Henry CARTON DE WIART : La cité ardente (1904)

La cité ardente - Henry Carton de Wiart - Rex
Le livre de Henry CARTON DE WIART, La cité ardente, initialement publié en 1904, est réédité (récupéré ?) par les Editions REX de Louvain, dans la “Collection Nationale” en 1932, du vivant de l’auteur (collection privée)

Liège est Cité ardente depuis 1905, date à laquelle Albert I, alors toujours prince, utilise la formule dans son discours d’inauguration de l’Exposition internationale. L’expression était apparue dans le roman historique du comte Henry CARTON DE WIART (1869-1951), paru l’année précédente chez Georges Crès & Cie (Paris, 1904). L’auteur, par ailleurs homme politique belge, y raconte le sac et l’incendie de la ville, en 1468, par les troupes bourguignonnes de Charles le Téméraire :

Pour s’approprier la principauté de Liège, le duc de Bourgogne Philippe le Bon, en 1455, impose son neveu Louis de Bourbon comme prince-évêque.

Quand Philippe le Bon meurt, c’est son fils Charles le Téméraire qui lui succède. Les Liégeois tentent alors de se révolter, mais leurs milices, en octobre 1467, sont vaincues à Brusthem (Hesbaye) par l’armée du nouveau duc.

Les troupes bourguignonnes progressent vers Liège pour mâter définitivement la rébellion. Gui de Brimeu, seigneur d’Humbercourt, lieutenant du duc de Bourgogne, prend ses quartiers à l’abbaye de Saint-Laurent. Charles le Téméraire lui-même y loge cinq jours. Des négociations avec des notables liégeois évitent l’affrontement : le duc reçoit les clés de la ville.

A la suite de cette « Paix de Saint-Laurent », le pays de Liège devient un État vassal du duc de Bourgogne ; le prince-évêque, son simple représentant. Toutes les libertés sont abolies, et le perron, symbole de ces libertés, est transféré à Bruges !

En 1468, les revanchards liégeois se révoltent à nouveau, profitant que Charles le Téméraire est en guerre contre la France de Louis XI. Le duc entre dans « une rage qui confine à la folie ». Le 27 octobre, son armée est aux portes de Liège.

Dans la nuit du 29 octobre 1468, alors que la ville est assiégée par les troupes de Charles le Téméraire, présent en personne et accompagné par Louis XI, un groupe de personnes qu’on appellera “les 600 Franchimontois” prêtent main forte aux insurgés liégeois, et tentent de se faire maîtres du campement situé sur les hauteurs de la ville. Repérés, et sans l’effet de surprise escompté, leur petit nombre face aux troupes bourguignonnes et aux archers écossais de Louis XI leur impose une terrible défaite. Le lendemain, 30 octobre 1468, Charles le Téméraire et Louis XI entrent dans la ville, qui est mise à sac et incendiée. Un incendie qui va durer sept semaines, raconte la légende, mais qui épargnera les édifices religieux ! En 1477, Charles le Téméraire trouve la mort devant Nancy, et le perron revient à Liège après 10 ans d’exil…


Il était membre de L’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, qui lui consacre une fiche biographique :

Issu d’une famille noble hennuyère, Henry Carton de Wiart naît à Bruxelles le 31 janvier 1869. Ses quatre frères feront, comme lui, des carrières hors normes. Après des études secondaires au Collège Saint-Michel, il étudie le droit à l’Université de Bruxelles puis parachève ses études à Paris où, sensible aux prestiges d’une certaine bohème, il entre en contact avec les milieux littéraires. Il y fréquente Léon Bloy, avec lequel il entretiendra une correspondance, Maurice Barrès, Verlaine…De retour en Belgique, après un détour par l’Université de Bonn, il s’inscrit au barreau et devient stagiaire chez Edmond Picard. Bon orateur, il est une des figures en vue du milieu juridique de la capitale. Il n’abandonnera jamais cette carrière d’avocat à laquelle il continuera de se consacrer parallèlement à ses activités politiques…” [lire la suite sur ARLLFB.BE]

Par ailleurs, une petite histoire de la ville de Liège est évoquée par un amateur d’histoire sur CWARZEE.NET.


Liège encore ?

PLUVIAUD Jean-François : Discours de la méthode maçonnique (2011)

“Lorsque dans le titre d’un de ses ouvrages on veut paraphraser René Descartes, ou même seulement faire allusion à lui, il vaut mieux ne pas se planter. Et bien, Jean-François PLUVIAUD, dans son ouvrage Discours de la méthode maçonnique ne se plante pas, loin de là.

Fort de son expérience de plus de 35 années comme franc-maçon de la Grande Loge de France il se propose sinon de baliser le terrain, ce qui serait presque impossible, mais d’indiquer qu’il y a un chemin et que pour le parcourir à bon escient et pour qu’il soit profitable, il y a des règles, une méthode et, pour les francs-maçons, essentiellement des devoirs librement acceptés.

Car le message que nous délivre Jean-François Pluviaud est clair. Sans méthode nous risquons, en empruntant de nombreux chemins, de nous perdre et en allant dans tous les sens de n’arriver nulle part.

Ce livre fait clairement suite au précédent intitulé Critique de la Raison Maçonnique (2002). Mais la lecture de l’un n’est pas indispensable à la compréhension de l’autre.

Pour l’auteur, tout commence car pour “tous ceux qui s’engagent en maçonnerie, quelle que soit la manière dont ils l’expriment ou la nature de leur ressenti, tous ceux-là ont le désir de faire quelque chose, de ne pas être les spectateurs, mais les acteurs de leur vie”.

Il faut aussi que ceux-ci fassent une “rencontre avec un projet qu’ils pressentent être en mesure de satisfaire leur attente (…) contribuer au progrès spirituel et moral de l’humanité en travaillant à leur propre épanouissement”.

Et l’auteur souligne également que “la perfectibilité de l’homme est l’un des ressorts essentiels de la mécanique maçonnique […] Il doit cependant être bien clair que, dans le domaine de la croyance et de la spéculation métaphysique, la maçonnerie ne formule aucun interdit. Elle respecte ce qui est de l’ordre de l’intimité de la pensée, pour cela elle laisse à chacun de ses membres sa totale liberté de croyance, le droit et la possibilité, s’il en éprouve le besoin, d’assouvir à sa guise ses angoisses ou de chercher des réponses à ses questionnements existentiels à travers de spéculations mystiques ou philosophiques”.

La thérapie proposée, dans ce cas particulier, consiste à mettre de l’ordre dans le chaos qui est en l’homme (mettre en ordre, donner du sens et de la cohérence), ce qui par voie de conséquence, en préservant l’avancée de l’hominisation, influencera et peut-être changera durablement le destin de l’humanité. C’est ce que l’un des rites maçonniques (le Rite Écossais Ancien et Accepté) exprime dans sa devise « Ordo ab chao ». (l’ordre à partir du chaos).

Et l’auteur propose une équation : “Ainsi tout est dit, l’équation maçonnique est posée. Un constat : l’humanité est en chaos. Un diagnostic : ce chaos est la conséquence du déséquilibre de l’homme qui est en manque d’esprit. Un remède : guérissons l’homme en lui redonnant de l’esprit”.

Jean-François Pluviaud s’emploie, dans les chapitres suivants à définir cette équation et à l’expliquer. Puis il précise : “Dans cette coulée humaniste, le projet maçonnique se situe cependant de manière très particulière ; son originalité première est de magnifier et d’exalter le rôle de l’homme, non pas en tant qu’être pensant porteur par essence de droits et d’attributs attachés à son état, mais en le considérant seulement comme une potentialité, ce qui lui laisse la liberté et la responsabilité de devenir ou non un homme, au sens le plus noble du terme. Devenir l’outil de la transmission de ce en quoi nous croyons, un maillon solide et fiable de la chaîne. En un mot, dans la perspective maçonnique, c’est par l’exercice de devoirs et d’obligations librement acceptés et assumés que l’homme obtient des droits et acquiert sa dignité d’homme, d’homme vrai, l’homo moralis. Pour les maçons on ne naît pas homme, on le devient. C’est un humanisme de responsabilité.”

Sur la spiritualité : “Pour qualifier ce « je ne sais quoi » qui les différencie de l’animal, les hommes ont le plus souvent utilisé le mot esprit, la spiritualité pourrait donc être l’appropriation par l’homme de cette part de lui-même qui le constitue en tant qu’homme. L’investissement du territoire qu’il pense être en lui celui de l’esprit, celui qu’Elias Canetti appelle le territoire de l’homme.”

Ce qui fonde le franc-maçon est l’initiation. “L’initiation est chose grave, comme toutes les choses graves elle doit être abordée avec infiniment de simplicité, d’humilité et un peu d’intelligence, aussi.”

Et la pratique de la maçonnerie se fait avec un rite et la pratique d’un rituel. “Au Rite la pensée fondatrice, la référence métaphysique et historique, le credo en quelque sorte, au rituel la pratique, l’enseignement et la transmission”. L’auteur développe naturellement sur les notions de rites et de rituels.

Je vous laisse ensuite découvrir par vous-même toutes les explications que donne Jean-François Pluviaud. Toutes très riches, très argumentées et surtout vécues.

Car c’est bien de lui dont l’auteur parle. C’est par comparaison, en regardant où il en est et où nous en sommes, que nous pouvons réfléchir et comparer. Et nous enrichir de son expérience. Cela peut nous faire gagner un temps précieux !

La démarche, si elle se fait avec les autres, est toujours intime et personnelle. Toutes les considérations générales ramènent donc forcément, à soi.

Enfin, Jean-François Pluviaud conclut : “Bien sûr, le travail paraît sans fin. Des siècles et des siècles probablement. C’est un combat quotidien au cours duquel il ne faut jamais baisser la garde, malgré les défaites, les retours en arrière. Notre idée est en marche depuis des millénaires, peut-être était-elle déjà en germe dans la tête du premier homme qui s’est mis debout. […] Dans la maçonnerie ce qui est éternel et doit être absolument préservé, ces sont les idées, les principes, les valeurs, en un mot ce qui constitue, l’âme et le cœur de la maçonnerie. […] Que la Maçonnerie, dans sa forme actuelle, dans ses structures et ses organisations disparaisse, ce serait évidemment extrêmement dommage, mais il s’agit d’une société, humaine, donc mortelle, ce qui doit être immortel ce sont les idées. La Maçonnerie c’est la vie, un certain sens de la vie et les maçons, comme la vie, doivent être inventés et réinventés en permanence”.

Tant qu’il y aura des Jean-François Pluviaud, la Maçonnerie n’est pas prête de mourir. Le Discours de la méthode maçonnique est un livre à lire, à déguster et peut-être même tout simplement, à vivre.”

Lire l’article original sur le blog de Jean-Laurent TURBET

ISBN : 978-2-85829-675-0

Dans son livre, Pluviaud explique par ailleurs : “Le rite est l’épine dorsale du système mais, pour une bonne perception du phénomène maçonnique dans son ensemble, et dans le paysage français en particulier, il faut l’examiner dans la réalité de sa pratique, c’est-à-dire à travers les différentes sensibilités selon lesquelles il se manifeste.

Dans un chapitre précédent, j’ai expliqué l’existence de différents rites par la réponse que chacun apporte au comment de la différence humaine. Le faisant, j’ai distingué trois types de réponses, la réponse théiste (Dieu), la réponse déiste (un principe) et la réponse laïque (la raison) : ce sont ces trois réponses qui vont déterminer les trois grandes familles de rites…” :


Plus encore…

GAG : encore une dernière avant de partir…

Neil Armstrong et la question qui tue !

Le 20 juillet 1969, en tant que commandant du module lunaire Apollo 11, Neil Armstrong fut la première personne à poser le pied sur la lune. Ses premières paroles après avoir marché sur la lune “C’est un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité” ont été retransmises sur terre et entendues par des millions de personnes. Mais juste avant de rentrer dans la capsule, il fit cette énigmatique remarque : “Bonne chance, monsieur Gorsky“.

Beaucoup de gens de la NASA pensèrent qu’il s’agissait d’une remarque gratuite à propos d’un cosmonaute soviétique rival. Pourtant, après vérification, il s’avéra qu’il n’y avait aucun Gorsky dans le programme spatial russe ou américain.

Pendant des années, beaucoup de gens demandèrent à Armstrong ce que le “Bonne chance, monsieur Gorsky” signifiait, mais Armstrong se contentait de sourire.

Le 5 juillet 1995, à Tampa Bay en Floride, alors qu’il répondait à des questions après un discours, un reporter lui posa la fatidique question restée sans réponse depuis plus de 26 ans. Cette fois, finalement, il accepta d’y répondre puisque monsieur Gorsky était mort et Neil Armstrong pensa qu’il pouvait répondre à la question.

En 1938, lorsqu’il était enfant, dans une petite ville du Middle West, il jouait au base-ball avec un ami dans l’arrière-cour. Son ami frappa une balle qui atterrit dans le jardin de ses voisins, près de la fenêtre de la chambre. Ses voisins étaient M. et Mme Gorsky. Alors qu’il se baissait pour ramasser la balle, le jeune Armstrong entendit Mme Gorsky crier à M. Gorsky : « Une pipe ? Tu veux que je te fasse une pipe ? Je te ferai une pipe le jour ou le gamin d’à côté marchera sur la lune ! »


Rions un brin…

Behind TIME’s Donald Trump ‘Welcome to America’ Cover

Couverture du Time Magazine du 2 juillet 2018 (c) Time – John Moore – Getty Images

“John MOORE, a Pulitzer Prize-winning photographer for Getty Images, has been photographing immigrants crossing the U.S.-Mexico border for years. This week one of his pictures became the most visible symbol of the immigration debate in America.

This one was tough for me. As soon as it was over, they were put into a van. I had to stop and take deep breaths,” Moore told TIME Tuesday, describing his reaction to the scene of a two-year-old Honduran girl crying as her mother was being detained in McAllen, Texas. “All I wanted to do was pick her up. But I couldn’t.

(c) John Moore – Getty Images

Due to the power of the image, which appeared as critics from across the political spectrum attacked President Trump’s now-reversed policy of separating children from parents who are being detained for illegally entering the United States, TIME’s editors selected Moore’s photograph to create a photo illustration, including Trump, to make the July 2, 2018, cover of the magazine.”

Lire la suite de l’article de la rédaction de TIME.COM (article du 21 juin 2018)

John Moore

Découvrir la galerie des photos prises par John Moore lors de ses reportages sur l’immigration d’Amérique latine vers les USA sur REPORTAGESBYGETTYIMAGES.COM

 


Plus de presse…

franc-maçonnerie

Couverture d’un ouvrage anti-maçonnique de Léo TAXIL (fin XIXe)
Secrète ? Fermée ? Discrète ? Ésotérique ? Philanthropique ?
Comment définir justement la franc-maçonnerie ?

D’après le Littré en ligne, la franc-maçonnerie (ou, plus simplement, la maçonnerie) est une “association philanthropique, secrète autrefois, qui fait un emploi symbolique des instruments à l’usage de l’architecte et du maçon, et dont les lieux de réunion sont appelés loges.”

D’après le CNTRL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, FR), elle est une “association ésotérique visant à l’édification d’une société rationnelle, la construction du Temple, qui professe la fraternité entre ses membres organisés en loges et qui se reconnaissent par des signes et des emblèmes symboliques pris aux maçons du Moyen Âge.

D’après le Larousse en ligne, elle est une “société mondiale fermée, dont les membres, ou frères, qui se reconnaissent à des signes, en possèdent seuls les secrets sous serment. (Un groupe de maçons forme une loge, un groupement de loges forme une obédience).

De son côté, dans son (petit) espace d’accès non-payant, l’Encyclopaedia Universalis propose : “Ordre initiatique, club philosophique, communauté fraternelle, lobby politique ou simple réseau, la franc-maçonnerie a reçu, au cours de sa déjà longue histoire, des définitions et identités variées aux sens souvent contradictoires, sans qu’aucune d’entre elles puisse être considérée comme exhaustive ni tenue pour totalement erronée. Au XVIIIe siècle déjà, dans l’une des premières divulgations publiques des usages maçonniques, un auteur avait ainsi mis en garde ses lecteurs : « Pour le public un franc-maçon / Sera toujours un vrai problème / Qu’il ne saurait résoudre à fond / Qu’en devenant maçon lui-même » (Le Secret des francs-maçons, 1744). Plus de 250 ans plus tard, il appartient néanmoins au maçonnologue de surmonter ce dilemme qui n’a pourtant rien perdu de son actualité…

Étonnamment, une requête “franc-maçonnerie” sur le site “Connaître la Wallonie” du portail de la Région wallonne ne mène qu’à une fiche de type “lieu de mémoire”, consacrée au monument Eugène DEFACQZ, à Ath. Seule évocation du sujet : “Quant à la référence explicite à son activité maçonnique, elle [la statue] confirme, aux yeux de ses anciens adversaires, qu’Eugène Defacqz était avant tout le représentant affirmé d’un parti ; le journal catholique local rappelle volontiers l’opposition de Defacqz à la liberté religieuse et son insistance pour que les pouvoirs publics surveillent la liberté d’enseignement…“. Or, la Belgique compte quelque 25.000 maçons, dont beaucoup en terres wallonnes (source : LESOIR.BE, article du 10 mai 2016).

Il est rassurant d’apprendre que tous les francs-maçons ne mangent pas des petits enfants en piétinant des crucifix devant une effigie de Belzebuth, comme voulaient le faire croire des auteurs anti-maçonniques comme Léo TAXIL dans ses écrits polémiques (cfr. affiche ci-dessus) : “Exclu de la Maçonnerie dès le 1er degré pour ‘fraude littéraire’, Léo Taxil débute alors une campagne contre les Francs-maçons. Selon ses dires, il faisait partie de la loge Le temple des amis de l’honneur français. En 1887, il est reçu en audience par le pape Léon XIII, qui blâme l’évêque de Charleston pour avoir dénoncé les confessions antimaçonniques de Taxil comme une fraude. En 1892, Taxil commence à publier un journal La France chrétienne anti-maçonnique. Entre le 20 novembre 1892 et le 20 mars 1895, il fait paraître avec Carl Hacks, sous le pseudonyme du ‘Docteur Bataille’, Le Diable au XIXe siècle, un ouvrage prétendant dresser l’état de l’occultisme, accusant les loges d’adorer le démon et dénonçant une vaste conspiration maçonnique mondiale, qui fait un grand bruit. À côté de figures bien réelles de la maçonnerie comme Albert Pike, il met en scène des personnages de fiction, comme Sophie Walder, Grande Maîtresse du Lotus de France, Suisse et Belgique, et Diana de Vaughan, haute dignitaire luciférienne, qui aurait écrit pour lui ses confessions, où elle parle du culte satanique nommé «palladisme». Ces assertions sont confirmées, à la même époque, par l’installation à Paris d’une Américaine du nom de Diana Vaughan qui attire aussitôt l’attention et que Taxil présente aux journalistes catholiques influents. Devant les prétendues révélations de Diana Vaughan, une polémique naît. Un Congrès antimaçonnique, réuni à Trente avec la bénédiction de Taxil en 1896, tente en vain de trancher la question de leur véridicité. Pressé de montrer Diana aux incrédules, qui doutent de la véracité des affirmations de Diana Vaughan, et de son existence même, Taxil décide finalement de révéler la mystification, lors d’une conférence le 19 avril 1897 dans la grande salle de la Société de géographie de Paris. À la stupeur de l’auditoire, qui compte un certain nombre d’ecclésiastiques, il fait savoir que cette Diana n’était qu’un canular parmi toute une série, il s’agit une simple dactylographe employée par une maison américaine qui vend des machines à écrire et qui lui avait permis d’utiliser son nom. Il avait commencé, dit-il, douze ans plus tôt, en persuadant le commandant de Marseille que le port était infesté de requins et qu’un navire avait été envoyé pour les détruire. Il avait ensuite découvert une ville sous-marine dans le Lac Léman et attiré des touristes et des archéologues pour la retrouver. Il remercie les évêques et les journaux catholiques d’avoir si bien contribué à son canular final, à savoir sa conversion. L’assistance reçoit ces révélations avec indignation. Quand Taxil veut s’en aller, il est malmené au point que des agents de police doivent l’accompagner jusqu’à un café voisin. Il quitte alors Paris. Il finit sa carrière comme correcteur à l’imprimerie de Sceaux.” [source : HISTOPHILO.COM]

Voilà donc une association philanthropique (dixit Littré) fondée sur la liberté de pensée, qui fait polémique depuis longtemps chez les tenants d’une vérité révélée ou décidée par le pouvoir. La supercherie de Taxil au XIXe n’est qu’un exemple d’anti-maçonnisme qui serait cocasse s’il n’était sordide : l’existence supposée d’un complot judéo-maçonnique a ensuite garni l’argumentaire des extrémistes politiques et religieux dans les années Trente. La volonté de l’ultra-droite belge (e.a. le mouvement REX) d’éradiquer le mouvement maçonnique a été servie par l’Occupant nazi dès son arrivée en Belgique (mai 1940), aidé en cela par la Collaboration : une exposition anti-maçonnique attire alors près de 30.000 visiteurs, les biens des obédiences maçonniques sont confisqués, leurs archives transférées en Allemagne, plusieurs maçons notables sont assassinés sur le territoire national  et des milliers de maçons sont déportés au cours de la deuxième guerre mondiale.

De nos jours encore, un pays européen comme l’Italie déclare qu’aucun maçon ne peut faire partie du gouvernement et ce, à la suite de l’Autriche, de la Hongrie et de la Pologne : comment reconnaître le fascisme ? se demande Umberto Eco…


La Franc-Maçonnerie en Belgique

Les principales obédiences présentes en Belgique sont classées par nombre décroissant de membres affiliés :

  • Grand Orient de Belgique, en abrégé GOB, “fédération de loges libres et souveraines” (création en 1833, ± 117 loges, quelque 10.000 membres masculins) ;
  • Droit Humain (Fédération belge du -), en abrégé DH, “ordre maçonnique mixte international” (création en 1928, ± 85 loges, quelque 7.000 membres des deux sexes) ;
  • Grande Loge de Belgique, en abrégé GLB, “ordre maçonnique masculin et pluraliste” (création en 1959, ± 75 loges, quelque 4.000 membres masculins) ;
  • Grande Loge Féminine de Belgique, en abrégé GLF, la “franc-maçonnerie au féminin” (création en 1981, ± 46 loges, quelque 2.200 membres féminins) ;
  • Grande Loge Régulière de Belgique, en abrégé GLR, la “franc-maçonnerie traditionnelle” (création en 1979, ± 52 loges, quelque 1.600 membres masculins) ;
  • Lithos – Confédération de Loges, en abrégé LCL (création en 2006, ± 33 loges, quelque 1.100 membres des deux sexes) ;
  • Ordre international du Rite Ancien et Primitif de Memphis et Misraïm, “loge symbolique” (création en 2006, ± 4 loges, quelque 70 membres) ;
  • Grand Orient Latino-Américain, en abrégé GOLA (création en 2004, 2 loges, quelque 40 membres des deux sexes) ;
  • Grande Loge de district des maîtres maçons de marque de Belgique, (création en 1996).

Extraits des Contes et nouvelles de Maupassant, deux passages de son Oncle Sosthène (1882) :

Mon oncle me répondait : « Justement nous élevons religion contre religion. Nous faisons de la libre pensée l’arme qui tuera le cléricalisme. La franc-maçonnerie est la citadelle où sont enrôlés tous les démolisseurs de divinités […]

[…] il fallait voir mon oncle Sosthène offrir à dîner à un franc-maçon. Ils se rencontraient d’abord et se touchaient les mains avec un air mystérieux tout à fait drôle, on voyait qu’ils se livraient à une série de pressions secrètes. Quand je voulais mettre mon oncle en fureur je n’avais qu’à lui rappeler que les chiens aussi ont une manière toute franc-maçonnique de se reconnaître. Puis mon oncle emmenait son ami dans les coins, comme pour lui confier des choses considérables ; puis, à table, face à face, ils avaient une façon de se considérer, de croiser leurs regards, de boire avec un coup d’œil comme pour se répéter sans cesse : « Nous en sommes, hein ?»


Extraits du Dictionnaire des symboles maçonniques de Jean Ferré (1997) :

“On s’aperçoit que I’idée que se font les Maçons de la Franc-Maçonnerie, le sens et les buts qu’ils lui donnent varient d’un pays à l’autre et, dans un même pays, d’une Obédience à l’autre. Il suffit de bavarder avec un membre de la Grande Loge Nationale Française, du Grand Orient, de la Grande Loge de France, de la Grande Loge Féminine de France, de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique (Opéra), du Droit Humain pour s’en rendre compte. Selon les sensibilités ou les aspirations, la Maçonnerie sera :

  • une école de pensée ;
  • un moteur de la société ;
  • une école de tolérance ;
  • un enseignement ésotérique ;
  • une société de fraternité et d’entraide ;
  • un groupe agissant sur le pouvoir politique ;
  • le prolongement de I’activité des Bâtisseurs ;
  • la résurgence de la culture égyptienne ;
  • la résurgence de l’Ordre Templier ;
  • etc.

Chacun possède des arguments pour conforter son opinion. Ainsi, Edmond GLOTON écrit :

Sans symboles, la Franc-Maçonnerie serait une société comme les autres et n’aurait pu survivre aux révolutions qui ont bouleversé les siècles passés. Sans symboles, elle deviendrait une société de libre pensée, de secours mutuel, un club politique. Nos Rites, nos Traditions, nos Symboles renferment de profonds enseignements qui ont formé des générations de penseurs, de philosophes, de savants qui ont contribué à faire marcher l’humanité dans la voie du progrès.

La Constitution du Grand Orient de France dit dans son Article Premier :

La Franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité. Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.

En 1876? eurent lieu des discussions, suivies d’un vote en 1877 qui concernait les premiers termes du deuxième paragraphe de I’Article premier des Anciennes Constitutions :

La Franc-Maçonnerie a pour principe l’existence de Dieu et l’immortalité de l’ âme.

Le Convent de 1876 affirme :

Aucun homme intelligent et honnête ne pourra dire sérieusement que le Grand Orient de France a voulu bannir de ses Loges la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme, alors qu’au contraire, au nom de la liberté absolue de conscience, il déclare solennellement respecter les convictions, les doctrines et les croyances de ses membres.

Le Convent de 1877 tient un autre discours :

Laissons aux théologiens le soin de discuter des dogmes. Laissons aux Églises autoritaires le soin de formuler leur syllabus. Mais que la Maçonnerie reste ce qu’elle doit être, c’est-à-dire une institution ouverte à tous les progrès, à toutes les idées morales et élevées… Qu’elle se garde de vouloir être une Eglise, un Concile, un Synode… Que la Maçonnerie plane donc majestueusement au-dessus de toutes ces questions d’églises ou de sectes qu’elle domine de toute sa hauteur…

Le Rite Écossais Rectifié, dans son catéchisme, donne cette définition:

C’est une école de Sagesse et de Vertu qui conduit au temple de la Vérité, sous le voile des symboles, ceux qui l’aiment et qui la désirent.

Après l’Initiation, il est dit au nouvel Apprenti :

Dès aujourd’hui, vous formez avec nous une classe distincte d’hommes voués, par goût et par devoir, à l’exercice des vertus et à l’étude des connaissances qui y conduisent.

Pour le Maçon du Rite Émulation, la Franc-Maçonnerie :

[…] est un système particulier de morale, enseigné sous le voile de l’allégorie et illustré par des symboles.

Le catéchisme du Rite Français Ancien définit ainsi le Maçon et la Maçonnerie :

Qu’est-ce qu’un Maçon ?
C’est un homme libre, également ami du pauvre et du riche s’ils sont vertueux.
Que venons-nous faire en Loge ?
Vaincre nos passions, soumettre nos volontés et faire de nouveaux progrès en Maçonnerie.

Très proche est le catéchisme du Rite Écossais Ancien et Accepté :

[…] C’est un homme né libre et de bonnes mœurs, également ami du riche et du pauvre s’ils sont vertueux.
Qu’y fait-on ? (dans la Loge)
On y élève des temples à la vertu et l’on y creuse des cachots pour le vice.
Que venez-vous faire ici ?
Vaincre mes passions, soumettre ma volonté et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.

Pour la Grande Loge de France et la Grande Loge Féminine de France :

La Franc-Maçonnerie est une société initiatique dont la forme et le fonctionnement sont transmis traditionnellement. Elle a pour finalité le perfectionnement individuel de ses membres et leur rayonnement dans le monde.

[…] Si les Maçons s’accordent pour mettre en avant les notions de recherche au moyen de l’allégorie et du symbole, d’entraide et de fraternité, on s’aperçoit qu’il existe un fossé, parfois très large et profond, entre ceux qui parlent de libre pensée et ceux qui jugent nécessaire la croyance en un Dieu révélé, entre ceux qui ont pour but de changer la société ou I’humanité, et ceux qui estiment qu’il convient de travailler d’abord sur I’individu. Des Loges du Grand Orient ou du Droit Humain dirigent la totalité de leurs Travaux vers le social ou le politique. On y traitera des sujets tels que : le budget de la Sécurité Sociale, la laïcité et I’enseignement, le pétrole dans le monde, la contraception, l’avortement… Dans ces ateliers, on considère que la Maçonnerie doit nécessairement et directement œuvrer sur la société.

D’autres Loges travaillent à la fois sur le symbolisme et sur des questions d’ordre socio-politique. C’est le cas de certains ateliers du Grand Orient et du Droit Humain, des Loges de la Grande Loge de France et de la Grande Loge Féminine de France.

D’autres Loges encore, celles de la Grande Loge Nationale Française et de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique (Opéra), bannissent tout sujet qui ne soit pas strictement maçonnique. On évitera donc dans leurs Temples d’évoquer toute question d’ordre politique ou religieux, pour ne travailler que sur la symbolique maçonnique, le symbolisme en général, l’histoire de la Maçonnerie. Au-delà des querelles partisanes, on peut affirmer que tous les Maçons (ou presque) se caractérisent par un esprit ouvert, une volonté d’écoute, une soif d’apprendre, un besoin de faire le bien. En 1984, la Grande Loge Unie d’Angleterre a publié ses principes, qui ont été traduits et diffusés grâce aux travaux de la Loge Villard de Honnecourt. Il n’est pas question ici de citer le texte dans son entier, mais nous allons en dégager les points essentiels :

  • Pour être admis, et rester Maçon, la principale condition est la foi en un Être Suprême.
  • Il faut être de bonne renommée.
  • N’étant ni une religion ni un substitut, la Franc-Maçonnerie entend que ses membres restent fidèles à leur foi.
  • Toute discussion religieuse sera interdite au cours des réunions.

Plusieurs grands principes sont mis en avant :

  • Amour fraternel : Tolérance, respect des autres, compréhension ;
  • Vérité : sens de la morale ;
  • Charité : Intérêt pour la société, oeuvres charitables ;
  • Respect des lois du pays ;
  • Condamnation de l’affairisme et du copinage ;
  • Secret concernant les affaires internes ;
  • Apolitisme : Interdiction de toute discussion politique en Loge.

La communication se termine par cette phrase : “Aucune de ces idées n’est exclusivement maçonnique, mais toutes devraient pouvoir être universellement acceptées.


La Franc-Maçonnerie selon le Grand Orient de Belgique

La franc-maçonnerie n’est pas une église, qui exprimerait ses doctrine, foi ou loi par le biais de quelque pontife, pasteur, rabbin ou autre ayatollah. Elle n’est pas davantage un centre d’action laïque, quoiqu’elle pourrait s’en rapprocher à certains égards. Elle n’est pas un parti politique, une école de philosophie ou un syndicat et ne peut, ni ne veut, se laisser instrumentaliser, contraindre ou réduire, quelle que soit la qualité des intentions. Elle est à ce point soucieuse de la liberté d’opinion, de la liberté de conscience et de la liberté d’expression de ses membres que, sauf à recevoir un mandat exprès, il ne peut être question de réduire à une seule la voix de tous et de chacun.

La franc-maçonnerie n’est pas prosélyte, ne défend aucune idéologie, n’a pas l’obligation d’être reconnue pour exister. C’est surtout par respect pour la société civile et démocratique où elle prend racine, qu’elle affiche son existence tout en restant discrète. Elle est une société sui generis, construite au fil des siècles, de manière empirique, par sédimentations successives. Elle ne procède que d’elle-même.

Plus d’infos sur le Grand Orient de Belgique (obédience masculine qui ne connaît que les grades d’Apprenti, de Compagnon et de Maître) sur GOB.BE…


La Franc-Maçonnerie selon la fédération belge du Droit Humain

Société initiatique, la Franc-Maçonnerie regroupe des hommes et des femmes probes et libres, soucieux de leur propre perfectionnement, prêts à se remettre en question, désireux de réfléchir et de s’impliquer ensemble ou individuellement dans l’évolution éthique, solidaire et sociale de l’Humanité.

La Franc-Maçonnerie, par des rituels basés sur le symbolisme de la construction, tente d’amener ses membres à réaliser pour eux-mêmes et pour tous les humains, le maximum de développement moral et intellectuel, et, par là, de contribuer à créer un monde meilleur, plus juste, plus solidaire.

Elle puise dans la tradition maçonnique les valeurs, les moyens, la méthode qui lui permettront d’établir des liens de fraternité entre des personnes qui, sans elle, auraient continué de s’ignorer, et leur propose de travailler ensemble, dans le respect des diversités, à leur perfectionnement et au progrès de l’humanité.

Elle tient pour essentiels les principes de liberté, d’égalité, de tolérance, le rejet de tout dogme; elle propose une recherche, un devenir. Il s’agit donc d’une Franc-Maçonnerie adogmatique.

La méthode symbolique permet à l’initié de mieux se connaître, de travailler à son propre perfectionnement et au progrès de l’Humanité.
Elle est exigeante et demande de s’impliquer activement et sincèrement.

Les échanges d’idées se déroulent suivant une méthode spécifique. Fondée sur des rituels et des symboles, elle permet une écoute active de l’opinion d’autrui, pour autant qu’elle soit empreinte du respect de l’autre et soit conforme aux principes du libre examen.

Les rituels associés à la méthode initiatique invitent à apprendre à mieux se connaître et créent un climat de travail positif. Pareille méthode n’enseigne pas, mais éclaire et éveille, stimule l’esprit et crée l’émotion, donne une impulsion à la réflexion et à la méditation.”

Plus d’infos sur le site du Droit Humain (obédience mixte)…


Histoire de la Maçonnerie

“De très nombreux livres ont été écrits à ce sujet. Le lecteur n’a que I’embarras du choix. Notre volonté est de tracer un chemin, et nous l’avons fait par le biais d’une chronologie. Le choix des dates, des événements est forcément arbitraire, mais nous pensons que le tableau qui suit permettra de comprendre l’évolution de ce qui a été à l’origine une communauté professionnelle et qui, peu à peu, s’est transformée, grâce à un enseignement prodigué en son sein, en une société initiatique.

Dates importantes de la Maçonnerie :

  • 0001 – Adam.
  • **** – Déluge.
  • **** – Babel.
  • **** – Dispersion.
  • **** – Séjour en Egypte.
  • **** – Enseignement d’Abraham.
  • **** – Exode.
  • **** – Tabernacle.
  • **** – Construction du Temple – Mort d’Hiram.
  • **** – Destruction du Temple.
  • **** – Captivité des Juifs.
  • IIIe acn – Euclide.
  • 2013 acn – Prise de Syracuse.
  • **** César – Naissance du “Messie de Dieu”, “Grand Architecte de l’Église”.
  • 0700 – Collegia Fabrorum
  • 1119 – Fondation de la Milice du Temple.
  • 1212 – London Assize of Wages (travailleurs de pierre affranchis).
  • 1250 – Villard de Honnecourt, Pierre de Corbie.
  • 1268 – Livre des Métiers.
  • 1276 – Compagnonnage ?
  • 1314 – Dissolution de I’Ordre du Temple.
  • 1350 – Polychronicon.
  • 1370 – Règlements d’York.
  • 1375 – Compagnie des Maçons (Londres). Ordonnance de la Guilde des charpentiers de Norwich. Apparition du mot Free Mason.
  • 1390 – Regius.
  • 1396 – Charte Vénitienne. Fête des Quatre Couronnés le 8 novembre.
  • 1410 – Cooke (Hiram évoqué mais non cité).
  • 1439 – St-Clair de Roslin, G.M. héréditaire des Loges Écossaises.
  • 1459 – Constitutions de Strasbourg. Statuts de Ratisbonne.
  • 1462 – Ordonnances de Torgau.
  • 1583 – Grand Lodge MS (manuscript) n°1 (Fils d’Eram de Tyr = Anyone).
  • 1599 – Procès-verbaux de la Loge Mary’s Chapel (Edimbourg). Statuts Schaw.
  • 1600 – Mary’s Chapel initie un non-opératif (John Boswell of Auchinleck).
  • 1646 – Initiation d’Elias Ashmole. ler Sloane MS.
  • 1659 – 2ème Sloane MS.
  • 1674 – Melrose MS.
  • 1675 – Dumfries MS n°l.
  • 1680 – Tew MS (cite Hiram).
  • 1687 – Watson MS.
  • 1688 – lère référence à une Loge non opérative (Trinity College-Dublin). Constitution de la Loge des gardes Écossais à Saint-Germain.
  • 1696 – Edinburgh Register House MS.
  • 1700 – Sloane MS.
  • 1703 – Loge St-Paul (La Maçonnerie cesse d’être opérative).
  • 1710 – Dumfries MS n°4.
  • 1711 – Trinity College MS.
  • 1717 – Grande Loge de Londres (Anthony Sayer G.M.).
  • 1719 – Désaguliers G.M.
  • 1720 – Payne G.M.
  • 1721 – 2 grades maçonniques (confirmation). Duc de Montaigu G.M. Amitié et Fraternité à Dunkerque.
  • 1723 – Constitutions d’Anderson. Duc de Wharton G.M. Grade de Maître.  Apparition d’Hiram. Mason’s Examination.
  • 1724 – The Secret History of the Free-Masons.
  • 1725 – Trois grades. Loge d’York = Grande Loge de toute l’Angleterre. Grande Loge à Dublin.
  • 1726 – Loge Ecossaise de Saint-Thomas à Paris. Graham MS.
  • 1730 – Masonry Dissected de Prichard.
  • 1732 – Loge Anglaise n°204 à Bordeaux.
  • 1736 – Discours de Ramsay. Maître Écossais, Novice, Chevalier du Temple. Royal Arch.
  • 1738 – Bulle In Eminenti de Clément XII. Constitution de la Grande Loge de France (prendra ce nom en 1755). Révision des Constitutions d’Anderson. La Maçonnerie s’organise.
  • 1742 – Traduction des Constitutions d’Anderson en français.
  • 1743 – La Loge Mère Kilwinning se déclare G.L.
  • 1744 – Catéchisme des Francs-Maçons.
  • 1747 – Ordre des Francs-Maçons Trahi.
  • 1749 – ler grade chevaleresque (Chevalier d’Orient).
  • 1751 – Grande Loge of Ancients Masons.
  • 1754 – Chapitre de Clermont. Rite des Elus Cohen (Pasqually).
  • 1755 – Grande Loge de France.
  • 1756 – Le baron de Hund fonde la Stricte Observance. Desmott et la constitution de la G.L. des Ancients (Ahiman Rezon).
  • 1761 – Chevalier Kadosh.
  • 1765 – Chevalier Rose-Croix.
  • 1766 – Grand Chapitre de l’Arche Royale de Jérusalem.
  • 1771 – Les Ancients créent leur Grand Chapitre.
  • 1772 – Convent de Kohlo – Rite Ecossais Rectifié.
  • 1773 – Grande Loge Nationale de France 4 Directoires de la S.O. : Strasbourg, Lyon, Montpellier, Bordeaux.
  • 1774 – Le G.O. reconnaît les Loges d’Adoption.
  • 1778 – Convent des gaules (Lyon) -CBCS.
  • 1780 – Initiation de Goethe.
  • 1782 – Convent de Wilhemsbad.
  • 1783 – Le Marquis de Thoré et le rite de Swedenborg.
  • 1784 – Initiation de Mozart.
  • 1785 – Initiation de Haydn.
  • 1791 – La Flûte enchantée.
  • 1801 – Suprême Conseil de Charleston (REAA). Régulateur du Maçon.
  • Les Fils de la Vallée (Werner).
  • 1803 – Louis-Bonaparte Grand Maître du Grand Orient.
  • 1804 – Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien Accepté. Concordat du 5 déc. – Unité du Rite Écossais Ancien Accepté.
  • 1805 – Rite de Misraïm – Milan. Dénonciation du Concordat. Grande Loge Générale Écossaise.
  • 1807 – Grande Loge d’Ecosse.
  • 1809 – Loge de Promulgation.
  • 1813 – Acte d’Union: Lodge of Reconciliation.
  • 1814 – Rite de Misraïm en France.
  • 1815 – Les Disciples de Memphis à Montauban.
  • 1817 – Le Grand Orient interdit le Rite de Misraïm. Suprême Gd Chapter of Royal Arch Masons of England.
  • 1823 – Emulation Lodge of Improvement.
  • 1833 – Grand Orient de Belgique.
  • 1836 – Unification des rituels du Rite Écossais Ancien Accepté.
  • 1840 – Initiation de Pierre Ier de Prusse.
  • 1844 – Grande Loge Suisse Alpina.
  • 1845 – Supreme Council of the Ancient & Accepted Rite.
  • 1846 – Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien Accepté (Edimbourg).
  • 1848 – Grande Loge Nationale de France.
  • 1852 – Lucien Murat Grand Maître du Grand Orient.
  • 1865 – Pie IX renouvelle la condamnation de la Maçonnerie.
  • 1875 – Convent de Lausanne.
  • 1877 – Convent du Grand Orient (Suppression de l’affirmation dogmatique de l’existence de Dieu).
  • 1880 – 12 Loges françaises créent la Grande Loge Symbolique Écossaise.
  • 1882 – Initiation de Maria Deraisme.
  • 1884 – Encyclique Humanum Genus de Léon XIII.
  • 1886 – Quatuor Coronati Lodge n°2076.
  • 1893 – Droit Humain.
  • 1901 – Le Libre Examen (GLFF).
  • 1904 – Grande Loge de France.
  • 1907 – Jérusalem Écossaise (GL) demande une Loge d’Adoption.
  • 1910 – Grande Loge Nationale Indépendante pour la France et les Colonies.  Edouard de Ribeaucourt réveille Le Centre des Amis.
  • 1913 – Centre des Amis + Anglaise n°204 = Grande Loge Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises.
  • 1915 – Elle devient GLNF.
  • 1925 – 4 Loges d’Adoption à la GL.
  • 1928 – Fédération Belge du droit Humain.
  • 1935 – Grand Prieuré des Gaules.
  • 1940 – Pétain interdit la Maçonnerie.
  • 1943 – De Gaulle annule cette loi.
  • 1953 – L’Union Maçonnique Féminine de France devient la Grande Loge Féminine de France.
  • 1958 – GL Traditionnelle et Symbolique : Opéra.
  • 1959 – GL de Belgique.
  • 1961 – CLIPSAS (Centre de liaison et d’information des puissances maçonniques signataires de l’appel de Strasbourg).
  • 1979 – Grande Loge Régulière de Belgique.

[Chronologie établie e.a. d’après le Dictionnaire des symboles maçonniques de Jean Ferré (1997) et les sites officiels des différentes obédiences]


En savoir plus…

SIKIVIE : La cité radieuse

François SIKIVIE sur Canal Emploi (1982-1987)

La cité radieuse est l’adaptation pour la scène d’un feuilleton radio de la RTBF, diffusé au début des années 80, dans le magazine Radio Titanic. Après une soixantaine d’épisodes en deux ans, l’équipe a décidé d’en faire un spectacle pour le théâtre, avec les mêmes personnages. Première le 10 mai 1984 : succès fou à Liège, représentations en Avignon et tournées… générales !

La Cité Radieuse (ne pas confondre avec le projet architectural du Corbusier à Marseille, appelé aussi “la maison du fada”) n’est pas ce que les plus puritains considéreraient comme un spectacle de haute moralité ; pire encore, à leurs yeux certainement : le langage y est cru, l’accent fleuri et l’irrévérence permanente. Reste que la caricature, si elle n’est pas toujours fine, fait mouche et que, derrière les saynètes baignées de philosophie de comptoir et de Déclaration des droits du beauf’, le rire est grinçant et efficace. Ici encore, la farce est édifiante.

Pour ne pas mourir idiot, il importe de visionner (ci-dessous) les captations faites à l’époque : jouée aujourd’hui, la pièce ne serait-elle pas interdite d’affiche ? Faudrait-il réécrire le texte et remplacer “nègre” par “personne de couleur alternative”, “bas-ventre” par “parties intimes” et, partant, limiter le nombre d’Irish Coffees bus par Mario Malpoli à trois, au lieu de quarante ?

A l’époque, le spectacle était une co-production du Théâtre de la Place (aujourd’hui Théâtre de Liège) et de la RTBF-Liège, avec des comédiens issus pour la plupart du Conservatoire de Liège et/ou membres du théâtre expérimental du Groupov. C’est François SIKIVIE qui a écrit les textes et assuré la mis en scène ; il tenait également un des rôles. Avec lui, la troupe : Francine LANDRAIN, Monique GHYSSENS, Michel DELAMARRE, Thierry DEVILLERS, Véronique STAS, Marie-Paule BRAUERS.

Quelques extraits (la captation n’est pas de la meilleure qualité) :

La présentation : “Quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on est bien content de penser ce qu’on pense !”

Oh lui, il n’fait pas à l’avoir hors de devant son t.v. !”

Ca fait que j’me suis r’mangé mon bouillion !”

Ce n’est pas un poil qu’il a dans la main Jean-Philippe, c’est une brosse !”

“Je n’étais pas bien dans mon assiette !”

Ca y est : je fais encore une grossesse nerveuse !”

T’as déjà roulé en Jaguar, toi Cathy ? … Non hein !”

Dans ce pays, il y en a qui viennent toujours foutre la merde dans la pagaille !”

Pour lui, c’est dimanche tric-balle tous les jours !”

Venez voir Mario-Mal-Poli au pays des Merveilles !”

Nous avons quand même eu la chance d’être nés !


Plus de spectacles…

Autour de Babel (RTBF > Musiq3)

Autour de Babel, le vendredi soir à 22h sur Musiq3 (RTBF) : une programmation éclectique pendant deux heures à ne pas rater ! La musique classique alterne avec le jazz, l’électro, la chanson, la musique du monde, la pop, le rock… Rencontre de tous les genres musicaux dans un esprit de liberté, en continu, et sans blabla.”

Programmée sur la chaîne classique (aujourd’hui Musiq3), la toute première émission de ce programme radio de la Radio-Télévision Belge de la Communauté Française (RTBF) date du 12 janvier 2007 ; elle était préparée par André Defossez qui ouvrait le jeu avec :

  • 22h06 : trad. – introduction – Les tambourinaires du Burundi [Virgin-RealWorld 0777 7 87182]
  • 22h07 : Mozart (arrgt.) Kazu Matsui – TribalMozart (concerto n°20) – [naïve]
  • 22h11 : XX Cameroun – Tambours d’eau – [Unesco]
  • 22h12 : Cécile Broché – Violin-at-NewYork: Black talk on Broadway pour violon électrique et ‘Broadway preachers’ – Cécile Broché [Arsis Nowadays 64007]
  • 22h17 : Piotr Ilitch Tchaikovski (arrgt.) Baldwin – Sugar Fairy – [naïve ]
  • 22h20 : Jean-Paul Dessy – Inclination (extr. Gradiva) – Jean-Paul Dessy, violoncelle [Carbon 7 040]
  • 22h25 : Joffrey Coy, Patrick De Meyer – Anasthasia (T99) – Maxence Cyrin, piano [F Communications 236]
  • 22h27 : Erik Satie orch. Cl. Debussy (arrgt. Danceries) – Gymnopédie n°1 – Danceries [DENON 33CO-1289]
  • 22h30 : Bill Evans – Peace Piece – Kronos Quartet [Landmark 1510]
  • 22h37 : Edvard Grieg arrgt. Jan Garbarek – Arietta – Jan Garbarek, saxophone soprano, Rainer Brüninghaus, piano, Eberhard Weber, basse, Marilyn Mazur, percussion [ECM 1500]
  • 22h43 : Johan Sebastian Bach (arrgt.) – Modern Jazz Quartet – Precious Joy – [naïve]
  • 22h46 : Cécile Broché – Violin-at-NewYork: Afternoon in Times Square pour violon électrique et sons de New York – Cécile Broché [Arsis Nowadays 64007]
  • 22h48 : Paul Uy – Ecrits de la Caverne (extrait) – Diane Andersen, piano & al. [production RTB ca 1975]
  • 22h53 : Jean-Paul Dessy – L’Ombre du son pour violoncelle solo et son double – [production Musique 3]

Beaucoup d’Autour de Babel ont suivi jusqu’au vendredi 30 juin 2017, date du dernier numéro, l’émission #397, qui était également mitonnée par Defossez. Plusieurs magiciens se sont ainsi succédé aux manettes de ces moments rares d’ouverture de nuit : Dominique MUSSCHE, Christine GYSELINGS, Anne MATTHEEUWS… et les auditeurs, qui pouvaient également proposer des programmations.

En 2012, Musiq3 a décidé de réduire les deux heures d’émission à une heure trente. Les 90 minutes d’Autour de Babel passeraient désormais le vendredi à 22:00 et seraient rediffusées le mercredi à minuit. Et en juin 2017 : fin de la récréation !

Nous avons retrouvé quelques traces de ces instants suspendus et vous pouvez :


Pour pratiquer votre Savoir-écouter :

Joséphine de BEAUHARNAIS et les loges d’adoption françaises

Marie Josèphe Rose TASCHER de La PAGERIE, dite Joséphine de Beauharnais, est née le  en Martinique et morte le  à Rueil-Malmaison (FR) ; elle est la première épouse de l’Napoléon Ier (de 1796 à 1809). À ce titre, elle était impératrice des Français de 1804 à 1809 et reine d’Italie de 1805 à 1809.

Elle sera initiée en franc-maçonnerie à Strasbourg (FR) et deviendra Grande Maîtresse. L’année de son initiation n’est pas sûre, mais toujours est-il que, en 1804, une fois devenue impératrice, elle va jouer un rôle important dans la reprise de la franc-maçonnerie d’adoption au XIXe siècle. On parlait alors de “franc-maçonnerie d’adoption” lorsqu’on évoquait les loges féminines, autorisées sous la tutelle de loges masculines ; elles étaient principalement constituées de filles, d’épouses et d’amies proches de francs-maçons. On notera que, vers 1780, Cagliostro fondera le Rite Egyptien avec des loges “androgynes”, sous les auspices de la déesse Isis.

En fait, les Constitutions d’Anderson [texte fondateur de la franc-maçonnerie spéculative] ne font aucune place aux femmes. En 1726, quand la franc-maçonnerie arrive en France, la mixité est de mise depuis près d’un siècle dans les salons conduits par des Dames de renom telle Madame de Rambouillet ou Mademoiselle de Scudéry. Aussi un certain nombre de femmes sont-elles associées à un mouvement qui leur permet de mettre en œuvre leurs aspirations à l’égalité aux côtés d’hommes qui partagent avec elles l’espoir d’un monde plus juste. On va donner le nom de loges d’adoption aux premières loges où des femmes sont reçues “Franches-maçonnes”. Ces loges sont créées au côté des loges masculines. Elles sont fréquentées la plupart du temps par des femmes de la haute société : c’est une minorité, instruite et cultivée. Le Grand Orient de France, constitué en obédience, reconnaît les loges d’adoption le 10 juin 1774. Il les place sous son gouvernement, en codifiant leur existence et, en leur donnant un statut, il impose notamment que les loges portent le même nom que la loge masculine aux côtés de laquelle elles fonctionnent. La Révolution puis l’Empire (avec le Code Napoléon) et le XVIIIe siècle, peu favorable aux femmes, viennent cependant perturber ces aspirations. Au début du XXe siècle, en France, parallèlement au développement de la franc-maçonnerie mixte notamment dans le cadre du Droit humain, la Grande Loge de France réactive ses loges d’adoption et, en 1906, leur donne une constitution propre. Le texte prévoit que : “toute loge d’adoption doit être souchée sur l’atelier dont elle porte le titre précédé des mots Loge d’adoption. Dans toute tenue, toutes les officières de la Loge d’adoption sont obligatoirement assistées des Officiers de l’atelier sur lequel elles sont souchées”.
Il faudra attendre la Libération pour que les femmes prennent véritablement leur destin en main en créant l’Union Féminine Maçonnique de France qui deviendra la Grande loge Féminine de France.

Sources : AIME Magali, Femme et franc-maçonne (Paris, Dervy, 2010)BnF, Département des estampes et de la photographie


Plus de franc-maçonnerie ?

L’effet Matilda ou le fait de zapper les découvertes des femmes scientifiques

“Faut-il s’appeler George pour être prise au sérieux ?” (ISBN 9782755635393)

Le déni ou la minimisation des contributions des femmes scientifiques à la recherche porte un nom : on parle de l’effet Matilda, en mémoire d’une militante des droits des femmes américaine, Matilda J. Gage (1826-1898).


“Qui a mis en évidence l’anomalie du chromosome responsable de la Trisomie 21 ? Pendant un demi-siècle, le nom de la brillante scientifique à qui l’on doit l’expérience ayant permis cette découverte, Marthe Gautier, a été occulté. En mai 1958, dans un laboratoire de cytogénétique de l’hôpital Trousseau à Paris, la cheffe de clinique parvient à comparer le nombre des chromosomes des cellules d’enfants atteints de la Trisomie 21 – 47 – avec celui d’enfants non atteints – 46. L’expérience permettra d’attester que la maladie est liée à un chromosome surnuméraire (pour la 21e paire).

Son patron, le professeur Raymond Turpin, spécialiste du mongolisme, comme dénommé à l’époque, pense depuis longtemps que cette maladie mentale a une origine innée. Marthe Gautier, qui a appris lors de son stage aux Etats-Unis comment cultiver des cellules humaines, lui  propose de réaliser l’expérience, dans une petite pièce du laboratoire qu’elle aménage.

Pour cultiver des cellules“, relate-t-elle au Monde, “il me fallait notamment du sérum et du plasma. Le sérum, eh bien j’ai pris le mien ! Et pour le plasma, je suis allée dans une ferme chercher un coq. Je l’ai installé dans un coin de la cour de l’hôpital, et j’allais le piquer à la veine alaire chaque fois que j’avais besoin de plasma. Cela ne me faisait pas peur, je suis née dans une ferme, j’ai l’habitude des animaux.”

Un jeune stagiaire du CNRS travaillant dans le même service, Jérôme Lejeune, comprend l’importance de la découverte. Il propose à Marthe Gautier de photographier ses lames d’observation microscopique de chromosomes et part dans un congrès à Montréal présenter les résultats… en s’attribuant seul leur paternité.

L’année d’après, en 1959, paraît un article dans la presse scientifique pour annoncer la découverte. Le nom de Marthe Gautier n’apparaît pas en premier, la position habituellement réservée aux chercheurs ayant mené les expériences. A la place, celui de Jérôme Lejeune, puis celui de la scientifique, mal orthographié et faussé (“Marie Gauthier”), et enfin du professeur Turpin, chef responsable de l’hypothèse de départ.

Jeune femme dans un monde masculin, simple fille de paysans“, Marthe Gautier ne se bat pas tout de suite pour rétablir la vérité. Elle retourne à ses recherches et se consacre à la cardiopédiatrie. Jérôme Lejeune, lui, remporte le prix Kennedy pour “sa” découverte sur la Trisomie 21. Ouvertement anti-avortement, le professeur de médecine s’est vivement opposé par la suite au dépistage de la maladie in utero, pour empêcher les IVG.

Cinquante ans après sa découverte, en 2009, Marthe Gautier publie un article pour relater sa version de l’histoire. “J’ai le sentiment d’être la ‘découvreuse oubliée’“, écrit-elle. La même année, elle reçoit le Grand Prix de la Fédération française de génétique humaine. En 2014, le comité éthique de l’Inserm reconnaît enfin le rôle de la scientifique dans la découverte de la Trisomie 21. Le comité estime que “la part de Jérôme Lejeune est sans doute très significative dans la mise en valeur de la découverte au plan international“, mais “a peu de chance d’avoir été prépondérante” dans la découverte du chromosome surnuméraire. Marthe Gautier, 88 ans, reçoit la Légion d’honneur. […]

Marthe Gautier est l’une des 75 femmes célébrées dans le livre du collectif Georgette Sand, Ni vues, ni connues (Paris, Hugo & Co, 2017). L’ouvrage veut redonner une place dans l’histoire à des scientifiques, artistes, intellectuelles, militantes ou aventurières oubliées.”

Lire tout l’article d’Emilie BROUZE sur NOUVELOBS.COM/RUE89 (25 mars 2018)


Plus de féminisme ?

Pour la Journée internationale du baiser : 8 raisons qui prouvent qu’il est bon pour la santé…

ENSOR James, Squelettes se disputant un hareng saur (1891) (c) Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique

“French kiss ou baiser d’esquimau, tendre ou passionnel, peu importe. Tout le monde aime s’embrasser. Même si le baiser n’a pas la même signification aux quatre coins de la planète, il est, globalement, une marque d’affection ou d’amour. Mais si vous pensez qu’en embrassant quelqu’un, vous ne lui donnez qu’une preuve d’amour, détrompez-vous! Le baiser possède plein de vertus, tant pour la santé que pour le bien-être. A l’occasion de la Journée internationale du baiser, ce 6 juillet, en voici quelques-unes.

  1. Il est bon pour les dents […] ;
  2. Il permet de brûler des calories[…] ;
  3. Il booste les défenses immunitaires […] ;
  4. Il réduit le stress […] ;
  5. Il peut réduire les symptômes des allergies […] ;
  6. Il accroît le désir sexuel (et le sexe, c’est bon pour la santé) […] ;
  7. Il développe l’estime de soi […] ;
  8. Il en faut peu pour être heureux… […].”

Pour en savoir plus, lire l’article de la rédaction du HUFFINGTONPOST.FR (6 juillet 2017)


Aimer plus encore…

MONTAIGNE : Les Essais en français moderne (GALLIMARD, Quarto, 2009)

MONTAIGNE, Les Essais en français moderne (GALLIMARD, Quarto, 2009)

C’est vers 1572 que Michel Eyquem de MONTAIGNE (1533-1592) entreprend de dicter les Essais, qui l’occupent jusqu’à sa mort. Deux ans plus tôt, il a vendu sa charge de conseiller au Parlement de Bordeaux et s’est retiré en son château du Périgord. Non qu’il se consacre exclusivement aux Essais : eWeWtout en administrant son domaine, Montaigne joue son rôle de gentilhomme catholique dans divers épisodes militaires ou politiques des guerres de religion. Il voyage, est élu puis réélu maire de Bordeaux, sert enfin d’intermédiaire entre le roi Henri III et le chef protestant Henri de Navarre (futur Henri IV). Les Essais se nourrissent autant de cette expérience que des lectures de l’humaniste dans la “retraite” de sa “librairie”. Montaigne publie les livres I et II à Bordeaux en 1580, puis les augmente et leur adjoint le livre III dans l’édition parisienne de 1588. Il continue ensuite d’enrichir son texte en vue d’une nouvelle édition. De ce travail subsistent deux témoins parfois divergents : un exemplaire des Essais couvert d’additions de la main de Montaigne (dit exemplaire de Bordeaux) et l’édition posthume de 1595.

Ce ne sont pas mes actes que je décris, c’est moi, c’est mon essence. J’estime qu’il faut être prudent pour juger de soi et tout aussi scrupuleux pour en porter un témoignage soit bas, soit haut, indifféremment. S’il me semblait que je suis bon et sage, ou près de cela, je l’entonnerais à tue-tête. Dire moins de soi que la vérité, c’est de la sottise, non de la modestie. Se payer moins qu’on ne vaut, c’est de la faiblesse et de la pusillanimité, selon Aristote. Aucune vertu ne se fait valoir par le faux, et la vérité n’est jamais matière d’erreur. Dire de soi plus que la vérité, ce n’est pas toujours de la présomption, c’est encore souvent de la sottise. Être satisfait de ce que l’on est et s’y complaire outre mesure, tomber de là dans un amour de soi immodéré est, à mon avis, la substance de ce vice [de la présomption]. Le suprême remède pour le guérir, c’est de faire tout le contraire de ce que prescrivent ceux qui, en défendant de parler de soi, défendent par conséquent d’appliquer sa pensée à soi. L’orgueil réside dans la pensée. La langue ne peut y avoir qu’une bien lègère part. (Essais, Livre II, 6).


Sur la philosophie de Montaigne (DIMA, Ana-Maria, 2013)

“Montaigne s’appuie sur sa culture humaniste (philosophes de l’antiquité) pour construire sa propre philosophie. Que sais-je ? est une reformulation de la devise Socratique : Je sais que je ne sais rien. Cette docte ignorance est le point de départ d’une attitude philosophique non dogmatique De ce fait, comme Socrate, Montaigne se tourne vers la maïeutique pour accompagner celui qui entame une quête d’identité et faire émerger en lui la liberté.

Elle se prolonge dans un scepticisme, suivant cette fois la voie de Pyrrhon et de ses successeurs : puisque nous sommes parfois trompés par nos sens et nos jugements, nous ne devons pas nous y fier. D’autre part, la confusion possible entre la folie, le rêve et la réalité ne nous permettent pas de garantir la valeur de nos perceptions. Il convient donc de suspendre notre jugement quant aux info transmises par les sens : nous devons demeurer sans opinion (affirmer ou nier) => douter de l’identité entre la représentation du monde que nous nous formons à partir de nos sens et la réalité. Il est, par exemple, impossible d’affirmer si la réalité d’une pomme correspond à la vision que nous en avons, à son goût, à son toucher ; les perceptions varient dans le temps et suivant les personnes… Nous ne devons pas accorder plus de confiance à notre raison dans la mesure où nos pensées nous apparaissent parfois indépendamment de notre volonté. Il faut donc cesser de croire à la certitude de nos raisonnements scientifiques.

Que ne plaît-il un jour à la nature de nous ouvrir son sein et de nous faire voir au propre les moyens et la conduite de ses mouvements, et y préparer nos yeux ! O Dieu ! Quels abus, quels mécomptes nous trouverions en notre pauvre science…

Nous n’avons donc pas de raison de nous sentir supérieurs aux animaux.

Montaigne s’appuie sur la philosophie platonicienne pour relativiser l’importance de la mort : philosopher c’est apprendre à mourir. Mais, c’est la morale Epicurienne qu’il choisit de suivre : limiter ses désirs permet de les satisfaire plus facilement. La fin du trouble causé par le désir est la définition même du plaisir, qui ouvre la voie au bonheur, selon Epicure.

Suivant Platon et Aristote, il pense que l’avenir de l’Etat dépend de la discipline de l’enfance. Mais, il critique le modèle politique prôné dans la République dans le 30e chapitre des Essais. A la suite de Machiavel et avant Montesquieu, il conseille d’observer avant d’agir en politique. De ne changer aisément une loi reçue constitue l’un des chapitres les plus incisifs des Essais. => les lois, les morales et les religions des différentes cultures ont toutes quelque fondement.

A condition de ne pas chercher à acquérir le pouvoir, ce pragmatisme est source de tolérance

  • religieuse : l’Etat ne doit pas imposer un modèle religieux ;
  • culturelle : la culture Européenne ne vaut pas mieux que celle des Indiens.

Enfin, Montaigne prône un enseignement fondé sur des exemples concrets et sur l’expérience, plutôt que les connaissances abstraites acceptées sans aucune critique. Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine afin de former le jugement.”


Sur l’écriture de Montaigne (DIMA, Ana-Maria, 2013)

“À l’imitation du Grec Plutarque (46-120), Montaigne conçoit ses Essais comme une marqueterie mal jointe, et revendique leur désordre comme gage de sa liberté et de sa bonne foy. Ce désordre vient aussi de la façon même dont les Essais sont écrits : Montaigne pense à haute voix, un scribe (il y en eut trois successifs) prend sa dictée. Préférant à l’organisation didactique et à la rhétorique des pédants une allure poétique, à sauts et à gambades, il mise sur la bigarrure et la diversité. Les cent sept Essais frappent donc par leur variété et par les contrastes qui les animent. Si les plus courts (notamment au livre I) ne sont guère que des notes de lecture, juxtaposant en une ou deux pages quelques anecdotes brièvement commentées, d’autres forment de véritables essais philosophiques, d’inspiration stoïcienne (Que philosopher c’est apprendre à mourir, I, 20) ou sceptique (Apologie de Raimond Sebond, II, 12), de plus en plus nourris de confidences personnelles (De la vanité, III, 9 ; De l’expérience, III, 13).

À la variété des formes répond celle des sujets : Montaigne, affectant de parler indifféremment de tout ce qui se présente à sa fantaisie, passe sans transition des cannibales (I, 31) aux ordonnances divines (I, 32), des senteurs (I, 60) aux prières (I, 61). Quelques titres trompeurs masquent les chapitres les plus audacieux : Coutume de l’île de Céa (II, 3) discute de la légitimité du suicide ; De la ressemblance des enfants aux pères (II, 37) attaque les médecins ; Sur des vers de Virgile (III, 5) recèle les confessions de Montaigne sur son expérience de l’amour et de la sexualité ; Des coches (III, 6) dénonce la barbarie des conquistadors… Non moins diverses sont les sources innombrables que Montaigne fait dialoguer, confrontant les autorités traditionnelles de l’humanisme à son expérience individuelle : si Plutarque et Sénèque restent ses auteurs de prédilection, historiens et poètes ne sont guère moins sollicités : des centaines de citations en prose ou en vers, en français et en latin, souvent plaisamment détournées, composent un texte à plusieurs voix. Loin de constituer un ornement gratuit ou une autorité paralysante, cet intertexte omniprésent illustre ou sollicite toujours une réflexion personnelle : Je ne dis les autres, explique Montaigne, sinon pour d’autant plus me dire.

Connais-toi toi-même : l’unité des Essais réside dans la démarche originale qui fait de l’enquête philosophique le miroir de l’auteur : C’est moi que je peins. Quel que soit le sujet traité, le but poursuivi est la connaissance de soi, l’évaluation de son propre jugement, l’approfondissement de ses inclinations : Dernierement que je me retiray chez moy, délibéré autant que je pourroy, ne me mesler d’autre chose que de passer en repos, et à part, ce peu qui me reste de vie : il me sembloit ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit, que de le laisser en pleine oisiveté, s’entretenir soy mesmes, et s’arrester et rasseoir en soy (I, 8). Au-delà de ce projet sans précédent, qui nous dévoile les goûts et les opinions d’un gentilhomme périgourdin du XVIe siècle, comme ses habitudes et ses manies les plus secrètes, le génie de Montaigne est d’éclairer la dimension universelle d’un tel autoportrait : dans la mesure où chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition, la mise en œuvre du précepte socratique Connais-toi toi-même débouche sur une exploration vertigineuse des énigmes de notre condition, dans sa misère, sa vanité, son inconstance, sa dignité aussi.

Humaniste par son goût des lettres antiques, Montaigne l’est plus encore au sens philosophique, par sa haute idée de la personne humaine et du respect qui lui est dû. Sa pédagogie non violente, misant sur le dialogue et la curiosité, ses dénonciations courageuses du colonialisme naissant ou de la chasse aux sorcières opposent à toutes les formes de bêtise, d’asservissement, de fanatisme ou de cruauté une ouverture à l’autre et un esprit de tolérance qui font parfois de cet « honnête homme » notre contemporain. Ce relativisme justifie la relation exempte de dogmatisme que Montaigne inaugure avec son lecteur : remettant lui-même en question ses propres dires, soulignant la contingence de ses humeurs et opinions, sujettes au branle et à l’universelle vicissitude (Je ne peins pas l’être, je peins le passage), Montaigne nous laisse une œuvre ouverte, dont l’inachèvement semble une invitation à poursuivre l’enquête et le dialogue.”


D’autres incontournables du savoir-lire :

INITIATIVE | quatremille.be

Les trois piliers de quatremille.be : Nad’r, Rachel et Santo…

Quatremille, c’est: un magazine, un site web et des événements tout au long de l’année. Un média culturel interactif et innovant dédié à la culture et aux divertissements proches de la culture, à Liège et en région liégeoise.

L’équipe est pilotée par un trio engagé, à savoir : Nader Mansour, Santo Battaglia et Rachel Thonart Nardellotto.

Parmi les rédacteurs/chroniqueurs de quatremille.be : Ludovic Minon, Patrick Thonart, Cécile Botton, Thomas Renauld, Héloïse Husquinet, Charlotte Marcourt, Julie Hanique, Vincent Abieri, Anaïse Lafontaine, Milan Nyssen, Lucien Halflants, Mélia Van Gysegem, Nader Mansour, Rachel Thonart N., Antoine Grignard, Pauline Salinas, Flore Mercier, Arthur Perini, Carris Nsinga, Philippe Belligoi, Reneld Wilmart, Laurenne Makubikua…

Et les photographesMarine RigoEmilie CronetGilles FischerMarie Valentine GillardGéraldine ThiriartMaëva Brifflot, Denis LedentMarjorie GoffartMaxime LengloisLaurent HenrionGilles CharlierFlorian AllegroSophia Von Fernbach

Et l’application pour téléphones mobiles :

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Et découvrir d’autres initiatives…

FERRE Jean : Dictionnaire des symboles maçonniques (1997)

ISBN 2268025446

“La Franc-maçonnerie est un univers de symboles. Depuis son entrée dans le cabinet de réflexion jusqu’à son accès à la chambre du milieu, le parcours de l’initié en est semé. Voilà qui intrigue le profane et plonge parfois le maçon lui-même dans une profonde perplexité. Pour aider le lecteur à se repérer parmi les symboles maçonniques, Jean FERRE s’attache à faire ressortir la diversité des interprétations, sans toutefois privilégier une école aux dépens d’une autre, et prend appui sur les textes fondateurs (anciens devoirs, manuscrits, rituels) pour retrouver les racines du symbole, sa progression historique, sa richesse. Il étudie chaque outil, précise le rôle des officiers et détaille les divers rites en vigueur. Le Dictionnaire des symboles maçonniques (Paris, Editions du Rocher, première édition en 1997, réédité en 2003), remarquable synthèse sur le monde maçonnique, est à la fois un outil de travail pour le franc-maçon soucieux d’approfondir le sens de sa démarche et un instrument de réflexion pour le profane désireux de pénétrer un monde imprégné de secret.” (Editions du Rocher)

L’auteur, Jean Ferré, avertit le lecteur au début de l’ouvrage : “Ce travail est une recherche, un effort de synthèse, qui vise à apporter des éclaircissements aux Maçons curieux, désireux d’apprendre. Cependant, nous avons décidé de ne pas jouer le jeu des polémistes qui sévissent au sein des différentes Obédiences. Nous avons essayé de travailler au-delà de tout dogmatisme afin de ne froisser aucune susceptibilité. Le présent ouvrage a pour but essentiel de faciliter le travail des Maçons que la Maçonnerie intéresse. Ils y trouveront matière à recherche, à approfondissement. Plutôt que de renvoyer sans cesse le lecteur d’un chapitre à l’autre, nous avons préféré, quand cela n’alourdissait pas trop le texte, re-citer les extraits déjà cités dans un autre article. Dans le même esprit, nous avons daté la source du texte, à chaque citation, afin de bien marquer la « progression historique » et ne pas obliger le lecteur à rechercher systématiquement la date de parution ou d’édition. Parfois, le symbolisme général a été quelque peu négligé, au profit des textes de référence : les Anciens Devoirs, les manuscrits, les divulgations, les rituels. Ainsi le lecteur peut-il mieux se rendre compte des évolutions, des transformations de l’Ordre, des apports et des disparitions d’éléments symboliques survenus au cours de I’histoire. Bien évidemment, en rédigeant ce dictionnaire, nous n’avons pas eu l’ambition d’écrire une oeuvre totale et définitive. Cet ouvrage n’est qu’une approche de la Maçonnerie. Il est destiné à “ouvrir des portes”, à indiquer des directions de recherche à des profanes qui veulent comprendre ce qu’est la Franc-Maçonnerie, à des Maçons qui veulent progresser dans l’Art Royal.

Quelques extraits dans wallonica.org [en construction] :


En savoir plus…

Aide à la Roumanie : le mouvement s’amplifie (Le Jour / Le Courrier – 28 décembre 1989)

Bucarest 1989 (c) CICR
Le contexte, extrait du Bulletin de l’Institut Pierre Renouvin :

“Le 20 mai 1990, il y a vingt ans, se tinrent les premières élections dites démocratiques en Roumanie ;  moins d’un mois après, cependant, se déroulèrent des violences urbaines à Bucarest. Face au pouvoir élu et issu de la Révolution de décembre 1989 – le Front de salut national –, se manifestaient des opposants qui l’accusaient, en effet, de perpétuer la domination des apparatchiks communistes sous une autre forme. Le cœur du problème se situe donc à la fin de l’année 1989, pourtant associée dans toute l’Europe à la libération des peuples placés sous le joug communiste et soviétique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Libération certes, mais aussi liesse et espoir d’une société et d’une politique plus transparentes, où les dirigeants doivent rendre des comptes à leur population. Or, dès la fin de cette année 1989, la Roumanie semble se distinguer de l’ensemble du bloc de l’Est. Jusqu’en décembre, elle reste figée dans son totalitarisme communiste, sous la férule de son omnipotent Ceausescu ; puis, au moment des fêtes de Noël, elle bascule.

À Timisoara, le 17 décembre, le peuple prend les armes, les forces armées tirent mais ne parviennent pas à reprendre complètement la situation en mains, cependant que les rumeurs de massacre, colportées par les agences de presse de l’Est, circulent à l’Ouest. Ceausescu et l’appareil d’État, du 17 au 22 décembre, semblent échouer à maîtriser ce qui devient une situation insurrectionnelle. Le 21 décembre, Ceausescu perd ses moyens devant une foule qui se disperse et l’humilie, en direct, à la télévision, lors d’un rassemblement de masse qu’il avait convoqué, persuadé que quelques promesses, tardives en cette fin d’année 1989, seraient suffisantes. Le lendemain, il s’enfuit de Bucarest avant d’être jugé et fusillé à Noël par des membres de ce même appareil d’État, au terme d’une parodie de procès. Entre-temps, la population, désormais cible de « terroristes », se trouve amenée à se regrouper autour d’une nouvelle équipe dirigeante constituée d’anciens communistes.

Le bilan humain est lourd : officiellement 1.033 morts, dont 543 à Bucarest après la fuite de Ceausescu. Le courage démontré et l’ampleur des sacrifices consentis par le peuple insurgé émeuvent l’Ouest, particulièrement la France, sensible à ce que des Européens qui semblaient pourtant bien éloignés s’expriment en français, et où certains gardaient en mémoire l’accueil chaleureux fait par la population roumaine à de Gaulle, venu à Bucarest en 1968. Le charnier de Timisoara, où des cadavres sont exposés sur tous les médias occidentaux, s’avère cependant emblématique de cette révolution confisquée : si les Roumains payent effectivement le plus lourd tribut pour regagner leur liberté à l’Est du mur, les morts filmés ne sont pas les héros populaires tombés sous les balles de l’armée et de la Securitate (la police politique roumaine).

Car à ce lourd bilan humain vient s’ajouter un bilan politique inattendu et désastreux pour les partisans d’une véritable démocratisation susceptible de ramener la Roumanie au sein d’une Europe réunifiée. Sous l’égide d’Iliescu, le président du Front du salut national autoproclamé, ce sont en effet d’anciens apparatchiks qui se sont rassemblés au cours de ces journées chaotiques…”

Lire l’article complet de Pierre BOUILLON, Roumanie, décembre 1989 : Révolution démocratique ou coup d’État communiste ? sur CAIRN.INFO…


L’article-souvenir du 28 décembre 1989 dans Le Jour-Le Courrier de l’arrondissement de Verviers :
“Les services-clubs de la région se mobilisent, eux aussi, en faveur de la Roumanie” (Le Jour du 28.12.1989) (c) Le Jour

Le mouvement de solidarité avec la Roumanie, qui s’est lancé, ce weekend, dans notre région comme partout ailleurs dans le pays, ne s’essouffle pas, que du contraire !

Si vous n’avez plus les exemplaires d’hier et d’avant-hier de notre quotidien, où se trouvaient les renseignements pratiques vous permettant de savoir où diriger vos colis, vous pouvez, c’est important, vous brancher sur le canal M8 du réseau Coditel (entre Hollande 2 et Allemagne 3). “Televesdre”, la télévision verviétoise, diffuse, en effet, en permanence, par le biais du Télétexte, tous les renseignements pratiques concernant la localisation et les heures d’ouverture de plusieurs dépôts dans notre arrondissement. Ces informations sont réactualisées, durant la semaine, en fonction des besoins.

Pour notre part, par rapport ã. ce que nous avons publié ces derniers jours, nous
pouvons encore signaler les initiatives suivantes :

Verviers

La récolte de vivres non périssables en faveur de la Roumanie qui s’est organisée dès mardi matin à l’Administration communale de la Ville de Verviers, se poursuivra jusqu’à vendredi 29 décembre inclus. Les colis peuvent être déposés à l’échevinat des Affaires économiques, 41 place du Marché, 4800 Verviers, de 8 à 16 h 30. Précisons, d’autre part que le numéro de compte de la Croix-Rouge est […].

Pepinster

Sous les auspices de l’Administration communale, une grande collecte de denrées alimentaires non-périssables aura lieu ce vendredi 29 décembre durant toute la journée, au profit du village de Ghetarí, adopté par Pepinster.

La camionnette des pompiers et d’autres véhicules sillonneront l’entité pour récolter les colis. Les dons en espèce seront également acceptés, et des urnes seront prévues dans les véhicules, pour recevoir l’argent mis sous enveloppe. On peut également effectuer un virement au compte […] de “Pepínster-S.O.S.Roumanie”.

Jusqu’à ce samedi inclus, par ailleurs, une permanence se tient au Centre administratif communal, de 9 à 18 h, tandis que le clergé des diverses  églises de l’entité a accepté que la recette des collectes des 30 et 31 décembre  prochains soit entièrement versée à l’opération “Pepinster-S.O.S.Roumanie”.

Pour tout renseignement, on peut contacter le […] (durant les heures de bureau) et les numéros […] et […] après 16 h.

Waimes

Depuis dimanche matin, de nombreux colis ont été récoltés à Waimes et, en coordination avec la section de Malmedy-Waimes de la Croix-Rouge, ces vivres ont été acheminées par un camion d’une firme waimeraise vers Bassenge d’où la Croix-Rouge organise le transport vers Bruxelles et, de là, vers la Roumanie, par avion.

Au-delà de cette première intervention, une aide plus spécifique sera apportée ultérieurement là où c’est nécessaire, de la manière la plus adéquate et en fonction des besoins précis tels qu’ils auront été déterminés.

(c) collection privée
Jalhay

La commune de Jalhay a ouvert des dépôts pour denrées non périssables (sucre, farine, chocolat, lait en poudre, café, riz) à Sart, place du Marché, salle La Grange et à Jalhay, à la garderie de l’école derrière la Maison communale. Ces dépôts sont ouverts de 14 à 16 h tous les jours jusqu’au samedi 30 décembre inclus. Les personnes qui auraient des difficultés pour se déplacer peuvent téléphoner au numéro […], permanence de Sart de 9 à 12 h ou au […] chez Mme […] à Sart.

En Communauté germanophone

L’opération humanitaire en faveur du peuple roumain s’organise aussi en Communauté germanophone. Déjà, suite à des initiatives privées, quelque 4 tonnes de vivres ont pris la direction de Bruxelles, mais les 9 communes des Cantons de l’Est, les CPAS, la Croix-Rouge, l’Exécutif et le Conseil de la Communauté germanophone, les coordinateurs de l’opération “Villages roumains”, ainsi que l’antenne eupenoise de “Médecins sans Frontières” veulent en faire plus.

Ainsi, une récolte de colis alimentaires est orchestrée ce samedi 30 décembre, de 9 à 18 h, mais dans chaque commune, divers endroits sont accessibles, dès maintenant. Les habitants des entités concernées doivent recevoir aujourd’hui, via une lettre toutes-boites, les adresses et heures d’ouverture. De toute manière, la permanence principale est située au siège de l’Exécutif de la Communauté germanophone, ouvert de 9 à 16 h, ces jeudis et vendredis ; le samedi, de 9 à 13 h, le local du “María-Hilf-Heim”, près de l’église St-Joseph, prendra le relais. A La Calamine : dans les écoles communales et au centre culturel de Hergenrath, de 9 à 16 h jusque vendredi, de 9 à 13 h le samedi. A Lontzen : à la maison communale de Herbesthal jusque vendredi, de 9 à 16 h, et le samedi de 9 à 13 h ; s’y ajoutent la maison communale de Walhorn et l’école de Lontzen-Bush uniquement le samedi de 9 à 13 h. Ces colis, de 5 à 6 kgs maximum, peuvent être de type familial, en contenant de la farine, du café moulu ou soluble, du riz et/ou des pâtes, du chocolat, des conserves (viandes et/ou légumes), de la soupe, du poisson, des fruits (en boîte). Auquel cas, il est demandé aux donateurs d’inscrire les termes “paquet familial” sur le colis. Ce qui évitera une réouverture et le tri. Mais la livraison de denrées en vrac est bien entendu toujours possible. Il est demandé d’éviter l’emploi de récipients en verre. Voilà pour la récolte de denrées.

Le second volet concerne les dons en argent, utilisés pour couvrir les frais et l’achat de médicaments et de matériel médical. Un numéro de compte a été ouvert à cet effet : […], avec la mention “aide pour la Roumanie”. Tout don de 1.000 frs [25 €] ou plus donne droit à une exonération fiscale. Les 9 communes ont déjà versé 350.000 frs, et 200.000 autres frs proviennent de l’Exécutif de la Communauté germanophone ; le Conseil devraient bientôt suivre cet exemple.

Des collectes de sang sont aussi prévues, mais, à ce niveau, on peut juste annoncer qu’à Eupen, celle-ci aura lieu le 2 janvier.

Les aides seront octroyées aux régions de Cluj, Timisoara, Sibiu et Brasov, là où sont situés l’ensemble des villages parrainés par les communes des Cantons de l’Est. Une seconde opération, qui débutera le 19 janvier, est déjà en préparation. D’ici là un appel est lancé aux bénévoles qui voudraient donner un coup de main pour la récolte des vivres (côté moyens de transports vers la Roumanie, c’est complet). Pour tout renseignement complémentaire ; […].”

Coupure de presse provenant d’une collection privée


Le même jour, dans le même journal :
  • Noël à Berlin, quelques chiffres : Plus de 3,5 millions d’Allemands de l’Est et de l’Ouest ont franchi la frontière et le Mur de Berlin au cours du weekend de Noël…”
  • “Grand nettoyage au Panama : Un processus de normalisation particulièrement laborieux se poursuivait dans la capitale panaméenne, où les troupes d’occupation nord-américaines ont entrepris de nettoyer une ville encore plongée dans la confusion, tandis que le Général Noriega demeurait reclus dans l’ambassade du Vatican…”
  • Les gendarmes investissent un camp d’entraînement de néo-nazis à Aubin-Neuchâteau : huit arrestations…

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