • Les reproductions provisoires d’œuvres : cette exception autorise la copie provisoire d’œuvres qui se réalise automatiquement dans l’environnement numérique, soit lors de l’utilisation d’une œuvre par un ordinateur, soit lors d’une transmission d’une œuvre sur un réseau.

Version du 15 janvier 2018, consultable sur ECONOMIE.FGOV.BE

Joséphine de BEAUHARNAIS et les loges d’adoption françaises

Marie Josèphe Rose TASCHER de La PAGERIE, dite Joséphine de Beauharnais, est née le  en Martinique et morte le  à Rueil-Malmaison (FR) ; elle est la première épouse de l’Napoléon Ier (de 1796 à 1809). À ce titre, elle était impératrice des Français de 1804 à 1809 et reine d’Italie de 1805 à 1809.

Elle sera initiée en franc-maçonnerie à Strasbourg (FR) et deviendra Grande Maîtresse. L’année de son initiation n’est pas sûre, mais toujours est-il que, en 1804, une fois devenue impératrice, elle va jouer un rôle important dans la reprise de la franc-maçonnerie d’adoption au XIXe siècle. On parlait alors de “franc-maçonnerie d’adoption” lorsqu’on évoquait les loges féminines, autorisées sous la tutelle de loges masculines ; elles étaient principalement constituées de filles, d’épouses et d’amies proches de francs-maçons. On notera que, vers 1780, Cagliostro fondera le Rite Egyptien avec des loges “androgynes”, sous les auspices de la déesse Isis.

En fait, les Constitutions d’Anderson [texte fondateur de la franc-maçonnerie spéculative] ne font aucune place aux femmes. En 1726, quand la franc-maçonnerie arrive en France, la mixité est de mise depuis près d’un siècle dans les salons conduits par des Dames de renom telle Madame de Rambouillet ou Mademoiselle de Scudéry. Aussi un certain nombre de femmes sont-elles associées à un mouvement qui leur permet de mettre en œuvre leurs aspirations à l’égalité aux côtés d’hommes qui partagent avec elles l’espoir d’un monde plus juste. On va donner le nom de loges d’adoption aux premières loges où des femmes sont reçues “Franches-maçonnes”. Ces loges sont créées au côté des loges masculines. Elles sont fréquentées la plupart du temps par des femmes de la haute société : c’est une minorité, instruite et cultivée. Le Grand Orient de France, constitué en obédience, reconnaît les loges d’adoption le 10 juin 1774. Il les place sous son gouvernement, en codifiant leur existence et, en leur donnant un statut, il impose notamment que les loges portent le même nom que la loge masculine aux côtés de laquelle elles fonctionnent. La Révolution puis l’Empire (avec le Code Napoléon) et le XVIIIe siècle, peu favorable aux femmes, viennent cependant perturber ces aspirations. Au début du XXe siècle, en France, parallèlement au développement de la franc-maçonnerie mixte notamment dans le cadre du Droit humain, la Grande Loge de France réactive ses loges d’adoption et, en 1906, leur donne une constitution propre. Le texte prévoit que : “toute loge d’adoption doit être souchée sur l’atelier dont elle porte le titre précédé des mots Loge d’adoption. Dans toute tenue, toutes les officières de la Loge d’adoption sont obligatoirement assistées des Officiers de l’atelier sur lequel elles sont souchées”.
Il faudra attendre la Libération pour que les femmes prennent véritablement leur destin en main en créant l’Union Féminine Maçonnique de France qui deviendra la Grande loge Féminine de France.

Sources : AIME Magali, Femme et franc-maçonne (Paris, Dervy, 2010)BnF, Département des estampes et de la photographie


Plus de franc-maçonnerie ?

GOETHALS : La physionomie des intercommunales en Belgique (CRISP)

“La médiatisation et les développements de l’« affaire » Publifin en Wallonie et de ses prolongements et répercussions en Flandre et à Bruxelles ont mis au jour des pratiques questionnant l’éthique et la bonne gouvernance des intercommunales en Belgique. Les reproches formulés à l’encontre de ces structures économiques ne sont pas neufs. De nombreuses réformes ont été opérées par le passé dans le but de renforcer leur surveillance et la bonne gouvernance en leur sein. Ces réformes n’ont pas été sans effet sur l’évolution du paysage des intercommunales.

Les questions, investigations et enquêtes relatives aux intercommunales qui alimentent l’actualité depuis le début de cette année ont également fait apparaître une relative méconnaissance, de la part des médias, du grand public et parfois même d’une partie du monde politique, de ces structures et de leur fonctionnement. Craignant que le cas Publifin soit l’arbre qui cache la forêt et dans une optique de rationalisation, le gouvernement wallon a d’ailleurs annoncé le 26 janvier 2017 sa volonté d’établir un cadastre des intercommunales en Wallonie.

En l’absence d’un tel relevé, que sait-on déjà des intercommunales ? Autrement dit, à quoi ressemble actuellement ce paysage ? La tutelle sur ces structures relevant de l’autorité des Régions, peut-on observer des différences régionales significatives ? Cette @nalyse du CRISP en ligne vise à répondre à ces questions en dressant un panorama général des intercommunales en Belgique. Pour ce faire, on évaluera leur nombre, on examinera les secteurs d’activité dans lesquels elles se situent principalement et on envisagera leur poids économique. Au préalable, on définira ce que sont les intercommunales et on rappellera succinctement le cadre réglementaire qui s’applique à elles en Belgique.

Qu’est-ce qu’une intercommunale ?

Les intercommunales résultent de l’association de plusieurs communes en vue de régler et de gérer en commun des matières d’intérêt communal. Outre les communes, toute autre personne de droit public (CPAS, régie communale autonome, province…) ou de droit privé (personne physique ou personne morale) peut également y être associée. Lorsque l’intercommunale ne comprend que des personnes morales de droit public, elle est dite pure ; lorsqu’un partenaire privé est associé aux communes, elle est dite mixte.

En raison des missions de service public assurées par les intercommunales,  et du fait que leur objet est d’intérêt communal, les communes doivent toujours disposer de la majorité des voix au sein de l’assemblée générale des actionnaires. En Wallonie et à Bruxelles, la législation étend cette obligation à l’ensemble des organes de gestion. En revanche, elle n’impose pas aux communes de disposer de la majorité du capital au sein de l’intercommunale. En Région flamande, alors que le statut d’intercommunale mixte avait été aboli en 2001, la possibilité pour une personne de droit privé de participer à une structure intercommunale a été réintroduite en 2016, mais elle est strictement limitée à un maximum de 49 % du total du capital et de 25 % des droits de vote. En outre, cette possibilité est valable exclusivement dans les secteurs de la distribution d’énergie, de la collecte des déchets et de leur transformation.

Le cadre légal posé par les Régions établit la forme que peuvent revêtir les associations entre communes. En Wallonie et à Bruxelles, quelle que soit la nature des associés, les intercommunales sont des personnes morales de droit public. Elles empruntent toutefois un « costume » de droit privé, à savoir la société anonyme, la société coopérative à responsabilité limitée ou l’association sans but lucratif. Dès lors, l’intercommunale est soumise à un régime juridique hybride. Elle est régie par le Code des sociétés ou par la loi sur les asbl, sauf lorsque la législation régionale ou les statuts y dérogent expressément. En Flandre, les intercommunales sont soumises à un régime sui generis. Celui-ci distingue les associations prestataires de services des associations chargées de mission.

Enfin, la durée d’une intercommunale ne peut excéder 30 ans en Wallonie et à Bruxelles. En Flandre, elle ne peut dépasser 18 ans. Des prorogations sont cependant possibles sur décision de l’assemblée générale…”

Lire la suite de cette @nalyse du CRISP en ligne écrite par Christophe GOETHALS sur CRISP.BE (14 mars 2017)


Plus de CRISP ?

TAUBIRA : « Il est temps que les hommes fassent l’expérience de la minorité »

Christiane TAUBIRA à Montréal (CA), en janvier 2018 (c) Mikaël Theimer

A l’occasion de la Nuit des idées organisée à Montréal par l’Institut français, Christiane Taubira revient sur le mouvement de libération de la parole des femmes. L’ancienne ministre de la Justice, pour qui «le féminisme est un humanisme», et non «une guerre de tranchées», milite pour une convergence féministe et antiraciste […]

En quoi les femmes peuvent-elles jouer un rôle particulier dans l’évolution des modes de pouvoir ?

Comprenez bien ici que je ne parle pas des femmes à partir de chromosomes ou de gènes, mais de l’expérience culturelle et collective des femmes, cette expérience historique de violence, d’exclusion et de discrimination qui a forgé nos consciences. Elle nous place dans un rapport particulier à l’autre et à la société, elle nous a forcées à développer des solutions et des alternatives. L’expérience de la minorité aiguise les défenses mais développe aussi la solidarité parce que la survie, quand on est en minorité, dépend de la capacité à faire corps ensemble. Il faut bien saisir la société pour bien la servir. Dans ce contexte, l’expérience de la minorité est enrichissante, elle élève. Les femmes composent aujourd’hui 53 % de la population mondiale, il est temps maintenant que les hommes fassent l’expérience de la minorité, et le premier endroit où ils peuvent et doivent le faire, c’est dans l’exercice du pouvoir.

Est-ce que la vague des hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc est un signe de la fin d’une certaine forme de pouvoir ?

Je trouve sain que ce que tout le monde sait depuis longtemps explose dans l’espace public et interdise qu’on fasse semblant d’ignorer. Nous avons dans nos lois des textes qui disent très clairement que le harcèlement sexuel n’est pas acceptable, que c’est un délit et qu’il est puni. Malgré cela, les femmes ne se sentent toujours pas protégées, ni soutenues. Les statistiques le prouvent : seulement 10 % des femmes portent plainte et encore moins obtiennent justice et réparation. Nous avions connaissance de l’ampleur du problème, la masse du mouvement nous empêche aujourd’hui de le nier. Ce qui est étonnant dans ce phénomène, c’est qu’il n’ait pas eu lieu avant.

Que répondez-vous à ceux qui craignent le développement d’un climat de délation ?

Nous sommes collectivement responsables de ce que ces détresses, qui étaient souterraines, le soient demeurées trop longtemps. Nous n’avons pas le droit aujourd’hui de réduire l’événement à sa marginalité. Oui, il y a des abus, comme il y a eu des abus dans les manifestations syndicales de quelques énergumènes qui allaient casser des vitrines et vandalisaient. Nous avons vu comment progressivement les revendications syndicales ont été identifiées à ces comportements. Je ne voudrais pas que les femmes se retrouvent piégées de la même façon. Il y a sûrement dans le mouvement du hashtag #Metoo de la délation, des abus, des fantasmes. Qu’on les trouve et qu’on les dénonce. Mais ne remplaçons pas l’événement par sa marge et ne discréditons pas tout un moment essentiel de la lutte des femmes pour leur citoyenneté, pour leur égalité dans l’espace public, à cause de la marge.

Les réseaux sociaux sont donc un pouvoir émancipateur ?

La stigmatisation sociale via les réseaux sociaux ne suffit pas, la justice doit prendre le relais et les agresseurs doivent répondre de leurs actes devant des tribunaux. C’est le fondement de la démocratie. Vu le nombre de dénonciations, si d’ici deux ans nous n’avons pas un nombre significatif de condamnations, il faudra alors se poser de sérieuses questions…”

Lire la suite de l’interview de Justine RASTELLO sur LIBERATION.FR (28 janvier 2018)

Plus de presse…

SENNETT : textes

[EAN13 : 9782226253705]

Dans SENNETT Richard, Ensemble, pour une éthique de la coopération (Paris, Albin Michel, 2014, pour la traduction française), l’auteur planche richement sur le tribalisme et la différence…

Le tribalisme associe solidarité avec ses semblables et agression contre ceux qui sont différents. C’est une pulsion naturelle, puisque la plupart des animaux sociaux sont tribaux ; ils chassent en meute, arpentent des territoires à défendre ; la tribu est nécessaire à leur survie. Dans les sociétés humaines, cependant, le tribalisme peut se révéler contre-productif. Les sociétés complexes comme la nôtre ont besoin de travailleurs qui passent les frontières, réunissent des ethnies, des races et des religions diverses, et engendrent des formes de vie familiale et sexuelles différentes. Imposer un seul et même moule culturel à toute cette complexité serait politiquement répressif et reviendrait à se raconter des mensonges. Le “soi” est un  composé de sentiments, d’affiliations et de comportements qui s’ajustent rarement les uns aux autres ; tout appel à l’unité tribale réduira cette complexité personnelle.

Aristote fut peut-être le premier philosophe occidental à s’inquiéter de l’unité répressive. Il concevait la cité comme un ‘sunoi kismos’, un rassemblement de gens issus de diverses tribus familiales – chaque ‘oikos’ ayant son histoire, ses allégeances, ses biens et dieux familiaux. Pour les besoins du commerce et du soutien mutuel au cours de la guerre, ‘la cité est composée non seulement d’une pluralité d’individus, mais encore d’éléments spécifiquement distincts : une cité n’est pas formée de parties semblables’ ; la cité oblige donc les gens à penser aux autres et à traiter avec des personnes qui ont des loyautés différentes. De toute évidence, l’agression mutuelle ne saurait assurer la cohésion d’une ville, mais Aristote est plus subtil dans l’énoncé de son précepte. Le tribalisme, explique-t-il, suppose que l’on croie savoir à quoi ressemblent les autres sans les connaître ; faute d’expérience directe des autres, on se rabat sur de redoutables fantasmes. En version moderne, cela donne l’idée de stéréotype.

Et sur la conversation : sera-t-elle dialectique ou dialogique… ?

Il existe une analogie entre la répétition musicale et la conversation verbale, mais elle cache une énigme. La conversation entre musiciens consiste largement en mouvements de sourcils, grognements, coups d’œil et autres gestes non verbaux. Là encore, quand les musiciens veulent expliquer quelque chose, ils montrent plus souvent qu’ils ne disent : ils jouent tel ou tel passage, laissant les autres interpréter ce qu’ils font. J’aurais du mal à expliquer verbalement ce que j”entends quand je dis “peut-être plus espressivo”. Dans une conversation, au contraire, il nous faut trouver les mots.
La répétition musicale ressemble pourtant aux discussions où la capacité d’écoute des autres devient aussi importante que de savoir s’exprimer clairement. Le philosophe Bernard Williams fustige le “fétichisme de l’assertion”, l’inclinaison à enfoncer le clou comme si rien d’autre ne comptait. L’écoute ne  figure pas en bonne place dans ce genre de joute verbale ; l’interlocuteur est censé admirer et acquiescer, ou contrer sur un ton tout aussi assertorique -le dialogue de sourds bien connu dans la plupart des débats politiques.
Et même si un orateur s’exprime maladroitement, le bon auditeur ne saurait s’appesantir sur cette insuffisance. Il doit répondre à l’intention, à la suggestion, pour que la conversation suive son cours.
Ecouter soigneusement engendre deux sortes de conversations : dialectique et dialogique. Dans la dialectique, ainsi qu’on l’apprend à l’école, le jeu verbal des opposés doit progressivement conduire à une synthèse ; la dialectique commence dans ce passage de la Politique où Aristote observe que, même si nous utilisons les mêmes mots, nous ne pouvons dire que nous parlons des mêmes choses ; l’objectif est d’arriver en fin de compte à une intelligence commune. Tout l’enjeu de la dialectique est de savoir détecter ce qui pourrait établir un terrain d’entente.
Dans un petit livre judicieux sur la conversation, Theodore Zeldin écrit à ce propos que le bon auditeur détecte le terrain d’entente davantage dans ce qu’une autre personne suppose que dans ce qu’elle dit. L’auditeur élabore ce qui est supposé en le verbalisant. On saisit l’intention, le contexte, on le rend explicite et on en parle. Une autre espèce de compétence apparaît dans les dialogues platoniciens, où Socrate se révèle excellent auditeur en reformulant “en d’autres mots” ce que déclarent les participants à la discussion -or, la reformulation n’est pas exactement ce qu’ils ont vraiment dit ni, en fait, voulu dire. L’écho est en réalité un déplacement. C’est pourquoi la dialectique dans les dialogues platoniciens ne ressemble pas à une discussion, à un duel verbal. L’antithèse d’une thèse n’est  pas “Bougre de crétin, tu as tort”. Il y a inévitablement des malentendus et des désaccords, des doutes qui sont mis sur la table ; les interlocuteurs doivent alors s’écouter plus attentivement.
Il se passe quelque chose de voisin dans la répétition d’un morceau de musique quand un musicien observe : “Je ne pige pas ce que tu fais, c’est comme ça ?” La reformulation vous amène à réfléchir à nouveau au son et, le cas échéant, à procéder à un ajustement, sans copier pour autant ce que vous avez entendu. Dans la conversation quotidienne, c’est le sens de l’expression courante “lancer une idée” ; où ces balles verbales peuvent tomber peut être une surprise pour tout le monde.
Le mot “dialogique” est une invention du critique littéraire russe Mikhaïl Bakhtine pour désigner une discussion qui n’aboutit pas à la découverte d’un terrain d’entente. Bien qu’on ne puisse trouver d’accords partagés, l’échange peut permettre aux gens de prendre conscience de leurs vues et d’approfondir leur compréhension mutuelle. “Professeur, votre note supérieure sonne dur” inaugura un échange dialogique dans la répétition de l’Octuor de Schubert. Bakhtine appliqua le concept d’échange tricoté mais divergent à des auteurs comme Rabelais et Cervantes, dont les dialogues sont l’exact contraire de l’accord convergent de la dialectique. Les personnages de Rabelais partent dans des directions apparemment hors sujet que les autres saisissent au passage ; dès lors, la conversation s’épaissit, les personnages s’éperonnant mutuellement. Il arrive que les grandes interprétations de musique de chambre rendent  quelque chose de proche. Les musiciens n’ont pas l’air tout a fait sur la même page, le morceau  joué a plus de texture, plus de complexité, mais les instrumentistes s’incitent  mutuellement : c’est aussi vrai en musique classique que dans le jazz.
Bien entendu, la différence entre dialectique et conversation dialogique n’est pas du type ou bien / ou bien.  Comme dans la version de la conversation dialectique chère à Zeldin, le mouvement en avant de la conversation dialogique vient de ce que l’on prête attention à ce qu’une autre personne laisse entendre mais ne dit pas ; comme dans l’astucieux “en d’autres termes” de Socrate, dans une conversation dialogique les malentendus peuvent en fin de compte éclairer la compréhension mutuelle. Au cœur de toutes les compétences d’écoute, il y a la saisie de détails concrets, de spécificités, pour que la conversation aille de l’avant.
Ceux qui écoutent mal se rabattent sur des généralités quand ils répondent ; ils ne prêtent pas attention à ces petites phrases, aux mimiques ou aux silences qui ouvrent une discussion. Dans la conversation verbale, comme dans la répétition d’un morceau de musique, l’échange commence à la base, il est d’essence.
Les anthropologues et sociologues sans expérience doivent relever un défi particulier quand ils mènent les discussions. Ils sont parfois trop prompts à réagir, à aller où leurs sujets les conduisent ; ils ne discutent pas, ils veulent montrer qu’ils sont réactifs, sensibles. Se cache ici un problème de taille. Un excès d’identification avec l’autre est de nature à ruiner une conversation dialogique.

Sennett évoque souvent ce qu’il appelle le “triangle social” fondement de la coopération :

Ce sont les trois éléments sur lesquels repose historiquement une coopération réussie dans la société et, en particulier, dans le monde du travail. Il s’agit, en premier lieu, du respect mutuel entre des figures d’autorité honnêtes et des subordonnés fiables. Ensuite, du soutien entre les salariés, notamment lorsque l’un d’entre eux pouvait traverser une passe difficile, un divorce par exemple. Enfin, il y a la capacité de tous à se mobiliser pour le collectif en cas de crise. Or ce triangle a tendance à s’éroder…

Pour en savoir plus :


D’autres textes à citer…