Cinq propositions pour changer Liège

Serge Rangoni (Théâtre de Liège), Philippe Lallemand (Ethias), Amandine Sanfratello (Taste of Liège) et Laurent Minguet (IMG) © Anthony Dehez

Un hôtel cinq étoiles situé dans le cœur historique de Liège, à quelques encablures de la place Saint-Lambert et du Palais des Princes évêques. Le temps d’une soirée, c’est notre repaire pour refaire le monde (enfin la Cité ardente).

Les participants? Philippe Lallemand (Ethias), Laurent Minguet (IMG), Serge Rangoni (Théâtre de Liège), Amandine Sanfratello (Taste of Liège) et Bruno Venanzi (Standard). Chacun a potassé ses dossiers, émis des idées sur des thèmes imposés ou librement.

Les débats sont passionnés et engagés. Les Liégeois ont leur ville chevillée au corps et ça se ressent. Mais il y a plus que ça. L’enjeu en tant que tel est perçu comme important. “Les villes sont devenues des territoires phares en termes de visibilité. La maire de Paris (Anne Hidalgo) est sans doute plus connue que le Premier ministre français (Edouard Philippe). Les poids lourds politiques s’investissent d’abord au niveau local, quitte à abandonner d’autres niveaux de pouvoir“, estime Philippe Lallemand en citant les cas de Paul Magnette ou Bart De Wever. “C’est le niveau où les décisions ont l’impact le plus direct et le plus concret. Les villes concentrent les moyens d’action que d’autres niveaux de pouvoir n’ont plus“, ajoute-t-il.

Pour autant, une ville comme Liège se sent parfois à l’étroit dans ses frontières municipales. Aménagement du territoire, mobilité, réseau d’entreprises, sécurité: nos interlocuteurs insistent sur l’importance d’une communauté urbaine; autrement dit, sur l’importance de faire collaborer la Ville avec les communes voisines (Ans, Herstal, Seraing…), que ce soit pour des raisons pratiques mais aussi pour des motifs budgétaires. “C’est nécessaire de rassembler“, plaide Serge Rangoni.

La mobilité est le premier chantier qui vient à l’esprit et c’est peu dire que la finalisation du tram de Liège est attendue avec impatience. Et de cette problématique de la mobilité, découlent les autres : le maillage commercial en centre-ville et son éventuelle reconversion, la vie étudiante engluée dans des navettes entre le centre et le Sart Tilman. Mais l’idée d’un “rapatriement” de l’université vers la ville ne doit pas remettre en cause son rôle moteur dans le développement de certaines compétences économiques en matière de biotechs ou de nouvelles technologies notamment.

Ce ne sont évidemment pas les seules idées qui ont été évoquées. La culture y a eu sa part. Un passe-jeunes pour les intéresser à l’offre culturelle liégeoise ou une parade de bateaux fluviaux sur la Meuse. Autre suggestion dans un autre domaine, la création d’un centre multisports de haut niveau.

1. Se réapproprier la Meuse

Le constat. Comme la plupart des grandes villes belges, Liège souffre de son… immobilité. Aux heures de pointe, les entrées de la ville sont engorgées, paralysées par de longues files de voitures qui viennent s’engluer dans le centre à la vaine recherche d’un parking.

Il manque de liaisons intermodales et multimodales“, estime Philippe Lallemand. “Une politique de mobilité doit s’envisager dans une grande cohérence, qui manque pour l’instant dans la ville et autour“, renchérit Serge Rangoni, qui réclame une étude approfondie des attentes et besoins de la population, et à partir de là repenser les liens de mobilité au sein de la ville. “On fait beaucoup pour l’axe nord-sud, qui suit la Meuse en gros, mais une grande part du trafic passe aussi d’une rive à l’autre“, fait remarquer Laurent Minguet.

Les solutions. Le futur tram liégeois qui s’étendra de Sclessin à Coronmeuse devrait permettre d’alléger le trafic dans le centre. “À condition de bien concevoir aussi des parking de délestage à chacun des terminus“, poursuit Minguet.

En attendant le tram, sans doute à l’horizon 2020 au mieux, et compte tenu des nuisances que les travaux vont occasionner dans la ville, l’alternative pourrait être… la navette fluviale. Mise en service durant le printemps et l’été, elle vise plutôt les touristes. Elle a tout de même transporté 35.000 personnes en 2017 malgré des tarifs très onéreux pour un parcours limité et lent. Autant de désavantages auxquels il faudrait remédier pour l’intégrer dans une offre de mobilité cohérente. “Pourquoi ne pas l’étendre à toute l’année, de Droixhe à Sclessin, voire de Visé à Huy“, rêve Minguet. “Mais il faudrait pour cela améliorer sa vitesse commerciale actuellement limitée à 10 km/h“, fait remarquer Amandine Sanfratello.

Ethias emploie près de 800 personnes en plein centre de Liège, à moins de 500 mètres du pont Kennedy. “La plupart d’entre eux perd une heure d’embouteillage entre Droixhe et le centre. Je serais prêt à proposer un dédommagement à ceux qui empruntent la navette si cela leur fait gagner du temps“, assure Philippe Lallemand.

La navette fluviale, intégrée dans l’offre de mobilité à Paris ou à Namur, c’est aussi un symbole, estime Rangoni. “Le fleuve ne coûte rien! C’est une manière pour les Liégeois de se le réapproprier. Le réaménagement des berges permet déjà une meilleure circulation à vélo. Mais il faut aller plus loin.

Le vélo, parlons-en. L’offre cyclable est déficiente en ville estime Sanfratello. “Déjà, le caractère accidenté et vallonné de la ville ne facilite pas l’emploi des deux-roues. Mais il manque d’infrastructures ad hoc et de pistes cyclables réellement protégées dans les accès au centre-ville.” Un centre-ville qui pourrait être réservé plus largement aux piétons, aux cyclistes et aux transports en commun.

Sanfratello réclame par ailleurs l’application à Liège de solutions de mobilité qui ont fait leurs preuves ailleurs. C’est le cas des vélos partagés géolocalisables, qui s’installent à Bruxelles, mais aussi de formules comme le Collecto bruxellois, le taxi collectif de nuit.

Par contre, des idées plus folles sont rejetées, comme un téléphérique reliant les hauteurs de la ville à la vallée. Deux études de ligne ont été présentées récemment, l’une entre le centre (St-Georges ou St-Léonard) et la Citadelle et l’autre entre Sclessin et l’Université. Mais l’idée laisse nos témoins assez sceptiques.

2. Activer les réseaux pour créer une Silicon Valley

Le constat. Liège et ses environs comptent bon nombre d’entreprises IT performantes (NRB, NSI Leansquare…) qui constituent d’importants vecteurs économiques, technologiques et sociaux. Mais les compétences, dans le secteur IT comme dans le secteur biotech par exemple sont souvent morcelées et peu partagées.

La solution.Quel que le soit le secteur, on ne peut arriver très loin seul. Il faut accroître le travail en réseau“, estime Philippe Lallemand. L’exemple de Bridge2Health dans le secteur biomédical est intéressant. Cette plateforme qui réunit l’Université, le CHU, la Région et Meusinvest, vient soutenir les entreprises du secteur des sciences et de la santé qui veulent se développer à Liège. “Pas question de créer un nouveau ‘machin’ avec des postes à pourvoir, insiste Lallemand. Mais développer et rendre plus efficace ce qui existe. Et faire en sorte que cela devienne emblématique de la ville.

L’explosion de Mithra dans le domaine de la santé féminine est un autre bon exemple. “Fornieri n’y est pas arrivé seul. Il a profité du travail universitaire en la matière, du coup de pouce d’un cercle d’investisseurs, etc. C’est ce type de modèle qu’il faut parvenir à reproduire pour attirer d’autres compétences connexes.

Attention cependant à ne pas multiplier les structures et les réseaux, avertit Laurent Minguet. Certes Meusinvest, qui irrigue le tissu économique, est aujourd’hui une structure beaucoup plus efficace qu’il y a 30 ans. Mais à côté de cela, la multiplication des cercles d’affaires qui peuvent aussi renforcer le maillage risque d’avoir un effet inverse de morcellement et de gaspillage des efforts.

3. Un fonds pour booster de nouveaux projets dans les commerces vides

Le constat. La dévitalisation des commerces en centre-ville a souvent été de pair avec le développement de centres commerciaux en périphérie. Liège n’a pas échappé à ce phénomène et de nombreux commerces vides donnent une image négative de la Cité ardente. “Pour une rue commerciale, rien de pire que d’avoir une vitrine vide“, constate Amandine Sanfratello. Les commerces abandonnés sont un point noir de la Ville. Or, dans le “venture lab” (un éco-système de soutien à l’entrepreneuriat à destination de tous les étudiants et des jeunes diplômés) par exemple, des jeunes ont des projets créatifs, testés et validés. “Mais ils ont du mal à pouvoir trouver des espaces disponibles à des prix compétitifs, en tout cas en centre-ville“, poursuit-elle.

La solution. L’idée est de créer un Fonds de la Ville soutenant quelques projets souhaitant s’installer dans des commerces vides (en collaboration avec les propriétaires publics ou privés). Ces projets auraient l’obligation d’être accompagnés par une couveuse d’entreprises, un incubateur ou autre, seraient sujets à une évaluation de la viabilité du projet sur la base d’un dossier (business model, plan financier, etc.) et se présenteraient devant un jury. Les lauréats de ce Fonds annuel recevraient une aide afin de payer les premiers mois de loyer car c’est généralement là qu’il est difficile de rentabiliser son activité (importantes dépenses d’investissement effectuées, création d’une première clientèle, etc.).

Des pop-up stores pourraient également être concernés, dans la mesure où ils permettent de ne pas avoir cet effet désastreux de chancre vide et permettent de réamorcer une activité.

Un exemple pour illustrer la pertinence du projet: la Brasserie C, cette microbrasserie située à proximité de la place St-Lambert, où, sur un emplacement qui est resté longtemps vide, la ville a accepté de casser les prix du loyer. C’est aujourd’hui une success story“, explique Sanfratello.

Cette initiative doit évidemment s’insérer dans une stratégie plus globale pour développer le commerce à Liège. Il faut un cadre adapté à 2018. La question des ouvertures le dimanche et après 18 heures doit ainsi être posée.

4. Ramener l’université au centre-ville

Le constat. Le rêve d’un campus universitaire décentré mais générateur d’une nouvelle urbanisation dans le cadre de l’extension naturelle de la ville n’a pas pris. Cinquante ans après le déménagement de l’université sur le site du Sart Tilman, le campus reste morcelé, génère peu de vie et cause des problèmes endémiques de mobilité faute de logements et de divertissements sur ou à proximité du site. Le bus 48 est pris d’assaut et ne suffit pas à transférer la population étudiante du centre vers le campus.

Les solutions.Pourquoi ne pas redescendre l’université en ville ?“, s’interroge Philippe Lallemand. L’idée n’est pas totalement neuve et a déjà été initiée par Arthur Bodson dès les années 1990. Certaines sections ont depuis fait l’objet d’extension en ville au centre Opéra notamment.

Les étudiants préfèrent la ville et ne montent au Sart Tilman que pour leurs cours“, constate Laurent Minguet, qui regrette encore la vente du Val Benoît, ancien institut des ingénieurs et devenu un centre d’affaires. “Et il y a de plus en plus de bâtiments de grande taille disponibles en ville.” La Banque nationale est vide et à vendre par exemple, rappelle Serge Rangoni.

Il faut bien reconnaître en outre que le Sart Tilman a vieilli. Comme nous…“, reconnaît Lallemand.

Le “rapatriement” de tout ou partie de l’université vers la ville ne doit cependant pas remettre en question le développement du parc scientifique qui s’est installé dans sa périphérie. “EVS s’est installé là-bas, mais nous n’allions jamais à l’univ pour autant“, se souvient Minguet.

Le fait d’avoir une université en ville n’est pas si courant et cela peut avoir un effet bénéfique en termes d’image“, renchérit Lallemand. Sans compter l’apport économique accru de la population étudiante sédentarisée.

Quant aux bâtiments du Sart Tilman, “ils pourraient être réhabilités et recyclés en logements, notamment pour les personnes âgées, plus demandeuses de calme et d’espaces verts que les étudiants“, lance Minguet.

5. Le chauffage urbain alimenté par les industries

Le constat. On ne vous fait pas un grand discours: l’efficacité énergétique est un enjeu majeur, que ce soit pour des raisons environnementales ou économiques. Les villes peuvent être des acteurs importants en la matière. Or, Liège a un atout dans sa manche…

La solution. La Ville de Liège devrait mettre en oeuvre, comme à Copenhague et de nombreuses villes d’Europe, un réseau de chauffage urbain alimenté par la chaleur fatale des industries et de l’incinérateur Uvelia (situé à Herstal) ou de chaufferie biomasse comme alternative au chauffage au gaz. C’est Resa qui devrait réaliser les investissements avec les revenus de distribution de gaz et d’électricité pour développer son métier futur de distribuer la chaleur (verte). “La chaleur de l’incinérateur Uvelia est gratuite, pérenne, elle n’est pas valorisée actuellement et elle est suffisante pour alimenter toute la ville“, précise Laurent Minguet. On évite ainsi la consommation d’énergie fossile et on participe à la lutte contre le changement climatique. “Quitte à imposer aux ménages de se raccorder à ce réseau de chaleur et de renoncer au mazout“, poursuit-il.

Le prix peut être un peu moins cher qu’avec les méthodes de chauffage actuelles. Dire aux gens qu’ils vont participer à lutter contre la pollution tout en réduisant leur facture énergétique, c’est possible et c’est motivant!

Liège est probablement la première ville de Wallonie où cet investissement est prioritaire. La Ville pourrait évidemment accélérer l’obtention des permis voiries indispensables et, probablement, jumeler ces travaux avec ceux du futur tram. “Naturellement, il faut ouvrir les trottoirs. Le passage au réseau de chaleur ne peut donc pas se faire en quelques mois. Il faudrait compter plusieurs années“, reconnaît Minguet.

Lire l’article original d’Alain NARINX et Laurent FABRI dans LECHO.BE (4 octobre 2018)


Plus de presse…

Que sont les pluies acides devenues…

(c) futura-sciences

“Au début des années quatre-vingt, les Allemands constatent que leurs forêts sont malades. Hâtivement, les scientifiques déclarent qu’elles sont victimes des pluies acides causées par le transport à longue distance des polluants et la presse reprend largement cette thèse. Vingt ans plus tard, les études montrent que l’effet sur les forêts de la pollution acide à longue distance n’a pas été vérifié. Cependant, l’acidification des sols et l’impact de la pollution acide sur les écosystèmes naturels et agricoles et sur la santé humaine restent toujours d’actualité à l’échelle mondiale.

Au début des années quatre-vingt, l’Allemagne est prise d’une véritable psychose. Elle découvre que ses forêts sont ravagées par les pluies acides et que ses arbres dépérissent par milliers. En 1983, le tiers de la forêt allemande semble touché. Dans toute l’Europe et en Amérique du Nord, des programmes d’étude sont lancés, des réseaux de suivi mis en place. Ce branle-bas dure quelques années. Puis, petit à petit, la menace paraît s’estomper…

Il faut dire qu’entre-temps la dégradation de la couche d’ozone polaire et la pollution par l’ozone troposphérique ont fait leur apparition et mobilisé l’attention des médias. Puis l’effet de serre et changement climatique sont arrivés… D’autres préoccupations ont pris le relais ! Est-ce à dire que le problème des pluies acides est définitivement réglé ?

Le terme « pluies acides » avait été forgé en 1872 par un chimiste anglais pour décrire un phénomène nouveau lié à l’industrialisation intensive de l’Angleterre. Il s’agissait essentiellement d’une pollution observée sous le vent des usines métallurgiques et des centrales thermiques. C’est bien plus tard, dans les années 1950-1960, alors que les Scandinaves voient leurs lacs s’acidifier, que le grand public s’approprie le concept. Plus de la moitié du stock de poissons habitant les lacs scandinaves et certaines espèces disparaissent en une ou deux décennies. L’aluminium est pointé du doigt car ce métal toxique, plus soluble aux faibles pH, a vu sa concentration fortement augmenter dans les lacs au fur et à mesure de l’acidification des eaux. À l’inverse, les algues se sont mises à proliférer.

Sous la pression des Scandinaves, l’OCDE se mobilise alors et, en 1979, fait adopter la convention de Genève sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance. Cependant, les recommandations de cette convention restèrent plus ou moins lettre morte jusqu’à ce que la République fédérale d’Allemagne reprenne brusquement le flambeau au début des années quatre-vingt, comme expliqué précédemment.

Victimes d’une pollution longue distance

Menées dans les années 1970-1980 dans les principaux pays industrialisés, les études atmosphériques mettent en évidence une forme de télé-pollution, différente de la pollution de proximité connue jusqu’alors. Cette pollution diffuse et chronique provient de la transformation, pendant leur transport dans l’atmosphère, des polluants primaires émis par les installations de combustion et par les véhicules automobiles. Dans le cas de la forêt allemande, les scientifiques affirmèrent un peu vite que si les arbres étaient malades, c’est qu’ils étaient victimes de cette pollution acide à longue distance dont l’effet était, à première vue, comparable à la pollution de proximité décimant alors les forêts de l’Europe centrale (Allemagne de l’est et Tchécoslovaquie en particulier) sous l’effet de l’utilisation débridée de lignites très riches en soufre.

Les symptômes du dépérissement variaient suivant les espèces : le feuillage du hêtre par exemple, devenait clairsemé et jaunissait tandis que les conifères (sapin, épicéa, pin sylvestre) perdaient leurs aiguilles. De fait, sauf pour les zones directement touchées par les émissions d’un centre industriel voisin, comme ce fut le cas en Europe de l’est, ce dépérissement n’était évident que pour les spécialistes.

Les notions de pollution locale, de pollution longue distance, associées à la vision d’arbres souffreteux constituèrent un cocktail médiatique explosif largement exploité par l’opinion publique d’outre-Rhin.

La France réagit de façon plus mesurée : on mit sur pied des suivis de l’acidité des pluies. Dans les Vosges notamment, un réseau d’étude du Dépérissement des forêts attribué à la pollution atmosphérique (DEFORPA) fut créé et il est encore bien utile de nos jours pour suivre l’évolution du phénomène. La forêt européenne a crû plus vite ces années-là.

Dans les années qui suivirent, les premières conclusions des études scientifiques furent loin d’être convaincantes. Ainsi, le symposium européen de 1987 à Grenoble, mit en évidence le manque de preuve quant à la culpabilité des pluies acides vis-à-vis des observations des forestiers. En fait l’opinion publique européenne, surtout allemande, s’était emballée, et les politiques lui avaient emboîté le pas, prenant des mesures avant que les scientifiques aient formellement identifié le phénomène. Cependant, même si a posteriori ces mesures ne semblent pas avoir été entièrement justifiées, elles furent salutaires pour la santé publique et la réduction de la pollution atmosphérique par les composés soufrés.

Depuis le début des années 1990, les émissions de composés soufrés ont considérablement décru en Europe et en Amérique du nord, grâce aux efforts de désulfuration des carburants fossiles (pétrole), à la moindre utilisation du charbon et enfin à l’effondrement de l’activité industrielle en Europe de l’est et en Russie. En revanche, on sait maintenant qu’en dépit des apparences, les forêts d’Europe ont crû plus rapidement que jamais pendant les années de précipitations acides, probablement en raison des apports additionnels de composés azotés et de l’augmentation du gaz carbonique (CO2) atmosphérique.

Quel bilan tirer de cette crise ?

Il semble que le déclin récent des forêts puisse être attribué à un manque de magnésium et de potassium. Paradoxalement le meilleur entretien des forêts avec élimination des débris organiques conduit à l’épuisement des sols. Aux USA, les atteintes concernant les épicéas furent finalement imputées au climat, à des épisodes rapprochés de gel par exemple. Les symptômes disparurent au milieu des années 1990, peut-être à cause de changements météorologiques. L’acidification des sols a bien été notée par-ci par-là, et dans quelques cas seulement, elle fut attribuée aux précipitations.

Où en sont les émissions de polluants acides ?

Les études lancées dans les années 1980 ont permis de constituer des banques de données permettant le suivi des bilans d’émission. Or, à partir de 1990 on constate que si les émissions polluantes de l’industrie ont considérablement baissé, les bateaux croisant au voisinage de l’Europe ont continué à polluer, émettant quelque 2,8 millions de tonnes de dioxyde de soufre (SO2) et 4 millions de tonnes d’oxydes d’azote (NOx). Sur la base d’une augmentation de 2 % par an et si aucune mesure restrictive n’est prise, ces pollutions devraient dépasser celles produites par l’industrie, à  l’horizon 2010. Par ailleurs, de nouvelles régions du globe sont susceptibles d’être gravement touchées par les précipitations acides. Ainsi, suite à la rapide industrialisation de l’Asie, la pollution atmosphérique augmente dans le nord-est de l’Asie. Comme en Europe dans les années soixante, les émissions résidentielles et industrielles de dioxyde de soufre et d’oxydes d’azote affectent majoritairement la précipitation locale urbaine, alors que les centrales thermiques assurent l’essentiel de la pollution longue distance. Les impacts sont déjà sensibles sur les écosystèmes naturels et agricoles et sur la santé humaine dans les grands centres industriels et les villes. Et la tendance à l’acidification ne fait que commencer.

À l’horizon 2020, il faut s’attendre à ce que la capacité du sol à absorber ces dépôts acides soit totalement dépassée en Chine, dans la Péninsule coréenne et au Japon. Les études actuelles montrent clairement que les régions sources sont situées en Chine et que les Corée et le Japon sont des pays essentiellement récepteurs. La Chine doit, certes, pouvoir se développer, mais la très faible efficacité énergétique chinoise -vingt fois plus faible que celle du Japon- constitue un facteur aggravant. Inversement ce chiffre peut permettre d’espérer une réduction drastique de la pollution, dès lors que les autorités chinoises auront pris conscience du problème.

Retenons que les précipitations en Europe et en Amérique du nord se sont bien acidifiées dans les années 1970-1980, avec des effets avérés sur la santé, les bâtiments, les sols, les eaux de surface, mais que les effets sur les forêts sont beaucoup plus incertains et discutables. La catastrophe montée en épingle (de bonne foi, tout au moins au début), à propos des forêts germaniques a eu des répercussions considérables sur l’industrie automobile, puisqu’elle fut indirectement à l’origine de l’essence sans plomb… Gardons en mémoire que la question des pluies acides persiste, notamment en Asie, mais que le désastre annoncé de la mort de nos forêts est heureusement resté dans le domaine du fantasme.”

Lire notre source, l’article de Robert J. DELMAS sur ESPACES-NATURELS.INFO (article de juillet 2004)


Plus de presse :

KRAUSE : Chansons animales & cacophonie humaine

ISBN 978-2-330-06326-9

Pour la plupart d’entre nous, le monde acoustique a toujours été insaisissable -une entité sans forme et sans contour, invisible et intangible- et l’ouïe, le “sens fantôme”. En dehors des écrits sur la musique, il existe peu de mots pour expliquer la large palette d’attributs exprimés par le son, notamment dans ce domaine émergent qu’est la bioacoustique (soit l’étude des sons produits par des animaux). Et pourtant, le son s’insinue de diverses manières dans presque tous les aspects de notre vie : de connexion primale au monde naturel, il a évolué pour devenir expression musicale et langage, préservation des sons sur des supports d’enregistrement, et vacarme informe que nous, êtres humains, produisons par nos rituels quotidiens. Fait étonnant, ce n’est que récemment que nous avons pris conscience de ces liens spéciaux : nous commençons à comprendre que des caractéristiques du paysage sonore façonnent des disciplines aussi variées que la médecine, la religion, la politique, la musique, l’architecture, la danse, l’histoire naturelle, la littérature, la poésie, la biologie, l’anthropologie et les études en environnement. C’est sur l’analyse de ces connexions que repose un tout nouveau domaine de recherche : l’écologie des paysages sonores.

Les sources sonores superposées entendues par les premiers hommes, dans l’Afrique subsaharienne, étaient composées de signaux complexes. Certains revêtaient un aspect spirituel. D’autres fournissaient des informations sur les lieux, les émotions, l’état d’avancement de la chasse, la guérison. Beaucoup poussaient les hommes à chanter et à danser. Ces signaux étaient une évidence pour les premières sociétés mais, lorsque nos vies sont devenues plus urbaines, les liens qui nous unissaient à ces guides du monde naturel ont commencé à perdre leur sens, jusqu’à être purement et simplement ignorés. Depuis le début de ce rejet progressif, plusieurs milliers d’années se sont écoulés avant que l’importance de ces sons dans la culture occidentale revienne de nouveau sur le devant de la scène. A la fin des années 1970, le compositeur et naturaliste canadien R. Murray Schafer a inventé le mot soundscape, “paysage sonore”, pour désigner les multiples sources sonores qui parviennent à nos oreilles. En y accolant le terme “écologie”, j’ai pour projet de décrire les nouveaux outils qui sont à notre disposition pour évaluer les paysages vivants et les environnements marins du monde, en grande partie grâce à leur voix collectives.

Ce livre tente de répondre à cinq questions fondamentales, liées par un fil temporel, qui examinent les connexions unissant les êtres humains à leur environnement acoustique, de la fin du Pléistocène à nos jours, avant de lancer quelques pistes sur l’évolution future de ces liens.

  1. Comment l’expression “paysage sonore” a-t-elle évolué ?
  2. Comment les paysages sonores ont-ils façonné notre culture ?
  3. De quelles manières la technologie a-t-elle influencé l’avenir de ce champ d’étude ?
  4. En quoi différents points de vue (humains ou autres) révèlent-ils de nouvelles tendances dans cette discipline ?
  5. Quelles sont les applications futures possibles ou probables du paysage sonore dans les disciplines influencées par ce domaine ?

Depuis le moment où nous, les hommes, avons occupé les forêts et les plaines africaines jusqu’à notre exploration des régions les plus reculées de la planète, les sons qui nous entourent ont stimulé et peuplé notre imaginaire. Et parce que les universitaires tout comme les simples amateurs disposent aujourd’hui des moyens technologiques leur permettant de capter et de stocker du son, nous pouvons nous engager sur le chemin de la compréhension des paysages sonores. Ce sont des hypothèses pour les années à venir que je propose ici…

KRAUSE Bernie, Chansons animales et cacophonie humaine, Manifeste pour la sauvegarde des paysages sonores naturels (Arles, Actes Sud Nature, 2016)

“Depuis 1968, Bernie Krause parcourt le monde afin d’enregistrer les sons venant des paysages les plus reculés, des habitats naturels en voie de disparition et des espèces animales les plus rares. Par le biais de son association Wild Sanctuary, il a collecté les paysages sonores de plus de deux mille écosystèmes différents, aussi bien marins que terrestres.
Au travers d’exemples forts et d’histoires percutantes, Krause a construit un manifeste visant à la reconnaissance et à la protection de ces espaces sonores.
Dans son précédent ouvrage, Le Grand Orchestre animal, Krause avait attiré l’attention du lecteur sur ce que Jane Goodall décrit comme les harmonies existantes dans la nature et qui ont été détruites une à une par l’action des hommes. Dans ce nouveau livre, il défend l’idée que les secrets du monde naturel, compris dans un environnement acoustique de plus en plus restreint, doivent être préservés, non seulement dans un intérêt purement scientifique, mais également dans le but de conserver notre héritage culturel et le bien-être physique et spirituel de l’humanité…” (Actes Sud)

Lire d’autres livres…

Prison Saint-Léonard (Liège, BE)

La prison était surnommée “les cent mille briques”…

[…] A Liège, dans le quartier Nord, la prison Saint-Léonard est construite au niveau de l’ancienne porte du même nom en 1850. Du point de vue des transports, la construction du Pont Saint-Léonard sur la Meuse, crée un accès supplémentaire au quartier, et la gare Vivegnis est ouverte en 1864. Quant à la rue Saint-Léonard, elle garde un rôle primordial, étant l’axe principal de croissance urbaine. Tous les équipements importants se concentrent le long de cet axe […]

En savoir plus sur SAINT-LEONARD.BE…

[…] L’entrée, rue du Nord, de la prison néogothique Saint-Léonard, conçue par l’architecte bruxellois Joseph-Jonas Dumont. Cet établissement pénitentiaire a été inauguré en 1851 pour les hommes et en 1854 en ce qui concerne l’aile réservée aux femmes […]

En savoir plus sur HISTOIRESDELIEGE.SKYNETBLOGS.BE…

Sur l’illustration ci-dessus (perspective de la place Maghin vers la prison), les bâtiments industriels sont ceux de la Société de Saint-Léonard, établie à l’emplacement d’un ancien couvent de Carmélites. Cette usine fabriquait de l’acier et des machines, dont des locomotives […]

Plan de 1947, sans pont sur la Meuse à la hauteur de la rampe de la place des Déportés.
Vue aérienne de la prison dans les années 1970
La démolition de la prison (1982-1983)

Laissé longtemps en friche, le site de l’ancienne prison a fait l’objet en 1994 d’un concours de réhabilitation organisé par la Ville de Liège. Rénové jusqu’en 2001 par les soins d’architectes et de paysagistes liégeois, il est aujourd’hui un espace public comportant un terrain de sport, une zone verte et une vaste esplanade permettant d’accueillir divers événements à longueur d’année […]

L’esplanade Saint-Léonard, au pied des coteaux de la citadelle de Liège
(c) Alain Janssen

Plus d’architecture…

Photos avant-après: découvrez comment Liège a changé au fil du temps

“Qu’on ne sait plus s’il neige sur Liège, ou si c’est Liège qui neige vers le ciel”. Quand Jacques Brel chantait Liège, il évoquait avec poésie une beauté froide, celle d’une ville chère au coeur des Belges. Liège, tout comme Bruxelles, fait partie de ces villes dont les traits se sont, avec le temps, métamorphosées.

Comment Liège a-t-elle évolué au cours des dernières décennies ? Après avoir réalisé le même exercice dans les rues de Bruxelles, nous avons choisi onze photos d’archives. Objectif : retourner sur les lieux en 2017, exactement au même endroit qu’à l’époque du cliché, et faire une comparaison.

Lire la suite de l’article de Simon WOHLFART sur RTBF.BE (28 avril 2017)

Québec Arbres

Albrecht DÜRER

Québec Arbres a pour mission de sensibiliser la population de Québec à l’enjeu de la protection des arbres des boisés urbains. Il résulte du regroupement de citoyens appuyés d’experts ayant à cœur la présence des arbres comme instrument clé de l’amélioration de l’environnement urbain et de la qualité de vie des citoyens. Le but ultime de Québec Arbres est de faire de Québec une ville verte, moderne et attrayante…

Lire la suite sur le site de Québec Arbres

D’autres initiatives :