rites maçonniques déistes

BLAKE William, The Ancient of Days (1794)

Dans son Discours de la méthode maçonnique, Pluviaud explique : « Le rite est l’épine dorsale du système mais, pour une bonne perception du phénomène maçonnique dans son ensemble, et dans le paysage français en particulier, il faut l’examiner dans la réalité de sa pratique, c’est-à-dire à travers les différentes sensibilités selon lesquelles il se manifeste.

Dans un chapitre précédent, j’ai expliqué l’existence de différents rites par la réponse que chacun apporte au comment de la différence humaine. Le faisant, j’ai distingué trois types de réponses, la réponse théiste (Dieu), la réponse déiste (un principe) et la réponse laïque (la raison) : ce sont ces trois réponses qui vont déterminer les trois grandes familles de rites… » :

Les rites déistes

« La réponse déiste postule l’existence d’un principe créateur, inconnaissable, non révélé, forcément transcendant, laissant à chacun la possibilité d’interpréter ce principe selon sa sensibilité propre. La croyance en un principe suffisamment vague et lointain permet de focaliser dans une sorte de non-réponse toutes les aspirations mystiques et le questionnement premier sur l’origine.

« Oui, disent les rites déistes, il y a, à l’origine, quelque chose d’infiniment plus grand que nous, qui nous dépasse, nous en prenons acte en le glorifiant, mais nous n’en connaissons rien et nous n’avons pas les moyens humains de percer ce mystère, évitons toutes spéculations à ce sujet, cantonnons-les à l’intime de chacun. Là s’arrête notre relation avec le « créateur », à un principe, dont nous ignorons tout de ses intentions, qu’il n’a jamais manifestées, un principe avec lequel nous n’entretenons aucune relation (prière, demande d’intercession ou liturgie) autre que la reconnaissance officielle de son existence et sa glorification. Néanmoins, afin de satisfaire la demande d’esprit inhérente à notre nature, à travers lui nous recherchons et exaltons l’esprit qui est en nous (c’est le postulat initial), nous plaçons ainsi notre démarche sur une orbite résolument spirituelle. »

La maçonnerie déiste se veut adogmatique et, pour bien le marquer, pose la recherche de la vérité comme l’une de ses finalités (l’autre étant le progrès de l’humanité). Par là, elle se positionne clairement hors toutes références à un dieu révélé ou à une religion, tout en prônant comme fondamentale une recherche spirituelle (la vérité) qui est de l’ordre de la transcendance, du dépassement de soi par l’initiation. Cette initiation n’est pas une fin en elle-même, elle est perçue comme un outil qui rend apte celui qui en dispose à la transmission des valeurs qu’il a acquises par cette même initiation. C’est par la transmission des valeurs, donc à travers la capacité de dépassement de l’homme, que les rites déistes entendent réaliser le progrès de l’humanité.

C’est une conception de la maçonnerie fondée sur l’altruisme dans lequel la prise en compte de l’autre se substitue à l’ego. Le progrès qu’elle envisage est avant tout moral et spirituel ; il est prioritaire parce qu’il entraîne et cautionne tous les autres, il n’a de sens que s’il est le progrès commun. Elle transfère à l’homme seul la responsabilité de son destin et de celui de l’humanité. Mais, dans la mesure où elle implique l’initiation, l’acquisition de l’indispensable outil de la transmission, comme préalable, le risque existe de se focaliser sur la seule initiation, sur le seul outil, en le sacralisant. La conséquence étant un glissement vers le marais d’une religiosité un peu molle, sans véritable objet, ni repères, au détriment du projet qui s’estompe pour devenir plus virtuel, une pétition de principe. » (op.cit. pp. 109-110)


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