DELYS : Pour être bon joueur de billard (1931 ?)

DELYS René, Pour être un bon joueur de billard (Paris, Nilsson, 1931?) – Collection privée
Le billard et ses accessoires – Leur entretien
Le billard

Avant d’expliquer quelles sont les principales règles qui régissent le jeu de billard, il nous paraît utile de dire quelques mots sur le billard lui-même, sur ses accessoires et leur entretien qui est d’une grosse importance.

Quoique construit en bois excessivement sec et d’une fabrication soignée -nous parlons ici du billard sérieux- cet instrument est d’une grande fragilité, en raison même de sa construction délicate.

Les bandes, le drap tendu à l’extrême, le bois lui-même, sont sujets aux variations de la température, plus qu’on ne peut se l’imaginer.

Les bandes et le drap, sous l’action répétée du roulement, se relâchent ; le bois malgré sa sécheresse et sa vieillesse n’est pas exempt lui non plus de crevasses ou de gondolements, résultats d’une température inégale. Jusqu’à la table elle-même, qui peut perdre sa rectitude et qu’il faut surveiller.

Ces accidents, qui se produisent plus souvent qu’on ne le croit, sautent rapidement à l’œil et surtout à l’oreille du joueur qui s’intéresse à l’instrument sur lequel il joue. A l’œil il verra parfaitement que les billes ne roulent plus avec facilité, et surtout plus droit, à l’oreille il se rendra compte du bruit sec produit par le choc de la même bille contre la bande qui ne “rend” plus, pour se servir du terme cher au billard.

Ce qu’il faut faire pour prévenir ou remédier à ces inconvénients, nous le dirons dans un chapitre plus loin.

Les billes

C’est d’ivoire qu’elles sont, ou plus exactement qu’elles doivent être faites. Elles peuvent ainsi se choquer à l’infini sans dommage très appréciable, et cela surtout par ce qu’il est extrêmement rare qu’elles se rencontrent au même point.

Pourtant, si l’existence rude qu’elles mènent, où même les sauts à terre pardessus les bandes, ne les détériorent pas outre mesure, tout comme le billard ou les queues, les billes sont délicates et n’aiment guère les changements de température. Comme le métal, elles se dilatent à la chaleur et se contractent au froid. Résultats : fissures, rides et partant roulement imparfait.

Les soins journaliers qu’on leur apportera, prolongeront dans de notables proportions leur existence qui, malgré tout cela, n’est pas excessivement fragile.

Les Queues

C’est encore le bois qui entre dans leur construction ; la chaleur et l’humidité naturellement lui sont préjudiciables.

Inutile d’insister sur le rôle joué par l’humidité. Les queues sous son influence perdront leur rectitude : elles glisseront plus difficilement dans les doigts ; par la chaleur, le talon se décollera sans aucune raison ; le bois se fendillera. Ce sont autant de choses à éviter.

Jusqu’au procédé lui-même, cette pauvre petite rondelle de cuir, terminant
la queue, qui n’échappe pas aux éléments destructifs.

Lui, n’en connait qu’une seule, le dessèchement produit par l’usage de la craie, et par suite l’aplatissement, et le décollement. Son entretien sera simple, et nous l’expliquerons.

Pourtant avant d’en arriver aux soins à donner au billard et à ses accessoires, nous voulons ajouter quelques mots sur les queues, puisque nous en sommes encore à ce chapitre.

Le poids et la longueur de ces instruments sont chose appréciable.

Suivant le jeu du billardier qui affectionnera le coup dur, les bandes ou les rétrogrades, le poids de la queue variera. Ainsi par exemple le jeu par les bandes, qui demande le maximum de vitesse, permettant d’éviter les fâcheux contres, veut une queue ne pesant pas plus de 600 grammes. C’est le poids de trois billes françaises.

Les coups fouettés à longue distance exigent aussi une queue d’un poids moyen ; on choisira donc celle de 600 grammes.

La série qui s’obtiendra avec une régularité déconcertante pour… l’adversaire, les rétrogrades dépourvus de lourdeur, seront joués avec une queue de 540 grammes ; le diamètre de 13 mm. 5 conviendra parfaitement.

Le coup dur demandera le poids maximum : 630 grammes, 1 m. 40 de long et 14 mm. de diamètre.

Cette queue de 630 grammes doit être, pour atteindre ce poids levé, construite en bois lourd.

Le talon sera par exemple en ébène et le reste en alisier. Certains fabricants emploient le plomb pour alourdir l’objet, ou un bois lourd, mais pas suffisamment dur. On se rend compte des résultats obtenus avec de pareils engins.

Il est évident que ces queues de poids et de diamètre différents ne se rencontreront guère au café. Pourtant il n’est pas rare de rencontrer des amateurs, habitués d’un endroit où le billard est excellent, avoir leur instrument particulier. Il sera utile d’en vérifier le diamètre et le poids ; ils comprendront ainsi plus facilement pourquoi certains coulés deviennent plutôt… cintrés.

L’entretien

Pour le billard, exigeons avant toute chose, la propreté. La poussière, les taches sont ennemis mortels du drap. La brosse sera utile après chaque partie pour chasser la poussière que les joueurs et la craie ont déposée sur le drap.

Ne jamais s’asseoir par une raison quelconque sur l’un des bords du billard, les bandes en souffriraient.

Veiller au niveau de la table et enfin, recommandation suprême, si vous possédez un billard chez vous, ne le transformez pas en table de débarras même s’il est recouvert de la housse protectrice. Outre la déformation du drap qui sera rapide, il se produira une modification du niveau de la table ou encore de ces taches qui, en raison de la coloration du tapis, prennent si rapidement cette teinte jaunâtre qui n’ajoute rien à l’esthétique du billard.

Le massé trop répété produira lui aussi des inégalités dans le drap, les soins de propreté y remédieront ; quant aux accrocs, le stoppage seul en viendra à bout.

Ce sont là les soins de toute première nécessité qu’il faudra assurer quotidiennement.

Eux seuls ne suffiront pas ; il faudra donc, de temps à autre, se livrer à une petite exploration qui nécessitera certains travaux comme :

  • Resserrer les vis, qui se fatiguent, se desserrent, et compromettent l’élasticité des bandes ;
  • S’assurer du niveau de la table ;
  • Dévisser les bandes, enlever le drap qui les entoure ;
  • Déclouer le drap, le battre, le brosser et arrêter à temps une petite déchirure qui ne demande toujours qu’à croître et embellir ;
  • S’assurer de la tension du tapis sans laquelle le parfait roulement des billes est impossible.

Les billes, quoique d’ivoire, ne subissent pas sans inconvénient, nous […]

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[INFOS QUALITE] statut : en construction | mode d’édition : transcription | source : DELYS, René, Pour être bon joueur de billard (Paris : Nilsson, 1931?, épuisé)  | contributeur : Patrick Thonart | crédits illustrations : Editions Nilsson | remerciements à Patrick Thonart (collection privée)