INTERVIEW EXCLUSIVE : l’éditeur de wallonica.org nous dit tout…

(c) Patrick Thonart

En exclusivité mondiale, nous avons rencontré l’éditeur du célèbre blogue encyclopédique wallonica.org. Patrick Thonart a néanmoins préféré rester anonyme, afin de ne pas subir le harcèlement des lobbies de l’industrie du tabac et du sucre. Notre envoyé spécial à Liège (BE) a sélectionné pour vous quelques moments forts, extraits des bandes enregistrées lors des trois entrevues qui ont eu lieu dans les locaux de l’encyclopédie en ligne… rue des Wallons : ça ne s’invente pas.

Tout d’abord, pourquoi avez-vous décidé d’enfin sortir de votre réserve et accepté de nous parler sans voile de l’encyclopédie wallonica.org ? Que s’est-il passé ?

C’est la lecture de l’autobiographie ‘fictive’ de Salman Rushdie (Joseph Anton : une autobiographie, Paris, Plon | Feux Croisés, 2012) qui m’a affranchi de mes derniers scrupules. Voilà une icone de la liberté de pensée pour laquelle on descendait facilement dans la rue ; pas pour son oeuvre (dont je ne suis pas le plus grand fan) mais parce qu’il a perdu dans un concours de circonstances et qu’il s’est retrouvé condamné à mort internationalement par un chef ‘spirituel’ local dont, soi-disant, il n’aurait pas respecté le dogme religieux dans un de ses romans. Plein de gens meurent ensuite ou sont agressés, Rushdie vit caché pendant que les atermoiements des différents responsables politiques disent toute l’estime dans laquelle est tenue la liberté d’expression : bref, du lourd et de l’exaltant. Et puis, des années plus tard, Rushdie décide d’écrire cette autobiographie et on découvre un auteur assez pédant, un réseauteur fort mondain et des monceaux de banalités : « Le jour de Noël, Elizabeth et lui purent inviter Graham Swift et Candice Rodd à passer la journée avec eux. Le lendemain, Nigella Lawson et John Diamond, Bill et Alicja Buford vinrent dîner. Elizabeth qui aimait beaucoup la fête de Noël et tout son rituel, au point qu’il s’était mis affectueusement à la qualifier de « fondamentaliste de Noël », était très heureuse de pouvoir « faire Noël » pour les autres…« . On pense aux vers de T.S. Eliot dans The Love Song of J. Alfred Prufrock (1917) :

In the room the women come and go
Talking of Michelangelo.

Par contre, quelques pages plus loin : « Il s’efforça de se rappeler ce qu’était le métier d’écrivain, s’obligea à redécouvrir les habitudes de toute une vie. L’introspection, l’attente, la confiance accordée à l’histoire. La découverte lente ou rapides des contorsions par lesquelles on glissait dans l’organisme d’un monde imaginaire, comment on y pénétrait, on y cheminait, avant de parvenir à le quitter. Et la magie de la concentration qui donnait l’impression de tomber dans un puits profond ou dans une faille temporelle. Tomber dans la page, guettant l’extase qui se produisait trop rarement. Et le dur travail d’autocritique, le regard sévère posé sur les phrases, utilisant ce qu’Hemingway avait appelé son détecteur de merde. La frustration de se cogner contre les limites du talent et de la compréhension.« 

Alors, si une pointure de cette taille peut ainsi faire du yo-yo entre génie et banalité, la voie est libre pour des monsieurs-tout-le-monde comme nous qui veulent bosser honnêtement sans jouer les divas. Ceci explique cela…

Informations prises, vous n’en êtes pas à votre coup d’essai dans le domaines des encyclopédies en ligne. Racontez-nous…

J’ai d’abord rencontré le philosophe Jacques Dufresne au Canada, en 2000, et on a travaillé ensemble pendant plus de dix ans : après un après-midi « dans les érablières », je me suis retrouvé avec l’exclusivité de l’édition de son agora.qc.ca pour l’Europe et l’Afrique. A l’époque, il était assez populaire au Québec et dans les petits papiers du Premier Ministre Landry. Lui et son équipe avaient lancé la première encyclopédie en ligne du genre, en Lotus Notes (un « collecticiel » aujourd’hui désuet), parallèlement à un magazine de qualité. C’était une encyclopédie francophone gratuite et sans publicité, qui grandissait au fil des rencontres de l’équipe avec tel spécialiste de ceci ou tel expert de cela : une croissance organique donc, à l’inverse des encyclopédies payantes traditionnelles qui établissent leur « arbre des connaissances » avant toute chose, puis contactent un réseau d’experts pour la rédaction, puis publient, puis font payer les utilisateurs et gagnent aussi sur la pub. Diderot avait travaillé comme ça (lui, par souscription), la pub en moins.

Jacques voulait que son Encyclopédie de l’Agora (agora.qc.ca) respecte des principes qui restent valables pour wallonica.org :

  1. Vers le réel par le virtuel : l’expérience en ligne doit à tout moment ramener à l’expérience réelle et ne pas exalter l’aliénation virtuelle ;
  2. Accueillir toutes les opinions, les loger au niveau qui convient et les composer verticalement (Simone Weil) : on peut tout publier, le tout est d’encadrer le contenu d’un dispositif critique (par exemple : ne pas publier Mein Kampf en un PDF téléchargeable unique -à moins de vouloir cartonner dans la fachosphère- mais le publier en extraits commentés, en aval d’un dossier sur l’intolérance) ;
  3. Un site lent : au-delà de la mode du « slow » qui n’avait pas cours à l’époque où Jacques s’est lancé (1998), le dispositif de l’encyclopédie en ligne, doit inviter à la lecture, à l’appropriation, à prendre le temps de la réflexion critique et au plaisir…

Ensemble, on a développé une interface proprement wallonne qui donnait accès aux mêmes contenus que l’interface québécoise. Si vous tapiez agora.qc.ca dans votre navigateur, vous arriviez au même article « Debussy » que si vous aviez encodé walloniebruxelles.org (l’URL de l’époque pour l’interface wallonne) mais l’apparence graphique et les annonces de promotion d’intérêt public (expos, concerts, parutions…) étaient dépendantes de votre interface : un concert de l’Orchestre de Liège dans le deuxième cas, une conférence d’Ivan Illitch à Montréal dans le premier.

L’Encyclopédie de l’Agora, ce n’était pas rien, surtout quand on pense aux ressources limitées qui ont permis sa mise en ligne : 12 millions de visiteurs annuels et un réseau de quelque 1.500 auteurs, ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval. Michel Serres a fait l’éloge de l’initiative et de grands esprits comme Ivan Illitch et d’autres ont donné plusieurs de leurs écrits à Jacques pour qu’il les publie, tous droits cédés. J’ai également obtenu son référencement dans les sites recommandés par la BnF. L’interface wallonne en a bénéficié, avec un demi-million de visiteurs après seulement 6 mois en ligne. Idem, Jean-Pol Schroeder (Maison du Jazz de Liège, BE) nous a cédé les droits de publication sur un excellent livre de référence sur le jazz, qui était épuisé dans le commerce.

Nous avons été aidés financièrement par la Communauté française puis mis en faillite par les mêmes (no comment…) ; le Gouvernement wallon a aussi fait des promesses mais… Par après, la Province de Liège nous a concrètement soutenus lorsqu’il a fallu migrer l’encyclopédie en PHP/MySQL. Sans pub, on mange souvent des pâtes, alors les aides et les soutiens sont toujours les bienvenus. A bon entendeur…

Ce n’est que l’année dernière que j’ai décidé de migrer à nouveau vers un blogue encyclopédique en WordPress : wallonica.org. Je suis toujours en train de rapatrier les articles qui étaient proprement wallons dans la base de données partagée avec le Québec, tout en écrivant ou compilant de nouveaux contenus.

Un blogue encyclopédique : ça sent un peu le paradoxe, non ?

La grosse difficulté du monde actuel est que l’informatique a introduit un fonctionnement en réseau et que nous ne sommes pas encore pleinement au fait de ce que ça veut dire au quotidien. Sans vouloir vous blesser, votre question en est la preuve : un blogue, c’est une séquence d’articles sur un thème choisi, articles qui se suivent dans le temps ; une encyclopédie, c’est une arborescence d’articles, organisés selon des catégories en cascade. Dans des sites WordPress comme dans d’autres, on a un grand aquarium (la base de données du site) où nagent une multitude de poissons de même taille (les articles) mais qui ont chacun des étiquettes sur le dos (les métadonnées : la date, les catégories, les mots-clés…). Faire une requête (une recherche) dans un site comme ça, c’est puiser un groupe de poissons qui partagent les mêmes étiquettes et choisir celui ou ceux que l’on veut manger (ici : lire). Ainsi, dans wallonica.org, en cliquant sur la catégorie « Artefacts », on va obtenir la liste de tous les articles existants qui portent sur les créations artistiques et pouvoir choisir, au départ de son titre, celui qui nous intéresse pour l’afficher à l’écran. Plus question de séquence ou de hiérarchie de contenus ici : tous les objets du site sont reliés dans un maillage épais entre leurs métadonnées.

Comment m’y retrouver, alors, dans wallonica.org ?

D’abord, il faut se dire qu’on arrive souvent dans un article via un moteur de recherche externe, donc, sans passer par la page d’accueil ou le formulaire de recherche de wallonica.org. Par exemple, si vous cherchez une citation de Montaigne, vous tapez [Montaigne à+propos] dans votre page Google et vous arrivez directement sur la page http://wallonica.org/montaigne-textes/ sans passer par la page d’accueil de wallonica.org. Si, par contre, vous visitez wallonica.org au départ de cette page d’accueil (vous avez tapé http://www.wallonica.org dans votre navigateur), vous pouvez choisir d’afficher toute une catégorie d’articles ou tous les articles marqués d’une même étiquette (mot-clé). Et ça marche !

L’intelligence (c’est un terme technique) se trouve alors dans l’organisation des catégories et des mots-clés. Pour wallonica.org, le défi était de trouver une manière différente de proposer nos contenus. C’est chose faite. Je suis parti de ce que fait l’Honnête Homme face au monde pour créer sept catégories (plus d’infos ici) : les actions, les artefacts, les contrats, les discours, les dispositifs, les symboles et, face à l’homme, le monde comme il va, là où la main de l’homme n’a jamais mis le pied.

Ceci pour les articles proprement encyclopédique (Paul Diel, vanité, La jeune fille sans mains, Perron liégeois…) auxquels on peut également accéder par le menu… Encyclopédie.

à suivre…

Donnez-moi des politiques lamentables, des syndicats de médecins conservateurs et corporatistes, et je vous donnerai l’examen d’entrée

Médecine et dentisterie © BELGAIMAGE

« Chers étudiants fraîchement sortis de rhétorique, comment devez vous annoncer à un patient ‘fragile’ qu’il est atteint d’une maladie incurable ?

Veuillez sélectionner la bonne réponse.
A. Devez-vous le dire au patient en premier ?
B. A sa famille en premier ?
C. Ne devez vous pas le dire ?

C’est un extrait, à peu de choses de prêt, de l’examen d’entrée dont la première édition s’est déroulée début du mois et qui a enregistré un taux de succès de 18%. Un examen qui, rappelons le, a été soutenu massivement à la fois par certain(s) syndicat(s) médicaux corporatistes et conservateurs, par certains partis francophones (MR et CDH) et par une Flandre (Open VLD, CD&V, et NVA) désirant imposer sa vision de l’accès à la médecine aux francophones.

Comment peut on donner du crédit à cet examen à la lecture de certaines questions comme celle exposée ci-dessus ? N’importe quel praticien sait, de par son expérience et ses connaissances de la loi, qu’il n’existe pas une seule bonne réponse à de telles questions et que l’attitude à adopter dépend fortement de nombreux facteurs contextuels gravitant autour du patient (âge, pathologie, famille, etc.). Comment peut-on évaluer ce genre d’aptitude chez des jeunes de 17-18 ans qui n’ont jamais vu un patient et qui n’ont jamais expérimenté la médecine sur le terrain ?

Le premier constat qu’on peut tirer de cet examen concerne l’utilité réelle de questionner des étudiants sur des faits de pratique quotidienne de l’art de la médecine avec des questions aussi fermées, un art qui restera un rêve brisé pour 82% d’entre eux.

Le deuxième constat que nous pouvons tirer se base sur un fait consternant: cet examen qui se veut « sélectif » des gens « aptes » à réussir les études de médecine a recalé de nombreux reçus collés, à savoir des étudiants qui avaient déjà réussi leur première (ou leur deux premières années de médecine !) et qui ne figuraient pas dans les quotas du concours de l’année dernière… »

Lire la suite de l’article de Jérôme LECHIEN dans LEJOURNALDUMEDECIN.COM (19 septembre 2017)

Plus de presse…

La nuit la plus longue de Stanislav Petrov

Stanislas Petrov (c) Le Temps

« La nuit la plus longue de Stanislav Petrov Il avait «sauvé le monde» pendant la Guerre froide en évitant une possible conflagration générale. La mort de Stanislav Petrov résonne d’une étrange actualité en ces jours de tensions nucléaires.

Stanislav Petrov ? Alors que le monde se préoccupe aujourd’hui des velléités nucléaires de la Corée du Nord, alors qu’il frémit devant une possible spirale incontrôlable, ce nom était revenu ces dernières semaines comme un leitmotiv, comme le synonyme d’un antidote miraculeux. Nous sommes en septembre 1983, une époque où les agissements de Kim Jong-un auraient presque passé pour d’inoffensives facéties. Trois semaines plus tôt, les chasseurs de l’Union soviétique ont abattu un Boeing 747 sud-coréen, faisant 269 victimes, dont un membre du Congrès des Etats-Unis parmi 60 autres Américains. Le président Ronald Reagan n’en finit plus de parler de «l’empire du mal», donnant le sentiment que les Etats-Unis sont résolus à le terrasser pour de bon.

Les responsables américains de cette époque ont assuré, depuis lors, qu’il n’en était rien. La main sur le cœur, ils assurent que l’intention de Reagan n’a jamais été d’asséner le premier coup. «Les Etats-Unis ne font pas de Pearl Harbor», a expliqué Benjamin Fischer, historien de la CIA, en référence à l’attaque-surprise menée par les Japonais contre les Américains au début de la Deuxième Guerre mondiale. «Par conséquent, nous ne pouvions pas imaginer que les Soviétiques pensaient vraiment que nous serions capables de frapper les premiers.»

Et pourtant. A la tête d’une Union soviétique qui allait donner, quelques années plus tard, la preuve finale de sa décrépitude, Iouri Andropov guette les signes d’une possible attaque américaine. Les motifs d’inquiétude ne manquent pas, qui expliquent en partie la paranoïa du chef du Kremlin. Peu avant, Ronald Reagan a lancé son Initiative de défense stratégique (IDS), dite aussi «guerre des étoiles», censée protéger les Etats-Unis contre toute frappe nucléaire soviétique. Au même moment, l’OTAN prévoit d’installer en Allemagne des missiles Pershing II, qui placeraient Moscou à quelques minutes de leurs têtes nucléaires. Les Occidentaux n’en ont peut-être pas conscience mais au Kremlin, qualifié à l’époque de «pavillon gériatrique» en référence à l’âge de ses locataires, l’heure est pratiquement au compte à rebours, dans l’attente d’une guerre nucléaire jugée presque inéluctable.

Aux commandes à Serpukhov-15. Retour à Stanislav Petrov, lieutenant-colonel et fonctionnaire émérite de 44 ans. Au cœur de la tourmente, il est en charge du Serpukhov-15, ce centre niché dans les profondeurs d’une forêt proche de Moscou qui, dans l’Union soviétique de cette époque, apparaît comme le nec plus ultra de la technologie. Il est minuit passé de quelques minutes, ce 26 septembre 1983 lorsque des avertissements en lettres rouges commencent à clignoter sur les écrans et qu’une puissante sirène retentit dans toute la base militaire… »

Lire la suite de l’article de Luis LEMA sur LETEMPS.CH (19 septembre 2017)

Plus de presse…

Margaret Atwood, romancière extra lucide

(c) Ruven Afanador

« Au milieu des années 80, la prolifique écrivaine canadienne imagine l’histoire de La Servante écarlate, bien connue depuis qu’Elisabeth Moss incarne à l’écran la domestique rebelle. Portrait de cette féministe engagée et visionnaire. Reine de longue date en son pays, le Canada, et dans le monde anglo-saxon, Margaret Atwood, 77 ans, doit à une humble servante d’avoir accédé au même impérial statut à l’échelle planétaire : cette Servante écarlate dont elle avait imaginé l’histoire au milieu des années 80, et que l’adaptation en série de Bruce Miller a fait connaître à un large public. La Servante écarlate (en VO, The Handmaid’s Tale) ou le tableau orwellien d’un monde où un pouvoir totalitaire et religieux a assujetti les femmes. Réédité en France à la veille de l’été, au format de poche, par Robert Laffont, avec en couverture le visage de l’actrice Elisabeth Moss, qui incarne à l’écran la servante rebelle, le roman se vend comme des petits pains (plus de soixante mille exemplaires depuis juin), ceint d’un bandeau rouge qui l’annonce comme « le livre qui fait trembler l’Amérique de Trump » — référence au rôle de manifeste qu’il joue outre-­Atlantique, où les féministes s’en sont emparées pour dénoncer les menaces sur les droits des femmes que fait peser la misogynie du président…. »

Lire la suite de l’article de Nathalie CROM sur TELERAMA.FR (2 septembre 2017)

Et pour en savoir plus, le site officiel de la romancière et poétesse (en anglais) : MARGARETATWOOD.CA

Plus de presse…

L’humour noir, acerbe et tordu d’Issa Boun, en 15 illustrations qui vont ravir les amateurs du genre

(c) Issa Boun

« Issa Boun est un auteur de bandes dessinées complètement déjanté, originaire de Wattrelos, près de Roubaix (Hauts-de-France) et désormais installé à la Réunion. À la fois déprimants, absurdes et hilarants, ses dessins à l’humour très noir, qui réussissent à être à la fois trash et pleins de finesse, vont ravir les amateurs du genre… ! »

Découvrir Issa Boun grâce à Nathan WEBER sur DEMOTIVATEUR.FR (août 2017)

Plus de presse…

Encyclopédie de l’environnement

« L’environnement est un sujet immense qui recouvre :

  • les milieux terrestres où la vie se développe, l’air, l’eau et le sol,
  • les conditions offertes à la vie et notamment le climat, objet de profondes préoccupations à l’échelle du 21ème siècle,
  • les liens profonds entre la nature et le vivant, l’origine et l’érosion de la biodiversité, les écosystèmes et leur évolution,
  • mais aussi les interactions entre l’homme, la nature et tous les êtres vivants.

Ce site en libre accès, conçu et préparé par des scientifiques, parrainé par l’Université Grenoble Alpes (UGA) et la Communauté d’Universités et Établissements Grenoble Alpes (ComUE), s’adresse à tout lecteur curieux de son environnement.

Dans des articles abondamment illustrés et signés par leurs auteurs, il décrit les phénomènes et propose un premier niveau d’explication accessible à toute personne disposant d’une culture voisine de celle du baccalauréat.

Tous ces textes ont fait l’objet d’une expertise par un comité éditorial, qui veille à ce qu’ils visent une réelle objectivité. Leurs affirmations s’appuient sur des preuves avérées, avec références aux sources originales, et les éventuelles incertitudes sont indiquées.

Cet ensemble est organisé en huit rubriques, pilotées chacune par des experts du sujet, divisées elles-mêmes en modules thématiques qui comprennent un ou plusieurs articles.

Malgré leur grand nombre, grâce à un format unifié et à des très nombreux liens, ces articles forment un ensemble cohérent, dont l’ergonomie permet d’accéder rapidement à tout sujet identifiable par un mot-clé… »

Pour en savoir plus, visitez le site ENCYCLOPEDIE-ENVIRONNEMENT.ORG

Plus d’initiatives…

Philippe Manœuvre : « Je suis fasciné par l’arrogance de mauvais garçons des Rolling Stones »

(c) Terry O’Neill

Pour accompagner la diffusion en kiosque des albums des Rolling Stones, l’Enfant du rock livre quelques réflexions à propos du groupe mythique, dont il a interviewé les musiciens plus de dix fois.

Vous rappelez-vous vos premières sensations à la découverte des Rolling Stones ?

Je suis d’abord hypnotisé par la pochette d’un de leurs 45-tours, Let’s Spend the Night Together, dans la vitrine d’un magasin. J’ai 14 ans et je me dis que c’est le groupe dont je voudrais faire partie idéalement. Les Beatles étaient un groupe charmant, comique, très balèze musicalement, mais les Stones projetaient quelque chose de plus sexuel. Adolescents, en pleines années 1960, la sexualité était un mystère sur lequel nous n’avions aucune information. On se disait que ce groupe pouvait nous donner des solutions.

Transforment-ils rapidement le visage ­de la musique pop ?

Leur premier 45-tours, Come On, une ­reprise de Chuck Berry, sorti en juin 1963, est plutôt raté. Trop gentillet. Mais, cinq mois plus tard, leur deuxième 45-tours, I Wanna Be Your Man, un morceau que leur donnent les Beatles, va fonder toute la culture du rock garage, grâce à la déflagration de la guitare jouée au bottleneck [un « goulot », ou un tube de métal que le guitariste fait glisser sur les cordes pour obtenir un son spécifique au blues] par Brian Jones, qui sonne comme un appel aux armes.

L’autre moment fondateur sera bien sûr le triomphe, en 1965, de (I Can’t Get No) Satisfaction, sans doute le morceau qui symbolise le mieux les années 1960, l’hymne parfait des frustrations adolescentes, dont le riff rebelle ­annonce Mai 68. A l’époque, la plupart des groupes jouent une version de ce titre. Quand les Stones repassent en 1967 à l’Olympia, un des groupes français faisant leur première partie, les Problèmes – les ­futurs Charlots – font, par exemple, une ­reprise de Satisfaction. Depuis les coulisses, Brian Jones leur fait des signes pour dire : « Non, les gars, c’est notre morceau… »

Lire la suite sur LEMONDE.FR : Philippe Manœuvre : « Je suis fasciné par l’arrogance de mauvais garçons des Rolling Stones » (Interview par Stéphane DAVET, le 17 août 2017)

Plus de presse…

La Hammer, un succès monstre

«Lust for a Vampire», de Jimmy Sangster, 1971. Photo Hammer Films

« Osant mêler l’horreur et le sexe gore, la boîte de production britannique régna en maître sur le cinéma fantastique des années 50.

Une forêt, de la brume, les tours d’un château se découpant sur le crépuscule, une musique tonitruante, Peter Cushing, Christopher Lee, une mannequin dans l’air du temps qui se retrouvera seins nus et une vieille bête gothico-culturelle – comme Dracula, Frankenstein ou encore la momie qui périra dans le sang à la fin de l’histoire… Voilà la trace charmante laissée dans le paysage cinématographique par la Hammer Film, petite société de production britannique dirigée par un ancien vendeur de voitures, Michael Carreras, qui a régné sur le fantastique durant les années 50 […]

Tête baissée

La Hammer est née d’un sauvetage. En 1953, la boîte de prod vivote et sort des films sans éclat. Proche de la faillite, elle subit la désaffection des salles et redoute le triomphe de la télévision. Elle tente alors son va-tout en changeant radicalement de registre. Aidée par des accords de distribution avec des studios américains, elle réalise un premier film à cheval entre la science-fiction et le gore : The Quatermass Xperiment. Alors que tous les autres producteurs britanniques cherchent à éviter la censure, la Hammer se rue tête baissée dans le X, interdit aux moins de 16 ans. Cahier des charges : fantastique, horreur, sexe. Le public est délicieusement choqué. Et quiconque visionne enfant un film de cette boîte de production atypique en conserve une trace mémorielle indélébile.
«La Hammer avait quelque chose de spécial. Vraiment. Quatermass était terrifiant, c’était un vrai changement par rapport à ce qu’on voyait au cinéma», se souvient John Carpenter… »

Lire la suite de l’article de Guillaume TION sur LIBERATION.FR (3 août 2017)

Plus de presse…

monstre

LEMIRE Laurent, Monstres et monstruosités (Paris, Perrin, 2017)
Monstres : la compil…

C’est à l’occasion de la parution (et de la lecture) du livre de Laurent LEMIRE (Monstres et monstruosités, Paris, Perrin, 2017) que la question du monstre aurait pu être résolue, à tout le moins éclairée. Il n’en est rien. Tout d’abord : l’ouvrage est modieux et consiste en une longue énumération des monstres de l’histoire (et des histoires), énumération entrelardée de quelques citations bien senties (saluons la bibliographie en fin de volume). Bref, une enquête journalistique, intéressante pour les faits compilés et catégorisés par l’auteur, mais pas la monographie espérée à la lecture du thème affiché et à la vue de la très soignée couverture.

Pourtant, la table des matières était relativement séduisante. En introduction, l’auteur apporte que « Le monstre, c’est l’anormal de la nature, le monstrueux l’anormalité de l’homme ». Belle attaque qui, ponctuée d’une citation de Georges Bataille, laissait présager du meilleur. Mieux encore, Lemire ratisse large et cite un des personnages du Freaks de Tod Browning (film de 1932) : « Quand je veux voir des monstres, je regarde par la fenêtre« . Un peu impatient de lire la suite, le lecteur doit hélas déchanter dès la phrase suivante : « Aujourd’hui, il suffit de naviguer sur le web« . Mention : « peut mieux faire » !

S’ensuivent 17 chapitres bien structurés et une conclusion (sans grande conclusion) :

  1. Du mot aux maux (« … Aristote interprétait la monstruosité comme un excès de matière sur la forme, une faute de la nature, un trop-plein ») ;
  2. L’origine du monstre (Gilbert LASCAULT dans Le monstre dans l’art occidental : « Le savoir que nous pouvons posséder concernant le monstre dans l’art se révèle lui-même monstrueux, au sens courant que peut prendre ce terme. Il s’agit d’un savoir informe et gigantesque, fait de pièces et de morceaux, mêlant le rationnel et le délirant : bric-à-brac idéologique concernant un objet mal déterminé ; construction disparate qui mélange les apports d’une réflexion sur l’imitation, d’une conception de l’art comme jeu combinatoire, de plusieurs systèmes symboliques.« ) ;
  3. L’échelle des monstres (« Or, pour Jean-Luc Godard, ‘les vrais films de monstres sont ceux qui ne font pas peur mais qui, après, nous rendent monstrueux’. Et il citait comme exemple Grease« ) ;
  4. La fabrique des monstres (« Mais en voulant rendre l’homme parfait, sans imperfections, sans impuretés, les généticiens du futur risquent de produire des monstres.« ) ;
  5. Les monstres artistiques (à propos de l’oeuvre de GOYA, El sueño de la razon produce monstruos, traduit par Le sommeil de la raison engendre des monstres : «  La raison dort, mais elle peut rêver aussi. En tout cas, dans sa somnolence, elle ne voit pas les cauchemars qui surviennent. Les a-t-elle inventés ou est-ce ce défaut de vigilance qui les a produits ?« ) ;
  6. Les monstres littéraires (« Toute oeuvre littéraire importante est censée sortir du cadre des conventions. Il y a celles qui le font exploser. On parle alors de livre majeur […] Enfin, il y a celles qui se laissent déborder par elles-mêmes, n’ont quelquefois ni queue ni tête et avancent à l’aveugle dans le brouillard de l’inspiration. L’anormalité en littérature est une tentation. Elle n’en constitue pas la règle.« ) ;
  7. Les monstres de foire (« L’ouvrage [CAMPARDON Emile, Les spectacles de foire, XIXe] rapporte aussi le cas d’un homme sans bras que l’on voyait à la foire Saint-Germain et sur le boulevard du Temple en 1779. ‘Cet homme, nommé Nicolas-Joseph Fahaie, était né près de Spa et avait été, dit-on, malgré son infirmité, maître d’école dans son pays.’ Né sans bras, il se servait de ses pieds en guise de mains. ‘Il buvait, mangeait, prenait du tabac, débouchait une bouteille, se versait à boire et se servait d’un cure-dent après le repas.' ») ;
  8. Les monstres scientifiques (Paul VALERY: « Le complément d’un monstre, c’est un cerveau d’enfant.« ) ;
  9. Les monstres criminels (« On pense à Gilles de Rais qui a tant fasciné Georges Bataille. Le maréchal de France qui fut le compagnon d’armes de Jeanne d’Arc aurait torturé et assassiné plus de deux cents enfants dans son château de Machecoul, près de Nantes.« ) ;
  10. Les monstres terroristes (Philippe MURAY : « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts.« ) ;
  11. Les monstres politiques (SAINT-JUST : « Tous les arts ont produit des merveilles ; l’art de gouverner n’a produit que des monstres.« ) ;
  12. Les monstres gentils (« Le catalogue Marvel fournit quantité de ces créatures hideuses, mais résolues à protéger le monde : l’homme pierre, le géant vert dénommé Hulk. Ce dernier cas est très intéressant car il renverse la morale habituelle. Le personnage, le docteur Banner, devient un monstre verdâtre lorsqu’il se met en colère, donc en cédant à ce que l’on considère comme une mauvaise habitude. Or, c’est de cette colère que naît sa force, qui lui permet de combattre le mal. L’histoire de Jekyll et Hyde est ainsi présentée dans une version plus politiquement correcte.« ) ;
  13. Les monstres économiques (CHAMFORT : « Les économistes sont des chirurgiens qui ont un excellent scalpel et un bistouri ébréché, opérant à merveille sur le mort et martyrisant le vif.« ) ;
  14. Les foules monstres (« Les personnalités monstrueuses sont rares, les foules le deviennent couramment. Troupes assassines ou détachements génocidaires, l’Histoire avec sa grande hache, comme disait Perec, nous en a fourni de multiples exemples. ‘Je sais calculer le mouvement des corps pesants, mais pas la folie des foules’, indiquait Newton.« ) ;
  15. Les monstres sacrés (Jean COCTEAU : « C’est une chance de ne pas ressembler à ce que le monde nous croit.« ) ;
  16. Les monstres à la mode (Antonio GRAMSCI : « L’ancien se meurt, le nouveau ne parvient pas à voir le jour, dans ce clair-obscur surgissent les monstres.« ) ;
  17. Nos propres monstres (VERLAINE : « Souvent l’incompressible enfance ainsi se joue, / Fût-ce dans ce rapport infinitésimal, / Du monstre intérieur qui nous crispe la joue / Au froid ricanement de la haine et du mal, / Où gonfle notre lèvre amère en lourde moue.« ).

Et de conclure en frôlant la question de fond, avec Jean GIRAUDOUX dans Juliette au pays des hommes (1924) : « Juliette aperçut soudain au fond d’elle-même, immobiles, tous ces monstres que déchaîne la confession, tous les contraires à tout ce qu’elle croyait savoir… Elle sentit tout ce qu’un être garde et défend en se taisant vis-à-vis de soi-même, et que tout humain qui n’est pas doublé à l’intérieur par un sourd-muet est la trappe par laquelle le mal inonde le monde. ») ; puis, en l’esquivant, avec Georges CANGUILHEM  (« La vie est pauvre en monstres.« ). On est sauvés ?


Littré donne l’étymologie suivante pour le terme ‘monstre’ : « Provenç. mostre ; espagn. monstruo ; portug. monstro ; ital. mostro ; du lat. monstrum, qui vient directement de monere, avertir, par suite d’une idée superstitieuse des anciens : quod moneat, dit Festus, voluntatem deorum. Monstrum est pour monestrum ; monstrare (voy. MONTRER) est le dénominatif de monstrum. »


Monstre, mon ami ?

Quand on lutte contre des monstres,
il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-même.
Si tu regardes longtemps dans l’abîme,
l’abîme regarde aussi en toi.

NIETZSCHE F. W., Par-delà le bien et le mal (1886)

Pourquoi ai-je la conviction que mon frère humain de toujours, Friedrich-Wilhelm NIETZSCHE, à nouveau, donne la juste mesure du vertige de celui qui regarde dans les yeux d’Euryale, une des Gorgones ? Pourquoi l’énumération de Lemire me laisse-t-elle peu apaisé ? Pourquoi toujours ressentir cette fascination pour les monstres, pourtant terrifiants, dont le caractère hors-la-loi montrerait la volonté des dieux, pour qui l’horreur ressentie face à l’anormalité m’inviterait à marcher dans les clous ?

Pourquoi aussi, cette Sympathy for the Devil, cette connivence avec Kong, le trop-puissant au cœur simple, cette sympathie pour la créature de Frankenstein et sa délicatesse aux gros doigts, cette tolérance envers Hyde, ce miroir tendu aux Victoriens, sans parler de cette passivité devant la morsure de Dracula, dans laquelle coule le sang des Siècles ?

Et aussi : pourquoi Nietzsche, malgré l’avertissement ci-dessus, nous invite-t-il à libérer le monstre en nous, ce surhomme qui est puissant et juste d’une justice enracinée par-delà le bien et le mal, au-delà des règles et des dogmes qui régissent la vie de nos frères herbivores ?

Fascination et répulsion : la confrontation avec le monstre est ambivalente, elle pose bel et bien problème. Le monstre nu attend au détour du chemin et surgit en nous tendant miroir, il pose son énigme et nous laisse devant le choix ultime : l’apprivoiser ou se laisser dévorer

A la rencontre du monstre : la carte et le territoire

The Witch : What’s yourrr name ?
The King : I am Arthur, king of the Britons !
The Witch : What’s yourrr quest ?
The King : To find the Holy Grail !
The Witch : What’s yourrr favourrrite colourrr… ?

ARTHUR King, Mémoirrres de mon petit python (1975)

On laissera à Lemire les monstres objectifs et leur énumération, pour revenir secouer les mythes de nos contes : comme dans un rêve, le héros de mon histoire, c’est moi et le monstre que je croise, c’est moi aussi. Oui, ça en fait du monde pour peupler la narration de mon voyage, ma quête d’un Graal que, comme son nom ne l’indique pas, je ne dois pas trouver ! « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front« , dit le nuage ; « le parfait voyageur ne sait où il va« , ajoute le vieil homme sur le bœuf. Et Nicolas BOUVIER de conclure : « Le voyage c’est comme un naufrage, ceux dont le bateau n’a jamais fait naufrage ne connaîtront jamais la mer. »

Pour affronter le monstre, il y aura donc voyage et… risque de naufrage. Peut-être un modèle peut-il nous aider à marcher, sans trop risquer de perdre le nord ?

Qu’on se le dise : modéliser n’est pas dicter et l’objectif de la modélisation reste de dénoter un aspect de la réalité par un artéfact (le modèle) afin de faciliter le jugement à son propos. Le modèle ci-dessus permettra-il de rendre justice au monstre, comme le bouclier-miroir de Zeus qui a permis à Persée de mirer le regard de Méduse sans en être pétrifié ?

L’intersection de deux cercles de diamètre identique, dont le centre de chacun fait partie de la circonférence de l’autre est dénommée traditionnellement vesica piscis (Lat. vessie de poisson) ou mandorle (amande en Italien). C’est une figure que les Pythagoriciens tenaient pour sacrée.

Ici, le cercle de gauche représente « moi » alors que celui de droite représente « ce qui n’est pas moi » (le monde, les autres, mes chaussettes sales…). L’intersection, la mandorle, la vesica piscis, illustre ce que Montaigne tenait pour ‘notre bel et grand chef-d’oeuvre‘ : vivre à propos. C’est une zone de ‘grande santé‘ (Nietzsche) où nous connaissons la satisfaction (le sens de la vie selon Diel), c’est-à-dire l’équilibre entre nos désirs et les contraintes du monde extérieur.

Loin d’être figés, nous y voletons comme une mouche dans un abat-jour : vers la gauche quand nous écoutons plus notre ego, vers la droite quand le monde nous tient, vers le haut quand nous suivons des idées plus que des sensations, vers le bas quand notre expérience prime sur les théories (Lacan : « La réalité, c’est quand on se cogne« ).

Au-delà des deux cercles, le mystère. Pour ceux qui, comme moi, ne peuvent concevoir la transcendance, il y a là une frontière au-delà de laquelle la connaissance doit jeter le gant : admettons l’existence du mystère, du bord du monde, de l’impénétrable et arrêtons là toute investigation.

Dans l’espace infini, personne ne vous entend crier…

Si Ridley SCOTT a, lui aussi, exploré la confrontation avec le monstre dans son génial  Alien, le huitième passager (1979), il n’a conservé que l’option où le héros se fait dévorer. Or, entre mandorle et mystère, il y a quatre zones vers lesquelles la connaissance peut s’élargir. Certes, avec risque car, à sortir de notre zone de satisfaction, nous pratiquons l’aliénation, le devenir-autre, mais c’est un état qui n’est pas toujours fatal :

  1. absence : ne pas vouloir s’endormir avant d’avoir écouté, à plein volume, la totalité des opéras de Mozart dans leurs différentes versions est une aliénation dangereuse qui provoque une plus grande absence à nous-même et à notre monde (si ce n’est une gloriole fort vaine, que gagner à être exténué, abandonné par son partenaire et honni par ses voisins ?) ;
  2. présence : être transporté par une aria du même Wolfgang est une aliénation enrichissante en ceci qu’elle augmente notre présence à nous-même (si nous nous fondons temporairement dans des rythmes et des variations de hauteur sonore qui ne sont pas les nôtres, nous y gagnons en retour un pressentiment d’harmonie et de beauté satisfaisant).

En vérité, je vous le dis : si la sagesse de l’homme debout est de s’améliorer toujours, en élargissant sa connaissance et si marcher est le seul destin qui nous échoit, quitter les sentiers battus (l’aliénation) sera notre courage. Nous trouverons la force de renoncer aux Graals (les mystères), après avoir sympathisé avec les monstres rencontrés en chemin, sans nous faire dévorer par eux. Revenir dans la mandorle sera alors source de jubilation, d’intensité et de beauté :

Qui connaît les autres est avisé
Qui se connaît lui-même est éclairé
Qui triomphe des autres est robuste
Qui triomphe de soi est puissant
Qui s’estime content est riche
Qui marche d’un pas ferme est maître du vouloir
Qui ne perd pas son lieu se maintiendra
Qui franchit la mort sans périr connaîtra la longévité

Lao-tzeu, La voie et sa vertu (trad. Houang & Leyris, 1979)

En route pour de nouvelles aventures…

DEMONS. Par une incursion vers le nord-est, nous pouvons viser nos démons : ils nous attirent dans des imageries privées tellement séduisantes ou repoussantes, que l’image que nous avons de nous-même viendrait à différer de notre activité réelle. L’angoisse est au rendez-vous lorsque ces démons intimes altèrent notre représentation du monde.

Le cap est au nord parce que l’idée prime sur l’expérience. Le cap est à l’est parce que nous nous éloignons de ce qui n’est pas nous, à le perdre de vue.

Magnifique mythe de Persée évoqué plus haut, où le héros reçoit de Zeus (la logistique est assurée par Athéna) un bouclier miroir qui lui permettra de supporter le regard d’une des Gorgones sans en être pétrifié d’horreur. Du cou tranché de Méduse s’envolera Pégase, blanc et ailé (Paul Diel y lit un symbole de sublimation de la tension vaniteuse vers les désirs terrestres).

SOCIETE. Virons Debord, cap sur le nord-est, mais gardons-nous bien de céder aux chimères de masse de la Société du Spectacle : adopter les principes proposés par le mainstream, courir après la reconnaissance sociale ou être champion de la rectitude peut nous excentrer jusqu’à la souffrance. Bonjour le burn-out.

MONDE. Mettre la boussole au sud-est n’est pas moins risqué, s’offrir sans raison garder au monde nu, aux instincts grégaires que les éthologues nous révèlent, aux délices violents de la foule ou, même, à la contemplation de Mère Nature au péril de notre identité, c’est un aller-simple pour une autre aliénation : la dissolution.

MONSTRE. Et ce monstre du sud-ouest que Nietzsche nous recommande ? Là aussi, se battre avec le dragon est un (rite de) passage obligé pour reprendre la marche de la vie, fort des cicatrices gagnées contre l’Immonde. Mais, non content de tuer la Bête, il faut également lui manger le cœur pour acquérir sa Force.

C’est ainsi que le surhomme naît de son exploration des quatre point non-cardinaux. Comment lire l’avertissement de Nietzsche, alors ? Peut-être faut-il simplement inviter le monstre à sa table pour, ensemble, manger le monde

Les fondements théoriques du néo-libéralisme

« La théorie néoclassique, ou théorie de l’équilibre général, continue d’imprégner nombre de commentaires, ou de réflexions. C’est particulièrement clair en ce qui concerne le « marché » du travail, et la volonté de l’actuel gouvernement de faire passer, « en force » s’il le faut, tout une série de mesure ramenant les travailleurs à une situation d’isolation, qui est justement celle décrite par la théorie néoclassique. Car, cette dernière ignore les institutions, ou cherche à les réduire à de simples contrats, alors qu’elles sont bien autre chose.

Il faut donc revenir sur ce paradigme de l’équilibre, et plus fondamentalement sur ce que l’on appelle la Théorie de l’Équilibre Général ou TEG. Il est clair qu’il ne s’agit pas d’une conjecture aisément réfutable, ou en tous les cas qu’elle n’est pas perçue comme telle dans la profession. Pourtant, son irréalisme ontologique pose un véritable problème. Construite autour de la description d’un monde imaginaire, elle sert néanmoins de guide à certains pour appréhender la réalité. Ce faisant, elle se dévoile comme une idéologie (une « représentation du monde »), et une idéologie au service d’intérêts particuliers, et non comme une théorie scientifique… »

Lire la suite de l’article de Jacques SAPIR sur RUSSEUROPE.HYPOTHESES.ORG (21 juillet 2017)

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Ces femmes autistes qui s’ignorent

Planche extraite de « La différence invisible » par Mademoiselle Caroline et Julie Dachez. « Ou comment Marguerite, une jeune femme que rien ne distingue des autres en apparence, va se découvrir autiste Asperger. » (Delcourt/Mirages)

« Adeline Lacroix, titulaire d’un master 1 de psychologie et elle-même diagnostiquée en 2014 autiste Asperger, travaille sur une revue de la littérature scientifique concernant les spécificités des femmes autistes de haut niveau. Dans le cadre d’une reconversion professionnelle, elle s’oriente vers la neuropsychologie et les neurosciences. Associée aux travaux de Fabienne Cazalis, elle a participé à l’écriture de cet article.

Nous l’appellerons Sophie. Le portrait que nous allons dresser de cette jeune personne pourrait être celui de n’importe laquelle des femmes qui entrent, sans le savoir, dans le spectre autistique. Parce qu’elles sont intelligentes, parce qu’elles sont habituées à compenser des difficultés de communication dont elles n’ont pas forcément conscience, ces femmes passent à travers les mailles du filet encore trop lâche du dispositif national de diagnostic.

A l’occasion du lancement, le 6 juillet, de la concertation autour du 4ᵉ plan autisme, la question du sous-diagnostic chez les femmes mérite d’être posée : combien sont-elles à ignorer ainsi leur différence neurodéveloppementale ? Les études font état d’1 femme pour 9 hommes avec le diagnostic d’autisme dit « de haut niveau », c’est à dire sans déficience intellectuelle. Si l’on compare au ratio d’1 femme pour 4 hommes observé dans l’autisme dit « de bas niveau », où elles sont mieux repérées, on peut penser que beaucoup manquent à l’appel.

Sophie, donc, passe aujourd’hui un entretien d’embauche. À la voir tortiller nerveusement une mèche de ses cheveux, on pourrait la croire anxieuse, comme tout un chacun en pareilles circonstances. On aurait tort. Sophie est en réalité au bord de la crise de panique. À 27 ans, elle vient de perdre son job de vendeuse – le huitième en trois ans – car elle cumulait les erreurs de caisse. Elle qui a tant aimé ses études en mathématiques, à la fac, en ressent une honte indescriptible. Elle espère que le recruteur ne lui posera pas trop de questions à ce sujet car elle ne trouve aucune justification à ses échecs professionnels et se sait incapable d’en inventer une… »

Lire la suite de l’article de Fabienne CAZALIS sur THECONVERSATION.COM (6 juillet 2017)…

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Pierre Tal Coat, génie oublié de la peinture moderne

Pierre Tal Coat: Sans titre, 1980 (huile sur couvercle de boîte à cigares)

« Virtuose de la lumière, le Français était épris d’une liberté qui l’entraîna, comme son ami Giacometti, hors des modes et des sentiers battus. Au point d’être complètement snobé depuis 30 ans. Petit miracle : quelques œuvres sont aujourd’hui visibles à Paris.
Dans le numéro du 17 mai 1985 du New York Times, le critique Michael Brenson, l’un des plus réputés des Etats-Unis, fait l’éloge de l’oeuvre d’un vieux peintre français âgé de 80 ans, Pierre Tal Coat — « pronounced tal-KWAHT » , précise-t-il dans l’article. Brenson rend compte d’une exposition organisée au New Museum of Contemporary Art par Dore Ashton, la grande spécialiste de l’Ecole de New York (Rothko, de Kooning…). La manifestation manque d’envergure — neuf petits tableaux et trente-six dessins datant tous des années 1980 — mais, écrit Brenson, « elle permet de comprendre l’intérêt croissant pour le travail de Tal Coat ». Ce sera la dernière exposition du vivant du peintre qui meurt le mois suivant, le 11 juin… »

Lire la suite de la chronique d’Olivier CENA sur TELERAMA.FR (26 juin 2017)

Plus d’arts visuels…

Fête de la musique : ce que les règles de l’harmonie doivent à l’arithmétique

« Hier, 21 juin 2017, c’était la fête de la musique. L’occasion de faire le point sur les relations étroites qu’entretient la théorie musicale avec les mathématiques.

HARMONIE. « La musique est un exercice d’arithmétique inconscient où l’esprit ne sait pas ce qu’il compte« , écrivait le mathématicien Leibniz au 17e siècle. Car il y a fort à parier que vous ne pensez guère aux mathématiques lorsqu’une mélodie traverse vos oreilles. Et pourtant : nous estimons inconsciemment les rapports de fréquence (ce qu’on appelle intervalles) entre les sons successifs (dits mélodiques) ou simultanés (dits harmoniques). Autrement dit, pour juger les sons agréables ou non, et même lorsqu’il n’a jamais reçu de cours de solfège… notre cerveau joue aux maths. Et plus précisément à la branche de l’arithmétique s’intéressant aux fractions ! Explications de texte… »

Lire la suite de l’article de Sarah SERMONDADAZ sur SCIENCESETAVENIR.FR (22 juin 2017)…

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Les fesses de Simone de Beauvoir censurées ?

Simone de Beauvoir à son bureau en 1953• Crédits : Keystone-France/Gamma-Keystone – Getty

« La comédienne et metteur en scène Anne-Marie Philipe prépare un spectacle à partir des correspondances de Simone de Beauvoir. Le spectacle a déjà été donné au printemps à Deauville, et doit arriver à Paris à l’automne, au théâtre des Mathurins. Trois comédiennes différentes joueront trois tranches épistolaires dans la vie amoureuse de Simone de Beauvoir. L’une d’elles, Camille Lockhart, a poussé un coup de gueule sur Facebook ce mardi matin en sortant de répétition : elle affirme sur le réseau social que le groupe JC Decaux, qui gère notamment l’affichage dans le métro, sur les kiosques à journaux et les fameuses « colonnes Morris », a décidé de déprogrammer la campagne de promo du spectacle… »

Lire la suite de l’article sur FRANCECULTURE.FR (21 juin 2017)…

« Sur Facebook, une comédienne s’est révoltée contre JC Decaux. L’entreprise aurait selon elle censuré, dans le métro et sur les colonnes Morris, une affiche de spectacle représentant l’auteur du Deuxième Sexe nue et de dos. Le groupe d’affichage publicitaire dément.

Quelle ironie. Une affiche représentant l’auteur du Deuxième Sexe et figure du féminisme français serait censurée dans les rues de Paris. C’est du moins ce que dénonce Camille Lockhart, comédienne dans le spectacle Les correspondances amoureuses de Simone de Beauvoir, axé sur les liaisons de celle que l’on surnomma, après Sartre, le Castor et devant se jouer à Paris en septembre… »

Lire la suite de l’article de Jean TALABOT sur LEFIGARO.FR (20 juin 2017)…

Simone de Beauvoir (Art Shay, 1952)

Art Shay raconte son cliché sur FRANCECULTURE.FR. Un extrait :

Elle a pris une douche. J’avais 27 ans, elle en avait 39. J’ai pris mon appareil photo avec moi comme d’habitude. Je me suis approché de la salle de bains, et comme elle avait laissé la porte ouverte, je l’ai aperçue. Elle a entendu le déclic de l’appareil photo et je l’ai entendue dire : « Ah le vilain garçon ! »

Plus de presse…

La société algorithmique serait un cauchemar

« Le premier est suédois, professeur de philosophie à Oxford et l’un des leaders du courant transhumaniste, depuis qu’il a fondé en 1998 la World Transhumanist Association (devenue depuis Humanity+). En 2014, il prédisait dans son livre Superintelligence : chemins, dangers, stratégies, recommandé par Elon Musk et Bill Gates, l’arrivée prochaine d’une superintelligence qui surpassera l’intelligence humaine. Le second, médecin, co-fondateur de Doctissimo et entrepreneur, est devenu le porte-parole français le plus virulent du débat sur l’avenir de l’intelligence artificielle, et se défend d’être transhumaniste. Nick Bostrom et Laurent Alexandre se sont succédés à Paris sur la scène de l’USI, conférence dédiée aux professionnels et à l’avenir du numérique et du monde. Usbek & Rica s’est glissé dans le public pour tenter de résoudre l’équation suivante : deux gourous + une IA = zéro chance de s’en sortir ?

« Je vous demande maintenant d’accrocher vos ceintures de sécurité car nous allons traverser une petite zone de turbulences : merci d’accueillir Laurent Alexandre ». L’introduction réservée au médecin / entrepreneur / expert en nouvelles technologies qui prend place sur scène ce mardi 20 juin, au Carrousel du Louvre (Paris, FR), est flatteuse : Laurent Alexandre n’a en effet pas l’habitude d’endormir son public, même quand il fait 35°C. Transformer ses conférences en zones de turbulence est, en quelque sorte, sa marque de fabrique… »

Lire tout l’article d’Annabelle LAURENT sur USBEKETRICA.COM…

Plus d’enjeux techniques…

Quand les femmes font de leur sexe un sujet de fierté

COURBET G., L’origine du monde (1866) | Musée d’Orsay (Paris, FR)

« La génération Y veut faire du vagin un organe sans tabou. Le sexe féminin est ainsi devenu l’étendard de la nouvelle lutte féministe. Avec humour.

«Nous devons toutes apprendre à connaître notre vagin», clame une féministe d’obédience New Age à un parterre de mères au foyer dans L’Ordre divin, le film multi-primé de Petra Volpe qui retrace les débuts de l’émancipation féminine et la lutte pour le droit de vote dans l’Appenzell des années 70. Chuchotements outrés dans l’assistance. Une participante parle de «blasphème». Peu d’entre elles ont osé aller voir «là-bas», comprenez sous leurs jupes…

Bond spatio-temporel avec la série Girls, de la réalisatrice, actrice et féministe Lena Dunham, soit l’épopée humoristico-existentielle de quatre vingtenaires d’aujourd’hui, à Brooklyn. Dans un épisode de la saison 6, diffusé en avril, la comédienne fait prendre un bain de soleil à son vagin: un «secret de beauté» pour «rayonner de l’intérieur», dixit l’héroïne. Sans hésiter, elle se filme sur un balcon, en plan large, pubis sous l’astre au zénith. Sa pilosité vaut même une réplique de son personnage, un peu plus tard, à un amant qui s’étonne de son triangle fourni: «Pour information, c’est ce à quoi ressemblent les femmes adultes quand elles utilisent leurs poils pubiens de la manière dont le Seigneur l’a voulu. C’est-à-dire pour protéger leur vagin. Merci d’avoir évoqué le sujet.»…

Lire la suite de l’article de Julie RAMBAL sur LETEMPS.CH (19 JUIN 2017)…

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De Gréco à Armanet : le sexe qui chante

« Marre des chanteuses aux propos sombres et dépressifs ? De la drague conquérante aux odes masturbatoires, des invitations explicites aux déclarations érotiques, voici seize chansons qui célèbrent le sexe, la jouissance et le désir à la première personne et au féminin.
Après tout un hiver à fredonner les noires mélopées de nos nouvelles chanteuses préférées, on tournait un peu en boucle sur la mort, la solitude et l’angoisse. Entre Fishbach (« Comment allez-vous ? Toujours aussi mal, je l’avoue »), La Féline (« La vie t’abandonne ») ou Clara Lucciani (« Dis-moi pourquoi je sombre dans des ombres »), les filles de la nouvelle vague semblaient naviguer dans des eaux mystérieuses et glacées. Et puis, changement radical de registre avec ce titre de Juliette Armanet : Je te sens venir en moi. Saluée pour son premier album, Petite Amie – certes lui aussi plutôt mélancolique –, la chanteuse se fait remarquer pour cette adaptation du tube I feel it coming, de The Weeknd… »

Lire la suite de l’article de Victoire TUAILLON et écouter les multiples extraits de chansons sur TELERAMA.FR (18 juin 2017)

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HOCKNEY : Je ne pense pas qu’on puisse conquérir la réalité

«Henry Geldzalher and Christopher Scott», 1969. (c) David Hockney

« Déambulation et digressions avec l’artiste britannique au cœur de sa rétrospective.
David Hockney a très envie de parler de perspective inversée. Mais alors, vraiment très très très envie. Le peintre anglais vivant le plus connu au monde, toujours aussi chic qu’à l’heure du Swinging London (costume gris à rayures tennis, polo bleu, casquette blanche, chaussettes turquoise) arrive à notre rendez-vous, au centre Pompidou à Paris, où va s’ouvrir une superbe rétrospective de son travail, avec les bras chargés de cadeaux et un air mutin. Il y a là des impressions de ses cinq toiles les plus récentes, dont il nous offre gracieusement l’utilisation, mais aussi le livre d’un théologien russe, Pavel Florenski, datant de 1919, intitulé la Perspective inversée (1), et un documentaire de 1988, écrit par Hockney et consacré à un rouleau chinois du XVIIIe. Tout est dans le sous-titre : «La surface est une illusion, mais la profondeur aussi.» Et l’on sent bien que pour utiliser les reproductions dont il nous gratifie avec un si grand sourire, il faudrait quand même avoir lu le petit livre, qui célèbre la manière dont les icônes russes ont pu transgresser la perspective au profit de points de vue multiples, et aussi regardé le film, lequel loue, lui, les perspectives asymétriques utilisées par les Chinois… »

Lire la suite de l’interview d’Elisabeth FRANCK-DUMAS sur LIBERATION.FR (16 juin 2017)…

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Opéra : caser la voix

Lea Desandre dans le rôle titre d’«Alcione», de Marin Marais, à l’Opéra-Comique (Paris, FR) Photo Vincent Pontet

« S’engager dans une carrière lyrique quand on a 20 ans peut surprendre. A l’approche de la fin de saison dans les conservatoires, huit apprentis chanteurs ou solistes confirmés évoquent leurs motivations et leurs parcours, loin des fantasmes.
«Papa, maman, plus tard je veux être chanteur. D’opéra.» Quel parent ne frémit pas dans l’angoisse d’entendre cette phrase, synonyme de plan de carrière bouché, de fortune aléatoire et de vocalises hurlées à travers le logis familial… L’opéra ? Et puis quoi encore ! On rapporte évidemment de belles histoires : celle de la Russe Anna Netrebko, diva du moment qui fait la pluie et le beau temps dans la programmation des grandes maisons et qui fut jadis femme de ménage au Mariinsky. Bon, elle est quand même passée par le conservatoire. Car avant de briller sur les scènes de Toulon ou de Sydney, la quasi-totalité des sopranos, ténors et autre barytons-basses ont hanté écoles de chant, conservatoires, académies… »

Lire la suite de l’article de Guillaume TION sur LIBERATION.FR (15 juin 2017)

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Le stupéfiant cheminement de la haine antisémite en cent dessins

« Avec “Dessins assassins ou la corrosion antisémite en Europe”, le Mémorial de Caen expose, jusqu’au 15 décembre 2017, une centaine de pièces issues de la plus grande collection de propagande nazie du monde.
Lorsqu’il était jeune, Stéphane Grimaldi voulait être historien. Si la vie l’a finalement conduit au droit, il n’a pas oublié comment dérouler une histoire. Passer par les petites pour retracer la grande, tel est selon lui un moyen habile de gagner notre attention. On écouterait ainsi pendant des heures le directeur du Mémorial de Caen, installé dans le fauteuil de son bureau, n’interrompant le flot de ses paroles que pour offrir un café ou décrocher son téléphone. Pour raconter ce qui a présidé à l’expositionDessins assassins, il revient sur sa rencontre avec celui qui en constitue la cheville ouvrière : Arthur Langerman. Aujourd’hui âgé de 74 ans, ce fils de juifs belges déportés à Auschwitz a échappé à la déportation, et détiendrait, selon Grimaldi, la « plus grande collection de propagande nazie au monde » (deux autres sont recensées aux Etats-Unis) : une centaine de pièces ont été choisies pour constituer l’exposition qui se prolongera à Caen jusqu’à la fin de l’année… »

Lire la suite de l’article de Sophie RAHAL sur TELERAMA.FR (11 juin 2017)

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Terme grec : parrhèsia

Plus…

Richard GALLIANO au Jazz à Liège (BE)

D’abord, un « Hommage à Edith Piaf » avec Richard Galliano (acc) et Sylvain Luc (gt) puis, en deuxième partie, le « New Musette Quartet » avec Richard Galliano (acc), Philip Catherine (gt), Philippe Aerts (cb) et Hans van Oosterhout (dms)

« La nostalgie n’est plus ce qu’elle était », écrivait Simone Signoret en 1976. Manifestement, pour Richard Galliano, la Simone, c’est plutôt celle de « En voiture, Simone » : ce diable d’homme pianote sur son accordéon à une vitesse qui ferait rosir de bonheur le lapin blanc d’Alice (« Je suis en retard, en retard »). Alors, quand vous êtes Jazz à Liège, que vous avez le malheur de réunir à nouveau son New Musette Quartet et qu’à la guitare vous avez Philip Catherine, une légende qui affiche 75 balais au compteur (l’homme a accompagné Dexter Gordon ou Stéphane Grappelli, en son temps), il arrive ce qui doit arriver…

Mais, commençons par le début. En première partie, l’intelligence a primé sur la nostalgie excessive : intelligence des arrangements qui traitaient les chansons de Piaf comme d’authentiques standards de jazz, évitant l’écueil d’une simple imitation de la voix et de la gouaille de La Môme. Plus encore, certaines intros fort éloignées de la mélodie connue ont vraiment bluffé un parterre peuplé de plus de musiciens que d’habitude au Forum, et c’est parmi les « ouaiii », « supeeer », « bien jouééé », « ouftiii » et les applaudissements que la mélodie enfin reconnue sortait chaque fois de l’accordéon de Maître Richard. Dire Maître ou Maestro n’est pas excessif non plus : Galliano est un grand, qui a tout essayé et, souvent, réussi. Alors, quand on vient à un concert de lui, c’est moins la découverte que la confirmation qui pilote l’écoute. Qui plus est, en proposant un « Hommage à Edith Piaf », Galliano a dû rassurer les responsables de la salle : on n’allait pas casser les fauteuils ! La surprise est venue d’ailleurs : Sylvain Luc, une fois les doigts bien déliés, a dépassé le rôle de faire-valoir du monstre sacré et a entamé un réel dialogue avec soit l’accordéon, soit l’accordina (sic). Galliano, de son côté, l’a joué réglo, sans tirer la couverture. Du beau métier à deux, un public content, une première partie propre, un hommage malin et un p’tit coup de nostalgie quand même. Que veut le peuple… ?

Le peuple de Jazz à Liège, il aurait peut-être voulu un peu plus d’audace et, surtout, il aurait adoré se faire décoiffer, être surpris et quitter la salle (pour aller écouter le formidable Bram de Looze, peut-être) en se disant avec satisfaction : « là, j’ai vécu un truc rare, un moment qui ne se répétera pas ailleurs ». La deuxième partie ne lui a pas offert ce plaisir, au public. Galliano a été impeccable mais prévisible (Galliano plays Galliano). Catherine a fait du Catherine en moins bon. Catherine, on l’a connu formidable, exaltant, osé, audacieux, avec un son i-ni-mi-ta-beuh (comme la Suze dont il avait peut-être abusé avant de monter en scène). Là, Catherine jouait tout seul, se plantait dans ses partitions, secouait la tête pour dire que ça marchait pas comme il voulait, renâclait, remettait son chapeau pour dire que c’était fini : avec tout le respect que je vous dois, Mister Catherine, vous nous avez donné le minimum syndical.

Ici encore, la surprise est venue d’ailleurs. Certes, le respectable Philippe Aerts a été bon à la contrebasse, il a même eu droit à plusieurs solos fortement applaudis. La relève est assurée. Mais il y a mieux : les drums de Hans van Oosterhout. L’air de rien, ce souriant batave, la cinquantaine fringante, a sauvé la mise et, s’il n’a pas vraiment été mis en avant dans les échanges entre ses trois acolytes, il a sous-tendu la totalité du concert de ses interventions finement nuancées. En force, pour « ramener le quartet au milieu du village » ou en percus discrètes, juste pour assurer le piquant derrière un passage plus mélodique, l’homme était juste et à propos. Non content d’être à la hauteur, il a gardé le sourire pendant toute la soirée, rappelant à tous que le jazz, c’est aussi du plaisir.

Mais Galliano est une bête de scène et, en clôture, il a habilement sorti un lapin blanc de son chapeau : une Javanaise (merci Gainsbarre) que le public a tendrement chanté a capella.

Au temps pour la nostalgie : la boucle était bouclée. Mais la magie n’est plus ce qu’elle était…

Lire la chronique de Patrick THONART sur la page Mithra Jazz Festival de QUATREMILLE.BE (25 mai 2017)

Plus de jazz…

Festival Home Records à la Cité Miroir (Liège, BE)

24/05/2017 – Welcome to Liège Cité Miroir, the current time is 18:59 and the temperature is 28°. Please notice you may not turn on cellular devices. Please keep your seatbelt fastened until the artist arrives at the gate. Check the Company website or see an agent for information on what is happening next. Thank you for listening to Home Records artists and we hope to see you again soon!

« Alors, on disait qu’on était une bande de jeunes détendus et sympathiques et qu’on faisait un groupe qui éditait de la musique et qui faisait que nos amis, ils soient contents (et ma tante Alberte aussi) et qu’on parlait aux jeunes gens et qu’on leur disait la vérité sur le monde de la musique avec de la poésie branquignole à tous les étages et qu’on appelait d’abord le groupe qui éditait de la musique « Parrhèsia », comme en Grec, parce que ça sonne bien et que ‘parésie’ ça veut dire le ‘parler-vrai qui peut être risqué’, et qu’ensuite on changeait d’avis et qu’on s’appelait « Home Records » parce que ça faisait plus international… ».

Dommage pour la parésie. C’est pourtant le Graal (du chroniqueur) que d’arriver à raison garder et se tenir sur le fil du dire-vrai, au-delà de deux vertiges trop faciles : je lâche les chiens (message : j’ai détesté) ou sortez la pommade (message : j’ai adoré). Comment faire autrement alors que d’expliquer le pourquoi j’ai (pas) aimé ? On y va, on essaie…

Pauvre Chris de Pauw (guitare solo). Déjà qu’il arrive en retard, le voilà qui doit passer après une séries d’intros bizarrement mises en scène : d’abord, un speech face au public du boss de Home Records qui attaque avec un « Qu’est-ce que je vous dirais bien ? » qui en dit long sur le fait qu’il considère son public comme captif (une erreur, probablement : il s’agissait plus d’un public acquis à la Cité Miroir et désireux de découvrir ce qu’il proposait, que d’afficionados de son label) ; ensuite, long texte lyrique dit en anglais par une voix-off pas authentiquement anglaise, suivi de la traduction (toujours en voix-off) qui dit toute l’indigence et la suffisance de l’intro, avec quelques pataquès en prime. De Pauw et les 9 artistes qui l’ont suivi se sont clairement désolidarisé de ces intros bilingues : les uns ont joué l’ironie en singeant une attente un peu ridicule, les autres, la parodie (excellent accompagnement moqueur au piano de Johan Dupont). Etaient-ils au courant ? Et la voix-off a-t-elle vraiment parlé de « décloisonner les miches » ?

N’empêche : de Pauw prend sa guitare et la magie s’installe immédiatement. Le son est chaud et charme. Le moment partagé se crée et, un peu paresseusement, on se prépare au mélodieux, presque au familial puis, non, la guitare de Chris de Pauw repart dans une autre direction et, forcés de plein gré, on suit l’énergie proposée, on goûte la poésie qui s’égrène et on se perd avec délice dans les méandres du jeu de l’artiste. Des noms de grands de la guitare remontent à la mémoire, par l’attaque, le phrasé ou la sonorité. Quelquefois, la fluidité est mise à mal par des phrases interrompues on ne sait trop pourquoi, comme dans un duo émouvant pour lequel l’autre guitariste ne serait pas venu. Mais De Pauw est un grand essayeur de sonorités et, en musicien accompli, il change d’instrument (avec e.a. une Levin de 1955 au son charmant et un ukulélé), comme de technique, avec une aisance impressionnante. Plaisir et partage…

Rebelote avec les voix-off puis, un choc à l’estomac : Auster Loo (le frère de Walter ? Bon, je sors…). Plus précisément : Lydie Thonnard (flûtes, voix) et Simon Leleux (percussions : darbouka, etc.). De la classe inclassable : c’est Steve Reich qui revient de vacances en Tunisie, c’est Ian Anderson sous influence à Tombouctou, c’est Eric Dolphy qui fait doum-tak-ferk (pas ga-bu-zo-meu, ça, c’est les Shadoks). C’est surtout un mariage (d)étonnant entre rythmes ethniques et phrasés minimalistes qui réalise ce qui, justement, est miraculeux dans la musique minimaliste : avec un dispositif qui répète une phrase puis l’infléchit légèrement à chaque itération, on crée une émotion rare et directe. Pour y arriver : une technique maîtrisée (« chapeau l’artiste » quand Lydie Thonnard double la flûte avec la voix), un respect mutuel dans l’espace sonore occupé par chacun et puis, malgré l’attitude d’abord sévère de la flûtiste, un instinct musical « qui part de plus bas », là où ça se passe. A deux, un trio (flûte, voix et percus) beau et captivant, à écouter en live…

Bernard L’Hoir, après un long texte bilingue en voix-off (l’aurais-je déjà évoqué ?), s’installe ensuite au piano, avec un comparse à la guitare. Le programme annonce une « musique inclassable » et un « voyage qui commence ». Soit. Un complément d’info évoque les studios de Peter Gabriel. Soit. On est prêts pour L’invitation au voyage… qui ne vient pas. Plusieurs mélodies agréables (je crois qu’on doit dire post-moderne ou, en Flamand, PoMo quand un artiste se refuse à faire de la musique savante et qu’il mélange les genres) mais un peu confuses, sans envol. Comme si Bernard L’Hoir se refusait certaines audaces malgré ses postures inspirées. Peut-être est-ce par respect pour la personnalité plus puissante de son partenaire, Juan Carlos Mellado ? Celui-ci prend en charge l’originalité avec un son très présent, une articulation limpide et une pétillance des attaques qui rendent vie à la mélodie du piano. Peut-être pas un bon jour…

J’aime Tondo. C’est le seul album que j’ai acheté. L’heure n’est plus aux Malicorne, RUM, Tri Yann et autres vielleux des seventies : Tondo, c’est trois larrons qui touchent les instruments traditionnels (vielle à roue électro-acoustique pour Gilles Chabenat, guitare pour Maarten Decombel, cornemuse et clarinettes pour Fred Pouget) et dépassent le Folk traditionnel pour décoiffer bien au-delà. D’abord, comme dans un conte de fée, une progression régulière de la mélodie, répétitive, inexorable mais sans violence, puis changement de ton et montée jusqu’aux solos qui font du bien. Impressionnant, généreux et cohérent. Tout l’espace, vaste, de la Cité Miroir était enchanté. De la belle ouvrage…

Un conseil : si vous voulez électriser les foules, ne criez jamais Vive la Révolution, en fin de journée, sur une plage déserte du Pas-de-Calais. Le pari était difficile pour Lara Leliane : pendant toute la première partie du festival, il faisait jour dans l’Espace Rosa Parks et les artistes, dos à un fond de scène noir qui évitait le contrejour, ne pouvaient pas profiter d’un éclairage entièrement maîtrisé, vu la magnifique baie vitrée de la Cité Miroir. Pari difficile, donc, malgré le style de la chanteuse, ses possibilités vocales alla youtube et sa volonté toute en fraîcheur de délivrer un message généreux. Pari difficile aussi, de faire comme si le public était prêt à se faire haranguer en Anglais (encore ?) : une mère émeut-elle son enfant si elle ne parle pas sa langue… maternelle ? Et pourtant, et pourtant, tant de potentiel ! Pari non tenu…

Pause ; tout le monde, ou presque, va se rafraîchir : on en a encore jusqu’à passé minuit, si je compte bien !

Part two. Deuxième partie. La salle se déplume un peu. Dommage, car un des moments forts de la soirée, c’est maintenant. Clarinet Factory attaque son premier morceau et c’est tout de suite du grand son, de l’immédiat. La piscine est une cathédrale, envoutée par ce quatuor tchèque qui, une fois encore, la joue minimaliste… mais pas que. On pense aux formidables saxophones flamands de BL!NDMAN mais version clarinettes et en troquant Bach contre Glass. Et le tourbillon continue, du cohérent, du partagé, du crossover créatif, des tuttis qui ouvrent le cœur. Que du plaisir ! Pourquoi chanter alors ? Par tradition ? Le problème n’est pas tant la voix, que la différence d’approche entre une gentillette ballade amoureuse, chantée sur la place du village, et le fascinant portail sonore que l’ensemble arrive à construire pour nous (avec des faiblesses, pardonnées d’avance, liées à des solos pas toujours nécessaires). Mélanger les genres est une chose, ne pas choisir son style en est une autre. Beaucoup de belles émotions néanmoins…

1 plus 1 égale 3 ? C’est probablement le pari que voulaient tenir le chanteur Osman Martin et le Quatuor MP4. De la bossa, du chorinho et de la samba, un chanteur animateur qui tient son public (et qui sait le rattraper quand il n’a pas le sens du rythme), de beaux passages, des percus ‘qui le font’. C’est vrai. Mais où est la valeur ajoutée de l’accouplement avec le quatuor quand les attaques des cordes ne soulignent pas les temps forts, quand leurs couleurs ne font pas danser ? Tout le monde n’est pas le Kronos Quartet et ce n’est pas nécessaire. Reste qu’ici, c’est la fête qui a primé et les sourires étaient nombreux et enthousiastes. 1 plus 1 égalait 2 mais qui s’en plaindra ? Sympathique…

Si vous n’aviez jamais vu un gars qui fait un solo plus free que free… sur une vielle à roue, c’était le moment : Valentin Clastrier (et son acolyte, le clarinettiste Steven Kamperman), c’est le Jean-Luc Ponty de la vielle ! On n’avait pas prévenu le public (qui commençait à fatiguer à l’approche de minuit) et c’est dommage : beaucoup avaient quitté la salle quand la bombe sans retardement a explosé. Clastrier n’est pas un jeunet, c’est un peu le tonton de la vielle à roue d’aujourd’hui. Avant de l’entendre, personne ne pensait que ses Fabuloseries n’auraient rien à voir avec farfadets et Bigoudaines. La surprise a été totale et irrésistible : sous les doigts de Clastrier, la vielle n’est pas un instrument folk (le traditionnel continuo pour chanteur de village) et, à côté de ses flamboyances, les solos les plus explosés de Jimi Hendrix ressemblent à des bluettes. Une musique décalée, d’un accès pas toujours aisé mais qui vaut l’attention qu’elle requiert de nous. Un duo qui marche ensemble, en chœur ou en contrepoint. Une découverte authentique…

Et un Schmitt pour le 12, un ! Samson Schmitt, c’est un guitariste Schmitt de la tribu des Schmitt de-chez-Schmitt-d’en-face : pas vraiment des manchots quand il s’agit de jazz manouche. Et, quand il descend en ville pour rejoindre deux petits Liégeois -le (vraiment) formidable Johan Dupont au piano et le non moins remarquable Joachim Iannello au violon- ça déménage bien. Avec beaucoup de respect pour ses juniors, Samson Schmitt laisse Johan Dupont se tailler la part du lion et, il faut l’avouer, personne ne s’en plaint (la balance son était clairement en sa faveur : pots-de-vin ?). Doublure douée, Joachim Iannello apporte une très belle contribution aux côtés de Schmitt, sans retomber dans les poncifs du genre manouche, ce qui est une performance. Un moment grand et d’une qualité qui se démarque sur le reste de la soirée. A revivre encore et encore…

Le festival-marathon va prendre fin, plusieurs ont déjà repris la route et la nuit s’avance mais, heureusement, le soleil a rendez-vous avec la lune. Non, le dernier artiste n’était Charles Trenet pour ses tantièmes adieux à la scène mais bien Alain Frey, le bien nommé. Sa fraîcheur est en plus servie par deux complices et non des moindres : Samson Schmitt qui reste en scène avec sa guitare et l’étonnant Laurent Meunier aux saxes. Les références pleuvent quand on écoute le trio : quel est ce cocktail cressonné fait de Trenet, SanSeverino, Lapointe, Brassens et d’autres zazous dont le nom n’est pas resté ? Frey a la nostalgie rieuse, il joue le swing d’antan avec l’audace d’aujourd’hui, gère un scat qui ne rougirait pas devant le hi-de-ho de Cab Calloway et monte dans les aigus sans un faux-pas. Que du bonheur, que du sourire. Ceux qui sont restés ne le regrettent pas…

Clôture du festival Home Records. Plus de voix-off. Les célébrités liégeoises (oxymore ?) ont rejoint la salle pour être vues à la sortie, chacun retourne dans ses pénates en les saluant, les plus résistants prennent un petit dernier, après un festival qui ne devrait pas l’être, le dernier….

Lire l’article de Patrick Thonart sur QUATREMILLE.BE (mai 2017)

Visiter le site du Festival Home Records 2017

Plus de presse…

WITTGENSTEIN : textes

Lettre de Ludwig WITTGENSTEIN (1889-1951) à Bertrand RUSSELL (1872-1970) datée du 3 mars 1914 :

Cher Russell,
(…) je dois te redire que nos dissensions n’ont pas seulement des causes extérieures (nervosité, surmenage, etc.), mais aussi des racines très profondes – du moins de mon côté. Il se peut que tu aies raison de dire que nous ne sommes peut-être pas si différents, il n’en reste pas moins que nos idéaux diffèrent du tout au tout. C’est pour cela que nous n’avons jamais pu, et nous ne pouvons toujours pas discuter de quoi que ce soit mettant en jeu nos jugements de valeur, sans recourir à la dissimulation ou nous quereller. Je crois que cela est indéniable. Il y a longtemps que j’en suis conscient, ce qui a été terrible pour moi, car cela me montrait que notre relation s’enlisait dans un bourbier. Nous avons tous les deux nos faiblesses, surtout moi, dont la vie est REMPLIE de pensées et d’actions détestables et dérisoires (je n’exagère pas). Mais pour qu’une relation ne se dégrade pas, il faut que les faiblesses de chacun ne se conjuguent pas. Deux hommes ne doivent entretenir une relation que là où ils sont purs – c’est-à-dire où ils peuvent être totalement ouverts l’un à l’autre, sans se blesser mutuellement. Or nous N’en sommes capables QUE lorsque nous nous restreignons à la communication de faits pouvant être établis objectivement, et peut-être aussi lorsque nous nous exprimons les sentiments amicaux que nous avons l’un pour l’autre. Tout autre sujet nous conduit à la dissimulation, ou même à la querelle. Peut-être diras-tu : cela durant depuis déjà un bon bout de temps, pourquoi ne pas continuer ainsi ? Mais j’en ai par-dessus la tête de ces compromis sordides ! Jusqu’ici mon existence a été une grande saloperie – mais faut-il qu’elle continue à l’être ? – Je te propose ceci : faisons-nous part de nos travaux respectifs, de nos découvertes, etc., mais abstenons-nous de tout jugement de valeur sur l’autre, sur quelque sujet que ce soit, et soyons pleinement conscients du fait que nous ne pouvons être tout à fait honnêtes l’un envers l’autre sans être du même coup blessants (il en est du moins ainsi pour moi). Je n’ai pas besoin de t’assurer de l’affection profonde que je te porte, mais cette affection serait menacée si nous continuions à entretenir une relation fondée sur la dissimulation, et donc honteuse pour l’un comme pour l’autre. Il serait honorable, je crois, de lui donner désormais un fondement plus sain. (…)
Toujours tien,
L.W.

En savoir plus sur FRANCECULTURE.FR (24 mai 2017)

Plus de correspondances…

Dee Dee BRIDGEWATER au Jazz à Liège (BE)

Dee Dee Bridgewater chantait au Jazz à Liège (BE) le 12 mai 2017 (première partie : sa fille China Moses)
Dee Dee Bridgewater chantait au Jazz à Liège (BE) le 12 mai 2017

Baudelaire adorait le jazz et a toujours regretté d’être né trop tôt pour écouter Dee Dee Bridgewater en concert. Il devait se douter qu’on lui imposerait en première partie China Moses, rejeton de la Diva de Memphis, lorsqu’il a perfidement écrit : « Le génie, c’est l’enfance retrouvée à volonté ».

C’est une chose de pouvoir déballer ses états d’âme (puérils) quand on est la fille de l’institutrice et qu’on a pu faire son élocution avant les autres. Cela marche avec un public captif (15 % de la salle du Forum de Liège : les moins de 60 ans…) qui se contente de plusieurs moments décousus, d’un beat mal servi par un bassiste poussif, d’un pianiste dont les audaces de dentellière sous acide ne créent pas l’unité et d’une confusion générale où un sax courageux, sincèrement jazzy, et des drums efficaces mais souvent abandonnés par le groupe s’efforcent de créer la magie. Autre chose est de prétendre servir l’héritage maternel : la voix de China Moses n’est pas maîtrisée et manque d’assurance quand elle doit être projetée par-delà les têtes d’un public pourtant bienveillant. D’autres (qui se reconnaîtront) renchériraient plus cruellement encore : « pour suivre cette Moïse-là (Moses) à travers la Mer rouge, il faudrait vraiment que j’aie beaucoup d’Égyptiens au derrière… ».

L’enfance retrouvée, c’est Dee Dee Bridgewater qui nous l’a offerte. Le génie d’une macrâle (sorcière) de la scène qui sait faire oublier qu’elle connaît toutes les ficelles du job : 100 % de la salle, tous âges confondus, KO-debout, qui se laisse séduire, violer, bousculer, groover, croonerifier, mellower, vas-y-que-j’te-rappelle-que-t’as-des-boyaux-tifier, défriser (un comble), mobiliser, Memphis-sound-iser, up-beatifier, coolifier, bref envoûter par ce que jazz, funk et blues ont de meilleur. Des drums respectés par tous, sans un seul décrochage, une basse de-la-mort-qui-tue, aussi impeccable pour rappeler le beat que pour des solos pas lights du tout, un clavier funkissime, sorte de Leviathan venu du fond des heures Motown (quelque chose du genre « les gamins, vous fatiguez pas, v’là 100 ans qu’on fait tous les soirs ce que vous essayez d’inventer »), des cuivres là juste quand il faut et deux choristes qui n’auraient pas démérité en première partie. Et puis, la voix : c’est retrouver l’enfance que de pouvoir faire rouler le chant aussi bas dans le ventre avant de l’exploser dans tous les recoins d’une salle entièrement muqueuse de disponibilité ; c’est offrir l’enfance que d’oser le cri, comme la note haut perchée (toujours juste !), en toute spontanéité, sans calcul ; c’est jouir de l’enfance que de profaner en riant des standards que l’on savait pourtant momifiés. Et c’est le génie de la maturité de tenir, de bout en bout, un parterre comblé, avec le cœur hors de la poitrine, qu’il s’agisse de prendre le contre-pied de Chet Baker en chantant la rage ressentie quand The thrill is gone, ou de finir en apothéose avec Purple Rain (sic). Quand je serai grand, je veux être choriste chez Dee Dee Bridgewater…

Lire la chronique de Patrick THONART sur la page Mithra Jazz Festival de QUATREMILLE.BE (24 mai 2017)

Plus de jazz…

Les patrons ont-ils lu Marx ?

© Gwenn Dubourthoumieu

« Consciente de ses intérêts, la haute bourgeoisie se distingue par la sophistication de ses modes d’organisation… Ce groupe social pratique l’entre-soi et les échanges de bons procédés. Mais ce collectivisme pratique se dissimule derrière un discours faisant passer pour du talent individuel des positions transmises de génération en génération.

Les Portes-en-Ré, une île dans l’île. À la pointe extrême de l’île de Ré, cette commune est devenue un des lieux de ralliement des familles de la bourgeoisie. Chacun se salue, tout le monde bavarde longuement sur le parvis à la sortie de la messe, des groupes se forment à la terrasse du café Bazenne pour l’apéritif dominical. Une société enjouée, ravie d’être rassemblée et de pouvoir être elle-même à l’abri du regard des importuns.

Dans un entre-soi toujours soigneusement contrôlé, les membres de la haute bourgeoisie fréquentent les mêmes lieux. Les salons parisiens, les villas des bords de mer, les chalets de montagne constituent un vaste espace quasi public pour la bonne société, qui y goûte le même plaisir qu’elle a à se retrouver dans des cercles comme, à Paris, l’Automobile Club de France, place de la Concorde, ou le Cercle de l’Union interalliée, rue du Faubourg-Saint-Honoré.

On transforme les « exploiteurs » d’hier en « créateurs de richesses »

À observer la bourgeoisie, on pourrait la croire collectiviste tant elle est, en apparence au moins, solidaire. Mais ce collectivisme n’est que pratique. Il prend la forme d’échanges, de dons et de contre-dons, avec non seulement les autres patrons mais également tous ceux qui occupent des positions de pouvoir dans les domaines financier, politique ou médiatique… »

Lire la suite de l’article de Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot sur MONDE-DIPLOMATIQUE.FR (mai 2017)

Plus de presse…

Musée Tchantchès (Liège, BE)

Tchantchès, Nanesse et Charlemagne

« C’est à l’initiative de l’a.s.b.l. République Libre d’Outre-Meuse que fut créé le Musée Tchantchès. Cette dénomination se justifie facilement, non seulement parce que le musée est situé sur le territoire où est né le citoyen le plus connu de la Cité Ardente, mais aussi parce que ce musée conserve et retrace les traditions de ce quartier de Liège, celui d’Outre-Meuse, toujours resté très populaire. Alors quoi de plus logique que lui attribuer le nom de son héros ? C’est en 1947 que fut inauguré le premier musée Tchantchès. A cette époque, il était situé au 35 de la rue Grande Bêche. Bien entendu de ce temps là, il n ‘y avait guère de choses à y exposer sinon les premiers costumes offerts à Tchantchès et les étendards des sociétés folkloriques du quartier dont le nombre, hélas, diminuait d’année en année. En 1954, le musée qui entre-temps s’était enrichi, déménageait au 33 de la rue Grande Bêche où il devait rester jusqu’en 1959, date à laquelle le ..Gouvernement » de la République Libre d’Outre-Meuse décida de l’installer dans l’arrière cour du 56 de la rue Surlet où il se trouve toujours actuellement. Ce local jugé trop vaste à l’époque allait bientôt devenir trop petit, car dès 1960, il allait accueillir le Théâtre Royal Ancien Impérial et ses 129 marionnettes de la tradition liégeoise. En effet, le Directeur de ce dernier théâtre de marionnettes du quartier , Denis BISSCHEROUX, trop âgé et malade, avait dû renoncer à son exploitation. Faisant jouer un contrat qui le liait avec les .’Amis de la Marionnette Liégeoise » , il confia à Paul DEHOUSSE, alors Secrétaire Général de la République Libre d’Outre-Meuse et Secrétaire des ‘Amis », les 129 marionnettes de sa » Joue « . Le transfert des marionnettes de la rue Roture à la rue Surlet ne se fit pas sans drame car Henri CHALANT, le Président de la République Libre d’Outre-Meuse à l’époque, Paul DEHOUSSE et Louis STAPPERS, se firent copieusement insulter des termes » ..voleur, tu nous prends nos marionnettes! « , par les habitants de Roture. Pendant ce temps, Henri LIBERT, qui deviendra plus tard Ministre du Folklore de la République Libre d’Outre-Meuse, et un de ses amis démontaient le castelet pour le remonter rue Surlet. Depuis le 15 janvier 1967, les spectacles de marionnettes ont repris au musée et la tradition est perpétuée par les montreurs du Théâtre Royal Ancien Impérial. Soulignons que l’on constate un très net regain de l’engouement pour les spectacles de marionnettes du dimanche matin (d’Octobre à fin Avril), puisque de 12 personnes au départ, le spectacle se donne devant 100 personnes de moyenne et depuis quelques années il y a aussi les » Mercredis de la Marionnette » chaque mercredi après-midi (d’octobre à fin Avril) … »

Lire la suite sur le site du Musée Tchantchès…

D’autres initiatives…

22 mai 1967: les 323 morts de l’Innovation

(c) Sylvain Piraux

« Le feu se déclencha dans une réserve. Des scènes d’apocalypse au cœur de Bruxelles. L’hypothèse accidentelle fut retenue. En ce lundi 22 mai 1967, plus de deux mille clients se pressent, rue Neuve, dans les rayons de l’Innovation. Ce grand magasin du centre de Bruxelles construit en 1902 par Victor Horta entendait attirer le passant pour en faire un acheteur, l’encageant dans cet espace de fer et de verre qui deviendra tombeau. Bruxelles s’apprête à sacrifier aux cérémonies des communions. Des robes blanches parées de voiles s’alignent au rayon fillettes. Une vendeuse qui s’apprête à reprendre son service au 1er étage perçoit une odeur de brûlé provenant d’un petit local de 6 m² où sont stockées quelques robes blanches. Elles sont en feu. Des pompiers du magasin tentent en vain de réduire le brasier naissant à l’aide d’extincteurs. Dans le magasin, la sonnerie stridente de l’alarme retentit. Elle est confondue avec celle appelant le personnel à reprendre le travail après son heure de table. Il est 13h32. Rien n’arrêtera ce feu qui promet à Bruxelles la plus grande catastrophe civile de son histoire… »

Lire la suite de l’article de Marc METDEPENNINGEN sur LESOIR.BE (21 mai 2017) et voir plusieurs photos d’époque…

Continuer à parcourir la Revue de presse…

Le monument de pierres verbales de Jean-Luc Outers : Le Dernier Jour

Jean-Luc OUTERS par Alice PIEMME

« Parmi les plus beaux poèmes de la langue française, figurent les « Tombeaux » que signa Stéphane Mallarmé : Tombeau de Poe (« Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change »), Tombeau de Baudelaire (« Le temple enseveli divulgue par la bouche ») ; Tombeau de Verlaine (« Verlaine ? Il est caché parmi l’herbe, Verlaine »). Or, voilà que Jean-Luc Outers, auteur de plusieurs romans dont le remarquable La Place du mort (1995) dédié à son père alors en fin de vie, vient de renouer superbement avec le genre, non pas au travers de sonnets mais au gré de proses d’une écriture plus que sensible. Le titre Le Dernier jour coiffe ainsi six chapitres rendant hommage à des artistes admirés et aimés et que l’auteur fréquenta de près ou de loin. Et cela donne, à chaque fois, un petit monument de pierres verbales prises dans un montage tout d’élégance tranquille.

À chaque fois encore, Outers a voulu saisir le moment d’une sortie de vie qui fut tantôt brutale et imprévue, tantôt programmée et comme mise en scène. C’est donc ce passage au néant, passage où tout bascule, qu’il a voulu cerner en se demandant comment les créateurs retenus par lui ont pris la porte de sortie, comment ces personnes connues de leurs contemporains ont bien dû tout planter là. En chaque occasion, l’auteur bâtit sa stèle de mots et de phrases en puisant à trois registres : l’œuvre telle qu’elle fut carrière et telle qu’elle fut passion (avec une infinie discrétion du narrateur sur les produits de cette œuvre et sur leurs titres) ; la singularité d’un être réfractaire à l’existence commune ; enfin la manière pour chaque auteur de concevoir le sens de sa mort en étroite réplique à une ligne de vie. Et tout cela dans une construction fluide qui dit une relation comme pacifiée avec les deuils évoqués.

On rencontrera ici trois écrivains (Henri Michaux, Dominique Rolin, Hugo Claus), deux artistes de l’image (Michaux encore et Chantal Akerman), un professeur de lettres et de philosophie (Simon Leys), un homme politique (dont le nom est tu). Ce dernier mis à part, tous forment une sorte de cercle enchanté comparable à un cimetière où il ferait bon de se promener et dans lequel Jean-Luc Outers reconnaît les siens. »

Lire la suite de l’article de Jacques DUBOIS sur DIACRITIK.COM (15 mai 2017)

Plus de littérature ?

John Howe : Tolkien a su faire basculer les mythes antiques dans le monde moderne

(c) John HOWE

« Directeur artistique culte de la trilogie du “Seigneur des anneaux”, le Canadien expose actuellement ses dessins à Paris. Rencontre avec le dessinateur passionné d’heroic fantasy. C’est vrai qu’il ressemble un peu à Saroumane, John Howe. Regard pénétrant, visage émacié, barbe poivre et sel, le dessinateur canadien de 59 ans est de passage à Paris pour y présenter sa nouvelle exposition. Installé en Suisse depuis des lustres, Howe se passionne depuis l’adolescence pour l’heroic fantasy. Mondes perdus, dragons et créatures légendaires, sagas épiques, hommes en armure, combats homériques… depuis plus de quarante ans, l’homme explore sans relâche les grands classiques du genre et, au delà, les textes fondateurs qui les ont inspirés.

Formé à l’Ecole des Arts décoratifs de Strasbourg (où il a passé des centaines d’heures à contempler et arpenter l’extraordinaire cathédrale), Howe est devenu au fil du temps et de sa passion, l’un des deux grands spécialistes mondiaux de l’œuvre JRR Tolkien. L’autre étant son ami, Alan Lee. Repérés et recrutés comme « concept artists » par Peter Jackson, tous deux ont participé — au plus près — à l’aventure du Seigneur des Anneaux, puis de Bilbo, le Hobbit, en imaginant aussi bien les décors et l’architecture des cités que l’aspect des personnages. Sans retirer quoi que ce soit au talent du réalisateur et de son équipe, on peut affirmer que le tandem de dessinateurs n’est pas pour rien dans le succès remporté par les films.

Explorateur de l’imaginaire, sans cesse à la recherche d’archétypes, Howe consacre son exposition parisienne à de nouveaux rivages où d’impressionnants hommes corbeaux côtoient d’énigmatiques divinités égyptiennes. Disert, lettré et pince sans rire, le natif de Vancouver s’exprime dans un français châtié. Attention , un rêve peut en cacher un autre… »

Lire la suite de l’article de Stéphane JARNO sur TELERAMA.FR (13 mai 2017)

Plus de cinéma…

EXPO | Raoul UBAC à la Boverie (23.03-10.09.2017)

La Boverie (Liège, BE), du 24 mars au 10 septembre 2017

« C’est à l’occasion de la Rétrospective Raoul Ubac (1910-1985), organisée par le Musée des Beaux-Arts de Liège pour le centenaire de la naissance de l’artiste, qu’une importante collection d’œuvres de Raoul Ubac, celle de Jacqueline et Alain Trutat, a été proposée en donation au Musée. Cette donation concrétise le vœu de Jacqueline Trutat, née Jacqueline Harpet, de ne pas disperser un ensemble très complet de quarante-six œuvres, qui révèlent la grande diversité, mais aussi la cohérence thématique, des différentes techniques utilisées par Raoul Ubac depuis la Seconde guerre mondiale… »

Lire la suite sur LABOVERIE.COM

D’autres incontournables du savoir-regarder :

Comment les arbres discutent dans la forêt

« Que ce soit par les airs ou par le sol, pour se nourrir ou se défendre, les arbres échangent sans cesse les uns avec les autres. De nouvelles études documentent leurs étonnantes capacités.

Vous appréciez le silence lors de vos promenades en forêt? Sachez qu’il masque en fait une intense activité! Car les arbres ressentent le monde extérieur, se défendent contre les agresseurs et échangent des messages entre eux par les sols ou par les airs, en particulier en cas de danger. L’univers de la communication végétale commence à peine à être défriché.

Le vent est un grand allié, car il peut transporter des signaux d’alarme d’une plante à l’autre, sous forme de substances volatiles comme l’éthylène. Le cas des acacias de la savane africaine est exemplaire. Dans les années 1980, en Afrique du Sud, des milliers d’antilopes koudou en captivité ont commencé à mourir mystérieusement. Le professeur Wouter Van Hoven de l’Université de Pretoria a démasqué les coupables: il s’agissait des acacias, qui, pour se défendre d’une agression trop importante, enrichissaient leurs feuilles en tanins, des substances amères et toxiques pour les herbivores, lorsqu’elles sont ingérées en trop grande quantité. Il s’est avéré que les acacias attaqués libéraient dans l’air de l’éthylène qui allait alerter les autres acacias de la menace…!

Lire la suite de l’article de Lia ROSSO sur LETEMPS.CH (8 mai 2017)

D’autres faits naturels…

VARGAS : « J’ai croisé l’araignée et elle est restée dans ma tête »

Fred Vargas, le 3 mai, à Paris. Photo Astrid Di Crollalanza. Flammarion

« En cet après-midi d’avril ensoleillé où tout invite à se découvrir, Fred Vargas arrive au rendez-vous en pull à col roulé et une grosse veste : «J’ai une crève XXL.» Elle s’installe dans le café du XIVe arrondissement parisien où elle habite, commande un petit noir. L’abonnée aux best-sellers a la fébrilité des timides poussés dans la lumière, et l’appréhension des discrets pris dans les rets de la curiosité tous azimuts 2.0. Vargas, l’as du mystère, s’effraie même quand on tente une première incursion, sur elle, sur sa place dans le paysage littéraire, sur son évolution – «Je ne suis pas un phénomène de société.» Trente ans d’active, et toujours petit chat sauvage. A la faveur d’une cigarette, nous voilà dehors. Et bientôt assises en rang d’oignons sur un trottoir face au soleil à refaire le film de la gestation de Quand sort la recluse, son nouveau «rompol» (roman policier). Fred Vargas a un monde entier dans la tête, qu’elle fait, refait, défait sans relâche, avec la gouaille d’un titi et une passion pour le détail technique qui rappelle qu’elle est au départ scientifique, archéozoologue de formation. A l’écouter, on suit le processus de création et d’écriture comme s’il se déroulait en direct, sous nos yeux parfois éberlués. Fragile et forte à la fois, la créatrice du saturnien commissaire Adamsberg est une frémissante qui limite ses apparitions et brouille les pistes trop intrusives. A l’image de sa recluse… »

Lire la suite de l’article d’Alexandra SCHWARZBROD et Sabrina CHAMPENOIS sur LIBERATION.FR (5 mai 2017)

Littéraire un jour, littéraire toujours…