PHILIPPE : L’art mosan et les fonts célèbres de Renier l’Orfèvre (in La vie liégeoise, 1978)

ANDRIEN Mady, Les Principautaires (1992) © G.J. Koppenaal

“1978 est l’année des sept merveilles de Belgique, suivant l’heureux thème choisi par le Commissariat général au Tourisme. Comme les fonts baptismaux de Liège y sont repris, la rédaction de notre revue a demandé à un spécialiste de l’art mosan, le Professeur Joseph PHILIPPE, Conservateur des Musées d’Archéologie et d’Arts décoratifs de Liège, auteur de plusieurs études consacrées à cet art et co-auteur (pour le texte et le choix des images) d’un film de 16 mm en couleurs intitulé «Trésors de l’Art mosan» (cinéaste : Pierre Levie) [00], de présenter cette oeuvre fameuse dans le cadre général de l’art mosan et du patrimoine artistique spécialisé de notre ville où le Musée Curtius occupe la première place depuis sa création en 1909. 1978, c’est vingt ans exactement après la Saison liégeoise 1958 qui fit entreprendre une nouvelle mise en valeur des fonts…” [note de la rédaction de La Vie liégeoise]


Brochure de La vie liégeoise (mars 1978)

Ce texte reproduit un ‘tiré à part’ (5.500 exemplaires, épuisé) de «La Vie liégeoise» (Liège, mars 1978), périodique mensuel édité par l’Echevinat du Commerce, des Classes moyennes et du Tourisme de la Ville de Liège, en collaboration avec l’a.s.b.l. “Les manifestations liégeoises” | Texte et choix des illustrations : Joseph PHILIPPE | Maquette : Office du Tourisme | Photos : A.C.L., Collections Musée Curtius, L. Neujean, F. Niffle, Robyns | Clichés : Lemaire Frères – Liège | Impression : Lesire – Liège]


Liège a la chance -et c’est justice- de conserver dans deux de ses musées (au Musée Curtius [01] d’abord et surtout, au Musée diocésain [02] aussi, à la Bibliothèque de l’Université et dans plusieurs de ses églises (Trésor de la cathédrale, églises Saint-Barthélemy, Saint-Jean l’Evangéliste et Sainte-Croix) maintes oeuvres capitales ressortissant à l’art mosan. Notre ville expose ainsi le plus important ensemble de chefs-d’oeuvre mosans qui soit au monde, que grandit encore les importants témoins de l’architecture d’époque romane. Ceux-ci , le visiteur ira les découvrir aux églises Saint-Barthélemy, Saint-Denis, Saint-Jacques, Saint-Jean l’Evangéliste et Saint-Gilles. En outre, de précieux vestiges du pont des Arches, bâti sous Réginard, évêque de Liège (1025-1038), existent encore dans des caves de maisons sises près du pont actuel.

Le Musée Curtius est célèbre par sa fameuse trilogie artistique pré-gothique
mosane : l’Evangéliaire de Notger, la Vierge de dom Rupert et le Mystère d’Apollon. Pour sa part , l’église Saint-Jean l’Evangéliste regroupe trois bois sculptés parmi les plus beaux de Belgique : la Sedes sapientiae (vers 1200 comme l’a justement datée le comte J. de Borchgrave d’Altena et dont la draperie évoque des miniatures) [03], qui est certes la plus belle madone en majesté de la Chrétienté [sic] ; la Vierge et le saint Jean de Calvaire, vers 1230, à l’heure de l’éclipse de l’art mosan. A l’église Sainte-Croix, l’on verra la poignée de la clef pré-romane en bronze (VIIIe siècle) dite de saint Hubert et la staurothèque mosane en cuivre doré remontant au milieu du XIIe siècle. Sur cette poignée de clef, les animaux sont affrontés à la manière d’un chapiteau byzantin de l’église Saint-Vital à Ravenne.

Pour la bibliothèque de l’Université, retenons un chef-d’oeuvre : l’Evangéliaire d’Averbode (vers 1165-1180).

On a dit que Liège fut un paradis des prêtres, ce qui signifie que les églises y étaient nombreuses et belles, à l’époque romane déjà, par suite de l’expansion de la vie paroissiale, canoniale et conventuelle et, aussi , des heureux développements techniques et artistiques dont l’architecture religieuse mosane, parallèlement à celle du Rhin , bénéficiait depuis Notger. Mieux encore, Liège inspire, en dehors de ses murs et de son diocèse, des constructions religieuses dont elle a aidé à fixer le style. En témoigne la lointaine Pologne où, vers 1080, des moines de Saint-Jacques fondent l’abbaye de Lublin. En ce temps, l’architecte Hézelon de Liège a même contribué à la conception et à la réalisation de l’église abbatiale de Cluny III (1088-1115). La métropole mosane pouvait être fière de sa parure d’églises romanes dont le vaste joyau, bâti à l’aune de l’Occident restait en ce temps la cathédrale Saint-Lambert [04], édifiée par Notger et consacrée par Baldéric Il, qui sera détruite lors de l’incendie de 1185 et remise en chantier sous l’évêque Raoul de Zahringen (+ 1190). Ces maisons de Dieu, les peintres, les verriers, les émailleurs, les menuisiers et les ferronniers, ainsi que les sculpteurs (la Vierge de dom Rupert provient de l ‘ancienne abbaye de Saint-Laurent) et les fondeurs les embellirent à des titres divers. Tous -artisans et ceux que, plus tard, on a appelés artistes- faisaient partie d’une même famille au service du culte entre Meuse et Rhin. De l’an mil au XVe siècle, la dinanderie sera, avant tout, une affaire mosane. Bruges et l’Angleterre comptèrent parmi les clients des fondeurs mosans.

Nanesse, Tchantchès et… Charlemagne à Liège

Sous Charlemagne et dans toute la force de l’expression, due à Eugen Eurig, «le coeur de l ‘Empire battait sur la Meuse». Les résidences royales étaient groupées autour du fleuve (Herstal, Jupille et Chèvremont) et, pour ce qui est des relais forestiers, dans le massif ardennais. Avant qu’il ne fît d’Aix-la-Chapelle sa résidence favorite (sedes regalis, urbs imperialis), alors que Maastricht dut être un vicus notable, Charlemagne donna la préférence au palatium de Herstal près Liège. Si Jupille dut être une villa de chasse, le palais royal fortifié de Chèvremont -«un complexe grandiose» a dit justement Joseph Mertens, le fouilleur du site en 1965-1967- avait été décoré avec faste (solemniter decoratus). Dans la cité de saint Lambert qui, à l’époque romaine, fut un petit vicus, Charlemagne battit monnaie avant 800 et fit plusieurs séjours.

Ce sera un éminent personnage d’origine souabe, intime des Otton, Notger, prince-évêque de Liège de 972 à 1008, qui s’imposera par son action et par son oeuvre comme le vrai fondateur des gloires liégeoises à l’orée des temps romans. Grand bâtisseur, il le fut dans toute l’acception du terme. Il dote le siège de son évêché d’un palais et d’une couronne d’églises d’où émerge la déjà grandiose cathédrale Saint-Lambert.

Notger de Liège (930-1008)

Ouvert sur l’Occident et jusqu’en Italie, Notger fait ainsi entrer Liège, orientée par la Rome des Otton (936-1024), dans le concert des grandes cités monumentales et artistiques, mais comme l’étude de la peinture et du vitrail, ainsi que de la musique, nous le fait pressentir, ce n’est pas sans devoir à ses devanciers des IXe et Xe siècles. C’est ce qu’il fallait rappeler en prévision de la commémoration du millénaire de la Principauté de Liège en 1980.

A la mort de Notger, en 1008, l’oeuvre si vaste de l’éminent évêque bâtisseur n’était pas achevée. Sous son impulsion, les chantiers d’églises ont été actifs à Liège aux XIe et XIIe siècles, en conformité avec le remarquable développement d’une économie à l’échelle de l’Occident. Considérable fut alors le rôle aux aspects multiples joué par la Meuse, grâce à l’étroite appartenance de ce fleuve au système rhodanien-rhénan de voies de communication, dirigées d’une part vers l’Italie, de l’autre vers le delta de la Meuse et du Rhin. Dès l’an mil, le pays mosan commerçait avec des cités parfois éloignées, avec Metz, ville-soeur de Liège à l’époque romane et localité importante au point de vue artistique par ses ivoires du Xe siècle, et Londres, d’où les marchands mosans rapportaient l’étain des Cornouailles indispensable aux fondeurs. Mais il faut surtout tenir compte de ce que l’éveil et le progrès artistiques ont été facilement stimulés à Liège et dans le diocèse par l’action directe de Notger, du fait de ses contacts intimes et répétés avec la cour impériale et l’Italie, deux des sources principales de l’art mosan des Xe et XIe siècles.

Depuis l’époque carolingienne, la présence en Lotharingie de moines et de clercs italiens était constante. Ce fait historique est connexe au caractère antiquisant, romain ou gréco-romain, des ivoires mosans du XIe siècle et des chefs-d’œuvre de l’orfèvrerie lotharingienne du XIIe siècle. La survie de l’antique au XIe-XIIe siècle, en pays mosan, s’explique nettement moins par Byzance que par les modèles carolingiens fournis par l’ivoirerie et la miniature, ainsi que, peut-être, par les survivances artistiques gallo-romaines locales.

Dans le genre et pour l’époque, la plaque d’ivoire qui rehausse le plat supérieur du fameux Evangéliaire de Notger est l’une des pièces les plus remarquables qui soient au monde. Seules les données iconographiques sont d’essence byzantine. Par-delà l’art carolingien, ses modèles relèvent, au point de vue du style, de l’art chrétien primitif d’Occident : le Christ en gloire (il bénit à la manière latine) de l’ivoire de Notger est le frère esthétique du personnage assis de la pyxide d’Abraham à Berlin (vers 400). Chef-d’oeuvre de l’ivoirerie mosane, l’ivoire de Notger a été destiné par cet illustre prélat à enrichir le codex des Evangiles [5] avec la date desquels il s’accorde mieux qu’il n’a semblé dans le passé.

Par le style de la Majestas Domini, l’esprit et les divers éléments de la scène où figure Notger, le sens à donner au nimbe, à l’attitude de l’évêque agenouillé devant une basilique symbolique, au codex que le prélat tient en mains et à l’inscription notgérienne (datée par la graphie Notkerus), l’ivoire qui porte le nom de Notger postule une date contemporaine : l’an mil. Cette date, défendue par nous, a été confirmée par l’Exposition “Rhin-Meuse” qui s’est tenue à Cologne et à Bruxelles en 1972.

Le climat artistique où s’insère l’épiscopat de Notger mérite d’être précisé à l’échelle de l’art d’Occident dont les tendances sont loin d’être uniformes. Il en découle que les splendides fonts de Saint-Barthélemy ne doivent être considérés comme une sorte de miracle qu’en fonction de leur haute qualité et des difficultés techniques vaincues. A leur naissance, sous l’épiscopat d’Otbert, n’ont pas présidé, dans le temps et pour les courants d’influence, les mêmes parrains que ceux de l’ivoire de Notger. Celui-ci ne présente pas de caractères romans et, par l’étape  carolingienne, se situe dans le courant dont l’art chrétien primitif d’Occident est la source première. Sa perfection n’apparaît précoce que si l’on oublie les coreligionnaires messins, les grands ancêtres carolingiens de Lotharingie, telle l’intaille de Waulsort (British Museum), le sceau du prélat et les créations mosanes et ottoniennes du XIe siècle, dans les domaines de la miniature, de la taille de l’ivoire et de l’orfèvrerie.

Dans l’art mosan, l’épiscopat d’Otbert (1091-1119) marque la nette déviation de la manière classico-latine des ivoires à grandes et petites figures (tel l’ivoire du XIe siècle aux trois Résurrections, du Trésor de la cathédrale de Liège, encore marqué par le maniérisme carolingien) vers la stylistique romane, plus byzantinisée, à laquelle s’est essayé avec bonheur l’auteur, un miniaturiste, de la Majestas Domini de Stavelot (1097) et qui n’a pas répugné au grand orfèvre fondeur Renier, dans ses fonts baptismaux célèbres, tout imprégné qu’il était encore de l’art post-carolingien et notgérien. Cette période de transition nous introduit dans l’âge romano-byzantin du métal où, jusqu’à l’aurore du XIIIe siècle, va triompher l’orfèvrerie mosane et auquel notamment, par leurs encadrements moulurés à adoucis et les reliefs qui s’en détachent, se relient d’autres chefs-d’oeuvre, deux sculptures liégeoises sur pierre du XIIe siècle (Musée Curtius) : la remarquable Vierge de dom Rupert (vers 1130) et l’étonnant Mystère d’Apollon, sortis d’ateliers différents.

Par la forme générale du modèle byzantin créé avant 1100, par la graphie des plis du vêtement de la Vierge et par le coussin en forme d’obus, la Vierge de dom Rupert ressortit aux oeuvres qui présentent la marque iconographique de Byzance que les Croisades avaient sollicitée. Le prototype est proche de celui auquel se réfère une des figures mariales des portes en bronze de Ravello, en Italie. Cette Vierge illustre la symbolique romane de la porte céleste, avec assimilation de Marie à la Nouvelle Eve (symbolique de la pomme et non Vierge allaitant).

Pensée, symbole et philosophie, les temps romans les ont pétris, mêlés, pour le service de la religion, mais pas toujours dans l’orthodoxie, comme l’a établi notre étude de l’extraordinaire monument en pierre sculptée qu’est le Mystère d’Apollon où, en ce qui concerne le style, les draperies sont presque «mouillées ».

C’est dès le XIe siècle que la pensée et l’art romans se dessinent. Ce fait dicté par l’histoire est susceptible d’être précisé dans ses limites chronologiques car l’efflorescence artistique, littéraire et monastique du XIIe siècle mosan a été largement préparée dès l’an mil. Le XIIe siècle occidental, pas plus que le XIe, n’est un réveil miraculeux. Nous lui dénierions même la qualité de renaissance, puisque son plus grand mérite fut d’amplifier et d’orchestrer les acquits des Xe et XIe siècles, dont la reconquête par les archéologues n’est pas encore achevée. Ces siècles moins favorisés par notre connaissance ont eu aussi le goût positif des classiques, retrouvé chez tous les auteurs liégeois. Au XIe siècle, Liège, où sera formé Cosme de Prague, le premier historien de la Bohême, s’affirme déjà pleinement une cité savante par ses clercs, sa culture musicale et, dans la seconde moitié du siècle, par son importante correspondance de mathématiciens.

S’il y a une pensée romane, et la France du vitrail en a iconographiquement bénéficié, il y a des arts mosans dont deux des traits d’union sont, d’une part, le goût généralisé de la polychromie et, d’autre part, ce «graphisme» qui, par la schématisation fonctionnelle, signale un aboutissement de la recherche plutôt qu’une formule neuve. L’art mosan y ajoutera le respect maintenu des formes pleines. Avec Renier l’orfèvre, il rénovera la sculpture monumentale en Occident.

L’Eglise Saint-Barthélemy, à Liège, a l’insigne honneur de conserver, depuis 1804, les fonts baptismaux en laiton qui proviennent de l’ancienne église liégeoise Notre-Dame-aux-Fonts, édifice annexe de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert dont il était le baptistère, où ils demeurèrent jusqu’en 1796. Ces fonts étonnants, coulés d’une seule pièce (personnages compris) vers 1112 dans un alliage de cuivre, sont sans conteste le grand chef-d’oeuvre de l’art mosan du XIIe siècle.

Comme l’assure le «Chronicon rytmicon» (chronique rythmée) de 1118, l’abbé de Notre-Dame-aux-Fonts, Hellin (1107- 1108), archidiacre de Liège, passe la commande de ces fonts, sans que nous connaissions ni la date précise ni l’auteur. Celui-ci est identifié par une chronique plus récente (fin du XIIIe siècle) à un bourgeois de Huy, Renier (décédé vers 1150 ), auri faber Hoyensis dont le nom figure dans l’obituaire de l’abbaye du Neufmoustier (Huy), conservé au Musée Curtius.

Cinq scènes en haut-relief ornent la cuve et glorifient le baptême en harmonie avec la Bible : le Baptême de Jésus dans le Jourdain (avec la figuration renouvelée du fleuve), la Prédication de saint Jean-Baptiste, le Baptême des publicains, le Baptême du centurion Corneille (Actes, X, 1-18 et XI, 16 s.) par saint Pierre, et le Baptême légendaire du philosophe Craton par saint Jean L’Evangéliste. La cuve elle-même repose sur des boeufs (douze à l’origine). L’intérêt iconographique de l’oeuvre est grand pour le moyen âge roman, notamment par la présence de deux scènes exceptionnellement représentées le Baptême du centurion Corneille et celui de Craton le Philosophe où, chez l’un et l’autre, est utilisée une cuve profilée comme dans les fonts de Liège.

Un sol ondulé relie les cinq scènes se détachant superbement sur un fond neutre, que déterminent les inscriptions étudiées jadis par E. Evrard, séparées par des arbres synthétisés pareils à ceux de l’art byzantin dans sa formule ravennate. La prédication de saint Jean-Baptiste dans le désert de Judée [6] nous montre le Précurseur face au remarquable groupe de quatre auditeurs attentifs dont le soldat à qui saint Luc (III, 14) fait dire : “Que devons-nous faire ?”.

D’après le premier Livre des Rois (VII, 23-26), les douze boeufs portaient la Mer d’Airain également circulaire du parvis du temple de Jérusalem. Ils sont ici (dix sont originaux) assimilés par l’inscription aux douze apôtres. Rupert de Saint-Laurent (De Trinitate, 21-23) a, par l’écrit, exprimé aussi une concordance typologique entre l’Ancien et le Nouveau Testament suivant la symbolique propre au pays mosan. Le couvercle était illustré par des figures de prophètes et d’apôtres ; il a disparu lors de la Révolution française de 1789.

En 1181, le grand orfèvre mosan Nicolas de Verdun, dans l’Ambon de Klosterneuburg près de Vienne reprit la Mer d’Airain comme préfigure du baptême. Groupés trois par trois, les boeufs, à Jérusalem comme à Liège, regardaient les points cardinaux. La Bible précise encore : “la mer était sur eux, et toute la partie postérieure de leur corps était cachée en dedans”.

Fondus avec un art à peine comparable, ces fonts baptismaux sont une des plus belles réussites médiévales du travail du métal qui, au-delà de l’an mil, fut déjà l’une des vocations essentielles du pays mosan et de Liège, sa métropole artistique. Et le comte J. de Borchgrave d’Altena posa une question judicieuse : “où trouver au Quattrocento des anges plus beaux que ceux qui existent au baptême de Jésus en se voilant les mains selon un rite oriental ?”.

D’heureuses circonstances nous ont révélé l’existence au Museo Vetrario, à Murano, d’un bas-relief en marbre datant du début du XIVe siècle, oeuvre qui nous a permis, par le truchement de l’iconographie et de l’esthétique, de relier par un fil encore ténu l’âge d’or de l’art mosan du XIIe s iècle à la Renaissance italienne, toute pénétrée aussi d’un classicisme fortement imprégné des leçons romaines antiques.

Les données iconographiques telles que nous les connaissons par les fonts de Liège et le bas-relief de Murano sont, elles, d’origine byzantine, d’autant plus compréhensibles à Venise que cette ville fut un important relais dans la diffusion de l’art byzantin en Occident.

Plus qu’aucune autre terre d’art en Occident, l’Italie a été pénétrée par les modes byzantines dont le succès s’est prolongé jusqu’à l’aube de la Renaissance. Nous pensons que le bas-relief de Murano a été exécuté en Italie vers les années 1300 par un artiste encore byzantinisé. Malgré ses mérites, cette oeuvre, quoique bien plus tardive, ne pourrait rivaliser par la qualité artistique avec les fonts baptismaux de Liège, l’un des sommets de l’art de tous les temps. Ici, l’auteur, Renier l’orfèvre, s’est montré maître d’une prestigieuse plastique digne de l’antique que l’artiste italien n’a su entrevoir que par des poncifs de l’art byzantin. C’est Renier l’orfèvre, dont l’oeuvre est aussi d’une exceptionnelle réussite technique, et non cet artiste, qui est le vrai précurseur -par l’esprit et par les formes- de la Renaissance italienne.

Quelque soixante ans après la création des merveilleux fonts de Liège, un fondeur italien coulait les anges annonciateurs de la Nativité de la porte en bronze du dôme de Pise. Voilà une étape italienne où, pour le XIIe siècle, le goût des formes sculpturales atteste un printemps lointain de la Renaissance. Mais les formes sont plus schématiques qu’à Liège et davantage dans l’esprit naïf qui caractérise la Création d’Eve d’une porte en bronze (1015) de la cathédrale d’Hildesheim.

Grâce soit rendue au mécène qui commanda les fonts de Liège –Hellin, abbé de Notre-Dame-aux-Fonts, la paroisse primitive de la cité de Liège- et surtout à Renier l’orfèvre, leur auteur d’origine hutoise. Chez cet éminent artiste, le sens des formes lui fait devancer les créations italiennes sur les voies du classicisme le plus pur, bien que le style soit nettement d’esprit roman.

Dans le modelé et le mouvement des corps ainsi que dans le drapé, l’art mosan a été fortement marqué par la manière des fonts baptismaux de Saint-Barthélemy, jusqu’à l’époque de Nicolas de Verdun, mais l’art rhénan a également bénéficié du rayonnement de cette oeuvre étonnante, tant par ses qualités artistiques insignes que par ses mérites techniques extraordinaires.

La leçon de Renier l’orfèvre ne sera toutefois pas exclusive. Nous ne la retrouvons pas dans les reliefs des longs côtés de la châsse de saint Hadelin à Visé qui s’expliquent, sur le plan de l’esthétique, beaucoup plus en fonction du retable de Bâle (Paris, Musée de Cluny), antérieur à 1020, et de la Pala d’Oro d’Aix-l a-Chapelle (vers 1050).

Gloire à l’art mosan, aujourd’hui parfaitement imposé sur le plan international, et aux plus beaux fonts médiévaux du monde, ainsi qu’à leur génial auteur. Elle rejaillit sur une ville dont le patrimoine artistique ancien constitue sa plus grande richesse culturelle. C’est un honneur mais aussi comme le précise admirablement l’inscription latine du toujours énigmatique Mystère d’Apollon (Musée Curtius) : “Tout honneur est une charge…”

Joseph PHILIPPE


Les fonts de Renier l’orfèvre (vers 1112)
Illustrations présentes dans la plaquette… et sur la toile :
  1. Monnaie en argent de Charlemagne (lire “Carolus“) frappée à Liège (“Leodico“). Pièce très rare (Liège, Musée Curtius).
  2. Folio à lettrine enluminée des évangiles dits de Notger. Xe siècle (Liège, Musée Curtius).
  3. L’ivoire de Notger. Détail : Notger nimbé, tenant un codex et agenouillé devant une basilique symbolique ; derrière lui, sa cathèdre épiscopale. Chef-d’oeuvre de l’ivoirerie mosane vers l ‘an mil. (Liège , Musée Curtius). Photo F . Niffle, Liège.
  4. La Vierge dite de Xhoris. “Sedes Sapientiae” mosane du XIe siècle, acquise par le Musée Curtius en 1958. Bois sculpté et originellement polychromé (Liège, Musée Curtius).
  5. L’Evangéliaire d’Arenberg (acquis par le Musée en 1960). Plat supérieur mosan de la reliure, avec une plaque en argent repoussé et doré et des émaux, l’une et les autres du XIIe siècle. Le manuscrit peut être daté entre la fin du XIe siècle et vers 1130. Son origine de production reste à être située. (Liège, Musée Curtius).
  6. Email mosan de la seconde moitié du XIIe siècle. Plat supérieur de la reliure de l’Evangéliaire de Notger. Figuration du fleuve Fison. (Liège, Musée Curtius).
  7. Un des émaux champlevés mosans de la croix de Kemexhe. Le serpent d’Airain. 2e moitié du XIIe siècle. (Liège, Musée Curtius). Négatif A.C.L., Bruxelles.
  8. La Vierge de dom Rupert. Détail de la symbolique de la pomme (la Vierge est la Nouvelle Eve). Un des chefs-d’oeuvre de la sculpture sur pierre (grès houiller) en pays mosan. Milieu du XIIe siècle. (Liège, Musée Curtius). Photo F. Niffle, Liège.
  9. Le Mystère d’Apollon. Détail de la figure de l’Honneur (dans la composition, elle agrée l ‘offrande faite par le Travail et refuse celle des Soucis vains). Chef-d ‘oeuvre de la sculpture sur pierre (calcaire de Meuse) en pays mosan. Milieu du XIIe siècle. (Liège, Musée Curtius). Négatif A.C.L., Bruxelles.
  10. Commémoration de Renier l’orfèvreReinerus Aurifex») au f°92 de l’obituaire du Neufmoustier. Le non moins illustre Godefroid de Huy, également orfèvre, est cité au f°90v. (Liège , Musée Curtius).
  11. La Reine dans l’admiration des trésors d’art mosan en 1964 : aux fonts baptismaux de Renier l’orfèvre. (Liège. Photo Robijns)
  12. La Reine dans le lapidaire du Musée Curtius. Examen de la Vierge de dom Rupert et du Mystère d’Apollon. Avec le Conservateur. (Liège. Photo Robijns)
  13. Evangéliaire de Notger (Liège, Musée Curtius). L’illustration originale montrait la princesse Paola et le conservateur du musée devant ledit évangéliaire (photo : Robyns).
  14. Les fonts baptismaux de Renier l’orfèvre. Vers 1112 (Liège, église Saint-Barthélémy).
  15. Détail des fonts de Renier. Le baptème de Jésus dans le Jourdain, par saint Jean-Baptiste.
  16. Détail des fonts de Renier. La prédication de saint Jean-Baptiste.
  17. Détail des fonts de Renier. Le baptème des publicains, par saint Jean-Baptiste.
  18. Détail des fonts de Renier. Le baptème du centurion Corneille, par saint Pierre.
  19. Détail des fonts de Renier. Le baptème du philosophe Craton, par saint Jean-l’Evangéliste.

Plaquette émaillée à décor de palmettes (vers 1170) © Musée Curtius
Notes originales (en italiques) & points de lexique :
  • [00] Ce film avait été réalisé pour le Ministère de l’instruction publique.
  • [01] Sur les collections du Musée Curtius, les secondes de Belgique dans les domaines de l’archéologie et des arts décoratifs après celles des Musées royaux d’Art et d’Histoire à Bruxelles, voir PHILIPPE Joseph, Le Musée Curtius à Liège (Liège : Eugène Wahle, 1976) (sur la section d’art mosan, voir pp. 13-19 ; son importance la situe en tête des collections liégeoises).
  • [02] Les collections de ce musée (renommé par ses tissus, dont les deux suaires de saint Lambert), qui portera le nom de Musée d’Art religieux, seront transférées dans l’église Saint-Antoine, aujourd’hui désaffectée.
  • [03] Le fenestrage gothique ajouré du siège inclus dans celui où Marie est assise ne change en rien la date que nous maintenons. En architecture même, n’est-il pas établi que l’usage de l’arc brisé à Liège est pleinement attesté entre la fin du XIIe siècle et le début du XIIIe. Cf. notre Liège terre millénaire des arts, 2e éd. , 1975 , pp . 40-42.
  • Staurothèque : “Reliquaire renfermant une parcelle de la vraie croix” [GDT]
  • [04] Sur cet édifice, voir notamment PHILIPPE Joseph, Van Eyck et la genèse mosane de la peinture des anciens Pays-Bas, Liège, 1960. (avec références bibliographiques).
  • Pyxide : “Petit coffret à bijoux, en bois, en ivoire ou en métal précieux” [CNTRL]
  • [05] Les Evangiles de Liège sont rehaussés de quatre lettrines dont nous avons parlé dans notre L’Evangéliaire de Notger et la chronologie de l’art mosan des époques pré-romane et romane, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1956. Une comparaison pourrait encore être établie avec un codex du Trésor de la cathédrale de Troyes.
  • [06] Voir aussi l’Evangile selon saint Mathieu (III, 1-11).
  • Ambon : “Sorte de chaire ou tribune, ordinairement en pierre ou en marbre, placée à l’entrée du chœur des basiliques chrétiennes et des cathédrales et à laquelle on accède par des marches pour y faire certaines lectures publiques ou liturgiques, notamment l’épître et l’évangile, ainsi que la prédication” [CNTRL]

“Sedes Sapientiae” dite Vierge d’Evegnée (vers 1060) © Musée Curtius
Bibliographie originale
  • Jean LEJEUNE, A propos de l’art mosan. Renier l’orfèvre et les fonts de Notre-Dame, dans Anciens pays et assemblées d’état, II , 1959.
  • Suzanne COLLON-GEVAERT, Jean LEJEUNE et Jacques STIENNON, Art mosan aux XIe et XIIe siècles, Bruxelles, 1961.
  • Joseph PHILIPPE , Art mosan et pensée romane. A propos des fonts baptismaux de Saint-Barthélemy et du “Mystère d’Apollon”, Liège, 1964, (extraits de la Chronique archéologique du pays de Liège, même année).
  • Rhin-Meuse. Art et civilisation 800-1400. Catalogue de l’Exposition, Cologne-Bruxelles, 1972. (Avec références bibliographiques ; voir en particulier Marcel LAURENT et Suzanne COLLON-GEVAERT). Voir le n°G1 (Fonts baptismaux de Saint-Barthélemy par Dietrich KOTZSCHE).
  • Joseph PHILIPPE, Liège, terre millénaire des arts, 2e éd., chez Eugène Wahle, Liège , 1975. (Avec références bibliographiques).
  • Comte J . de BORCHGRAVE d’ALTENA, maints travaux de découverte. Voir notamment dans les Annales de la Société royale d’Archéologie de Bruxelles, t. LII (1967-1973), 153 pp., 130 f i g.
  • Joseph PHILIPPE, Meubles, styles et décors entre Meuse et Rhin, Liège , éd. Eugène Wahle, 1977. (Avec références bibliographiques).

Plus de sculpture ?

GÉRARDY, Louis : Enfant chevauchant une tortue

Louis Gérardy, Enfant chevauchant une tortue © Philippe Vienne

Né à Liège, Louis GÉRARDY (1887-1959) étudie la sculpture à l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège où, entre autres professeurs, il reçoit l’enseignement d’Oscar Berchmans. Même s’il se considère lui-même comme étant principalement un sculpteur animalier (souvent en bas-reliefs), Louis Gérardy a également reçu commande de la Ville de Liège pour des oeuvres commémoratives, telles que le buste du poète wallon Emile Gérard (place du Flot) ou la statue du Général Bertrand (place Théodore Gobert).

Conçu dans les années 1950, l’Enfant chevauchant une tortue fait partie de ces commandes. La sculpture était destinée à orner la pataugeoire de la plaine de Cointe, où elle faisait également office de fontaine – à l’origine, la tortue et le poisson crachaient de l’eau.

La sculpture dans la pataugeoire (vers 1960-65) © Giovanni Averna-Petrangolini

L’oeuvre sera retirée dans les années 1970 et placée dans les locaux de l’Echevinat de l’Instruction publique. Lors de la création du rond-point de la place du Batty, le Comité de quartier de Cointe a demandé à la Ville que la sculpture revienne dans son quartier d’origine – ce qui est le cas depuis 1998.

L’Enfant chevauchant une tortue est une oeuvre tardive de Gérardy, puisqu’il décède en 1959, traduisant son goût pour la représentation animale en même temps qu’une facture classique, sinon académique, qui résume assez bien sa production en général.

Robert Massart, Enfant chevauchant un poisson © Philippe Vienne

Dans la notice rédigée pour l’inauguration de 1998, l’historienne de l’art Pauline Bovy compare cette oeuvre à celle, contemporaine, de Robert Massart figurant un enfant chevauchant un poisson (Liège, quai de Maestricht). Les sujets sont en effet assez similaires, de même que l’attitude des enfants. En revanche, Massart opte pour une stylisation de son sujet, allant jusqu’à une représentation irréaliste du poisson, alors que Gérardy, fidèle à lui-même, opte pour un rendu plus naturaliste.

Dans un cas comme dans l’autre, le choix du sujet est évidemment lié à leur rôle de sculpture-fontaine. Le thème d’un enfant chevauchant une tortue peut paraître étrange mais on le retrouve déjà dans des objets décoratifs du XIXe siècle  ainsi que dans “Blondine”, conte de la comtesse de Ségur.

Jacques Marin, Fontaine des Danaïdes © be-monumen.be

A Bruxelles, le sculpteur Jacques Marin l’a également traité dans la Fontaine des Danaïdes (ou Fontaine Horta) (1923). Aujourd’hui, l’amateur d’art contemporain songe inévitablement au “Searching for Utopia “ de Jan Fabre (2003).

La tortue, symbole de tempérance, modère la fougue de la jeunesse. Et tant la tortue, par sa longévité, que l’enfant, par sa jeunesse, ont tout l’avenir devant eux…

Philippe VIENNE

Jan Fabre, Searching for Utopia © visit-nieuwpoort.be
Sources

Remerciements à Gilda Valeriani et Giovanni Averna-Petragolini pour leurs recherches d’illustrations.


[INFOS QUALITE] statut : actualisé | mode d’édition : rédaction | source : inédit | commanditaire : wallonica | contributeur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Philippe Vienne ; Giovanni Averna-Petrangolini ; be-monumen.be ; visit-nieuwpoort.be


Plus d’arts visuels…

Boverie à Liège : une expo hyper fascinante de sculptures hyperréalistes

MUECK Ron, A Girl (2006) © Tous droits réservés

“Une sculpture hyperréaliste d’un nouveau-né de 5 mètres de long… L’effet est saisissant ! C’est ce que vous pourrez découvrir dès vendredi au musée de la Boverie à Liège avec l’expo “ceci n’est pas un corps“, une exposition consacrée à l’hyperréalisme, ce courant artistique né aux Etats-Unis dans les années 60. L’exposition présente une quarantaine de sculptures de corps à l’apparence parfois plus vraie que nature. Parmi les œuvres, plusieurs artistes internationaux de renom sont représentés comme Duane Hanson, John De Andrea, George Segal, Ron Mueck, Paul McCarthy… Un voyage artistique fascinant coproduit par l’agence Tempora. Cette exposition remarquable fait le tour du monde : après Bilbao, le Mexique, l’Australie et Rotterdam, l’expo “hyperrealism sculpture” ouvre ses portes à Liège.

Résine, bronze, peintures à l’huile et… cheveux humains

Un regard, une ride, un bleu sur la peau… L’illusion du corps humain est souvent bluffante. François Henrard, directeur de projet chez Tempora : “il y a par-dessus le bronze, quelquefois des dizaines de couches de peintures, en général, de la peinture à l’huile avec parfois des ajouts de cheveux, souvent des cheveux humains. On les prend parfois au modèle même pour donner cet aspect hyperréaliste.

FEUERMAN Carole, General’s Twin (2009-11) © Tous droits réservés

L’artiste new-yorkaise Carole Feuerman a débuté fin des années 70. Elle est célèbre pour ses sculptures hyperréalistes de nageuses. Présente à Liège, elle commente sa technique : “le tissu du maillot est en résine, les gouttes d’eau sont en résine. Le corps, le langage corporel dit tellement de choses. L’hyperréel exprime plus que le réel“.

Ceci n’est pas un corps
CATTELAN Maurizio, Ave Maria (2007) © Tous droits réservés

Intitulé Ave Maria, le salut fasciste de 3 bras tendus hyperréalistes de l’italien Maurizio Cattelan interpelle le spectateur. Loin des cires des musées Tussaud’s, le corps questionne la société. Selon François Henrard, “l’hyperréalisme s’inscrit dans une longue tradition qui commence avec l’art grec. On a toujours représenté le corps humain mais les intentions des anciens grecs, même les intentions des hyperréalistes précurseurs et celles des artistes d’aujourd’hui changent. Et c’est intéressant de voir comment ce même corps — qui lui, a très peu changé – est représenté de manière très différente à chaque fois.” L’exposition est agrémentée de portrait vidéo de plusieurs artistes. Profonde, ludique et accessible, à Liège, l’exposition Hyperrrealism Sculpture. Ceci n’est pas un corps est une grande, très grande exposition qui nous rend un peu plus vivant.” [Lire l’article original d’Erik  Dagonnier sur RTBF.BE (20 novembre 2019)]

En savoir plus dans notre agenda en ligne…


A la une également…

Parcours d’Artistes de Sainte-Walburge (2019)

WESEL Bénédicte : Celle qui est (2015) © Bénédicte Wesel

“Ce week-end du 25, 26 et 27 octobre 2019 se déroulera la seconde édition du Parcours d’Artistes de Sainte-Walburge. Le parcours débutera par le vernissage de l’exposition témoin le vendredi 25 octobre à 18h30 au Théâtre le Moderne et à la Galerie Photographique Ouvertures. L’exposition témoin permettra de découvrir une oeuvre de chacun des artistes participants et ainsi de programmer les visites chez ceux qui les touchent le plus. Lors de ce parcours, vous pourrez découvrir le talent de 46 artistes, peintres, photographes, sculpteurs, scénaristes, illustrateurs, plasticiens, céramistes, qui exposeront leurs œuvres dans 23 lieux répartis dans le périmètre du quartier. Les artistes présents : Sophie Bernard, Marc Bernard dit “Ptit Marc”, Héloïse Berns, Alexia Bertholet, Christiane Bours, Vincent Brichet, Laurence Brose, David Bruce On Rocks, Vanessa Cao, Françoise Ceyssens, Sophie Conradt, Cécile Cornerotte, Marcel Coulon, Pierre Daubit, Nathalie De Corte, Lloyd Dos Santos Dias, Michel Dusard, Anne Feller, Hélène Fontaine, Cathy Ganty, David Geron, Sophie Giet, Olivier Gonzato, Valérie Henrotay, Bénédicte Henry, Ludivine Herrmann, Eva Herrmann Brose, Halinka Jakubowska, Ania Janiga, Raoul Jasselette, Sarah Joveneau, Raphaël Kirkove, Raymond Klein, Mélody Lambert, Lilla Lazzari, Miryam Lebrun, Christine Lejeune, Nicole Meubus, Janine Moons, Nathalie Pieters, Thierry Salmon, José Sterkendries, Friede Voet, Pascale Werres, Bénédicte Wesel (illustrée ci-dessus), Arlette Wintgens, Go JeuneJean.

Informations pratiques : le parcours chez les artistes et l’exposition témoin au Théâtre le Moderne (rue Sainte-Walburge, 1 – 4000 Liège) seront accessibles les samedi et dimanche de 14h à 18h. Une carte reprenant les différents lieux d’exposition sera à votre disposition au Théâtre, chez les artistes et sur la page Facebook de l’événement.”

 

Lire l’article original sur CULTURELIEGE.BE (article du 19 septembre 2019)


Plus de presse…

WESEL, Bénédicte (née en 1964)

Bénédicte WESEL (née en 1964 à Cologne, DE) est une sculptrice et illustratrice belge que l’on rencontre partout… dans son oeuvre. C’est la femme de Terre qui descend dans ses figurines d’argile, vivement peintes à l’acrylique. Loin de chercher l’universalité dans des formes plus lissées, aux traits neutralisés par le style, comme chez son professeur Mady Andrien, Wesel travaille devant son miroir pour capter les sourires généreux, les yeux mi-clos ou l’abandon sensuel de ses personnages bien individuels, bien uniques. De la lionne au petit bateau rouge, en passant par le serpent ou la queue de poisson, tous les accessoires font alors sens pour créer des narrations plastiques que l’on a déjà vues quelque part. Et ce n’est pas un hasard : fascinée par les contes et les légendes, Bénédicte Wesel réinterprète les archétypes où la Femme est actrice pour livrer des Blanche-Neige, des Géantes-Sirènes ou des Peau-d’âne, renouvelées peut-être mais approfondies surtout.

Bénédicte WESEL expose depuis 1996. Aujourd’hui, elle est toujours basée à Liège (BE) où elle travaille et partage sa démarche dans des ateliers individuels ou collectifs, quand elle ne prépare pas des livres pour enfants…

Plus d’infos sur son site officiel : ATELIER-BENEDICTE-WESEL.BE


De petits personnages charmeurs par leurs attitudes, joyeux par leurs couleurs, folâtrant parfois avec des animaux : telles sont les créatures imaginées par Bénédictine Wesel. Née à Cologne où son père était militaire, elle a fait ses humanités artistiques à Verviers avant de venir s’installer à Liège en 1982. “J’ai tout d’abord travaillé comme bibliothécaire à Bruxelles pendant sept -ans, puis j’ai voulu tenter autre chose.”
A Liège, elle suivit des cours d’illustration à l’Institut Saint-Luc puis passa à l’Académie au cours de sculpture. “C’est venu tout seul : pour m’amuser, je fabriquais des figurines en pâte synthétique. J’ai suivi des cours pour apprendre les proportions, mais ce qui m’intéressait, c’était davantage créer un univers, plus que travailler une matière.”
Passionnée par la littérature anglo-saxonne, par la mythologie et la psychologie, elle a voulu illustrer en trois dimensions les personnages qui la hantaient. “C’est l’univers des vieux contes du monde entier qui m’intéresse : les personnages possèdent quelque chose à l’intérieur. lis ne sont pas seulement anecdotiques.”
Elle découvrit alors la terre cuite et se mit à modeler de petites femmes rondes et joyeuses. “Le conceptuel ne m’intéresse pas, donc je m’inspire de ce que je vis. Ce sont de petits instants de bonheur captés comme des polaroids. Par le choix de la terre cuite, je me sens aussi reliée à toutes ces générations d’artisans qui, depuis toujours, ont modelé la terre.” Ses personnages, elle les peint à l’acrylique, en couleurs vives, et ajoute à présent des pigments dans ses couleurs. “La sculpture peut être gaie, non ? Les attitudes ? Je suis mon propre modèle ! Dans mon atelier; il y a un grand miroir en pied, je m’installe devant et je m’observe en travaillant. Pour les animaux, je me sers de livres de zoologie.

Article de Jean JOUR (Dernière Heure, jeudi 6 juin 2002)


Contempler encore…

Ianchelevici et Liège (CHiCC, 2019)

IANCHELEVICI Idel, Le plongeur et son arc (1939) © Philippe Vienne

Idel IANCHELEVICI est né le 5 mai 1909, à Leova, aujourd’hui située en Moldavie. Leova, ville-frontière, connaîtra un destin bousculé : faisant partie de ce que l’on appelle la Bessarabie, elle est russe au moment de la naissance de Ianchelevici, roumaine après la première guerre mondiale, intégrée à l’URSS à partir de 1945 jusqu’à l’indépendance de la Moldavie en 1991. Avant la Seconde Guerre mondiale, environ un tiers de la population de Leova est juive. C’est le cas de Ianchelevici qui naît dans une famille juive askhénaze de huit enfants, dont il est le cadet.  Enfant, il dessine et modèle la terre glaise, des passions qui ne l’abandonneront jamais.

En 1923, à 14 ans, il entre au lycée de Chisinau (actuelle capitale de la Moldavie). Même s’il envisage de devenir médecin, peut-être par admiration pour un de ses professeurs d’anatomie, le dessin et la sculpture continuent d’occuper ses temps libres. Mendel, l’aîné de la fratrie aide, par son commerce d’alimentation, le père à subvenir aux besoins de tous et paie les études de son frère. C’est Mendel également qui conseille à “Ian” de se rendre en Belgique, où il a des connaissances qui pourraient l’aider. C’est ainsi que Ianchelevici arrive à Liège, en 1928. Il travaille comme apprenti graveur chez Pieper, une firme qui décore et vend des fusils de chasse de la FN. Ce premier séjour à Liège est bref, car il retourne effectuer son service militaire en Roumanie.

C’est en 1931 qu’il s’installe véritablement à Liège. Pour vivre, il travaille comme emballeur au Grand Bazar. Sur le conseil et la recommandation du peintre Joseph Bonvoisin, après avoir passé un examen, il entre directement en dernière année à l’Académie des Beaux-Arts. Il a pour professeur Oscar Berchmans, à qui on doit notamment le fronton de l’Opéra Royal de Wallonie (ORW), les sculptures de la remarquable Maison Piot (dite Maison des Francs-Maçons) et également, par coïncidence, la décoration de la façade de la Maison Pieper, le marchand d’armes pour lequel Ianchelevici a travaillé. Ianchelevici sort diplômé de l’Académie en 1933 et récompensé du premier prix de statuaire.

A la fin de la même année, il épouse Elisabeth Betty Frenay, née d’un père belge et d’une mère française, vivant à Spa où ses parents géraient un hôtel. Il l’avait rencontrée à l’Académie où elle étudiait également la sculpture. Comme souvent, trop souvent sans doute, elle renoncera à une carrière pour contribuer à celle de son mari. « Un artiste dans la maison, ça suffit », livrait-elle en guise d’explication. Un an plus tard, en 1934, ils s’installent à Bruxelles. Il y expose, en 1935, trente-sept sculptures au Palais des Beaux-Arts et réalise quatre grands bas-reliefs pour le pavillon roumain à l’Exposition internationale de Bruxelles.

C’est le début d’une brillante carrière, carrière durant laquelle Ianchelevici se partagera toujours entre la sculpture et le dessin. Il réalise, en effet, un très grand nombre de dessins, indépendants de ses sculptures – ce ne sont, pour la plupart, pas des dessins préparatoires. Il fera don de 2000 dessins au Musée Ianchelevici de La Louvière (MiLL) et 6000 à l’Université de Liège, ce qui donne une idée de l’ampleur de son œuvre.

A l’issue de la guerre, durant laquelle il sera contraint de se cacher, Ianchelevici obtient la nationalité belge en 1945. Il s’attelle alors à son œuvre la plus monumentale, Le Résistant, qui sera finalement installée à Breendonk en 1954. La même année, Ianchelevici quitte définitivement la Belgique pour s’installer en France, à Maisons-Laffitte où il mourra en 1994, à l’âge de 85 ans.

Même si, au total, il n’aura passé que cinq années à Liège, il reste attaché à la ville qui l’a vu débuter et qui conserve encore plusieurs de ses sculptures. Le don qu’il fait à l’Université en témoigne par ailleurs.

Les sculptures conservées à Liège

Robert Vivier (1934)
Robert Vivier (La Boverie, Liège) © Philippe Vienne

Robert Vivier, né à Chênée en 1894 et mort à La Celle-Saint-Cloud (région parisienne) en 1989, est un poète et romancier belge. Son œuvre romanesque a intégralement été écrite avant 1940. Son œuvre poétique, en revanche s’étale sur toute la durée de sa vie. Vivier est également un spécialiste de la littérature italienne, qu’il enseigne à l’Université de Liège.

Son épouse, Zenia (Zénitta) Klupta n’est autre que la mère d’Haroun Tazieff, né d’un premier mariage, que Vivier adoptera. Dès 1934, Vivier se lie d’amitié avec Ianchelevici qui réalise son buste. C’est lui, et surtout son épouse, qui inciteront Ianchelevici, peu conscient du danger, à se cacher à partir de 1942. Il utilisera même de faux papiers au nom d’Adolphe Janssens, Adolphe étant le prénom par lequel il se faisait appeler étant jeune, le trouvant plus chic que le sien, jusqu’à ce qu’il devienne tristement célèbre. Ses proches l’appelleront d’ailleurs plus souvent Ian que Idel.

On sent dans ce bronze, comme souvent dans les premières œuvres de Ianchelevici, l’influence de Rodin (le buste de Clémenceau, par exemple). Roger Avermaete, un des biographes de Ianchelevici, parle du portrait d’un “doux rêveur“. Cela me semble fort réducteur, voire péjoratif. Mais Ianchelevici rend certes bien l’intériorité quelque peu nostalgique du poète qu’était Vivier.

Le Plongeur et son Arc (1939)
Plongeur (Liège, port des yachts) © Philippe Vienne

A partir de 1935, Ianchelevici va se consacrer à la réalisation de sculptures monumentales qui correspondent à sa vision, sans se préoccuper d’éventuelles commandes, sans même savoir si elles seront un jour érigées quelque part. “Un monument doit être grand, dépasser l’humain car il est l’idéal de l’humain”, dira-t-il dans sa Profession de foi. On peut en effet penser que si l’idéal de l’homme est plus grand que l’homme lui-même, c’est également l’idéal qui grandit l’homme. Ianchelevici lance ainsi plusieurs projets qui aboutiront, entre autres, à L’Appel, qui sera placé à La Louvière en 1945 et au Plongeur.

C’est, en effet, pendant qu’il travaille à L’Appel qu’il reçoit une commande pour l’Exposition de l’Eau à Liège, en 1939. Ce sera l’occasion de faire aboutir un projet, déjà jeté sur papier, intégrant sculpture et architecture. La figure, déjà haute de deux mètres cinquante, est fixée au sommet d’un arc de quinze mètres, figurant le tremplin. L’ensemble, tant la sculpture que l’arc, qui s’élevait au-dessus de la piscine olympique, a été conçu par Ianchelevici. Celui-ci sera toutefois déçu du résultat final parce qu’une couche de peinture noire a été appliquée sur le personnage, rompant ainsi l’unité plastique de l’ensemble. Pour lui, et à juste titre me semble-t-il, “Un monument n’est pas une juxtaposition de plusieurs éléments, mais un seul élément“.

Le Plongeur et son arc, Liège, Exposition internationale de l'eau, 1939
Le Plongeur et son arc (Liège, Exposition internationale de l’Eau) © cartes postales Nels

Le début de la guerre interrompt l’Exposition de l’Eau. L’œuvre, comme les bâtiments, n’a pas été conçue pour le long terme. L’arc est démoli, la Ville, qui s’est portée acquéreuse du Plongeur, en fait réaliser un moulage en ciment, moins fragile que l’original en terre et plâtre. Après la guerre, un projet de réinstallation de l’œuvre au bout du parc de la Boverie, près de l’Union nautique, est évoqué mais n’aboutira pas, faute de moyens vraisemblablement. Le Plongeur reste entreposé dans les réserves du Musée des Beaux-Arts (aujourd’hui La Boverie) où il tombe progressivement dans l’oubli en même temps qu’il se dégrade. A telle enseigne que, au début des années 90, quand je me suis mis en quête de cette œuvre, le musée était en piteux état et fermé au public et le Plongeur demeurait introuvable.

Heureusement, d’autres chercheurs s’y sont intéressés, l’oeuvre a finalement été retrouvée, en mauvais état, mais la décision a été prise, en 1998, de réinstaller le Plongeur, au port des yachts cette fois. La sculpture actuelle est donc une réplique, en polyester creux sur une armature métallique, réalisée par le sculpteur Victor Paquot. L’arc, comme l’ensemble de l’installation, a été conçu par l’Atelier d’Architecture Cocina. La ‘re-création’ a été inaugurée en 2000 et, dans un souci de fidélité à l’original sans doute, le Plongeur conserve (hélas ?) la couleur noire qui chagrinait tant Ianchelevici. Il est donc assez ironique de penser que son œuvre la plus emblématique pour la plupart des Liégeois, est justement une de celles dont il était le moins satisfait, et une reconstitution qui plus est.

La Source (1948)
La source (La Boverie, Liège) © ACL, Bruxelles

C’est à partir de 1945 que Ianchelevici se met vraiment à sculpter le marbre (marbre rosé du Portugal ici, en taille directe). Ses premières œuvres jouent sur le contraste entre la rugosité du bloc d’où se détache une figure lisse, souple. La chevelure ondoyante, figurant l’eau de la source, noyant mains et pieds, est encore assez brute. Par opposition, le corps gracile n’en paraît que plus lisse et doux.

Le Pâtre (1956)
Le pâtre (Musée en plein air du Sart Tilman, Liège) © Philippe Vienne

Au milieu des années 1950, l’Etat belge fait ériger à Léopoldville (Kinshasa) un monument en hommage à l’explorateur britannique Stanley. Le monument présente la statue de Stanley sur un soubassement, ainsi qu’une esplanade entourée d’un mur en arc de cercle comportant sept niches. L’Etat belge souhaitait que soient représentées en bas-relief les sept provinces de leur colonie. Mais, pressenti pour ce travail et invité sur place, Ianchelevici n’adhère pas à l’idée. Il estime que ce long mur coupe la perspective vers le fleuve et obtient la modification du projet. Les sept nichées sont percées et trois d’entre elles seront ornées de bronzes réalisées par Ianchelevici. Trois grandes figures d’Africains représentant les piliers fondamentaux de l’économie traditionnelle vont remplacer les sept provinces : le pâtre, le chasseur et le pêcheur.

© Jean Housen

Bien que le sujet soit athlétique, sa musculature n’est pas noueuse comme celle du Plongeur. A partir de la fin des années 40, la sculpture de Ianchelevici commence à se rapprocher de ses dessins, dans une vision plus longiligne, épurée. L’attitude du personnage est à la fois élégante, puissante et hiératique. Il ne s’agit pas d’une représentation coloniale d’un “bon sauvage” mais bien d’un homme africain, reconnu dans sa culture et sa dignité. Les Congolais ne l’ont pas perçu autrement, eux qui ont maintenu en place ces trois statues quand celles de Stanley et d’autres symboles du colonialisme ont disparu. Le bronze du Sart-Tilman est une reproduction à plus petite échelle de l’œuvre originale.

La Rencontre (1958)
Liège, Palais des Congrès (hall d’entrée) © Les Amis de Ianchelevici

Placée dans le hall d’entrée, l’œuvre est symbolique : le Palais des Congrès (construit entre 1956 et 1958 par le groupe L’Equerre, avec lequel Ianchelevici avait participé à une exposition collective lors de ses débuts liégeois, en 1933) est un lieu de rencontre, d’échanges. Le bas-relief incarne cet idéal de fraternité.

On retrouve ici plus encore la ligne souple et épurée du dessin de Ianchelevici. Les chevaux sont admirables de grâce, de finesse. On note un allongement des formes, à la manière des peintres maniéristes, qui contribue au sentiment d’élégance des personnages. Personnages qui sont tous similaires, symbolisant cet idéal d’égalité, de fraternité et d’universalité. Un cavalier et un homme à terre font le même geste, bras ouverts, paumes vers le ciel dans un geste universel d’accueil. Un autre personnage donne l’accolade à deux autres qui se serrent la main. L’importance des jeux de mains, caractéristique de Ianchelevici, transparaît bien ici.

A l’extrême droite, dans l’espace libre, Ianchelevici introduit, en plus faible relief, la silhouette d’un homme sans visage : celui qui n’est pas encore là, l’homme à venir, l’homme de l’avenir… On avait suggéré à Ianchelevici d’y glisser un autoportrait, il a modestement et symboliquement préféré cette solution.

Les Jeunes filles (1963)
Liège, anc. Ecole Hazinelle (auj. Centre J) © Philippe Vienne

L’œuvre est actuellement à peine visible et seulement partiellement, masquée par des étagères qui menacent malheureusement sa conservation.

Robert Vivier compare ces jeunes filles à “un Puvis (de Chavannes) bien plus vivant, un Gauguin cubiste“. Ce n’est pas pour rien qu’il va chercher ses comparaisons dans la peinture : cette œuvre est, en définitive, plus proche du dessin, de la gravure que de la sculpture. On retrouve ici, dans la finesse du trait, quelque chose du Ianchelevici qui fut graveur sur arme. Cela s’explique aussi par la nature du support, l’ardoise est plus fragile et ne permet pas un trait très profond. Grâce et élégance caractérisent cette oeuvre. Par ailleurs, il me semble que la figure, à gauche, s’inspire d’une sculpture de Kurt Lehmann (Allemagne, 1905-2000). En effet,  Femme se retournant a été acquise par le Middelheim en 1957, année durant laquelle le musée a également acquis une sculpture de Ianchelevici. On retrouve la même attitude, même si la femme de Lehmann lève les deux bras. On observe également le même jeu d’ombre sous l’aisselle.

Confluence (1967)
Liège, Cité administrative © Philippe Vienne

La sculpture doit son titre à l’échevin Jean Lejeune, elle symbolise la fusion des eaux de l’Ourthe et de la Meuse aux portes de Liège. Ce sont deux femmes à la longue chevelure qui représentent, de manière allégorique, les deux cours d’eau.

L’œuvre présente donc deux faces rigoureusement identiques. Comme dans Le Baiser de Brancusi, dont on sent ici l’influence, les figures s’inscrivent dans un parallélépipède. Les corps sont séparés par cette immense chevelure ondoyante, symbolisant le flux de l’eau. L’attitude des jeunes femmes et à rapprocher de celle de la “jeune fille d’Hazinelle“, inspirée de Lehmann, qui vient d’être évoquée. Les lignes sont pures, les personnages gracieux, mais leurs visages expriment la détermination comme il en va de ces cours d’eau volontaires.

Le Mur (1971)
Liège, cimetière de Robermont © Philippe Vienne

Je veux arriver à la plus pure simplicité d’expression, c’est-à-dire avec l’attitude la plus calme, atteindre le maximum d’expression.

Le style est proche de celui de La Rencontre, pourtant antérieure de près de quinze ans, ce qui prouve bien la volonté de Ianchelevici de persévérer dans la voie énoncée dans cette citation. L’œuvre se caractérise par le dépouillement et la stylisation.  On note à la fois des gestes d’espérance (mains tendues, regard vers le ciel) et de fraternité (main sur l’épaule). Un groupe d’enfants est situé à l’extrême droite, direction du cimetière des enfants. Tous les visages sont similaires, rappelant que tous les hommes sont égaux devant la mort.

Aube (1976)
Liège, réserves du Musée en plein air du Sart-Tilman © Les Amis de Ianchelevici

Les chevelures se déroulant en cascade et se confondant avec la matière sont un sujet récurrent chez Ianchelevici. On l’a vu avec La Source et Confluence, c’est encore le cas ici. Durant les années 70, la sculpture de Ianchelevici évolue notablement vers un plus grand dépouillement, une stylisation résultant de lignes épurées, se rapprochant de sa production graphique. L’influence de la sculpture antique est également nettement perceptible.

Il ne faut pas oublier non plus que Ianchelevici travaille essentiellement en taille directe et que, par conséquent, la forme initiale du bloc influence davantage la composition. C’est assez perceptible dans cette pièce également. L’œuvre est, comme souvent, empreinte de grâce et d’une pudeur sensuelle. Sa finesse et son aspect longiligne la rendent hélas vulnérable, l’œuvre a été cassée à plusieurs reprises et est actuellement en attente d’une restauration.

Nous avons ainsi parcouru l’ensemble des sculptures qui, pour la plupart, sont visibles à tout moment par les Liégeois. Elles offrent un panorama assez complet, par leur variété et leur chronologie (de 1934 à 1976), de l’œuvre de Ianchelevici. La conclusion, je souhaite la laisser à Ianchelevici lui-même :

Peu importe le style, la forme abstraite, figurative ou non (…), le principal est que la réalisation atteigne son but : communiquer le sentiment humain à l’humain (…)

Je pense que l’on peut dire que cet objectif est atteint.

Bibliographie
  • AVERMAETE R., Ianchelevici (Bruxelles : Arcade, 1976)
  • BALTEAU B., NORIN L., VELDHUIJZEN H., Ianchelevici ou la matière transfigurée (Tournai : La Renaissance du Livre, 2003)
  • CASSOU J., Sculptures de Ianchelevici (Bruxelles : André de Rache, 1955)
  • Ianchelevici (Crédit Communal, 1987)

Philippe VIENNE

Remerciements à Philippe Delaite


La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte de Philippe VIENNE a fait l’objet d’une conférence organisée en juin 2019 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne

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CORRADINI Antonio (1668–1752) : voiles

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Plus de formes…

HAUSMANN, Raoul (1886-1971)

(c) HAUSMANN Raoul : sans titre (Vera Broïdo, 1931)

“Raoul HAUSMANN est né à Vienne, le 12 juillet 1886. Son père, peintre de tradition académique, est à l’origine de la première formation artistique de son fils.  En 1900, la famille s’installe à Berlin où Raoul débute des études de peinture et de sculpture. Il se marie en 1908, avec la violoniste berlinoise Elfriede Schaeffer dont il a une fille, Véra, en 1907.

Très marqué par la grande Exposition Futuriste et le premier salon Sturm (salon expressionniste) qui ont lieu à Berlin en 1912, Raoul Hausmann prend conscience que l’esthétique conventionnelle ne peut traduire les émotions liées au monde moderne de ce début de siècle.

Au début de la première guerre mondiale, Hausmann fait la connaissance d’Hannah Höch, elle aussi artiste, avec laquelle il aura une liaison passionnelle et particulièrement fertile sur le plan créatif, jusqu’en 1922. Connaissant déjà Johannes Baader depuis 1905, il rencontre également à Berlin Hans Richter et Emmy Hennings. En 1916, il collabore aux revues Die Aktion et Die Freie Strasse. Depuis 1914, la guerre fait rage, le germe de la rébellion et de la contestation touche ces jeunes artistes, futurs protagonistes du mouvement Dada.

Dada

Le mouvement Dada naît en 1916, à Zurich, autour de l’écrivain et poète Hugo Ball, et réunit Marcel Janco, Tristan Tzara, Jean Arp, bientôt rejoints par Richard Huelsenbeck, Hans Richter, Sophie Taeuber et Emmy Hennings. En 1917, Huelsenbeck quitte Zurich et introduit Dada à Berlin. Il fonde le Club Dada en 1918 avec Raoul Hausmann, Johannes Baader, Franz Jung, George Grosz, Hannah Höch et les frères Herzfelde. C’est l’époque d’une collaboration intense et complice entre Hausmann et Baader et de la création de la revue Der Dada, dont Raoul Hausmann dirige les trois numéros entre 1918 et 1920. Il publie également Material der Malerei, Plastik, Architektur.

A Berlin, le groupe Dada est nettement plus politisé qu’à Zurich, restée ville neutre pendant la première guerre mondiale et dans laquelle règne un climat de paix. A l’opposé, Berlin, en 1918, est une ville déstabilisée par les grèves et les soulèvements populaires qui connaît une véritable révolution menée par les spartakistes. Durant cette période, Hausmann est l’un des plus ardents parmi les militants dadaïstes. Au sein du Club Dada, il est le Dadasophe : brillant théoricien et redoutable polémiste, il est également un créateur fertile au travers de ses collages, ses assemblages, ses photomontages, ses photogrammes et ses poèmes phonétiques.

L’œuvre la plus marquante de Raoul Hausmann est un assemblage, réalisé en 1919 et, aujourd’hui, exposé au Musée national d’art moderne de Paris : l’Esprit de notre temps ou Tête mécanique. Cet assemblage autour d’une petite tête de bois est une critique de la société, de l’homme-machine. “Penser comme une machine”, tel était, selon Hausmann, le principal défaut de ses contemporains. La première Foire Internationale Dada, Dada Messe, a lieu en 1920 à Berlin. Elle est considérée comme l’apogée du mouvement mais également l’événement qui précipite sa chute : un procès pour insulte à l’armée condamnera les organisateurs. Manifestation incontournable dans l’histoire de Dada, elle présente les œuvres de ses principaux membres et révèle, en particulier, les photomontages et collages de Raoul Hausmann et Hannah Höch.

En février 1921, Raoul Hausmann publie dans la revue De Stijl son manifeste Présentiste et Dada ist mehr als Dada (Dada est plus que Dada). Ces articles mettent fin à l’aventure Dada de Berlin. L’épisode berlinois, d’une courte durée, aura marqué de manière indélébile l’histoire de l’art du XXe siècle en créant et diffusant de nouveaux procédés et concepts artistiques.

Pour Raoul Hausmann, l’aventure post dadaïste continue. Il s’engage dans Merz aux côtés de son fondateur Kurt Schwitters (Merz est un groupe proche de Dada fondé par Schwitters après que Huelsenbeck ait refusé son intégration au Club Dada). Raoul Hausmann, Hannah Höch et Kurt Schwitters organisent la tournée Antidada-Merz-Presentismus à Prague.

En 1922, Raoul Hausmann divorce d’avec Elfriede et se sépare d’Hannah Höch. En 1923, il se marie avec Hedwig Manckiewitz. Par ailleurs, il commence à s’intéresser aux possibilités offertes par les nouvelles technologies optiques. Il est proche d’Hans Richter, Viking Eggeling et Moholy Nagy qui travaillent sur l’image photographique et cinématographique. En fin d’année 1923, il donne à Hanovre, une Matinée Merz avec Kurt Schwitters.

Raoul Hausmann (1929) (c) August Sander (http://www.tate.org.uk/art/work/AL00042)

Au fil du temps, Hausmann s’éloigne de son complice berlinois, Johannes Baader. Il contribue par ses articles à de nombreuses revues et rédige des conférences pour la radio. Il débute la photographie en 1927 et rencontre, en 1928, Vera Broïdo, fille de révolutionnaires russes et écrivain, avec qui il vivra, en compagnie de sa femme, jusqu’en 1934. Leur vie se partage entre Berlin, Kampen, sur l’île de Sylt en mer du Nord, et un petit village de pêcheurs sur la mer Baltique, Jershöft, où Hausmann réalise de nombreuses photos. En 1931, il participe à l’exposition Fotomontage organisée par César Domela à Berlin et prononce la conférence inaugurale. Il s’engage pleinement dans l’art photographique qu’il récusait pourtant, dix ans auparavant, dans son manifeste : Nous ne sommes pas des photographes.

L’exil

En 1933, déclaré “artiste dégénéré” par les nazis, Raoul Hausmann est contraint de quitter l’Allemagne et fuit Berlin pour l’Espagne, en compagnie d’Hedwig Manckiewitz et de Vera Broïdo. Commence alors un long voyage d’environ six années à travers l’Europe, durant lequel il séjourne consécutivement à Ibiza, Paris, Ibiza, Zurich, Prague (où il fait des essais de photographie infrarouge), puis à nouveau Paris (où il se lie à de nombreux artistes de l’entre-deux-guerres). Chaque étape, riche en créativité, essentiellement photographique, est suivie de publications et d’expositions. Lors de son séjour à Paris, à l’été 1939, l’approche de la guerre, les origines juives de sa femme et l’insécurité liée à son statut d’immigré vont précipiter son départ en zone libre. Le Limousin sera son refuge. Il s’installe avec Hedwig, à l’automne 1939, à Peyrat-le-Château où il donne, pour subsister, des leçons d’allemand, d’anglais et d’espagnol. C’est là qu’il rencontre Marthe Prévot qui partagera la vie du couple jusqu’à leur mort. Eté 1944, Raoul Hausmann déménage à Limoges, et, en dépit d’importantes difficultés financières et matérielles, se concentre sur son travail.

L’après-guerre

A partir de 1946, Hausmann, isolé, renoue avec ses amis d’avant-guerre. Une correspondance importante s’établie alors avec Laszlo Moholy-Nagy et Kurt Schwitters. Toutefois, leurs décès respectifs en 1946 et 1948, annulent tout espoir de réaliser un jour les projets qu’ils avaient ébauchés ensemble. A cette époque, Raoul Hausmann revient à l’expérimental de l’entre-deux-guerres et débute une activité artistique foisonnante dans les domaines de la photographie, de la peinture, du collage et de l’écriture. En 1954, il participe au mouvement de la Subjektive Fotografie animée par Otto Steinert.

Le retour à la peinture

Après la guerre, sans jamais avoir cessé de dessiner, Raoul Hausmann se rapproche alors de la peinture par des œuvres sur papier, exécutées à l’aquarelle et à la gouache. En 1959, il revient à la peinture à l’huile qu’il avait abandonnée en 1915, en réaction à l’influence expressionniste. Il cesse définitivement son travail à l’huile en 1964, laissant ainsi une centaine de toiles. En revanche, il continue de peindre à la gouache, jusqu’en 1968.

Parallèlement, il réalise quantité de collages, jouant non seulement avec la couleur des éléments déchirés mais également avec la sensation qu’ils procurent au toucher. Le dernier apport de ce créateur boulimique sera probablement l’invention du collage-tactile.

Hausmann ne délaisse pas l’écriture et la poésie.  Entre 1957 et 1970, il rédige onze ouvrages mêlant toutes les facettes de son art, des poèmes illustrés de bois gravés jusqu’à un ouvrage sur la  mélanographie (la transformation photographique d’objets), mais également des travaux de réflexion sur le mouvement Dada et le monde moderne. Il meurt le 1er février 1971 à Limoges.”

Source : RAOUL-HAUSMANN.COM


AGENDA
Expo “Raoul Hausmann : Un regard en mouvement” au Concorde (Paris, FR), jusqu’au 20 mai 2018…


Plus d’art des médias…

EXPO | LEOPOLD MUSEUM : Vienna 1900 (Klimt, Moser, Gerstl, Kokoschka)

Vienna 1900 au Leopold Museum (Vienne, AT), jusqu’au 10 juin 2018
VIENNA 1900

“The Leopold Museum is home to the largest and most eminent collection of works by Egon Schiele as well as to an equally unparalleled compilation of masterpieces from Viennese art around 1900. Celebrating the anniversary year on the theme of Viennese Modernism, the museum will present select works by the main exponents of Viennese Jugendstil Gustav Klimt (1862–1918) and Koloman Moser (1868–1918) as well as by the ground-breaking Expressionists Richard Gerstl (1883–1908) and Oskar Kokoschka (1886–1980) from 18th January in a completely new juxtaposition. The exhibition will feature chief works by Gustav Klimt, including Death and Life (1911/15) and the 1900 lakescape On Lake Attersee, as well as Kolo Moser’s paintings, such as Venus in the Grotto (1914). The presentation will also showcase outstanding examples of design around 1900, including furniture, artisan craftwork and posters, created by the “artist of a thousand talents” and co-founder of the Wiener Werkstätte. Following successful exhibitions at the Schirn Kunsthalle in Frankfurt and the Neue Galerie in New York, the radical works by the proto-Expressionist Richard Gerstl will be shown once again at the Leopold Museum, which is home to the most comprehensive Gerstl collection. Among the works presented by Gerstl will be two icons of Viennese Modernism, his two large-scale self-portraits. Oskar Kokoschka, the enfant terrible of the Viennese art scene of the early 20th century, will also be in the spotlight of this presentation with extraordinary paintings, first and foremost his pioneering work Self-Portrait, One Hand Touching the Face from 1918/19, which is both an expression of the artist’s self-questioning and doubts as well as a symbol for Austrian art embarking on a new era.”

Illustration : GERSTL Richard, Autoportrait à moitié nu (1904/05, Leopold Museum, Vienne, AT)

D’autres rendez-vous de l’agenda…

    LEFEVRE, Laetitia (née en 1975)

    “En une dizaine d’années, la plasticienne belge Laetitia Lefèvre (1975) a développé un corpus d’oeuvres sensible et cohérent mettant en tension le toucher et l’absence de contact. Impliquant savoir-faire et maîtrise des techniques traditionnelles, sa production n’exclut a priori aucune forme, même si la sculpture reste son médium de prédilection. Que ce soit dans ses dessins – qui ont tendance à repousser les limites du plan -, ses installations ou ses photographies, la sensualité de la matière s’avère inépuisable. Ainsi, ses nombreux objets de petit format peuvent se glisser dans le creux de la main, comme pour mieux se les approprier, renforcer l’intimité…”

    En savoir plus grâce à Julie HANIQUE sur LAETITIALEFEVRE.COM…

    “Undress your Mind” (porcelaine)

    “Ambigüe, duplice, (dés)équilibrée, bien balancée, balèze, Janus, pile ou face, face ou pile, pal et vice, ambivalente, envie ballante… j’ai trouvé : biface. Quand je pénètre dans l’atelier de Laetitia Lefèvre, l’imagination me dépose un ‘biface’ pré-hystérique sur la muqueuse de ma mémoire profonde : le contact de la pierre primale sur la chair vive.

    Des doigts laborieux de ce petit bout de femme (peut-être pas si timide que ça) coulent des créations qui parlent de ce qui est d’habitude chuchoté ; sans vraiment le dire. Ainsi, la forme de ses « bijoux » n’évoque pas clairement des lèvres ourlées ou des pénis galbés mais donne un message sans équivoque : « Ton intimité, tu n’oublieras pas ». A rebours, la porcelaine blanche dont ils sont faits garantit une froideur virginale… au premier toucher du moins.

    Autre projet, même duplicité : des mini-personnages, modelés dans le même matériau, sont installés en interaction, seuls, en couple, en groupe. Pas de commentaire mais des messages intimes à projeter : du Rorschach en porcelaine blanche ! Laetitia m’a tuer…”

    Lire d’autres chroniques de Patrick THONART sur QUATREMILLE.BE…

    Plus de sculpture…

    Le Guggenheim offre ses livres d’art en téléchargement gratuit

    Rothko | Klee

    À vous la version numérique de centaines d’ouvrages sur Picasso, Kandinsky, Lichtenstein, Klimt, Rothko, etc, etc.

    Le musée Solomon R. Guggenheim de New York vient de mettre en ligne, en accès libre, l’équivalent d’une bibliographie entière de diplôme d’histoire de l’art. Le fameux essai de Wassily Kandinsky Du spirituel dans l’art, des ouvrages sur les mouvements artistiques, de la Renaissance italienne au constructivisme russe, sur les arts de civilisation extra-européennes, des Aztèques à la Chine ou les livres des nombreux et prestigieux artistes qui sont passés sur les murs de l’iconique édifice conçu par Frank Lloyd Wright.

    L’initiative de mettre en ligne gratuitement les ouvrages de la vaste bibliothèque du Guggenheim a commencé en 2012, avec 65 catalogues à l’époque et quelque 205 titres aujourd’hui. Avec tout ça — et les nombreux cours gratuits que l’on peut trouver sur Internet —, vous n’auriez bientôt presque plus besoin de vous traîner en fac d’histoire de l’art…”

    Lire la suite de l’article de Beckett MUFFSON sur CREATORS.VICE.COM (4 mai 2017)

    Perron liégeois

    Les origines du perron ne sont pas clairement définies, on le présenta successivement comme pierre druidique, monument celtique ou éburon, pierre de justice, pilori, calvaire, croix de mission, croix de marché, croix haussée etc., etc… De tous les historiens qui traitèrent la question, les moins discutés jusqu’à présent s’accordent pour y reconnaître une croix de juridiction. Les croix de juridiction sont en fait, la forme chrétienne donné depuis un temps immémorial aux mégalithes qui dans l’époque barbare servaient de lieu de juridiction et de siège aux tribunaux. Quant à l’étymologie, le mot perron dériverait du latin petra (pierre), suivant laquelle le perron serait simplement un « poteau sur pierre », c’est-à-dire une pierre de justice surmontée d’un poteau ou d’une colonne…

    En savoir plus…

    quatremille.be

    Les trois piliers de quatremille.be : Nad’r, Rachel et Santo…

    Quatremille, c’est: un magazine, un site web et des événements tout au long de l’année. Un média culturel interactif et innovant dédié à la culture et aux divertissements proches de la culture, à Liège et en région liégeoise.

    L’équipe est pilotée par un trio engagé, à savoir : Nader Mansour, Santo Battaglia et Rachel Thonart Nardellotto.

    Parmi les rédacteurs/chroniqueurs de quatremille.be : Ludovic Minon, Patrick Thonart, Cécile Botton, Thomas Renauld, Héloïse Husquinet, Charlotte Marcourt, Julie Hanique, Vincent Abieri, Anaïse Lafontaine, Milan Nyssen, Lucien Halflants, Mélia Van Gysegem, Nader Mansour, Rachel Thonart N., Antoine Grignard, Pauline Salinas, Flore Mercier, Arthur Perini, Carris Nsinga, Philippe Belligoi, Reneld Wilmart, Laurenne Makubikua…

    Et les photographesMarine RigoEmilie CronetGilles FischerMarie Valentine GillardGéraldine ThiriartMaëva Brifflot, Denis LedentMarjorie GoffartMaxime LengloisLaurent HenrionGilles CharlierFlorian AllegroSophia Von Fernbach

    Et l’application pour téléphones mobiles :

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