VELGHE : Saint Benedict’s Church, Honaunau (Hawaii)

Saint Benedict’s Church, Honaunau © nationalparkswitht.com
Contexte

Découvert par James Cook en 1778, Hawaii est un archipel constitué de huit îles, situé au centre de l’Océan Pacifique nord. Royaume indépendant, il a été annexé par les USA en 1900, puis est devenu le 50e état en 1959.

Dans la société hawaïenne traditionnelle, le pouvoir royal est fort et quasi de droit divin, le roi étant en relation avec les divinités et particulièrement le dieu de la guerre, Kū. La société est soumise à un régime strict de kapu, règles et interdits qui constituent un code de conduite. Chaque île, ou presque, est dirigée par un roi, les luttes d’influence entre ceux-ci entraînent fréquemment des guerres entre les îles de l’archipel. Vers 1795 cependant, Kamehameha Ier  réussit l’unification de l’archipel, accroissant ainsi son prestige et celui de la fonction royale.

Kamehameha Ier (“the Great”) © nps.gov

En 1819, à la mort de Kamehameha, son fils Liholiho lui succède, sous le nom de Kamehameha II. Le jeune roi est soumis à la pression de sa mère et de l’épouse favorite du roi défunt qui cherchent à affaiblir le pouvoir de la religion traditionnelle. En effet, le système des kapu tient les femmes à l’écart de la vie politique. Kamehameha II décidera l’abandon de la religion de ses ancêtres, laissant son peuple dans un certain désarroi et facilitant le travail des premiers missionnaires, arrivés à partir de 1820. Par la suite, les rois hawaïens (Kamehameha III et ses successeurs) se convertiront au christianisme.

A Hawaii, un prêtre belge va devenir un héros national : le Père Damien Jozef de Veuster, arrivé à Molokai en 1873 où il restera seize ans à soigner les lépreux. A sa suite, d’autres Belges seront envoyés dans l’archipel. C’est ainsi que John Berchmans Velghe arrivera à Hawaii, en 1899.

John Berchmans Velghe 
John Berchmans Velghe © catawiki.com

John Berchmans Velghe, né Jozef Velghe à Courtrai le 14 juillet 1857, a été ordonné prêtre en 1888. Il semble bien qu’il ait été affecté aux Marquises avant d’arriver à Hawaii, où il est chargé de l’église Saint Benedict, alors située sur le littoral. Il décide de la déplacer d’environ trois kilomètres en amont, près de Honaunau. Les raisons de ce déménagement restent inconnues, mais elles sont probablement liées à des raisons climatiques : soit échapper à de possibles tsunamis, soit trouver un endroit plus frais – voire une combinaison de ces deux éléments.

La nouvelle église est construite dans un style gothic revival, adapté à ces latitudes. Ce n’est certes pas un chef d’œuvre d’architecture, c’est le travail de Velghe qui en fait toute la particularité et le charme. Il va, en effet, entreprendre de décorer son église en peignant les murs de manière naïve mais souvent éloquente. Il est clair que son but est d’enseigner aux autochtones, généralement illettrés, le message biblique au travers d’images qui frapperont leur imagination.

Saint Benedict’s Church (intérieur) © hawaiimagazine.com

Le mur du chœur, derrière l’autel, reproduit en trompe-l’œil, le chœur de la cathédrale de Burgos, cathédrale gothique du XIIIe siècle. Le plafond, représentant un ciel tropical au crépuscule, reprend les couleurs de l’arc-en-ciel. Il est parsemé d’étoiles, de petits nuages blancs et d’oiseaux, toujours dans un style naïf et souvent, à nos yeux du moins, un peu kitsch.

Des feuilles de palmier semblent surgir des colonnes qui figurent les troncs des arbres. Le palmier, arbre tropical et donc local, est aussi le symbole de la Résurrection du Christ. Dans cette optique symbolique, il faut d’ailleurs noter que les palmes qui tournent le dos à l’autel jaunissent, s’assèchent et meurent. Les colonnes supportent une ornementation de banderoles, reprenant des citations de la Bible, traduites en hawaïen.

St. Benedict’s Church (détail) © tahoelight.com

Sur les murs latéraux, entre les fenêtres, Velghe a représenté des scènes bibliques, souvent inspirées par l’art espagnol ou flamand. Ces scènes sont surmontées d’un décor néo-gothique. Malheureusement, John Berchmans Velghe n’a pu achever totalement son travail puisqu’il a été rappelé en Belgique en 1904, où il mourra en 1939. L’église, dès lors surnommée “the painted church”, est restée en activité mais a commencé à se dégrader en raison de l’humidité mais, surtout, sous l’action des termites.

La restauration

Un plan de restauration a été mis au point au début des années 1980. Comme l’église ne comportait pas de fondations, on en a construit pour une meilleure isolation. De même, on a reconstruit des murs devant les murs sur les façades nord et sud. L’ancien toit, rongé par les termites, a été remplacé mais il a fallu faire preuve d’inventivité pour y fixer l’ancien plafond sans perforer les peintures existantes. L’ancienne église est donc pour ainsi dire enchâssée dans une nouvelle, respectant à la fois le style architectural et les peintures de Velghe.

Travail de restauration © Aloha

A certains endroits, il ne restait que la couche picturale tant le bois avait été rongé : l’épaisseur n’excédait pas celle d’une feuille de parchemin. Des parties de peintures ont malheureusement été perdues à jamais. Il a également fallu nettoyer les peintures, noircies notamment par les bougies – Velghe peignait d’ailleurs à la lueur de celles-ci. L’optique choisie par les restaurateurs étant le préservation, rien n’a été repeint. Seuls les tunnels des termites ont été rebouchés et la couche picturale nettoyée et protégée.

Ainsi, l’œuvre artistique de John Berchmans Velghe, témoignage historique de l’évangélisation de l’archipel et d’un néo-gothique “exotique”, a-t-elle été préservée.

Philippe VIENNE

A la mémoire de Sylvie Courbe

Bibliographie
  • VAUGHN G., Saints Alive. The restoration of Saint Benedict’s Church, in Aloha. The Magazine of Hawaii and the Pacific, vol.9 n°6, 1986, pp 32-35 et 76
  • YOW J.A., Hallelujah ! In Praise of Hawaii’s Churches, in Aloha. The Magazine of Hawaii and the Pacific, vol.15 n°1, 1992, pp 42-47 et 63

[INFOS QUALITE] statut : validé | mode d’édition : rédaction | commanditaire : wallonica.org | auteur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © nationalparkswitht.com ; nps.gov ; catawiki.com ; hawaiimagazine.com ; tahoelight.com ; Aloha.


Plus d’art visuel…

 

 

 

 

L’architecture et le culte protestant en région liégeoise : les temples comme témoins d’une identité (CHiCC, 2018)

Liège, Quai Godefroid Kurth © Philippe Vienne

Un patrimoine architectural, à la fois immobilier et mobilier, a fait l’objet d’une étude basée sur des enquêtes de terrain. Un ouvrage de 400 pages en est né, abondamment illustré et dont la conférencière est co-auteur.

La Réforme réside dans les 95 thèses de Martin Luther contre les pratiques du clergé catholique (indulgences, simonie, luxe,…). Publiées en 1517, elles connaissent une diffusion rapide en Allemagne puis au-delà. En Principauté de Liège, la conception d’un Etat incompatible avec une pluralité des croyances engendre une répression contre “l’hérésie”.  Mais des communautés clandestines sont fondées ainsi que des mouvements d’émigration.

La Réforme engendre plus de 30 dénominations ou groupements ecclésiaux reposant sur un socle commun et, suite à l’édit de Tolérance promulgué par Joseph II dans les Pays-Bas, la liberté religieuse en Principauté en 1795 (réunion à la France – déclaration des droits de l’homme) et la Constitution belge en 1831, un patrimoine immobilier du culte (bâtiments divers appelés “temples”) marque l’environnement bâti de notre pays.

Le culte protestant se base sur un maillage dense en Province de Liège et les constructions ou “aménagements” interviennent au fil de l’évolution des communautés sans élaborer une construction théologique significative du culte. Il n’existe donc pas de traité d’architecture protestante ni d’architecte qui aurait fait autorité en la matière ou aurait imposé son style, bien que l’on constate le recours fréquent et systématique à des architectes protestants et qu’il est fait appel de manière récurrente aux mêmes noms.

Liège, Quai Marcellis © Philippe Vienne

La période de l’âge d’or de la construction de ces temples s’étend du milieu du XIXe siècle à l’entre-deux-guerres, ils empruntent les styles de leur époque moyennant de nombreuses variantes : bâtiments assez monumentaux du XIXe – de style néclassique jusqu’en 1890 et néo-médiéval fin XIXe – mais parfois maisons mitoyennes aménagées ou simplement modifiées quant à la façade. Par exemple : maison privée (Liège – Académie) – chalet en bois (Stockay) – style “chrétien” (Amay) – Art déco (Liège-Marcellis), etc.

Ces bâtiments ont deux fonctions : une vitrine et un outil missionnaire destiné à prolonger l’oeuvre d’évangélisation (survie et croissance de la communauté) et, d’autre part, répondre à des besoins fonctionnels et organisationnels. En fait, les temples du XIXe se caractérisent souvent par leur caractère monumental, comme à Seraing, poursuivant deux buts : prévoir un accroissement présumé des adeptes car la fréquentation augmente et sortir de l’ombre (être vus, d’où la présence parfois d’une tour axiale (Seraing) ou latérale (Grâce-Hollogne) ou d’un clocheton qui sonne le dimanche matin.

Seraing, rue Ferrer © Philippe Vienne

C’est dans l’aménagement intérieur que les temples se démarquent le plus des églises catholiques. La centralité de la parole de la Bible modifie la perception du cufte, soit axé sur son enseignement et la prédication, ce au milieu des croyants rassemblés, et deux sacrements sont retenus, le baptême (par aspersion ou immersion) et la cène (consubstantiation et non transsubstantiation chez les catholiques). Le Christ est présent mais on ne reçoit pas son corps et son sang. Cette notion de rassemblement engendre un mobilier spécifique : une table de communion profane proche des fidèles sur laquelle est posée la Bible et une chaire latérale face à eux. Pas de culte sans musique. Le mobilier est simple, non luxueux mais de qualité, dans une recherche d’économie de moyens, sans autres éléments décoratifs. Les
matériaux intérieurs sont le bois, la pierre, la brique, le fer. Les chaises ou bancs sont alignés ou encerclent la table avec parfois une galerie, le tout favorisant toujours cette notion de “rassemblement”.

Nous retiendrons que le style simple et dépouillé des lieux de culte lui confère une grandeur qui impressionne et où la foi domine. Les temples sont aussi des lieux de vie avec, en annexes, des salles de classe et de projection, des théâtres, des jardins pour repas en commun. Les temples constituent une formidable ouverture sur l’Histoire, la spiritualité, la sociologie, la culture d’une minorité religieuse peu médiatisée. Lieu de conservation d’archives, ils sont aussi les gardiens d’une mémoire écrite.

Aujourd’hui, la minorité protestante ne présente plus le même visage que celui des grands bâtisseurs de temples ; elle est composée de communautés multi-culturelles et multi-ethniques, parfois moins stables et à la sensibilité patrimoniale moins marquée par rapport à la société et à l’espace. On peut donc s’interroger sur l’ avenir de la mémoire que représentent les édifices du cufte protestant. Mais, si ces édifices venaient à disparaître, leur présence immatérielle se perpétuerait à travers les nombreuses rue du Temple (Herstal, par exemple).

d’après Laurence DRUEZ


La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte de Laurence DRUEZ a fait l’objet d’une conférence organisée par la CHiCC en mars 2018 : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne

LAMBERT : Mark Rothko. Rêver de ne pas être (2011)

Il y a des auteurs précieux qui, longtemps, se sont couchés de bonne heure après avoir livré des textes divins, longs et sinueux qui, par là-même qu’ils exhumaient les détails les plus éloquents de notre existence, les contradictions les plus éclairantes et les non-dits les plus bavards de notre quotidien, nous ont permis d’entrevoir l’entrevoyure, quelquefois au creux des striures les plus infimes d’une fantaisie patissière.

Il y a aussi des auteurs ou des critiques d’art pédants, à la réthorique circonvolutoire et à l’élégance de comptoir. Il y a des pisseurs de copies ciselées, aussi pétri de suffisance que le Droogstoppel de Max Havelaar, aussi dandy qu’un Oscar Wilde en sur-régime, l’humour en moins.

Dans le registre, Stéphane LAMBERT joue avec le feu quand il rédige avec autant de délicatesse son magnifique Mark Rothko. Rêver de ne pas être (Bruxelles : Les impressions nouvelles, 2011). Son texte se déroule sans accroc mais lentement, précisément, au fil de phrases pleinement muries (comme ses propres stations devant les toiles de Rothko). Les sauts de perspective (il s’adresse à Rohtko ou parle de lui à la troisième personne sans transition), l’intimité présumée avec le peintre tout au long de sa vie, les termes choisis ou les images convoquées, les métaphores et les sentences, les citations : autant de dispositifs mis en oeuvre par Stéphane Lambert, qui auraient pu le faire condamner -avec son texte si raffiné- à la réclusion perpétuelle, dans des limbes où il aurait voisiné Bouvard et Pécuchet avant leur rédemption, l’un ou l’autre critique d’art qui sévit encore sur nos ondes, voire un de “ces gens-là qui n’auraient rien à dire, si les autres n’avaient rien dit” (Cotin, 1655)

Il faut saluer le sens du risque de Stéphane Lambert, qui ose un phrasé complexe, réfléchit à chaque mot choisi et s’implique personnellement dans l’éclairant commentaire qu’il nous livre sur la vie et l’oeuvre de Mark Rothko. Rothko avait lui-même déjà écrit sur Rothko. Tant de catalogues d’expo, de beaux livres de Noël ou de packs de cartes postales sont déjà disponibles à propos de cette oeuvre dont persone n’a pu encore dire l’indicible message. Jusqu’à ce texte dont la lecture requiert un travail qui n’est pas étranger à celui que demande également l’appropriation d’une toile de Rothko.

Je suis assis sur un banc en bois brun à l’intérieur de la Chapelle. J’entends le battement profond et régulier du lieu. Un bruit sourd de machinerie qui occupe tout l’espace. Il n’y a personne. L’idée d’être ici m’accompagne depuis si longtemps qu’entré dans la réalité de l’image je n’ai pas l’impression de m’être déplacé pour y être. Comme si j’étais passé du désir à sa réalisation en un clin d’ oeil. Mon regard s’est posé sur les murs recouverts de plâtre incolore. Au plafond, un déflecteur occulte l’oculus vitré, obligeant la lumière à se répandre indirectement
dans la salle, créant une atmosphère hors du jour. En un instant, j’ai oublié le quartier où je viens de passer une heure. Mes yeux qui n’osent pas encore se fixer sur l’un des panneaux de Rothko survolent la salle avant d’ atterrir sur le carrelage sombre, aux tons irréguliers. Au fond de moi, l’ombre d’une menace. Aucune pensée claire ne se manifeste à mon esprit, sinon celle bien sûr, obsessionnelle, que je dois commencer. Commencer quoi ? Ce qui arrive, même de plus abstrait, ne peut exister sans les mots. Satanée croyance. Ainsi le silence est-il sans cesse menacé par la tentation de l’intellectualité. Reconstruire ses repères dans le vide de l’inconnu. Ceci est mon seul remède pour évacuer l’angoisse. J’y souscris à contrecoeur sachant combien, en se déployant, les phrases s’écartent de leur épicentre. L’union parfaite renonce à tout entendement. Mais où vais-je commencer ? Doux parjure. Un carnet de notes entre les mains. Parviendrai-je à tirer une seule pensée de l’ineffable ?

Ces mots que l’auteur s’interdit d’abord, lors de sa visite à la Chapelle Rothko de Houston (pour laquelle, en 1971, Morton Feldman a composé le Rothko Chapel pour soprano, contralto, double choeur et trois instruments qui est aussi dans nos pages), sont le pont, le passage enfin ouvert, enfin formulé, vers cet ineffable qui, chaque fois, submerge devant les…

…noirs de Rothko [qui] sont le contraire de la mort épouvantable. Les noirs de Rothko sont un chant qui berce l’appel de l’inconnu. Mais ce n’est pas la terreur. Le cœur est scindé en deux. Vivre ou mourir. L’art est-il autre chose qu’un pont jeté entre ces deux rives ? Vous étiez parvenu à ce point de liaison où la vie passe le relais à la mort. Ceux qui ne verraient que du noir n’auraient-ils jamais compris que votre œuvre était devenue votre vie ?
“L’œuvre une fois accomplie, retire-toi, telle est la loi du ciel”. Précepte du Tao.

“Hemingway de l’indicible” (un label qui fait très classe dans les soirées mondaines), l’aventureux Stéphane Lambert nous livre ici un opuscule (une centaine de pages) riche de fulgurances textuelles, de celles qui disent enfin ce que l’on ne pouvait que ressentir. Merci pour ces mots nés du Mystère, merci d’avoir décrit l’oeuvre de Rothko comme “un buvard où le temps s’abreuve“. Personnellement, je n’aurais pas osé. Et pourtant…


EAN 9782363080578

Mark Rothko est né en 1903 à Dvinsk dans l’Empire Russe – aujourd’hui Daugavpils dans le sud-est de la Lettonie – sous le nom de Marcus Rothkowitz. À la fin des années 30, il abandonne le suffixe de son patronyme et adopte la nationalité américaine. C’est après la Seconde Guerre mondiale que va s’affirmer ce qui fera la notoriété internationale de sa peinture : ses célèbres écrans de couleur. Dans le courant des années 60, il réalise son oeuvre maîtresse : un ensemble de panneaux obscurs pour une chapelle qui portera son nom à Houston. Il se suicide en 1970. Troublé par l’apparent effacement de ses origines dans son oeuvre, Stéphane Lambert a cherché à reparcourir le fil gommé de ce déracinement. L’auteur a donc fait le voyage en Lettonie et à Houston, deux destinations que tout semble opposer, et surtout s’est beaucoup promené dans les peintures de Rothko. Il ressort de cette confrontation un texte qui, partant de l’expérience vécue du peintre, peu à peu se plie à l’absence de forme de l’oeuvre observée et en sonde l’incommensurable profondeur : un lieu où se seraient amalgamés tous les lieux, où s’allient les contraires.” [LESIMPRESSIONSNOUVELLES.COM]


© Stéphane Lambert

“En 1998, après des études de lettres, Stéphane LAMBERT anime à Bruxelles des rencontres littéraires qui deviennent un livre d’entretiens avec 17 auteurs belges et français (Amélie Nothomb, Olivier Rolin, René de Ceccatty…). En 1999, il dirige le lancement d’une collection de livres de poche (Ancrage) et cofonde en 2001 le Grand Miroir, une collection de littérature contemporaine.

Il a reçu différentes bourses d’écriture et de résidence d’auteur (Rome, Berlin, Vilnius, Winterthur, Paris), a été primé par l’Académie Française (prix Roland de Jouvenel) et l’Académie Royale de langue et littérature françaises de Belgique (prix Lucien Malpertuis, prix Franz De Wever). Il a obtenu le prix André Malraux pour son livre Visions de Goya. Il a enseigné à l’Université Charles à Prague. Il a collaboré régulièrement à la presse écrite entre 2000 et 2013, et a été responsable de la programmation francophone à Passa Porta, la maison internationale des littératures à Bruxelles. Il se consacre de plus en plus à des écrits sur l’art. Il se partage entre la nécessité d’enracinement et le besoin d’être ailleurs.” [STEPHANELAMBERT.COM]


En contempler encore…

Le sauvetage des vestiges de la Place Saint-Lambert à Liège (CHiCC, 2018)

Fouilles de la place Saint-Lambert © Lily Portugaels

“Archéologues et historiens furent plongés au cœur d’un véritable combat, en juin 1977, en faveur des fouilles entreprises pour sauvegarder les vestiges de l’histoire de Liège. Jamais alors je n’aurais imaginé devoir m’allonger entre la lame d’un bulldozer et un sarcophage carolingien afin d’éviter son arasement. Tous les niveaux de pouvoir – communal, régional, national – étaient contre ces défenseurs du passé mais, soutenus par la presse et par la population, ils purent enfin faire changer d’avis les politiciens versatiles au vu de l’importance des découvertes.

En effet, ces fouilles, au départ, n’avaient reçu aucune autorisation. Avec l’architecte Claude Strebelle, un caisson souterrain fut conçu où ces vestiges seraient enfin sauvegardés. Le premier juin 1977, sans autorisation officielle donc, Mlle Danthine, Mme Gheury, le professeur Stiennon, M. Otte et une fidèle équipe entamèrent le bitume. Des prédécesseurs avaient découvert, en 1907, les restes d’un habitat rubané (néolithique, VIe millénaire) sous des fondations romaines. En fait, ce site constitue les témoins du passé de Liège car des traces d’ occupation datent de circa 5.350 ans avant notre ère.

Il semble que des nomades aient occupés les lieux et, voyageant puisque nomades, se soient réinstallés en l’endroit avant de devenir sédentaires. Un immense bâtiment romain y fut construit par la suite, en terrasses, afin de contrer la faible pente de la Place. Cette villa romaine pose un problème car, en général, ce genre d’importante construction romaine se situait sur une hauteur entourée de terres arables, ce qui n’est pas le cas de lieu. La réutilisation de la villa à l’époque mérovingienne est également attestée (transformations et agrandissements, Ve siècle).

V. Tahon, Ruines de la cathédrale Saint-Lambert © Musée Curtius

Par après, des maisons furent bâties au nord de la villa tout en respectant son orientation topographique, une cuve baptismale fut installée dans un bâtiment cruciforme greffé sur la villa romaine sur son flanc nord (église mérovingienne). De la céramique et des petits objets, monnaie, fragment de calice, pince à épiler sacerdotale, placent l’ensemble des ces bâtiments mérovingiens entre les VI e et VIIe siècles. Après l’assassinat de l’évêque Lambert, vers 705, toutes ces constructions furent détruites, la villa arasée et le baptistère comblé. Le successeur de Lambert, l’évêque Hubert, y fit construire une vaste église dédicatoire en l’honneur de son prédécesseur. Les raids normands auraient incendié cette construction et la cathédrale, dite de Notger (XIe siècle), détruisit tous les vestiges antérieurs. Ce magnifique édifice fut saccagé à la fin du XVIIIe et ses ruines arasées en 1820.

Il semble que la sacralité d’un lieu, étalée sur des périodes différentes, l’ait emporté sur la logique architecturale et que ce lieu, sauvé in extremis, soit le cœur historique de notre ville. Une fois de plus, mais cette fois avec un certain succès, il a fallu défendre les témoins de notre passé contre les prédateurs. En effet, tous les bâtiments encadrant la place en surface furent rasés : le Gymnase, le joli théâtre à l’italienne, le Tivoli, la rue Sainte-Ursule et toutes ces maisons du XVIIe et du XVIIIe restées intactes jusqu’en 1980. Liège, que d’erreurs n’a-t-on pas commises en ton nom et au nom d’une prétendue “modernité” !”

d’après Marcel OTTE

En 2000, le chœur de la cathédrale saint-Lambert avait été reconstitué pendant quelques semaines… © Claude Warzée

 

La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte de Marcel OTTE a fait l’objet d’une conférence organisée par la CHiCC en avril 2018 : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne

Plus de CHiCC…

La place de Bronckart (CHiCC, 2018)

Place de Bronckart (vue aérienne) © André Drèze

L’histoire de la place de Bronckart et des rues avoisinantes : une raison et/ou un intérêt particulier sont les incitants qui peuvent vous décider à écrire un livre sur un sujet précis ; en l’occurrence ici la place de Bronckart (initialement dénommée place des Guillemins, de 1857 à 1885) et les rues directement avoisinantes: Fabry, Dartois, Simonon, de Chestret, de Rotterdam (de la Paix), des Ixellois (du Midi), Sainte-Véronique et la place du même nom, Hemricourt et la dernière née, la rue de Sélys.

Le fait […] d’y avoir ses bureaux en sont les raisons principales mais il y a aussi une curiosité permanente pour l’histoire de Liège, grande ou petite et de découvrir – ou redécouvrir – un certain nombre d’aspects oubliés ou méconnus.

Victor Rogister, Maison Piot, rue de Sélys

Ceci d’autant plus qu’entre le clos de Guillemins, acheté en 1798 par Marguerite Fabry-Bertoz, et la place de Bronckart que nous connaissons aujourd’hui, il fallut plus d’une centaine d’années et bien des péripéties, notamment devant le Conseil communal de Liège. Les derniers immeubles de la place ne seront érigés qu’au début du XXe.

Par contre de nombreuses précisions inédites ont été trouvées sur le contexte particulier qu’a connu le couvent des Guillemins durant la seconde moitié du XVIIIe siècle et les circonstances qui ont conduit à sa disparition.

Il en va ainsi, par exemple, de la Papeterie de la Station située au bout de la rue du Plan Incliné, à cheval entre la rue Hemricourt et la rue de Chestret, et sur une des extrémités de l’actuelle rue de Serbie qui n’existait pas encore. Serrurier-Bovy y eut ses ateliers et magasins fin du XIXe – début du XXe siècle.

Place de Bronckart © itsalichon.com

Dans un passé plus récent, qui se souvient encore que la première implantation des Hautes Etudes Commerciales et Consulaires (HEC) se trouvait rue Fabry au n°12 et leur premier mobilier dessiné par l’architecte Arthur Snyers.

Plus tragiquement, nous savons enfin ce qui s’est réellement passé fin 1944 début 1945, plusieurs immeubles de la rue Dartois étant détruits par des bombes, et de découvrir les immeubles qui existaient avant dont une réalisation inconnue de l’architecte Clément Pirnay.

Mais au-delà des textes, ce sont les illustrations qui sont importantes, la plupart d’entre elles sont inédites. Enfin, nous aurions pu dans le cadre du présent ouvrage, nous étendre plus longuement sur l’architecture tant extérieure qu’intérieure des immeubles de la place de Bronckart et des rues concernées et ce d’autant plus que des architectes de renom y ont laissé des traces comme Paul Jaspar, Clément Pirnay, Arthur Snyers et Victor Rogister. Le temps et l’espace nous ont manqué.

Olivier HAMAL

“Place de Bronckart à Liège. Petites et grandes Histoires”. Co-édition des Presses Universitaires et des Editions de la Province de Liège avec le soutien de l’Agence Wallonne du Patrimoine.

 


La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte de Olivier HAMAL a fait l’objet d’une conférence organisée par la CHiCC en novembre 2018 : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne

Plus de CHiCC ?

L’axe du 3e millénaire à Liège (CHiCC, 2019)

Panorama vers la gare, la tour des finances et la Boverie, depuis Cointe © Philippe Vienne

Depuis le début du 3ème millénaire, l’axe Guillemins-Boverie jusqu’aux quais de la Dérivation connaît un profond renouvellement. Des architectures résolument modernes y sont développées. Appel est fait à des architectes de renom qui s’y distingueront aux côtés de bureaux d’ingénierie de réputation internationale. Cette promenade nous emmènera le long de ce nouvel axe contemporain.

Tout d’abord, la gare des Guillemins. La nouvelle construction est rendue nécessaire par la volonté d’accueillir les trains à grande vitesse dans la cité mosane et par la vétusté de l’ancienne gare. C’est l’architecte Santiago Calatrava Valls qui est retenu pour réaliser ce qui deviendra la gare blanche, la cathédrale de verre. Relevant de l’architecture organique, la construction se caractérise par la ligne courbe. Calatrava la voit comme “la belle endormie au pied de la colline”.

65.000 m3 de béton, 10 000 tonnes d’acier et 3 ha de verre seront nécessaires à la construction. Cette prouesse d’ingénieurs se réalisera sans interruption du trafic ferroviaire. Les 39 arcs de 160 m seront placés par-dessus les voies, à l’aide de vérins, au cours de poussages successifs. Le pont haubané d’accès, à l’arrière de la gare, représente lui aussi un défi pour les ingénieurs : son tablier est courbe et en déclivité.

La gare et l’esplanade © Philippe Vienne

Il s’agit d’une gare, mais avant tout d’un signe architectural. Calatrava la voit comme le signe de l’ouverture de Liège sur son avenir. La belle endormie ne demande qu’à se réveiller. Gare sans façade, les nouveaux Guillemins sont tout en transparence. Depuis Cointe, nous pouvons aisément la traverser et aboutir à la nouvelle esplanade dessinée par le bureau Dethier. Cette place triangulaire avec ses bassins, ses jets d’eau, ses bambous et autres plantations, est aussi le lieu de passage des bus et bientôt du tram.

La tour des finances depuis le parc de la Boverie © Philippe Vienne

Second bâtiment d’importance : la tour des finances. Sur notre trajet vers cette plus haute tour de Wallonie, évoquons le futur Paradis Express, un nouvel éco-quartier avec toitures verdurisées, avec bâtiments de hauteurs dégradées, depuis la tour jusqu’à la gare pour évoquer les collines environnant Liège. La Design Station Wallonia, vitrine de la promotion du design en Wallonie, se veut un signe architectural fort dans le quartier avec son porte-à-faux au-dessus de la voirie.

La tour des finances – ou tour Paradis – domine le paysage avec ses 28 étages et ses 136 m de hauteur. Faite de béton et de verre, sa forme évoque un bateau descendant la Meuse. Elle est l’œuvre du bureau d’architecte Jaspers-Eyers. S’y regroupent plus de 1.000 fonctionnaires.

“La Belle Liégeoise” et la Tour cybernétique © Philippe Vienne

En nous dirigeant vers le parc de la Boverie, se dessine devant nous le nouveau boulevard urbain. S’étendant du pont de Fragnée jusqu’à l’Évêché, il rend les quais de Meuse aux Liégeois en ralentissant la circulation, par l’aménagement de nouveaux espaces verts et d’une promenade pour la circulation douce le long du fleuve.

La passerelle La Belle Liégeoise a été inaugurée le 5 mai 2016. Cette “belle Liégeoise” désigne Anne Josèphe Terwoigne de Méricourt. Originaire de chez nous, elle s’est distinguée pendant la Révolution française par sa lutte pour les droits démocratiques et les droits des femmes. Deux cents ans après sa mort, les autorités liégeoises ont voulu rendre hommage à une femme qui s’est battue pour la liberté.

La passerelle, réalisée par le bureau Greisch, est constituée d’une structure d’acier sur laquelle est posée un plancher de bois. Elle est d’une longueur de 294 m dont 163 au-dessus du fleuve. Deux descentes conduisent vers le parc dont l’une est particulièrement destinée aux usagers à mobilité réduite.

Tour cybernétique de Nicolas Schöffer © Philippe Vienne

Jetons au passage un regard à la tour de Schöffer, un chef d’œuvre de l’art cybernétique. Réalisée en 1961, classée au patrimoine exceptionnel de Wallonie en 2009, elle a été restaurée, par le bureau Greisch également, qui la dote des technologies les plus modernes. La tour s’anime à nouveau depuis 2016 de mouvements, de sons aléatoires et de lumières.

Le musée de la Boverie, lui aussi, a connu une rénovation qui lui donne une nouvelle vie. Conçu en 1905 pour l’Exposition universelle, le Palais des Beaux-Arts sera un des seuls bâtiments qui lui survivront. Œuvre des architectes Hasse et Soubre, il relève de l’éclectisme et s’inspire du Petit Trianon. Sa rénovation est décidée en 2013 en vue d’en refaire le musée des Beaux-Arts de Liège, en collaboration avec le Louvre.

La Boverie © visitezliege.be

La travail est confié à l’architecte Rudy Ricciotti, connu pour son travail particulier du béton et son souci d’inscrire son œuvre dans le cadre qui lui est propre. C’est ainsi que peu sera modifié à l’extérieur du bâtiment historique dont le sol sera creusé afin d’y dégager un espace pour les collections permanentes. Une grande salle vitrée de 1200 m2 sera construite à l’est du bâtiment, là où se trouvait un mur aveugle. Cette salle est soutenue par 21 colonnes de béton travaillées comme des arbres, des arbres du parc que les hautes fenêtres peuvent refléter. Au sud est ajouté un plan d’eau, miroir à la fois du bâtiment et de la verdure environnante.

De l’autre côté de la Dérivation, se détachent les arcs de couleur rouge de la Médiacité. Construit sur les friches de l’Espérance-Longdoz, cet ensemble architectural avait pour but de rendre une nouvelle vie à un quartier précédemment voué à l’activité industrielle, ce que rappelle la Maison de l’Industrie et de la Métallurgie toute voisine. Ce projet, né au début des années 2000 comme un complexe de cinémas, mettra un certain temps à voir sa réalisation. Et c’est largement modifié qu’il verra le jour, associant à cet endroit une galerie commerciale, une patinoire et les nouvelles installations de la RTBF.

Médiacité © Philippe Vienne

Chargé du projet de la Médiacité, le bureau Jaspers et Eyers fera appel à un architecte de réputation internationale, Ron Arad, pour donner à la construction sa touche de modernité. C’est lui qui concevra le passage de 360 m qui serpente à travers la galerie, terminé par les arcs de couleur rouge, qui en fait l’originalité. La couverture de cette voie est faite d’une structure métallique de poutres entrecroisées recouvertes d’un matériau léger, isolant et transparent.

La patinoire voisine est accessible par l’intérieur de la galerie. De dimensions olympiques, il s’agit de la plus grande patinoire de Wallonie. De l’extérieur, elle fait penser à une baleine, car elle est couverte de milliers d’écailles d’aluminium dont le rôle est de donner la brillance, mais surtout d’assurer l’isolation notamment acoustique.

Tout à côté s’érige Médiarives, le nouveau site de la RTBF. Ce bâtiment a été voulu tout en sobriété et en transparence, comme se veut le service public. Il comprend bureaux et studios, dont le plus grand studio de Wallonie (500 places) où l’on enregistre entre autres l’émission “The Voice”.

Nous avons ainsi parcouru cet axe du 3e millénaire, où les réalisations les plus modernes s’inscrivent dans un paysage urbain riche de son passé centenaire et où les voies de circulation automobile s’interrompent pour laisser place à des espaces verts et à des promenades piétonnières.

Brigitte HALMES


La CHICC ou Commission Historique et Culturelle de Cointe (Liège, BE) et wallonica.org sont partenaires. Ce texte de Brigitte HALMES a fait l’objet d’une conférence organisée en avril 2019 par la CHiCC : le voici diffusé dans nos pages. Pour les dates des autres conférences, voyez notre agenda en ligne

Plus de CHiCC ?

MICHA, Armand (1893-1976), architecte

Armand Micha (coll. privée) © Philippe Vienne

Armand (Félicien Marie) MICHA est né à Spa, le 7 novembre 1893 et décédé à Flamierge, le 15 novembre 1976. Fils de Jules Micha (1855-1917) et de Marie Sophie Noël (1862-1919), il entreprend des études d’architecture à l’Académie des Beaux-Arts de Liège, où il aura Emile Dethier pour professeur ; études interrompues par sa mobilisation en 1914.  Après la guerre, ses parents étant tous deux décédés, c’est sa sœur aînée, Julia, qui financera ses études grâce au commerce de couture qu’elle tient avec ses trois sœurs (rue Royale, à Spa). Il obtiendra son diplôme d’architecte le 9 octobre 1920, à l’issue d’un “examen spécial pour soldat ayant fait la guerre”. Il fait ensuite l’acquisition d’une maison, avenue Reine Astrid, qu’il transforme pour y installer son atelier d’architecture et, par la suite, également un comptoir immobilier.

Le 3 mai 1935, il épouse Marie-Thérèse Martin (1916-1986), dont il aura une fille, Claudine, l’année suivante. Durant la saison d’été, qui voit beaucoup de personnes se rendre en villégiature à Spa, il organise également des expositions d’artistes-peintres dans ses locaux. Parmi ceux-ci, Julien Demarteau et Jacques Van den Seylberg, avec lesquels il se liera d’amitié. Membre de la Résistance durant la Seconde Guerre, Armand Micha restera toute sa vie à Spa, qui conserve l’essentiel de sa production.

Chapelle Sainte-Thérèse-de-Lisieux (Spa, 1928) © Philippe Vienne
Réalisations

Sa réalisation la plus connue est vraisemblablement la chapelle Sainte-Thérèse-de-Lisieux, route du Tonnelet à Spa, inaugurée en 1928, sur commande du baron Joseph de Crawhez, bourgmestre de Spa. En effet, en novembre 1927, le baron, son épouse et des amis avaient été victimes d’un grave accident de la route. Au terme d’une longue convalescence, après avoir été entre la vie et la mort, la baronne de Crawhez se rétablit. Le baron décide alors de l’édification de cette chapelle votive et en passe commande à Armand Micha qui la réalisera dans un style tout en sobriété où l’on sent néanmoins poindre son goût pour l’Art Déco.

L’agrandissement de l’Hôtel des Bains, par l’ajout d’une aile vers la place Royale et le parc de Sept-Heures, est également l’œuvre d’Armand Micha. Ce bâtiment est devenu, par la suite, “Les Heures Claires” et, aujourd’hui, après transformations, le Radisson Blu Hotel. La coupole, qui traduit également une influence de l’Art Déco, a cependant été conservée et est toujours bien visible. On lui doit également d’autres hôtels comme “La Charmille”, à Tiège (aujourd’hui maison de repos) ou la reconstruction de l’Hôtel International à Malmedy, après la Seconde Guerre. Pour le reste, Armand Micha a essentiellement construit des villas à Spa et dans la région et, notamment, “Le Guilleré” (Boulevard des Guérets, 21), le “Séjour d’Ardenne” (avenue Marie-Thérèse, 43) et la “Maison Grise” (Boulevard Rener, 27).

Philippe Vienne

“La Maison Grise” (Spa, 1939) © Philippe Vienne
Ouvrages d’Armand Micha identifiés
  • Spa, avenue Reine Astrid 9 (transformation)
  • Spa, avenue Reine Astrid 69
  • Spa, place Royale 39 (agrandissement, ne subsiste presque rien d’origine)
  • Spa, rue de la Poste 13-15
  • Spa, boulevard des Guérets 21
  • Spa, boulevard des Guérets 49
  • Spa, boulevard Rener 27
  • Spa, boulevard Rener 28
  • Spa, avenue Marie-Thérèse 43 (“Séjour d’Ardenne”)
  • Spa, avenue Jehin Deschamps 19
  • Spa, chemin de la Platte 2
  • Spa, route du Tonnelet, Chapelle Sainte-Thérèse-de-Lisieux (entre n°10 et 12)
  • Jalhay, Priesville 6
  • Jalhay, Tiège 44 (“La Charmille”)
  • Malmedy, place de Rome 1
Bibliographie
  • Armand Micha, quelques travaux, album photo (coll. privée)
  • sur la chapelle : SPAREALITES.BE

[INFOS QUALITE] statut :  validé | mode d’édition : rédaction | source : collection privée | commanditaire : wallonica.org | auteur : Philippe Vienne | crédits illustrations : © Philippe Vienne | remerciements à Philippe Delaite


Plus d’architecture…

église Saint-Remacle d’Ocquier (Condroz, BE)

Le site de l’église Saint-Remacle d’Ocquier fut, au VIIIe siècle, une possession de l’Abbaye de Stavelot (BE), créée par ledit Remacle. La construction de l’église actuelle fut commencée vers 1017 et achevée au XVIe siècle. La date de 1017 qui figure sur un linteau pourrait avoir induit les édiles organisateurs du “millénaire” d’Ocquier en 2017-2018 ; il pourrait s’agir d’une marque plus tardive, faite lors d’une restauration du bâtiment en 1617, le “6” s’effaçant avec le temps…

L’église fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 1er août 1933. Elle a subi une importante restauration au début des années 2000…


Plus d’architecture…

EXPO | LEOPOLD MUSEUM : Vienna 1900 (Klimt, Moser, Gerstl, Kokoschka)

Vienna 1900 au Leopold Museum (Vienne, AT), jusqu’au 10 juin 2018
VIENNA 1900

“The Leopold Museum is home to the largest and most eminent collection of works by Egon Schiele as well as to an equally unparalleled compilation of masterpieces from Viennese art around 1900. Celebrating the anniversary year on the theme of Viennese Modernism, the museum will present select works by the main exponents of Viennese Jugendstil Gustav Klimt (1862–1918) and Koloman Moser (1868–1918) as well as by the ground-breaking Expressionists Richard Gerstl (1883–1908) and Oskar Kokoschka (1886–1980) from 18th January in a completely new juxtaposition. The exhibition will feature chief works by Gustav Klimt, including Death and Life (1911/15) and the 1900 lakescape On Lake Attersee, as well as Kolo Moser’s paintings, such as Venus in the Grotto (1914). The presentation will also showcase outstanding examples of design around 1900, including furniture, artisan craftwork and posters, created by the “artist of a thousand talents” and co-founder of the Wiener Werkstätte. Following successful exhibitions at the Schirn Kunsthalle in Frankfurt and the Neue Galerie in New York, the radical works by the proto-Expressionist Richard Gerstl will be shown once again at the Leopold Museum, which is home to the most comprehensive Gerstl collection. Among the works presented by Gerstl will be two icons of Viennese Modernism, his two large-scale self-portraits. Oskar Kokoschka, the enfant terrible of the Viennese art scene of the early 20th century, will also be in the spotlight of this presentation with extraordinary paintings, first and foremost his pioneering work Self-Portrait, One Hand Touching the Face from 1918/19, which is both an expression of the artist’s self-questioning and doubts as well as a symbol for Austrian art embarking on a new era.”

Illustration : GERSTL Richard, Autoportrait à moitié nu (1904/05, Leopold Museum, Vienne, AT)

D’autres rendez-vous de l’agenda…

    Prison Saint-Léonard (Liège, BE)

    La prison était surnommée “les cent mille briques”…

    […] A Liège, dans le quartier Nord, la prison Saint-Léonard est construite au niveau de l’ancienne porte du même nom en 1850. Du point de vue des transports, la construction du Pont Saint-Léonard sur la Meuse, crée un accès supplémentaire au quartier, et la gare Vivegnis est ouverte en 1864. Quant à la rue Saint-Léonard, elle garde un rôle primordial, étant l’axe principal de croissance urbaine. Tous les équipements importants se concentrent le long de cet axe […]

    En savoir plus sur SAINT-LEONARD.BE…

    […] L’entrée, rue du Nord, de la prison néogothique Saint-Léonard, conçue par l’architecte bruxellois Joseph-Jonas Dumont. Cet établissement pénitentiaire a été inauguré en 1851 pour les hommes et en 1854 en ce qui concerne l’aile réservée aux femmes […]

    En savoir plus sur HISTOIRESDELIEGE.SKYNETBLOGS.BE…

    Sur l’illustration ci-dessus (perspective de la place Maghin vers la prison), les bâtiments industriels sont ceux de la Société de Saint-Léonard, établie à l’emplacement d’un ancien couvent de Carmélites. Cette usine fabriquait de l’acier et des machines, dont des locomotives […]

    Plan de 1947, sans pont sur la Meuse à la hauteur de la rampe de la place des Déportés.
    Vue aérienne de la prison dans les années 1970
    La démolition de la prison (1982-1983)

    Laissé longtemps en friche, le site de l’ancienne prison a fait l’objet en 1994 d’un concours de réhabilitation organisé par la Ville de Liège. Rénové jusqu’en 2001 par les soins d’architectes et de paysagistes liégeois, il est aujourd’hui un espace public comportant un terrain de sport, une zone verte et une vaste esplanade permettant d’accueillir divers événements à longueur d’année […]

    L’esplanade Saint-Léonard, au pied des coteaux de la citadelle de Liège
    (c) Alain Janssen

    Plus d’architecture…

    sgraffite

    Les sgraffites sont des panneaux décoratifs réalisés par une technique de fresque particulière. Le mot sgraffite vient de l’italien ‘(s)graffiare’ qui signifie ‘griffer, gratter’. Leur réalisation implique en effet une étape d’incision de la couche de mortier superficielle.

    Les grandes étapes de la fabrication d’un sgraffite
    • La couche d’enduit ‘de fond’, de couleur sombre, est posée sur la maçonnerie. Cet enduit ou mortier est préparé par une combinaison d’un liant (chaux ou ciment), ainsi que d’une ‘charge’, composée de sable additionné soit de charbon de bois (qui engendre une couleur noire), soit de poudre de brique (couleur rouge).
    • Une seconde couche de mortier est posée ensuite : c’est la couche ‘de surface’, qui est plus claire, car sa charge ne contient que du sable (et éventuellement des pigments clairs).
    • Le dessin de l’artiste, qui a été au préalable reproduit sur une feuille ou un carton, est reporté sur la couche d’enduit superficielle, par exemple par poinçonnage du motif.
    • La couche superficielle est incisée par un fil métallique : cette opération doit être réalisée avant que le mortier de la couche superficielle ne soit pris. En dégageant la couche de fond plus foncée, ces incisions dessinent les contours des figures en noir ou en rouge.
    • Les dessins de la couche superficielle (surfaces délimitées par les incisions) sont mis en couleur. Différentes techniques sont possibles.

    La peinture ‘à fresque’ est réalisée sur un mortier qui n’est pas encore sec : les pigments minéraux sont détrempés à l’eau. Une fois le support sec, le processus chimique de carbonatation de la chaux crée une couche de calcin qui fixe et protège les pigments. La technique de la fresque devant être exécutée rapidement, elle exige une grande habilité de la part de l’artiste. Elle est peu appropriée pour les opérations de restauration, qui utilisent d’autres méthodes. La peinture ‘a secco ou mi-secco’ s’effectue sur enduit à base de chaux sec. Enfin, dans la peinture ‘a tempera’ (à la détrempe), les pigments sont mélangés dans un liant sous forme d’émulsion à base de substances aqueuses et huileuses (œuf autrefois, colle ou huiles artificielles depuis le 19e siècle). Parfois, des surfaces ne sont pas mises en peinture, conservant de ce fait la couleur ‘naturelle’ de la couche d’enduit (beige, noire ou rouge)…”

    Pour en savoir plus : BRÜCK Laurent, Répertoire des sgraffites de Liège (Ville de Liège, Département de l’urbanisme, 2015) à télécharger sur LIEGE.BE

    Plus d’architecture…

    Institut du Patrimoine wallon : la Lettre du Patrimoine

    Ce trimestriel, créé en 2006, est issu de la fusion des Échos du Patrimoine, de La Lettre de la Paix-Dieu et de La Lettre de l’IPW. Consacré plus spécifiquement au patrimoine immobilier wallon, il rassemble l’essentiel de l’information émanant tant du Département du Patrimoine que de l’Institut, mais aussi de la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles et des divers autres acteurs du secteur patrimonial (musées, associations, etc.). La Lettre du Patrimoine est composée de six chapitres thématiques. Le premier est consacré à la politique générale du patrimoine. Le deuxième regroupe à la fois Le Journal de la Restauration qui fait le point sur les principaux chantiers de restauration en Wallonie et Les Carnets de la Protection qui ciblent principalement les classements récents. Les Nouvelles de l’Archéologie relayent les avancées des chantiers archéologiques et l’actualité du secteur. Un fascicule est également consacré aux Publications et Manifestations et un autre à La Vie des Associations. Ce dernier présente les associations de défense ou de valorisation du patrimoine et leur action. Enfin, le sixième fascicule est entièrement consacré au Centre de la Paix-Dieu.

    En savoir plus…

    Visiter Liège en 10 coups de coeur

    Le Pot au lait (Liège, BE)

    “Liège n’est pas forcément la première ville qui vient à l’idée de visiter quand on voyage en Belgique, mais c’est pourtant une cité pleine de charme et de belles surprises. Renommée pour son ambiance chaleureuse et festive, on la surnomme d’ailleurs la Cité Ardente. Alors que voir et que faire à Liège? Petite revue de l’essentiel pour visiter Liège à travers mes dix coups de cœur…”

    L’auteure y sélectionne :

    1. La gare de Liège-Guillemins ;
    2. Le Grand Curtius ;
    3. La promenade des Coteaux de la Citadelle ;
    4. L’escalier de la montagne de Bueren ;
    5. Les impasses du quartier Hors-Château ;
    6. Le street-art avec Paliss’Art ;
    7. La cité miroir ;
    8. La bière artisanale de la Brasserie C ;
    9. Les gaufres d’une gaufrette saperlipopette ;
    10. Un bar déjanté: le pot au lait.

    Pour découvrir ces coups de cœur de ladite Sarah, visitez LEBLOGDESARAH.COM (article du 7 mai 2016)


    Comment savoir vivre au quotidien ?

    «Ugly Belgian Houses», le livre et le site qui compilent les audaces architecturales en Belgique

    © Hannes Coudenys

    “Hannes COUDENYS a parcouru la Belgique en quête des maisons les plus laides, qu’il a publiées sur son blog. Son travail vient de paraître en livre. L’architecte anversois Renaat Braem, qui avait été l’élève de Le Corbusier, égratignait la Belgique comme étant « le pays le plus laid du monde ». Un avis sans appel, que nuance l’artiste allemand David Helbich, auteur d’une page Facebook et d’un livre « Belgian Solutions », dans une série de documentaires sur l’architecture belge diffusés en mai sur Canvas  : « La question n’est pas de savoir si Bruxelles a une identité, c’est une mosaïques d’identités »…

    Pourtant, force est de constater que le pays est à l’avenant de la capitale, où l’architecture frise parfois le mauvais goût, voire le très mauvais goût ou l’absurde bien de chez nous. Un simple coup d’œil au Tumblr du blogueur flamand Hannes Coudenys suffit à nous en convaincre : en Belgique, le laid tient le haut du pavé. Et comme le Belge a une brique dans le ventre, les rues sont bordées d’édifices vilains ou surprenants.

    ISBN 9789089315199

    Suivant le même chemin que David Helbich à la recherche de l’improbable dans nos rues, Hannes Coudenys a parcouru notre plat royaume à la recherche des maisons les plus laides ou surréalistes, qu’il a photographiées sans relâche pendant 4 ans pour les publier dans son Tumblr et sur son compte Instagram. Son travail vient d’être repris dans un livre (vendu depuis ce mercredi dans le prestigieux concept store parisien Colette), intitulé Ugly Belgian Houses – Don’t try this at home…”

    Lire la suite de l’article d’Anne-Sophie LEURQUIN sur LESOIR.BE (21 mai 2015)


    Plus de presse…