La ​sérendipité​, une simple mode ?

Inventé par l’anglais Horace Walpole au XVIIIe, le terme « sérendipité » évoque un conte persan (e.a. de MAILLY, Louis, Voyages et aventures des trois princes de Serendip) où les héros de l’histoire découvrent des choses qu’il ne cherchaient pas du tout, « par accident et sagacité ». Aujourd’hui, la sérendipité évoque le fait de découvrir fortuitement quelque chose qu’on ne cherchait pas, dans le cadre d’une recherche sur un autre sujet. Cette possibilité de découvrir « à l’insu de son plein gré » est un argument contre une trop grande spécialisation et une technicité au service d’une efficacité définie a priori. Comme l’explique Sylvie Catellin dans son livre sur le sujet (CATELLIN S., Sérendipité. Du conte au concept, Seuil, 2014) :

« la découverte ne peut jamais surgir du seul apprentissage des savoirs disciplinaires, mais implique l’art de l’interprétation des traces et des signes, la disponibilité de l’esprit à accueillir ce qui le surprend et le déroute. »​

Étrangement, la sérendipité sert le propos encyclopédique en ceci que l’homme, ne pouvant tout savoir (d’où l’intérêt d’un outil de référence comme une encyclopédie) et désirant savoir plus que ce qu’il connaît (d’où l’intérêt d’un site encyclopédique où la logique binaire de la base de données peut « surprendre » le fil d’une recherche ciblée a priori), l’homme donc peut être surpris par la découverte d’une pépite de savoir, au détour d’un hyperlien un peu déviant, et s’en réjouir. Du coup, notre métier consiste également à rendre possible cet étonnement devant l’imprévu qui enrichit…

Pourquoi évoquer agora.qc.ca ?

Jacques DUFRESNE est un philosophe progressiste réputé au Québec (CA). Avec Hélène LABERGE, il est à l’origine d’une des premières encyclopédies en ligne : l’encyclopédie de l’Agora (agora.qc.ca), commencée en 1998 (grâce au dévoiement d’un module du collecticiel Lotus Notes). Le web 2.0 apparaîtra quelques années plus tard mais ne changera pas la rigueur éditoriale : tout contenu publié est d’abord vérifié. L’ouvrage est collectif et se construit toujours aujourd’hui (1.500 contributeurs dans le monde et jusqu’à 14 millions de visites annuelles), avec une devise que nous conservons : ​vers le réel par le virtuel. De 2000 à 2012, nous avons partagé l’édition des contenus d’origine Europe-Afrique avec une interface proprement wallonne (walloniebruxelles.org), financée par la Communauté Française Wallonie-Bruxelles mais développée côte-à-côte avec l’interface québécoise (migration PHP/MySQL). Visibles par différentes interfaces, les contenus étaient communs : c’est ainsi que l’article « THIRY, Marcel » pouvait jouxter la promotion d’un roman paru à Montréal pour les visiteurs d’agora.qc.ca ou l’annonce d’une exposition liégeoise pour ceux qui avaient atterri dans walloniebruxelles.org via leur moteur de recherche. Plusieurs règles de base pilotaient le travail des contributeurs de ce réseau d’encyclopédies (« archipel d’îlots de connaissance ») :

  • Accueillir toutes les opinions, les loger au niveau qui convient et les composer verticalement (WEIL, Simone) ;

  • Elaguer, élaguer encore pour transmettre l’essentiel ;

  • A chaque époque et à chaque culture sa juste place ;

  • A chaque point de vue et à chaque regard sa juste importance ;

  • Rapidement inviter à la lenteur.

Faute de ressources wallonnes, l’initiative walloniebruxelles.org s’est arrêtée en 2012. wallonica.org reprend aujourd’hui le flambeau… à la main (collecticiel MS-SharePoint) et, entre autres activités, importe progressivement dans ses pages les contenus édités autrefois par les auteurs wallons de l’Agora. A bon entendeur…

Que pensait Denis DIDEROT (1713-1784) de wallonica.org ?

« ENCYCLOPÉDIE, s. f. (Philosoph.) Ce mot signifie enchaînement de connoissances ; il est composé de la préposition greque , en, & des substantifs , cercle, & , connoissance. […] En effet, le but d’une Encyclopédie est de rassembler les connoissances éparses sur la surface de la terre, d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, & de le transmettre aux hommes qui viendront après nous ; afin que les travaux des siecles passés n’aient pas été des travaux inutiles pour les siecles qui succéderont ; que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent en même tems plus vertueux & plus heureux, & que nous ne mourions pas sans avoir bien mérité du genre humain. »​